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Full text of "Le Muséon"

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University of Ottawa 



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p 



LE MUSEON 



REVUE D'ÉTUDES ORIENTALES 



FONDÉ EN 1881 PAR CH. DE HARLEZ 



SUBVENTIONNÉ PAR LE GOUVERNEMENT ET PAR LA FONDATION UNIVERSITAIRE 



xx-^^/ 



LOUVAIN 

1901 -^^"^ 



LE MUSEON 



LE MU8É0N 



ETUDES 



PHILOLOGKilJËS. HISTORIQIES ET RELIGIEISES 



publié par PH COLINET et L. DE LA VALLÉE POUSSIN 



Fuiidc en It^mi i>ai> «Mi. <le IIAitI.I<:%. 



NOUVELLE SÉRIE. 



VOL. IL 



].0U VAIN 

J.-B. ISTAS, IMrRlMEUR-ÉDlTKUK 

VU, rue (le ISiuxellcs, \)0 

1901 






D5 

I 

A'fg 

t. ZD-il 



LES MYSTERES 

DES 

LETTRES GRECQUES 

d'après un manuscrit copte-arabe 
DE LA BIBLIOTHÈQUE BODLÉIENNE D'OXFORD. 

(Suite.) 



c^e2v.coti eacooc ace née noTrcTMd^cid», htc oiroein eqo 
nqTooTT ncMOT- e nioiroein niOTeuï rtpco ne* eï2s.coMMOC 
TenoTT eueMô^niyev ^ii Td.p;)^H MneoooT Mn neM^iT mm 
iipHC nô^i exeqriHiy nevir n^ï uoToein ïVTUôwUje Mne^ooT 

Je veux parler des quatre directions de cette inèinc 
lumière (i) : l'orient est caractérisé par le lever du jour ; 
le septentrion et le midi correspondent respectivement à 
la partie froide et la partie chaude du jour (^2). Le maxi- 

(1) Litt. « A peu près pour dire : il en est comme d'une signification de 
la lumière étant de quatre manières, chaque lumière étant la même (en 
substance?) ». Nous négligeons à de.ssein les locutions explôtives dont 
l'auteur se plait à allonger ses phiases. Nous sommes obligés d'autre 
part de recourir ici à une traduction plus libi'e pour rendre, d'une manière 
intelligible, la pensée do notre mystique. 

(2) Litt. « le septentrion et le midi dont le partage est la lumière de la 
moitié du jour selon le Iroid et le chaud -. 



LE MLSÉON. 

iievTdv oTûMOM MU oTcoTiû' * ç-^ujoon Men ^i nicd. n'Ti 
upoTO MiieoMOM exe iipuo ne* e-^ujoon 2i.e ptotoq on oi 
ncicôi eTC uçMOiT ne h'Tx neooTO Mne;>y^icon" 

udv\Toi ce (.s/ri niOToem ûotcot ne om ni-\TOOT MMepoc 
nevu eui'îLe neMe«.notoTn ooot (s/r) eovyoon nd.T nTi 
OTr2!^ïA.'5>opd. eTlîie ne2s.poMoe Mnpn nje^qncoo epooT 
ues.7V.toc oMnMepqTOOT .vvMepoc MnepocT exe 2s.in ev2s.u 
\\'iTe MneoooT ne 

A\.nnces. Tô^ues.'<\TMv\'ic l'cvp Mne^c 6.q2s.ooT enecHT 
Mnennôi eTOTA.e«>.Êi Mnevpis.uA.nTon (-T-) ' '* evTO) evqepoT- 
oejn nuocMoe Tnpq pn ot 2s.tou çiioK piTe»v nuTpïUM*. 
nneTevC'ue7V.\on erCie nevi on OTwnp eCio*\ ev\Tes.MO MMon 
2£-e '^vijoon neM.uevn vye*. TCTnTe'i\\es, MUôvi èviton* Mneq- 
ues.'A.evev7r n2s.ievUonn' exe nevi ne nccoAn e&oTV* h n2s.cou 
nre ne eoevi on TMUTe u-xm mii w 

(a) l-iu tète do la i)a<io (r : g ic ^(^c tT. 

60 .lésu.^i-Christ (> 

luiiiii (le clKilcHir est du coté du sud ; taudis (jue de raulre 
coté, qui est le nord, se trouve l'ab>)n(lance des neiges. 

Cependant la lumière est la même (en substance) dans 
les (juatre parties, bien (jue pour les régions occidentales 
égalemeul, il se produise une ditîéi'ence à raison du cours 
du soleil (jui ai'rive jus([u'à elles dans la ([uatrièmo j)artie 
(lu jour, c'est-à-dire, depuis la neuvième lieui'c du jour. 

Or, le (Christ, après son ascension, envoya sur la terre 
l'Ksprit Saint, I^iraclète, et éclaira en ])ei'téction le monde 
entier, pai- la pi'édication des évangiles. i\)ui' nous ensei- 
gner (pill demeui'e avec nous jusqu'à la consommation 
de c(> siècle, H n'a pas voulu laisser de séparation ni 
d interruption ni autre lettre complémentaire entre le 
chi et Voinnid (i). 

(1) Allusion au ■; iutroihiit par les (îrecs et placé entre /. et <.> ; cf. p. 28 
et 38 ; voir aussi le passage qui va suivre. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. / 

nevi epe neq^^^^P*'*^'^"? tôwMO mmou eTCTnT€?V.iôw 
MnHOCMOc" 2s.eRd<c epe tkthcïc THpc eiMe 2s.e necnô^oT- 

d^n n5'ï Tevi nTçiMine uje»^ TCTitTeAies. Mnes>ia)n* necnes.- 
(yM5'0M epoc es,n n'fi ne rïctic ïiujmmo- 0T2s.e ne ctoi- 
^ïoti oTSs.e piTen npe^noc oirss^e ^iren ne ^woïf 0T2ve 
Tes.iy€oeiuj n£ippe Kes.Tes> ee nTevîujepn2s.ooc' 

2s.e MïiOTT Rd< \^'i on TMHTC ïi^x;^! Mcn co pn neicpdvï nà<i 
ïiTôw nnoTTe -^TTrnoc epooT evTto es.qc£es.icoTr nô^n- ô^?V.7V.es. 
nïMTCTHpion nevï mïiotmoi mmoc^ 0T2s.e MiioT2SLïOTroein 
npHTq ïKfï neeo<^ïCTHC nenpHA7S.Hn newTcÊw ô^ttrco 
Mnevjri on tmhtc ny;i\ Mn nicpô>.ï nevi npeve' eiujd»>2s.e eco* 
* OTnep {526) Hirpïoc dwq2s.ooc pen ot Me es.q- 
yj^ 2S.00C n(5^i n2s.ï2».d.cKô.7V.(oc exe npeq'^c&to ne" 
2S.€ epe nec^HMôN. Mneic^evi m^i CTMis.ne mr- 

(a) En tête de la page (r) : Y ^^ "^ 2*^- 
7 flls de Dieu 61 



Le caractère de cette lettre {oméga) nous enseigne la 
consommation du monde, afin que toute création sache 
que la foi du Chi'ist ne périra pas, et cela, jusqu'à la 
consommation du siècle ; que rien ne prévaudra contre 
elle, ni une foi étrangère, ni une puissance des gentils ou 
d'autres vivants, ni une prédication nouvelle, conformé- 
ment à ce que j'ai dit. 

C'est pourquoi le psi ne figure pas entre le clii et Y oméga 
dont Dieu nous a tracé le type. Mais les sophistes grecs, 
dans leur ignorance, ne comprenant ce mystère et n'y 
trouvant pas la lumière, ont placé le psi entre le clii et 
cette dernière lettre oméga. 

Le Seigneur, qui est le Docteur et le Maître, a dit en 
vérité que la figure de cette lettre représente, par ses 



g LE MUSÉON. 

2g.coK Mnes^ïtoii Mn Tô^px^* Mnô^icon CTttHir- ^ïTçn niMepoc 

oeeji 0T2i^e ïicenopss. eneTepHT wTi ruthAoc cnô^T 
eTuwTC epoTti jit€ necods.r 0T2s^e on nceTH5' es.n eooTn 
eneTepHT pcoc 2s.e essLOOc 2s.e «Te nienevT nKTu7V.oc 
ep OTniTK7V.oe noTcoT" nepooT rd.p pwcoq npes.e t\Te 
nieïiep Tetioir is.TKis.ô.q nujopn npooT * Mnexiton ctmht' 

eT&e iievi on ujô^K'TeïiTq pM nMepujMOTrn nes-pieMOC" 
TOTTTecTïïi iiMepoiMOTn naje' ctç to ne* iiôwi nTevTKio 
ïioHTq MU2s.toH nnçcTOïx^o" THpoT enei2i^H Menncew 
niMepceviyq tiô^iton ïitc uô».i feioc' nevi ce2fi.toMMOc excim 
TeAiô». nnecTOïX'on UTe iiiuocmoc p« necpevc|>H THpoT 
rnioTTÇ' 2£.e nMepujMOTïi neviton* 

pM RMcpcooT rô.p m\^ô^Amoc mu i\MepMewd^& cewiyq- 



(Jeux arcs de cercle, la consoinination du siècle et le 
coinmencement du siècle à venir, l'un devant périr, 
l'autre étant sans fin. 

C'est pourquoi les deux cej'cles de cette lettre ne sont 
ni séparés l'un de l'autre, ni superposés de manière à ne 
former (|u'un seul cercle (complet). Car le dernier jour du 
siècle actuel est le premier jour du siècle à venir. 

(^e n'est pas sans raison qu'on la trouve (cette lettre) 
dans le nombre huit ou la huitième centaine (i), je veux 
parler de la lettre à, la dernière de l'alphabet (2). En effet, 
d'après toutes les Écritures divines, la consommation de 
tous les éléments de ce monde doit arriver après le 
septième âge de cette vie, c'est-à-dire, au huitième âge. 

C'est ainsi (jue le G^ et le 57" psaumes, dans lesquels le 

(1) w = 800 dans la numération. 

(2) Litt. «celle dans laquelle on a placé la consommation de tous les 
éléments (de l'alphabet) ». 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 9 

cïc eTnô^ojcoiie ujôk.qc^evi e2s.cooT MnecnevT uTeig^ eiujè^- 
2£.e çiuv^ô^Amoc cties.T nTes.n (-'ZÊi-) "f pes.n epocy 2s.€ ne- 

ReTèiTTô< Mue nncTTTe ncopss. efioTV. nTC7rnTes.^ic tinecgevi 
ujevriTeqe^ttoc '" enô^pieMoc noiriyo" d<A?y.d. ô».q2s.0K0Tr 
e&oAoM iiMeoujMOTM nuje exe nà^i ne coutô^roc 

CTlîie nes.ï po) on ^iTen noeÊipeoc Mn ucTpoc '^evHoAoT- 
eiô. noTCOT TeTujoon nes.7r ^en nGTcpd.r peu neTnpocir- 
uopiô». eevp nï\es>i ne nssLCon nneTcoe»».! ne^j eTOTMOTTe 
epoq 2fi.e coonep eTujôwnpepMnneTe muôvj Hd^Tô». TeTd>,c- 
ne' iyes.qtou} eCioTV piTOOTq 2i.e cTnTeTViô^* 

(a) Le Ms. porto fautivement uidwnTcqd^noc 



prophète Dîivid îmiioiicc le cluttiiiitMil à venir, sont iiilitii- 
lés tous deux : psaume de David, pour la huitième (i). De 
là, Salonion a dit : a Donnez une partie au septième (.sir) 
et une autre éi>alenient au huit, {sic) (2) ». En disposant 
la série des lettres, Dieu n'a pas voulu la proloniier jus- 
([u'au nombre mille, mais jusqu'au nombre huit eent 
seulement. 

A eause de eela, on trouve chez les Hébreux et les 
Syriens une série uni(|ue de lettres. En etïet, d'après la 
dénomination qu'ils leur donnent, la fin de leurs lettres 
est celle qu'on appelle à ; celte lettre à ayant le sens de 
consommation, selon la manière dont ils l'interprètent 
dans leur langue. 

(1) Le Ti" psaume ne porte pas cette inscription, qu'on le compte 
d'après la rccension grecque ou (l'ai)rès la recension liéhi-aïque. 

Sur le sens des motsp?-o octnra, placés en tète de plusieurs psaumes, 
voir les connnentatcurs. I/auteui- adopte ici le sentiment de Théodoret 
qui entend par ces mots : la (in des temjis, placée en deliois de la semaine 
(de siècles) do la vie pivsento. 

(2) Eccl. XI, 2 : xou Ititôc... xo';^ oxtw. 



10 LE MUSÉON. 

evTro) OT Monon 25Le o) MdwTes.dvq' iieT€CTOOM€ epoq n5'i 
TC"vnT€7V.ies-' ^m ueq;>(^evpe>.KTHp Men iieqcMOT' Men ^cm 
npoc-yropiev ï\Te Tevoiie juuTpoc mu n^e^peoc* RevTA. e^e 
nTôvrtujepnssLOOc evA'A.d< on iii' OTitTev^ mmôvT MncTnpe- 
neï MiiTTTnoc nTeuHAHCjdv eT07revè<ii Mn iieqpevM MMin 
MMoq poMcoioc on uipco OTnTdvq mmô^tt noTriipocTuo- 
pids. ecTô^-yeMe" ô^tco eco nTTiioc nT5'ïnei çiiecHT efeoTV. on 
Tiie MimoTTe hAouoc- i\es.Tes. reioe on nicyMMô^ equjoon 
nTTnoc Mm (-^-) kocmoc Mn uoToem €Te noHTq* 

evTW TeiCTrMc|)conies. Tdvi nxe '^cenre nivcne- €iu)es.2£.€ 
enecpe»^! neneirpoe Mn nevÇïioeûpô^ioc {sic} ■'- ce'^Mev'f (sic) 
HdvAwc Mi\. necpdii npe'A.AHniHon" KevTA. nenTôwnepvyopn 
n'^Mivein epooT' 

';i) Sic. pour nen^eâp<v.ioe ou M*.nç€Êpek\oc" Plus liant, on lit ocfipcoc : 
j'ciiiai-Qiier aussi la loi-nio cc'^-ava.'V ajant pour sujet TeicTM.'^toniek, tous 
iiulicos du |)eu de soin apporté à ce iiassago. 

Or, non seulement à la lettre o, à raison de son earac- 
tèfe, de sa fiirure et de sa dénomination rapi)elle l'idée 
de consommation (i) dans la langue des Syriens et des 
Hébreux, eomme nous l'avons dit ; mais le pi également 
et le nom même de eette lettre ont la propriété d'être le 
tvpe de l'Kglise Sainle (a) ; de même le ro a un nom 
véridi(jue (r>) et figure la descente du ciel de Dieu le Verbe, 
comme aussi le siimina est le symbole du monde et de la 
lumière qui l'éclairé. 

(^elte concordance de ces deux langues, celle des 
Hébreux et des Syriens, est en liarmonie parfaite avec les 
lettres grecques, comme nous l'avons démontré. 

(l) Litt. « Et non seulement à ô ... convient la consommation ». 

(?) Il est regrettable que l'auteui' ne nous ait pas expliqué comment, 
d'apiès les Hébreux et les Syiiens, la lettre rt (qui, à proprement parlai-, 
ne taisait pas partie de leur alphabet) renfci'mc l'idée de consommation et 
comment \e pi\ par son nom, rappelle l'Kglise Sainte. 

(3) ecTA.-ireM.e véiidique, cf. ateAce, dire la vérité. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 1 1 

ô^TTCo iioTwnp e&oTV eroen \\à<\ mm ncoTVeeTV ÇTMeTe 
(sic) '"' CTen^HTOT' TeïmA.Rô<ô.q eppô^i Kes.7V.(jL)c nvyô>.n- 
Moouje ee^H' ne^ç poito'^ ou tcuot utô^t exe iiecpd^i ne 
GTï\Hir Menncôv m^v 2s.e qTdvujeoeiiy Mue:^ Mne^c pM 
neqpôitt wà^TiK ne ia/'c) peÊipes-ioc ees.îs.'js.i eô^p ne neqpèwïi * 
eïiyes,2s.e eTôs.T" ô<to) eTujevnpepMHtieTre MMoq ujewqMOT- 
Te Td^y^n 2s.e tmç mu uevUïôvCMoe- e&oTV. uô^p pïTen iie^ 
Mne^X^ iiennoTTTe ôvn2S-i MiiTÊiiao mu neTMôveïc 

oeen necooT pwco^ ïiTô.qu}es.evTq nTi ev)2ipô^oôvM eqMHp 
pen ïieqTdvu miiiuhïi eTOTMOTTÇ epoq 2S-e ces.ÊieK* neq- 
ujooii on ne nTTnoc Mne 1^ .nne^T- nuièvnpepMHneire 
UA-p neevÊien 2s.e nnoî) eÊio'A. mw TMe' 

(a) Cet eiulroit parait avoir .subi des allégations ; je serais porté à croire 
qu'on lisait primitivement utavutc, locution qui revient peu à i)rès, an 
commencement du tome ti'oisième, avec un sens assez difficile à préciser : 
nu)&.2£.e nTJ«.HTc ; peut-être est-ce un hellénisme : £v [i.£Jt[j, au milieu, à 
portée, m medio, in prompt u. 



L'enseignement et l'encouragement que renferment ces 
choses nous les exposerons clairement, quand nous avan- 
cei'ons dans la suite ; de même le tau, la lettie ((ui vient 
après celles-là (i) annonce la croix du Christ, par son non) 
héhreu. Car son nom, celui de tau, est suddi et, dans son 
interprétation, ils le nomment la vérité de la sanctifica- 
tion. C'est, en efïét, par la croix du Christ, notre Dieu, 
que nous avons reçu la sainteté et la justification. 

Une autre fii^ure de la croix du Christ se trouve dans 
le hélier immolé par Ahraham, et (|ui était resté attaché 
par les cornes à l'arhre appelé sabek : car nous entendons 
par sabek la « rémission et la vérité » (^>). 

(1) Après jn', ?o et summa. 

(2) Cf. Gen. XXII, 13 A rappi'ocher de ce passage, le commentaiie de 
Don Caliiiet : « Les Septante, Pliilon, Tiiôodotion, Saint Eucher et Diodore, 



12 LE MUSÉON. 

^ewnev^ ^ô^nAcoc nec^evï nre toiroïiomiô. Mne^c nen- 
noTTe* Mît nMTCTHpion eTO nno5' exe n^HTOir* €iuîdw2SLe 
n^e^TV-HniRon- ce-^Mevre on n5'j nevj nreiMme gn nec^es^i 
n (sic) (-^^-) «Te Tevcne cenre eoTe^ewpjô^ fioircoT Tex- 

npHTOT Mtt OTTÏlOHMes. flOTCOT* Mît OT^epMHÏlïdk flOTtOT. 
nM€£Û tlTOMOC" 

€neï24.H OTTït o^r^s.T^ICTeTe epoq ne nujô^2fi.e mtmhtc 
(sic) *"' ôwTTCO ce'^OTÊiHq piTcn nïOT2^ôwi Mtt n&is.p&ô^poc* 
d^TTW oïTn TerncoMH nnecnHT nnoTss.' ôwTtco '^cooth 2£-e 

(a) Voii" note précédente et, plus loin, jA.&pencinc i\Tj*,HTe, profc- 
ramus in medio, montrons. 

En un mot, ces lettres de l'économie du Christ et le 
grand mystère qu'elles contiennent — j'entends les let- 
li'es grecques — s'accordent avec les lettres de ces deux 
langues (i) dans une même doctrine qu'elles renferment, 
dans une même pensée et une même explication. 

Troisièmk Tome. 

Puisqu'on refuse donc de croire à notre enseignen>ent(^-2) 
et qu'il est contredit par les juifs et les barbares et par 
l'opinion (3) des frères égarés (4) ; sachant que notre parole 

dans les Chaînes qrccqucs, ont pris sabcc pour un nom propre d arbris- 
seau ; les Hébreux cités dans les mêmes Chaînes le traduisent par rr»*?'.s- 
sion,rcnroi, pardcni. Mais Boohart a fort bien prouvé que ce terme 
mai-que les branches entrelacées des épines et des buissons ••. Cf. Gesenius, 
Thésaurus ad h. v. 

(1) Des Hébreux et des Syriens. 

(2) On dirait que ce tome troisième est une réponse aux critiques soule- 
vées par les parties qui précédent. A cet égard, il [)ourrait être d'une 
rédaction postérieure. Il est à remarquer toutefois que l'auteur de la 
réponse donne comme sienne l'explication qui vient d'être terminée. 

(3) YVtûlJLT). 

(4) Litt. " menteurs ». 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. i3 

ceo n&.TTOT ïi^ï^T- es.T(o ced.n'^Ty.erei en€Tett2s.(OMM00T 
n5l[ ïiujHpe moTr2s.es>! n^evT&noTTTe* hô^i nTô.TU}aine neiooT 
Mne4>^o*^o*^ 2£.ïn eujopn- à^is-iù ceujcM^e nevq £tt otmcs^ 
riToAMcpiev * evirco cenè^MecTe eniMTCTHpion nTô^TTô^ô^Tr 
eÊioX oïTM nnoTTe on nec^d>.i îiTe es.A'^è^ÊHTA. neeoco- 
c^HTOti" 2£.e pnujÊiCO n£A?V.a) neTnss.toMMOOT- ewTto gt'^to- 
OTii piTtt Tenepuies. Aine^c Tèvi çto nuj&p ppcofe ïim- 
Mevn' ttToq pco on nenTô^.qTeAii nevï môwH eÊio^V* Mes.pe- 
neine nTMHTe nTMiiTèvTcooTn nndk.r d^ircx) nTen'^iyine 
nneTr'A.oujcMoc' ôvTco «TenTôviro enecwT ncooTn niM mm 
Meeire mïm eTTtooTn eppes.! oTÊie Teuncocic tô^ï nTene;}(^c" 
nôk.1 eT2S-(OMMoc 2s.e ô<noK ne ô^7V.<|>es. ô^-too to* ToiTTecTïn 
Tevp;)(;^H Mn n2s.toi\ nTe neM (sic) MTCTH^ïon eTpn (-^-) 
nTTnoc nniepes.1 nd^v 

oô^en Mç^n npcofc niM necnjoon n^'ï Tô^cne nencTrpoc 
Mn neTcpô^r çTe tô<i Te Tô^cne eTujHK nne^ evA2s.iv.ïoc' 



est rejetée et contestée par les enfants de Jiida, les déicides, 
ceux qui a|)]);ti'tiiii'ent au ym-e de l'envie dès le commen- 
cement et le servirent avec audace, et qu'à propos de ces 
mystères placés pai* Dieu dans les lettres de l'alphabet, 
les théosophes estimeront (jue nous rapportons des contes 
de vielles femmes ; soutenus pai* la force auxiliatrice du 
Christ qui nous a manifesté ces choses, montrons leur 
ignorance, faisons honte à leurs raisonnements et jetons 
à bas toute science et toute opinion qui ose s'insurger 
contre la sagesse du Christ qui a dit : Je suis Valpha et 
V oméga, c'est-à-dire le commencement et la fin des mys- 
tères figurés par ces lettres. 

Avant toutes choses existaient la langue et les lettres 
des Syriens, c'est-à-dire la langue jjrofonde (sic) (i) des 

(1) Cette mention est à remarquer. 



\\ LE MUSÉON. 

d«.-y€iMe on emc^ôvi «ô^j ^n Teeneô». fienco^ uô^ta. ee 
n.TA.TpicTcopï'^e ttdvn' 2s.e ô^tco nevï Mçn e^.-!r5'enTq ^ït€ï\ 
07r(ïiij' *'" fce nrennoiTTe" equjoon ^m HMôwKdvpioc ento;)(^ 
pô>.eH erpeTnoonq eCioTV.- 

ïiee eTec2s.toMMOc nTi T€rpô<4*H «otcot 2S-e niynpe 
nôw2s.es.M ^w^^Ha3 €ppd^i pcooT nTMtiT cefiinHT {sic)' mïi 
T'fiupptoÉi en&evpooT" mu npTMnoc Mx^evATy-ei {sicY mw ne 
(s/c) eCioA. puTKieô^pd»." "'' 

'■' Teies.cne otïi nxe ncTpoc mu nj2SLOTTcnooTrc ncpevi 
eTHU epoc neTiyoou ne pn npooMe THpoT ncpevMMes.Tiivoc 
€T£ôwUecHT riTue uj^v iieoToeiui MiinTproc Mn TTinncopss. 
eÊoTV. nnewcne Metincdv ^'' nicpevi Aoinon nre ncTpoc 

(a) Le texte porte çiTen otpfie : dans l'arabe on lit clairement « par 
l'esprit (le Dieu » m aura été omis après ot qui termine la ligne. 

(b) Sic. La version arabe fait défaut en cet endroit. Le traducteur se 
sera trouvé arrêté par les nombreuses incorrections du texte. L'auteur 
fait évidemment allusion à l'invention des arts mentionnée dans Gen. IV, 
20 suiv., mais la négligence du scribe ne nous à pas permis de donner le 
sens intégral de ce passage. 

(c) L'emploi insolite de jM.ennc&, à l'état absolu, de même que la con- 



Chaldëens. On connut ces lettres dans la génération 
d'Enoch, selon ce qui nous a été rapporté : et cela fut 
ti'ouvé par un esprit de Dieu qui était dans le bienheureux 
Enoch avant qu'il fut transporté. 

C'est ainsi que l'Écriture nous rapporte que les enfants 
d'Adam introduisirent également .... et la fabrication de 
l'airain, et le jeu de la lyre et de la cithare. 

Donc, quant à cette langue des Syriens, les vingt-deux 
lettres qu'elle compte, étaient du domaine de tous les 
grammairiens (i) vivant sous le ciel, jusqu'au temps de la 
tour (de Babel) et de la dispersion des langues. Au reste, 

(1) Litt. " étaient chez tous les hommes grammairiens ». 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 15 

efeo'\ ^n pcoMe d«,n' ev?^?V.ô>. piTn çT^Tias. Mit nTHH&e Mntie 

|pô.RJ THp <^' newï ïiTÇ ne TenoT nttC£d.r 

£ïT€n Kd<!^MOC i\^e7V.7V.Hn m4>i7V.oco4>oc- à^Tiù eûoA (-^ ) 
n^HTc d».coT(jL)np e&oTV. nujopn n'fi TecÉito nTnevAô>.cTine 

Mil T€<|)OïnïRH- 

o^en Hpo2s.oToc pcocoq nco^^JCTWc nxe Tet^oinïRH 
ttToq Kujopii ne nTô.q-fpevn enei HTCipe 2SLe 17p0.MMo.Tis. 
d^irto poTei Men 2s.e nnoTTe ncnTes^q'^-Tirnoc epooT evirio 

sti'uction elleptique de la phrase, nous porteiaient à croire que le texte a 
été également altéré en cet endroit. 

A noter aussi les variations dans l'orthogi'aphe du mot Mcnnca.- 

(a) Le Ms. poi'te fautivement 3(;&.THp. 



ces lettres des Syriens ne furent pas (des si^jnes émanés) 
des hommes, mais (tracés) pai' la main et le droigt de 
Dieu, (jui grava les caractères de ces lettres dans une 
table de pierre, à l'instar des tables de la loi. 

Cette table fut trouvée, après le cataclysme, par Cadmus 
le philosophe grec, et c'est par elle qu'apparut d'abord la 
science de la Palestine et de la Phénicie (1). 

De même, Héi'odote, lui aussi, le sophiste phénicien, 
fut le premier qui donna à ces lettres le nom de gram- 
mata (2). Or, donc, puisque c'est Dieu qui a donné la 

(1) Voici quelle parait être, en résumé, la pensée de lauteur : Au 
temps d'Knocli, à l'époque de l'invention des arts, les hommes reçurent 
de Dieu la l'évélation de l'éciùtui-e : c'était l'ancienne écriture des Syriens 
et det) Chaldéens. Cette révélation, Dieu la ht en gravant les lettres sur 
une table de i)iorre qui fut retrouvée, après le déluge, par Cadmus, appelé 
ici « le philosophe grec ". 

(2) A remarquer des épithètes données à Cadmus et à Hérodote. — On 
sait que, d'après la tradition grecque, l'alphabet avait été apporté aux 
Pelasges par des navigateurs phéniciens conduits par Cadmus. L'auteur 
n'explique pas comment Hérodote fut le premier à appeler les lettres 
yi'ammatu. 



16 LE MUSÉON. 

MRÇ OTè.. e&oTV^w npcoMe h ene4)i'\oco4>oc THpoir «TevT- 
uîcone çiyTM'îloM e-fcMOT end>.i uTeiMine* ccotm çtôvro- 
2^€^ïc eco ngoT evirco m.m.€' 

MCOTCHC nnoMoeHTHc MnnoTTe nevi MTi^qnco e^pes^i 
nujopn * n-f CTrrpes.cJjH {sic) MnnoTcon^ e&oA Mn5'ittujton€ 
MnnocMOC- Mn_n€CTO!^!Oti exe ïi^Hxq- mu ee ttTevqeine 
nnviiHpe muihA eCioÀgM rkmc erei (^> eqo nujHpeiyHM- 

CHC on coc|)ïd< njM npeMMKHMe' es-irto nevi ô^qeiMe epooT 
M.n neTTd>.2s.po eÊio?V.^iTn necgevi nre dwA4>ô.ÊiHTe^ nic^ô.! 
ttô^i rtivTpe ne ne cpevi mmoott n5'i npM tiRHMe* 

niM npcoMÇ nTèvTujtone oi2s.m rhô^o ô<'y'5'M5'0M oev^H 

MMCOTTCHC ÇÇiMe e'^CTTUpôw^JH ÇTÊie U5'inTÔ<MiO MlliVOCMOC 

à^Tixi 2fi.e neiïïïÂ- (-^3-) MnnoTTe equHT ^ï2i.M nMOOT 

(a) Sic, sans doute pour hi. 

forme de ces lettres et que pas un homme ni un philo- 
sophe n'eût été capable de les tracer, écoutez la lidèle et 
la vraie doctrine. 

Moïse, le législateur divin qui pioposa tout d'abord la 
description et la révélation des origines du monde et 
de ses éléments, et la manière dont il conduisit hors de 
l'Egypte les enfants d'Israël, Moïse, au témoignage de 
i'Ecritui'e, fut instruit dès son enfance, dans toute la 
science des Egyptiens ; et il connut toutes ces choses et 
leur fondement, par ces lettres de l'alphabet, qu'écrivaient 
aussi les Egyptiens (1). 

Qui donc, d'entre les hommes qui furent sur la terre, 
fut capable, avant Moïse, de connaiti'e l'histoire de la 
ci'éation, et de l'esprit de Dieu qui allait sur l'eau, au com- 

(1) IJtt. - étant encore enfant, l'Koriture, en effet, nous le dit, ils 
instruisirent Moïse dans toute sagesse des Egyptiens, et ces choses il les 
connut avec leur fondement par les lettres de l'alphabet, ces lettres-là les 
écrivaient aussi les Egyptiens r. 




LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 17 

2t.in niyopn nequjoon n5^ï nnocMoc* 2SLeRis.c eqeoMooc 

tiRevd^q €£pes,i ^M nTTnoc nes.7V.<|>è<&HTô. kô^tô^ niTirnoc 

owMeoc (sic) Tne ceMOTTe epoc 2S-€ c^jHpes. n(T\ 
nco<|)Oc nenpç'A.ÀHtt" Tei7pô».<^H 2^ç «toc tiTe 
Tco4)iev MnnoTTTe ecoTWM^ mmoc eÊioTV.* 24.e ot 
Mïce ïic^jHpô. 2s.e piTCrt nTTnoc ïiTô>.ï\Hô».ô.q 
eppôii piTen 2s.ç?V.tô^' 
^ onep wà^TiK nec^xi"-^*' Mn;x.e7V.Td^ epe xenTH- 

^\ CÏC THpC ^i2S.M IlKôw^ * CTCÔ^nCCHT MUHOTn eTOTT- 

■H*. (onp (sic) ''') e&oTV. nres-c Mil neTOHn pi oircon' e- 

(a) Pi'obablement pour ncTovwn^- 



mencement du monde ; tout cela afin d'être en mesure 
de donner le type de ces lettres, conformément à l'expli- 
cation de l'alphabet que nous avons fini de proposer, 
d'après ce type (i) ? 

Ainsi, les sages de la Grèce, appellent le ciel une sphère, 
tandis que l'Ecriture de la sagesse divine nous le repré- 
sente comme une hémisphère, selon le type que nous 
avons proposé dans l'explication du delta (2). 

D'après la figure du delta, la création entière repose sur 
la terre inférieure au noun ; ce qui apparaît au dehors, 
aussi bien que les choses cachées, conformément à ce que 

(1) Litt « afin dose tenir à donner le type de ces Iclti'es, d'apiès la 
forme que nous avons fini de proposer dans le type do l'alphabet, selon ce 
type „. 

L'auteui- va reprendre en partie sa ])rertiicro démonstration, en y niôiant 
quelques idées nouvelles et cela, d'une manière de plus en plus oijscure. 
Il commence par insister sur le désac(;ord entre les doctrines cosmogo- 
niques des Grecs et les doiuiées de la Bible contenues aussi dans le Mys- 
tère de lalphabet. 

(2) Voir Musdon 1900, p. 114 suiv. 

2 



|<S LE MISÉON. 

iipoc {sic) uenTevncoôvieoT om nujopn nroMoc ed«>nHô>.d«.Tr 

OTi rès.p 2S-e MUOTCOTU uMTCTHpion ÇTOHn n'Ti tte- 
'^\7V.oco-^oo iuoT uTe uoe.V.Xun nevTnoTTe nTe^Tojcone 
pôw^H AiMcoTOHC- uevi OTcouo eilioTV. OM ii'^OT n^evpd.K- 
THp uT*.TKevevT t•op^vi ^.Tco evT-^TTnoc epooT' nevi exco- 
ooe MAvooT ou OTOMU eo2!^ooe exe UMeooooT ne* Mn 
HAveoce" .un i\ecTe».ioT mu Hue«.uoc exe \\"ic nuje ne* ivTto 
eicoHHTe Mw OTou oeu u^.i eiue exMHTe noTOJKcou h 
oTc.uoTi-TH) uTe AevôvT eiiTHpq cùoXon TeuTucic muhot- 
TÇ uee ou uïu;>y^^>pôvKTHp MU uec^HMev UTe uecoe^ï 
ùevMÇxpvTou fcTfc" Ui\i ive Mï\TOTUJie MMôvT ue" uevi eTeK.T- 
■\-TYuoo çpooT \\'T\ o-^p\eevuoc [sici mçïi eTUOMiMocoen 

UCTAV.\OU UT^.TU6.evT eope>.\ MU Ue'^pMMOU" 

tMTt' euitoue ufcMuje^2s.e ot ^o\ ue ç\e2i.ooc «evi ou' 
ev.-^evv)TA<ToAv eueiMC Oi\ei\ UTCTepevc|5Vi av.a\.cotchc 2£.e 

nous ;iV()iis écrit (l;iiis le jncmicr loinc. en pinçant tout 
cela à rintcricnr du ilclhi. 

{)\w les [»liil()S(»itli('s insensés et impies de la Grèce, 
antérieurs à Moïse, ne connaissaient pas le mystère caché, 
cela apparaît dans les cin(j .s/Vi caractères (juils ont i)ro- 
posés cl dont ils ont doniu' le type ; ces caractères les 
accusent bien haut, à savoir, ceux (|ui répondent aux 
nombres six. soixante, (piatre-vinift-dix et ncMif cents ou 
neut' centaines, \oici. (pie pas une scnile de ces formes, 
ne donne la liiiure ou limaiic, d'une créature de Dieu ; il 
en est de même pour les letti'cs (pii n"ont pas de valeur 
mimeriipie, cl dont le type nous a ete donne pai' Africain, 
el lamomimos. dans les sij^n(>s proposes avec les Pliry- 
iiiens {'f). 

wSi cette iiarol(> est un mensonge, je dirai donc (pi'il 
était en état de tonnailre ces choses avant le récit de 




LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES, 19 

cpe nKOCjaoc RHne ^ev ott Kô^Re ^n re^oTreiTe ïit è^ nnoT- 

ewqujcone' Ke^Tô». nTirnoc mu n^evpes-KTHp ner 

*nïTpo;)(^oc eTKtoT€ e^OTïi tiTe ei nevï ne nTirnoc 

(s2C)ilHOCMOC* niUJCoTV.^ 2s.e ^COtOq €T£tt TMHTe nôiï 

ne nncop2SL eCioTy. eT^n TMHTe MnHevne Mît noToein* 
HivTô^ nenTô.nujpn'^'Mes.ein epooT ^i nes^^oT' ô».tco 2s.eRd».c 
eienes. nevi TRpoir necor Tô<TeM2S-00T otô». OTev 

Ô.UJ nnoTC nptoMe ôw2SL.n Tecpô^c^H nnoTTe «Te MtoT- 
CRC ô<qeu}5'M5'oM e2i.ooe' SLe ^m nujopn Men npooT 

OTTOCOÊl HOTTtOT RTe nnOTTe MÔ^TTÔwè^q" MnpOCTdS.RTJROn 

ÔLqTô>.Meïoq eTe ne^ï ne noToein' eTÊie nevi on otcoô^ï 
noTO)T eTO nTTnoc Mne i-'^^-) qoott eTMMôvT e^TOi 
eqyyoon nô».q n^ïRwn eTe nes.i ne er 

Moïse : (i) « Le monde était caché dans des ténèbres, au 
commencement, ({uand Dieu le créa. Et II dit que la 
lumière soit et la lumière fut. ^) C'est ce qu'exprime la 
figure de la lettre ei. 

La ligne courbe de ei est la figure du monde ; le trait 
du milieu représente la sé])aration des ténèbres et de la 
lumière, comme nous l'avons déjà exposé dans la dernièi'e 
partie. Je laisse donc ces choses de côté, sans le reprendre 
une à une {2). 

Quelle intelligence humaine, sans l'Lcriture divine de 
Moïse, était en état d'apprendi'C (pi'au prcmiei' jour, 
une seule (euvi'C fut créée sur l'ordre de Dieu, à savoir 
la lumière ? C'est [)our cela qu'une seule lettre sert de 
figure et d'image à ce jour, à savoir ci. 

(1) La forme i)niait ironiciuo : Si ud pliilosophe païen antérieur à Moïse 
Avait, (■ontiaii'cnieiit à mon assertion, connu le mystère des ietti-es, il 
aurait donc oonini le ivcit de l;i. création avant la révolatioji de Moïse. » 

(2) Litt. « et afin que je laisse toutes ces choses de côté, (jue je ne les 
dise pas une à une n. Kemai'quer la foi-mc conjonctive t^vtcm pour nxfvTCM. 



:2() IF, MISKON. 

d.\c|)ds. re^p ne nujopn «c^è^r e>^AAiv eneqo ô».n noiucoM 
Miuuopii noooT" CTÙe ste MnevTe ooo^' viuoiie- evTco on 

•'le. c • 

2SLe «To:\ Mn fcuTev" .wen .svV revMMdv" ernioon noMvcon 
nnecTO\;\^ion A\.evTevA,T çtom huocaioc oeven eTpe nnor- 
TÇ econx nTeurncie t'Te n^>\ nt* • oav. nnjopn ncoiW ère 
nà<\ ne dv'<\c|)ev nMOOT .wn nnes. (s/r) n^epuvcn nxe nuoTxe 
exnev ernuT oi2t.tooT om ne\Av.^oonevT nco^vi on exe nevi 

c. t. t_ c. 

ne iîlHT^v nnoTn Aven nue^ne exoi^Ln nnorn' oav nMevo- 
ujOAinT !i^e ocoioq ncoevi eTe nôvi ne i'A>A\.Mev nuevo exe 
neqoTtono e&o'A. evn ne evTco nevTc&TioTq eTOcoùc MMoq 
n5'i M.vAooy eqd^vije nonroT" n€^e nno^rn^vo e:\dvine nc^. 
ne oTôk" 



Alpliti, (Ml ('tVct, est la |»i(Mniri'(' des Iclti'cs. mais n'est 
pas la liiiiir(> du iircinici' joiif. |iiiis(jiril ii'v avait [las 
do joui' (I). Il vn est de mèiiit' pour hrhi c\ (jinunui. (jiii 
sont la liiiuiv des ('liMncnts existant dans le monde avant 
(jue I)i(Mi lit ro'uvr«> de la création -j . lai d'aiilies termes, 
dans la |)remière des letlres. \'(ilj)li(i. sont lii;ures l'eau el 
resprit aérien de Dieu (|ui allai! el Ncnail suf elles ; dans 
la seconde lettre, (|(ii est hrlu, les iiniiii et les lenèhres cpii 
sont au-dessus des iioiiii : enlin, dans la Iroisième, (pii est 
ijunntm, la terre iinisihle el inr(Uiiie. eouveite |»ar les 
eaux, dans lesipielles elle l'st suspendue eoinme une terre 
suspendue à un autre (r.K 

il' 'l\'ii( .m (•oiuiiuMU'oiiu'ul ili' la criMlioii. 

(3) On sorail tond' de vi'ii' ici mu- allusiitn à la docli iiu" il.- la piri>\i-- 
teiiee do la malii'ic ; mais do rciiM'iiildt' du .s> .siciiu' di- raiitiMir, il ii-siiltc 
(lu'il oiiti'iid ii'i par •> rti'U\i(MK* la criMlidii » la cri'tiHo sivnml,! . 1,. ior- 
lliatidii ili's di\i>rs c'iii's, don! les pnMiiiiMs cKmuoiiIs a» aioiil rlo . rccs au 
coniuitMU(>uh'n(. 

(,:!) l'iiioiu'i' ti'iVs iihscur : à une aulr(> IciiiMma uu a^il ic fiups ^olid»' ' 
Veir l'oxplicatiiMi du drild oi dos K^trcs a., è et i» Mi'si-on \W{\ \\[k iTi 
suiv, r.(» suiv. l,(>s lii^uivs ci di\s>us (p. IT' paraissent so rap|)ui'Ior à ce 
passa-jfe. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 21 

exTo^ nes-i THpoir eTrcdw^OTM enMe^qTOOT ttcoevi exe nôvi 
ne 2s^e7\.Tô." Res.Tô^ nenTd.nujepn2$.oo7r om niyopn wtomoc" 
eïc^HHTe cevp ô».m22.ooc 2s.e epe nsveATev ô «^luton ïiTne 
€Tces.nyLjcoï "^ v/c evTnis-T epoc exe Tevi Te Tiie ueMnHTe 

à^Tixi iuujC)o7V.o eTCôvnecHT n^^eATev eqo npïKoiti enuô^p 
niKTïies.'y epoq es.TroL) eTOô^iiecHT MnnoTïi' ey^TO) eTiie 
neMnHire cyMMô^-y -^evTaLOO MneccMOT" ec«HT eopes,i 
on (-0-) ^^' necô^npon uôwTô^ ïieMujes. Men MMes.npcoTn" 
iyds.nTecntop evycono niM nôvTujô.2s.e epoq evTto necMOTrp 
epoTn ennevp eTOô^necHT nennoTn (sic)- uô^tô. OTMTCTn- 
pion eT2s.oce" née ptocoq n2s.eA2s.d>. pen Teqonionorpes.- 

(a) lù) tétc de la paj^c (r) : o fc 5c*^ 3 

70 Jésus- Christ 7 

Et toutes ces choses sont contenues dans la quatrième 
lettre, le delta, comme nous l'avons déjà dit dans le 
premier tome. Voilà (jue nous avons dit, en effet, (pie le 
delta est l'image du ciel supérieur, l'invisible, le ciel des 
deux. 

Et la ligne inférieure du delta est l'image de la terre 
invisible qui est au dessous du noun. Et le ciel des cieux, 
dont la figure est indescriptible, descend par ses extré- 
mités, à l'orient et à l'occident, ()our se perdre dans toutes 
les profondeurs indicibles et se relier à la terre inférieure 
aux noîin (i), selon un mystère élevé; et cela conformément 
à l'image du delta (2). 

(1) Litt. " jusqu'à ce qu'il arrive à toute profondeur indicible et il était 
relié à la letti'e qui est au dessous des nonn n. 

(2) Voir le passage parallèle dans l'explication du ((cita p. 20. Ces deux 
endroits fort obscurs en eux-mêmes s'éclaircisscnt l'un l'autre. Il s'agit 
bien d'un ciel partant des sommets, passant par delà les extrémités de 
l'univers visible et tiiiissant par rejoindre les profondeurs des abimes 
inférieurs. 



-:>.) 



i.E Misi:(».\. 



evTto TOTC Aovuon .v^ennces. 2s.eA2s.ev, vyes.'^ei çtavhtç 
u'Ti ei" £'\à MTTiioe Miiu)opii uoooT HdvTev €ve pco uTe^u- 
OTtM\o uev\ eÊioA 2s.im ÇTe^s7^yooTe^Tt■ 

e\Te cocevTTOc v/r ou iiAieocnô^T nooo^' cwèik.'y nou)£i 

MUpOCTdkHTJKOll !lTe IIHOTTC CTC IICHT^' TOTTÇCTin IIÇ- 

i"T€peo)AVdv (-Oi\-) ' MU iiiuop2SL eùoA MMAvooT- nev\ erepe 

JlÇTTTllOC OTCOllO OfcMl C^l^^.T UCOevi' THTev Al» llTdS. ÇTÇ ïldvl 

ne" 

0.^ lL_ir OCAVOIOO ÏVlAVeOUIOMttT IlOOOT UJOMÏiT 

^^ " llll "^'^'^'i^ "T"^ iiuoTTe evTU)coiie uoHTq- 
r ^ ^ e\vnev2!£.e iiT(o'\ii eiiîoW Aiwwevo mïv 11- 

TettO">' eTOTo ï\evT tvTHiioc 'i/r uTi mvijoMttT ucoivi eTe 

«eM ne' ovirev Avn uot^v* mu n^^nnev 

ue\ Tpouoc 2s.e on «votcot ctoa^- 
• -' *~ 

e/|t ^^^- uAveo'\TOOTnoooTeoTnTes.qMMevT 
A J^^^j: n-^TOOT ncoôvi Avn qTOOT notoÈ nje 
unoTxe nTevTujtone noHTq exe nevi 
tve npe\poToein' m\\ uniopsfi- eiioA eron tmutc MiieoooT 

(il) lui li't(> d(> la pa^o ('■' : " ~ "5^ "ôÂ 
8 (ils de Dieu 11 

Vii'iil ciisuid', ajjirs le delta, la Ictlrc ri, symbole du 
|)i('mi('i' jour, tout coiuiuc nous l'avons exposé, dès le 
coiiiMiciucinent. 

De même, le second joui- comprend deux o'uvres j)ro- 
duiles sur l'ordi-e de Dieu, le firmament (>t la séjiaration 
des eaux, u'uvres svmholisees pai- deux lettres, :('7rt et ItrUi. 

De même, an troisiènu' jour, il v eut tï'ois oMivres de 
Dieu, à savoir : l'ajtparition de la tenr, la tjermination 
des plantes et la production des arbres fruitiers, repré- 
sentées pai* les tiois lettres, ihcld, iold et l.appa. 

Il en est ainsi du (juatrièine jour, représenté par (juatre 
lettres et compriMiant (juatre (cuvres de Dieu : ce sont les 
luminaires, la séparation du joui' et de la nuit, la création 



LES MYSTKUKS DES I.ETIIiES (illECQl ES. ^25 

Mrt TeTUÏH' MU TTiïiTôkMïO MnpH MU nOOg' .VV.U T'Tjnuevd^T 

gM iieeTepewMôv- ui^toot 2ve ^tooT hcoô.! uô^r ne 
7Va.tAô^" Me* ne' ot* 

niM 2s.e on n212.no ncoïMe 
#\lR^[M/M^èi ^"^'Tm^om €25.0) UHèvi e*.2in 

if \ I i 1 V ^^ ^ -V^*^<^'^ '^^'^ epOOT €&0'\0ITM 

nnoTTe" €Te THue 2i.e nneoooT 
€T0 noTcoc {sic) Men ne^]2iRTe MunoTTe UTes^Tiycone 
noHTOTT' H uToq e2!L00c 2fi.e on coot uooot ô. nnoTTC 

Td».Meï0 UTeRTHClC THpC" 

Mne oTô». revp 2s.iu eneo oen ue^^ï7V.ocor^oc TwpoT Men 
npeAAnu eiy^'M^ToM eAieeTe euèvi n-^Meine* oô^eH eTpec- 
uj(one n5'i Tecpô.c^H nnoTTe UTe mcotchc pcoc 2s.e 7V.oï- 
iion niTTuoe uTe ueTcnoT (sic)- nnepô.i om neqTHHÉie 
MMin MMoq <''^' 

(a) Le texte parait de nouveau fortement altéré en cet endroit. 



du soleil et di^ l;i lune cl leur |tl;ict'iiR'nl au liniiamenl. 
Ces quatre lettres sont : laula, me, tw, ou. 

Qui doue, de nouveau, parmi les enfants de la femme 
fut capable de dire ces choses, sans en avoir été instruit 
par Dieu, à savoii', le nombre des jours correspondant 
aux œuvres divines (|ui y furent produites, ou bien de 
dire qu'en six jours. Dieu fit la création entière. 

Car jamais personne parmi les philosophes ni les grecs 
ne fut ca})able de se représenter ces choses de cette manière, 
avant l'existence de l'éci'iture divine; de Moise, étant donné 
du reste (jue les figures de nos lettres (ont été tracées) par 
le doigt (de Dieu) lui-même (1). 

(1) Sens conjectural tiré du contexte et de la version arabe : « avec cela 
que la figure de nos lettres (a étéj tracée (?) par le doigt de Dieu ». Tra- 
duction de M. Forget. 



2i i.i: MisÉo^i. 

eTÙfc* iiivi AVJiepTy5eTc|)e)^nTd^ci*weee».\ mmoot ui-où-iTt 

• ' 1 C 1 *■• 

UTiV U»OTTe CO^^.\COT UCv^iOU t\T^vTOTC«V25Hl UO^vf tMCOlVUTt 
< t t 

l'ôvp UOe ÇTOTp.WnTpt" UT\ llt"0j!lUT(;2S.fc"0i\O\l fTpt"\U|l'>Uf 

uTi iinoMOC uptMvpoMiie t*Touj fTOTÙ o!Vt\r uvno ivpo- 
Mue" ôv iiuoTTe p^MOT uTfc'uUi\Hc\dv uenoe^e^ivoo UTt* ii\i\^ 

«Tv mVOTTf OM Ue'^THHÙe MA^VU AV.AVO-\ ^vTtO »lA\.TCT»»p\v>t\ 

çTït^HTOT oTïtcf lie neeoceèies. Tev\ fTt avuç ovt\ 
eèoA * ou ùdvp^con fToen ue^^iAococ^oc çtocav ll^v\ 
ivuou iies.1 coTcouc h «f^oe epoo enenTewTooTCiino ivvp 
lie iies.ïiTtoc ceiieveiMe 2S-e otmtctii pi ou lleTOTT^^.u|eo- 
eiiy MMoq avuhocmoc nTi ueooô^i iie^i oii otcomo e&oA' 
evAAdk èvTep^e uoniJiAAe «Ti n&.i uTeiMiiie" eiuiev2£.e 

(i'osl poiirciuoi, ne laisse/ pas les eiit'aiils des juils se 
iiloi'ifier, en tant (juils ont reiMi eux aussi les tables écrites 
par Dieu, celles (|ui ont été biisées ensuite. Il est pnjuvé, 
en efVet, (pi'avant la loi, pendant le lonii espace de plus de 
deux mille ans, Dieu a iii'atitié la réunion des gentils de 
la table indestructible de la thcosophu' contenue dans 
ces lettres (|ue Dieu a tracées de sa piopre main (i). 
Or le mystèi'e ({u'elles contiennent est une grande llicosv- 
/'/V, (pi'aucnn des anciens parmi les pliilosopbes de ce 
siècle n'a connu ni découvert ; car s'ils l'avaient coimu, 
ils aurait su assurément (jue ces lettres annonvaienl mani- 
téstement au monde un mystère. 

Mais ils sont semblables à des aveugles, ces bommes 

iDl.itt. •• Ccir voici de ((uellc l'açon rendent t6nK)ignai,^e les choses, à 
savoir : avant que l'ut la loi, pendant des années nombreuses dôpassunt 
deux mille ans, I)ieu gratifia la réunion des Gentils de la table indestruc- 
tible de la divine sagesse qui est dans ces lettres, Dieu ayant ôcrit de son 
propre doigt f. 



LIS Mvsii itis 1)1 S Minus (;iu',«.(U I.S. "i^i 

ny>t -^-^ciIIko avi\ .UAv«\v>i\AVt\ ï\oo.\.\»\\v\\vou oyit u^to«n\ 

.UCU OTOTCOtW AV.UOOV AVHTYUOO IWWlOiW W^W O YtT HPT 
O Y-^l!à(0 Xf 0»\ 1\0\IT0T OYUlOvXr C» W OOUVVllùCO OlioA OAV 
lie TOUT AVAVMl AVAV.OOT 

u«\\ •-'s.o ivTOOv cvutiNx^r enfc i v'^v^vou wtc (oi'-i »i\rov\» 

»UN\ tVrUOTOOT OVTOÏ» IV'X TAV\0 TOrOl' 
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t\To> t'(OTM i'Tiii' \\c\\ \»r"^OT\v\; \u\'.\«u- .xoue\.r t'\vee\Mt^ 
ta^\»t«\tiIlî(0 ue»»OiV»\\in t'\oo\»\» r*' i\\y> \u\Ti\ oe i\Ti\nc\Avo 

ou UtW U^^Wt TfOOYtMTC "^i.!" CU'i f AVUT AViXTiNvW t\ UUOTTi* 
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TevAvevooY uT*\-\t\\:>^Yo\ ut^\a<\o w^utihvc Tuy>c "ycopu* 

TUt" fc'TOYt\«\!Li «\T(>> Ui\TUt\T fy>O0 t\T(i> U^wT"\"T Y»K">C t'TfC- 

T\u\vio>ue' t;v\ ctciavotu uouto »\T\ unfTOTt\i\Ci uTt! 
ueTort\v\!Î!î t\Yco xmv u\oy>u Oi\ou «xy^* '^t^vavio ut^-utu- 

l;"i, jr veux dire les iiKiilics de l:i (iiccc ;i\cc leurs ciisci- 
^iK'iiK'iils. Autres soûl les lellres (|u ils oui ecriles d iiprès 
le ly|M' (le ces lellres (i, .uilres les elioses <|irils oui 
eiiseiiiiiees |i;u' elles, eu i;i(oul;iiil des Ijihles lirees de leur 
propre loiids. 

(les lellres elies-iiK-iues, e Csl-.'i-di re leurs e;ir;ielères, 
oui ele seiilplees pnr le Deiiiiouiuc. 

l"".<-oule (loue ceci Ires ;illeuti\(Mueiil , ;diu de eouiiJiilrc 
i'iiiUor;UM-e des (irees. ( !oiiroruieiiieul , eu ellel, ;"i ee (jiic 
nous s;i\(»us p;ir ces choses, depuis l'orii^iiie, l(MS(pie Dieu 
(•ouimeii<:i lieiivre de l:i ere;ili(Mi eiiliere (•_>>, il lit seiile- 
meiil deux eieiix, ;"i p.ul le ei(d s;iiiit. iii\ isilde, doiil 
I Cxislcuce ne sjuir.iil èlre re|)reseutee eu liiiiire. <('lui 
diiiis l('(jii('i se repose le Saint des Saints, et cela, des le 
coiuincncenieiil, avant l'd'uvi'e de la crealion (s). 

(1) (JV'st-;'i-(lii(' on iiiiit;uU les ictiios Iimccos |i;ii- Irdoifit de l)i<Mi. 
{'■i) I/aiil(Mii- ili'si/^nio ici ;i|i|i;ir(Mmii(>iil l'ciiivi'i" des six jmu's, l;i ircdtio 
s<'cu)ii/a, commo dous l'avons rcinarqiit' pins liant. 
(3) Cl". Muscoii liuiu |)i). U:} et 120. 



26 LE MLSÉO>. 

ncujÉico 2!,^e ocoot nu * ^e7V.7V.Hn c€2S-commoc 2s.e OTn 
oen MHHuje mïic ujooir 

iiô.TV.m ou 2!i^e on cnes.T «Kdv^ ce-^cûco nevn epooT 
MiiiMô. pen Teepivc^H eTOTô^ô^Êi uTe nicgevi nes>r npeAAHtt. 
2^€ nrooT ce2fi.o)MMOc 2fi.e otthôw^ noTtOT neTujoou- 

CTÛie MMOOT 2s.e 0« OOMOÏOf Ce2S.C0MM0e !2LÇ edv'iVd^CCev 
c 

lie RMA. nciooTïip nMMOO-y nd<i ktô. iinoTTe 2s.ooe ct- 

ÊlHHTq 2SLe MdvpOTCWOTp tl'fl MMOÛTT ÇT^evUeCHT nTiiç 
eTTCWOTOC MOTCOT iWTlO Mô^pOTOTCOttO (6'îc) ^iioK ttTï 

neTUjOTWOT' uimôv «ccooto 2s.e n'^Mine tiTe i\.'sic/ mmoot 
ne nno'f noKïdvnoe \\iK\ eT (-o^-) ncoTc unocMOC Tnpq" 
ivTco cq-^cÉiu) ne^n enô<i n'fi nnoTTe pixen nec^evi nxe 
^HTiw Kes.Tds. nenTd».niyepncpevicoT- 



Au contraire, les fables des Grecs enseignent qu'il y a 
une multitude de cieux. 

De nouveau, en cet endroit de l'Ecriture sainte relatif à 
ces lettres, on nous enseigne qu'il y a deux terres (i), 
tandis que les Grecs prétendent qu'il existe une terre 
uni(|ue. 

De même, au sujet des eaux, ils désignent sous le nom 
de mer (OàXaaTa) le lieu de rassemblement des eaux dont 
Dieu a dit : que les eaux inférieures au ciel se rassem- 
blent en un seul lieu et (jue la terre sècbe apfjaraissc. Or 
ce lieu de rassemblement des eaux est le grand rassem- 
blement, l'océan (wxsavo;), celui (jui entoui-e le monde 
entier. C'est ce que Dieu nous enseigne au moyen de la 
lettre thctn, conformément à ce que nous avons déjà 
écrit. 



(1) Litt. : ■• deux terres on nous les enseigne en cet endroit, dans l'Ecri- 
ture sainte de ces lettres - ; c'est-à-dire, l'endroit do l'Ecriture sainte où 
sont décrites les œuvres symbolisées par ces lettres. 




LKS MYSTKKES DKS I.KTTIŒS CIIECQUES, 27 

^'' ooMO\coc on Tilt' oe.v^^oTTe epoc 2s.e 
I, c-^ep^v uTi noo'\)oc !ico5' nnpe7V.AHn- Te- 

f fc'coTcoiio MAvoc fc"JÎ!io".\ 2s.e OTe.vwce nc'^ey>ô>. 

2i.€?V.Td." es^Tto on ce^oT^fonn €TÛe iieoooTf Mçn ' tcttujh" 
Mn uoTOfin* Mn wikoot* .un uive^ne' Mn udh* Mn uooo* 

c r t 

Mi\. nciûT" eT2s.CL) nnçTeMeujvvie [sicj evTO) gt'^ciîico on ptn 
î2vocMev nnoT2i." eTO nujMMO c-n\cod<i n^vi nxe unoTTe* 
is.-yoo enei^s^n "\-c(<)0Tn 2s.e cfctoèe n-fj n^ve^HT nioT2s.d>.i 
Mt\. nûevplîi^.poc eppe^i Ç2s_n neTen2s.u)MMcooT TenoT* 
ivTco cecTrnei^!X.OHei ô>>n nMMdvïi e2!£_ooc 2S-e niMTCTHpion 
II&.I nTe ne^c neTOTcono MMoq e^oX n'fi nuyMOTn 
ncpevi GTMnencew niMnTevqTe ncpô^i nTe ôK.\r^ô.£iHTev Kô»>Tev 
n€nTevnujepn2S-00'y eTe nô.i nç eTennô^Tô^ooTT TenoTT" 

(a) Iiiscrii)tioii verticale : « Ceci est l'océan (jiii eiitouie la terre 
entière » ; — inscii|)tion linri/.ontale « La terre sèche ». 

De môme !(• v'ic\, ils r;i|>|K'lleiit une s|)Ii('m'(', les s;iift'S 
insensés de la Grèce, tandis (|ue récriture de la sagesse de 
Dieu nous le représente comme une hémisphère, confor- 
mément à la figure (jue nous avons donnée du (U'Itd. Et, 
de nouveau, nous les trouvons en contradiction pour ce 
qui regarde le jour et la nuit, la lumière, le feu, les ténè- 
bres, le soleil, la lune et les étoiles; ils disent ce qu'il 
ne faut pas et donnent dans des doctrines nuMisongères, 
étant étiangers à ces lettres (ou à ces Éci'itures ?) de Dieu. 

Et puis(jue je sais cpie les juifs impies et les barbares 
rient de ce (jue nous disons maintenant, et (ju'ils ne 
s'accordent pas avec nous poui* admettre (|ue ce mystère 
du Christ est l'évélé par les huit lettres (jui viennent après 
ces quatorze lettres de l'alphabet, conformément à ce que 
nous avons dit, ce sont celles-là mèm(;s que nous allons 
maintenant les proposer. 



28 LE MISÉON. 

(-Oe-) OTHTô^i MMevT OlTrt CTTOM 



^/^ olo X> /7»1 ""^* ?" ujOMHTe MÇïi qro n'fiît- 
p^^ .^^^^"^ coope eTvyoon nevi OTÛe nei<i 

TeTMnTe\.TcooTn Aveu TeTA.iiTi'A.oriev evTco 'fr\eiv2s.\ nes.i 
ùoTOOiiAoti Tdvdvo ep^vT oTÈe newi «"^Mine' eiMJUje eop6.\ 
e2S-M \ie^c MU Te'^euuAHci*.' evyco eieds.pï (szV) pM iieunev 
fcMijpu|€p n*.» euecHT o\Te!\ *■ ne'^i2S-o)Av.A\.ooT TenoT exe 
nevi lie' 

€icouuTfc' on OTcono e&oA. (o nioT^ves. ,s7c • mcu nÊidvp- 
foevpoc Mn npeWXun *.ue\Me on OTT*.2s.po piTfn nep- 
CiHTf eTUH eppevr 2s.e necpes.\ mu neTCTOi;>^ion 0TnTd>.7r 

MMÔ^T MUTTHOC UnCCTOI^lOn MUUOOMOf dvTtO 2S.e 

cenHT e&o'A. cto hotooc *' Mn ncTcpHT on TevuoA?V.OTr- 
eidik isiri nxe ucoot noooT nT'finTô.Meio MnKOCM]oc|' 
is.Tco 2s.€ ceniiT e£io'\ uevTd< nenTô».nujpn2SL00T' 

(:ii Sir pour '-o; ; à iiutor l'esprit f/oK.i- reiulii ici par ç 

Par la Corée du Clirisl (jiii m'a révélé ces choses, j'ai 
trois et quatre aiiiuinents contre ceux-là ; et ils seront 
enii)ai'i'assés dans leur lirnoranee et leur contradiction. 
Je m'en seivirai comme d'un bouclier à leur opposer, 
combattant pour b' (Ibrist et son l^^^lise (i), confiant dans 
l'esprit, pour les renverser |)ar ce (jue je vais dii-e, à savoir 
ce (pii suit. 

Voici (pi'en toute évidence, o Juifs, barbares et (irecs, 
nous savons avec certitude, par les e\})lications proposées, 
que les lettres et leurs éléments sont la ti|i^ure des éléments 
du monde ; et que les unes et les autres viennent dans le 
même ordre, se présentant comme nous l'avons dit, dans 
l'ordre des six jours de la création du monde [-2). 

(1) Litl. : « sur le Christ et son Kglise -. 

{i) Litt. : - et qu'ils se présentent (viennent dehors) étant en égalité entre 



I.KS MYSTKKKS DES I.KITKKS (;UK(\)riS. "19 

neT2SLcoMAioc OYu '\o\uon -^SLe »\MTCTUpiOn .UUfYC 
evn ut•T01vco^.v M.uoi n»\tt nT\ m.vvoTn (-ÔT) mooa>» noeve 
«Tt- ^v".\'^)l\lî!mT^^.■ otoc eYe«wï\j.\tiM oviàuiv uT\ nv^M^iiT ii^vi 

^10» \ieTfqo i\cs.q uTYiioo nTv \»v\\i\Tev':s.t\-:\o (svi i tiTcv.u- 

IITH nOO^Vl fTO^wOW i\YiO N^f '^O UTTIVOO fOY n^\ iivpco' 
es.TtO 2S.f c!\0 ÏITYWOC f ^VU| »CTO\^Y\0\V tlT\ CY.UAViN' i\YlO 

iicvAiti 0!\ "Xf OY ne WTYwoo UT^.«\Y (\/( ) i\Yco *::i c or 
otoioq iif wTYjioc uof ' .un '\>\ ^\yio xo oy ju- ue^Y^v- 
y>^v\;Tiip i\Y^ i\Y(<> "x^e OY ivcotov;y\oï\ nco' 

^'♦V.\«\ M\\ ujToAV AV^MOOY ' enTuy>:\ o-^i\uO'Xi"zii* ïit\n 
t'OY^v t'ùo'A-ou ueoTorY**-^»^ *e nTO\ i\0(tiuT Av.uuoYTe c»Y!>!k.e 
ou nev Two {v/( ) oY-.xt- ï\ct ov-xav i\h«\o ov>».f uot Ci\ne- 
c\iT Aviv\u\o i\Yco \\i\u\ noc iont\vMTAv.ToA^ r-ycAvoT Ui\n 

fU\CO«\\ \\«\\V (.S7( I ï\TO\AV\\\0 \\i\Ut *.XV OW UOf \\T0YU|TAV- 

.1 oc, :lli;l■^ vc [■('|iiiii.l.iiii ,i V "jis/'/oi/ . 



(Jiic cciiN donc (|iii |ir('l('ii(l('iil (jnc le niNsIrrc du (lliris! 
lie MOUS est pas diTiil par les liuil dciiiirics Iclh'cs de 
ralplialtcl, (■oiiiiiic I ()|)|ios(Mil les impies, (pi'i l.s nous disent 
eeuv-là, (pielle erealure ou (piel elernenl esl represenle par 
la liuiire de ces (|uin/e lellres (pii preeedeni, el ce ipie 
siiiuille le ro, el (piel elenu'ul esl represetile par miiiiiiki, 
el (|nelle esl la sii;nilieal i(Ui de /^n/, la sii:niliealion de //<■ 
el de /^///. el ce (pTesl le earaelere de < ///. el relenieni de o. 

.Mais il ne leur esl aueiinenienl possible de nous dc'si- 
liuer un des (deuuMils ou une des erealures de Dieu, 
soil dans le eiel, soil sur la lerre. soil au dessous de la 
lerre. I.l ('(unnieni ponironl-ils nous iuleipriMer de celle 
l'ac.'on ces dernières lellres. el eotnnu'ul pourr(Uil-ils en 

eux, (Luis 1,1 .siiiti' (les |oiir> ilf la ciimI imi du iiioiulc iM ils si- pri-scnlcul 
scIdu ct> (iiic tuuis ;i\ uns *lit n. 



50 LE MUSÉON. 

5'oM eiiTHpq eTô».^© epô^Tq «^htot ertai^ev^ic mu ne^pi- 
eMOc nTd>.Ho7V.OTe^id>. ïiTe^evHMepevc (sic) ïiTô^nujpnc^ô^jc* 
Mît Hecpd.i eTttOHTc Mti neTCToic|)ç^ioti 'ttdwi CTO nTTnoc 
enepÛHTe MnnoTTe pn o^r ^tcoc- 

A.T(o on 2£.eRes.c nneirMeeTC n5'i nioT2^es.i (-ô^-) 2£.e pu 
OTMeeire enewMOTq d^n eï2s:to «nevr ivTrw lyuje nes.n eqicon 
end>.i nTÇïMine' ère nep&Hire Mnne ne- Mn n€cpô>.i nre 

quelque manière justifîei' (i), par elles, l'exposé et l'or- 
dre (2) (le la succession de l'hexaéméron que nous avons 
déjà d'écrit et les lettres qui y correspondent (3) et leurs 
éléments qui sont respectivement figuratifs des oeuvres de 
Dieu (i). 

Et pour que les Juil's ne prétendent ])as que je dise cela 
à tort (.i), il nous faut faire la récapitulation de ces choses, 
à savoir des œuvi'es de Dieu et des lettres représentant 

(1) Litt. « établir «. 

(2) Litt. " le nombr» ». 

(3) Litt. « qui sont en lui ". 

(4) Tout cet exposé est fort diffus. Le génie île lu langue copte ne se 
prêtant gnère au style péiiodique, l'auteur, qui est d'ailleui'S naturelle- 
ment prolixe, s'est trouvé manifestement cmbarassé lorsqu'il a voulu 
faire la synthèse de ses idées. Il parait s'adresser à une oatégoiie d'adver- 
saires qui, dans sa pensée, admettent le sens symbolique des lettres en 
tant qu'il s'applique aux œuvres de la création, mais ne veulent pas 
l'étendi-e à l'anivi-o du Christ. Il leur demande comment ils agenceront 
l'explication des quatorze premières lettres, do manière à rései'ver encore 
quelques (cuvies (pii soient symbolisées par les huit derniers signes. 
(;omme il croit avoir suflisamment ilémontré, tant par la ligure des letties 
que par leur nombre et leur succession, que toutes les œuvres de la 
création sont symbolisées par les quatorze premiers caractères, il ne reste 
plus cà ces adversaiics qu'à avouer leur iini>uissance et à reconnaître que 
les huit dernioi's s'ap))li(iuent à la venue du (Christ II éprouve toutefois 
le besoin do i-evenir sin* la preuve tirée du nombre et do la suite des 
lettres, et de leur concordance avec l'apparition successive des créa- 
tures, dans l'n'uvre des six jours. 

(5) Litt. " dans une pensée qui nest pas boime ». 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECOl'ES. 31 

Te^evHM€pd<c 2s.m ÔN.7V.c|)ev e^pevr eneipe nxei^e Tennô^'^- 
ujîne hô^tt' ô>.tco eT&ç nd^.i '^ô^HoAoTe^iis. Tevi nxe T^incon* 
RMô^ eTOTtoiy MdvpoTdvp^ei epoq hô.« ô».?riyô<nô^p;^eï 
2fi-ïne ôvAc^ô. uevTôv nenTes.T2s.ooTr- cendv^e eÊioTV. Mn 

îieTTHOCMOC" 

TOTTTecTin nicoevi Men Pô^p 2SLOTTecnooTC ne* nicooT 
2iw.e noooT ttTe TTmcconT neeccooTO noHTOT ôwii * ^n 
nepJiHTe nTô>wq*.ôvT nTi nnoTTe cevnujtoi n2£.0TT0Te' 
2s.0TT0Te uevp notoiî evqe^ô<T n5"ï nnoTxe om neicooTT 
npooT exe nev\ ne* om nujopn noooT OTptofc noTtoT 
ô^qewôkq OAV. uMeocttôvT noooT ot ocoû onesT evqô<è<T* 
OM nMeovuoAv.nT noooT viiOMnT nocolîi es.qeves.T' om UMeo^ 
npooT qTOOT nocoiîi ^.qevevTr om n.vveo'VoT npooT e npcoû 
e^qô^ewT' om nMeo € noooT coot nocoiû evqes.ev'S" nevi TnpoT 

riiexaéniéron, à coninuMiccr \);\v\(ilplia ; de cette manièi-e 
nous allons les eouviir de eont'usion. Done quant à cette 
suite de rérunnération. qu'ils commencent où ils vou- 
dront, qu'ils commencent \);u' alplui, connue on l'a dit (t), 
ils seront réduits à néant ainsi (jue leur monde (-21. 

Va) etVet, ces lettres sont au nomhie de viuirt-deux ; 
taudis ([ue les (cuvi'es de Dieux comprises dans les six 
jouis de la création ne dépassent pas viniit et un (r>). 
(>ai' Dieu a l'ait vin^l et une (cuvres dans ces six jours, 
à savoii" : le premier jour, une (cuvre unicpu' ; le second 
jour, deux (cuvres ; le troisième jour, trois (cuvi'es ; le 
quatrième joui', (puitre (cuvres ; le ciiupiiènu' jour, ciiuj 
(cuvres : le sixième jour, six ceuvres ; ce (jui t'ait enseni- 

(1) Ailleurs {Mi/si:oi/ l'.iw), p. :.'C)i, laulour coiniuence son explication par 
le delta. Voii' aussi [i. Vi:> suiv. 

(2) C'est-à-dii'o leur explioalioii du inonde. 

(:5) Litt. • 01' les six joui's de la création, ils ne réunissent pas en gui 
clans les d'uvres (|ue Dieu a faites, au dessus de vin^l et \\\\ •>. 



52 LF. MrSÉON. 

AoTeid. nnep&wve «jev-riycone £AI neoooT ne(-ÔH-)^ooTf 
•^oe ou 2s.e nneMHecoivr 

upwÊi cnes.T çTiievoiT es.Tro) nopon (.svV )• le MenTOTrT*.oo 
Hd.n epe<Tq Mn^\^s>«on Miioirev noTô^ nrteeod.\" h2!^€ mh ue 
nceeûûie e2£.cooT nôwïi evTco nTOTracooc 2£.e iiMircTHpion 
Miie^c ueTOTconp MMoq £iio\- eT&e ne^j pto d>.q2s.ooc 
2SLe es^noK ô^'\c|>ô». ô^tw co uô^nTcoc 2i.€ on nToq ne niyco- 
2S.U nenuecpô».! nxe ô>.7V.c^evfcHTôv- evTTw nce eine epoTrn 



l)Je vinjît Pt une œuvres qu'il a créées (i). Il en est ainsi 
également de nos lettres, selon la suite des (l'uvres ])i'0- 
duites chaque jour (2). 

A ceux-là donc (les impies) nous leuj' avons proposé 
deux choses inéluctahles (.->) et ... (t), ou hien ils sont inca- 
pables de nous dresseï' la liste (;i) de chacune des lettn's, 
ou hien ils doivent s'humilier devant nous el reconnailre 
la révélation du mystère du Christ ((>). C'est pour cela 
(jull a dit : Je suis l'alpha et l'oméga. Or II se retrouve 
d<' tout<' manière dans le reste (7) des lettres de ral[)hahet. 

(1) Voii' roruiméi'ation détaillée do ces (imivics p. 12(] suiv. 

(2) Ijtt. u et selon la suite dos œuvres (|ui fuient ilaiis les six joui's, est 
de nouveau ci^alenient la manière de nos lettres ». 

(:<) l.itt «< solides, dui-es " 

(4) nopo» ? — i. 'arabe traduit : « Nous leur avons proposé deux choses 
dirticilo-, non réjoui.ssantes ». — Nous sommes portés à oi'oii-e que cet 
énoncé obscur se rappoi'to aux doux tci-mes du dilenine proposé aux 
advers;urcs : dcMix cliosos solides, \im\ établies, ou. selon le texte arabe, 
dures poiu' 1 advei'saire, difficiles et peu léjouissantes pour lui 

(.")) liitt. ■• non haheat sfatiiri'c iioh/'s cnnoncm n 

(6) Litt. " sinon qu'ils s'humilient devant nous et (pi'ils disent (|U0 le 
mystère du Christ a été révélé, n 

(7) Litt. •• d(> toute manière c'est Lui qui est le i-este aussi des lettres -, 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 35 

^co& ç^ô^p niM. evTiycone e&oTV. oiTooTq evirco e^oTn epocj 
enTHpq- evTco cô^riiycoï Men cd^necwT* neqMircTHpïOii 

€TOTd^dwfii eTOTrWïlp MMOq €Tei\THCÏC THpC" 

nwq ne neooT nis.q mïi nd^Mô^^TÇ* ujeveneg nene^* 

Elles l'introduisent sous une multitude de figures, comme 
Il nous le montrera. 

Car toute chose est par I.ui et en Lui, dans l'univers, 
soit au dessus, soit en dessous. Son mystère saint se 
manifeste dans la création entière. 

A Lui la gloire, à Lui aussi la puissance dans les siècles 
des siècles. Amen. 

{A continuer.) A. Mebbely>ck. 



A première vue, il semblerait qu'il s'agisse ici des dernières lettres qui, 
d'après lexplieation donnée plus haut, étaient spécialement figuratives 
du Chi'ist. Mais le passage suivant, où l'auteur annonce une nouvelle 
l'évélation et ou il pai-le du niystèi-e contenu dans la civation entièie. 
nous fait croire qu'il a déjà en vue l'explication qu'il va entreprendre 
dans la quatrième i)arlie et qui porte sur le mystère du ('lirist lenfermè 
dans le nom même des lettres de l'alphabet. Far le leste des lettres il 
faudrait donc entendre ici les lettres autres (jue Yolpha et Yomctja. 

•6 



LA TRIBU DES SOLEIB 

PAK 

I.E U. 1>. ÂNASÏASK MARIE DE SAIXT EUE, 

(lo la mission des Cannes de Bagdag. 
TUADUn DE l/AUAnE PAR 

ETIENNE SOUBRE 

Vice-Coiisul de Belgique. 



(Icltc élude ;i paru dans la l'ovuc « Al-Machriq » (t), 
('ditôc par les Hl{. PP. Jésuites de Beyrouth, et peut 
prendre plaee parmi les plus remarquables des travaux 
(pie celte intéiessante publication a soumis à l'attention 
des arabisants. Les Soleïb forment en ertet une tribu 
|)res(pie incoinuie ; les relations des voyai^eurs en font à 
|>eine mention, et, comme scMiible pi'obable l'extinction 
|>r()cliaine de leur l'ace, le silence menace de se faire 
autour du problème passionnant de leur origine. Faut-il 
vraiment voir d'anciens chrétiens, des descendants des 
(croisés, en ces nomades étrani^es, au teint pâle, aux yeux 
bleus, aux cheveux blonds, <{ui gardent un vajiue culte 
d'ancêtres d'uiu' haute l'ace et cpii inspirent encore aux 
Uédouins du désert de Syrie un res[)ect qui leur permet 

(1) « Al-Machii(i ", leviic catholique orientale bi-mensuellc. l*" année, 
n° 15 (1 août 1898) p. 673-681. 



LA TIIIIU! DES SOLEÏB. 55 

de maintenir intact leur farouche isolement ? Cette 

seule hypothèse suffirait à justifier l'intérêt qui s'attache 
à la connaissance exacte des mœurs et coutumes des 
Soleïb. Le R. P. Anastase de S' Elie a le mérite incontes- 
table d'avoir, le premier, réuni sur cette matière des ren- 
seignements exacts et noml)reux (i). Il nous les a présen- 
tés sous une forme dont une traduction ne peut rendre 
que bien imparfaitetnent l'élégance, mais à la(|uelle nous 
nous somines efforcés de laisser, au moins, son pitto- 
resque et sa clarté. Nos remerciements vont au R. P. H. 
Lammens (jui a bien voulu nous fournir d'utiles indica- 
tions et à Monsieur J. Harfouche dont l'expérience et les 
conseils nous ont été précieux, dans l'accomplissenjent 
de ce travail. Le Traducteur. 



(1) On parle des Soleïb, mais avec très peu de commentaii'cs, dans les 
ouvrages suivants : 

D'' G. .lacob : •■ Altbcduinou Loljen " p lU-Uô. 

l'algi'avc •• Une année dans l'Araliie (;entiale " (tr. fr.) I, IHO. 

R. Sacliau " Reise in Syi ien und Mesopotaniien » p. 30. 

Bui'ckhardt « Reisen in Syrien, Palestina, etc. « III, 11. 

Cil. Huber » Journal d'un voyage en Arabie >• j). 3 et 13. 

Wetztein « Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Gescllschal't •• 
XI, 492. 

D'' William Wright ■• An account of l'almyra and Zonobia » p. -18 et 
52-53. I-ady Anne Blunl : Tril)OS of tho Kuphratcs » II, 101». 



56 LK MlSÉOiN. 



LES SOl.EÏB. 

Leur définition (i). 

Le mot « Soleïb » est niù : [)riiï)o, par un damma ; 
seeoiulo, par un f'atha, et le ia est quieseent (comme dans 
le mot « oukaïl »). Les Soleil), eux, font le sad quieseent 
et prononcent « S'Ieïb ». Cette peuplade, mi-sédentaire, 
mi-nomade, est dispersée en « Syrie » ou « Terre de 
Syrie » et fi'équente Mossoul, Bagdad, El-Deir, et leurs 
environs. Elle se divise en tribus, de quinze à vingt-cinq 
tentes, qui se transportent d'un lieu à l'autre })our faire 
le commcu'ce des ânes, du sel, etc. 

Leur origine. 

Les savants ont exprimé des opinions divergentes sur 
leur origine. Il en est qui disent : « Ils descendent de 
(juebjucs croisés {->) qui se sont disséminés et éparpillés, 
après un séjour temporaire dans les villes de Syrie. On 
Icui" a infligé des persécutions plus violentes (pie celles 
(pii iVapj)aient les auli-cs chi'éliens, i)arce (pie leurs eniuv 
mis voyaient dans leur nom le prétexte de b^ur colère (r>) ». 
On invoipu' leur nom à l'appui de cetle ibèse. De fait, la 

(1) Ce paragcaplio est |)ré(;éilé, dans le texte orij>inal, dun préambule 
qui ne contient (luo (l(>s considérations générales et que nous avons cru ne 
pas devoir reproduire pour ne pus donner à ce ti'avail une iinitile exten- 
sion. 

(2) Croisé, en arabe = salibii. 

{X) Les Musulmans frappent de léprobat ion. pour un motif analogue, 
les « Yézidis " qu'ils prétendent sectateurs du khalife " Yezid ", le second 
des Oinmiades, auquel ils reprochent le meurtre de Hussein, tils d'Ali. 



I.A TRFBl DES SOLEÏB. 57 

différence entre les deux mots « Salibii » et Solaîl)ii est 
si légère (ju'on ne peut s'empêcher de la remarquer. Mais 
on avance encore une autre preuve : « Les Bédouins 
n'entreprennent jamais rien contre ces tribus et regardent 
quiconque leur est hostile comme coupable du plus grand 
des crimes et suscej)tible du plus sévère des châtiments. 
Ils les considèrent avec le respect qu'ils auiaient pour 
une ch(»se sacrée, symbolisée par la croix. Ils ne leur 
causent ni un dommage, ni même le moindre ennui. Il 
n'y a pas de fusion entre eux et les Bédouins ». — Enfin, 
un troisième argument corrobore cette opinion : « Quel- 
(|ues uns d'entir eux tiennent le même langage, disent 
qu'ils sont issus des croisc's mais (jiie les ravages du 
temps ont passé sur eux et qu'ils en ont été réduits à 
leur état actuel. » On i)ourrait dire d'eux : 

" I.c temps s'acharne contre moi comme si j'étais son ennemi » 

« Cliaque jour, il m'oppose l'adversité " 
» Si je désire une chose heureuse, le temps m'amène la chose contraire » 
« Si mon ciel est sans nuayes un jour, il se brouille le lendemain. •> 

D'autres, (jui cherchent aussi dans leui- nom l'indica- 
tion de leui' origine, disent : « Solcïb est dérivé de 
« Soulb )) <[ui signifie « ferme ». On dit : soulb dans sa 
foi, c'est-à-dire ferme, tenace en elle. Ils a[)partenaient à 
la religion chi'étieune. La main du temps les a conduit 
dans les dései-ts et ils lestèrent d'abord fidèles à leur 
croyance, puis leurs mo'uis se relâchèrent, et ils devinrent 
ce qu'ils sont aujourd'hui ». Ou bien « leur nom serait 
dérivé de « Salouba », signifiant « (|ui n'est pas souple ». 
Ils com|»taient parmi les Arabes chrétiens. Leur vie, alors, 
était âpre et lude, et leur caiactère ne s'était pas amolli ». 

J'ai entendu d'autres personnes prétendre (jue leur 
oriuine remontait aux Romains ou aux (îrecs anciens cl 



58 LE MUSKO.N. 

(juc leur iioMi dérivait do « Souleïh » ou « Souleïv » 
(Sulôves), divinit(''s cliamprui-es (itfurées trois à trois sur 
les Miaihrcs anti(|U('s. Klics étaient juchées sur des pié- 
destaux et tenaient dans leurs mains des fruits et des 
épis. Puis, (|iiand les adoi'ateurs de ces idoles euient des 
ra|)ports plus tré(|uents avec les Chrétiens et les Musul- 
mans, ils délaissèrent leur toi et adoptèrent une religion 
(jui n'était ni celle des Chi'étiens, ni celle des Musulmans. 
Ainsi, il en fut d'eux comme du corbeau, dont on dit : 

« l.c coi-lxMu — avait une (léinai"(!lie A lui — lois dos siècles passes : • 
•• 11 Olivia la poidrix — et désiia inairiioi' coiiuiic elle " 
" Alors uiio sorte ilo ciaiHlicatiou ralteifiiiit " 

" 11 ponlil sa tléiuarclio à lui — et n'ariiva iH»int à sa déniarclie à ollc. " 
" ("est pour(juui on l'a nommé le père de la chamelle » (1) 

D'autres encore disent : Ils viennent de Soulil) ou Soti- 
laïl), villajfe proche de Donkila, dans le bassin d'irrigation 
du Ml Va ils ont |U'is le nom de leur pays. 

Ouant au Soleïb eux-mèm<'s, ils ne savent rien de leur 
origine, ou, c<' (ju'ils savent, ils l'imagiiuMit ou l'inven- 
tent. (Cependant, ils croient à l'ancienneté de leur race. 

Je me souviens avoir interrogé, il y a (piinze ans, un 
des Soleil) (jui étaient venus à Bagdad cette année-là et 
j'ai transci'it ses paroles. Je lui avais dit : u Quelle est ton 
origine ? » — 11 re[)()n(lit : u Alors (jue je ne sais pas d'où 

(1) Plus littéialement le père • rapide à la course «. — « Les Arabes ont 
la manie de fabriquer des soltriquets composés avec le mot Aboii (par 
abréviation bou) père, possesseur. Voient-ils un homme amplement 
lH)iirvu {\o poils ou de ventre, ils le surnomment •• bou daqn •• ou " bou 
kircli ■. le père do la iiarbe ou de la panse. Kn Ivg.\pto, ils appelaient 
Monapaite liou faiwa ■ ;i cause do sa houppelande. I.ofjvnéral Can'aielli, 
avec .sa jambe do bois, était « bou Ithachab « le pèr(; du bois. tJn savant, 
porteur de grandes t)esicles : « bou qaza/ » le père du verre. Le riche 
patriarche Cyrille : - Abou Zahab „, le père de l'or. " (R. P. H. I,ammens. 
La question gréco arabe, p. 2',). 



LA TUIIU hKS SOI.EÏB. 59 

vient ma nourriture, connnent saurais-je d'où vicMit mon 
peuple ! » — 

Je posai à un autre de leurs chefs la même question. 
Il toussota, réfléchit, ra})j)(^la ses souvenirs, et dit (i) : 
« Ecoute, ô bi'ave honnne {n} ! Nous sommes des plus 
nobles des hommes, de leur élite, des plus illustres des 
Arabes, de leur crème (.",) ! Notre aïeul fut un arabe pur 
(c'est-à-dire de pur liiinaiie) nonnné Dab'àn, mais les 
vicissitudes du tem[)s l'ont abaissé. Voici dans ((uelles 
cii'constances : Dieu (jui est i>ran(l (louons-le ! le puissant 
et l'illustre !) créa l'aïeul de notre aïeul Dab an dans un 
endroit pittoresque d'un pays proche des villes d'Arabie, 
oïl croissaient toutes sortes d'arbres. Mais, comme les 
hommes se multipliaient et que se succédaient les famil- 
les, notre aïeul Dab an se proposa de quitter un pays où 
l'espace devenait restreint. Dieu, qui est grand, voulut à 
ce moment distribuer ses biens à son peuple et à ses 
créatures. Noire aïeul eut le meilleur lot, ce dont il se 
réjouit, et il se livra aux divertissements. Dieu le choisit 
pour commander au reste des hommes, mais il ne tai'da 
pas à commettre une action qui fut jugée être le crime 
des crimes, et (pie voici : L'P^ternel, Seigneur des choses 
créées, en étant arrivé à la détermination des rations des 

(1) Tout l'oiiginal du discours est en bouts rimes. Le Soleïb a voulu 
suivre la coutume des Arabes qui pailont ainsi eu cliaque occasion un 
peu solonnoUe, mais il a malheureusement sacrilic souvent le sens à la 
rime. 

(2) - Ibn-al-l.ialcàl » signifie littéralement " fils légitime «. Mais cette 
expression est trcs employée d;ius le Inng.igo vulgaire avec le sens de 
- Innvc lionnnc ». On dit, par exemple, proverbialement : « ibn-al-halàl, 
'iiid (likrilii, ial-.in n. •• l.e bi'avc homme, (piand on mentionne son nom, 
se montre ». 

i'.i) Il est curieux que le mot •• zoulula ■■ •• (;rôme ■• ait pris en arabe, 
oomme eu français., le .sens de " meilleure partie d'une chose ». 



40 LE MUSÉON. 

animaux, fit la paît du chien d'un morceau de pain qu'il 
lui jeta. Or, notre aïeul Dab an s en empara prompteinent 
avant que l'animal ait pu le saisir. Dieu s'indi^ma de son 
avidité et de sa convoitise ; il lui enleva sa dignité de 
premier des nobles et le tit descendre à un rang intérieur. 
Puis il lui parla avec cette voix devant laquelle s'affaissent 
les montagnes et s'cbj'anlent les forces célestes avec tout 
ce qu'elles renferment de signes de perfection et de beauté. 
Et il lui dit : «Va-t-en de devant moi ! Fuis, homme bas 
et vil, dépourvu des qualités de l'homme noble 1 Alors 
que je t'avais élevé au dessus des autres hommes, que, 
même, je t'avais fait leur maître, malgré la diversité de 
leurs races, voilà (pu» tu t'es empai'éde la ration du chien 
et que tu lui as disputé ce qui lui revenait de droit ! 
Eloigne-toi de moi ! Dès ce jour, tu passeras sur les cor- 
dages des tentes (c'est-à-dire : tu passeras devant les ten- 
tes pour mendier) et les chiens aboieront après toi. l^es 
femmes nobles des tribus te feront l'aumône, les femmes 
de basse classe te poursuivront. Tu prendi'as ton sac et tu 
mendieras auprès de tes parents. Tu ne cesseras de vivre 
ainsi et tu resteras dans cet état, jusqu'à ce que tu aies 
expié ton avidité et rendu compte à Dieu de ta convoitise, 
aussi longtemps qu'il le voudra. Alors II te fera remise 
de cette peine ». 

J'en interrogeai uli autre qui me tint un langage analo- 
gue au précédent, si ce n'est qu'il remplaça le mot 
« chien » par le mot « gazelle ». 

J'en interrogeai un quatrième et ce qu'il me dit se rap- 
prochait, comme sens, des propos cités. Voici ses paroles : 
« Celui qui est le Hoi des peuples et le plus grand de leurs 
Empereurs, après avoir élevé la coupole des cieux sur les 
[>iliei's de l'air et j)osé la terre à la surface de l'eau dis- 



LA TKIBU DES SOLEÏB. Ai 

persa les hommes dans les différentes contrées de l'Uni- 
vers et il assigna à chaque collectivité une part dans les 
moyens de vivre que lui, le Très Haut, avait prémédités. 
Le lot des laboureurs fut le labour, le lot des marins, la 
navigation ; aux habitants des villes échut le connnerce ; 
la part des Bédouins fut de monter les coursiers robustes, 
bons voyageurs, de manier l'épée et la lance avec un rare 
courage et d'aifronter les àbimes de la mort avec une 
audace étonnante. Le lot des Européens fut de s'adonner 
aux ai'ts, d'exceller dans les sciences, et l'habileté dans 
les tt'avaux. Quant à notre aïeul Soleïb, et à Chai'àr, aïeul 
des Charàres, et à Ha/am, aïeul des Hazams, conim par 
ses razzias, tous trois s'étaient expatriés. Quand ils revin- 
rent en leur pays, ils revendiquèrent leur pari et le (iiand 
Roi s'irrita contre eux. Alors ils demandèrent pardon, 
mais leur excuse fut plus niauvaise (|u'une faute grave. 
Ainsi Soleïb dit « Moi, je poursuivais un chevreuil ! » 
Et le Grand Seigneur dit : « Que Dieu donne la ])luie à 
tes champs et la pâture à tes troupeaux (i) ! Puiscjue tu 
t'es épris de la chasse à la gazelle et de la vie de mendiant, 
pars avec les jeunes gens. L'arc t'iJfolera et les chiens 
aboieront après toi ! » 

En résume, quiconque examinera attentivement c(^ ([ui 
précède se convaincra d'une chose, c'est cpie l'avis des 
savants ne concorde pas avec le dire des Soleïb, vX qu'il y 
a entre les deux opinions une grande différence ; mais ce 
dont peut être certain tout homme raisonnable, c'est que 
les Soleïb ne sont pas des Arabes. Nous avons, à I appui, 
des arguments décisifs, des preuves évidentes et claires, 
parmi lesquelles : 

(1) " Sakiàn laka w;\ la' ian • . Cette expression, habituellement bien- 
veillante, «-st, naturelleiiieiit, employée ici de im-ou ironique. 



I 



42 LE MUSÉON. 

Les traits et la stature des Soleïb sont autres que les 
traits et la stature des Bédouins. Les Soleïb se distinifuent 
le plus souvent par la petitesse de la tête, la hauteur du 
Iront et sa largeur, le bleu des yeux, ou leur pâleur, la 
finesse des sourcils et leur séparation, la forme réifulière 
du nez, la blancheur du teint, l'ovalité du visage, la 
couleur blonde des cheveux, la minceur des lèvres, la 
douceur de la peau, la finesse de la taille, l'éléttance du 
poit, la blancheur innnaculée des dents, la bonne santé du 
(torps, et autres attributs qui ne concordent pas, si ce 
n'est rarement, avec ceux qui particularisent les Bédouins 
ou Arabes. Entre autres choses notoires, les Soleïb sont 
caractérisés par une maigreur si excessive (|u'ils en sont 
devenus célèbres et qu'on leur applique un pi'overbe. On 
dit : « Phis maigre que les Soleïb » ou, « maigre comme 
les Soleïb, comme s'il était Soleïb ». 

On peut citer aussi comme preuve que leur idiome 
n'est ni de l'arabe littéral, ni de l'arabe du désert, mais 
un langage entre les deux, ils ont un jargon dont ils se 
servent pour leurs conversations particulières, sauf (juel- 
ques uns d'entre eux qui parlent l'arabe du pays où ils 
séjournent. Quchpies uns aussi, pi'incipalement parmi 
leurs chefs, ont appris des membres de phrase rimes, 
comme nous l'avons vu. 

Et aussi : leurs coutumes. Ce que j'en ai vu n'est pas 
habituel aux races nomades ni à celles qui leur sont 
analogues. 

f^nfin : les Arabes et les Bédouins considèrent les 
Soleïb comme une tribu non arabe et indépendante d'eux. 
Ils la respectent, exaltent sa valeur, et regardent (|ui leur 
est hostile coinme un coupable parmi les plus grands 
des coupables. 



LA TRIBU DES SOLEÏB. 45 

Leur religion. 

Les Soleil) n'ont pas do religion qui leur soit propre. 
Déjà, nous les avons interrogés à c(^ sujet et ils disent : 
« Nous adorons le eréateur de la gazelle, Celui qui nous 
l'a soumise. Mais, à eause de nos rapports avee les 
Musulmans et les habitants du désert, et de notre igno- 
rance de la religion de nos ancêtres, nous leur avons 
emprunté des coutumes qui n'ont pénétré chez nous que 
malgré nous )>. Du reste, ils ne connaissent ni jeûne, ni 
prière, ni sentiment l'eligieux, ni rien d'analogue, sauf 
la circoncision qu'ils pratiquent 

Leiw nourriture et leurs vêtements. 

Leur nourriture est la chair de la gazelle. Cet animal 
abonde dans le désert de Syrie où ils séjournent. Ils sont 
les plus habiles [)armi les créatures de Dieu, dans les 
ruses à déployer pour cette chasse. Ils ne cessent de pour- 
suivre la gazelle jusqu'à ce qu'elle soit harassée, el s'arrête 
comme quehju'un de réfléchi qui perdrait subitement la 
raison ; alors^ ils t'ont feu et se précipitent sur elle. Ils 
relancent la gazelle, tantôt à la course, tantôt montés sur 
leurs ânes blancs. Lois([u ils s'en approchent, ils parlent 
à leur âne à voix basse ; il comprend ce signal et s'accrou- 
pit comme un chameau. Alors ils font feu de derrière 
l'animal qu'ils prennent en quelque sorte comme affût. 
C'est ainsi qu ils chassent. 

Ils se nourrissent de différentes espèces d'orge et de 
maïs, el de labàn (i). Leui* boisson est l'eau pure. Quand 

(1) le - lahai) », dans l'arabe littéral, n'est autre que le lait, mais un 
peu aigri : le - laban-el-J,ialib, •• oest le lait frais Actuellement, on 
appelle •• lahan » du lait coagulé que l'on a fait cailler avec un ferment 
lacté. 



ii Lt MUSÉON. 

ils ne peuvent s'en procurer, eominc ;iux saisoris d'été et 
d'automne, ils la remplacent par le laltan ou pai* le lait 
frais. !.()rs(ju'ils vont dans une ville, ils s'approvisionnent 
de farine, cl de divers mets desséchés, pai'ce qu'ils se con- 
servent longtemps sans se corromj)re. 

Tons leurs vêtements sont de peau de L^a/elle, et ils en 
confectionnent aussi leiii-s gants et leurs guêtres (f). 
L'Iiahillement de l'homme ne se distingue j)as de l'hahille- 
ment de la femme, si ce n'est en un j)oint : la femme se 
ceint la tête d'un handeau ronge de la couleur du henné, 
dont les extiémités pendent sur la nu([ue comme les 
fanons d'une mitre. L'honnne, lui, replie ce handeau 
ronge sur lui-même sans (|ue les honls pendent ni se 
halancenl. Les hommes ti-essent leuis cheveux comme les 
femmes et ont, le plus souvent, la harhe [»eu fournie, pen 
de poils aux joues. Pour ces niotifs, les hommes, vus de 
loin, ne se distinguent guère des feimnes, surtout (|uan(l 
il s'agit d'un jeune homme au visage imherbe. lis poi'tent 
une ceinture (|U ils confectionnent avec la peau de 
l'agneau ou toute matière analogue. Elle est frottée ou 
tannée avec les feuilles du « Salam » ou de l'a \à ». 
Alors, avec trois tresses, ils forment une tresse large. Ils 
y suspendent des petits ohjets d'os (pi'ils trouent à cet 
elfel. La ceinture ainsi préjtarée, ils la incitent, et la 
nonmienl la « Sahla » (avec un fat ha et un sonkoùn). Je 
|»ense (pie ce mot vient de larahe littéral ; ce serait un 
morceau de « siht » (avec un kesra et un sonkoùn) ([ui 
signilie : toute peau tannée. 



(1) CCvS guêtres sont des espèces de chaussettes (jui ciitoiiieiit le hns de 
la jaiul)C et le dessus du |)ied atiii que les pieds ne soicMil pas hlessés par 
les cpiuos ou pai- quelque autre objet [loiutu (Note de l'autour). 



LA TRIBU DES §OLEÏB. 45 

Leurs armes. 

Parmi les armes qu'on leur connaît, il y a : le Mikiar 
(quelques uns prononcent le kaf comme un Gîm doux ou 
un Gîm guttural et disent mijiar ou migiar). 11 consiste 
en un bâton à l'extrémité duquel se trouve un bloc 
arrondi de poix qui s'endurcit en se desséchant et devient 
d'une dureté de pierre. Ils ont aussi le fusil chîchhân ; 
arme *qui tient le milieu entre la carabine et le fusil 
ordinaire, avec un canon d'une largeur inusitée et six 
rayures, ou angles, à l'intérieur. De là son nom persan 
composé de « chich » (six) et de « hân » ou « hâna ». 
(maison, demeure, raie) L'introduction de ce fusil date 
du temps du fameux sirdar Omar Pacha. Citons aussi le 
\c.ourt, analogue au mikiar, si ce n'est qu'il est tout en fer 
et que sa surface est gravée, ou ciselée de dessins bizarres ; 
on le fait venir d'El-Hasa ou El Katif, villes d'Arabie. 

Leurs mœurs et leurs habitudes. 

Ils ont, dans leurs habitudes, une absolue répugnance 
du vol, de la tromperie, de la ruse, de la fraude, de la 
dissimulation, de l'hypocrisie, et des subterfuges usités 
dans les ventes ou le commerce. Il n'est pas de chose 
sacrée pour eux comme une dette. Ils ont aussi la manie 
du parasitisme, par laquelle ils sont notoires. En effet, 
on ne cesse de les voii* manger aux dépens d'autrui, de 
quelque religion ou de quelque secte que l'on soit, sans 
avoir été invités au repas. Ils ne dédaignent aucune 
espèce de noniriture, ne refusent rien qui en soit. Quand 
ils apprennent qu'on prépare des aliments (pielque part, 
ils y courent an pins vile coninir s'ils ctaifMit des amis 
de la maison. 



46 LE MUSÉON. 

Ils ont des mœurs décentes et chastes, ne connaissent 
ni l'adultère, ni le libertinage, à si peu de cas près, que 
c'en est insignifiant. Les femmes portent très haut la 
pudeur et la modestie. Quand une femme accompagne 
son mari à la ville, elle le tient par les franges de son 
habit, s'y cramponne, et garde cette attitude où qu'elle 
aille, de jour et de nuit, ainsi qu'un petit enfant à côté 
de son père. 

Leurs demeures. 

Les Soleïb habitent sous des tentes qu'ils confectionnent 
avec la peau de la gazelle ou avec ses poils. Ils recherchent 
les endroits pluvieux au pi'intemps et en hiver, le voisi- 
nage des villes et des villages en été et en automne. Leurs 
tentes sont en nombre supérieur à sept cent. 

Leurs métiers. 

Ils n'ont pas de métier qui leur soit spécial, sauf l'éle- 
vage des ânes blancs. Quant à cela, leui's ânes sont supé- 
rieurs pour leur beauté, leur force, leur faculté de faire 
des trajets ininterrompus sans se fatiguer vite. Aussi, l'on 
voit beaucoup de marchands nouer des relations avec eux. 
Le prix des ânes qu'on leur achète atteint souvent le 
chilï're de trois cents francs, s'il ne le dépasse. Ils s'occu- 
pent aussi de l'élevage des diverses espèces de bétail. 
Leurs moutons, dans les années de fertilité, mettent bas 
deux fois par an. 

Cérémonial des mariages, chez eux. 

Quand l'un d'eux veut se marier, un messager sort de 
la maison de l'homme. Il tient la queue d'un âne blanc 
qu'il fait courir devant les habitations du campement. 



LA TRIBU DES SOLEIB. 47 

C'est le signe d'une invitation au mariage. Cela, à l'instar 
du messager arabe qui vient annoncer à la tribu la fertilité 
du sol ou tout autre motif de joie. 11 arrive en agitant 
son habit ou son épée et il proclame de loin l'ëvéneinent 
afin que l'on se réjouisse et que l'on fête la bonne nou- 
velle. El-Houdalî a dit (i) : 

« J'ai mal dormi à cause de lui, comme si était apparu le 
« messager qui tient à la main un léger bâton. » 

On voit alors, de chaque habitation oiî va le messager, 
les femmes sortir en chantant des épithalamcs (2). Tout 
maître de maison se dépêche de préparer de la nourriture 
qu'il envoie au domicile du fiancé. Les invités se réu- 
nissent d'après leur rang et chaque clan mange les mets 
fournis par un autre clan. Quand ils ont fini le banquet, 
les hommes et les femmes se séparent, puis ils com- 
mencent la danse et le pas du sabre. Leur danse est 
extrêmement simple. Jamais on n'y voit un mouvement 
qui blesse les convenances ni un geste qui induise l'esprit 
en pensée mauvaise ou honteuse. Elle consiste en bonds 
et en sauts. Ils ont aussi une espèce de danse appelée 
« dastaband » pour laquelle ils se prennent les mains et 
tournent. 

Ils prati(|uent également, en des jours semblables, une 
coutume qu'ils appellent « Higala ». Voici en quoi elle 
consiste : le fiancé monte sur un àne, entouré de compa- 
gnons et passe devant les habitations. Les femmes s'ap- 
prochent pour le jeter à bas de l'àne et ses compagnons 
l'en empêchent. Elles continuent leurs efforts jusqu'à ce 

(1) El-Houdali est un nom commun à plusieui-s poètes de la trilju de 
Houdail. 

(2) « Halhala ». Se dit de l'homme qui répète un cri. Le halàhal est ce 
que les gens de Syrie nomment » zalagiç » (Note de l'auteui'). 



48 LE >IL'SÉ0N. 

que, arrivé à sa demeure, il donne un lepas qu'ils 
nomment « repas du commencement ». Mais quand les 
femmes réussissent à renverser le fiancé de dessus son 
âne, inaltéré la résistance des compaiinons, ce sont elles, 
et elles seulement, qui ont droit au repas et les jeunes 
gens reviennent les mains vides. 

Quant à la célébration du mariage, elle revêt cette 
forme : le liancé se présente en tenant par la main le 
uère de sa. fiancée, ou son frère, ou son tuteur, ou son 
mandataire, devant nn tiers (|ui s'adresse au représentant 
de la jeune fîlle, disant : « Est-ce que tu donnes en 
mariage une telle, fille d'un tel, à un tel, fils d'un tel ? » 
Et le pèie de la jeune fille dit : « Oui, je donne en 
mariage un tel, fils d'un tel, à (;ette fille. » — Puis le 
tiers les (;ongédie, après avoir rempli auprès des fiancés 
les fonctions de témoin légal. VA il dit : « Allez sous la 
garde de Dieu qui vous voil, vous et vos actions. Il est 
celui qui vit éternellement ! » 

La répudiation. 

Le mai'i et la femme ont chacun le droit de répudier 
leur conjoint (juaiul l'un des deux a tromj>é l'autre, c'est- 
à-dive, (juand il est prouvé (ju'i! a aimé une autre per- 
soime. Quand la femme veut le divorce, elle sort de sa 
tente et se nu't à ci'ier : « Soyez témoins que je quitte 
uion mari parce qu'il est attaché ou fiancé à une autre ! » 
(lî est défendu en efl'et à l'un des deux époux de se 
'•etnaricr sans le consentement de l'autre). Quand se 
répand la nouvelle et (jue tout le monde est convaincu de 
sa sincérité, la femme ne retourne plus auprès de son 
mari, cherchàt-il à la gagner par toutes les richesses de 



LA TRIIU; DKS SOLEÏB. 49 

Kai'oun (i), pai' h\ puissance d'Haroun (-2), ou à l'ensor- 
celer par la niaule d'Harout et Màrout (0). Mais si la 
nouvelle est démentie, la femme appoite à son maii un 
chaudron (chaudière ou casserole), sur lequel elle lui fait 
prêter serment à trois reprises pour qu'il se prononce 
sur la véracité du fait. Il tourne le chaudron à l'envers 
et jure par lui en disant trois fois : « Par le chaudron et 
par le mets ({ui y est cuit, j<' n'ai aimé ni recherché en 
mariage aucune autre j)ersonnc que toi, ni publiquement, 
ni clandestinement, ni secrètement, ni ouvertement. » 
Quand le mari prête ce serment solennel, la fennne rentre 
chez lui. 

Quand le maii lépudie sa femme et qu'elle se trouve 
enceinte après le divorce, elle s'abstient de se remarier, 
jus((u'à ce qu'elle ait eu son enfant. Si elle a une fille, 
il lui est })ermis de contr;jcter un nouveau mariage ; si 
c'est un garçon, elle reste dans le célibat pendant trois 
ans, jusqu'à ce que l'enfant soit sevré. 

Leu7' médicamentation. 

Ils ne connaissent, en fait d(; médecine, que le traite- 
ment |)ar la cautéi'isation ou par la moelle des os du 
chan)eau. Ils se servent de cette moelle en guise de pom- 

(1) « Karoun « est le " Coié „ de la Bil)le, (,'oiitempoiaiii de Moïse. Ses 
i-iclicsses, son orgueil et son eiidiircisseiiient ont |iassé en iiroverbe 
(I)iclion. IV. arabe do Kaziniiiski-. 

(2' ■• Haioun •• n est autre qucî le célèlire llai'oun el-i^acliid. 

'3) •• ilai'oiit •• cl .. M;ii-()iit - ><)iit, d'après les (;royanoes niusulrnaiios, 
deux an^es (jui se sont niocinés d'AdaTu, lors de sa sortie du paradis. Dieu, 
voulant les punii-, leur donna à clioi.-ir entre les peines étci-nelleset eelles 
de ce inonde. Ils préférèrent les châtiments terrestres, vu qu'ils ont une 
fin. iJion les transporta alors à Hahel où ils doivent lester enchaînés 
jusqu'à la lin du monde et où, niaigré leurs entraves, ils ont accompli des 
actes merveilleux, tenant de la sorcellerie. 

4 



oO M. MISKON. 

Iliade, d'oniîuent, d'ern plâtre, pour toute espèce de 
maladie externe ou de inaladie interne provocjuant des 
atVections externes, eomme les rhumatismes, les douleurs 
dans les articulations, la lioutte, etc. Tout ce qui n'est 
pas traite ])ar la moelle est soiiiné par la cautérisation, 
dette mé<licanientation se fait de la manière suivante : on 
prend un petit morceau d'un habit hieu teint à l'indigo ; 
i(M on ne prend jamais d'étoire d'un bleu autre que 
l'indiuoi on roule alors ce morceau sur lui-même en 
replis niiilli|>les jusipi'à ce ({u'il soit comme un tube à 
t('le mince. On en allume l'extrémité et le malade est 
cautc'risé avec ce morceau d'étoile en diflerents endroits 
du corjis (juils déterminent d'après la nature de la niala- 
<lie et sa localisation. Pour telle maladie, par exemple, le 
malade est cautérisé à l'épaule, au bras et au dos ; pour 
telle autre, à la jambe, au dessus du pied, sur la poitrine, 
etc., selon les rèizles (|ue le <-aut<'riscur connait. Cette 
caut(''ris;ition peni sappiicpier à une partie plus grande 
du coips et elle tient lieu alors de vésicatoire, d'emplâtre, 
de cataplasme, et autres l'cmèdcs analogues en usage 
dans la médecine moderne. 

Il se toinie, à la snite de celte blessure, de jK'tites 
am|ionles remplies d'eau. Onand elles miirisscnt et (juc 
le contcini s'ceoule, le malade est gnéii. On rcmj)lace 
aussi la pièce d'indigo pai- nn ter brillant et le cautérisa- 
teur le manie comme il a manie le chitVon bleu. Au lieu 
du ter, on emploie aussi l'amadou. Quic(m(jue observe 
les traces Iaiss(''es par le lér, la |tièce d'éton'e, ou l'amadou, 
constate (jue les maicpies des brûlures sont variées de 
forme, d'apparence et de grandeur. Il en est de rondes, 
de longues, de larges, etc. 



LA TlUlU DES SOLEÏB. oi 

Sépulture des morts. 

Quand meurt l'un des Soleïb, ses amis se hâtent de 
laver le corps, de l'ensevelir, et de le confier au tombeau. 
Deux nuits après la mort, on invite les parents, les voi- 
sins, et les amis à s'assembler pour rendre leurs devoirs 
au défunt en prenant part aux repas funèbres donnés sui' 
son tombeau. Tous les pauvres et besoigneux se mêlent à 
ces invités, et, après avoir man^é, bu, et pris avec eux 
ce (pii reste de nourriture, ils se i*etirent en célébrant le 
souvenir des bonnes actions de l'absent, de ses méi-itcs, 
appelant sur lui le torrent de la miséricorde de Dieu. 
Quand le propriétaire de la maison com[)te parmi les 
riches ou pai-mi ceux à cpii leur situation permet l'holo- 
causte d'une victime, ils vont prendre un chameau, le 
chargent d'un habit, d'un manteau, el. enfin, de tout ce 
qui se rap|)orte au vêtement de riiomme, v compris la 
chaussure, et ils emportent av<'e eux de la farine, du 
beurre et de l'eau. Alors ils adressent la |);in)le ;ni mort, 
lui disant : (c Prends ta victime, à titre de don i;ratuil, 
pour un jour dans ce monde et jiour un jour dans 
l'autre. » Knsuite, ils égoiiicnt le j)iè(!e de bétail, s'em- 
parent des vivres et des etfets (jui avaient été posés sur 
le chameau saci'ifié et se retirent en louant et en remer- 
ciant. 



Le Bouddhisine d'ajuTs les sources biahinaniqiics. 



Non: iMH^;i.iMi\.\iuK. 

La lecture des beaux articles de M. K. B. Pathak sur les 
relations de controverse entre les Jainas, les Naiyâyikas et les 
Bouddhistes, l'étude des nombreuses références collectionnées par 
Satiç Caudra Viclyribhûsau dans ses travaux sur l'école Mâdhya- 
mika, m'avaient confirmé dans la pensée qu'avait d'abord fait naître 
la rencontre dans le commentaire du Bodliicaryâvatâra de plusieurs 
stances bien connues du Sarvadarçauasanigraba (i) : Il serait, 
pensions-nous, intéressant d'examiner les sources brahmaniques 
de l'histoire et de la philosophie bouddhiques, sources trop négli- 
gées depuis de nombreuses années. A priori, il est probable que 
les Uddyotakara, les Udayana et les Vâcaspatimiçra eu savaient 
aussi long que nous en savons aujourd'hui, sinon sur les Suttan- 
tas, du moins sur les écoles savantes du Bouddhisme du Nord. 

Je fis part do cette impression au Professeur Satiç Candra qui vou- 
lut l)ien nie lemettrc, il y a quelques mois, un volumineux manus- 
crit contenant le (lé[)ouillemont sommaire, à ce point de vue spécial, 
(le presque toutes les sources abordables. Parmi un grand nombre 
d'observations curieuses, deux surtout me paraissent dignes de 
remarque et, quoiqu'il advienne du travail que nous avons l'inten- 
tion de poursuivre en commun, paient suffisamment M. S. Candra 
de la peine qu'il a prise. Voici ces deux trouvailles : La Bhâmatï 
reproduit textuellement, avec une grande fidélité et prescjue m 
ex/rnso, l'exégèse du Pratïtyasamutpâda telle (pie la fournit le Tâli- 
stambhasûtra (2), telle que Candrakïrti, rântideva et après lui 
Prajùâkaramati nous la font connaître : seul le nom du sûti-a 

(1) Bodhk. I. p. 321, 5, 300, u. 

(2) Cf. ci-dessous n. 133. 



SAHVMtVIU ANASAM(iUAIIA. ih) 

n'est pas cité. — Uddyotakara, dans l'introduction au troisième 
livre des Nyâyasûtras, discute la thèse de la négation de ITitman, 
et il se sert comme d'une arme décisive du célèbre sïïtra sur le 
fardeau et le porteur du fardeau : Prajnâkaramati dans son com- 
mentaire du Bodhicaryâvatâra, Minayef d'après l'Abliidliarma- 
koçavyâkliyâ et Wassilief d'après une source tibétaine, nous ont 
appris l'importance que les pudgalavâdins attachaient à ce 
sûtra fi). 

Des découvertes de cotte nature encouragent la recherche : 
nombreuses et coordonnées, elles formeraient une contribution vrai- 
ment utile à l'histoire de la scolastique indienne. Les deux points 
que nous avons signalés établissent en effet que les docteurs des 
Darranas connaissaient avec quehjue précision les doctrines et la 
littérature de leurs adversaires. Le malheur est que la controverse 
porte sur des questions obscures ou du moins très complexes : 
il faut être un i)eu p<tndif pour s'orienter dans le Nyâya. 
D'ailleurs les textes classiques ne sont pas tous édités ; les textes 
jainas ne sont connus que par des fragments, et quant à la logique 
bouddhique, si on excepte la Nyâyabindutîkâ, elle nexiste plus 
qu'en tibétain (i). 

Ces circonstances tixent le cadre c-.t le but de notre enquête : 
écartant, pour le moment du moins, toute pensée de grouper his- 
toriquement ou logiquement les observations que nous pourrons 
faire, nous n'avons en vue que d'exhumer les matériaux ou, pour 
parler plus modestement, d'attirer l'attention sur des textes dont 
l'étude ne peut manquer d'être fructueuse. 

Nous nous sommes d'abord attaqués à la compilation de 
Mâdhavâcârya, parce que seule — avec l'Advaitabrahmasiddhi (3) 

(1) yyàyavû/'f. (Bibl. Ind.j p. 34?, 2 ; Muiayef, Recherches p. 225, n. ; 
Wass. Buddh . p 2()'.> (Gt 235) ; Bodhic. f. .307, ;i ; ."Saihj/uhtanihûya, XXII, 22 
(Warren, p. 15'.>) | Voyez .). R. A. S. 1901, 2]. Çaihkara (II, 2. 24. p. 542, 13) 
fait appel à un sûtra connu (voyez Madh. vriti ad VII, 25) : « Sur quoi 

repose la teiic : le vent repose sur l'espace ■ . — Il est difficile d'iden- 

titier le sHti-a allégué ad Çlokardffiku, p. 534, s. 

i2) Nyâyabinduprakarai.ia du Mahâcârya Diiarmakirti, Tandjour, nulo 
XGV, loi. 347. — Nyâyabindutîkâ de Dharmottara, vol. CXI, foU. 43-106. 

(3) Hibl. Ind. — pp. C5-1U6. — Voyez Bartli, Bulletin 1889, p. ."u. 



54 I-K MISÉO.N. 

— elle affecte des allures encyclopédiques, et aussi pour cette 
raison toute extérieure (qu'elle a été fort bien traduite : faut-il le 
dire ? nous puisons à pleines mains dans le livre de M. Gough, et 
visant moins à établir une traduction qu'à grouper les références 
et les passages parallèles, nous ne nous sommes pas fait scrupule 
de leproduire dans notre traduction les ternies techniques, et 
avons admis, sans honte, des équivalents suspects quand ils étaient 
commodes. 

Les remarques étaient trop nombreuses pour qu'une traduc- 
tion ne lïit pas indispensable à leur intelligence : Nous croyons 
dailleurs avoir amélioré l'œuvre de M. Gough dans quelques pas- 
sages : il n'y a pas grand mérite à cela puisque venant après lui 
nous avons pu mettre en œuvre des documents restés longtemps 
inédits. 

Mâdhava a beaucoup pillé ses devanciers. En plusieurs rencon- 
tres nous avons déterminé avec précision les sources brahma- 
niques dont il a tiré piotit, et un dépouillement plus compU^t 
de la littérature permettra sans doute d'achever ce travail prélimi- 
naire. Si le présent essai est accueilli avec quelque sympathie, 
nous nous efforcerons, M. Satiç Candra et moi, d'établir une 
interprétation suffisante des autres livres qui traitent du Boud- 
dhisme. Le jour où les renseignements epars seront inventoriés, 
il faudra les rattacher aux sources originales. La connaissance 
plus iuten.se tous les jours des grandes écoles du Nord rendra 
l'entreprise, sinon facile, du moins possible. Nous ne nous ferons 
pas faute d'indiquer au fur et à mesure les rapprochements dont 
nous aurons couuais.sance et sollicitons, pour cette tâche, la 
bienveillante collaboration du lecteur. A vrai dire, ces rapproche- 
ments seuls donneront à ces notes leur valeur, si elles en ont une, 
car, je veux le répéter, nos traductions fragmentaires ou intégrales 
n'ont d'utilité qu'au point de vue de la méthode. 

Je veux espérer que ces recherches porteront quelque fruit en 
ce qui regarde les documents si j>récieux, aujourd'hui perdus en 
sanscrit, où le Nyâya bouddhi(jue trouvait les armes forgées par 
Dignfiga ou Dharmakîrti : n'est-il pas hautement probable, pour 
ne citer que cet exemple, que les nombreuses stances attribuées à 
ces deux docteurs par le commentateur du Çlokavârtika et par 



SAUVAl)AK<;.\N.VS.\>|(iKMIA. »)0 

Vâcaspatimiçra, se retrouveront dans les traductions tibétaines ? 
et de quel secours ne seront-elles pas [)our rintelligence des traités 
dont elles furent extraites ? (i) 

Provisoirement nos recherches ont i)our but la constitution d"uu 
index qui facilitera les enquêtes ultérieures. 

L. V. P. 



(1) M.K. W. Thomas vicMit do(lôcouvnrdansleTiUid,joiir,Rgyu(lXXXIll 
une série de ti'aduotions et conimentah'es du BocUiicittarivcwdtia, œuvre 
de Nâgârjuna. Il lit fol. 40'^ les deux stances citées saivadarç. 23. :. 

Quant à la stance célèbre dont la biMiogi-apliie ligure ci-dessous à la 
note 3. elle est bien de Dharniakirti, PrdminKcvnrtihaknrika, Tandjoui-, 
mdo, XCV, fol. l%a., ; 

rgyu dan lil)ras-bui dfios-po ani | 
ran- bzin hes-par-ljyed-pa-las 
ined-na mi-libyun nes-pa stc j 
nui-mtiioiVlas miii inthon-las mui. 



50 LE MISÉON. 



f. Sfn'r(((l(irr(ui(is(()'n(j)'(ili(i 



(jiAiMii'.i: 



Mais les Ixxuldlustcs suiiliciincnt : 

C.e (ju'atïirment |les Cârvâkîisl, (jiril est impossible do 
coiniailrc s'il y a (■oiicoiiiitaiicc invariable ', est inexact ; 
car on arrive à la certitude de V « avinâbhâva » en raison 
du tâdâlnifin et de la ludutpiilli, de la relation d'identité 
et de la relation d'etlot à cause. - C'est ce (ju'a dit 
I Dhaiinakîi'ti | : 

« Il y a certitude de concomitance invariidde |)ar la 
détermination |(lu sâdliya dans le sâdhana|, soit en rai- 
son de |leurj (jualité resj)ective de cause et crelVet, soit en 
raison de |ce (|ue le sâdhya l'ait partiel de la nature pi-opre 
|(lu sâdhanal ; et non par la |seulej constatation ou non- 
constatation |(le concomitance I '. » 

(1) LeXarrar/«/v'. est citéd'aprés lÏHlitic)!) (le 1858 (Bilil. Iiul.-: (.'aiiikiii-a, 
ad Hrah. Sûtras, ot Anandagiri, AnaïuiruM-aina S. S.; Hliâniatî (B/inw.), 
Calcutta ISiU, Jibâiiamla vidyâsâgara ; Nyâyavriitika. Bilil. Iiid. ; Nyâya- 
vrirtikatât])aryatîk"i (Tntp.). Vizian S. s.; N'ivaranapi-ameyasaingralia, 
îV^/V/ ; Mïmnrn.sricjlokavrutika (Chowkliainbâ S. S.) et le eoinm. Nyâyarat- 
nâkara (Çlokarûrf.) ; Prat^astapâda bhâsya et Nyâyakaiidali de Çridliara 
(KancUdr), Vizian. S. S. ; les textes Sâiiikliyas d'après (îarbo. — M. Vi/iff. 
=^ Mahâvyutpatti ; (;//f.v«.s-. = Çiksâsamuccaya (Bibl. Huddh., Beiidali); 
Wass. = Wassiliof, Kouddliisnie. 

fior?/(/V,". / = Bodhicaryâvatâratikâ, Cliap. IX (dans Bouddh. Études et 
matériaux). 

(2) Cf. p. 1, 11, ô, 1, : aviiirilthâvaduibodbalayâ. — avinâblirivasarnbandha, 
M. \yi(L ITO, 71. 

(3) Je n'ai pas cru pouvoir uiaintouir la le(H)n de notre texte : - axinâ- 
biiâvaniyanio dareanântar adan-anat », (^en raison (io la non perception 
[d'un olijet qui estj dans le domaine de la perception j bien qu'elle paraisse 



S.\I'.\AI)AI',< \.\\S.\M(.I',.VII A. .j7 

Eli cfïcl, si r u ;iiiv;iy:i » et le << \ y;itiirl\;i " ' (lçv;ii('iil 
nous (loiiiici' In coimaissimcc sci('iilili(|iu' de I ;i\ iiiril)li;t\';i, 
il s('i';iil hit'ii (lillicilc d Cl ihlir rim|i(»ssil)ilil(' de l:i dis- 
jonclioii du sridliya cl du sridiiiiuii. (!;ii' roiniucut écjirtei' 
lîi supposition (pic, soil dans l'avenir, soit dans le [tassi», 
soit dans le prcsciit en dehors du champ de Tobscrvation, 
il y ait. il y ait eu. ou il doive y avoir disjonction entre 
les deux termes ? (^)uc si Ton ohjcclc : même dans 

votre système vous aurez hicu du mal. pour les cas dont 
vous parle/., à ('carter la supposition (pie le vyahhicâra est 
possible ? Xous répondons : non pas : cai" I « (prun ellet 
se produise sans cause ». c'est une supposition inadmis- 
sible parce (pielle t'ranchit la limite de la contradiction ; 



(•onlii-inoo inii' Cl" i|ue iioiis savons di: ni|ili' lictu des IjoinIdhi.Ntes : ci), iiot. 
yyuii((hiiidii lui, s •• trin\ i'\a va iin^nm : aiuiiiaiat)dliil.i svaMiâvaRrirvo 
ca •■, ot Surivj\;wa < ItrhdfU/rd.njalxdi-. \l. :','.i) cité cl Iraduii \k\v \\. H. 
l'atiiak, .i. lioiiibay l;. Xl.X'IU. '.li d 1.1.:.! ■' aviii.âMiâvasiddliyai tliaiii 
naiiv idaiii vai-nyate trayain .... ••). 

(iuuyli |)rol('rc lu leçon : 'dairaiiâii ua lia daivaiiât •■ imi tlirou^li 
the mère oljseivatioii ol' llie desiied rosnlt m siniilai- case, luu- ilnouf^h 
tho non-ohservatioii ol' it in dissiiuilar case >• ; ot renvoie au BemncK 
l'and.it I, 89. .le n'ai pas vu W coniineiitaii-e (|ui s'y trouve cité ; mais cette 
lecture est roi)r(jduite Tatp. lu."), ,;, où notre staiice (yad âlia iDliai'ina- 
kïrtil.i Jj est e\ijli(iuée de manière à .supiirimcr toute hésitation : il \ a 
darçana et adarçana dans rexeniple connu: '• sa ryânio maiti'atanaya- 
tvât .... " ; mais il n'y a ni avin.âljhâva, lù par cdir^eiiuent anumâna |cf. 
Tutp. 4()G. -rX \m stance est citi'e Kanibih . p. vir, avec la lecture : 
•• "niyamo 'daryaiiân na tu darçanfit r et la iika : .- na sapak>e dar(;anât 
vi[)akse câdarcanâd iti ". 

Le darçana ne (-omporte pas l'aiivaya, l'adarçana ne c(>mporte pas le 
vyatireka, (|uand il n'y a pas contradiction. XOyez 'Syayabindu 112. j^ — 
113. i-^. — ÇlolidCiirt. p. 300. 

iSur toute cette question, rfUp. 1U5. 3 — 10'.». u, les soiu-ces citées |)ar 
Patliak (nnt. XI, IX, j). i:\2, notes (;2. (H), Ktuidnl}, 2(ii;. — .1/ Vynl J:i:>. 
53, S-l, .")•) : 'il, 'S, ?'.». 

(4) Les l,ermes aiiva.\ a et, vyatireka ont ici une v.deur diminuée i- con- 
comitance, non coiicomitancej. 



,j8 l'K ML'SÉON. 

on ne peut faire de supposition ({ui entraine contradiction 
on antre [déiant essentiel | '. Il a été dit : 

« l.a sui)position a pour limite la contradiction » ". 
Par consé(|uent l'avinâbliâva est étal)li scientiti(pienient 
quand la tadutputli est établie scientiliquement ; ce qui a 
lien par cinq actes de perception et de non-perception de 
la cause et de l'eiïet visibles ' : 

I) Non-perception de l'efïet avant la production, 

:2 et 7t) peiception de la cause ; laquelle étant, percep- 
tion |de l'effet], 

ï et r)) ensuite, [)ar suite de la non-perception de la 
cause, non-perception de j l'effet | qui a été per(:u. 

C'est par cette quintu|)le opération que nous connais- 
sons la relation d'effet à cause de la fumée et du feu. 

-2° De même, (juand le lodruniya est établi ^ l'avinâbliâva 

(5) Presque textuellement Nyây(ihHs>n)iàTijali p. 3S5. 

(6) KnsumaTijali, III, 7 (vyâghritâvadhir âçankâ tarkah çankâvadliir 
matah) identifié pai- M. (îough. — Cp. yyoydkuxKnuiTijali I, 380 : <• kutal.i 
kâryâtmânau kâianam âtmânaiii ca na vyabhicruata iti ... ». I, 423 : 
<« yadi kâi-yritmânau kâranam âtmânaiii câtipatetâiii, tadâ tayos tayos 
tattvaiii vyâhanyeta. 

(7) tadtitpatti = kru'yakâraoabh.âva. 

Presque textuellement Kandall p. 20(i : ■• tadutpattivinircayo 'pi kârya- 
hetuh panrapratyaksopalambhânupalambliasrulhanah : •• Uâi-yasyotpal- 

teh anupalambha » iti kâryasya dvâv anupalambliâv cka upalamlilial.i, 

kârapasya copalambhruiupalambhûv iti. 

Cp. NyâyakiisiimûTij II, 8.5, r, " pratyaksânupalaml)liâbliyârn tadut- 
pattiniçcayo di'(;yayor eva na tv ad.ivyayoh ". — ,1e crois bien que dans 
noti-o texte, jiiatyak.'sa ^ upalalxlhilaksai.iaprripta = d[\'ya. 

Cp. Xynyal>i»du/., 28, 13 : karyakâranabli.ïvo loke pratyak.'<ânupalam- 
bhanibandhanal.i pi-atita iti — 

(8) Cf. Nyûyahindn, p. 104, 1,, 27, ,., ; 108. 7,4<.>, ,6. 

« svabhâvab svasattâmâtrabliâvini sâdhyadharme hetul.i/ yatliâ vrkso 
'yaiii çiiiiçapàtvât « — tikâ : •. kidj'cjo lietul.i sâdbyasyaiva svabliâva ily 
âba/svasyâtmanab sattâ saiva kevalâ svasattâmâti am/ tasmin sati blia- 
vituiii çïlarii yasyeti yo hetor câtmanal.i sattâm apeksya vidyamâno blia- 
vati, na tu hetusattTiyâ vyatiriktaiii kaiii cid hetum apeksate, sa svasattâ- 



SARVADARÇANASAMORATIA. 59 

est établi : « si une (,*iiii(,^apâ sortait de rarboréité, elle 
s'abandonnerait elle-même » ; il y a done eontradietion à 
la plaeei- dans la non-arboiéité. Mais (juand il n'y a pas 
eontradietion, on aura beau eonstater mille fois la eoneo- 
mitanee, qui éeartera la supposition que la disjonetion est 
possible ? 

La (;ertitude relative à la lelation de nature de l'arbre 
et de la çini(;apâ résulte de ee que les deux |noms| sont 
api)lieables à un môme objet : « eet arbre est une (,'iiii- 
çapâ ». Ce qui n'est pas possible quand il y a identité 
parfaite, car il ne convient pas d'employer en même 
temps des termes qui seraient synonymes ' ; ni (fuand il 
y a absolue ditïérence, car nous ne voyons pas que les 
noms de vacbe et de cbeval [soient appliqués au même 
objet]. 

On peut donc (conclure de A (sâdbana) à B (sâdhya) 
(juand A est etï'et de B cause, quand A a pour nature B. 

Si quebju'un refuse d'admettre «pie Vanumdna est un 
moyen de connaissance scientifique, on lui dira : Vous 
nous dites tout court : « l'anumâna n'est [>as pramâna »; 
comptez-vous, oui ou non, le démontrer ? Si non, votre 
opinion croule, cai* on dit dans l'École : 

« Atlirmation seule ne fait pas pi-euve » ; 
si oui, pienez i;arde : en soutenant que l'anumâna n'est 
pas pramâna, vous ne pourrez (jue tenir des discours 
d'idiot et clioii* dans l'absurde, comme quelqu'un qui 
soutiendrait que sa mère est stérile '"\ 

mâtrabhiivï sâdliyah/ ta.smin sâdhye yo hetuh, sa svabhâvati/ tasya sva- 
bhâvasya nânyah/ udriliaranaiii yathâ ... • . 

(0) Cf. Sarradnrç 11.3. ,.,. 

(10) Cl' X;/(ii/a/<()ç(i s. voc;. vyâghrita (asaiiil)acldhârthakani vâkyain), 
et la staiicc citée : " yâvajjïvam aliarii mauni brahmacari ca me pila. 



()() 



l,K Ml SI ()> 



I) iiillciirs, (|u;iii(l noms ctiihlissc/. ('oiiiiiic |»r;iiii;i).i;i le 
|)i':iiiirii.i:i :i|i|):ii-ciil . '^ rii l'.iisoii de Irur ('oiiiiiiiiii.iiilc de 
iiîitiirc ', \()U> ('iii|)l()\('/, \()ii.s-iii(~'iiic le iiiisoiiiit'iiiciit j);ir 
le s\;iltliâ\;i . 

<Jii;iii( ;iii (lissciil iiiiciil d-iiilriii .incc xoiin, nous sci'c/. 
loicc (i ;i\(»iicr (|iic \(iii> le coiiiLiissc/ |niis(jii(' noms arii'ii- 
iiK'iilc/. (i (|iic \()Us le ('(Piiiiiiissc/ par sa [lafolc, |ir('U\(' 
(le ce (lissciitiiiiciil : cC^I liicii I aiiiitiiâiia par caiisalilc. 

Ijiliii. (|iiaii(l Nous nie/. (|iicl(|U(' cIkisc. ce lie pciil ('Ire 
par " j)ral\aksa », mais sciilciiiciil vn raison de iioii- 

m"iiri tu iii:mi;i L.iiiilhyn-iil Jii'iil i.ir r.i [liiniiialiah. •• (T. ('I<>k(ir"rl . [i. 'M'>ù- 
I ■' iiiiji.ii I'/ h ili^rii>si(iii yiji'iidli'niii II I (',:!, , : •■ . . >v;iviic;iii;iv\ Tiki'Iu 

\;iiii.i 11.11111111.111,1111 |iiMii!riii;iiii ■•. I |i;ik-rii.iin<.i). 

II) l'dUli' la ili^ru.s>i>iii (jui -nil par, ni rtro, ou l'ii'ii t'Xliaito tlt" la 

.Xi/iiljfll.ninliili |i. -J,"):). ô-l';', ou (llMlVcr irilUC .^OlUCC rollllUUU''. Lclolld- 

illii>(i' cl.itilii i|uc son ;iil\i'r.s,iii(' adiin't ci iii-ali(|ii(' le.-; (i-oi> aiuiiuriiias 
|iai- --Viilili.'iva. |',ii' Lidulpal I i, p.ir .MiUli.il.ilnilii. 

l-i' lueinicr ixiiul seul iiir.iiiiânat.iiiâliliàsavN avastiiâpaiiaiii (alsaïuâna- 
jriii\,il\â(! m vadatâi pn-sciili' de ivi'lii>.-< dilHculto.-^ : il l'aul inXi'i' (|ue cet 
.11 :^iiiiKMiI t'>l rcpriiiliiii dans la .■-laiiic ijue nous liions a\('c- ij idli,ii-a : 

pi'ani."iii('iarasrmi,"iii\;isi hilcr aii.\ adlii\ o ;^atol.i 
praiiiriiiniilara^adldiâvah piMti-;.('dli.âc ca kasvii cil 
''I riiiiipii'iidrou- coiiiiiH' lui : " ] naïuâ lia I ada 1 iliâ \ asâ iii.âii \ avyavasi lia pa- 
ii.'it. p.ir iliiddliiM- ailiii;^aiii,ît . kas\a cid ail liasva iiraliscdliâc ca, pratyak- 
-."ii pi ,uii,"n,ïiit,ii-,isy.i >\ ,iMi,â\ akâi _\ ,"iiiupalaiulliilin,uasyâiiuinriiiasya ï^ad- 
liifix ,1 ni \ ,"i!iik,"i!ili;i iti r. 

i^Miani a la \ .liciii' ik's icriiiiv-^ •■ prani.lija-Iadabliâv.ii' ,âl)]i,~isa) •• c'iidliara 
louniii l'iwpliialioii vii;v,iiii(' : - \ c lu |iial>,ik-,uii cxaikuiii jHaiiiânain 
iccliaiild iiânuiiiâii.uii praiii.ânani ili \ ,idaiiti, te idaiii piastavyâi.i : kim 
ckaii; c\ a piat_\ ak-;.asvalak';>aMarii pr.iinriiiaiii >al svarûpaiii pratïyate, 
kuli \,î sarvaiii cv,i ' lia l,"ivad okaiii cva praiiiânaiii. aiiarasya tallulya- 
> iiia^nkas\i"ipi-,âiiiâiiyak' ranâlijiâvâl ; atliâlilain aiiâ^j^ataiii ca piiiu.sâii- 
laiavjtn >ai\ aiii cv .i pralyak-asvalak^iuaiii praiirnaiu : katliaiiiidarn 
ni(^'ci>;ilc ' piatiy,iluâiiapraiiiâiiav> .iklis.ij.îliyalvâd ili cet. .in^ikitaiii 
>\ aldiâvâiiuiiiâiiasya piruuânyain • . 

."^iir le pral\ aksâl'liâsa, vo\o/ l'IoJniriirf. ;!'.'."•, i. 

l.'.iliuiii.'iiia esl dilelidu .\!/ii;/iisii/,((.s. 11, 1 )_. ,;-.„. : '^ifm/Jii/n^ \ , 
(^. i'i. Iili, : ("aiiikaiM, 11. I, 11 iTliiliaiH , 1. :;i,"i ; lilnnt}. "J'.'.j. ...j, ôtil. ,„ 
(111, :;, ."):i). — \oye/. aussi yijoijacurl . VM. .., r.»2. ,s. 



SARVADAUÇANASAMGUAHA. 61 

perception : et c'est bien raniiinâna qui a pour hetu la 
non-|)erception '-. C'est ce (pie tlis(uit Jes l)ou(i{]liistes '•'. 

« Du fait {jue vous étal)lissey. uue coiuiiiunauté de nature 
entre praniâna et non-[)raniâna, que vous connaisse/ la 
pensée d'autrui, que vous nie/ n'iin|)orte quoi, résuite 
l'existence (l'un |triple| praniâna (litlerent jdu jiratyaksa 1.» 

(Je sujc^t a été traité par des lioniines très compétents : 
n'insistons |)as pour ne [)as alloniicr ce livre. 

Les houddliistes font résider la su|)rénu' uliiit('' de 
l'homme " dans une quadruple mcdilalion. 

(Connus sous les noms de .Madliyamikas. de N OiiâcMras, 
de Sautranlikas cl de Vaihliâsikas. les bouddhistes sou- 
tiennent respeclivcment les doctrines du vide com|)l('l, du 
vide externe, de ra|)('rce|ition indiiecle des choses cxle- 
rieun.'s et de leur aix'rccption immédiate ' . 

(12) •• K;ii,; (;;i |ir;il > Mk^ji'n ]iraiiiriii;iiii piMi ipri'lxMi'' ? ii.i irix.ii •^vnti'iah ;i, 
in-atipridakalviil , paiMi; rc;.>a kiili pi aiipann.il.i |ii-ali|i.1il.\ a'c vipraii- 
pariliu va; iia lu-atipaiiiial.i. [iralipaiilia>\M prali[iâilana\ ai\ ail !i\ ât ; 
vipralipHiiiun; cet. piiiu-;.Hitaia_;at.'i \ ipiMi ipai Ih- ci ii.i [ir.ii \ alv-i'i.ia 
gamyate ; vacaiialifi^i'iiânuiiiiN aN> (•'■!. >i(Miiaiii kHrx âiiiiiuâiia>\ a [irâ- 
mânyaiii. •• 

« Amimâuarn na piaiiT'ij;!!!! iii Ivcii i piani.lneiia >â(Ili>ati' ' praiyak^aiii 
viilliivi-;-a\ aiii lia ka>_\ a cil pral i-i'i||ir [umIiIm vati ; aiiiipalalidliv â i::iiii\ ah' 
ct't. larhy aiiUjialalMlhilifiij.ikaiii ,iiMiiiiâii;iili >}ril •■ [Kamlnli ,. 

CL y!i<'ij((l,niili'. P'I. i„ : ckal.i piMl i-rdh.i lict iilj . 

(1:{J li'apics Kinnh-h: ■■ lalliâ cokl iiii saiiualail.i « ' Nouv. aussi : ili 
vru'tikrirdial.n : mais p. •^:;}, une .-tami' liuni |ç ciiactriv icclinicpic est 
très a(;(;iise l'.vt ail rihiicc aux ! alliri;^aia> - «Mi iiciii iiinposer la (-(irroc- 
lioli : tâlliâ^ata. 

14j paraiiia|HiniN"ii-llia. ■• 'la' lii;ilii'st (mhI i.i maii r. Cp, .\i/iii////)iiHh'/, 
0. . : cl LîixUilcdijiiirdhird \, i HiM liiil '.' ;, : piii-ii<a>\ âftliu Miyndaya- 
nil.K-ri'yasalak'^'anal.i. 

lihÏMH :WA . : ■• iiiâi-;;âl_i k-^'anikaiiaiiâl lil\ al)liâ Vallâl.i ••. 

'l."j) « Tlio \'aiiiliâsika.> a'kiifi\\|(Ml;ie tlic ilirccl pprcriiiion ni' cxlcrior 
olj.jets ; iiio Sautrântikas iioiii liuit cxii-iidr (jli.jects nit'ivly cxist as 
iuiaj^cs iiiid tluis are iiidiroctl\ a|ipielit'iidcd •■ — Kfi'ii, Muniail. p. 120. 



62 LE MUSÉON. 

Bien que le bienheureux Bouddha soit l'unique Maitre, 
il y a néanmoins quatre [enseignements], en raison de la 
diversité intellectuelle de ceux qui doivent être ensei- 
gnés "' ; de même, quand il est dit : « Le soleil est cou- 
ché », l'amant, le voleur, le néophyte, d'après la pente de 
de leurs désirs, pensent que c'est le moment du rendez- 
vous, du vol, des exercices religieux. 

« Tout est momentané, momentané, douleur, douleur, 
individuel, individuel, vide, vide ». C'est (^ette quadru|)le 
méditation qui a été enseignée [par le Maitre] ''. 

I. La momentanéité des objets (ksana) '**, bleu etc., 
résulte par raisonnement de leur existence : 

« Ce qui existe, est momentané, — comme un banc; 
de nuages ; — et ces choses existent '•'. » 

Et ne dites pas que cet argument (à savoir snttva) est 
« asiddha » ; car l'existence, (jui a pour définition urtlui- 

(lOi La tliéorie de la diversité de l'enseignement est bien connue par le-s 
sources bouddhiques ; voyez intVa note 154. 

(17) A une syllabe près (iti bliâvanâcatustayani), — et des " licences " 
de ce genre sont à la rigueur admissibles dans des « versus memoriales » 

— nous avons ici un çjloka correct — A noter que si « sarvam » est 
lépété ad l.'l, j.., il ne l'est pas 14, 3. 

Sur les quatie bhâvanâs, V/vara)i(ipr. 7<), ,6. 

(18) Cp. la glose du Dnihmacidyubh., citée par Thibaut, Vcd. sntras, 
I, p 407: • l)auddluinâiii ksanapadena ghatâdir eva padiirtho vyavahri- 
yate, na tu tadatiriktub kaç oit ksano nâma kâlo'sti » (= Voyez infi-a 
note 50). 

(19) Répété ci-dessous (notes 36-;n). — Ceci est le type du svabhâvahetu, 
cp. Nyîiyabindu, 108, « : tathâ svabhâvahetoh prayogal.i / yat sat, tat 
sarvam anityaiii, yathâ ghatâdir iti. (109, 7 asaty anityatve nâsti sattvam). 

— Cp. Atniatattvaviveha, cité infra, n. 33 : Bhâm. :<68. ^-i^ ; Tûtp. 105. n 
et :J80. I : « yat sat, tat sarvaiii ksanikaiii. yathâ ^-arlrarn, tathâ ca spha- 
tika, iti jaranto bauddhâl^i " et Kaudali, texte plus ancien et très précieux 
l)our toute celte discussion, 7;^ ^ — 74. ■,(,. Voyez aussi yynyabhûsua ad 
V, 1, 24 : Vicaranopr. 78, 19, Kalpataru 233, », et surtout Çlokavârt. 730 
et 839. 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 65 

kriyàkaritva ^, est établie par perception des objets, bleu, 
etc. ; et il est démontré qu'il y a incompatibilité de l'exis- 
tence et du non-momentané, par le fait qu'il y a incom- 
patibilité [du non-momentané et] de [l'activité] successive 
ou non-successive, [laquelle est] vyâpaka [de l'existence]: 
de l'incompatibilité avec le vyâpaka [kramâkrama] résulte 
l'incompatibilité avec le vyâpya [sattva|. — Cette activité ^^ 
d'après une loi invariable [se manifeste] soit successive, 

(20) « practioal efflcienoy -, Goiigh et Gai-be ; « causal efflciency «, 
Thibaut, Ved mifras, I, 410, n. 3. — .le trnduis ci-dossoiis approximati- 
vement : « activité - " acte », cp.les indices de r.ai-he ad Sumkh. s. crtti. 
S. pr. bh ; et aussi S. tattvakaumudr ad. 9, pp. 563-4 : « practisclie ver- 
wendbai'keit » — Bodhic. t. 270 5. — Cf. Nyâyab. f. 4. .^i, 5, ig, 9, .^i, Ki. 22 

— 17, 2 —dont la doctrine doit être comparée à celle des Sautrûntikas : 
M'ass. 293, « don-byed-nus-pa (-= artha-kriyâ-samartha)= paramârthasat. 
(Voyez ibid. 212 : don-byed-pa = denkbari. — Réfutation de cette défini- 
tion, 5«rrarftt/"c. 25, 21 ; Kanilali. 12. 23. — Cf. Tatj). 12. 201 23. 3. — Bhùm. 
9. 2- - \'ico,ranaprameyas. p. 78 et suiv — Atmaiattvaviveha passim. 

— Nyàyavârt. 323 et suiv. 

Oough admet la lecture : pratyaksasiddha". je ne peux que le suivre 
(= pi-atyaksena s")- Voir note 40. 

(21) Cp. Aiiiriiddiia, Sarhkhyas. v. 1, 34 : ■• . . sthirakâi-yâsiddlieh ksai.ii- 
katvam // sattvam ai-tliakiiyâk~i'itvam, tac ca kramrikramribhyrnii 
vyriptaiii, tau (•^k.<^anike na saiiibhavntah / afas tau ksai.iikatvam âpâ- 
dayatal.i -. — Voyez Garbc in. loc. et pi-éface. 

Talp. 105. 23 : " vathii sattvasya ksanikatayâ .saha tâdâtmyaili vipakse 
'ksanike krauirikrarnayor vyâpakayor auupalainbhân niçcîyate ,... •• ; et la 
discussion depuis 3S7. r, (III, 2, 10) ; '• kathaiii . sattâmâtrânultandliasid- 
dhih ksanikatnyâ l ucyate : sattvaiii nnmâi'tliakriyrikruitvarii, nânyat. " 

— notamment 388. ,0 : - . . bhâvânàm arthakriyâ ki'amriki-amnbhyârii 
vyâptri, tau ca stliirân nivaitamânâv arthakriyiim api vyâvartayatah .. " 
et 389, 17-18 (cité note 3.')). 

Voyez Kanddli : " anekârthakriynnâm anekakiilatâ hi kramal.i » (73, ;o) 
M. Vyut 199, 111 : kramayaufîapadya. 

Compaïc/, la Ksoiiabhahgasiddhi de Dharmottara (Tand. mdo CXII, 
fol. 281!» 0) : de-ltar-yin dafi rim dafi i-im-ma-yin-pa dag-gis don-bya-ba- 
bycd-pa-ni(l-!a kliyab-i)a grub-pao = evaiii sati ca kranirikiamâhliyam 
arthakriyrikâritvavyâptii- siddliâ ... — (fol. 2811)3) de-ltar-yin dan skad- 
cig-ma-ma-yin-i)a-la rim-pa mi hthad-do = evaiii câksanike ki-aino nopa- 
padyate. 



Ci 



i.E Misr^.«)>i. 



s(»it Moii-succcssivp : cl il n v ;i |i;is de troisième mode sous 
peine (l";il>snr(lite iiiimitesle ; on coimait l;i loi : 

« Va\ r:\s (le eonlr;i(li('tion entre deux termes, il nVst 
|»;is de troisième îilternidive : rf vous ne |iouve/ ndincttrc 
(|U(' les de!i\ conlrMdietoires s(Hit eoneili;il)l('S, car le fart 
de la (•ontradicli(Ui est direclemeiit [H)sv » ''^ 

OrcesdeuN tnodes d activité sont iucompatihles avec 
le |ierniancnl. donc I activité est incompatilde avec le 
|icrmanctil et rexistence n aj»|iartient (|uau seul momen- 
taiK'. 

A. (Mijection : l*our(|uoi refuser raclivité |sucees- 

sive au non-inoinc iilanc '.' Nous i-e|ton(lons : En vei1u 
du dilemme : le |(ciinanent possede-t-il oui ou non, au 
monuMit on il accomplit son acte présent, la |tuissance de 
ses actes passes et futurs ' Sil la possède, il s'ensuit (ju'il 
ne mainpiera pas d accomplir mainlenani ces deux cate- 
i^oric^ d actes, car il ne con\ienl pas (pie celui (|ui est 
capaldc d un acte le dilfci'e ; cl en raison du pidsin'i- 
tltunniKnid ipie \(iici : u (!e (pii a un moment donne esl 



i22) KKsiiiif'îijdli 111. 8 (Ct. yiji'Hfikns , 1, A'iV), tradiiitf^ d'apivs 

CnW.'ll. 

(:;;ti \ iivc/ iiilVa ad noie :};î. 

U'-l) iicfill'' Viril riiiiiipr. S(l, ,7. 

^alllal•lila^ya RscplN k^HI . — .< Iiccaiisc \v(^ caDiiol ili'ny lliat Ik^ lias 
pnwcr ". Mais c).. mira iv. .,, cl Atmiildllraririhn :i. .; • yo 'yaiii 

saliiikâriiiiailli\ama(lli_\ Hmiki 'k>t>iiakai-ana,svalMin vo l)hâval.i, sa .... •• ; 
:f, is : •' vilaiiil) ik:1i il> as\a y.Hval saliakàryasaiiiiudiiâiiaiii tâvan nu 
karolitN ailiial.i ..." ; I, Ti ; (Me. iutii. :!S8. ,«, ._.-. lî.S'l ^. 

\T>i I-r |ii .is.ii'i-.liiiiiiirnia cl W'a^^ , |i. :;17. .U. V'/////. 1 l'.i. ,,.■, sVipposeau 
svalaiil r.lniiiii.liiii ; Miyc/. Alnidditlnir. >.\. .,, : .. ;i|ii {w ^vi.taiilrasâdlia 
liaiii idaili pi asafi;,rii va . ••. lùdidiih \'.~,. !_.<>( suiv.. Xi/ni/ii/i/i 11, 2. i : 
T'ilp. Mû. :-, <"cst.à peu di' clioso pivs. co (|H(« iKnis appelons l'aisonne- 
mciil par l'alisnrdc. — (,'p. Miiillnjiniinhiirrta, (îliap. I, fol. ()''. p. (i 1,,. — 
La pfopositiuM du piasai'igavipaiyaya esl •• coiUi'apo.sée •• à la preini(''i'0 : 
t^)Ul S esl I', uni non I' n'(^st S. — ("p. /-//y». '2iV\ ■„. 



SARVADAHÇANASAMGRAHA. 65 

capable de faire telle chose, fait à ce moment-là cette chose, 
— comme le complexe des causes son effet ; — et cet être 
[permanent] est capable. » 

S il ne la possède pas, jamais il n'accomplira ces actes ; 
car l'activité dépend uniquement de la puissance ; et en 
raison du raisonnement {prasai'ujaviparyaïja) que voici : 
« Ce qui à un moment donné ne fait pas telle chose, est 
à ce moment-là impuissant de cette chose, — comme un 
morceau de })ieri'e du bourgeon ; — et cet être, au moment 
où il accomplit son acte pi'ésent, n'accomplit pas ses actes 
passés et futui's -''. 

Objection : Mais ne peut-on pas dire que l'être per- 
manent, possédant successivement des co-facteui's (saha- 
kârin), accomplit ~' successivement les actes antérieurs et 
futurs ? 

Réponse : Nous demandons (et vous devez vous expli- 
quer) : les co-facteurs assistent-ils l'être, oui ou non ? Si 
non, l'être ne dépend pas d'eux ; car, puisqu'ils ne font 
rien, peut-on admettre qu'ils soient utiles ? -'' si vous 
admettez qu'ils l'assistent, la question se pose : l'auxi- 
liaire est-il, oui ou non, distinct de l'être? 

1) S'il en est distinct, c'est cet élément adventice qui 
est cause, et non pas l'être permanent ; car, suivant 

(26) Cp. intVa n. 34 ot Aimatattvaviceka cité m loc. 

Cf. Pramonavdrt. (Taiul. Mdo XCV, 23G, ,;i : gal-to liga tlisc nus-niod-i)a, 
de ni kuii thse luis-med ligyiir. 

(27) Sans doute : krameiui liaianain ... et non kramanam. — Cf. 
Anii'iuldlia ad 6«',n. s. I, 3.") ; .saliakâi'in, voyez Gai'l)e, indices .Va*, v. et 
S.pr.bh.;— M. Yynt. 199. 70, saliahlnllietu, lU. ... 

(28) « ... akiiiunt kurvatâii» tesHiii trulâtniynyognt ». — lâdaitliya" ? 
Cp. liodhic. I. ad IK. 124 : " yad akiiiicitkaraih va.stu kiih kena cid 
apeksyate ». et la discussion de l'îrvai'atvM. 

atiçaya, Gougli : supplernentation ; Gail)e {Sam. s. r. I, 42, p. 23, 1:1 ; 
trad. \). 25, 5) : additional propeiMy ; cl. çaiiikara, II, 1, 18(451. 7). 



()() I,K MISKON. 

(ju'cxisle ou (juc n'existe p:is la qualité additionelle adven- 
tice I produite par le co-facteurl, l'effet est produit ou n'est 
pas j)i'<)(iuil. Il est dit : 

<( (^)ue l'ont à l'espace la pluie ou le soleil ? leur effet 
se nianil'este dans le cuir. S'il est seinhlahle au cuir, 
jl'ètre est nioinentanc' ; s'il est seniblaltle à l'espace, il 
est comme n'existant j)as '^'' •». 

One si vous dilcs : « ' Les co-facteurs ne sont pas (( upa- 
kâralvas », mais! l'être ne produit l'effet (ju'en compagnie 
des co-racleurs » : nous objectons :| Si c'est sa nature 
pro|(re , (|u"il picniie i-arde de lâcher ses co-lacteurs ! 

■^9 t'ité Xy'njdCi'ii. (11, 1. ô . : 38, a\oc l;i locturo : « tnyor bhnyani » ; 
iiitidduii ii.'U' la loniiiilo : '• asya {•rutliasxa jfiripiU.liii kârikâm udâha- 
laiifi ". 

l'iti' l'nij). l()4. ,, lyatiiâiiiihl (itijciission du nioUsii et Bhum. .%8. ^j, 
a\('c la Ifclurc do iiod'o toxtc : <• .. Kliatulxar oed asat|>lialal.i » [(îough : 
" lliL'i'c cdiild lu' iiiK'Ilcct produi-cd ujion il »] : mais Nyaiiavutnak. ad Çlo- 
hiiroil . ir,n ■ ,, . . Kli:iiiilyar {•(•(! asat.sainal.i » lyatliâlia : <> Ijuddliijaniuani 
iniiiisiu; (M viUrtir \ad> anityatà | atliâvikrlii' âtrnâ 'yaiii pramâteti na 
\iii\ali> •> ; tailla <> var-^n'apâiiliv âm .... »]. 

Cp. lin.lllh-. VI. -2'.». 

:;()) iMuiLili iu> traduit pas., iti svaljliâva » garanti pai" le contexte. Le 
pas>agf osl dur rt .je no nio llatto pas do l'avoii' conipi'is. — Cp. Atma- 
Idllrnr . \\ .,: >■ .\tlia va Uriani afd\ni'afii'aliei.ia iiîja.svahhâvatvani ... » 
U», ._. : ■< taltatsahakHrisniiil \ 1' sali tat l,atkâr\ apra\ ojakasya liijasvahiiri- 
vasya . . •> 

l'i'/p. lUSs. ..,,): " antipakâiakatve \~\ saiiakâiiiio na bhâvenâpek.syerann, 
it\ iitpannain.ltia ova l.liâval.i kârxani utpâdayot ; saniartliasya kso- 
pâ\t>g,"ii ; k^oi)o va na paroâd api kuryâd, aviçesât. yadi n)any(!ta : c anu- 
pakâi'akâ api liliavanti saliakâiiiio, jatas tail.i salia l)hâvah kâiTaih 
karoti; na ca hliâvona nâiioksyante, taii- vinâ kâryasyâniitpatter iti» 
naiHi svarfipoiia (mM kàryajanako hlirivah ma) kasrnân nomân antarena 
,janayati, toldiyal.i \n~\\i api svairipasadhiiâvât >. saliakâiirûpena va jana- 
katvo, saliakâi'iiia eva.janakâ, na janako liliâvah .... » 

l,os saliakâiins no sont pas npakârakas, mais n'en .sont pas moins 
saliakârins ; non pas parce qu'ils agissent avec l'otre, mais paire que 
l'otiv ajfit (|uai)d ils sont présents, et seulement (juand ils sont présents 
(salia eva kâryaiii karoti). 



SAUVADAUÇANASAMGRAHA. 07 

Que bien i)lut6t, s'ils voulaient se sauver, il les tienne la 
cordeau cou pour produire l'effet qu il doit produire ! — 
car le « svabhâva » n'est pas une chose à perdre ! 

Autre point : la (jualité additionnelle que doit produire 
le co-facteur, produit-elle, oui ou non, une nouvelle 
qualité additionnelle ? Les deux alternatives vous feront 
laj)idei' par les objections déjà exposées. 

Dans la première, il y a, et c'est bien pénible pour 
vous, profjressus ad infmitum à plusieurs faces ■*' : 

Si la production de la (|ualité additionnelle dépend 
d'un autre co-facteur, il nous en faut une série infinie — 
et d'une. 

En effet, il faut l'adnietti'e : c'est quand une (jualité 
additionnelle est donnée à la semence par ses co-facteurs, 
à savoir les nombreux éléments, eau, feu, etc., (juc la 
semence est productive ; autrement, même en l'absence 
de ces | co-facteurs |, la qualité additionnelle apparaîtrait ; 
— et d'autre part, quand la semence prend cette qualité 
additionnelle, c'est en fonction des co-facteurs ; autre- 
ment, comme par conclusion logicjue l'auxiliaire ne fera 
jamais défaut, la naissance du bourgeon aui'a toujours 
lieu. — Par conséipient, puiscju'ils sont nécessaires en 
vue de la (|ualité additionnelle, il faut (ju'une nouvelle 
(pialité additionelle soit donnée à la semence par les 
co-facteurs ; et, bien (juc cette [qualité] soit auxiliaire, 

(31) Il a été établi que si Jesaliakâi'in est iipakâi-aka. rupakâra.otnonpas 
le bhâva, est kâi-ana V<ïcaspatinii(;ra pomsiiit {T<it2i. M88. ,-.) : <( na copa- 
kârasahakâiï bliâva eva kâryasya janako nopakâraniâtram iti vâcyam. 
upakarasy(3pakriiâ,iitarajanaiie, 'iiavastliruiât ; ajaiiane tu. sahakrii'ibhâ- 
vâbbâvril. » Suit l'examcu do l'iiypothèse de raliliinnopakâiâdliâna. 

Knndali 74. i : « SahakâriUrtâtiçayasaiiitasya tasya jamkatvam iti 
cet, atiçayasyâtiçayâiitai-riiiriiatnblie ki(i|\'i sahâyatri, ârambhe cânavas- 
thâyâh kâ piatiki-iyâ ... '> 



()K i.K >nst^:()\. 

coiiiiiif en vue (le s;i [trodiicliN ilc l;i scmi'iicc (U'pciul des 
co-liiclciirs iiiiisi (|U il ;i de cxposi' jjlus liant — iiii 

|ii('iiii('i' iirotircssits (iil nijiuUuin csl clahli, à savoir (k's 
(|iiaHl('S addilioiiiiclics ayanl poiif siciic la semences et à 
produire par les co-radcurs. 

D'autre pari, l'auxiliaire, iudispeiisahic — c'est onteiidu 
— (.Ml vu( de l'elVet, jiroduil l'elVet indôjx'ndaiiniH'iil de 
la senieuee (ele.), ou (l(''|)('ndauim('iit de la semcuee. Dans 
le premier cas, la seiuence (etc.) n est pas cause ; dans le 
second, il faut (pie la semence (clc.i. (pii est nécessaire, 
dnime à rau\iliaire une (pialile additionnelle ; et ainsi de 
suite. Ainsi se trouve elahlie un second proijicssus iid luli- 
iiiluni . à savoir des (pialites additionnelles ayant pour siëiic 
la (pialile additionelle et à produire |)ar la semence, 
etc. 

De iiK-iiie. laiixiliaire, (pii es! indispensalile, doit don- 
ner un iioinel auxiliaire au ' dliarmin " senience, elc.l ; 
dOù nécessite diiiic série de (pialites additionnelles avant 
poursieiic la (pialile addilionnellc de la semence et don- 
nées par Tauxiliairc. (l'est un troisième /;/(<7/'('.s.s//.s ad /»//'- 
iiiluiit, luen penilde pour vous. 

'!) Que si vous admette/ceci : << La (pialile additionnelle 
(pie les co-racleiirs donnenl à r(''lre n est |»as distincte de 
ICtre ", leire primilir. au(|uel maïupiail la (|nalité 
addilioimelle, n'existe pins ; un nouvel (Hre, (|iii possède 
celte (pialile, j)ren(l naissance, et nous lappelons, parmi 
d'autres noms, « kurvadnipa ^i ■. L'arbre de mes désii's 
a Henri. 



(;<'J) l\ur\ ;i(ii-ri[»;i, (ioii^li : t'll(>('t-pr(>(liicing ub.i(H't ; Cowell ad Ki^su- 
iiiinijnli 1, :r,, i| \.) : (>ilici.'ii( loriii. — N'oytv. Nyiiyaliora s. voc.(kurvat 
liliaUiiiiuukhaiii rûpaiii yasya). 

( uiiip. Suirailarr. ji. iC. •. 



SAlUAItAlU A\\S\M(.hAII A, 



69 



11 est donc bien ditlicilc (l'Mttiiluicr au iioii-iiioincn- 
tané l'aclivilc |suc(ossiv('|. 

lî. — Veut-on ((ue son activité se nianilcstc toute à la 
IbivS ?■'' C'est impossible, en i-aisoii du dilemme : cet être 
caj)al)le d accom|»lij' tous ses elVels eu UK'me lemjis, survit- 
il à leur accom|)lissenient, oui ou non ? Si oui, (îonime en 
ce moment là, à tout autre moment se produira la l'éali- 
sation de ses etl'ets. Si non, il y a autant de chance (ju'il 
soit permanent, (|u'il y en a de voir une semence mauiice 
des rats pousser un houriicon ! 

u Ce en quoi se ti'ouvent des (jualités conti'adictoires 
est divers, — connue le froid cl le chaud ; — or en ceci 
se trouvent des qualités contradictoires » : La vyâpti [de 
l'existence et de la momentanéité] est de la sorte |par la 
démonstration du nânàtva| établie pour le nuaiie. 

Kt cet aiiiiiment (— viruddhadharmâdhyâsa) n'est [)as 
« asiddha », car il est ('labli j>ar un double raisonnement 
(prasani>a — tadviparyaya) (|ue [votre j [x'rmanent est, 
d'après le moment, capable et incapable [de ses efïets| ''. 

Les deux raisonnements établissant qu'il est incapable 

(33j Cl', supra u 23. ~ NOycv, Tdp. :iSO. 12 : « tasiunii 11a kiamenârtha- 
kriyâ btinvâniliii. iiripi ya\i,::;iiKi(l> ciia : ya.siiiild (îi)ynvat Uiirxarn tonâksa- 
i.iikeiia itialliaiiin k>:ii.ir> .saiiiiûditaiii. tâvat sarvaiii (Ivitiyruiik.suicsu 
.saihpndayt'l •• 

(34) Il est iiilL'iussaiii de ctJiniiaroi' V At.matatlvavivcka (l. kj) : « tati-a iia 
prathaiiial.i (Ksanal)liai'igah) prainrinribliâvât |i yat sat tat ksanikaiii, 
yathji gliatal.i : saiiu; ea vivndndhynsital.i çabdàdir iti ceii | na, |)i'atibaii- 
dliâsiiUlheh t| .snmai'tliyrisrunaitiiyalaksanaviruddhadliannasaiiisargona 
bhedasiddhau tatsiddliir iti (."en | 11a, viru(kliiadliai-ma.saih.sarfïnsiddliel.i || 
prasahgaviparyayâbhyâili tatsiddliir iti cen | iia .... » 

p. 15. i-. : « iianii yad yadâ yat karofi, tad yâvaUaltvaiii tat karoti, 
yatlià ka<; ne rhalidal.! çabdâiitafain iti prasango 'stii j vipai'yayas tti : 
yad yadfi yaii na knroti.tat .sai'vadaiva tan na kai'oti, yatiiâ vilaçakalam 
aiikurain | 11a karoti (;aikaiin kusûlastiiaiii bijani ankuraiu iti cet ... ». 

(a) Ex conj. ; le texte a : tasmâd. 



70 LE >nsK<».\. 

lactuolleinent dos jictes passés ot futurs] ont été dits plus 
liaut. 

Voici les doux laisoiiiieinciits (jui étahlissont son 
« sâinai'lhya ». 

« (]e (jui, à un moment donné, est incapable de pio- 
duiir toi olVot, no produit pas à ce niomont-là oot ofîot, — 
conimo un morcoan (\v piorro lo houi'ijoon ; — et cet être 
permanent est incapable, au moment où il accomplit ses 
a<lcs |)rosents, de ses actes passés et futurs. » Voilà lo 
prasiiiu/d. <> Ce (|ui, à un moment donné, produit un 
elfet, est, en ce moment, capable do cet otfot, - comme 
le com|)le\e dos causes de son effet ; — et cet être acconi- 
j)liL dans lo |»ass('' et Tavonir, les actes du passé et de 
lavorjir ». Voilà le viputiidifn ou inversion du prasaùiia. 

I*ar conséMpu'iil, comme nous no constatons pas dans 
\v vipaksa | non-momontané|, par suite do son incompati- 
bilité' a\('c les deux modes d'activité [successive ou non- 
siu'ccssivel, llaclivité (pii est | vyâ|)aka de rexistenco. il y 
a riiitlirckd du non-momentané et de rexistenco ; d autre 
|iart. pai- suite d un double raisomiemont, il y a (iiwnim 
du momentané et de rexistenco ; et do cotte double 
vyâpti, il résulte (jue rexistenco a[)[>artienl au momentané 
seul ". 

Il a été dit pai' Jùânavri "'' : 

« (le (pii existe est momentané, — comme lo nuajie ; 

(:j.".) Taip. 3Sï» 1,^ : « tasHifid aksiniko sattve vyripaUayoh krainâUra- 
iiiavoranupalainbhnd vy-Tpakâimpalabilliyâ nivartamniiaiii satlvam aksa- 
nikilt ksanikatvcna vyilpyata iti pratihandliasiddhil.i «. —Cf. note 21. 

(.M) Triranfitlia coiinait un .ifiânari'i initia [auteur de la Konjakaroija- 
siildhi, MdoCXII toll. 413-lSI. 

KiDiddh 74. ..,-. : « •■■ suIaMiaiii ksaMikatvânun»rinaiii : yat sat lat ksa- 
i.iikaih, ^wwW ca dvndaijâyataiirinïti ><. — I.e raisonnement est mauvais 
i-ar il n'y a (tas de vipaksa. 



SARVADARÇANASAMGHAHA. H 

— et ces êtres existent. L'existence, c'est la puissance 
présente de l'action ", et le raisonnement prouve que 
cette puissance manque aux êtres permanents ** : 

[La sattâ I n'est pas « uniforme « ; — au quel cas même 
par l'acte d'autrui il y aurait action, etc. Et si elle est 
multiple, le « ksanabhanga » s'ensuit ; — donc [la sattâ | 
réside dans le [ksanika,] sâdhya '" ». 

Et nous n'irons pas, adoptant les vues des Vai(,'esikas 
et des Naiyâyikas, définir l'existence (sattva) comme la 
participation au sfunfniyu "^ Existence ; parce qu'il en 
résulterait l'inexistence des sâmânyas, des viçesas et des 
samavâyas ^'. Et ceux-ci ne sont pas tenus pour existants 
en raison d'une Existence substantielle '^ 1° parce que 
ce serait multiplier inutilement les poslulatas, et 2" parce 

(37) Cp. Bodhic. /., p 270, ib : « ... çaktir bliâvalaRsanam, — Cf. le 
(lemi-çloku cité i'pade<;asahusri ^1886; p. 30'.» et Bham. 301. ;t {= Bodhic. 
t., 251. .,8). 

(38) Siddlia : iinvei'amJei'lioh. 

Une auti'e explication est possible : mitel.i siddha — étahli par iiil'érenoe. 
Seul le pi-atyaksa est artliaki-iyâkài in. 

(39) Cp. vigrâmyati, Xtmatattcac. <>, ; : « scyaiii |ankmaj.îti]iiinntta- 
vattâ, vipaksâd vyilvartamcânâ svavyfipyam âdâya l)iJapiayojakatriyâm 
eva viçrâmyatui pratibandliasiddhih ». 

(40) Voyez Njinyabindu I. 11;'>, lo; 8(), a : « iha sâniânyaiii kanâdania- 
harsinâ, nihkriyaru drçyani ekaiii coktam | yugapac ca sarvaih svaih 
saiiiliandliihlul.i sarnavâyena saiiibaddliam | tatra pailukena kanâdaçi- 
syena... — La thèse védantique, not. Bham. •■>. i. — Voyez sur lesattâsâ- 
mânya, le sattâsainbandlia, Kat/dali, 12. i, 17. lo. 

(41) Cf. Tdlp. 3^1. y : « na ca sattâsâniânyaiii nâsti [sic] kiiii ca na, nâpi 
sarnavâyo yatal.i sanii ity ucyeta. tatsadbliâvc va, na bliavatâiii sânirmya- 
viçesasamavâyril.i santo bliaveyuh, tesâiii sriniânyâdhni'atvânalihyupaga- 

niât ili siddliain artliakriyâkrn'itvani eva sattvani iti .tac ca kramâ- 

kramâbliyâih vyâptani «. 

(42) ... svairipasattânibandhaiiah ... Voyez Praçastapâdabhd.sya 1(), j : 
« sâniâiiyridiiiniii ti-ayrinârn sxâtniasattxani... » KaiuUdi : «' svâtniaiva 
sattvaiii, svaiûpaiii yatsâmânyâdinruii tad e\a teçâiiisattvaih.nasattâyo- 
g-à.)). sattvam ». 



72 I.K MlSl^O^. 

([lie !<• (lilcinine : « y ;i-t-il, n'y a-t-il pas anugatatva ? » 
est irr('f'iital)l(', et ">" parce qii<' nous ne voyons aucune 
t'oime pai'courant les ()l)jels moinenlanés, distincts de 
caractère, (le|)nis le iiiain de moutarde jus(|u'à la mon- 
taj;ne, comme le lil des gemmes, comme le u gui.ia » les 
« hhûtakanas » ''. 

Pensez-y : l'iiniversi'! sera omni-présent ou présent 
dans tous ses subordonnés. 

Dans le premier cas, toutes les choses vont se mèlei' ; 
et cest d'ailleurs en conliadiclion avec la doctrine, car 
Prayastapâda a dit : » ■ i.e sâmânyaj est svavisayasarva- 
gata » ^'. 

Dans le second, nous raisonnerons comme il suit : 
1. universel (jiii léside dans une cruche existante, entrant 
en lelalion [d inhérence] avec une cruche produite ailleurs, 
vient-il ou ne vient-il pas de la première cruche ? Dans 
le premii'i- cas, 1 universel est substance (dravya) ; dans 
le second, il ny aura pas relation [avec la seconde 
cruche |. VA cpiand une cruche dis[»aralt, 1 universel 
(lemeure-t-il, |)éril-il, ou s en va-t-il ailleurs ? Dans le 
pi-emier cas, il n'a pas de réceptacle ; dans le second, il 

(Vi) l)liût;ikai.iesu gui.ia\;if: ca. — l'iiia.se omise par Gougli et pour le 
moins obscure. çiuk((rarl. c,i\, i., : « iiiiii Ivârtsii^ eiia saikaikatra vartate 
[jfilirj l)lintakanriKi;fui.iavat sraksiltravud vfi 'vayavaça iti ». 

La iiieiniere comiiaiaisoii es( citOe handali 'Ml. ..| : « ati-âliuh sauga 
tâh : i)iati\ainriiie>Li Ijliedesu ///«///.s/r^/ï<ra(/ ekasyâkarasyrimiiialamblirit 
sriinâii}arn iiâsty e\a. ^> — Voyez aussi V^, i, : « yatliâ distaikago|)ii.ii)asya 
pii.iijâiilare ijfnx arùpâiiukârini huddiiir udeti, iiaiNaiii nut/ndliara/ii upa- 
labliya aiosapiiui iipalaliliainâiiasya pnrx âkâi'âv ahlifiso 'stiti kuto 'tra 
sriuiruiyakalpaiiâ > » 

[W) s\a\ i>.a_\asai\agala, liltasifd 311. — N'oyez aussi Xydi/akoi^a, ■^. 
voc. aiiuyaina. — Déliiii St/ayahitKUd. : « yat sai'vasmiM d(>(;o '\aslliitail,i 
3\asaiiibaudiiililiir yugapad aldiisaiiibadliyate .. » (p Sô, .....\ Cp. Vttir.w 
Victtli ad I, ;', :? 1 eiininération des <« jatiLiâdhakas », saiid'iai-a, aiiavastliili, 
etc. 



SARVADAKÇANASAMdllAHA . 75 

n'y a pas lieu de parler de son éternité ; dans le troisième, 
on eoncluera qu'il est substance. 

On peut taire valoir encore d'autres objections contre 
l'universel : rien ne garantit cette notion. 

11 a été dit : 

« Résidant ici, naître ailleurs sans quitter sa première 
place : bien subtile sa manière ! 

Oîi que se trouve l'être nouveau, il lui est inhérent ; 
et ne cesse pas, pour cela, d'occuper l'objet ([ui est ici '' : 
ceci aussi est bien étraiiiic ! 

il ne s'en va pas [d'ici], il n'était [)as là, il n'est pas nml- 
tiple après |sa seconde manifestation], il ne ([uitte pas 
son premier réceptacle ... Ah ! tout cela est bien dur ! » 

Si vous demandez : « sur (juoi repose la notion d'anu- 
vrlta "^ » ? jXous répondrons! et contente/ vous de ce mot 
d'explication, car c'en est assez là-dessus : (( Mais sur la 
non-compatibilité avec ce qui est autre » ^'. 

(A continuer.) L. m: i.v V'ai.i.ék INussin. 



(45) Je crois qu'il faut lii'e :«.... na tu taddeoiiiaiii na \yripiioti ...» 
— . . . . Asau bhrivai.i -- tliis cntity 'Universitality) .... (Gougli) ; mais cp. 
infra : . . . aiiicavat. 

(46) ^ aiiugatapratyaya {S.jjr. hh. l:iS, .,)-. dio duifligi-lioiule Voi-.steliiinjif 
(Garbe). — aiuivi'ttat\a = anekadoçavrttitxa (Vivrtti ad \'ui<\ s. I, 2, 3, 
p. 25, .j. edid. 'iougli, i-iénares 187;i). 

(47) Gouj^h : on difi'erence IVnni tiiat whicli is ditrerent (or exdu.'^ion of 
tlio lietei'ogeneit\ ) Cl'. Xycydkoru s. voc. apolia = atadvyâvj'ttih 
(yatliâ vijfiâna\Tidibaaddhaniate nilatvâdii- dliarino 'niia\yn\{l(irripah 
(Dinakaiî'. — Voyez Garlie ad .S', pr. bh. \ . '.'2 : <■ . . . .\ussf:ldi<>ssuiifjr 
[aliosl desscn, was (das liotieiïende Diiig] iiiclit i.si , uiid da.s Wort « ge- 
nus » koniilc dioe [Au.s6ciilie.'?.'<uiif,''| IjivoicluKMi soileii '. » — Cette cpios- 
tion. iiisépai-al)ie de la \\\h<^<- du s\ alak^ana, est di.scuti't' /// dtcnso dans 
VlokaviD't. p. 5()i)-(51 1. où sont noinhii'uses les citations dt.' sourci-s boud- 
dhiquc^s; — cl. Kundah, p. .'U7-3"J0 (citations, AtrnataUvuvivclitt, 
pi). :J5, 18, 51 4S, ,ji : i' . . . . yac câtyantavilaksaijânâiii sâlak.';-aMyavyava- 
liâralietus tad anyavyâ\{'itirnpani » . . .) T<ilp. Il, 2. ,;;, :mo «'t suiv.). — 
Voyez yyoyahindKl., sui' le itai'asparapariliâra. 74, ,. - IMusieurs traités 
du Tandjour .Mdo CXII) sont consacrés à rai>olia, notamment un Apohu- 
prakarana de Dliarmoltara. 

5.\ 



LE LATIN D'ESPAGNIÎ 



l>AI'IU:S LIS I.NSCillPTIONS. 



ÉTUDE PlIOMniQl E ET MOHIMIOLOdlQl 



I.NTUODI'CTION. 

Los p;irti('ul;irit(''s (jui disliiii^iUMit cntic elles les laniïuos 
romanes corrospondeiit-ellcs à des vaiiétés dialectales 
existant déjà en latin vuliiaire? 

U.ette (luestion, d'nne importance capitale en pliiloloiiie 
romane, préoccnjje sérieusement depuis (pu'hpn's aimées 
les latinistes aussi bien (pie les l'omanisles. 

M. (lr()l)er (Ai.i.c. I, fsc. ^.i a ('mis l'iiypotlièse (pie, 
suivant ranti(piit('' de la r(>manisati()n des provinces, les 
dialectes romans (pion y |>arle nMUonteraient à une phase 
plus ou moins ancienne du latin vuliiaire. ('e système, 
(pii a rencontré beaucoup de contra(li(;teurs, a ét('' rejtris 
avec de noml)r(>uses modilicalions et de lirands develop- 
j)ements par M. (i. Mohl dans son Inlrodiuthm à lu cliro- 
iiolof/ic (lu ûtlin riil(/(ii)('. I8ÎM). 

11 ( st impossible de suivre cet auteur dans toute> ses 
théories souvent plus iniiénieuses cpie fondées, il iTen a 
pas moins posé des problèmes intéressants (pi'il importe 
de résoudre ; seulement, on n'y arriveia (pi'en évitant les 



lE LAIIN I) r,Sl>A(,.\E 1> V1>IU:S LKS INSCIUI» IlONS. 



/r) 



(létaiits de s;i iinHliodc. Avant de taire des sMitliôscs, 
il t'aiidra dciioiiillcr iiaticiimiciit les sources du latin 
vulgaire, aliii de i-ecueillir un iirand n()nil)re de laits 
])()sitils sur les(juels on |)ourra baser de solides eonelu- 
sions. i^M'nii ces s(;urees, il n'y en a certes pas de plus 
anciennes ni de jdus ()iécii'uses (jue ies inscri()tions. Les 
textes e|»iiira|)lii(|ues des |»ro\iiU'es n'ont encore été (jue 
très imparlaitenient exploites à ce |)oint de Nue. Les 
inscriptions d'Atri(pu' ont l'ait rohjel des eourtes ('tudes de 
.M. iiotrniann {hidcv (/lunimuilicus tid Afrunc pvov'uic'uiium 
Trijjolildiuic liiizdcciuu' jirocoitsiiliiris liliilos htliiios. Diss. 
StrasslK)urii. I.STN.i et de M. Ki'ihler iAi.i.c. Vllî, p. Kil). 
Sur les inscriptions des tiaules, on a nuo [)etite brochure 
de M. Ncuinann {l^rot/rtniun des (iiptuKisiiinis i)i l*<)fa. 
iS!)7- IS!)(Si sur (piehpies j)oints pai'ticuliers de la phoné- 
li(jue dans les inscri|)tions de la Narhonnaiso, et un tra- 
vail très nieritaiil di'i à notre compatriote .M. J. Pirson 
fL(i IdiK/uc (les insciiplions Idlincs de hi (idulc. i>ru\elles, 
hMlll. (le deî'uier ouvraiic, est la |)reniière étude com- 
plète sui' la lanii'ue d un<' pros inre d'après les inscriptions. 
Il est l)ien à rej^retter pour moi (|u il n'ait paru (pie 
lorsijue le présent travail était (h'jà in-esipie terminé. On 
peut encore citer, sur des points particuliers, la disserta- 
tion de M. Mammer !/>/(' loûdic Wn-hrcinnu/ frït/iestcr ronui- 
nisclu'r Ldulinindhou/cn im dlloi lldlicn. lialli', I8î)i), et 
ren((uéte approfondie de M. Dielil sur Vni linale ll)e ))i 
l'nudi vp'ujruplùca. Leip/iii; lISÎI!)). 

il n'a encore paiu aucun ouvrage d(! ce lienrc sur 

1 ce 

rEspat»iio. 

M. Sittl a consacré à C(^ pays ti'ois |)aii('s {\o ses LoLdIc 
Vcrschicdenhciloi dcr latcinisclioi Spntclic, mais on ne peut 
en tenir aucun coUipte. car il ne ( ite rpu' (pielt{ues faits 



7() LK MISÉON. 

sans suite. Kiicorc, si ces derniers étaient sûrs, mais il me 
()arait s'ètj'C tioni()é dans le classement de ses fiches ; cai' 
il cite (les numéros qui ne se ti-ouvent pas dans le Cii.. Il, 
j». ex. : iiuirnuiris 7(>i7, isphrtus 7418, ou bien des formes 
(jui ne peuvent se découvrir à l'inscription indiijiicc : 
hiiior .*)ilS, MintlaiH' 7)808, etc., etc. M. .Mohl se contente 
de (|uel(jues atïirmations sur la nature du latin (pi'on 
parlait en h^spai^ne. Les colons auraient apporté, dans ce 
pays, une laniiue mixte remplie d'italismes. Ola l'ésulte- 
rait d'un texte d'Artémidore d'Fjplièse (Schuchardt 1, WA) 

Ypa!j.!ji.7.T'.xr, o£ yptôv-ra', Tr, toV/ JTa/.fôv, ol -apà Oà/,a77av O'.V.ojvtî; 

T(ov "l'i/.cwv. M. Mohl, en eiïet, ne ci'aint pas d'admettre (pie 
la 7pa|i.uaT'.x>, Twv haXwv désigne précisément la xo'.vy. latino- 
itali(pie (pi'il met à la base des langues romanes (Mohl. 
(Jiroii. p. ii8j. A c<)té de cela (p. 17 il, l'idiome olliciel, 
parlé par les fonctionnaires et les magistrats, aurait été 
propagé en Espagne, notamment grâce aux créoles d'Osca, 
Séville, Cordoue, fondées par Sertorius ; mais il n'aurait 
[)u tiiompher (p. 17.')) des lia])itudes déjà trop profondé- 
ment ancrées dans le vieux latin vulgaire. l*armi celles-ci 
(p. l2()»)), se trouverait l'emploi au nominatif comme à 
l'accusatif des formes dunuio, <l<n)ni()s, fdiu, filins, forte, 
fortes. 

11 y avait donc intérêt à faire une enquête méthodique 
sur le latin d'Espagne tel qu'il apparaît dans les inscrip- 
tions. Il fallait, en effet, vérifier si l'on y letrouve des 
archaïsmes, et si cette lanuue remonte l'éellement, comme 
le su|)pose M. (lr()l)er, à un état ancien, pi'éclassi(pie même 
du latin. l*eut-on y (U'couvrir des traces de Tinlluence 
des dialectes osco-ombriens comme le veut M. Mohl ? 
Peut-on a[)|)uyer par des faits les hypothèses hardies que 
formule ce dernici' sui* l'origine anti(pie de plusieurs 



i.K iMi.N i)"i:si»A(j.\E i>'ai'Iu:s i.i:s insciupiions. 77 

li'.'iils (le l;i i>r;mim;iii"(' ('S|i;ii:n<)lo tels (|U(' l;i disparition 
(lu iiomiiKitir ? Si,;m coiilrnin', rKsi)aiine a l'ccu un latin 
assez |ini' (M scniltlahic csscnticlleinent à celui ([iii fut 
apporte dans les autres |)i'ovinees. ce latin ne subit-il })as 
dans la pt'ninsule des nioditications pai-ticulièies ? Quand 
appai'aissont les [treniières traces des divers processus par 
les(piels le latin est devenu l'espagnol ? Les évolutions 
eonninines à toute la Koniania s\)[>èrent-elles plus tôt ou 
plus tard dans cette |»rovinee que dans les autres ? Jus- 
(pi'à (piel point les particularités du latin en Espagne 
e\jdi(pient-elles les caiaetères pi'()[)i'es à la langue moderne 
de ce pays .'' Voilà autant de [toints sur les(|uels les insci'ip- 
tions |ieuveul jeter un certain jour. Il l'audra confronter 
leur tenioiiiiiaue avec celui (lu On tirera des ulossaires, 
des auteurs chrétiens et des vieilles chartes de ILspagne 
pour arrive»' à résoudre ces cpiestions aussi délinitivenient 
(}ue possible, .le me suis restreint aux inscriptions qui 
constitueni par elles-mêmes une matière bien déterminée 
et déjà ct)nsiderable. 

Les inscriptions d'Lspagne sont, en effet, au noml)re 
de 7,'')0() environ ivpartics en plusieurs recueils, savoir : 
I" Le :2'' volume du (jn-piis hiscriptiouuni Lathuirum 

(;)!()() inscr.) éd. lliibner. 18()1). 
"2" Le supplément à ce tome. ( 1200 inscr.) éd. Hiii)ner, 

LSO-2. 
T)" Le snjtph'Mnent aux inscr. d'Lspagne publié par Hiil)ner 

(ISlMi) dans le vol. VllL de VEplicmcris cpuirapliicu 

p. .">,')! s(p|. (i.')O inscr.). 
V' Les liisiriptioiics llispuniai' (■liristianae éd. Hiibner. 

IS7I (2îr> inscr.). 
i>" Le supj)lément aux insci*. chi'ét. éd. Hiibnei'. 1000 

("ITh) insci'.). 



78 LE MUSÉON. 

Dans ces deux derniers volumes, je me suis arrêté au 
8^ siècle. 

11 faut y joindre les revues qui publient les inscrip- 
tions découvertes depuis la {)ul)lication de ces grands 
ouvrages. Parmi celles-ci, j ai pu me proc urci- : 

le Bolct'in (le la rcal (intdonid de l<i hisdnia de M.idrid ; 

le liulU'tm lns]mni(jHi' de Bordeaux ; 

la lievuc arclH'ohKjUjuc de i*aris reproduisaiil quehjues 
inscriptions de VArclwohxjo portinjucs et des autres 
revues de l'Espagne et du i^ortugal. 

Tous ces textes ont été trouvés sur le sol même de la 
péninsule ibéricpie. Il convient d y ajouter les eourles 
inscriptions des am[)hores du Monte ieslaceio à Uonu'. 
Celles-ci, en etï'et, sont presque toutcîs originaires de la 
Bétique et des autres régions fertiles de l'Kspagne (|ui 
foui'uissaient à Kome de nombreuses déniées alimen- 
taiies. Elles sont recueillies dans (^ii.. \\ , Isc. '2. Je les 
ai aussi parcourues. Elles rentérmcnt peu de lormrs 
(lignes de remai'cpie. 

(^e matériel parai! considérable cl. de lail, il e^l assez 
long à dépouillei' ; ({uant à son importance liiiguislicpn', 
elle est, en somme, plutôt nu'diocie. On ne trouve, en 
effet, pres(jue rien d'intéressant sur les insciiptions oHi- 
cielles, les formules bonorilicjuc's toujours banales, les 
inscriptions miliaires stéréoty[)ées. Les épitapbes, en géné- 
ral très bi'èves, se com{)()sen[ pi'cscpie exclusivenu'nl de 
noms pi-opres et d'épitliètes toujours les mêmes. Dans 
certaines régions, comme la Héti(pie et le long de la C('»te 
méditeri'anéenne, les inscriptions sont pres(|ue toujours 
exécutées avec soin dans niie laniiiie conccl»'. D'ailleurs, 
ces villes importantes avaient de noiiibreiises relations 
avec Rome et les ditféi-entes parlie> de IVmpire. de telle 



LE LATIN I)'kSP.\(;NE d'aPKKS LES INSCUIPTIONS. 79 

soito ({ii'on ne [)eut regardei* comme appartenant à la 
laniiue de l'Espagne tous les vulgarismes qu'on y rencon- 
tre. Ce n'est, qu'en Lusitanie et dans la partie centrale du 
pays, ((ue l'on récolte un certain nombre de textes exécutés 
par des i>ens jjeu instruits qui laissent échapper des fautes 
trahissant souvent des traits curieux de leur parler joui*- 
nalier. Mais, si ces inscriptions sont rares, (dles sont bien 
précieuses ; car, avec Pétrone et rA[)pendix Probi, ce sont 
les seules sources directes ({ue nous ayons du latin vul- 
Lfaire des premiers siècles de rem|)ii'e. Ces documents 
épiiïraphi(ju('s ont d'ailleurs l'avantaiie d'être des auto- 
L>rai)hes à l'abii des modifications (hies aux copistes. KUes 
sont toujours localisées et souvent datées : aussi leui* 
temoiti'naiic /^o.s//// a-t-il une lii-andc^ valeur (toiirvu (jiie Ton 
ait un certain nombre d exemples poui-clwKjue jjlienomène, 
ou du moins, si Ton en a peu, qu(; ces cas soient (h'cisifs. 
Il est vrai (|ije cela arrive rarement et, en i;('Mit''raL on 
n'a (|ne (|Uêl(jiU's lorines sur les(|uelles il est inip(»ssible 
de baser une induction sérieuse. Quant à leur lenioii:naii"e 
iict/dlil. (|ue Ton ne doit certes |ias neulii/cr. il est a mon 
avis ti'ès faible. \a\ etVet, snrinul si l'on (l(''t;il(|iie les caté- 
liories d'inscriptions sans \;denr pour les eindcs liniiiiis- 
ti(|ues, le nomliie des textes (''piiifaphi(pies est très jtetil. 
La probabilité (|n'nn vuliiarisme a|»paraisse sur les inscrip- 
ti(nis est assez niiiiinie, car il n'y a pas un i.:ra\('ur (|ui n'ait 
en I intention d 'ce l' ire correctement et . eoni me ICtat de la pi- 
cide consliinait un métier, il es! l'oit peu |»robable (pie 
(piebpi un luit exerce sans avoir une certaine instruction. 
Comme on cousiale ipie <li\('rs |»roce(les, des rèiiles et des 
l'ormuies i'e|iar.ii>seiil sui- les inscrijttions même les jdus 
barbares, il v a lieu de croire i\nv ce métier avait ses tra- 
ditions, (pi'il s'apprenait . Par cons(''(pient l'oilhographe se 



80 LE MUSÉON. 

transmettait aussi ti'aditionnellement. En réalité, il y a 
beaucoup de faits romans d'oiiiiine ancienne dont on ne 
trouve pas trace dans les inscriptions, et, poui' d'autres 
phénomènes, on n'a que quelques cas dus chaque fois à un 
simple hasard, à un accident quelconque ([ui a causé une 
méprise de graveur. Un rien aurait sufîi })0ui' (pie cette 
faute ne fût pas commise ou que cette inscription eût dis- 
paru avec tant d'autres. Il est donc très raisonnable d'ad- 
mettre que, si nous avions (conservé tous les textes épigra- 
phiques, bien des faits ([ui ne se i)résentent pas dans ceux 
que nous possédons y eussent été constatés et, quand 
même nous aurions toutes les inscriptions, il n'y aurait 
pas encore contradiction à admettre (|u'un processus lin- 
guistique de quelque importance ne s'y fût point trahi. 

D'autre [)art, il convient d'user de certaines précautions, 
quand on étudie les inscriptions au point de vue de la 
langue. J'ai cru devoir leur applicjuor une méthode cri- 
tique fort élémentaire, mais qu'on a peut èti'e un peu trop 
négligée jusqu'ici. Avant de ])orter un jugement sur les 
formes, j'ai considéré la nature de l'inscription où elles se 
rencontrent : texte public ou |)rivé, d'exécution soignée ou 
négligée, langue correcte ou non, nature des fautes (vul- 
garismes, barbarismes, simples disti'actions), condition 
des personnes qui y sont nommées (citoyens, b;u'l)ares, de 
rang élevé ou de classe inférieure), ainsi que le lieu de 
provenance (ports, colonies romaines, localités indigènes 
éloignées des cotes, campagnes, séjours des légions). A 
l'occasion j'ai tenu com|)te du caiactère général de la 
langue dans les autres inscriptions de la même contrée ou, 
pour certains faits, de la nationalité des habitants romani- 
sés (celtes ou ibères). J'ai indi(jué ces circonstances à côté 
du numéro de l'inscription, (|uand cela offrait (|uelque 



LE LATIIN d'eSPA(;1NE d'aPIIÈS LES INSCRIPTIONS. 81 

intérêt. J'ai fait ressortir la distribution d'un phénomène 
sur le territoire hispanii[ue, chaque fois que ce détail était 
instructif pour juiçer de la marche de son évolution. J'ai 
eu soin aussi d'indicjuer la date de l'inscription toutes les 
fois que cehi était possil)le. Toutes ces circonstances sont, 
en effet, d'une importajice capitale pour l'interprétation 
d'une graphie dont la signification, selon les cas, [X'ut varier 
du tout au tout. J'ai fait aussi une distincîtion entre les 
inscriptions au j)ointde vue de la conservation de leur texte, 
car la valeur des leçons [)eut différer considéiablement 
sous ce i-appoi't. Quatre cas })rincipaux se présentent : 

1" La pierre existe encore et les lettres en sont bien 
lisibles ; 

"2" La piei're existe, mais les mots sont difïiciles à dé- 
chiffrer ; 

5° L'inscription n'existe plus que dans les recueils 
anciens, mais ceux-ci sont assez nombreux et leurs auteurs 
dignes de foi ; 

4" Le texte n'a été conservé que par un seul auteur, ou 
ne se trouve que dans des recueils sans valeur. 

Lors(ju'un(; leçon importante ap[)artient aux catégories 
2 et i, j'ai tenu à le faire remarquer. Dans les textes qu'on 
n'a plus (|ue de seconde main, il y a presque toujours 
danger (jue la copie n'ait été mal exécutée. 11 est, en effet, 
arrivé souvent à IKibner, quand il retrouvait une pierie 
que l'on avait perdue, de constater (pie les copies conte- 
naient des cireurs. Parmi celles-ci, il en est qui sont 
dangereuses au point de vue phoïK'tiqiie et se reproduisent 
très souvent ; c'est Tl poui- Ci, 1 pour K, Ll pour LL, et 
même en Espagne B pour V, LS pour S initial devant 
consonne. La ressemblance des caractères, l'identité de 
leur valeur dans le latin, tel qu'on le [)r()nonce en Espa- 



H'2 I^K MLSKON. 

liiic il réi)0(jup iiiodci'iu', sont les causes de ces erreurs. 

Quand un texte dont rarcliétype est ])ordu se trouve 
consiiinc' dnns jilnsienrs l'ecneils, il y a souvent des leçons 
divei'iientes (ju"llnl>ner siiinale au bas du texte (ju'il a 
ado|)té. Si bien liiilc (|ne soit i'(''dition de ce savant philo- 
lojiiie, il est ('vidciit (juil s'est parfois tioinpé et que sa 
leçon n Cst pas toujours la bonne ; mais on comprend (|ue 
]»our Ihire une vérilieation à ce sujet, il eût fallu recom- 
nieneer tout son travail en s'en(|iH^ranl de la valeui' res- 
IK'ctivedes recueils où il a renconti'»' les inscriptions.. \ussi, 
praticpu'nient. ni Cn suis-je tenu, par [»rinei[)e, à la leçon 
de llubner. (^'pendant, il m'est arrivé de consiiiuei' cer- 
taines leçons diverucntes, (piand elles étaient d'un itrand 
int(''rèt liniiuisli(|ue et (ju'elles avaient (piel([ues chances 
dautlienticilc. |tar exemple, (jiiand elles étaient fournies 
j):n' toute la liadiliou et i'ejet<'es par HtiluK'r seulement à 
cause de leur invraisemblance ; car, en somme, si un 
liomnu' d'une érudition aussi vaste et d'uiu' |)i'ati(jue aussi 
(''prouv(''e pouvait se permettre cette liberté, ce procédé 
n'en oIVre pas moins des dani^crs. 

Mon travail a donc eonsisl('' tout d abord dans une dou- 
ble i'(''visiou du matériel (|ue j'ai détaille ci-dessus. Etant 
domu's le i-rand nombre des inscriptions et la iuultij)licité 
des points de vin* auxipu'ls je m'attachais, je ne puis nie 
llatler de n'avoir laissé ('(happer aucun fait, nuiis j'ai [)U 
recueillir un nonduc consi(lérai)le de iii'aphies cpii avaient 
été oiddiees |iar ceux (pii composèrent Vliidci (/rdiniiKi- 
licits du (!n,. Il, et |iar tous ceux (pii ont fait des études 
lin^iiisli(jiH's sur les inscriptions. J'ai rencontre (|uel(|ues 
dilliculles à pritpos des noms propres de forme rare. 
Pour constater les faut(>s (|ui pouri'aient s'y ti'ouver, 
force m'a été de recherciu'i- leui- orthotïraphe primitive. 



Li: LATIN I) KSPAGNK I) APKKS LES INSCIUPTIONS. ».) 

A cet c'tï'et, j'îii pîjrcoiiru les divers indices du (ji., Vliulc.r 
nominum (jciitilicionini de Coiiway (//^y/. dialccts, 55() s(j(|.j, 
VAIthelliscItcr Sprachscluilz de Holdei-. Quand je ne |>ouvais 
retrouver nulle part un noui pi'opre, je l'ai coniparé aux 
divers noms de forme voisine, afin (ju'on puisse induire 
avec [)rol)al)ilité (|uelle était son ortlioi^japhe primitive. 
On comprend (jue, })()ur ne pas me laisser entraîner à 
des recherches interminables et [)eu ti iietueuses, jai dû 
m'en tenir à ceux des iioiniDa et coiininnlun de ï fiulc.i du 
Cil. 11, où j'avais lieu de soupçonner une faute im[)<)r- 
iante au point de \\w de l'histoire (\u langai^e. 

l'ne fois les faits rassembles et classés, j'ai jtlace, en 
tète de chaque chapitre, la liste des foi'iiies (pi'oii y étudie 
avec les notes (|ui les concernent chacun eu particulier. 
On pourra de cett(î manière se rendic compte de la valeur 
du matè)-iel, indépendamment de la façon dont je le dis- 
[)Ose et l'interprète. Pour explirpier les faits es[)aiinols, 
j'ai di'i souvent envisaiicr les (piestions à un point de 
vue ii'énéral. Plus d'une fois miMiie il m'a fillu formuler 
des hypothèses nouvelles. (Celles-ci auraient besoin, en [)lus 
d un cas, d'être veriliees par des recheiches [)lus ap|)i'ofon- 
dies portant sui' cluKpu' pluMiomènc en pai-ticulier, con- 
sidéré dans tout l'ensemble de la latinité. Je ne les doime 
<lonc (ju'à titi'c provisoire, connue des aperçus propres à 
éclairer des points obscurs et à faii'c naître des idées. 



Hï I.K MISÉON. 



Abréviations. 

Cil. Corpus inscriptionum latluarum. — Les numéros d'inscrip- 
tions sans indication de volume se rapportent au Cil II. 

Ihc. Inscriptiones Hispauiae christiauae. 

Ee. 8. Epiiemeris epigraphica VIII. — Les cliiffres se rapportent 
aux numéros des inscriptions du suppl. ad Cil. II, par 
Hubner fp. 351). 

Bah. Boletin de la real academia de la historia. 

Allg. Archiv liir lateinischc Lexicographie und Grammatik. 

K. Keil. Grammatici latini. 

Mli. Hiibner. Monuraenta liuguae ibericae. 

CGL. Corpus Glossariorum latiuorura. 

Grund. Rom. Ph. Grundriss der romanische Philologie. 

Rom. Romania. 

Rev. hisp. Revue hispanique. 

Bid. hisp. Bulletin hispanique. 

Rev. lus. Revista hisitana. 

Rev. arch. Revue archéologique. 

Mém, Soc. Liug. Mémoires do la société do linguistique. 

Bez. Beit. Bezzenbei'gers Beitriige. 

Kuhns Zeit. Kuhns Zeitschrift. 

Mon. Ak. Berl. Mouatsberichtc der Akademie der VVissenschaften 
zu Berlin. 

Stzsb. Ak. VVien. Sitzungsberichte der Akademie zu Wien. 

Mohl. Chron. (î. Mohl. Introduction à la chronologie du Latin vul- 
gaire. 

Molli Lexiq. G. Mohl. Études sur le lexique du Latin vulgaire. 



LE LATIN r>"KSPA(;NK DAIMIKS LES INSCKIPTIONS. So 



PREMIKRE l>AiniR : PHOMni^l E. 



h Secik» : Le Vocalisme. 
)^ I . — L(( roifcllc ;>. 

La voyelle <i est très bien conservée dans les inscrip- 
tions d'Espagne. iXons ne tronvons (jue deux fois c au 
lieu d'rt du latin classi([ue. 

Tout d'ajjord dans Itilcid 7){')^ï (iJaléai'cs). La langue 
vulgaire a souvent moditié \(i p()stt()in(|ue en e devant r. 
iM. Schuehardt. Vok. 1. 11)5 cite les tonnes : (Aicscris, 
annpern, incoinpcrtihUis, scpcrat, scpcralnn. Les langues 
romanes conlirnicnl scpcntii' \kw le IV. scricr vi roinpeidre 
par l'es]), couipidr, it. compcrufc . (ieHc aliciatioi: de Va 
se constate tout particulièrenienl dans les mots empruntés 
aui'reeà une daleaiieiemie : /r.s.stva 1—777.0-/) aunv.ru (/.aa/oa) 
Alcrid (WyjJ.y.) (Lindsay. p. 11)7). L'Append. Prob. I!)7. 
:2G. K. condanme cUcrd \Hmv(Uli(U(i, l'orme conlirniée par 
Lit. cetera, prov. ciclra. — Par ce dernier mot, nous 
voyons que les empi-unts grecs cpii avau'iil subi ce traite- 
ment étaient plus nombreux dans lidiomc p()j)ulaire (pie 
dans la lanuue écrite. Noti'c liilerus vient conlirmer cette 
conclusion. C'est une de ces nombi'cuses foi-mes popu- 
laires des enij)runls grecs, (pii, exclues de la langue clas- 
sique au prodl de grapliies plus savantes cabjuées scrupu- 
leusemenl sur le mot grec, se sont conservc'es longtemps 
dans le latin d' Espagne. 

Nous trouvons encore c pour </ dans l'alcuttiui H115. 



8() F.K MISÉOIS. 

(= l*allfnili)i(i, (lôrivé do Vallanùa, ville des VaccîK'i). 
(lelle lonne est intéi'ess;iiite |>;tr('e «juc, dans le nom 
iHoderiic de la elle iPitUnu'ui). on a j»i'(''eis(''tnenl ehanuc 1"^/ 
(Ml ('. I.a i;i'a|tliie l*nlc)ilUHi montre donc (|ne c'est là nne 
modification liés ancienne. Il n'est pas facile de l'expli- 
(|nei'. Peut-être a-t-oii simplement substitué au suilixe 
(uilid, la finale oïl'ui (jue l'on a dans Pollcufid des Ba- 
léares. Kn considérant (jue Va s'est altéré devant nt pré- 
cisément comme dans AlcxoUcr, TiirentiDH (TàpavTa) A(/ri- 
(jc)ilnni ( 'AxpâyavTa) (jtsoitcr i KaTTavopyi, 011 serait tenté de 
soiiiiOr à une transformation phonéticjue d'oi-igine latine ; 
mais cette ex[)lication n'est jias sans rencontrer ((uel(|ues 
difïicultés. 



.^ ± 



i, é, ae fi nais. 



I^es laniiucs romanes nous apprennent (ju'en latin 
vuliiaire ac, c, ? se sont fondus à la finale en un seul son, 
une sorte d'c ouvert (.Meyer-Liibke 1. v^ 7)01). I^a finale it 
aboutit à et. Les terminaisons es, is obéissent en Italien à 
des règles spéciales. \a\ voyelle tend plutôt à y [U'ondre 
un son fermé. 

En Espagne, la séparation entre les finales en ? et celles 
en .s ne se retrouve pas, car on rencontre dans les inscrip- 
tions aussi souvent es pour is (jue et pour //. Le nombre 
d'exemples anciens des deux catégories est assez considé- 
rable [)our confirmer l'opinion de M. Meyer-Liibke (Grund. 
Rom. Pb. L ."(H) (jui, en se basant sur les faits romans, 
admet (pie e et i finals se confondirent en Espagne devant 
toutes les eonsonnes, dès une épO(jue ancienne. 

On a et pour it (hats 
posud 2!)ls (Ins. vulg. porter, au 3^ s.) 
fc.rj't 2i):)7 lias, très vulg.j 



LE LATLN o'eSPAGNE d'aPRKS LES INSCRIPTIONS. 87 

fccet 5393 (= IHC 533 a. — 6'' s.) 

ficet 6180 (Début du Z^ s.) 

recessetlWG. 136 (a. 484) 

vivet ib. 95 (b*" s.) 

quiescet ib. 101 (a, 662), 312 (449) 

fmt ib. 137 (8« s.) 

offerd ib. 146, 159, 160, IGl, 162, 163. 

— Dans ce dernier exemple, on voit que offert a subi l'analogie 
des autres 3*' personnes du singulier de la 3" conjugaison et a pris 
la finale et {=it). C'est ainsi que suffert est devenu l'it. soffre. 

— On a Q& pour is dans 
leges 2262 

juventutes 4789 (a. 217) (Leç. trad. rejetée par Hiibner) 

omnes 4512 (3*^ siècle) 

orhes P 6212 (â. 275) 

felices (gen) 1082 

tenetes 1088 (3" s.) — Certains éditeurs interprètent tene(n)tes 

cives 5729 (1" ou 2'' s.) — Insc. très vulg. des Asturies 
id. 6149 ? 

lebes (= levis) 5742 (Très vulg. Asturies) 

potestates 4756. — Leçon rejetée par Hiibner 

dulces IHC. 46 fa. 485) 

fidèles IHC. 182. (6« s.) 

aediles 1963. I. 45. (Aes salpens. Ins. offic. de la fin du 1" s.) 

condiciones 1964. 1. 15. lOffic. Malaga. Mênne époque). Ces deux der- 
niers cas sont fort anciens et précisément dans des textes 
officiels, ce qui les rend un peu suspects. Ce sont peut- 
être de simples lapsus du lapicide qui a commis assez bien 
de méprises dans ces inscript, aediles est peut être un 
nominatif archaïque. On lit aediles CIL. I. 31, mais ce 
n'est, il est vrai, qu'une forme de valeur discutable 
(Lindsay 376). L'inscription 1964 qui est un texte juri- 
dique, contient d'autres archaïsmes, p. ex. deux fois 
suffragio ferre (= suffragiùm ferre). — Il se peut aussi 
que le graveur ait écrit le pluriel aediles au lieu du sin- 
gulier, car dans 1964, nous trouvons de même municipes 
\iOwv municeps. 



8K I.E MISKON. 

cacirsfe saccrdos ! IllC 142. (a. 630). .l'inteiprèle : crtclestefsj sacer- 
dos, \'s final ayant été fondu dans Vs initial suivant (cf. 
C(irH suis 187Gj. Cela vaut mieux, je crois, que de faire de 
racJeste le vocatif d'une forme vulgaire radestus, qui 
aurait cxi-té à côté de caelrstis, comme fristus à côté de 
/m^'.s(Ai)i). Prohi. 108. 8 K.) 
0)1 (I (Ui contraire i.s, it pour es, et dans : 

hif/if IHC. 123. (a. 642) 

jdcis 3453 

On aura simplomcnt sulistitué, par épel inverse, les finales 

coumiuius /,s'. // aux tci'niiuai.suiis r,"?, r/, plus rares. Ce barbarisme 

oi !iojm.ni. Ou a p. cx.jarif OIL. XII. 4SI, .592, 2116,2126, 

5401. — Au rvs[(\ jiicis n'et-t pas une leçon bien sûre. Les traits 

lioiizoutaux d('S lettres sont mal dessinés sur la pierre de sorte 

(|u"i)U a A\'CIA ixnir AV("TA. 11 faut donc peut-être lin^ lACP^S. 
'i>iiaut à : 

(nifrsfis IHC ]<;.') 

iiiilis ME. S. 15. (On a nnics sur la mouu- insci".) 

cr .--out, sans (l(»nte, dvs n(Muiiiatifs foi'uiés ^ur jionis, civis^ fort/s. 

1/ App. l'idhi 19s. K l'oiidainnc pliisiciii'.- cas de cette espéc(^' : 

fdiins. ( Iddis, (it'di.s\ jircjhs. 

v; .">. i jHiur ê, e pour i. 

A. A i.\ loNKUK \(l(i)is les « /////// ('(li)iici ))). 

t pour i~ //VfMilbO. (3" siècle). — Ti'ès nombreux exemples dans 

Schuchardt. I. 311. 
/?//> 869. Leç. dont. 
mi 2846. Insc. fragra. récente. — C'est peut-être le datif 

nn, usité au lieu de l'accusatif. 
r pour ) Jli rcius 1 189. On a, eu Italie, le nom prop. liircius. 

Vnius 2584, — Cet ex(Mnple doit être rejeté. .le ne crois 

pas, eu effet, (ju'il faille Tidentifier avec Virius. 

C'est plutôt un nom barbaie comme celui du 

père de cet individu {(lutatnxs). On trouve en 

etl'et Vcicius 567(1. 



LE I.VTI.N n'KSPA(.>F. DAPKFS LES LNSCRIPTIONS. 89 

Cessa 816. Leç. dout. On rencontre d'ailleurs parfois 

Cessia à côté de Cissid . 
Avelliciis ' 855. — Je ne crois pas que ce soit le nom 
Avellius 5350. italique Avillius. Ce sont plutôt des 
. 5{^57. noms de ^rw^es indigènes, auxquels il 
faut comparer AvclUcum Ahliq{um), 
et le nom de ville Avelia, 
tctlnm 5627. L'insc. est difficile à déchiffrer. 
elares EE. 8. 316. lusc. privée vulg. de Saragosse. Exem- 
ple très intéressant du P' siècle. 
karcssemo | — Autre exemple remarquable, pro- 

mcrenicsscmo \ ' ' venant aussi de Saragosse. 
seia (= sita) 3684. Insc. vulg. des Baléares. 
municeini 1964. III. 2. Insc. offic. du V s. — Peut-être 

simple lapsus du i;i'aveur. 
merentessimo 2211. Le texte de l'insc. est très maltraité. 
Dans les divers suffixes de noms propres : 

Anfellius 4975. 10. — AufelJins et Aufdlius se rencontrent 
également Kubns Zoits. XX. 102). 
élius ï Fupelia 705. — Ou ne trouve dans les indices du CIL que 
ilius \ PHpilia. 

Famclhis 614. Cf. Fumilia u. p. Ins. reg. nea]). 167. Ou a 
famclia CIL. L 166. (a 218 av. J. C). Famelia et 
Pupelia sont sans doute dos formes archaïques 
analogues à Camélia (CIL. I. 74) dérivées des 
diminutifs en -elos > classiq. -\\lus. Cf. osq. 
famel = famidus. (J. Millier. De litt. i et u latinis 
(luom. a Graecis exprès, siut. p. 13 j — Ces deux 
noms se trouvent dans des endroits peu distants 
(à Norba et à Metellinum). Il est curieux de con- 
stater la survivance de ces anciennes graphies dans 
un coin do la Lusitanie orientale. 
CorniliHS 3091. (Ley. dout.) 

Aurilins IHC. 27. — Ces deux formes sont assez fréquen- 
tes sur les iuscr. (8cliuchardt. I. 289 — Lindsay 22). 
inius I Misinius 97. CL ('IL. VIII. 8229. — Ou a aussi Missina. 
eniiis \ VIII. 8292. — M^ssenius est plus fréquent. 



90 I,E MISÈON. 

idius ] Parridia 3309. (Lect. dont). Eu Italie, nous ne trouvons 
edius i que Pnnrdia. 

Affcdiufi 5747, ()2ô7. [). — Ou ne lit dans les autres pro- 
vinces (|U0 Affidid, Afjidillus. 
criKS j (ialirio 2(»81. Le texte de l'insc. est maltraité. Cet exem- 
irius i pie ne mérite aucune confiance. 

fllus ( FlnccUa 3622. On trouve plus généralement Fîacilla. 
iUus \ Lcpercllo 574. (Lect. douteuse). 

En revanche on a castiUuiu XV. 4161. 

ifffifs I Antesiius 5!)9, ]02o, 2840, 3922, 3672, 3673, 3674, 5454. 

fisfns \ — La forme la })lus répandue de ce nom est Antis- 

tius. Toutefois Antestius est fréquent (CIL. XII. 

4712, 1830, 2492). C'est même la graphie normale 

juscprà l'époque impériale (Miiller. op. cit. p. 14). 

Dans le sufj]xe-ensis{csiii) : 

Vddinieinsii) 5722. {^= Vadiniensi). Insc. barbare des 

Asturies. 
jmcinsi 517. Lecture très douteuse. 
Lionisi 2791, 2802. (^ Legionensi ?) Cf. esj). Leonese. 
Xorisi 3680 (= Norensis). 

B. A I,A PKOTONIQUE. 

a) Syllnlr ouverte : 
c pour 1 Lc'pecclh) Y 574. 

PcrccatKs 764 Lect. dont. Cf. le nom l'iricaiins. 
iSeccnus 533!. — On a en Italie Sicaenns, Sicinius. On a 
aussi Secid CIL. I. 1333. SecclKS. Il me semble 
naturel de rattacher Srceniis à S\coenits. — Au 
reste, c'est une loct. douteuse. 
Trchccianus XV. .1204. Cf. Trehici XV. 3206. 
prcsedcnte 572S. (3" s. — Asturie.s). Influence du simple : 

S((h re ? 
Jcbioh^, Ircens 5728 (-- 2705). 
(icdrliciiis 3424. — Dans j/rescdcnfc et aeddicius, rë(=c/e) 

contretoui(jue a pu assimiler l'i suivant. 
rdegione 138 (cf. p. XXXIX). 



i.K i,.VTi.N I)"i:si>\(.m: dapius i i:s i\s(;iui>i ions. îll 

pri'fpiKiriHs .'),«; 12 (a. "239). Intiuence do portcn ou cas 

atlal(>j.Mio à <(<ilrlirins .^ 
>S>grd,'n.<f('s !^^s ( -^= ^Vv//W^/^sv,^•^ 
A [)oiir '■ ViciJliniii 2l(). Lcr. (luiii. 11 y avait l'cut-o.ro Xif/ellioiii. 
I /c/hits i'xi>t(' ii'ailloiii's à côté do Vpcïlius. 
Coinp. " lovis Viciliiii t(in[ih) n T. L. XX1\\ 44-. 
Virums EE. 8. 7(j ^ Ce uom peut se rattacher à Vcrns, mais aussi 
Virinins 1251 / à Viriiis. 

'^) SyJUihe fermée : 

Crespina 16!)2. Leç. tradit. rojctéc par Hiibner. 
Senipcrusa 1329 (^= ïj;j.-j;iooj7a). 
Lemnacus 3597, 5970 (= A'-iJivaCo;). 

C. A LA POSTTOMQIE. 

clonieno 5552 (= 2375] Insc. barbare du 2'^ s. (cf. Rev. 
lusit. I. 235). 

gallecac 2103. 

flamcni 1534 (Leç. très douteuse). 
id. XV. 4.S52. (a. 161). 

prinrop(i) 48 '^2 

principti 4816. — Dans flamcni et prinrepi^ ou doit peut- 
être recoQuaître rintluence du uorainatil7/''''"f'H, 
princrps. Eu tous cas, l'aualogio des cas obliques 
sur leuuniiuatif est évidente dans prinrips, puis- 
que Vi l'cmplacc ici é. Mais ce sont des leçons 
douteuses. 

I). Dans i.ks mots grkcs. 

Sotiridi .3 1 7 . ( IcoTv.p (oy, ç ) . 
IrineKS EE. 8. 70. (= E-lpr^va-Toç). 
J^raciicini S929. Datif de Ucy.xz'.xL 
Alciste 4368. 'â^x/iTt/,;. — Substitution de la finale com- 
mune isius à la terminaison rare estes. 
Quinigld. IHC. 31 (a. 062) = ]\rrrc('.y.. 



92 



LE MISKON. 



laselica IHC. 99, 100, 181, 293 V 406, 407. 

Lemnaeus (cf. supra). 

Semperusa (id.) 

Fhilosetus 4970. 391. d. = (Ï)'.âoc7'.to(; i 

Calethyce 1094. Aurait-ou décomposé KaÂA'.TÛyr, en xaXr, 

T'jyr, ? 
Aleplus IHC. 136. 
marteris IHC. 157 (6^ s.). 
Ceprianus IHC. 109 (6"^ s.). 
Mertilliane IHC. 304 (a. 525). 

E. Dans les noms bakbares. 



Avellicu(m) 


5350 




A veUicus 


5875 




Avelensis 


3050 




Bastetanus 


3423, 


5941 



Eq diverses positions, i et e s'échangent dans les noms de lieux, 
les ethniques, les noms de personnes indigènes. 

Avila CIL. II. p. 942. 



Hdsiifanm 3424. 

Le surfi\c -itanus non moins 
frétiueut s'applique plutôt aux 
noms de villes turdétaius en / 
(Astigi : Astiijitanusj. 

Cilena 2049. 

Viscunos, n d'homme 2809, 
2810. 

Laininiii»!^ n de ville. 

Doidina EE. 8. 159. 

Nico, Nicon, 512, 5357. 

Visaedcnsi.^ 2981. 

Visaligoru)», etc. cf. I nd. X. 

Virrovaecus 2575. 

Vinmo 5713. 

V ironienicoriim 5741. 

Le suff. -icus est beaucoup 
plus commun encoro dans les 
noms des peujdes et de divinités 



Le suffixe -etanus, très fré- 
(juent provient [)arfois de finales 
ibériques et romaiues en -etum 
(OvetuiH : Oietauusj 

Celaenicus, Celoùdlud Xs.v. 

Vesci, port cantabre. 

Lamenus 934. 
Doidena EE. 8. 172. 
Neconi 5718. 
Vesuclo BAIL 37. p. 517. 

Ven-ore 2576, 2577. 
Veronigoru 5714, 

Le suffixe -cco^ ego se rencon- 
tre dans de nombreux ethni- 
ques sur le inscr. les plus bar- 



I.R LATIN I) r.SPAGlNI. I) APUKS I.KS INSCRIPTIONS. 



ÎKI 



bares. Il forme aussi des noms 
de divinités lusitaniennes. En 
certains cas -exo peut sortir 
d'-aeco, suffixe fréquent aussi 
dans les noms barbares. 

Endoveleco 5201, 6330. 

Indovelec G269. b. 



de toute la péninsule et dans les 
gentilices lusitaniens. Il se peut, 
qu'en bien des cas, -icus soit une 
latinisation à'-eco. 

Endovellicus, très fréq. 



F. Dans les insciuptions ciiuétiennes. 

redemit IHC. 125. 
Tonique, baselica IHC. 99. (a. 6G2j 100 (a. G30j. 

« 293 V 406, 407, 181 (6" siècle). 
195 (= hicce). 

336 (7« s.). 

105, (suffixe -filus substitué à -illus). 

295 (G" s.). 

304 (525j, :i60. Pi}ut-êtrc 1'/ rend-il une 

prononciation du grec po[)ulaire. 
quinquagis [^intfi] BAH. 28 p. 269. 
irisis {= trt's ?) IHC. 304 (a 525j. 
siniis r> ^21 (6' s.) simi pour .scnii est 



hecce » 

lem ina n 

>Salvianelh( » 
fdex n 

aeclisia « 









attesté par Varron L L. \, 106. 








(.Mohl. lexiq. p. 115). 


aniesi 


ÏS 


n 


165 (a. 680j. L'échange entre 
autistes et antestis, nntcstiiis et 
antistins est continuel dans les 
inscr. chrét. de tous pays. 


Posttonique 


fcmena 


IHC. 


84 (a. 545). 




(jenetor 


n 


76 (a. 573j. 




nonicnc 


n 


136 (a. 484). 




sohdos 


n 


396 (a. 579). 




tefjetur 


n 


165 (a. 680j. 




credetur 


n 


165 (a. 680). 


Intertoniqxe 


incolometai 


e » 


5. 


Frotonique 


enperio 


n 


24 (7'^ s.) 




e{mpeno) 


)i 


432. 



04 LE MISÉON. 

Protonique Emeretenses BAH. 32. p. 191 f7« s.). 
interne Bclesariiis I H C. 9!J. (a. 662). 

indectione n 394. (a. 471). 
fvôexTiwvoç ), 346. Cette forme est très fré- 
» quente surtout dans CIL. XII. 
n Y aurait-il eu iutlueace d'index ? 
(Ou trouve en Gaule : indexione). 

On a pu voir, par les diverses notes dont j'ai accompa- 
gné les exemples de cette liste, (pie la valeur probante de 
ces formes est ti'ès souvent sujette à caution. Indépendam- 
ment de l'incertitude qui l'ègne sur beaucoup de leçons et 
des raisons spéciales (pi'on a de suspecter certaines gra- 
pliies, il existe différents motifs d'oi'dre plus général ijui 
doivent nous mettre en défiance vis-à-vis de ces nombreux 
cas de confusion entre ? et c. 

Dans les noms pi-oprcs, l'hésitation entre les sutïixes 
-cdiiis et -idiits, -cllius et -illiiis, -oiius et -i)iius est souvent 
indé|)endante de la phonéti([ue. Les sutïixes passent aisé- 
ment d un nom à l'autre. Ainsi, par exemple, dans l-ldc- 
ccUa, S<thi<ni('U(i, on a substitué à -illiis, la tinale -vllits que 
la langue populaire n'a cessé de favoriser de plus en plus 
aux dépens d' -ilhis, -iilus (cf. >iiedermaim, e imd i iii La- 
Icinisclicn p. Gl). D'nn même nom propre, il peut aussi 
avoir existé en Italie sinniltanément plusieurs formes. 
Chacune d'elles fut répandue dans l'empire pai- les colons. 
On n'a (ju'à parcourir V Index nominum iicnliiuionim de 
Conway {liai. Diiil. .^rii) sqq.i |)our constatei- cpu' les noms 
proju'es consei'vaient la trace de la nmlliplicité des anciens 
dialectes de l'Italie. Chaque terminaison est sortie d'une 
réuion |>articulière. Ainsi -cnins, -chus est originaire du 
Picenum ; -onius est connnun en Ond)rie ; -inius dans le 
Latium (Mowat. Noms famil. chez les lionuiins Mem. Soc. 
Ling. 1. :293). Si l'on a en latin -eliiis > -ilius, d'autres 



LE LATIN d'eSPAGiSE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 95 

dialectes conservent -elius, -ellius, comme nous l'avons vu 
pour AiifeUius, tamelius, Ihipelius. 

Les variantes dos wnns barbares et des dénominations 
locales nous transportent sur un terrain moins sur encore. 
Nous ne connaissons presque rien des langues de l'antique 
Ibérie. D'un même nom de peuple ou de divinité, il peut 
avoir existé des variétés dialectales. En outre les Romains 
peuvent avoir rendu de manièies diverses des sons étran- 
gers à leur langue. 11 y a souvent une distance considéra- 
ble entre la forme ibérique d'un nom propre et sa trans- 
cription latine. Comparons par exemple Eoatia à Viatia, 
llotzoni à l'xama, Oa(jilz à Vaccaci, Ootot à Autetani, Qo- 
noorib à (jO)ilrebia, etc. (Philipps. Stzsbr. Ak. Wien ()o, 
p. 17G). De plus, il y a beaucoup de noms celtiques parmi 
les noms propres de l'P^spagne. Or 1'/ celtique avait un son 
voisin de l'c, de façon (pie e et / s'échangent fréquemment 
dans les mots gaulois (Windisch. (ii'und. Hom. Ph. p. 30i). 
Quant aux inots grecs, les Romains n'y retrouvaient pas 
non j)lus les groupes de sons auxquels ils étaient accoutu- 
més. Ils étaient donc portés à les défigurer de diverses 
manières, par exemple, par volksetifmoloijie. — i pour /, 
pourrait bien d'ailleurs en plus d'un cas remonter à la 
prononciation populaire du Gi'cc à la basse épocjue. 

D'ailleurs, comme 1'/ et l'c étaient des sons très voisins 
en latin, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on ait écrit tan- 
tôt e, tantôt i dans ces noms étrangers dont l'orthographe 
était mal établie ou imparfaitement connue du lapicide. 

Dans plusicins cas, il est ditïicile de se lefuser à admet- 
tre la possibilité d'une asshnilatuni rocalnjuc, d'autant 
plus naturelle que 1'/ était fort proche de l'c. Ainsi dans 
Semiteriisa, Lcmnaens, onpcrio, \'i entravé pourrait bien 
avoir reçu le timbie de \è tonique suivant. De même 



(i;ins Sciicdciises, \'i iiitoi'tonicjui' a été sollicité par les 
(l«Mi\ (' (jui rciitouraiciit. 

Parmi les cas (\'i poiir f\ l»('aii('()U|) plus rai'cs (|up ceux 
(ïc pour /, on ne ti-ouve (juc des mots lirecs où i remplace 
/,, le pi'oiiom //// pour ///ë (pii pourrait être un datif, le 
verhe /ici'l, (pielqucs finales en -isi pour -ciisi et des noms 
jiroprcs en -ilius. -iiiiu.s. \A, chose l'cmarcpiable, sauf 
dans les noms i,n'ecs et le pronom }ni, l'ê se trouve 
eliacpjc lois dans les conditions où se pi'oduit ïiunlditl. 
\a' parfait //V<7 a (le nombreux analoiiues dans les insci'ip- 
tions cl les maniiscrils. M. Schucliardl 1, T}{)\), s(pj. cite 
|»lll^ (le .")ll exemples de < //y/, une centaine de //ri, un tïrand 
nomlirc de 11(11, sidi, riiii. ()i-,dans les lanuues de l'Ksnaiiiie 
et de la (iaule, le dii parfait a fait place à / sous l'action 
de 1/ linal. /icci montre donc rexislence de ce phénomène 
en l'.spaiine dès le troisième siècle. 

Dans .Vo//.s7. I*(i(i)isi. I.iiiiiisi, Vt final du datif a pu 
exercer la mi'me action sui- lé toni(|ue. De Morisi on 
aui'ait jtii refaire le nominatif ^sorisis, ace. .\<tris('ni, ce 
(pii expli(pierait pour(pioi -/.s/s p(»ur -cusis esl frécpient 
dans les niss. cl insci-. roiilefois les laniiiies romanes ne 
conlirmenl [loiiit ce processus, car elles on! unanimement 
-r.s<'. 1// (l'i'clisid s"e\|)li(juerail aussi par l'action du / (jui 
détermine Vuniltml en espaiiiiol. .Malheureusement on 
ti'ouve aussi rrllsiu en d auti-es pays où cet iDiihiul n'existe 
pas (I). 

Aurilius, (Mitiilius se l'apportent à un antiipie iiiulditl 
(\m s'est produit dans divers dialectes du latin d'Italie 
(Lindsay, ±1, ±i:> .MohI. Lexi(|. Mi, \±'i |-2;)). 

Malfiré tous ces motifs d'exclusion et laction possible 

(1) NoLamineiit en Gaiilo cl', t'icson. p. :;. 



LE J.ATIN d'eSPAG,\E d'aIMSÈS LES LNSCIUPTIONS. 97 

en plus d'un cas de lois particulières, deux faits restent 
ac(|uis. 

1" Si beaucoup d'exemples pris en particulier sont 
sujets à caution, il n'en reste pas moins un ensemble 
assez imposant. 

2° En excluant tous les cas douteux, on conserve encore 
un certain nombre d'exemples assez sérieux. 

Ce sont surtout : municepii (h' s.), Laressenio, )ncrc)i(cs- 
semo, clarcs, (exem])les anciens de Saratiosse) Ichicns, 
levens (cas asturien du .V s.), Sccouis, llanwni (:2'' s,), pcc- 
tcunriiis, (lo)ncno (:2'' ou )V s.), tctliDu, sctd, (jalleca, Crcs- 
puia, i))iiui'pi, Endovelcco, sans parler des exemples chré- 
tiens. 

Dans tous ces mots, î est remplacé par e. 

On ne trouve aucun cas ancien d'/ i)our f (jui |)uisse 
être considéré avec certitude comme une confusion entre 
î et c. 

Ce qui frappe donc le plus, ([uand on considère cette 
liste, c'est la lijrande prédominance des cas d'c })()ur / sur 
ceux où l'on a / pour c. 

Ola peut tenir, en partie, à ce (pi'il y a plus d'/ que d'r 
dans les mots latins, mais cette considération n'est pas 
sulïisant(î. Voici comment je crois pouvoir expliquer le 
fait. M. Meyer-Ijibke I, i^ ()")() admet (pi'entre r et / la dilfé- 
rc^nce de (pianlité se maintint jus(ju'à une épocjue assez 
tardive. 

S'il en est ainsi, on comprend : 

I" ([U(! le liipicidc ail Irrs r^ircincul rci'if j potn' r. 

Kn elfet, r n'a cessé durant loiilc la période l:ilinc de 
conserver le même timl)i'e. Or, (juand la prononciation ne 
vient j>as contrarier l'ortlioiiraplie, la tradition a i:rande 



!IS I.K MISKON. 

cliancc do se niaiiitonii'. Ajoutons '.{ne, en sa (jualité de 
voyelle loiiiiiie, ('(ail moins e\|)osé (|ue 1/ à être mal perçu. 
D'ailleiirs. on ne |)oiivait iruère être tenté de i^ravei- / 
[)oiii' (• dans une syllahe loniiue par natni'e puisque, dans 
ces syllabes. 1'/ se prononçait très fermé et avait donc un 
timbre bien distant de celui de Vc. 

"1" Qii(\ jxir coiilrc, o)i ait soiiroit rn'it e pour i. 

L"/ latin avait un timbre indécis entre ïi et le (Seei- 
mann. l!M»i et se prononçait làcbement. On peut se le 
liiiurcr conune une vovelle analoirue à Vi néerlandais dans 
le mot zillcii, dont Taiticulation est intermédiaii'c entre 
le l'ioiil hhjli iridc et le /'r())i( mid iciilc. Du reste, 1/ ne 
cessa de se ra[)procber toujours davaiitaiiC de le, et devint 
même f'rancbement un r i'ermé dés une épo(pie <pii \)Qn\ 
être lort ancienne, sui'Iout dans certaines régions. On 
comincnd (|U(' le la|)ici<le ait souvent liesite à rendre par 
/ un S!>n de cette nature. DailKuirs, / ('tant une voyelle 
brève avait nécessairement un son plus tuiiitit' (\\iv Vc et, 
par cela seul, devait occasiomu'r plus de méprises. 

ltemar(pH)ns, en outre, (pie lors(pu' les lettres / et c re- 
pi'csenlaicnl des \ ovelles louiiiu's, elles étaient jtrononcées i 
et e ( 1) . Or les loiiiiues niar(juent plus dans le discours (jue 
les brèves. Le i^raveur était donc instinctivement porté à 
iciiarder comme saleur fondamentale de I'/, Vi, et comme 
celle de l'c, Vç. l*ar consétpient, il ('crivait volontieis c 
ponr /. 

l'.n sonnne, le lapicide avait de très bonnes raisons de 
ne pas ('crire / pour r cl, au contraii'c, tout Tenitaiicait à 

(1) Coiniiic jutiCMlc l'accoiil ;ii^ii pnni' marcjuer la vo\ elle tonique, j'ai 
ilii, pour rvitcM- les coiiriisions, recourir ;\ la uotalion des voyelles foi'niées 
l)ar un point d'après la coutume rerue dans île nomltrcux ouvi'ages de 
philologie rouiano, notuninient dans lu grammaire de M. .Me\er-Liibke. 



I.i: LATIN I) i:.Sl>A(i.M; DAIMîKS LI:s INSCIUI'TIO.NS. 99 

i>i-îiv('i' (' |»()Ui' /. Il n'y ;i donc rien (r(''toiiii;nit à ce (|H(' 
nous trouvions inliniincnl plus souNcut le second cas (|ue 
le ()remiei'. 

KcMiaïujuons ((ue lahscuce coniplele de cas ceitains d'/ 
poui' r eu l'ispaiiiie pourrait couliruH'r ropiuion de M. Molli 
(|ui admet (pu* le, dans cette province, était |)lus ouvert 
(pie partout ailleurs. Il est vrai (|u"en revanche, le niaïujue 
absolu de cas dV/e |)oiii' r n'est pas favorable à cette même 
()])ini()u. 

Quant à la ré[)artilion de e(>s exem|)les dans le tenais 
et dans l'espace, nous remarcpions (jue les [»lus jtrobauts 
et les plus anciens sont à Saraitosse, aux Astuiies et aux 
lialéares, que leur nombre aULiinente de siècle en sièele, 
et (pi'ils se multiplient eonsidéiablement à l'époque chré- 
tienne. 

D'après ces diverses constatations, voici les conclusions 
que Ion peu! tirer sur le rajiport entre / et ê dans le latin 
d'Ksj)aiine. 

Dans les trois premiers siècles, l'on a, somme toute, 
assez, rarement écrit c poui* /. Or 1'/, comme nous venons 
de le dire, se rapprochait fortement de l'c, tandis (jue de 
son côté ë était un e bien fermé, tendant plut()t veis Vi, de 
telle sorte (|uc les deux voyelles étaient très voisines de 
timbre. Je viens de montrer (|ue dans ces conditions 
tout ])()rtait le hqiicide distrait ou ignorant à écrire e 
pour /. (^ela pouvait se produire même si 1'/ se distinguait 
encore un tant soit |»eu de l'e lèrnu''. Il est donc dillicile 
d'étiiblir quand r et / arrivèrent à se confondre absolu- 
ment en (pialité. On |)eut seulement arriver à des induc- 
tions probables (rai)rès le nombre de mé()rises. Quand 
elles sont aussi nombreuses ([ue chez (Irégoire de Tours, 
par exemple, il est assez raisonnable d'admettre, comme 



|(MI II. MISKON. 

le l'jiit M. .Mii\ lîoimcl ^L;il. (ii'Cii. Tours, p. 1:2:2), (|ue ï 
(''l;ii( (IcNciiii un r tenue Itieii iiel . 

\]\\ Ks|»;iiiiie. il me |>;ii;iil i;iis()iiii;il)le de laisseï" l;i (jiics- 
tioii indécise. (Quelle (|iie soit I V'|)0(|iie (jiie lOn assiiiiic iiu 
(•li;iiiii('iiieiit d / en r terme, les inseriptioiis de ce pîivs n'y 
contrediront p;is. Si l'on recule cette évolution jus(|u'au 
liinit eiii|tire. sous |M'ete\te (|ue toutes les laniiucs romanes 
saut" le sarde coiiloiideiit /et c, les textes epiiirapliiciues 
de I llspaiiiie contienneiil assez de lautes pour (juil ne 
soit pas in\ raisemhlaMe (|ue, dans le latin de celte |»ro- 
viiiee. / ait la valeur d'un c terme. On pourra toujours 
e\pli(pier la pénurie (rexemples par le petit nomhi'C 
d iiiscriplions Niil^aires. Si. d'autre |>art. on jui^cait pro- 
lianl le leiiioi^naiic des laniiiics itriltoni(|Ucs (pii distin- 
^ueiil exaclemeiil r et / latins dans leurs emprunts du H'' 
au ")' siècle, les (juchpics cas de pour /, recollés dans 
la péninsule iliéri(|ue, ne sutliraienl pas à réhraniei'. 

5:i t. — i pour e. 

A. A I A roM(;.ri:, i:n divkusks conditio.ns. 

i,e> laiiLmes romanes. (|ui conl'ondent r cl /, disliniiuent 
UMi\ei>ei!enieiit / de c. au moins à la l(Uii(jue. l/espaifiiol 
elal.lil m(''me entre eux une dislaiice coiisidérahle en 
diplitoniiuaiit r en /V, même à renh'ave. Il faut donc, a 
priori, montrer une certaine delianceà I éirard des iiraphies 
on Ion trouve / écrit pour c. Il importe cependant d'évi- 
ter le parli pris. Voici donc la liste de ces ([uei(jues 
lornies : 

rrspirlo 3ô"»7. Lo(,'. ti'ad. rejotéo par Hiibucr. 

dt.i[t\er, niiJior 4118. Leç. suspecte, car ce n'est pas seulement E 

mais aussi F ot T qui ont l'air d'un I sur cette t)ierre. 

(KVIVS, U1N.IEK). 



I.K LATLN I)'ESI'V(i.M: d'aI'UKS LKS I>.S(.ltIP I IONS. |(l| 

Modistus 868. On n'a qu'une seule copie de l'inscr. 
Modisto 397. Leç. doutcuso. 
Arilli 4970. 4i, Leç. incertaine. 
Mutins 1726. 

GiUhis 4989. Iliiljucr corrige en O'cUiiis, mais (lillins tiguro >ur 
les deux ectypa. 

Gillius se rencontre encore dans ('IL. XII. 3091. 
BilUa 287. 
Tlhirl 62.54. lo. 

Niri 4970. .'mv. Ce serait peut-être N'.ocj; ou .Ny.psv; au lieu de 
Kitriiis. 

Joiguous-y deux cas analogues d't pour c à la contretonifiuo. 
Tibirianu.s 349. On n'a qu'une seule copie do l'inscr. 
NigiUioni 246. Leyon douteuse. 

Enfin on a encore / pour c dans senti atidiii. 1!)63. II. 7. ( Aes sal- 
pens, V s.). 

Dans le cliiipilrc prf'cédcnt . lOii ;ivail pr('S(|ii(' Imi- 
joui'S alVaii'C à r pour / ; (•'(''(;iil licaiicoup plu-- si'ir. I.ii riVcl . 
iniiombi'ahics sont les [jici-i'cs où 1rs ciiiadcirs T. I'. V.. \. 
mal foi'iiK's ont l'ail aux copislcs niodciiics IVlVi'l d nti I. 
Impossible (le ('om|)t('f les inscr. oii LL a (•(('' n'iidu pm jj 
dans les a|)Oiira|dies. Soyons donc dcliiiiits à r(';^,ird de 
CCS ii:i"i|)iiics. surtout dr (-(dlcs (|ui ne se rcnconi n-iil (juc 
sur de mauvaises cojjies, conone c'est le c:is de l.i piupint 
d'entre (dlcs. 

L/ de plusieurs de ces formes pourrait sC\pli(|uer 
pii()néti(|Uemeut ; sinilnilhitii est à r;ippro(dier de noni- 
hrenses lirapliies comme jiumhiluin, jKirinli's, iinli)iii(i. 
iiiirinti (S(H'\\i\;\\]\] IS'. S(dm(diardt i. .">-') I i . il est pr(di;dile 
(|u'c eiitraNf de\anl iias;de ;iur;i >iild dans certains 
dialectes un sort |»ai;dl(de ;i eidui d n (pii. dans celle posi- 
tion, de\iiil ;i ou du UKUMs n lemie Lindsa\. '1~) . 

Il est curieux de cousl.iler une l'orme de ce i^eure d;ms 
une iiisc. ollici(dle de l;i lin (\\\ \' siecde. O ser;iit puur- 



102 LE MUSÉON. 

tant allei' vite en besoijfne que d'en faire un simple lapsus. 

Quant aux autres exemples, n'est-il pas remarquable 
que Vr (pi'on a rendu par i se trouve presque toujours 
devant consonne -f- i. 

C'est une eoïncidenee (jui n'est pas à néijfliger. Il est 
possible ([ue ('<îtte palatale à une épcxpie ancienne, ait 
contribué à la fermeture de le, comme cela s'est pi'oduit 
universellement dans l'évolution du latin à res[)aiïnol. 
Nous avons constaté que dans plusieurs mots latins le i ag;it 
de la même façon sur c ])our le transformer en î, phéno- 
mène ([ui,lui aussi, s'est opéré réiiiilièrement en Espaiiiie, 
d'après ce que nous voyons dans les lant-ues romanes de 
ce pays. 

Il y a donc un parallélisme complet entre les faits 
recueillis sur les inscriptions et ceux (ju'on peut induire 
de l'étude des dialectes modernes. Il n'est ccjiendant |>as 
sùi- ([ue la fermeture de l'c dans IHIlius, (iiUius, etc., phé- 
nomène fort ancien, puisse être idcntitiée avec la tians- 
Ibi-matioii réiiulière de l'r ouvert en c fermé dans les 
mots tcino (=- frpuhoii) prccio (— prctimu uvcio (=- nvs- 
clus), etc. 

B. é > i OEVAM X. 

Sixtus EE. 8. 141, CIL. II. 548 (Leç. dont.). 

dùltyr 4118. Leg. fort douteuse. 

issihausfuni IHC. 108 (5" ou G« s.) (cf. supp. p. 54) = exhaustuiii 

(Lecture incertaine). 
Sèssdmis BAH. 32 p. 8 (7" s.) 
sisf!censquatfi(s IIIC 22. a. (a. .566). 

Les trois derniers exemples sont assez récents pour 
(|ii il soil naliircl de voir dans l'emploi de 1'/ un indice 
de la Icrmelure de l'r entravé devant une palatale, pro- 



Il: LAII.N h i:.S|»A(..\K I) Al' lits I.KS INM. HUMIONS. KT) 

cessus (|iii s'est ojx'm'c' rôi^iilirrenicnt en espiiiiiiol. Les 
antres exemples sont |)eiit-èti'e im [)en ti'Of) anciens. Si.ilus 
se irtronve de temps à antre dans diverses provinces 
(Sclinehardt I. TÛ7) — Molil. Le\i(|. IO!l . Il est dillicile 
de nier (pie \.i ait en de rinlliience sur la moditicalion 
de Si'.rliis en Siiliis. mais ce pliénomcne est-il le même 
(pie celui (pie nous constatons dans sissdcnis'f AssuivmenI 
cela n'est pas ceiiain, mais je n'y vois pas d'ohjection 
sérieuse. 

(1. i l'oi II e DKVAM r. 

tirra 112(i. (Assez récente) - (Italicaj. 
virna 0697. (Legio VII). 
>Si)vando 440G. (Tarraco). 
imir IRC. 1S2. (G« s.). 

pir tahcllam 1305. Inscr. ortie, correcte assez ancienne. 
Hirmias ôGS. Le(;. trad. lejetée par Ilubner. 
iroz EK. 8. 262. m. (Saguntum). — Ces deux derniers exemples 
dans les enipi'uuts grecs sont d'une valeur douteuse. 

Le nombre des cas on c (>st rendu par i devant /' est 
assez considéi-ahle pour (pi'il y ait lieu d'assiiiiier à ce 
fait une raison spéciale. 

On doit, je pense, rappi'ociiei" ce [)liénomène de la 
transformation de \i> en // devant r dans le latin d'Italie 
(.Molli, chron. lîK")). Le traitement de l'c est si souvent 
[)arallèle à celui de \o (pie ce rappro(diement ac(piiert 
une grande importance. 

D'ailleurs, ce fut une tendance iiéïK'rale des dialectes 
itali(pies de iermer l'r devant r. C Cst ainsi (pie dans la 
prononciation rusti(pie du Latiiim r / devant /• I cous. 
comme ratt(îstent M'urnrios CIL. I. lo(M) slirius CIL. I\. 
IH^l.cominirciuni mentionné par V(deius Loniius 77. 1:2. k. 
ainsi (jue Inr.sulii.s, liirlKs on \i remonte à un è ind-eur. 



lOi' I.E Misi::oN. 

[l/ (jIkt (Ml ahiaiit avec [X (flior dans horreo , liordcum). 
On li'ouvc r()S(|U(' : (nni}-i((ilu(l ( incrcdtn). On a aussi / 
j)()iii' (' dans le sahin liircluiu i= (Icci-chuii . lin onihi-ion 
ë > i dans r(isi)-(l<>m i -= vdso-liclom = rdcuiiin locuiii), 
en nôo-onibricn la finale r/- tend tbitcincnt à devenir //• 
(Na/.ai-i. Dial. Ital. ±1). 

il se pourrait donc que le chaniieinent d'è en / devaul 
/• surtout à l'entrave et à la finale soit dû à une influence 
dialectale sur le latin d'Italie. (À's formes auraient ensuite 
circulé dans rein[)ire. La forme ))ir (|ue nous trouvons 
dans une inscription ollicielle ancienne poiii-rait même 
s'e\j»li(pier par la plionéli(pie latine. Ce serait un simple 
doublet syntacti(pie de />cr. >l. Max Niedermann {e uud i in 
Ldleinisclicn. p. îl^'>\ a démonti'é (jue cr passe à /;• devant 
certains lii'oupes consonanticpies. D'après l'initiale du mot 
suivant pir et per auraient donc dû s'échaniicr dans la 
[ihrase, mais la foi'ine po' |)lus fré(juente aurait chassé 
l'autre, Cette dernière a pu se maintenir dans (piehpie 
prononciation locale. 

1). i pom e A i.'atom: initiai, i. i.iiuik. 

mimoran 6302. Pallantia. • - Insc. très vulg. cf. mimorin Leblant 

16. 479. CIL. VI 2785. 
misolio 5144 = mësoliuni < maesoleura <:^ mausoleum. 
rUignits 3G09. 
Sinicioni 3338. 

Lionisi 2791, 2802 = Leyionosi < L("'giouensi ? 
Biiinniensis EE. 8. 131, BAH. 37. \^. 432 = habitant de Baetimia 

((ialice). On a anssi les fornaes Bedoniensis, lietunus, 

etc. 
Miloni 873. On a ici le nom lusitanien Maelo et non pas le cogu. 

latin : Mdo. 
liigastrensis IHU 406. Dérive de Bégastrum. 



LL i.Aii.N I)"i:si>.v(;m. n'vi'Hi.s li:s insciuptios. lOo 

Bifcrm IHC. 227. = Bmten-ae ((îall. narb.). 

Didnli 4970. 146. Si c'était lo gôuitit' de Dnrdalus, ou aurait i pour 
ar, c;> (jui ne se rencontre! jamais eu Espagne. Je crois 
donc que JJdcchili est le grnitif de iJdedalius, les dérivés 
en iîis de noms grecs étant fréquents. 

Ces tiiiipliies nous Miouti'Oiil que dès une épocjne 
ancienne l'è lihre initial atone avait pris un son fermé 
tendant vei's 1'/. Les textes des j^ranunaii'iens sont, en ce 
point, conformes aux doimées des inscriptions. Ce n'est 
iiuère qu'en cette position (pie ceux-ci condamnent l'em- 
ploi (Vi pour c. Us repoussent fiHKirid, piildlo (I>iu(lsay. IDl. 
On lit dans l'App. INolii : *' senatus non sinatus ». Cette 
dernière forme se trouve dans CIL. S. I0r)2> et Cul. IV. 

Les inscrij)tions de toutes les provinces offrent des cas 
analoiiiH's, p. ex., en .Narhonnaise iniinoj-iit \IL i7:2o, 
risuryoWl, ->! IHJihniarius \ll. -imï, Viirriiudi \IL LV2. 

Cette fermeture de ïc atone libre se constate dans la 
liénéralitè des langues romanes. Kn certains dialectes 
même, l'c a pris le son de \'i. Cvsi le cas en wallon et, ce 
qui nous intéi'csse davantaiic, en astuiien. 

E. V \:i î A LA posrroMoi i:. 

(^ > ï à la posttom'ipie est un fait très ancien, (^est un 
cas particulier de lalléi-ation iiénérale des voyelles latines 
après l'accent. 

Senica 1315, 1370, 3479. 

Senicio 109(5, 8338, BAH. 37. p. .ôll, 

se l'attaclKMil à ce plK'nomene. Scnini est conforme à la 
plion(''ti(pie latine, c'est plut(')t Soicni ipii doit etoimer. 
La coexistence de Sriiccd et de Soiicd est sans doute un 



|(K> LK MISKOM. 

cas analoiiuc à anujH'tiDU : ((niipiliun, ncfjlcf/o : iicyliyo 
(IJndsay. Il)i). 

Le latin d'Kspaiiiie a coiiscm'vc', au coiitraiic, r du vieux 
latiu au li(Mi Ai classique dans : Coinpcldlis fjHJO, (ju'on 
lit aussi dans une iusc. de (ii'uter 100. lô. Vai roii 1^. !.. 
(). H') cite ronipetiun. 

^ o. — ï cl è en hidlits. 

Â. i l'OlU e l,N IIIATl'S. 

niaesolium 214. (Olisipo). 

misolio .5144. (Ossonoba). 

Conhid'ut 104. (Fax Julia) ^= collactea Cl. Esp. coUazo. 

Aurius 62.57. 30. 

valiam 1210. (Hispalis). Ley. dout. 

liciat 6.327 a. Insc. très négligée. 

Dioddtus 5331. (Caesarobriga). 

hia[t]issimo EE. 8. 223. a. (a. 355). 

dmium 1180. L'apograi)he a otium qu'Hubuer corrige en uleum. 

La pierre portait OLIVM ? 
Piducius illS. (= Peduceiis). Cas douteux cai-, sur cette co[)ie, 

T, F, E, L apparaissent coname 1. 
Liuvigildus IHC. 76. 

Baliarum 3695. an 6 ap J. C. Insc. offic. de l'île Majorque. 
cal dament 11 m 5181 (Metallum Vipascensc). 
Labio 4970, -25-;. 02.57, uw. Cf. Laheo 713, 3.541, 3708, 4924, 4925. 

La graphie liulldrcs que nous rencoutions déjà à 
l'époque d'AujiUste se trouve dans les meilleurs niss.de 
Pline, dans CIL. L ir)'), dans Cicéron et Tite Live ((îeor- 
ges HH).C(ilci(nne)itiim est préféi'é à calciuniicutimi dans les 
meilleures éditions. — Ldhio peut être la l'orme piimili\e 
de ce nom obscur, aussi bien (\iw Ijihco. 

Dans les autres exemples, nous conslatims un pliéno- 



i,i: LATIN i)V,si>A(;>R d'aimiks les inscriptions. 107 

mène bien connu du latin vuliraiie Cf. App. Probi. 198. 
K. rinia, caria, hrattia, laiicia, solia, calrius, tinia, lint'uiin, 
haltiiis. 

C'est la prennière étape vers la léduction de l'r -|- voyelle 
à unespirante palatale : y. La mutation d'r en / n'indique 
pas encore nécessairement la formation de cette consonne, 
car 1'/ venant d'c a pu conserver un ceitain temps sa va- 
leur vocali(pie. 11 la possède même encore dans le proven- 
çal ordi < liordemn. 

B. e poi K ï >:> iiiATLS. 

iJeanae 3025. (Complutum). 

Terteola 5893. (Valeria près de Complutum). 

scaureis 5181. Métal. Vipasceuse (Lusit. raérid.) Fin du 1"' s. 

= scori/s (7X(oo'!a). — On a scauria sur la même inscript. 
tertpo IHC. 304. fa. 525. Lusit mérid.). 
noxsea ib, 12. (a. 593. Lusit. raorid.). 
Adulteiis ib. 299. Ca. 729. Lusit. mérid.). 
regeit?Y IHC. 35. (Emerita). 
praetereens 3256. (Baesucci). 

Frontoneo 6275. a. (Conimbriga). liCCture très douteuse. 
Verciis 2410. (Conv. bracaraugustanus). 
Doveus B.\H. 37 p. 363. 
Pintameus 551. (Kmerita). 

Tritens 2445. 5272 Tri fias 666, 767, 5304 : Trifcs 5556. 
Turens 745, 788, 744. (Norba, Caurium). 
Cidcci 5.593. (Citania in conv. bracar.). 

Cilea 7.57, 372, 426, 5563. (\orba, Conimbriga, Viseu, Bracara). 
Caselea 5248. (Scallabisj. 
Aïïeicca 5241. (Conimbriga). Alide 2569. 
Dene.a 1042 (Ugultuuiacutn) Cf. Dénia, ville d'Espagne. 
Pictelanced 2488. (Conv. bracaraug). " Pictelaucea Pictelanci 

tilia. „ 
J'marra 2415. (Bracara) " Pinarea Tritei til. » 
Bouiea 2380. (Couv. Ijracaraug). Boutius est très fréquent. 



108 LK MUSÉON. 

Bolosea 8Sl, 834, 440. (Lusitanie). Oq ne trouve pas Bolosia \ 

serait-ce Volusia ? 
Loqtea 628. (Turgaliumj Leç. douteuse. 
Corollea 2376. (Conv. bracaraug.). 

Fonceia 620. (Turgaliumj. Serait-ce Fonda pour Pontin ? 
Arcea 2860. (Lara). 

Coemea 2788, 2866, 2867, 2589. (Lara, Clunia, Citauia). 
Quemea 5799. (Lara) Cf. Quemia 6298 et Coemea. 
Meoynea 2881. (Lara) Leç. douteuse. 
Alctca 2272 (Cordubaj Insc. soignée. Cf. Alefius, nom celtibèrc et 

vénète. 
Força (datif) 6246. L (Olbia) Nom d'homme. Serait-ce le datif 

Bopsa V Cf. Boria 3013, nom de femme. 
Tea ? 5742. (Astur. transmont.). 
Saijineesi 5726. (Astur. transmont.) = Saginiensi. 

11 faut faire un départ })ai'mi ces exemples ; (piehpies- 
uns doivent être rejetés, d'auti'es demandent une explica- 
tion spéciale. 

pruclcrecns n'est sans doute (prune simple distraction 
du iiraveui'. Nous lisons pnicto'iois (piel(|ues liiiues plus 
haut dans la même inscription. I\nit-ctie cette faute 
a-t-elle été commise lii'àce à une réaction, sur le nomina- 
tif, du génitif praclcrcnulis. Je ne |)uis admettre en tous 
cas comme Seelmann (|ue judi'lnri'ns soit un internu'- 
diaire entre in'aclcrii'u.s et une ancienne forme liypolhé- 
ticpu* : pidctorinis. 

(Uticci |)oui'rait être simplement le licnitif dune l'ornu' 
pleine (jilcciiis (pii a pu exisici- à (•()te de ('jilcins comme 
(Jodi'iits, l*uhU>'ms, Vinriiis vis-à-vis de CJoilins, rir. 
(Lindsay r>:2()). (lependanl (•(unme il est dans un pavs 
ou il y a hcauconp d"-c//.s. -ca pour -///s. -ia, il se pourrait 
(pic ce soit hicn \v i::r\\\['\\' de Citlccti.s pour C.iili ius,r<)\\,M\v 
Difci Hïï:} est le ^('uilif de ïrilcii.s pour Trilius 



LE LATIN l)'f:SPA(,NK I)'m»KKS I,ES ÎNSCIUPTIONS. 109 

requcivit se ra|)}>orti' ;i un pliôiioiiièiie spécijil : la clmte d'i 
(levant f\ qu'on t'onslate dans nuiuevit, (juetiis et autres 
formes éj>iiii'a[)hi(|ues et |)aleoiii-aj>lii(|ues. Le lapicide, qui 
n'entendait qu'un r, mais savait (|u"il fallait écrii'e un i et 
un (', aura ti'ansj)Osé les caractères. 

Dcaïui est fr(''(|uent dans toutes les provinces ((]N.. 
XIV. -2-21-2, Xll. 1-278, ISI2, l\. (^li, iI79, "Mli. — 
Schucliardt 11. ."iî)). Il est asse/. riatuiel de sonii^er à une 
contamination avec dea. 

Tevteolu s'explique fort bien ])ar une confusion entre 
-eolus et -iohis, comme il s'en est produit souvent en latin. 
La langue classique a niéme conservé mateola pour matiola 
(Lindsay 2i). — Le voisinage avec Deana (ces deux mots 
se rencontrent aux environs de (>)mplutum) pourrait être 
un indice de connnunauté d'oi'igine. Serait-ce un débris 
de la prononciation rusti(|ue du Latium et de Préneste 
(Sittl. Lok. Verscb. 10, Lindsay :24), dont parle Varron 
HR. I. 2. 14, « rustici viam veliam appelant » ? Cela n'est 
pas imj)ossil)le. L'inti'oduction de cette pai'ticularité dia- 
lectale à Complutum serait d'autant })lus naturelle que 
cette ville fut un séjour de légion à une date ancienne. 

Ces divers cas écartés, il nous reste deux séries de 
formes. 

1" Snuircis, lerleo, noxsea, Adulteus, exemples rencon- 
trés dans la Lusitanie méridionale. Sauf scaureis, ils sont 
très tardifs. 

2" Une longue série de noms pro[)res presque tous 
d'origine barbare et provenant pour les ,j/() du nord de la 
Lusitanie et du pays de Braga. Ils se rencontrent sur des 
inscri[)tions assez anciennes. 

Comme ces deux séries sont dans des régions foi't rap- 
prochées, elles pourraient bien s'expliquer par une mémo 



110 



l.i: MISI.ON. 



enlise. Oj»eii(l;ii»t leur aire de dislrilnitioii esl Itieii dis- 
liiiele. On ne Iroiive pas un nom |»r()pre harhare au 
sud II;, pas lin m(»l lalin an nord. Les deux pliéiioinèiU'S 
soiil dailleurs dun earaelere hieii dilVerenl ; doue il ii'esl 
pas du loiil nécessaire d"e\pli«pier les deux séries de l'ails 
par une iiK-nie li\ pollièse, liieii (piiine llieorie ipii sappli- 
(pierail an\ deux à la l'ois iiK'rilerail la prelereiiee. 

(le (pii se présente loiil d aliord à ICspiil. e esl de l'aire 
de ces rorines de siin|des iiiapliies inserses, se rallaeliaiil 
à la niiilalion de en / devani voyelle, (lelle hypollies»' 
eoii\ieiil assnreiiieiil aux di\('rses l'aiites de ce LiCiii'e (pu' 
M. Seliucliardl II. r»T s(p|.i a recueillies dans les papiers 
diploinali(pies de Mariiii cl antres dociiinenis tardifs, ainsi 
(|n'à I une on I antre |.ira|drie des inscriptions, |ieul-(''lre 
ni(''ine en l\spa|^iie : mais il me parait (pie, dans scm 
ensemhle. le plienomèiie lusitanien est entouré de circon- 
slancescpii. sans exclure rexjdiealion par cjtel iincrse, 
lui sont |iliil')l delavoraldes. Lu elVet les cas de pour/ 
dépassent de licaiiconp en nomiu'e ceux d/ pour c : ils 
se ti(Ui\ciit. en i^cneral, dans des noms jn-opres prescpie 
toujours barbares, bien localises en Liisitanie, où ils 
se reiieoiitreiit en re\aiiclie avec abondance. De plus, 
la sup('riorile nnmcricpic des cas d'cd pour ia sur ceux 
il'ciis pour iiis esl evidenle. Cela apparaît surtout claire- 
iiient dans le ikuii (.iliiis (pi'on trouve Irei/e lois au mas- 
culin, invariableiiKMit avec la linale -///s, alors (jue sur 
six r(»is (pi'il a|iparalt au leminin, on a (piatre lois la 
linale -ca. Sur une in{''nie iiiscr. on lit ( .ilca C/ili (Hid et sur 
une autre picri-c : l^iclrldiiccu l^iclchuici jiHd. Les pères 



(1) il (\st \i,ii (lUc II' suil ili> l;i Ijisilanil' lui tivs prol'Diiili'iiir'ut r.)in;i- 
nisO. si l)i(Mi (iii(> l'on no tiouvc (|Ui' tli'> lunus romains j>ur les iiiscriiitions 
de cotte l'ogioii. 



LE LATIN d'lSPAGXE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 4il 

étaient donc Pictelancius, Cilius, les filles Pictelancea, 
Cilea. On lit Hoiitca, jamais Houtiiis alors que cependant 
le masculin est infiniment plus commun. Contre cinq ou 
six cas en eus, on en a une bonne quinzaine en ca. 

11 paraîtrait donc que la qualité de la voyelle suivant Vi 
en hiatus n'était pas indifférente, et dès lors il convient 
d'attribuer à une cause phonétique la substitution de Ve 
à Vi (i). 

Aussi, subsidiairement à l'épel inverse, je crois bien 
faire de proposer, sous toutes réserves, un essai d'expli- 
cation que je donne sans me dissimuler évidemment 
que d'autres hypothèses ofFient d'aussi sérieuses probabi- 
lités. 

Ce serait dans le timbre de 1'? en hiatus que l'on devrait 
chercher la solution du problème. 

En latin, i en cotte position ne tarda pas à devenir i, puis 
y. Il semble donc, et c'est ce qu'on admet ij;énéralement (>2), 
que dès une épo(pje ancienne, contrairement à 1'/, en 
toute autre position, il avait le timbre (1/ f'ei'mé. En Lusi- 
tanie. / et e paraissent s'échanger aussi aisément en hiatus 
que devant les consonnes. C'est tout naturel, si nous 
admettons (|ue, contrairement à ce qui existait générale- 
ment, / l voyelle avait dans le latin de cette (;ontrée un 
son tendant vers Yc, comme l'était celui de 17 4 consonne. 
Mais peut-on ti'ûuver une l'aison pour (pi'il en soit ainsi ? 

Je crois (jue oui, et l'on pourrait chercher l'origine de 

(1) On i)oui-i';ut cependunt ('Xi)liquei' (|ue l'on ait plus souvent éciùt par 
épel inverso ca (jue eus, par lo l'ait que l'ns, dans les noms propres, se 
pi'ononçait is (decUnaiio rcconditior). Dès lors, on liien le lapicide savait 
l'orlliof^raphe et écrivait -ius, ou bien il l'ignorait et gravait -is. 11 n'y 
aurait donc pas eu place \kn\v une grajjliie eus. Comme la declinutio 
recondilior était tort lépandue en Espagne, cette explic ition n'a rien de 
trop t'oroé l)ien qu'évidemment, elle ne soit guère satisfaisante. 

(2) Mohl. Lexiq. 125, Meyer-Liiljke, Kuhns Zeits, 30 p. 341. 



112 



U: MISEON, 



celte partieularile dans une inlliieiice des idiomes indi- 
iienes. (Tesl. en etlet, |»res(|ue exelusiveineiit dans les 
noms |ii()|>res Itarhares, (jii On a c |»oui* / et les (jiielques 
cas latins ponriaient s"e\pli(|tiei' tort l»ien |)ar la même 
cause. La inorioneiation ouverte de 1/ a très bien |iu s'im- 
p<(ser. en elVet, aux mots latins de cette rcî^ion, dans une 
certaine mesure, de la même manière, par exemple, (jue 
1/ iiaiilois s'imposa au latin des rc'iiions celti((ues (Seel- 
niann. I!)ô). 

Or. tout nous porte à croire ipie cette |)rononciation a 
reellemeiil existe pour !'/ en hiatus dans le nord de la 
Lusitanie. 

Il est certain tout dahord (pie 1/ eelti(pie avait ce son 
inlermê'diaire i \\ indiscli. (iruiid. Hom. IMi. I. r)()k , et 
cela. uK'me de\anl vovelle, car les (laulois ont souxeiil 
rendu par cos, eus la liiiale iiis des noms romains. On 
IroiiNc sur les inscripl. latines des (iaules Cocùleiis , 
Scikhiciis iKulms iJcitr. T), p. IST), et nous lisons rrcMjuem- 
menl (OS pour ios, iiis sur les inscriptions en laniiue liau- 
loise : liidccos. ( '.oiidillcos, .\)iil(ircrissc<is, l/ilunnircos, Ids- 
(///('((.s, \ ill())ii'()s {- Nilloniusi 'Whitlev Slokes. lUv./. 
lîeil. \l. \7i'l.) Ol / dexienl c en \ieil irlandais de\anl 
Il et n /euss. (Irani. cell. |>. \'1\. 

Il est possiltle (pie ce dei'nier pioccssiis soit le rc'sullat 
d anti(pn's tendances inhérentes au phonetisme celli(pie 
en ^icneral. il n v aurait donc rien de si lacile (pu- d'expli- 
(pier (7/.S pour iiis cl la prédominance des cas en ca sur 
ceux eu eus, si l'on se hasail sur le xocalisme celli(|ue. 
.Malheureiisemenl la Lusitanie seplenirionale est une 
rciiion ilteri(pn'. On ne peut eependani repousser abso- 
lument la possihilile d'une iniluence celtiipie. Le l'ait 
c^l (pu' le sud de la Lusitanie était peu|de de (leltes cl 



I 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 115 

que ces derniers ont laissé aussi de nombreuses traces 
dans le nord de cette province et dans le conventus bra- 
caraugustanns (Kiepert. Mon. Ak. Berl. 1864 p. 144, 
Garofalo. BAH. 54. p. 99) (i). Beaucoup de- noms en eus, 
ea paraissent bien être xl'origine celtique. Tels sont Pin- 
tarneus (2) Boutea (5) Tureus (4) Casilea (fi) Uoveus (g). 

Piclelancea {i),Aleicea {H),Cilea (i)) ,TrUeus (io) , Arcea (m) , 
Denea (12) sont plutôt ibères. Le suffixe ius, eus qu'on ne 
rencontre guère dans la péninsule ibérique que dans le 
nord de la Lusitanie, a tout à fait l'apparence du suffixe 
des patronymiques celtiques en ios, eos (13). 

(1) Par exemple la peuplade des Neynetati près de Bracara et divers 
noms de localités en -briga : Conimbriçja, Longobriga, Tnlabriga, 
Volobriga, Coeliobriga. 

(2) •= quintus, -tamus, suff. des superlatifs et des nombres ordinaux 
dans les langues celtiques. 

(3) Cf. Boudins. Tac, Ann. 14, 31, 35, 37. Bodecus, Boudicca et autres 
noms dérivés de l'ind.-eur. bhoudi-(= utilitas) Cf. bret. &wd (victoire), 
germ. beute. 

(4) Origine douteuse. On trouve Turavus 572, Turaius 2633 avec les 
suff. celtiq. avus et aius. Plusieurs Turius sont fils ou pères d'individus 
à noms celtiques. {Tureus Bouti. 744, Turaius Clouti 2633, Camalus 
Turei. 745.) 

(5) Cf. Casillus CIL. 3. 4743. Il y a plusieurs Casiliacum en Gaule. 

(6) Doveus est douteux. Dovecctis est un nom très commun en Gaule 
et en Bretagne, mais Doveus est parent de Doveccus, Doverus, Dovile, 
Dovide et autres noms hispaniques. 

(7) Cf. Pictones, Pictavi de \/kwik. 

(8) Cf. Aluquius, Allucius, kleicius. 

(9) Cilius est très fréquent en Lusitanie. Cf. aussi Cileni, Cilicus, Cil- 
lonus et autres noms hispaniques. 

(10) C'est encore un nom foncièrement espagnol. On le rencontre sous 
les formes Trites, Tritaius, Triius. 

(11) Cf. Arquius, Arcobriga. 

(12) D'après Holder, nom ibère ou ligure. 

(13) Il y a beaucoup de noms celtiques dans tout le centre et l'Ouest de 
l'Espagne, notamment dans les Astui-ies. Je me demande si les Cellici et 
autres peuplades de même race n'auraient pas formé pour une bonne 
part le contingent des cohortes. Romanisés par le service militaire, 

8 



1 14 LE MUSÉON. 

Si, iniiliric tout, riiypothôse d'une influence celtique 
piii'Missiiit trop h;ii'(lic aux spécialistes des antiquités pré- 
histori(iucs de l"Es|)aiino, on pourrait entrevoir dans le 
vocalisme il)éri(pjc des indices (jui seraient de nature à 
l'cndre compte (Cco, ca pour io, iu. — Les t;roupes de sons 
c.d, c(ii, c/o, cas, (lea sont fréquents sur les inscriptions 
il)éri(jU('s dv. Lusitanie en caractères latins (CIL. IL 410, 
7;W, 17}\), 25(m — Hev. aich. XVII, p. 5()), et dans les 
textes en caractères indii-ènes connue celui de Castellon 
(Picv. linii. LSili. p. :2i7). Il semblerait donc que eu, en 
conviendrait mieux au phonétismc de ces idiomes que 
i(i, io. Peut-être le sullixe de ces noms propres était-il 
co (jue les Komains auraient rendu j)ar iits, i<i en l'assi- 
milant au sullixe des licntilices en -ius (i). 

Devant (i, |)ar un phénomène coimnun à beaucou|) de 
laniiucs. IV l'crme se serait ouvert. C'est ainsi ({u'on 
aurait plus souvent ca que co {-i). 

ils ;iui'a'u>iit i'ci;ii ensuite dos coiieessions de vétérans et, naturellement. 
Cl' st'iaiciil plutôt eux (lui aui'aiont laissé des épitaphes latines que les 
autres halulants iiupaifaiteinent romanisés. Il est certain que deux villes 
lusitaniennes : linierita et fax Julia sont des colonies de vétérans. Il y 
(Mit ijroliablenient une légion à Hracai'a au 1" siècle (Hiibner. CIL. II, 
supp. XC). La Lusitanie était un grand i)ays de rocruteinont. On trou\e 
(le nninl)r<'uscs épitaplios de soldats lusitaniens dans l'Illyricum et à 
partu' d'Augiislo li's légions de séjour en Espagne lurent recrutées dans 
la péninsule, spécialement en Lusitanie. Il y eut des colonies de Celtici 
londées dans les parties ibériques de l'Espagne notamment Ccltico/lavia 
et peut-être Forum (iaUoruw fCaiolalo. HAH. M p. 120). 

(\ Kn ('(Mtains cas cas, ca peut être simplement le résultat de l'adjonc- 
tion de la ferminaison latine us, a à la linale e des noms propres ibéri- 
(pies [ilkitsliic. Iioficc, A/i«- HA11.2.">p. 270, Diuiede (= Dovtdc) BAH. 
:in p. 2;{ii. Sui' une inscription des Asturies, on lit : (idu/c Cehce qu'Hiibner 
traduit par : Ado Vchacci fil. HAII. HO p. 2;JU sqq. 

l2i Dans k-s dipbtongucs ibéri(pics ca, ((eu, ras, eai, \'e i»arait avoir été 
oineit puis(pu> l'on écrit tantôt (icn, tantôt ra : p. ex. rcatu, raca/ion. 
Re\ . Arcli. XVll, p. ;iii. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 115 

D'ailleurs sans préciser, s'il s'agit du celte ou de 
l'ibère, c'est un fait certain que, dans les noms barbares 
d'Espagne, i et e s'échangent fréquemment, notamment 
dans les sulïixes ico, igo, : eco, ego qui sont très com- 
muns en Lusitanie. On prononçait donc îco, îgo avec un 
i ouvert ou un e (i). Il en était de même, sans doute, dans 
le suffixe in rendu généralement en latin par ius, parfois 
par eus. D'ailleurs, on pourrait peut-être conclure de 
graphies comme Poriceia 620, Pollieio 5510 Longeia 417 
que cet t ne tendait pas à se changer en i comme Vi -f 
voyelle latin, mais qu'au contraire il se prononçait assez 
fortement (2). 

Cette hypothèse rend donc sutlisainment compte des 
exemples trouvés dans le nord de la Lusitanie. Elle ne 
s'applique pas aussi bien aux quelques formes trouvées 
dans le sud de cette province. Il n'est certes pas impos- 
sible que, dans ce pays celtique, la prononciation ouverte 
de Vi en hiatus se soit introduite, même dans les mots 
essentiellement latins et d'usage courant comme terteo, 
noxea, scaiireis, puisque en Gaule, tous les l latins sem- 
blent bien s'être prononcés longtemps ouverts comme Vi 
celtique. Dans ce cas, misolio, mesulium, coUactia, qu'on 
rencontre dans la même région, seraient desépels inverses. 
Mais cette explication ne s'impose pas et, comme nous 
l'avons déjà dit, rien ne nous force à interpréter ces der- 
niers cas de la même manière que les autres. On peut 
aussi bien admettre que nous avons ici un simple vul- 



(1) Le nom de ville : Segia est rendu par Srgea sur les monnaies ibéri- 
ques. 

(2) Dans certains cas, eus pourrait bien même n'être qu'un succédané 
des suffixes aius, aeus, eius. C'est même assez probable pour Triteus, 
Doveus vis à-vis de Dovaius 6330. e, Tri/aius 2814. 



il6 LE MUSÉON. 

gaiisine latin, connne il y en a tant dans cette région qui 
fut peuplée de vétérans. 11 est probable (jue, dans cette 
partie de l'Espagne, i + voyelle et e f voyelle se confon- 
dirent très tôt, puisque c'est là (jue nous trouvons les cas 
les j)lus convaincants de i pour e en biatus {misolio, con- 
Idctia, mesoliuw). Il est donc très naturel de regarder 
sauiveis comme une grapbie inverse. 

C. Culte n'ï en hiatus devant ë. 

reqeivit IHC. 35. (a. 518 j. 

rcquehif ib. 22. 

requivit ib. 44. Cet exemple doit probablement être rejeté car 

d'après la dernière révision du texte, il faudrait liie 

requievit. (Cf. supp. p. 19j. 

Ces formes épigra])bi(jues et un grand nombre d'autres 
que M. Scbucbai'dt II 4ii a recueillies en diverses pro- 
vinces, jointes au Icmoi^nauedes lanijucs romanes, allir- 
mcnl la disparition de Yi devant c dans quel(|ucs mots 
en Cs gen. Cih ou clis. {requevil est d'après qiietus, qui est 
lui-même d'après quelem). 

On a par exemple : 
qncium. > esp. port, quedo fr. co/, colie. 
IHiretcm > esp. pared fr. paroi, 
ahvtcni > esp. nhHo et abete. 

Vai'ron nous apprend (|u'on disait ares pour avies « ares 
veteres pro aries dixisse. » i.a raison d'être de cette réduc- 
tion n'est pas encoi'C bien conmie. 

(A continuer.) A. Carnov. 



MELANGES. 



Le Premier Livre imprimé dans l^lncle. 

Une revue indienne (The Argus) a publié sur cette question 
intéressante l'entrefilet que voici : 

« In 1577 the Society of Jésus published at Cochin the first book 
printed in India. » This statement appears in Sir William Huntcr's 
Impérial Gazetieer of India (Vol. IV., p. 12) and in Lieutenant 
H. S. Brown's Handbook ofihe Torts of India and Ceylon (p. 129). 
Further particulars of the incunabula of the Press in India are 
given in an old Latin record which tells us that « Fias Sandoruni » 
typis 'famnlicis editus fuit, characteres Tamidicos curante et s cal - 
pente R. P. Joanne Faria, iS. J. , in ora Piscaria Missionario 
anno 1578. Anna praecedente (1577) Joannes Gonsalves, His- 
panus laicns S. J .,jani alios Indicos characteres scalpserat, quihus 
prima Chrisliana catechesis in India vulgata fuit. This John 
Gonsalves was the one che formb il primo i caratteri Tamulesi. 
The type was wooden — characteres in lignxm incisi. From this it 
appears that the date of the printing of the first book is pretty 
certain, but Mr. Alfred G. Gover, Barrister-at-law, Cochin, 
informed a writer in The Mangalore Magazine that the place is 
not se certain. In a letter of September 6 he says : « I bave been 
looking for the référence as to the place where the first book in 
India was printed, but cannot find it either in Day or Whitehouse. 
My impression in still very firm that it was in the now deserted 
station some miles east of Pallipuram in the jungle, but I cannot 
remember the name. I know that the late Mr. Sealy made a pilgri- 
mage to the place and gave me afterwards a description of it. n 
En commentant ces observations, Mgr Medlycott, ancien vicaire- 



IIS l,K Ml SKON. 

a|)Ostoli(juc (le Trichur, pour les Syriens du Malabar, a écrit 
comme suit : 

Sir, — lu your issue of March 9, among Notes, you hâve a 
paragraph bcariug on this suhject quotiug from Sir William Huutor 
and giving an extract from a letler of Mr. Alfred (îover of Cochin, 
who says ho is unahlo to Irace a référence lie had seeu on the 
suhject. The quotation hc wantcd is to be fuund in the Rev. Thomas 
Whitehouse's Linf/niiif/s ofLif/lit, p lo8-4. 1 hâve tracod the source 
whcnc(> the information was obtained l)y the author and find it 
iucompletcly roprodnc(^d So with yunv kind permission I will give 
you a translation from the Latin of the original passage in India 
()r/ri/f((Iis of Paulinus a S. Bartholomaeo, the Carmélite missionary 
of Malabar, pai:e isi : « In the yeai- 1 âT? the Spanisb lay brother, 
John (Jonsalvez, S. .1., was the tirst to cngiave, at Cochin, 
Malayalim-Tamil type with which the Rudiments of Catholic Faith 
were puhlished in India. In 157.^, Father John de Faria, S. J., at 
Punicail, engi'avcd and cast type of Tamil lett(M>, conimou to the 
Fishery and Coromandel coast, in which lie published the bnok 
/•Vas- M(ir/i/noii. In Hi79, in the village» Ambalacata, other Tamil 
type were engraved in wood by Ignatius Aichamoni, a native 
Malabaresse, and with thèse was i)ublished the Vocnhithrio Tamu- 
liro co»! (I sii/iiifiidrài) Porfuiinczn coiiijiosto pello P. Anthvm de 
Procnrd (lu ('oniji. de fh'sn, Miss, de Madnré >,. and Paulinus 
adds, « the wnk is to be found in the library of the S. Cong. de 
l*i'0[). Fid(> ,1. 

I take it tlie wooden type wei'e not movcal)le but block-type of 
wood. I havc; seen a diitionary in Malabar so printed — pei'haps 
this identical one — moveable nietal-type being used for the 
words of the counterpart Enropean language. In this case I should 
add thaï having consulted () Oriciitr ('o)i(/ n istado oï Vniher Francis 
do Souza (Part II., (.'o)i>]. 7., div. ii , paragraph 09) to verify what 
he might say, I found that be .siys they were cast — fundendo os 
ch((r((cicres du ]in(/u<( TdiiiiJ. Vot Paulinus may be right, for hc 
inspccted the book, as I had donc in the above case. 

The abov(^ wood-tvpe blocks were mo.st eertainly prepared for 
the .Icsnit Colh^ge of St. Paul, the preparatory school for the initia- 
tion oi n<nv missionarie.> conung out l'or the Madura mission, 



MÉLANGES. il9 

situated in that village on the western banks of the Shalacoody 
River, a few miles distant from the former Collège of the Society 
at Vaipicota, which the Jesuits abandoned after the Diitch had 
captured Cranganor in 16G2, and had levelled the town and fortifi- 
cations, except oue tower, remains of which yet stand. Blessed John 
de Britto, the Martyr of Madura, passed through the second 
Collège, made his month's retreat there and his solemn profession 
at the hands of the Father Provincial, in March 16S0. The place 
was within the limits of my vicariate apostolic, when in Malabar, 
and I visited the site to see what, if any, remains of its former 
importance yet oxisted, and to tako steps to préserve them. But to 
my regret there did not exist « a stone upon a stone » of the former 
Collège ; it must hâve been abandoned after the suppression of the 
Order and gradually fallen into some decay, when Hyder and 
Tippoo's invasions of Malabar caused the local Rajahs to use the 
débris in the formation of the « Travancore Lines », which align 
the site. The spot where Tippoo's battery shattered the parapet 
and wall still remains, about a mile to the wost, in much the 
same state as when his victorious array marched through to burn 
and sack the bouses and churches of the Christian villages around. 
Fortunately the advance of the British Army, a second time, 
against Siriugapatani compelled Tippoo to withdraw at once and 
hasten to défend his Capital, where he met a soldier's death, sword 
in hand. 

f H. E. Medlycott, Bishop of Tricomia. 



CHRONIQUE. 



Thr American Joiiriuil of Plnhlogij. Vol. XXI. ^. 1900 : 

1° Horace. iSeriii. I. 4. A Protest and a Prograin, by Hen- 

DRICKSON. 

L'auteur pro[)Ose nue nouvelle interprétation de cette satire. 
Elle serait non pas une justification du poète contre les attaques 
soulevées par les satires précédentes, mais plutôt la critique d'une 
théorie littéraire, exposée sous forme concrète. M. Hendrickson 
confronte ensuite l'opinion exprimée par Horace sur la satire dans 
le Serm. 1. 4. avec la théorie de Perse sur ce même genre littéraire. 

2° Tenmjson and Homer, by W'ilfrid P. Mustari). 

Recueil d'expressions de Tennyson, mises en regard des vers 
homériques auxquels elles font allusion ou dont elles sont d'évi- 
dentes réminiscences. 

3" FruJn()itivcs in Silvcr Latin, by Willakd Clément. 

L'étude de Bernett sur les prohibitifs latins a amené M. W. Clé- 
ment à faire à ce point de vue une revue générale des auteurs de 
rage d'argent. 11 s'agit de l'emploi du prés, et du parf. du subjonc- 
tif, de l'infinitif et de l'impératif après ne, cave, vide ne, noli, etc. 

4° Some notes on Servius Commentator, by R. B. Steele. 

5" Ett/mohgical misccUany, by Francis Wood. 

Etudes sur une vingtaine do mots latins, grecs et sanscrits : cra- 
pula, forma, jril)iluni, lïïror, ublivio, nimbus, li^o'^oç, xAowç, xjxvo^, 
|ji7pyoî, Tivof^a»., t'^Xoç, 's^CKr,, T-eJSw, jjjlvoç, jAy,, 'jXiii^w, klidyati, 
kliba, bhréslia, carat. 

6" Some Lucretian emendations of W . A. Merrill. 

7° Some Cet tic traces in the glosses, by Otto B. Schlutter. 

Dans plusieurs glosscs on trouve orge = occide. Ce mot est rap- 



CHRONIQUE. 121 

proche de divers vocables celtiques et comparé au zend : arezar. 
L'auteur interprète aussi netcos = raurus, cloes = pluvia, ainsi 
que plusieurs mots insérés en des textes vieil anglais et des mots 
celtiques latinisés comme beta, gunna, gergenna, ogastrum, etc., la 
plupart de ces derniers extraits aussi du Corpus Glossariorum 
latinorum. 

8*' The source of ilie so-called Achaean-doric xo-.vt,, by Cabl 
Dakling Buck. 

11 s'agit de l'idiome écrit dans la partie Nord Ouest de la Grèce 
vers le 3" siècle, et qui, eu ces contrées, disputa quelque temps le 
terrain à la y.oiYr^ proprement dite. 

M. Buck ne croit pas qu'elle représente aucun dialecte ancien 
dans sa pureté. Il insiste surtout sui- l'influence exercée sur elle 
par l'attique. La xo'.vy, achéo-dorique ne serait d'ailleurs pas bien 
uniforme sur tout le territoire où elle s'étendait. On distinguerait 
surtout une xo'.v/, étolienne à côté d'une xrtvrr^ achép.nue. 

9° EtymoJogy and Slany, by Edw. W. Fa y. 

M. Fay nous donne des aperçus très neufs et très ingénieux sur 
l'histoire des impersonnels latius. La clef de leur étyraologic se 
trouverait dans des métaphores populaires analogues à celles qui 
se produisent dans nos argots modernes. 

— Dans la Bévue des lit res nous remarquons une longue, savante 
et minutieuse analyse par M. Paul Shorey de l'ouvrage : " Far- 
nienides im Kanipfe yeyen Herdklit y, von Prof Dr. A. Patin. 

The American Journal of l^/iilolo(/ij. Vol. XXL 5. 1900 : 

V The Chthonic gods of Greck religion^ by Arthur Fatebanks. 

L'auteur rappelle d'abord brièvement les théories de Preller, 
Millier, Stengel, Diels et examine ensuite comment le terme 
« chthonique n est usité dans la littérature, détermine le caractère 
des yOôv'.o'. ir£o{, leur rapport avec les autres dieux de la mytholo- 
gie, ainsi que la nature do leur culte. 

2° Notes on Ciccro's Use of thc Imper fect and PI uperfect Sub- 
junctive in si-clauses, by H. G. Nutting. 

8" Apâm Napât again. By L. H. Mills. 

Considérations intéressantes et neuves de M. .VlaKOun sur la 



122 LE MUSÉON. 

nature originelle du dieu indo-iranien Apâm napât. M. Gray est 
persuadé qu'il s'agit d'une divinité dos eaux. M. Magoun a soutenu 
déjà, au contraire, que l'Apârn napât est originairement un dieu 
de la lumière. 11 maintient son avis, mais il ne croit pas que les 
deux opinions soient absolument irréconciliables. 

Apâm napât c'est l'éclair en zig7ag ou en chaîne comme on le 
voit dans les grands orages des contrées chaudes et humides. On 
l'a appelé « fils des eaux » parce qu'il est toujours accompagné de 
grande pluie et que ces orages suivent en général les cours d'eaux. 
Plus tard la divinité avestique Apârà napât dont le caractère origi- 
nel s'était effacé fut considérée plus proprement comme un dieu 
des eaux. 

4" Items from ihe Gâthic Pahlavi, bj' L. H. Mills. 

M Mills parle des commentaires et traductions pehlvies des 
Gâthas et montre qu'on a exagéré leurs défauts. Avec de la 
patience, il y a moyen d'y trouver des perles. 

5° Notes on the Modem Minsi-Delaivare Diaïect. by Dinelfy 
Prince. 

— Notice sur le parler moderne de tribus Minsi-Delawarc de 
l'Ontario, suivie de quelques textes avec traduction. 

6" De quoque adverhio Scripsit Guilelmus Hamilton Kikk. 

Etude sur le sens et l'emploi de l'adverbe « quoque n. 

7° A Papyrus fragment of the Jlind, by Edgar Goodsped. 

Ce fragment contient les vers 824 à 841 du 5' livre de l'Iliade. 
M. Goodsped en compare les leçons avec celles des éditeurs 
modernes. 

8° M. Melville Bolling propose une nouvelle étymologic de 
<t6^vo(; qu'il rattache à {/^ segh 

La Revue des Religions Tome XL, n" 5, XLI, n" I, ^,5 
contient : 

1° Notes sur VIslam Maghrihin par Edmond Doutté. 

Le mahométisme n'est pas une religion si simple qu'on veut bien 
le dire. Il reconnaît notamment l'existence d'êtres intermédiaires 
entre Dieu et l'homme. Ce sont par exemple les Marabouts. 
M. Doutté laisse de côté la question dogmatique qui s'y rapporte 



CUKO.MQLE. 125 

et uo s'occupe que du maraboutisme du Maghrib. Ce deruier 
a un caractère local et constitue une véritable anthropolatrie 
de la part des indigènes. Quant à son étyniologie, le mot : 
« marabout » semble se rattacher à ribâi (fort, puis couvent). 
Les marabouts se forgent des généalogies fantaisistes. Ils sont 
souvent pauvres. Quelques-uns plus riches ont la vie douce. 
On cite sui' leur compte plus d'un accroc à la sobriété et la con- 
tinence. En général ils jouissent partout d'une vénération profonde, 
qui est méritée pour les services rendus aux populations. Ils leur 
servent déjuges, protègent les caravanes, instruisent le peuple. 

2° Kebo, Hadaran et Serapi dans Vapoïogie du Pseudo-Meli' 
thon, par Isidoee Lévy. 

L'apologiste prétend que Ncbo n'est autre qu'Orphée et qu^Ua- 
daran représente Zoroa^re. La rai'^on de ces surprenantes identi- 
fications se trouverait dans une fausse étymologic. Hadaran a été 
rapproché (ïafharvan, Xcho a été identifié au mot hébreu nahi 
(prophète). Or Orphée est le plus vénéré des 4 [xâvrei,: grecs. 

3" Un essai de philosophie de Vhistoire religieuse. 

— Résumé des conférences faites à Edimbourg, par C.-P. Tiele, 
professeur à l'I.^uiversité de f^eyde. 

4" Le douzième congres international des Orientalistes. 

— Rapide aperçu dos travaux du congrès qui touchent à l'his- 
toire des religions, par Jean Réville. 

5" Sur le prétendu monothéisme des anciens Chinois, par Mau- 
rice COURONT. 

G° La déesse Aruru par G. Fosset. 

M. Fossey regarde comme dénuée de fondement l'identification 
de la déesse assyrienne Aruru avec Ishtard Erech. 11 y aurait plus 
de raisons, pense-t-il, d'identifier la prétendue Aruru avec Sar- 
panit. 

7° Etudes de Mtjthologie slave, par L. Léger. 

L'auteur publie la suite des articles parus dans les tonws XXVIII 
et XXIX de la revue. 11 doiuie diverses considérations sur le dieu 
Zcernoboch, les déesses, les pénates et fait la synthèse des allusions 
qu'il a faites en maint en<lroit au culte païen des Slaves. 

8° Bulletin des religions de Vlnde, par A. Baeth 

M. Barth tout eu continuant à traiter séparément du Bouddhisme 



124 LE MUSÉON. 

du Nord et de celui du Sud, montre que cette division est 
inexacte en ce qui concerne les temps anciens. Il fait ressortir 
l'importance du manuscrit de Khotau, de la colonne d'Açoka et du 
pilier de Paderia au point de vue de l'histoire du Bouddhisme. 

L'inscription d'Açoka a suscité aussi des controverses sur l'ori- 
gine de l'écriture dans l'Inde. M. Barth repousse les vues intransi- 
geantes de M. Halevy. Il admet comme Biihler que la karoshti est 
d'origine araméenne. La brahmt remonte aussi aux alphabets 
sémitiques mais c'est tout ce qu'on peut dire et la date de l'intro- 
duction ne peut encore être fixée même approximativement, 
M. Barth parle ensuite de diverses autres questions d'archéologie 
et d'art hindous. 

Revue des Livres. — Parmi les comptes rendus, nous remar- 
quons l'étude approfondie que M. Nathan Soderblom, a consacrée 
au livre de notre collaborateur : A. V. Williams Jackson : Zoroas- 
ter, the prophct of ancient Iran. 

L'auteur du compte-rendu ne marchande pas ses éloges pour 
" ce splendide volume qui fait honneur à l'Université de Columbia 
et au distingué " Avesta scholar » qui a inauguré avec tant de zèle 
et de compétence les études iraniennes dans le nouveau monde v. 

M. Soderblom conclut l'examen de la 1" partie du livre en disant 
que M.Jackson a excellemnient rempli la première tâche qu'il 
s'impose, à savoir : « réunir autant de documents que possible pour 
illustrer la vie et la légende de Zoroastre ». 

A propos de la 2'''' partie, où iM. Jackson reconstitue la légende 
(le Zarathushtra, M Soderblom aurait désiré une « critique histo- 
" rique d'une tout autre méthode, plus conséquente et moins 
« arbitraire en admettant même que telle tâche puisse être utilc- 
« ment accomplie ». 

Quant aux appendices qui forment la 2''^ moitié du livre de 
M. Jackson, ils sont d'après M. S(»dcrblom « les parties les plus 
importantes de son ouvrage et celles qui ont la plus grande valeur 
scientifique ». 

* 

M. Xénopol répond dans une brochure intitulée « Magyars et 
Roumains devant l'histoire » à la thèse défendue par M. de Bertha 



CHKOMyLE. 125 

dans son livre récent qui porte le même titre. M. de Bertha, aurait, 
selon M. Xénopol, fait œuvre de polémiste plutôt que d'iiistorien. 
S'il veut prouver que les Roumains n'occupent pas leur pays 
depuis la formation de la province de Dacie, ce serait afin d'en- 
lever un argument aux Transylvains désiieux de se réunir à leurs 
frères d'au-delà des Carpatlies. Or les arguments de M. de Bertha 
n'auraient pas de force et son procédé ser;iit tendancieux. De plus 
il serait faux d'attribuer aux Roumains l'intention de se réunir en 
un seul état. 

— M. Lefèvre-Pontalis publie dans les Annales du MuséeGuimet 
XXVI, 4" part, un recueil de talismans en usage parmi les tribus 
laotiennes du bassin du Alekhong, qui lui fut communiqué par un 
bonze de Luang-Prabang. Il en donne une reproduction ainsi que 
la transcription des caractères qui y sont gravés. L'introduction est 
précédée de détails intéressants sur les superstitions qui, sous le 
vernis du bouddhisme, continuent à subsister au Laos. 

— M. Paul Tannery et l'abbé Clerval ^iiiûient une corresj^onâance 
cfécolafres du XI" siècle (02 )).) qui offrent de l'intérêt au point de 
vue de l'histoire des Mathématiques. Elles luonti'ont qu'à cette 
époque les écolâtres n'avaient pas réussi encore à créer un 
enseignement de la géométrie. D'autre part cette correspondance 
jette un jour nouveau sui- les questions concernant la date et la 
composition des géométries attribuées à Boècc et à Gerbert. 

— iSha(\(]arrancsJm , en religions studie. Prolegomena tlll dcn 
indiskt ortodoxa filosofien o/' Oscar Valentin* »??'.mjc«//?- / Indiens 
eentralprovinser. Stockholm Fosterlands sStiftelsens forhigs-rxpedi- 
tion. 18 opp. 

L'ouvrage comprend un exposé succinct des princi|)es de chacun 
des six systèmes orthodoxes de la philosophie indienne, suivi d'un 
parallèle entre « la philosophie orthodoxe de l'Inde et la religion 
biblique ». L'auteur a voulu faire une introduction succincte à la 
philosophie indienne pour ceux qui veulent en faire ensuite une 
étude approfondie, fournir aux missionnaires un moyen facile 
de s'initier aux idées des peuples (ju'ils vont convertir et donner 
aux amis des missions une idée des difficultés auxquelles se 
heurtent les propagateurs do la foi. 

— Etude critique de quelques documents angevins de Vépoque 



126 LE MUSÉON. 

carolingienne. I. Diplômes de Charles le Chauve en faveur de 
St Aubin d'Angers. II. Diplômes faux de Vabbaye de St Florent 
par M, A. Giey. Extrait des mémoires de l'académie des Inscrip- 
tions et Belles Lettres, Tome XXXVI, 2* partie. Paris. Imprimerie 
nationale, 72 pp., in-4° avec reproduction phototypique des deux 
documents discutés. 

— L'Institut Lazareff des langues orientales à Moscou annonce 
la publication d'un manuscrit arménien des quatre Evangiles. 
Ce Ms. de l'année 887 après J C, est le plus ancien de ceux 
qu'on connaisse jusqu'aujourd'hui. 11 est d'une grande importance 
au point de rue de la paléographie arménienne et surtout pour 
l'étude critique du texte du N. T., à cause des variantes qui s'y 
trouvent en grand nombre. 

— Bulletin de la société Neufchâteloise de GéographieTome XII, 
1900, 356 pp. in-8**. Recueil d'études intéressantes et variées. 
Signalons Les Yézidi ou les adorateurs du diable, par J. Spiro, et 
A propos de la polyandrie chez les Thibétains par E. Picard. 



EUHATLM. 



M. 0. Pautz nous prie de coiriger les fautes suivantes, qui se sont 
glissées dans sa réponse à M. Forget. Voir Le Muséon, 1900, n° 1, p. 103. 

Ligne 5, au lieu de Sin)ilichtkeit, lire Sinnlichkeit ; ligne 7, au lieu de 
ingnoriert, lire ignoncrt; ligne 2'.i, au lieu de Buss, lire Busse. 



L 



LE LATIN D'ESPAGNE 



1) APRES LES INSCRIPTIONS. 



ÉTUDE PHOAÉTIQLE ET MORPHOLOGIQUE. 

(Suite.) 



§ G. — ë pour î. 

U'z est de toutes les voyelles latines celle que les langues 
l'onianes ont le mieux respectée. En latin, on constate 
pourtant, dans certains mots, une hésitation entre l et ê. 
Ainsi Varron nous dit que splca se prononçait spêca dans 
les cainpaijnes. Toutefois il est probable que cela ne se 
pi'oduisait qu'au cas où 1 l'emontait à ei (Lindsay, p. ÔO). 
]>a diphtouLiue ci se serait monophtoniiuée en 7 ou en c, 
suivant les dialectes. On constate un fait analogue pour 
ou (|ui, en (juelques mots, se résoud en ô au lieu de û. 
En Espagne, les exeinj)les d'c poui' / toni((ue sont en petit^ 
nombre. 

On a tout d'al)Oid à l'époque chrétienne : edus, edebus IIIC. 299, 
101. — Si tardives que soient ces insciiptions, on ne peut séparer 
ces (ormes des uonabreux cas de ed/ts qu'on constate dans CIL. L 
8.54, 84.5, 883, 914, 946, 971, 978. La forme edus réapparaît d'ail- 
leurs à la basse époque. Scliucliardt (II, p. 77) en cite cinq ou six 
exemples du 6'- s. (Cf. aussi Seelmann, p. 166 j. Cotte réapparition 
peut être due, soit à une affectation d'archaïsme, soit à la conser- 

9 



|."() |,F. MlSKON. 

vation de la vieille forme edus daus certains parlers latins. Le 
dualisme rdas : idus s'exi)liquc par le l'ait que le mot contenait 
primitivement la diphtongue ci. On trouve en certaines inscriptions 
la vieille forme cidus qui est cidiUs (= idibus) dans les langues 
italiques. Il n'y a pas à douter (jue ce mot n'ait contenu primitive- 
ment une diphtongue, s'il faut le rattacher à yJJih), aesius d'après 
Conway, II. (515. 

l/li(''^ilati()ii ('i)li(' les siiilixcs -rints cl -lints a traversé 
loiilc la laliiiitc iiiijx'i'ialc. ^.Molil. L('\i(|. III.) Kile se coii- 
slatc siiiloiit dans les noms propres parmi lesquels la 
suli^litution des suilixes esl assez. IriMUienle : -cnus vis-à- 
^is <\'-iniis peut aussi parfois tenir à une vai'iété dialeetale. 
.Mowat i.Mem. Soc. Linii. Paris I 7)\i) i'cmai-(|uc (|ue les 
noms en -chus proviennent en licneral du Pieemiin et du 
pays (le Aaples. On ti'ouNC un eerlain nombre de noms 
propres en -ciiiis pour -iinis dans les inseri()tioiis (Seliu- 
(liardl II 7(1). lai lispai^ne nous avons : 

Si(l)i lia/' 13;i Leçon traditionnelle rejetée par Hiibner. 

\' (dirent (=^ Valrrinac) G33.S. i. Inscription tout à fait barbare. 

Ce n'e.^l i)cul-êtrc (ju'une méi)iisc grossière 
Au/ni âTi;.). AnitiiUHS est la forme habituelle. On a. Anncnus dans 

CIL. VI. lIG'Jf 
/■'/(iff )i/ 2.S') I. 
Airicniis 2215. (1" siècle). Ce nom se l'cncontre aussi en Italie. 

Kn revanche on a Accnlinus VIII. 797:5. 
JHi/cii/, Jîiccni, lifficni l'MO. lîi. li'cfjinus, Rcyinius sont les formes 

normales. On a llnjinns dans Friihner a. a. o. 1762. — 

Dans une insc liptiou des Marnn i (Conway 243. lo) nous 

trouvons le i\a\\^ rcgcnai = rei/inac. 
]î'(s('iiii(s tiJTO. i:'i. On trouve g(''néralemcnt Il((sinii<s. 

On a plus souvent c jKiur i final. 

AnnicUmir 5(58 i datif j. 
lucr G7G (datif). 



LE LATIN d'eSPAGME d'aPRI^S LES INSCUIPTIONS. 17)1 

Obione 5808. A moins que ce ne soit pour Obionae, datif d'Ohiona. 

merentehAH. 31. p. 393 (3<= sièclej. 

uxore 3214. 

Lacone 761. 

venante 6338. u. (datif J. 

Feculiare 816. Leçon pas très sûre. 

^a^e (ablatif) BAH. 34, p. 417. 

2)lure 6278. (Ins. off. a. 176. ablat.). 

Cela se présente donc surtout au datif et à l'ablatif des 
thèmes consonanticiues cl des thcnies en /. 

Il y a lieu de croire nue des actions niorplioloiiitjues 
ont eu part à ce phénomène. L'ahialif en i était hcaucouj) 
plus rai'e que celui en c. I>es datifs en c son! très fré({uents 
dans les vieilles insci'ij)tions latines (Lindsay 587) (lict 
Lindsay y voit une simple variante ()rtlM)iiraphi(|ue de la 
flexion en i, ei, comme plnininic (IIL I. ITrl. qui n'est 
qu'une variété ii-rapl)i((ue de ploiniuii Au reste, la pro- 
nonciation de r/ tinal n'était |»eul-(Mre |ia> aussi fraiielie 
que celle de 1'/ UK'dial. Tontes les langues i-oinjnics 
sauf l'italien Font rendu par c. Seelinann eompaïc la pri»- 
nonciation de cet / à celle de F// aniilais dans Ixilni i-j). 
Dans les mss. et les inscr., la suhsiitution de l'c à \'J 
final est très frécjuente, surtout en (iaiile où Max IJoimet 
en a trouv('' lï exemples dans (irc'^oire de Tours i p. 12(1). 

\'A] dehors de ces (piel([ues cas de dalif et alilalil'en c, 
on ne trouve c [)Our / linal en Kspaiine (pie dans (Ichcrr 
(= deheri) .M(SI, ce (pii u'esl très prolialilemeni (piun*- 
erreui' du lapicide en t'aee de la(pn'lle, (»n a jintiri 'l'Url 

(1) Quiiitilion I. I. 17. " <^niil, non <• inioqnc / lu<'i) luit . .. et I)iovo, 
Victore •• (MohI. I,e.\it|. 1 •?0i. 

(2) Notuns ceijcndaiit ((uo (>et i i doniu- lieu à cl.' iiuniLieux |'li''ii'.ni''iu'.s 
û'ionlaut qui ne puuri'aii.-nt f4m'M'c se coniiuonili'e .^i l'iiiiiciilalicin de l"i 
linul avait été fort dillérente de 1'/ normal. 



17)^ I,E MUSÉON. 

(= jocare), i[u\ n'est peut-être qu'une simple confusion 
entre les verbes déponents et les vei-bes actifs. 

A partir du H'"® siècle, on commence à trouver assez 
fré(|uemment e pour / final au i^énitif singulier. On a, par 
exeniple, l*i'trc IIIC -mI. Il en est de même à la 1'* })er- 
sonne du parfait : a-iie IllC Th)ï. Faut-il voir dans celte 
orthographe la preuve du changement (1/ final en e, en 
toute position, phénomène qui s'est jjroduit certainement 
dans la préhistoire de l'espagnol ? 

Nous pouvons enfin constater e pour l en syllabe finale 
dans : 

fekx IHC. 331 (a. DSI). 
filcx ib 29.5 (6'= s.). 

On dit de même iufili'.x dans Grégoire de Tours (Bonnet 
l2o). (îette graphie est des plus étranges. 

L'espagnol et l'italien ont gardé \l à l'accusatif fel'i- 
(r{ni) > it. l'clice esp. fcliz. 11 est vrai que le nominatif 
était plus exposé à laisser dégrader son /. Olui-ci était, 
en effet, en syllabe finale et, par suite de la chute de la 
gutturale dans \c groupe x. cette svllabe-/.s devait se con- 
fondre avec la finale -/.s > -es, si fré(|uente. On })eut d'ail- 
Icui's encore sonuer à une assimilation de 1'/ final à l'c 
loni(iue précédent. 

Au reste, la finale -i.i était très rare, tandis (jue beau- 
coup de mots se terminaient par -ex. 

^ 7. — h, û, (), ô fuinls. 

Il existe un parallélisnu' remarquable entre le sort des 
voyelles c, r, /, 7, d'une [)ai't et celui d'//, ù, ô, ô de l'autre. 

Inc din'eiciice entre les deux catégories vocaliques 
existe toutefois à l'atone finale. 



m: latin I) r.SJ'AG.NK DAI'KKS I.KS l\S( lUl'i IONS. |r)r) 

Tandis ([uo, (Tuiic |)ai't, r, /, ac > r, (l(» l'aiitir, /> et û 
> », o et ô > 0. La coiiriisioii ciiliv ces deux [jlioiii'incs 
o el i( (|Uoi(jiic très aiiciomic est rolalivcniciil tardive, car 
la distinction scnd)lc siihsisicr encore en sai'de et en 
astiirien. 

Voici les ditlerents cas on u el o finals sont «'clianiiés 
sur les inscriptions d'Kspagne. 

y.) A une rpoque ancienne : 

annoro 3679. (Palraa). 

feto (= foetmn) BAH. iU. p. 417 (fia du 2'' siècle) (eu E^lréuui- 
doure) Inscr. vulg. 

misolio (= mausolemu) 5144 (à Ossonoba). 

vo/o G288 (conv. bracaraugustauus). Ce pourrait être nu ahlatif : 
« voto Nymphis posiiit >, . 

vero (^= reriifi) 4b58. (Inscr. luilliaire de Braga — a. 2^5S), Crtto 
gra])liie n'est, je crois, (ju'une distraction du lapi(;ide ijui 
aura mis le datif i)Our le nominatif, car les lapsus de cet 
ordre sont assez fréquents dans les inscriptions milliaires. 
Je reviendrai sur cette forme quand je traiterai la ques- 
tion de Vs finale. 

suffragio ferre 1964. I. 49, II. 22. (T' .siècle). Je crois comme 
Mommsen que c'est une forme archaïque eu o pour um 
conservée par tradition dans une formule juridique. 

vota (= voto) 5136, BAH. 37. IGô | — Ces deux ablatifs sont an- 

renaponsu (= responso) 6365 \ ciens et situés dans la même 
région. Je pense qu'ils n'intéressent nullement la phoné- 
tique. Les mots votum et resj)onsiun auront été déclinés 
sur la 4""^ déclinaison comme les substantifs verbaux en 
-tus, -sus. 

locHS (= locos) 5439. III. 17. (Inscr. officielle do l'an 42). Etant 
données la date et la nature de l'inscription, il ne faut 
voir dans cette graphie (pi'un lapsus de ce lapicide qui 
en a commis bien d'autres. 

porto XV. 3094. a-l. ("est un ablatif de la 2""' déclinaison. On a de 
même le génitif por^i (Georges 542j. 



154 LK MISKON. 

[3) A V époque chrétienne : 

isfo monumenfo. IHC. 40H (= istud monument am). C'est déjà la 
tinale o des substantifs espagnols. 

arcos. IHC. 23, 170. 

porticos. IIIC. 176. (Emcrita) (= CIL. 2. 3420). 

C'est le résultat d'une analogie bien naturelle exercée 
par les thèmes en o sur ceux en u beaucoup moins nom- 
breux. 

anus. IHC. 327 (a. 541 à Conirabriga). 

Cet accusatif en us est extrêmement répandu surtout 
en Gaule (Bonnet p. 131, 337). On n'a que ce seul exem- 
l)le en Espagne. Le succès de cette forme dépend sans 
doute de la phonétique, en ce que et û finals se confon- 
dirent et de la morphologie, en ce qu'elle est le résultat 
d'une analogie. On aura fait la proportion : 

rosn(ni) annu(m) 

rosas annus. 

anu. IHC. 17.") (a. fi5.5 à (iiuidix). 

Vereiimndn IHC. 13;') (.s. 18.")). Ces deux dfn'iiiers exemples peu- 
vent être aussi bien des accusatifs sans m finale (jue des 
ablatifs en u pour o. 
herus (= héros) IHC. 128 (a. 762). 

i Viscunos. 2809, 2810 (Clunia). 
Norain. ( Secovesos. 2871 (Lara près Numantiaj. 

' Caisaros. 57(i2 (Pallantia). 
gen, plur. ? Argailo. 5762 (Pallantia). 

(!!es noms se trouvent précisément à Clunia et dans le pays de 
Numance, c'est-à-dire, en pleine région celtibère. (L'on a trouvé à 
Clunia des traces de culte celtique, p. ex. une dédicace aux maires.) 
Il est vrai (jne rinscrii)ti()n .')762 provient de Pallantia chez les 
Vaccaei, mais cette ville est fort rapprochée des |)ays celtibères et 
le nom Caisaros était certainement porté par un Celte. (La tribu des 
ArgavU faisait partie des Arevaci, jjeuplade celtique). Il est donc 
admissible que ces nominatifs en os et ce génitif en o soient des 
Hexious celtiques. Les nominatits eu os sont fréquents dans les inscr. 



LE LATIN d'eSPACNK I) APKKS LKS I.NSClUl'iTONS. 17)5 

en langue gauloise ainsi que les génitifs en o))i. (Cf. Whitloy-Stokes. 
J)ed. Celt. Bezz. Ijeit. XI p. 162 sriqj. 

>'ous (;oiH'liiei'ons donc, ({ue les ('\ein[)Ios ((iio nous 
venons (rénuinérei-, sont loin d'avoir tous liiand poids 
pour prouver la confusion (Vu et o finals. Maliii-é cela, 
un certain nombre de ces grajdiies pourraient avoir une 
certaine valeur à ce point de vue. 11 est donc inléressant 
de les grouper d'après leuis lieux de provenance. Les plus 
probants felo, inisolio sont dans la Lusitanie orientale. 
Non loin de là, à Merida, se ti'ouve arcos. C'est aussi dans 
cette province cpi'on lit (unis, roiii, respoiisii ; vcro est dans 
le nord du Portugal, porticos est à (^aitbagène, licrus près 
de Cordoue, (tnii à (luadix, (innoro aux Baléares. Tout le 
nord et le centre de l'K.spaiine l'cstent donc en deboi's (1(> 
cette répartition, bien (pie les inscriptions vuli-aiies n'y 
manquent pas. Cette circonstance est à ra])procber du fait 
(pie les [)arlei's asluriens semblent dislinguer encore u et 
o à la linale (Meyer-Ijibke, I. ;:; ."(KS, (iorra, Ling. f.ett. 
Spagn. p. il). Comj)ar(V- p. ex. l'astur. Lonin, brsiciido, 
seih, <il(/ii)>()s à (ilgu)iu, (luercmus, etc. 

(^)uant à la ddlc à la(juelle les voyelles vélaires Hnalcs 
s(^ réunirent en Espagne dans le son uni([ue o, on lu jKMit 
l'établir avec le matériel épigraj)hi(pie dont nous dispo- 
sons. On n'a comme exem()les anciens (pie niisolio et felo 
(pii aient une ceilaine autorité. Or, c'est trop peu, (piand 
il s'agit de sons aussi voisins (jue n et ô, et (|u'()n se 
trouve à la finale où les sons sont moins bien accusés 
(pi'à la toni(|ue, et où les influences morpliol()gi(]ues 
exercent souvent leur acti(>n. Sauf ces restrictions, ces 
deux exemples tenderaienl à reculer juscpi'au :2'' si(VIe 
le passage d'// final à o en Lusitanie. 



7>V) 



I.K MlSl^ON. 



i:^ <S. L(i (frapliic ik» pour un. 

.)iis([ii'à l;i lin (le l:i r(''|tul)li(|iic et iiirinc jiis(|irà Quiii- 
tilicii, l:i filiale du iioiiiiiiatit' cl de I acciisatii' siiii^'ulicrs 
(les llièriics en o ('tail ()rlli()iii"i|)l)i(''(' o.s, inn >> more aiiti- 
(jiio » ('lia(|ii(' lois (|ii"('ll(' ('lait lucci'déc de n. Il n\'st pas 
si'ir du loiil (jiic cela (•oii'espoiidil à la itroiioiieiatioii. l ii 
iframiiiairien du !'' siècle, Velleius Loiiiius (Lindsay :2(')7) 
dit e\|H'ess(''iiieiil : >' a |)leris(jiie siipeiioniiii, |)i'iiMitivus 
cl adopliviis cl iioiiiiiialiviis. per // et o scripta suiit, scili- 
ccl (jiiia sciehaiil vocales iiiter se ita coiifuiidi non posse 
lit iiiiain syllahain non l'aciant. a|)pai-el(pie eos hoc ifenus 
noininuni aliter sci'ipsisse, aliter eiiunliasse. .Nain cuin 
per o scriitei-eiit per // laineii eniinlialtaiil '. Il s ajiissait 
sinipleinenl d'éviter la contusion de //// i u\ ijii et iiij. 
l II coup (r(eil sur les (lifVerenls exeinjiles de la iira|»lii(' 
11(1 pour //// en i'ispaiiiie ne peut ipie nous conliriner dans 
ro|iinion (juVlle na rien à voir aNce la jiroiionciation. 

l'.n elVet I Dans le texte des iiK'iiies insciiplions, ito 
et //// s ec|i;iii^('iit iDUiijHoui : j)i'ijn'luuni "Hi^Ttr}, morluoin, 
liidiium : ni<))luus ^iir»!) (Le\ ursonensis. a — i"2). (>ette 
dernière iiiscri|il ion nous inontre donc //// dès une t''p()(|ue 
très ancienne. Ueauconp (riiiscri|)tions du T' siècle ont 
d ailleurs ////. 

'1" Linscr. oîl:2<S ['-- -">'("!)) contient la i-raphic roll à eôté 
de iiiCHliis I- jnventus) : ce (pii tenioiiiiie chez le hipieide 
duii iiiand soin à éviter un. Il s'en lire en ('crivanl tto 
pour ////, // pour ////. Dans rinscription oniciclle de Malaiia 
DM».") (T' siècle 1 on lrou\e de iiu-ine dium il. .">()) à c()lé de 
diroiii [W. I). 

'•\ La i:raphie in), coinine nous venons de le \oir pour 
le mot roll, n'est pas restreinte a la linale. On la tioinc à 



i.K i.vri.N i)'i:si>.\(,.NK i)\vi'Ki:s i,i:s i.nsciuptio.ns. 157 

rinitialc (l;ms 

volnera r)i7(S ((iades. Fin du I"' s. aj». .1. C). 
rollis 11:27) (iiiscr. ofïu'icllc — i^alx-i'ia. a. 7<S) 

et à riiik'rieiii' du mot dans (troiiciiliis i:27S, iKMI, 1:28:2, 
lOÎX;, m\)l, -2lo(), li:25. 

Or il ressort elaiinncnt d'un texte de Varron qu(ï déjà 
à l'é|)0(|ue républicaine, on prononeait « dans le mot 
ri(hitis. Vax etîet, cet auteur veut donner des exemples de 
u initial devant toutes les voyelles de ralpha})et et choisit 
rafer, vclion, v'niuni, r(>)nis, niliius (Lindsay. :25()). Donc, 
l)ien (pTon (H'rivit rohiiis, on prononçait riihius. 

un nous apparaît ainsi de toutes f'aeons comme un 
simple aititiee lirapliicpie. 

dette orthographe se rencontre souvent en Espagne. 

On a au l*' siècle : 
conditivom 3444 (Carthago nova) — Époque d'Auguste. 
siws 5730 (Asturies) 1" s. 
volnera ô478 (Gades.) Fin du 1®' s. 
clavom 5181 (Met. Vipasc). — Fin du 1" s. 

An 2'' siècle : 

nntiqnom 2633 (Asturies) a. 152 

cervom 2660 (Legio VII) Époque de Trajan. 

avonculus 1282 (Salpensa) a. 147. 

Enfin parvolo 1088 (Ilipa) est du 3* siècle mais dans une inscrip- 
tion assez vulgaire. C'est peut-être -olo pour -ulo comme dans 
auncolo, tomolo, veniolos, et autres exemples que nous allons 
étudier ci-dessous. 

Par consé<juent, la iiiajjliie u<> s'est maintt'nue assez 
loniitemps en Kspaj^ne. Il en fut de même en Narhonnaise. 

Quant à la repartition des exemples dans le pays, il y a 
peu à remaïquer. Notons (pi'on n'en a (pie deux en Lusi- 



158 I.K MISKON. 

taiiio : lidroin >)\^\ (Met. Vipascense) et i)runitivos UM 
(Kmerita). 

Dc'jà (Ml l'im r»7, on a (Unis dans une inscription olïi- 
cicllc (le (('tte pfo\inc(' (I7:2h 

NaluiM'Ilcincnl, c'csl en li('ti(|iic et dans les ports de 
(lartliatiènc et de Tai raiione, (ju'on trouve le plus souvent 
//o, parce (|uc ce sont les parties les plus anciennement 
ronianisées et celles où le latin littéraiie était le mieux 
connu. Mais on en trouve aussi dans le pays de i.éon et 
les Aslnrics. parties reccrnnient soumises et hien moins 
roujanisées (pic la Liisitanie. .l'attrihue c(»tte circonstance 
à cv (pic de nomitreuses K'iiions sejourn^M'cnt dans ce pays 
au I" siècle, alors «pic la Liisitanie clail dépourvue de 
Iroupes romaines 1 1 ). 

Il) On trouve tlniis le N.-O. de l'Kspaguc : 

n)iti(/HO>it 2ii!3 lAstnrifM. ,i. ir.?) Naerns ?,SOS (Climiai 

crn-Oni "^finti (Ij'fiio \'ll a. KtO) serras WAG tCi]ui;\hyos] 

.A('.s7/i-o.v i.".it):i i<'artMic.s) \i(Os .")73() (Asturio.s T' s.) 

.scrrun 5,si."( ilnifia) Au.siius ôSll (liufiai 

FInros e'.>l4 (('antabr(>s) Flaros 2502 (Braganm). 

Quant aux autres exiMnidos, il > on a tlans les ports do la Tarraco- 
naise. 

à Cartliagouo : co>?r/?7/ro?>« ;5I44 à Tairagono : avoici'lu -l^TS 

volt 5928 jVicolauos (il 17 

■'^alros ;U'.'5 parvom A\Ti 

à Bairelono duoynvii'o 15.S0 (oliic.) rU'Os 4'!21 

aux Baléares aronrulo lîii'.'T- 

Dans les pa\ s do riîl.i'e : Tewj^esfii'O.'i 0840(1"' s. à I.abitolosa) et surtout 
on Hoti(pie : mort nom ot tridiium h\VA (a. 42) dans la lex ui-soncnsis, 

(/iri»fi. /•clii/'aini, r(ici'(j)ii. si-rront, (/ikdh dans la \o\ do Malaxa ]W\, 
1%( (\" s.). 

Mi'iii'UiCiis 2155 à otiiiloo Di(i)}}icir(i(i(S 125('( à Ossota 

.yn//co.t 1()7S il Tucci parnon 1235 à Hispalis 

av()i>ci'/"S leiOi) id. rn/tis 142 5 ;i l,al)tMia 

Jvros '(jiiôl à Antioaria voinera 5478 à ("iades 

avonculus 1282 à Siiliiensa pairolo 108^ à Ilipa. 



i.i. i.AiiN I) i>I'A(,m: I)M'I'.i;s i.ks i\m Kii'rio,>si, [7)\) 

i !). — 11, (k 6 p)t)1(nii<jHcs cil siflUihc ouverte. 

A l'îiloiic iiiitiiiip (Ml syll;il»(' ouverte, ces trois sons se 
sont eontoiidiis clans les laiijiues romanes dans le son o 
(Kn astiii'ien, on a ir. 

Nous sommes en lvs|ia|^ne loil depouiMis d'exemples 
se rapportant à cette ('volution. 

On peut citer : 

Frutonius 1199. Je crois 'ju'il faut identifier ce nom avec Fron- 
toniiis qui affecte la forme l-'rotonins sur diverses inscr. 
p. ex. IV. 2257, III. 2981. 

Cufiidins .0203. Il faut le l'appruchei' d(>.s noms propres Cosidius, 
Cosius. 

Cnsucciii 123.5. On |)eut y comparer le nom Cossulius, mais le 
rapprochement est très douteux. Cusuccia est peut-être 
un nom barbare, .\u reste, remarquons que Cûsius a 
existé à côté de Cossins, comme l'indique le nom de lieu 
Cuifii/ porté ])ar cinf| ou six villages français. 

iS'u.ftfJlti 2"M1. (Kpilaplie i\o li-iriounaircs tliraros). (''est nu nom 
d'origine étrangère h \'VU\):v^n(\ Il faut le rapprocher de 
iSossulcuft , <Sossins. 

Ulib-iponensis 124 (-^ Olisipeusis). — Peut-être cette graphie 
est- elle le !*■' exemple de la graphie Ulyssipo, due à ce 
qu'on regardait Ulysse comme fondateur de Lisbonne. 
Ou lit déjà Ulisipo dsin^ Pomponius Mêla 3.8 (2« s.). 
Cette déformation intentionnelle est à rapprocher de 
celle qu'a subie le nom de Sagonte dans XV. 2632 où on 
lit Sncynto^ par influence de ZàxjvOo;. 

munimmtniii ,^718, 6338, 266, (T' s.) 900. nmninnntum est 
fré(jueut dans toutes les [)rovinces. (Georges s. v.) Il est 
donc probable qu'une cause particulière est ici enjeu. 
Je suis enclin à penser à uue coutauiiuation avec inûni- 
inentuni (i). — Cette fornje paraît surtout frétiuente en 

(I) Cette contamiiiritioM <'sl assez hien attcslfe par un l(>xte d'Alliin 
t. VII. :^u4. .31 u nmniinentuui a munifudo, inonurnentum ad sppulcrum 
pertinet „ (Seelmann, p. 2U6j. 



140 l-K MLSÉON. 

Lusitanie où elle a été apportée par les vétéraos. Le plus 
ancien exemple est dans l'épitaphe d'un vétéran de la 
legio II qui quitta l'Espagne sous Tibère. 
suporans IHC. 34 (8*= siècle). Un peu tardif (== soporans). 

§ 10. — ù et 0. 

a) A LA TONIQUE. 

a) Pendant les troin premiers siècles. 

Excluons tout d'abord : 

voltis 1423 (a. 78), volt 5928, volnera 5478, avoncuhis 900, 
etc. L'o est primitif dans ces mots. Il est devenu it aux débuts de 
la période littéraire. L'ancienne orthographe, comme nous l'avons 
vu ci-dessus, a été conservée longtemps pour éviter d'écrire deux 
u de suite. Folvi{os) 3302, est aussi une forme archaïque, qu'on 
Ut dans CIL. I 554, 555 VI. 1307, EE. 8. p. 476. L'exemple (espa- 
gnol est dans une inscription très ancienne et bilingue, trouvée à 
Cazlona (Castulo). 

Dans d'autres mots encore, où l'orthographe varie entre u et o, 
cette hésitation n'a aucun rapport avec la confusion qualitative d'û 
et ô. 

C'est le cas de Verotus 2519, et de Talotius 5232 vis-à-vis de 
Verutus et Tallutius dans d'autres inscript. (CIL. XII. 277) ; car les 
formes en -otus sont aussi répandues que les autres. On a, par 
exemple, Verota VIII. 2170 et le suffixe -otns est fréquent dans les 
noms propres celtiques (Holder II. 889). 

De même, on pourrait être tenté d'identitier Curc/o 2238 avec 
Coccius, mais il est certain qu'il a existé un nom propre Cûrius à 
côté de Coccius puisqu'on a en France le nom.de lieu Cussctj = 
Cnciacum. D'ailleurs, CuccI, Cucalus, Curulh sont fréquents dans 
les inscriptions. On lit Cucillus III 6010, 12014, VII. 1330, a^y, 
380, Cucius III. 4936. 

Duccius 5306 vis-à-vis de Doccius 6257. 68 est un cas analogue. 

Les noms Monneius, 4161, Monisius (>036, Moniana 4970. ;<:u, 
4975. n ne prouvent pas non plus qu'ù = o fermé. Il est vrai 



LE LATIN nV.SPAGNE d'aPUKS LES INSCRIPTIONS. 141 

que les inscr. d'Italie offrent plutôt les graphies Munisius, Mun- 
nia, 3Iimniana, mais les formes en o sont fréquentes en diverses 
provinces. On a p. ex. Monnius VIII. 6449, IX. 759. Monianus 
V. 71 18. Monina est assez commun dans CIL. V. 

Segolia 2902 (^ .5667j est probablement le même nom que celui 
des Segulenses, peuplade celtibère, mais Segolia pourrait être la 
forme primitive puisqu'on trouve le nom propre Segolatus XV. 
3993 sur une amphore espagnole. Segulenses est sans doute une 
forme latinisée. 

D'autres exemples sont plus sérieux sans exclure un doute pru- 
dent. 
Tolia 349 représente peut-être bien Tullia mais l'inscr. ne nous 

est conservée que par une seule copie peu sûre. Hiibner 

pense qu'on pourrait lire Folia 
Lovatus 777 paraît bien être le même nom que Lupatus dont on 

a plusieurs exemples en Espagne. 
Eurodice EE. 8. 269 semble remonter à la vieille transcription 

Eurndlce (Ennius Anu. 28). g pour y est toutefois un 

cas un peu spécial (cf. Lindsay .jG, 37 ; Schuchardt. II. 

256. sqq.). 
ex vuto Ibll est intéressant, mais l'inscription est d'ime lecture 

difficile. 

1)) Du 4"" au S""' siècle. 

[)ouru. Cesaracosta {= Caesaratirjusfa) IHC 108 (cf. suppl. p. .'>4) 
(6*^ ou 7' s. à Tucci — Inscr. très vulgaire). 
Colomba IHC. 108, 133 — colomha pour cohanha dont on 
a deux exemples est peut-être un cas analogue 
à colomna pour columna condamné par l'App. 
Probi. Ces deux mots sont, on eff'et, bien voi- 
sins de forme. 
orna IHC. 142 (cf. supp. p. 68) (a. 630). 
sohitus ib. 398 (= 165) (a. 680. Inscr. très vulgaire). 
tomolo ib. 165 (a. 680), graphi*; très fréqueute dans les 
inscriptions chrétiennes tardives de la Gaule et de 
l'Italie. 



i42 l-E MISÉON. 

M pour Muses IHC. 152 (5= ou 6* s.). 

Viduria ib. 527 (6" siècle) — Peut-être un cas d'umlaut 
hispanique. 

P) Aux ATONES INTERNES. 

Inscr. des trois auncolo G302. Inscr. très vulgaire du pays de Pal- 
premiers siècles lantia. 

parvolo 1088 (3*^ siècle) — L'inscr. est un peu 
trop tardive et un peu trop vulgaire pour 
qu'on puisse regarder parvolo comme une 
graphie de la même nature qn^avonculo, 
roltis. 

coiogi 2!)97. (Saragosse). 

sahiile 6253. i (i). Inscript, chrétienne. 

Colohrarla BAH 34. p. 492. (au Monte Testaccio 
à Rome). Ce mot est un dérivé de coloher 
pour coluber. L'û a été remplacé ici par 
un ù (Cf. esp. cuJebra). Il est donc évident 
qu'il y a eu assimilation de l'û atone à To 
tonique. 
Après le 4'' siècle vernoJos IHC. 115 (a. 594) = vcrnulos pour vcr- 
nulas. 

fomolo ib. 165 (a. 680). 

Cordoba ib. 363 (a. 622) — Graphie très fréquente 
sur les monnaies gothiques. Cf. Espaùa 
sagrada X. p. 132. 

f'amola ib. 294 (5° siècle). 

insola ib. 409 (a. 546 — Dans une anthol. du 8" s.). 

lemorum ib. 10 (8* siècle) — lemorcs est une 
forme archaïque de lémures (Georges 385) 
mais comme l'inscr. est très récente, je 
crois qu'on a simplement, dans ce mot, 
remplacé la finale -urum très rare par 
-orniii, qui est beaucoup plus fréquent. — 
Ce n'est eu tous cas pas un mot populaire. 

(1) L'Index du CIL 2 renseigne à tort 026:5. 



LE LATIN D*ESPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 145 

incolometate IHC. 5 (Probab. du 8* s.) Cf. incolo- 
mis dans Grégoire de Tours. Bonnet p. 134. 

Obolconenge ib. 376 (6° siècle) = Obulconensem. 

Toringus ib. 379. Forme assez commune à cette 
époque. Cf. Bonnet p. 133. 

Au premier coup d'œil, on constate que le nombre des 
pour û est bien inférieur à celui des e pour i. A la 
toni(|ue, c'est à peine si nous avons dans les trois pre- 
miers siècles deux ou trois exemples un peu sérieux, et 
encore ces graphies demandent-elles des réserves. C'est 
bien peu de chose que ces (|uelques exemples pour prou- 
ver que H = o fermé, puis(|ue, le timbre de 1'// étant très 
voisin de celui de l'o, il était normal qu'un lapicide 
écrivit de temps à autre o pour û, même si û et ô se dis- 
tinguaient encore quantitativement. 

Aux atones, on trouve un peu plus souvent o pour //, 
mais on est en droit de se demander si c'est l'effet d'un 
simple hasard que, précisément chaque fois que l'on 
ti'ouve pour u à répO(|U(' païenne, on ait un o dans la 
syllabe adjacente tonique ou finale. De même, dans les 
inscii[)tions chrétiennes, vernolos, lomolo, incotomis, 
oholconeiKje sont dans ces conditions, (lordoba est presque 
(certainement une assimilation. Colohrarui en est évidem- 
ment une. U ne reste j)lus alors (pie famola et insola dont 
le premier seulement nous est transmis directement 
et, dans ces deux mots, on a affaire au sutïixe -nlns 
|)our -uluH comme dans la plupart des graphies précé- 
dentes. Nous constaterons dans un chapitre suivant que 
des voyelles de timbres fort éloignés se sont assimilées, 
(^e phénomène ne devait-il pas se produire à plus forte 
raison entre voyelles de son aussi voisin que ù et ô ? Un 
bon argument d'analogie (pii nous engage à admettre 



144 t. F. MISf^ON. 

r;irli()ii assimihitricc des finales siii- hi j)émiltiènie des 
proparoxytoiis, tels (|ii(' les (liiiiinutifs en -iiltis, c'est le 
l'approeheinent avec les nombreux dialectes italiens où la 
postloniqiie est, soit /, soit c, suivant la (jualité de la 
voyelle finale. Le siniiulier est Idudahelc, mïrabvle, f'riujel, 
le pluriel hniddhili, miruliili, /hifiili. 

l/assiniilatioii de latone posttonique à l'atone finale est 
ti'ès fVéqutîiUe dans les pailers romans ; par exemple, en 
ai'ctin ((uuKiino : (Duumui, iil.Linnodo, (iLhoniidi) . 11 en est 
de même en Sicile et à lîriudisi (.Meyei-Liihke I iiirMO). Or 
il s'airit souvent de voyelles dont le timhieest bien distinct, 
taiulis (piCnti'e // et o la (iislane(> est [)res(iue impei'cep- 
tible. Oi- si -ulo est devemi -olo \y.w cette voie, il est aisé 
d Cxplicpier -olti jiai' une extension analoiiicjue des cas en 
o sur ceux en <i (i). .Maliii'c tout, il est évident (jue si ces 
exemples peuvent s'e\])li(pier |>ai' assimilation vocali(|ue, 
il ne s'en suit pas pour cela (ju'ils doivent être iuteipi'et(''s 
de cette façon, m;iis cela siillit pour (pie leur valeur dé- 
monstrative dans la (piestion (pii nous occupe en soit 
l'cndue l'ort précaire. .Nous concluerons donc |»our // 
comme j»onr / : Les inscriptions d'I^spaiiiie ne nous don- 
nent aucune raison con\aincante pour placer à uim' ejM>- 
<pu> ancienne la ti'ansf'ormation de // en o. Il est clair 
(pTelles ne prouvent pas non jdus pei'eni|)toir(Mnent (jue 
il et (> restèrent distincts. Il faut, cii eflét, tenir compte 
de la correction iclalive des textes epiiirapln'(|ues de cette 

(1) Los swiVixcn -kIus ci uli'.s ont toujours coexisté. Il sembleruit (jue 
-u/ifs (lu vioux latin no dispaiMit jamais coinplètement iW la lanj^ue popu- 
laire. Molli iirrteiul inonio que le latin vuI;;airo no connut jamais -iiht.s. 
Ce <|ui l'st certain c'est (|uo o pour// no .se ronoontrc jamai.s au.^ssi fré- 
qucmmont que dans cette linale (.M. Bonnet [). 1:5.')). Cela doit être du à un 
motir si)é('ial. soit le maintien de l'ancien o//'.v, soit une (;onfusion avec 
colas, soit inie action assimiliitrice. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 145 

province. Notons de plus que s'il y a beaucoup moins de 
cas d'o pour ii que d'e pour i, cela peut venir en grande 
partie de ce que le nombre des ù latins est inférieur de 
i)eaucoup à celui des î. — Il est assez intéressant de con- 
stater que l'exemple le plus sérieux et le plus ancien d'o 
pour u : coioyi se trouve précisément à Saragosse comme 
les premiers cas probants d'^ pour /. 

!^ M. — (.V/.S' parliculiers (Rechanges entre o et u. 

1. u POIR Ô DANS LES NOMS CRECS. 

episcupo IHC. 109, 
diacunus IHG. 12U. 

On trouve souvent u poui' o dans les mots grecs. C'est 
ainsi (jue Schuchardt II. 155 donne une longue liste de 
diahulus pour diaholus. On peut y voir un moyen de 
rendre le son fermé de l'omicron. L'ô en syllai)e ouverte 
atone était d'ailleurs enclin à se fermer comme e dans 
cette position. 

:2. eu > eo. 

Eolalii BAH. XXX p. 497. 

L'inscription est du """' siècle. A cette cpocpic, on con- 
state de nombreux exemples de seo = seu (Scluicbardt II 
103) ce qui montre que Vu de la diphtongue eu se pronon- 
çait o. On ne constate presque jamais ao pour au. Cette 
différence entie les deux dipiïtongues peut s'expliquer 
sans ditïiculté. au était un phonème poj)ulaire i)ersistant 
dans la langue vivante, tandis queu n'aj>paraissait guèi'e 
que dans les mots grecs. 11 est probable ([u'eu grec 

10 



140 LE MLSÉON. 

n'ayant pas son éciuivalent en latin était décomposé en 

c -|- 2t > e -1- (i). 

T). 7/ POrU HEVAM' V ET 11 4" CONSONNE. 

Muntanus 3876 (Saguntum). 

Punponius 2850 Leçon tradit. rejetée par Hiibner. 

Cursicanus 4063 (2" siècle. — Dertosa). 

Fartuna BAH. X. p. 400. Très fréquent dans les documents 

d'Espagne jusqu'au X'"" siècle. Esp. Sagr. XXXIV. 461, 

464. 

L'ô (levant /• + nnisonnc [)ass(' à // ou })lutot à o (Meyer- 
Liil)k(\ kulins Zeit liO p. 57)0) sous l'influence des dialectes 
(lu .Noi'd (le l'Italie. C'est de cette rciiiion, senihle-t-il, (jue 
se l'épandiient dans l'empire des formes connïie furluna, 
(furpus, (jirsi (pii sont attestées par diverses inscriptions 
(.Mohl. (^hron. p. l!>i), ainsi (jue le jurmicit de l'App. 
IN'ohi K. 11)7. :27. (lett(> 'iernière l'orme se transmit même 
(\\\ roman : Iraiu;. [(uirmi, lounnic < forniica car formica 
eût donné l'onnie. 

I/o devant u -\- consonne devient aussi // (ou du moins 
o) des une epo(jue très ancienne, dans le latin d'Italie 
(Mohl. Clnon. Iî)0). Cf. IMiscicn I. :2(). Il : « Funtes pro 

fontes, frundes pro frondes (juae tamen à junioril)us 

repudiata sunt (|uasi rustico moi-e dicta ». Les mots ita- 
liens respmiilc, fonlc renïontent à des formes en // ou en ô. 
L'espagnol a participé moins lariicment à celte évolution. 
Il a o (levant iid {rscnitdr, rcspojKlc, froiiihi), mais il a uc 
< (; devant ni [puoitc, fiioilc, cucntra, [renie), sauf dans 
monte. Du reste, la fermeture de Vo devant nd date d'une 

(IM'I. S('h\\;m-H(Mir"ns. (^ram. des Altlran/,, 3'' éd.. p. 28; l'ii'son, p. 
21, lo. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPKÈS LES INSCUIPTIONS. 147 

époque plus ancienne, [Puisqu'elle s'est produite dans 
toute la Roinania, même en sarde {respiindit, tinidit). 
Nous n'avons en Espagne (|ue deux exemples d'ù pour o 
devant n -f- consonne et l'un d'eux {J^unponiKs) est absolu- 
ment incertain. I^'autre Muntanus est un nom propre qui 
se trouve dans une ville où l'immigration devait être assez 
forte. Rien ne s'opposerait cependant à ce qu'il appartînt 
réellement à la langue populaire de la péninsule puisque 
c'est précisément dans monte que l'espagnol a un o fermé 
devant nt. 

§ 12. — Variations entre 6 et fi, ô et û. 

n comme 1 s'est admirablement conservé dans les lan- 
gues romanes. Les quebfues cas d'o })our /7 qu'on rencontre 
dans les inscriptions s'expliquent par des causes [)articu- 
lières. 

Nous avons tout d'abord : 

FoUicius 2009. 
Popticius 3433. 
Pobl. 4970. m. 

-Malgré leur parenté de sens et de forme, publicus et 
popnhis sont d'origine différente (Wharton. Et. lat. 8:2, 
Lindsay :2H7). I^nhlicns remontrait à un liypothétique 
puhdis, pouhdi-, de la même famille que l'ombrien pupdike. 
l*opulus au contrai l'c serait issu de (pioclus, de la même 
racine que xiJx).o;. Toutefois entre ces deux séries de mots 
la contamination était fatale. Elle fournit une ex[)lication 
toute naturelle à l'o pour // de Pohiu'ius, poldirns. (Lindsay. 
'212). Quant au genlilicc Poplicins (|ui se trouve dans une 
inscription républicaine très ancienne de (larlbagène, il 
est tiré de l'adjectif /jo/j/it*«s dérivé de populus. 



148 LE MUSÉON. 

Comme les variantes entre ê et /, celles entre et û 
n'ont souvent d'autre oriiiine qu'une certaine diversité 
peut-être dialectale, dans le traitement d'une ancienne 
diphtongue. On reniarque, en effet, que si ou aboutit régu- 
lièiement en latin classique à û, on trouve parfois ô 
comme succédané de cette diphtongue (Lindsay p. :248). 
Les variantes ruhujo : rohigo, rodiis : rudus sont de cette 
nature. Aussi n'y a-t-il jias trop de dilïicullé à faire un 
dérivé d'urere (l/'eus > lat. |/^ous), de l'adjectif ostilis, 
a-a; e''pY,|jLsvov du iMetallum Vipascense (5181). Il dériverait 
de urere comme fkiilis de fi[n)gcre. (Cf. Hiihner et Bliclie- 
1er. CIL. 2. Supp. p. 79()). 

La diphtongue celtique ou, tout comme la diphtongue 
latine se réduit tantôt à », tantôt à ô (Holder, IL 800-892.) 
(^est ainsi que paiini les noms pi'opres de l'Espagne, on 
constate : 

Betounia 2861 : Bedoniesis G246. i : Bedunns 2.507. 
Cloutius (très fréq.) : C/^/aw/^s (superlatif) 2633 etc. 
Lougiis 5797 : Lugovihus 2818. 
BouUus (très fréq.) : Boiilla EE. 8. p. 70. 

On pourrait facilement allonger cette liste. 

— Signalonse nfin (pi'une inscription de l'an 110 à 
l^unpelune (2050) porte octubcr pour octobcr et que cette 
forme se retrouve dans IHC. 128 (a. Gi2), 272 (a. 905). 
Cette graphie n'est pas inconnue dans d'autres provinces 
(CIL i\ 1000, 12 exemples dans Sclnichardl II. p. 111. 
— Voyez aussi ALLC., VIL 07) mais aucun de ces exem- 
ples n'alleinl l'âge (h' Vociidicr (hi 2050. La présence de 
cette forme dans les inscri})tions d'Espagne, aux deux 
extrémités de l'épociue romaine, est d'autant plus remar- 
quable que le i)ortugais : oulidnr, aiu*. esp. nluhre (mo- 



LE L.VTIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. 14-9 

dei'iie octuhrc) remontent précisément à octûber. Il est 
donc certain que dans le latin d'F^spagne et, sans doute, 
dans celui de quel(|ues autres régions de rem[)ire, on 
prononçait octfiber. D'où vient cet /7 ? L'existence en pa- 
tois napolitain du mot attu/re (Molil. Chron. p. 117) 
remontant apparemment à une forme osque uhtn/ri avec 
û fait songer à une influence du vocalisme de l'Italie 
méridionale (En osque o > /7). Sans aller si loin de Rome 
les dialectes sabins et peligniens font aussi ô > û (Mohl. 
(^hron. p. 18^), et cet û a pénétré dans plusieurs mots du 
latin vulgaire })honétiquement seml)lables à octôhcr. C'est 
ainsi ([ue l'ap}). Probi dit « sobrius, non suber » et 
M. Schuchardt (Il 107 et 1"),) cite beaucoup d'exem})les 
de consuhrina, subrius. Octuber ne répugne pas non plus 
essentiellement à la phonétique latine. Le nombre huit 
avait deux formes en indo-européen : oktô et oktoii. oclo 
et dxTO) remontent à la première. La seconde est conservée 
dans le sanscrit : asi/ni, gothique : nhtnu et par le latin : 
ocUwH.s (Lindsay :255). On poui'rait donc supposer qu'il 
exista dans certains dialectes du Latium une forme octou- 
ber d'où dériverait directement octuber. L'existence de 
formes en ou > n à côté de celles en o se constate encore 
dans d'autres mots latins. Nous reviendrons sur cette 
particularité quand nous parlerons des diphtongues ou et 
au. 

§ 15. — i et U devant b's labiales. 

(y est une particularité bien connue de l'orthographe 
latine cpie l'hésitation entre i et u pour leprésenter la 
voyelle aioiw des mots tels (jue ma.nunus, pontuj'c.r, quod- 
hibct etc. S'appuyant sur de nombreux textes de grammai- 
riens, MM. Seelmann et Lindsay admettent, que l'on avait 



150 LK MLSKON. 

(Ml cclNî posilioii une voyollo ;iri*()n(li<' dont lo son lion- 
drait à la lois do 1/ cl de 1"// et se lajipi'ocherait de ct'lui 
de rupsiloii. M. Parodi (Studi italiani di lilolotcia classica 
1895) pirtcnd (juc le son infciinédiairo n'a existé devant 
/// qne pour la voyelle issue d'un a priniitit' (i). Quoi(|u'il 
en soit, en roman, celte voyelle est l'ejn'ésentée par c 
coniinc Vl ordinaire et dès une époque ancienne, elle est 
rendue par e snv les inscriptions vul|;aires, Notamnient 
dans les Astni'ics, au 5*^ siècle, nous lisons Ichlois, Icveus 
- Iihcns < liibeus, et dans une épilaphe de Saragosse 
(païenne) liarcsscmo, incrculcsseino. Sous la l'épublique cl 
dans les |)icniiei's temps de l'empire, on trouve générale- 
ment //, mais 1'/ se rencontre déjà à une époque très an- 
cienne et devient de jour en jour plus frécpient, hien que 
1'// ne disparaisse pas complètement et se rencontre encore 
an i' siècle. Toutes ces variations n'ont guère de portée 
pour iliisloiic (les langues romanes. (]omnie elles peuvent 
olîi'ir un certain inter('t au point de vue de l'orthographe 
latine, je donnerai un apen'U de la ré[)artition d'j/ et d'/ 
dans les inscriptions d'Kspagne, en m'attachant surtout 
aux ins(ri[ttions datées. 

A Vrpoqiio rrjmhlirainc dans rinscription 5439 (Lex Ursonensis) 
de l'an 42 av. ,1. C, on trouve déjà les mêmes mots orthographiés 
tantôt avec i>^ tantôt avec / : optiaiin : optimo, rvcuperaior : reci- 
peratorcs. Ou y trouve de même : dccuinonis, proxiiniis : nionu- 
mnitum, ponfificcs. 

Au i)remier si(H'le nous avons u dans 

maxnmus. r.240, 4673 (a. 98), 4935 (a. 32), 4721 (a. 90). 
MaxtimiUae 5891. 



(1) Il est cei-tiiin (i'aillouivs (|iip ce n'était pas exa(;tpment le sou " de 
1 upsilon, (■(•innie M. i'arodi ItMlcuioutce très bien. 



LE LATIN d'eSPAGNE d' APRÈS LES INSCRIPTIONS. 151 

pluruma 2282 (aev. August). 

proxuma^ legitumis 1963 (Aes salpens. Fin du P'' s.) 

pontufex 3361, 2107 fa. 6), 4712 (a. 35). 4931 (a. —8), 2040 (a. 14). 

Mais on trouve déjà souvent i : 

optimus 3437 (V moit. du P' s.). 

maximus 4868 (a. 11), 4724 (a. 97), 4749 (a. 42), 6324 (a. 44), 
4922 (a. — 8), 4929 (a. 48). 

. . . 5181 (Metallum Vipasceuse — Fin du 1" s.). 

iricensimus. ) 

pontifex 4922 (a — 8), 4937 (a. — 7), 4929 (a. 44), 6324 (a. 44), 

6208 (a. 98), 4875 fa. 44). 

,.. . 14935 (a. 32), 4722 fa. 90), 4721 (a. 90), 4725 

ponUfcx : maximus j^^_ ^^^^ ^^3^ ^^_ ^^^^ 

clipeis 2079 (fin du 1*'' s.). On a dupenm 1263 sans date. 

Ainsi donc on voit que Vi so rencontre déjà très tôt, même dans 
les textes officiels, et qu'on trouve i à côte de u dans les mêmes 
inscriptions, et cela tout spécialement dans cinq textes où on 
lit pontifex à côté de maxiimus. On peut concluic de là que Vu 
dans pontufex a un caractère plus archaïque que dans la finale 
-umus du superlatif. 

Au second siècle dans le sen. cens, italicense (6278) de l'an 176 
on lit maxnmornin, mais trois fois maximi (i). u est encore assez 
commun par exemple dans 

maxuma BAH. 33. p. 412, EE. 8. 82. 

optumae 1172. 

maxumo 2010 (a. 109) 2054. 

On ne rencontre plus pontufex ni niaritumus (au contraire pon- 
tifex 4860 (a. 134) 4735, 473(i, 4738 — Maritimae 6128). 

On a encore u au 3" siècle dans les inscriptions railliaires, p. ex. 
maxiimus, Maxuminus 4788 (a. 238). L'inscr. 4816 de la même 
année oflTre maxumus : 3Iaximinus (s). 

(1) Il est assez probabhî que Vi parut tout d'abord devant les finales en 
/■. C'est un cas tout naturel d'assimilation de la posttoni(iuc à la finale. 

(2) Même remarque que ci-dessus. 



10*2 l.K MISKON. 

On a i partout dans 4731 (a. 237), 4727 (a. 214). 

Les mots où l'on constate la grapliie u peuvent se distinguer en 
diverses catégories dont la plus nombreuse est celle des superlatifs. 

Si nous tenons compte des inscr. datées et non datées, nous 
trouvons 

Maxwnus dans plus de 40 inscriptions : 62, 119, 5932, 151, 156, 
2581, 281, 292, 2894, 2054, 5740, G240, 313, 389, 2518, 
318, 320, 323, 335, 360, 3514, 4673, 4991, 5100, 4721, 
4722,4788,4816, 5891, 5220, 5289, 6277, 5622, 6278 
etc. etc. 

optnmus 28, 4199, 5042, 261, 170, 501, 1324, 1728, 1733, 19(;3, 
2010, 2030, 2054, 2056, 5406, 5439, 6015 etc. etc. 

piissumus 389, 2345, 925, 1172, 1317, 1678, 2188 etc. 

sapientissunius 597. 

2nentissunius 2102, 2828. 

praestantissumtcs 1179. 

indulgent issumus 2188. 

pluruma BAH. 23 p. 269. 

proxuma 1963, 5439. 

On trouve aussi -iino : -umo sur la même pierre par exemple dans 
Jovi optimo maxumo 5565. 

2° Noms de nombres en -imus ou leurs dérivés. 

Decumus 1232, 1618, XV. 4397. 

decmnanis 5439. 

septumus 1621. 

Scptumius 4984, 6182, 537, 657, 1080, 2008, 5816, 5871. 

^Septumina 2020, XV 3976. 

vicensumus 3871. 

3° Adjectifs en -imus. 

maritumiis 3311, 0005, 4239, 4138, 4224, 4266, 1970. 
legitumus 4223, 1963. 

4° Ou trouve : 

monumentum BAH. 30 p. 359, 30 p. 497, etc. à côté de 

11.542,3944,5919,2435,4315,5493,6297,6298, 
/5718, IHC. 153. 



i.i: i.Aii.N I) KSi'v(;.Nt: d mmu.s les INSCIUPIIONS. i,),> 

— Dans tous ces cas u se trouve devant m. On le rencontre 
parfois devant d'autres labiales mais beaucoup plus rarement. 

On la devant /' dans 

ponhifex 2038, 2039, 2107, 3361, 4712, 4931, 1555, 2040. 
pontnficiensis 5055. 

devant p dans 

clupens 1286. 

coDuiianupitlare 4063. 

recuperatores 5439 : recipteratorcs (Même inscr.). 

On ne trouve pas en Espagne lubcns mais toujours lihens 
(p. ex. 135) et même lehùns, levais 5728 (= 2705). 

— Je ne sais trop s'il faut ranger ici la forme Tuherianiis 820. 
On ne trouve dans les inscr. que Tiberianus. — Tuberianus ne 
serait-il pas plutôt le résultat d'une contamination entre Tiberianus 
et Tnbrro^ Ttibcrtus ? Dans l'inscr. chrétienne IHC, 314 (a. 566) 
on lit Jyberius, ce qui i)ourrait faire penser que Vi de Tiberius 
avait précisément ce son vague intermédiaire entre Vi et Vu mais 
je n'en crois rien. Je rapproche Tyberins de Tybcris CIL XIV. 
3902. 6, qui n'est qu'une confusion entre Tibcns et 0'J3p',(; ou 
©■jjjLfbp'.;, lequel apparaît sous la forme Tlit/bris en beaucoup d'au- 
teurs latins (Georges 688). 

M. Stolz (p. 181) admet f|ue le son intei-médiaire entre i et w 
existait aussi en certains mots devant /, ce qui expliquerait di- 
verses variantes orthographiques telles que singuli : singiUaiim. 
Nous trouvons |)réciscmcnt en Espagne (inscr. 6278. a. 176 sen. 
cons. Italie.) la graphie : sinf/nhttint alors que d'après Fleckeisen 
(cf. Stolz loc. cit ) singiUaiim serait la iorme correcte. 

Quant à versurulos :}91. 

('.urnncHinrias 3323, 5906 

vis-à-vis des formes classiques ; versicidi, rornirithirius, ils nous 
représentent les thèmes en h munis directement du suffixe -culus, 
tandis que cornicularius, versiculus ont rejeté la finale -ucuIhs 
pour -iciihis, soit par aiialogi(î avec les udiubreux diminutifs en 
-iculus, soit par ratt'aiblissemcnt de l'ù atone libre tel qu'il s'est 
produit dans un certain nombre de mots, p. ex. inclutus : incUtus, 



154 LK MUSÉON. 

defrutum : defritum, saturn : satira (Lindsay 197). Ce sont donc 
deux archaïsmes intéressants de la même nature que commanupu- 
lare 4063. 

— A côté des finales : -imus, -unius, il existe une terminaison 
dialectale : -omus (Cf. falisq. niuxomo. Zvetaiev. GO, ombr. hon- 
domu. Conway. 3fi5). On pourrait se demander si l'on n'a pas une 
forme de ce genre dans optoino 4291. Je suis persuadé qu'il 
n'en est rien. En effet, cette inscription bien qu'assez ancienne 
n'est pas d'une très haute antiquité. Les autres inscr. de Tarra- 
gone conçues dans le même style et apparemment contemporaines, 
portent toutes optimo, maximo. J'attribue la présence de Vo post- 
tonique à Vo final qui aura exercé sur lui une action assimilatricc. 
C'est là un fait des plus ordinaires. 

— Jusqu'à présent, nous avons toujours vu un /sortir d'un h. Le 
cas inverse s'est produit dans 

Sosumus = ZoW'jjio; 425, 5856 ; XV. 3189, 3608. 
Oneaumus = Ovt.t'.uloç 445. 
Crrsumo = Xpr'id'.jjio; 6272. 

Un grand nombre de ces noms sont dans la Lusitanic septentrio- 
nale. Ce sont ou bien des graphies inverses ou bien des noms dont 
la finale -imus a été entraînée par les terminaisons des superlatifs 
et des adjectifs en -unius. 

Serait-ce aussi un cas d'introduction de Vu que Ion aurait dans 
la forme (remuniana 1639 ? Il serait difficile d'en rendre compte. 
En effet, peut-on raisonnablement admettre que Vm précédent 
aurait eu quelque influence ? Notons, au reste, que cette leçon 
n'est pas absolument certaine. Le plus simple serait, je crois, d'y 
voir un lapsus du graveur. 

5^ 14. — La diplUoiKjue ac. 

Les langues romanes nous montrent universellement 
la confusion d'ac et d'c dans nn même son r. 

11 sufïit de jeter un coup d\v\\ sur les inscriptions et 
les documents de la décadence pour se convaincre que 



LK L\ll> l)'i;SPA(;.NE 1) AI»IU;S LES I.NSCUIPTIOS. loo 

cette confusion phonéti(juo date d'une époque ancienne. 
Les iïrainrnairiens du bas empire ne voient plus entre ae 
et c ([u'une ditï'éience de (juantité. Suggestif à cet égard 
est un texte de Pompeius (K, V. 28'^) « Pleruinque maie 
pronunliamus et facimus vitium ut brevis syllaba longo 

tractu sonet si quis velit dicere aequus pro eo (juod 

est é(juus, in pronuntiatione hoc fit. » 

Dans la longue liste d'exemples d'e pour ae recueillis 
dans les inscriptions d'Espagne, je distingue les cas datés 
de ceux qui ne le sont pas. Les piemiers sont, en effet, de 
loin les plus importants i)uisqu'on ne peut mettre en ques- 
tion que le plus ou moins d'ancienneté du phénomène. 
J'ai ;nissi séparé les toniques, les atones finales et les 
atones initiales. Il faut remarquer, en outre, que je n'ai 
noté ici que les graphies antérieures au 5** siècle. Les 
inscriptions chrétiennes fourmillent d'exemples d'e pour 
ne, qui n'ont plus aucun intérêt. 

1. Cas datés. 

Tonifjuc Naervae hMQ ^96 à 98). (Azuaga en Bétique — Inscr. 

correcte). 
Neviae 5426 (2'' siècle). (Carmo en Bétique — luscr, 

correcte). 
Cellns 53.56 (2'' siècle). (Ceret en Bétique). 
Ideae 179 (a. 108 à Olisipa) = Idaeae. 
GaUccia 3271 (1« moit, du 2" s. à Castulo). 
GalJeco 2555 (tin du 2'' s.), 2553 fa. 167 — Conv. lucen- 

sis). 
Calleci 2551 (a. 167 — Conv. lucensis). 
Serulum EE. 8. p. 198 (2'' s. à Tarraco). 
qmstus 6278 fa. 176 — Son. cons. italicense). 
(irectis 2236 (T s. a Corduba). 
liobin 5812 (a. 239). (Segi.samo). 
Beticae XV. 4128 (a. 230). 



156 



LE MISÉON. 



Finale Caledige Annae matertere piae pientissi me 6299. (laser. 

barbare prob. du 2'' siècle). 
tribunicie 4841 (a. 134). 
Eutychie 6167 (2*' s. — Barcino). 
Annie Celtihere 6168 (tin du 2^ s. — Barcino). 
verne 6071 (2'* s. — Tarracoj. 
Feste BAH. 29. p. 436 (2'» siècle). 
materne^ paterne, cnrissimc EE. 8. 121 (2<^ s. — Braga. 

Inscr. vulg.). 
Serve Thrwic 3354 (Assez aucienue — Couv. carthagin.). 

sanctae (= sancte) ] 

6278 (a. 176 — Ofîic. Sen.cons. italic). 
promisque \ ^ ' 

tribunicie 4880, 4638 (a. 27.5). 

Nerre 4740 (a. 214). 

ambe 1088 (T- moit. 3'" s. à Ilipa). 

Valérie pat rone 5812 (a. 239). Madrid. 

Baetice XV. 4127 XV. 4129 (a. 230). 
Atone Kmilianus G259 (2*^ s. à Emporiac). 
Initiale Cccilianus 6180 (Début du 3° s. à Gerunda — Inscr. 
vulg,). 

prescdente 5728 (Déb. du 3° s. — Astures. — Inscr. très 
vulg.). 

Cemri 4763 (a. 292). 
Relatifs que 6278. 5i (a. 176 — seu. cens, italic). 
atones que 59 (fin du 1®' s. ou début du 2'' s. à Fax Julia). 

que 6299 (2'' s. à Pallantia. — Inscr. vulgaire). 



:2. Cas iso.n datés {antérieurs au 5 siècle) 

Tonique Ve)ieciiis 2103. 
Cesia 1012. 
cimera 6338 p. 
Idcae. 179. 
cincde 11 (Faro). 

Grecus 2236. Leç. douteuse (Corduba^. 
G reçus 4443 (Tarraco). 
ceh 2394 (Bracara). 



LE LATIN d'eSPAGNK d'aI'HKS LES INSCHIPTIONS. 157 

Mesto 2882, 4970. 323. 

Sevius 2972. 

predium 3015. 

Pederos 2925 (Cantabri). 

FhileterKS 4122 (Epitaphe d'un sénatorien à Tarraco). 

Bebia 1743 (Gades). 

EUus 5173, 5143. 

Celicus EE. 116 = CIL. II. 2419 fBracara. Inscr. vulg.). 

Atheneus G 163. 
Inversement Maestria 3501. 

trabaeclis 2083, 2084. 
Naervae 5546. 
aeius 205. 
Atone carissime 1453, 2839. 
finale Minerve 1724. Inscr. vulgaire. 

medicine 4513. 

Camilie, patrone^ merentissime 4346. 

Minerve 5812. 5811. 

su£ fate (= /"a/ae pour fala) 89. Inscr. vulg. 

pieniissime 105. 

Licinie Atte 2683. Très vulg. 

Minicie 2684. 

swe 2714, 4579 (vulg.) 5732 (vulg.). 

^w«e 2710. 

FiUfine 2724. 

Optime EE. 8. 5 (Caetobriga). 

pieniissime EE. 8. 134 (Pallantia). 

Terenfie 2828. 

iSempronie 2867, 2918. 

(/ive Diane 3076. 

innocentissime 3780. 

GemeUe 4344. Inscr. vulg. 

Jucnnde 4373. 

Karissime 4577. 

jpo5//e 4587. 

candide, rarissime 5689. Inscr. vulgaire. 

Heltne filie 5691. 



158 LE MUSÉON. 

Severille 5743 vulg. 
Albine 5793 vulg. 
Electre BAH. 26 p. 66 (bis). 
Anicie ib. 26 p. 62, 
Paterne ib. 21 p. 529. 
Bandue ib. 21 p. 146. 
Graphies inverses Aloisae 4976. 39. laser, chrétienne (= vocatif : 
Aloiose). 
sanctae 6278 fa. 176). Son. cons. italic (=.<îancfe). 
optimae 4405 = optime. Simple erreur de iapi- 

cide. 
asiduae 2295 = assidue, 
puhlicae 5439. (Lex ursonensis. an 42 av. J. C). 
Ce n'est sans doute qu'un lapsus. 
Protonique Cecilius 2436. 1260. 4153. 1484. 6180. 
Eqiialis 40. 4008. 
Emiliana 2755. 
Emilianus 6259. 2. 
Levinus 3080. 
Prepostus 4118. 4. 
Cecili 4150. 
prestantissimus 5812. 
présente 2480. 
cohérentes 4332. 
Igeditani 435. 
Prêter itus 4970. 7. 
pedagogus 1482. 

mcsolciis 4174 (= maesolemu < mausoleum). 
misolio 5144 (= id.). 
Graphies inverses Paedania 4325. 
paedatura 2651. 
Laconicae 36. 
Aevaristus .5812. 
Faestiva 4034. 

Praepusae 370 (= OpéTroyo-a ?) 
maercntissinme 1618. 
piaentissime 6299 (vulg.) EE. VIII. 162. 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. ioO 

haeredes 2342. Leçon douteuse rejetée par Hii 
lier. 
Monosyllabes que 20 (auxquels il faut ajouter 3 cas datés). 
hec 1067. 

On peut faire diverses observations sur cette liste de 
formes. 

1° Dans un certain nombre de ces exemples, e remplace 
ae latin, l'endant l'ar. tcrec : Idea, cimera, cinedus, Pederos, 
Philelej'us, pedagogus, Atfieneus. Or, dans ce cas, il y a 
toujours lieu de se demander si e ne rend pas directement 
la prononciation grecque de l'époque. Dès le '2^ siècle, en 
effet, on trouve e pour ex-, sur les inscriptions helléniques 
(G. Meyer. Griech. Gram. p. 178) : 

2" Les datifs féminins en e de certains noms propres 
romains pourraient, en plus d'un cas, être des datifs 
précisants en ('. On rencontre, en effet, une vins^taine de 
fois ce datif dans des noms propres d'origine grecque. 
Acte 5771, Alciste 4568, Antigone :2978, Calliste 4418, 
etc., etc., conditions où l'on ne peut évidemment douter 
({ue l'on n'ait affaire à une transcription de la flexion 
grecque. Or il est possible (jue ce datif ait été étendu à 
des noms purement romains puisque nous trouvons bien 
l(î nominatif en e dans un grand nombre de noms pro- 
pi'es d'oi'igine latine, tels que Marinne ^^, (iermane :262I, 
Maure 59i:2, etc. 

5" A l'atone initiale libre, on trouve parfois i pour ae 
rnisolio 5144, Pilignus 5609. Biduniensis BAH. 56, p. 452, 
KE. 8. 151. (= Baetuniensis) Miloni 875 (= Maeloni) 
IHdali 4970. i4(> (= gen. de Daedalius ?) (Cf. ^ 4. D). 

Cola nous montre que Vç issu de ae s'est confondu en 
syllabe atone avec c primitif au point de passer comme 
lui à e en syllabe ouverte. 



IGO LE MISÉON. 

ï" Les ^l'aphios inverses nous montrent à l'évidence 
que Vf' issu de ae avait un son ouvert comme l'e, tandis 
que l'r primitif avait le timbre d'e. 

En etï'et, c'est toujours un r qui est remplacé par ae : 
,\uervai' (au P' siècle), Paeda)iiu (:2'' s.), paedatiira, 
Mdcstrid, niacfentissitna, trahaccitlae, Fuestiva, piaenlissi- 
tnu, AloinaiH' (vocatif). 

\'A\ certains mots, ae remplace e dont le son était fermé 
en lirec ; mais il est probable (jue, dans la piononciation 
j)opulaire des liomains, cet è issu d'e avait iiénéralement 
le son d'c latin [Ijieonicus, Aevaristus, Pruepiisa). 

On ne trouve ne [)our c (pià la finale (^adverbes : adsi- 
duue, samiae, piihlicac, optuiute) ; mais ces exemples sont 
précisément parmi les moins sûrs. D'ailleurs, à la finale, 
à l'ouest de la lîomania ç et r ici. .Meyei-Liibke 1. v^ »J(M), 
7A)1) se confondirent et, en tous cas, la distinction entre 
le timbre de l'e et celui de l'c était moins sensible à l'atone 
finale ipi à la tonitpie. Déjà l'Appendix Probi K. 20r). li 
témoigne de l'identité pbonéticpie de sahridc et sobric : 
« Intel' sobriae et sobrie lioc inleirst cpiod sobriae nomen 
désignât, sobrie autem adverbium esse désignât ». 

On trouve encore ae pour ê dans haeres ; mais il semi)le 
(pie cette grapbie, qui n'est j)as accidentelle puisqu'elle se 
rencontre assez Impiemment (CM. \IV. :2:2(S(), 1ns. Heg. 
Nea|). :2825, (ieorges 518), soit due à quehpie cause parti- 
Hère, peut-être à une contamination avec haercve. Au 
reste, l'exemple cpie nous en avons en Espagne est une 
lecture foi't douteuse. 

Quant à (icius vis-à-vis du classicpie c///,s, il se renconti'e 
sur beaucoup d'inscriptions (V. iiii, H^rlT). \\. \H{)\, 
11!)")!. Mil. I()i, i()-2ô, :>Sr)(). I\. atM, (iîKIT, ;)8(i;>, etc.), 
et il semble bien que dans la langue du peuple, on ait 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPRÈS LES INSCRIPTIONS. i61 

réelleinent articulé ëyus. L'abrègement des voyelles devant 
i est assez fréquent en latin vulgaii'e. Cf. l'Italien peg- 
giore < pèiorem pour le classique pêioretn. {Lindsay. o5). 

Chose remarquable, même à l'époque chrétienne, on 
ne rencontre ae que pour ë : aeclesia 5, 304, aepiscopus 
\7)ty\ praesbiter &J, praetiosus 144, quaeritiu "^dH, sauf -d 
la finale dans les adverbes piidiae 510, 7'eligiosae 413 et à 
l'ablatif t/iae 45, 310, 330. 

Cette distinction soigneuse entre Ve et Ve est loin d'être 
observée dans toutes les provinces. On trouve, dans Schu- 
chardt I. p. :223 à 400, un grand nombre de formes où ae 
est écrit pour ê, et M. Pii'son (p. 19) en a constaté assez 
bien en Gaule. C'est donc une particularité très intéres- 
sante des inscriptions de l'Espagne que cette barrière 
infranchissable entre l'e ouvert et Ve fermé. Nous pouvons 
en inférer que le vocalisme latin a été scrupuleusement 
respecté en ce point particulier dans notre péninsule. 
Aucune évolution populaire, aucune réaction de la langue 
livresque ne sont venus troubler ici l'état primitif con- 
trairement à ce qui semble s'être passé dans l'Italie du 
Sud et les deux Gaules (Mohl. Lexiq i lOj. 

Parlons du traitement général d'ae en Espagne. 

Si nous cherchons à établir approximativement la date 
où «e cessa d'être une diphtongue, nous constatons (jue le 
plus ancien exemple daté de l'Espagne est la gra[)hie 
inverse Maerva de la Hn du P' siècle. C'est de cette époque 
aussi (jue semble dater un exemple de que pour qiuie. 

Au second siècle les cas d'e pour ae commencent à 
devenir assez nombieux. Dans la première moitié du 
siècle, on a iialU'cm à (^astulo, Idea à Lisbonne, InbiDiicie 
sur une inscription milliaire de l'an 134. A la fin du 
siècle, on a (julleca, (Uilleci, queslus et, au second siècle, 

11 



1G2 LE MLSKON. 

en liénéral : Emilianus, Feste, verne, scciilum, Celiiis. Au 
troisii'ine siècle, on a autant d'exemples, spécialement dans 
les inscriptions milliaircs. Cela nous permet (ratïirrïier 
(jue, dès le second siècle, au plus tard, e pour rtc était fré- 
quent dans la piononciation du latin de la péninsule. 

Quant à la loculisution du phénomène, on constate que 
l(»s cas dates les plus anciens se ti'ouvent dans les parties 
le plus prolondémcnt et le plus rapidement romanisées 
de la pciiiiisule, dans la Iiéti(jue, dans les colonies et les 
j)rin(ij)au\ ports. Il n'est donc pas impossible ([ue c pour 
acait clc amené d'Italie tout d'abord dans les parties les 
plus en iap[)ort avec Uome comme la Héticjue, d'où Rome 
tirait une iiran(l(> partie de ses denrées alimentaires. 
C'est de là (pie c i)our (ic aurait rayonné ensuite dans les 
canip;iiiiics. Toutclbis, on ne jtcut tirer là dessus de con- 
clusions bien ccrt;H'iics;cai', |tai'nii Ic-i exemples non datés, 
il v en a beaucoup (jui viennent de reliions assez ('cartées 
et, parmi eux, il en est comme ceux du n' ()lî)î) qui datent 
probablement du second siècle. Il est à noter (jue les 
in.>cripti()ns datées sont en i.i('néral des textes publics cpii 
se renconti'cnt |)lut(')t dans les villes. 

Quoicpi'il en soit, nous pouvons considéi'cr comme 
établi (|u"au :2'' siècle, iic = c en Espaiine dans les parties 
les plus soumises à riniluence l'omaine. (Confrontons 
cette situation a\('c l'iiistoire licnérale de ne. 

Cràce à l'élude de M. llanuner (/)/V ] vrhn'iluiKj ('rulics- 
U'v ronuuiisrlic)' LduliiaïKlItunioi iin (illcii lldlioi p. 10 
S(p|). 

.Nous savons (pu\ si au I" siècle, on trouve souvent c 
pour <ic à Kome et à l^ompéi, ce n'est (pi'au "1" siècle {pi'on 
peut en récolter des exemples dans les auti'cs cités ita- 
li(pics, enciMc n'est-ce iiiu'ie (pià Ostie et à Tusculum. 



I 



LE LATIN d' ESPAGNE d'aPKÈS LES INSCRIPTIONS. I()5 

Avant le 1*' siècle, on n'en trouve qu'en Oinbrie. C'est 
pour cela que Sittl et Mohl. (Chron. 110) s'entendent à 
dire que la réduction de ac en e est un trait des dialectes 
ombriens, transmis au latin vulgaire de cette région et 
répandu de là successivement sur l'Italie. 

Lindsay 241 et Seelmann (p. 2:2.'>) prétendent que ac et 
e ne commencent à s'échanger régulièrement dans les 
inscriptions, qu'à partir du i' siècle, si ion t'ait al^strac- 
tion de quelques inscriptions plébéiennes et dialectales. 

Dans ces conditions, il tàudrait recomuiilre que c 
pour (te se serait répandu beaucouj) plus tôt en Ks[)agnc 
qu'en Italie, puisque nous l'y constatons dès la tin du 
premier siècle dans des inscriptions correctes et même 
olïicàelles. On devrait en conclui-e ({ue celte [iionon- 
ciation aurait été apportée directement de Uome, alors que 
l'Italie serait n^stée relativement tidèle à la di|»litongU('. 
Mais je dois avouer que je suis un peu sceptique [)ar rap- 
poit aux conclusions de M. Ilammer. Le lait (pi'on trouve 
intiniment |)lus d'exemples d'^ pour dC à Home et à 
Pompéi (jue pai'tout ailleui-s |)eut être di'i au liasard, (pii 
a voulu (pie nous ayons conservé beaucoup plus d'inscrip- 
tions de ces localités (|ue des autres villes de l'Italie. De 
plus, au premier siècle de l'enqjiie, les inscriptions latines 
de l'Italie sont presque exclusivement écrites dans la |(iire 
langue classi(jue, et ce n'est guère qu'à Ronu; ou dans les 
yo/fili de Pompéi (piOii trouve des l'ormcs vulgaires, si 
bien (juil en est pour la plu|)art des traits de la langue 
du peuple comnuî pour c '. (te ; ils ne se i-enconlrent au 
P' siècle (jue dans ces deux villes. (>'est le cas pour la 
chute de \'tn finale, de l'.s linale, du / liniil, etc. Il esl donc 
possible (pie la langue du [x'uple lenl'ermàt sur une large 
étendue des bai-barismes (pji n'apparaissaient (pic de loin 



i64 I.K MISÉON. 

(M) loin sui- un niui- de IN)ni|)(''i, ou dans une ëpituphe 
plébéienne de Home, 

D'autre part, la substitution d'e à ae comme celle d'c 
à î, d'o à ù ne prouve pas nécessairement l'identité des 
deux sons mais seulement leur ressemblance. Cette iden- 
tité ne se produisit même jamais aux [)remiers siècles 
de l'empire, puisqu'entre c et ae, il y avait une difté- 
rence de timbre, entre è et ae une différence de quantité. 
Or, si, maliiré cette différence, e et uc sont constamment 
échangés à partir du second siècle, il n'est pas im- 
possible qu(^ l'on ait déjà écrit c pour ae à répo((ue où ae 
était encore une diphtongues. Il est certain, en effet, que 
très anciennement on transcrivait r, par ae (Lindsay p. 42). 
C'est ainsi que na({uirent les graphies scaena, proseaenium, 
scaeptrum. Vai-ron (LL. Vil Î)G9) remarque que ae rend 
dans ces mots la j)rononciation dV,. Il est donc [)robable 
que la diphtongue ae avait, même avant sa réduction 
com[)lète, un son voisin de ïe long ouvert. C'était 
quelque chose comme de (|ui pouvait servir de graphie 
approxinialive poui' rcndic \e long ouvert grec et qui, 
conséquemment, [)ouvait être orthographié accidentelle- 
ment e par un sciibc distrait. 

I']n outre, la transformation d'ae en e a i)U s'opérer spora- 
di([uement, d'une manière irrégulière et inconstante dans 
le parlei' local ou individuel. Il est donc possible qu'à 
une épo([ue où l'on trouvait déjà e ça et là dans les inscrip- 
tions, la dii)htonuue ait encore subsisté assez uénéralement 
dans la langue. La réduction d'ae à e iie s'est pas laite en 
une t'ois. Varron (LL. VIL {)(>) nous apprend (jue déjà, en 
son tenn)s, on entendait Mesiiis, rdiis dans les campagnes. 
Lucilius parle (l'un préteur (jui affectait de s'appeler (j'ei- 
l'uts. Il va même ('(M'iaius mots latins où l'r s'est introduit 



LE LAILN I)'kSPA(;.\E 1) APUÈS LES LNSCIUI'TIO.NS. IG5 

à la place de l'ancienne ()i'thoiii'a|)he ae. Toutefois, conti-ai- 
ronient à l'opinion de Uaniniei' (op. cit. p. 10) et de Lindsay 
(p. 4:2), je croies que l'c })om' (ic remontant à cette é[)()(iue 
avait non pas le tiinhie de l'c mais celui de le latin ; car les 
laniçues romanes rendent cet r par ç dans des mots dont 
le i'aj)port avec les choses de la campagne d('>note avec 
évidence l'origine l'usticpie ; p. ex. esp. selo, port, .sehc de 
sêptum, sêpcni pour sacptum, sficpem (= sacques de snihv. 
Wharton 89.) qui eussent donné sieto, sichc. De même, 
toutes les langues romanes ont ç dans fcniiun (fV. foin, 
prov. l'en, esp. heno, })ort, feno) sauf l'italien (pii a jîcno 
remontant à faenum (i). 

I. 'orthographe latine flotta toujours entre ae et c dans 
un certain nomhi'e de mots {pacicx, pédicure, (jacriun, 
tnacno, etc. (if. Georges, s. v.). 

Il résnlte de ces diverses considérations (jue l'histoire 
de la réduction de la diphtongue ae est assez complicpiée. 
Elle mériterait donc des recherches plus systénjaticpies. 
Comme il n'entre pas dans mon rôle de traiter cette (|ues- 
tion dans l'ensemhle du domaine romain, je me conten- 
terai de l'expression de ces (juel({ues réserves. 

Tkansciupkons n'y, pau ae. 

Aesionn = 'Ha-wv/i 2223. 

Aerotice 2996. 

scaenicis 1063. Inscr. ofiic. do l'époque des Antonins. 

proscaenium 181. 

zesaes = ^-riariç. IHC. 39. 

Nominatif Crysidae 1993. (Inscr. négligée). 

Trophimae 1017. 
Génitif Staiaes Ampliatacs. 4975, oo. 

(1) On hésite do morne dans los inannscrits ontro cacpn otcepa. Les 
langues romanos remontent toutes à ccjmi, et nous avons cepa en l'Espagne 
dans Cepariae XV. 2504, 2568. 



iC>C) LE MUSÉON. 

(]ommo jo Vi\\ dit ci-dossiis, le principal intérêt do 
co iioiirc de transcription consiste en ce ([u'il remonte à 
rép()(jU(' l'cpuhlicainc, ce (jui est très instructif au point 
de vue de la prononciation d'ac. Il est, en efl'ct, irnpossilde 
(ju'on ait rendu Ty, par inie diplitonirue (jui aui-iit eu le 
son de \<ii, ci allemand. Il faut t\\H' arait eu un son assez 
voisin de le lonii" ouvert ; mais comme je viens de le faii'C 
i'('mai(juer, il n'est pas nécessaire pour cela (]ue <ti' = r. 
Il suflit ([ur (ic ait été plus proche de \ç que ne l'était l'ê 
latin, cai' ces transcri|»tions ih^ sont évidemment (pie des 
ij:raphi('S approximatives, dette transcription est aussi 
intc'rcssantc |iour la prononciation de I v-,. Nous voyous 
avec évi(lenc<' (pie vers le début de iKMre èiv, r. avait 
encore un son ouveit bien caractéiisé. Il est curieux de 
constatei- encore la ti-ansci'iption uv pour y, à rép()(pK» 
chi(''tienne. sans (ju'il faille cependant attacliei- à ce fait 
trop d'importance, car la pronom'ialicui d'ç pour l'y, 
a pu se maintenir ass(>z lonutemps dans le ui'cc soiijné, 
alors (pu' le p(Miple proiionc^-ait déjà /. 

ni PO ni (ic. 

Tsaivi 4970. y-j2 (Tarraco). 

AimiVnis 4963. o (Corduba), 

Maicia 0257. 4, 3439 (Carthago nova). 

Cinnai 1343 (an. p. C. 5) (Lacilbula). 

Flavinai 399. Exemple fort douteux. 

Sergini Cacsnlai 3688 (Peut-être I est-il un E mal 
dessiné). 

Corsi/aninai 3903 (Saguntum). 

Herai 4970, -m (Tarraco). 

Furiai, Secundai 3468 (Cartbago nova). 

MaiJo 402. Moeilo 453, Melo, Melin 109, 878, 2496, 
37()(i, 3013. (riobableineut nom barbare lusita- 
nien). 



LE LATIN d'eSP.VGM': d'aPUÈS LES INSCIUPTIONS. 107 

Juliai, Marcellni 5251. Cas douteux ))arcc que le 
lapicidc a mal tracé l'E et le T (VIGIIVS = 

Vegetus). 

ai est l'ancienne forme dV/c. Elle a été en usage dans les 
inscriptions jusqu'au milieu du :2'' siècle avant notre ère, 
et par une affectation d'archaïsme, elle a reparu dans des 
textes du bas empire. 

En Espagne, on constate cette orthogi'aphe dans les 
villes les plus anciennement romanisées : Tarragone, 
Carthagène, Sagonte, Coidoue, et, somme toute, elle 
s'est maintenue plus tai'divement en Es[)agne (}u'en 
Italie puis([u'on la trouve encore en l'an 5 de notre 
ère à Lacilbula en Bétique. (]e serait là un archaïsme de 
la langue d'Espagne. Quant aux exemples dV/i à une 
époque plus récente, ils sont fort rares et n'ont rien de 
commun avec la manie archaïsante qui se produisit en 
Italie, sous l'empire. Ce sont des ac dont Vc a été mal 
formé. Aussi Hûbner corrige-t-il souvent avec raison Al 
en AE. 

La graphie aei. 

Cette orthographe, qui pourrait bien marquer l'étape 
intermédiaire entre ai et ac ou quehjue prononciation 
dialectale de la diphtongue ai, se rencontre dans quehpies 
inscriptions du pays marse et de la campagne latine 
(Mohl. Chron. 115 : conquacsivi, Caeicilio, queistores, etc.). 
f^lle a été en usage à la tin du second siècle avant J.-C. 
Nous la trouvons en Espagne dans deux inscriptions 
archaïques appartenant environ à cette époque. L'une 
est à Carthagène (547)5) datant de l'an 100 avant J.-C. : 
« Mardis Cacicius ISumcrii Gaii libertiis », inscription qui 
renferme encore» une autre graphie éphémère de la langue 



108 I-E MISÉON. 

du Latium : C'est le nominatif pluriel magistris pour 
magistri. 

L'autre exemple (Vaei est aux Baléares : Caeicilius 5670 
(= CIL 1. 547). 

Je signale encore que, sur un vase d'Emporiae, 0:257. 
217, il semble qu'on doive lire Vulaseniiaei bien que 
lliibner lise Volasennae. 

Dans les noms propres de Lusitanie, on trouve aussi, 
d'aventure, la graphie aei, peut-être pour rendre un son 
indigène. On a p. ex. Maeilo i55 et Caeilohrigcnses il(). 

DiPHTONCUEs ai, (lei uaiuuuks. 

Dans les noms des indigènes, on rencontre diverses 
diphtongues et triphtongucs (jui èlaicnl exposées à venir 
se confondre avec Vue latin. C'est lout d'abord ai, diph- 
tongue fréquente dans les noms celtes, plus commune 
encore dans ceux de la Lusitanie (455, ioi, 05:2, 000, 
847, 912, '2545, :25()7 etc., etc.) et (pii d'ailleurs, appar- 
tient égahîment aux idiomes pyrénéens où elle alterne avec 
ci et ae sur les inscriptions latines (Holder L ()3). Dans les 
inscriptions lusitaniennes composées dans le dialecte 
indigène, on trouve ai [Praisoni] ae {Teucae) eai {Crougcai, 
ïnagreaico, Caeilohricoi) . eai, aie se rencontre aussi dans le 
texte en caractères ibériques de (Pastel Ion : aurinkiceai , 
avthiceaie, ilcepuraies, etc. 

Les Romains rendirent toutes ces diphtongues par ae 
comme ils l'ont fait pour (//' celtique (Cf. NVindisch, (irund. 
Rom. Ph. L p. 502, 505). Cet ae d'origine barbare passe 
comme ae latin à e, au second siècle. (Test ainsi (|ue le 
nom des CaHaici latinisé en (Aillaeci, Gallaeci apparaît 
sous les formes Galleco 2555, Calleei 2551, Gallecnrum 
2552. 



LE LATIN d'kSPAGNE d'aPRÈS LES IINSCUIPTIONS. !()9 

Cette assimilation complète de Vdi des idiomes barba- 
res à Vae latin tend à prouver qu'aux premiers temps de 
la romanisation, ae avait encore la valeur d'une diphton- 
gue, puiscpie le premier [)honème s'est si naturellement 
confondu avec le second. 

On rencontre assez souvent dans les noms barbares des 
génitifs en ai : (Cloutai '2èji.r>, ^(V>7, Àgenni 8:2:2, (.arai 
505:2, (jorai 861 etc. Il n'y a pas là de di[)htongue. Cet -ai 
(= a -h I en :2 syllabes) est le génitif d '-(//«s, sutïixe fré- 
quent dans les noms hispanicfues. Tritaius, Turaius, 
Dutaius, Pintaius, Mantaiiis, Diuiniits, etc.) Ce sufïixe ne 
peut guère être séparé du sufïixe celti(|ue -aiiis, formant 
des noms familiers (Holder. I. 7^2) el des noms de divinité 
{Ànnaios, licdaios en Pannonie). (^e génitif en -dï dans les 
thèmes en -dio est toul à fait analogue au génitif en -c/ des 
thèmes latins et celticiues en -c/o (p. ex. Scfjci de Seyeins) . 

^ io. — L(i (liplttougue oe. 

oe, comme nous l'enseignent toutes les langues romanes 
est devenu r connue l'ê. Le nombre des mots où se trouve 
cette diphtongue, étant très restreint, il n'y a rien d'éton- 
nant à ce que nous n'ayons (|ue p<'u d'exemples d'c pour 
oe. Nous en avons un liés ancien. Il est de la :2''* moitié 
du !*' siècle ccpcrint iîMii. IV. -27, n'insscnt lîMJi. I. :2(), 
sur la loi de Maiaga et de Salpensa, à moins <|ii'on n'ait là 
qu'une simple distiaction de lapicide. 

On trouve encoie (unemi ^ùûi). 

A l'époipie chrétieniu', on a un peu plus d'exemples 
mais, évidemment, ils n'otfi-enl (jue bien peu d'intérêt. 

ceptîiiu IllC. 1. 
cetibus ib. I,ô8. 



i70 LE MUSÉON. 

cenobium ib. 86. 156. 
fedus ib. 385. 
obedi ib. 169 

A cette époque, on hésitait aussi dans l'orthographe 
entre oe et ne. On trouve oc pour ac dans 

coelum me. 125. 
poenitentia IHC. 33, 43. 

Au lieu de oe rendant l'oi grec, on a i dans Pimenius 
(= no-.[jLV'.o;) IHC. 80, 85, 88, 89, 11 1, graphie que la 
forme -u,ut,v IHC. 570 explique assez bien (Cf. Blass. p. 70). 

(A continuer.) A. Caunoy. 



FiO BoiiddhisTiJC d'apri^s les sources hnihinaniques. 
f. Sarvadarçanasamijraha (Suite). 



Toute existonce est douloureuse: les Tîrthakaras ^'^ en 15. 20 
sont unanimement convaincus j)uisqu'ils cherchent à 
mettre fin à la transmii^ration, puiscju'ils s'appli(|uent 
aux moyens qui peuvent y mettre fin. 

Il faut donc méditer : « Tout est douloureux, doulou- 
reux ! 5) 

Si vous ])ensez : « pour répondre à la question : comme 
quoi?, il faut indiquer un exemple. » — Nous répondrons : 
non, parce qu'il est impossible d'indiquer [un exemple] ; 
car « ceci n'est j)as semblable à cela ^^ », par suite de 

(48) A proprement parler, les « Sauveurs •• ; ceux qui trouvent un 
gué pour aller de l'autre côté de l'océan des existences. — Voyez la défi- 
nition du moksa attribuée aux Mâdhyamikas, Sarvadarç. 116. 15. Cf. .S. 
pr. hh. ad I. 7, Sâmkhyas. v. V, 77, 78 — et Madh. vrtti, chap. xxiv. 

Cf. Nyâyavart. (87, 10) : « sarvaiii svarûpato duhkham iti ke cit... » 

(49) Cette phrase n'est pas sans obscurité. — « It is inapossible to say 
that this is like that » (Gough) ; mais nous avons : " «a2ïena sadrçam 
aparam iti vaktum açakyatvât ». — Le mot drstûntasya, que nous 
suppléons, est trop nécessaire [tasya a pu choir devant svalaksanânâm 
ou devant vaktum ? ?], et il faut peut-être entendre : « il est impossible 
de dire que ceci n'est pas semblable à cela ». (Les bouddhistes admettent 
le sâdrçya et nient le sâmânya, Sàmkhyas. V. 94, 95., Bodhic. IX. 68 ; 
mais cf. ibid 369, 4] ; mais ceci entraine la correction : sâlaksanyàbhâvât : 
autant vaut suivre M. Gough : « «abbcâvâd etena.... » — Voyez Atma- 

attvav. cité note 47. 
Aussi bien est-il plus simple d'admettre qu'une glose marginale (« na. 



17:2 LE MISKON. 

r:il)S(Mice (le communauté do naturo, en tant (jue nioinen- 
tanôs, (les c( individus » \sr(il(i/isnii(is\, des ksanas '" ». 
Il faut donc incMlitcr : « Individuel, individuel ! » 
De même il faut méditer : « Vide, vide ! ». — (^ar une 
lU'ifation déleiininée ' nous est ac([uise : « l'argent, etc., 
(|ui est vu par moi, soit en rêve, soit à l'état de veille -, 
eom?ne existant devant moi, n'existe pas '^^ » ; | — et de 
celle neiiation restreinte nous passerons l()iii([uement à la 

tena.... acakyatvât) a été interpolée dans notre texte — [Adcaitasiddlii, 

8r., „). •• 

K'^aiiikatayâ ^ beinf,^ niomontary, ■ parce qu'ils sont momentanés » 
un ; « en tant (pie moineiitaiiés ». — Voyez Xi/di/aInndKf. 74. ig- 

(501 C(. note V(i. -- yyuyabiiidK, 1015, i„ : « tasya Ipratyaksasya] 
visayal.i itruUiksaitton ; yasyrii'lhasya saihnidliânrisarnnidhrinribhyârn 
.ifirinapratibliâsabliedas. tat svalaRsaiiani ; tail ova paraniârthasat, artlia- 
kriNâsâtnaiiliyalaksaïuitvâd vastunal.i; anyat sâinànyalaksaMam ■•. — 

Tikiâ (15. 1,,) : •• .svani asâdhâranaiii laksinaili tattvaiii svalaksanam ; 

piatyaksasya hi ksai.ia eko grâliyah : adhyavaseyas tu i)i'atyaksabal()t- 
painuMia iiiccayona saiiitâna eva. " 

Concluons : Rsanânâni -= svalaksanânrim. Cf. Tatp. IV, 1, .'}3 : •• ayam 
apy anya ekânto baudilhânâiii : sarvaiii pi'tliak ; kasnifit, lihrivalaksa- 
naprtliaktvât ". 

(51) ..iti viçistanisedliasya... Cf. Nyctyavaii . 341, lo- viçesa°, sâmâuya- 
pi'atisedlia. 

(52) Pendant le rêve, il n'y a pas d'objet -, à l'état de veille, on prend du 
nacre pour de l'argent. 

(5:5) C'est l'exemple classique d'dd/iyasa. Voyez (,'aiidi.ai'a [) 9. Bhron. 
i:i. 6- i8, ji, TiUp. 54, 410. .,. — Le raisonnenie.it des vilnânavâdins se 
développe avec beaucoup de netteté : la négation, dans la i)lu'ase •< nedaiii 
rajatain » ne porte (pie sur l'idaiiitâ : >• rajatasya dliarmino bâdhe hi, raja- 
taiii tasya ca dliarma idaiiitâ bâdliite bhavetâm : tad varam idaintâivâ- 
sya tlhaiiiio bâdliyatâiii, na punâ lajatani api dliarmi... itijuânâkârasya 
babiradiixâ.sal.i siilhyati [liliuni. i:i. ,7) — La troisième delinition de 
(,'aiiikara est. d'après .\nandagiri. celle îles mâdliyamikas et d'une 
branche des anyathâkhyâtiviidins. (An.giri, i», un); elle est discutée 
lihani 15, ,.,-lS, ,;. 

idaiiitrâyâ adhisthâna, cl', .\n.giri 554,4 : « idaiiitâspadam .. liâliyaiii 
vastu ... n BhuiH. 13, 26 : idaiiikâiâspadaiii rajatam Tivedayati na tv ân- 
taraiu .-. Cf. Kalpalaru (ad Hliàni.) ; \'iv(ira>j((pf. 41, u : ."îl. si — Alma- 
tdltrav. S5, ,-„ MU. — Sa.'iililiiids. V. oi. 



SAKVADARÇANASAMGIUIIA. \ 75 

négalion générale ou absolue]. Si ce qui est vu existait, 
existeraient et l'aete de vision caractérisé par le drsta, et 
le fondement o})jectif de l'idée de « idam », et la qualité 
d'être argent attribuée à cet objet, et le rapport d'inhé- 
rence, etc., entre l'objet et la qualité : or personne, | parmi 
nous, bouddhistes], ne le soutient, et l'on ne peut admettre 
un diagnostic mal digéré''^ {« faites cuire une demi-poule: 
l'autre moitié vous pondra des (eufs ! » : c'est pur non- 
sens). Par conséquent, si un ou plusieurs de ces teiines : 
ce qui est attribué à l'objet, l'objet, leur ra()port, l'acte et 
l'agent de la j)erception visuelle, est ou sont inexistants, 
le tout tombant dans le domaine de la négation est néces- 
sairement inexistant. 

Les Mâdhyamikas, d'éminente sagesse, expliijuent ainsi 
que l'enseignement de Bhagavat a poui' point d'abou- 
tissement la s(i)V(içûnyat(l '', et cela par une méthode qui 
progresse à la manière d'un mendiant, en mettant succes- 
sivement terme îuix erreurs de la permanence, de la non- 
douleur, de l'universel ''', de la réalité, au moyen de 
l'exjkosition 1" du ksanabhanga, |:2" du dubkba, 7)" du 
svalaUsana, ï" du v>"inyatva| ''. 

(51) na crii'dhajcU'atïyam ueitam Gougli : « nor is a semi-effete exis- 
tence admissible », P. W. (K. F.) : Inconsequen/ in der Argumentation. 
— Çamlc. 117, I,, 173, ,3 (An.gii'i 1. ,;) ; Banei'jea ad I, 1, ,9; Deussen, 
Vedanta, notes 2(3, 72 (Govinda), •• als wenn man sein Futter nur iiaib 
vei'daute ". 

Cf. Col. Jacob, Laukikanyaya p. (> (Communiqué par M. Kendall.). 

(55) Absolue vacuité : néant du moi et du non moi. 

(56) Ex conj. : anugata[tva|-sarvasatyatva" ; ce dei-nier terme s'upposant 
à sarvaçûnyatn., le précédent à svalaksaiia.... 

Cf. Advailabr. 68, « et 60, 1, et suiv. 

(57) «.. iti bliagavatnpadiste sarvaçûnyatâyâmevapai-yavasânam ». 

Il est difficile d'admettre avec M. Gough que Bhagavat ait. d'après notre 
auteur, exposé l'argumentation : » adhyasta".... balâd âpated iti ». Le 
mot " tasmât » s'y oppose. 

Avouons que tout ce passage serait plus net si la phrase : « iti bha- 



174 LE MUSÉON. 

\A. 14 Par conséquent : « La nature des choses [tat-tva], c'est 
le vide, dépouillé des quatre alternatives, être, non-étre, 
être et non-être, ni être ni non-être •'^ ». — En effet : « si 
la nature propre de la cruche est l'existence''^, à quoi bon 
l'activité du potier ? » ; même objection, si sa nature 
propre est la non-existence. Il est dit : 

« Ce qui existe, l'éther, etc., n'a que faire d'une cause '* ; 
et la cause d'une chose qui n'existe pas, fleur du ciel, 
etc., est impossible ». 

Quant aux deux autres hypothèses, étant contradictoi- 
res, elles ne tiennent pas. Ceci a été dit par Bhagavat dans 
le Lankâvatâra ^^ : 

gavatopadiste... » suivait immédiatement le : « Çunyam çQnyam ity 
api bhâvanïyam ». La discussion de Vadhyâsa se placerait très bien après 
paryavasânam, avant : « atas tattvam.... » 
Sai'vaçûnyatâ = parinirvâna, cf. n. 65. 

(58) Voyez Sdmkhyas. I. 44 : çûnyam tattvam, la stance S.pr. bh. 17, u 
et 127, 29, et Bodhic.t. 243, i : 

na san nâsan na sadasan na oâpy anubhayâtmakam / 
catulikotivinirmuktaiii tattvaiii mâdhyamikri vidu\i / / 

stance attribuée à Saraha dans Subhasitasamgraha {'SU. de M. Ben- 
dall, 17, 2), et reproduite avec variante dans Sarvasiddhàntasamgraha, 
III, 7, (Ms. India Office 2242. — Communiqué par M. F. W. Thomas). — 
Voyez Mddh. sûtras I. 7, et Brahmajâlas. II, 27. 

Cp. Advaitobr. 102-lOG. 

(59) Cp. Tâip. IV, 1, 37 : « svabhâvo dharmo draryâdïnâiii sadâdib ; 
atha va svabhâvaU svarûpaiii bhâvânâm... » ; Sdmkhyas. v., I, 114: 
asadekasvabhâva. 

On sait que l'école attribue souvent aux bouddhistes la théorie : " asataU 
saj jâyate ». Cette théorie est réfutée, Sai-vadarç. 149, 19, au moyen de 
l'argument même des Mâdhyamikas. 

(60) Cf. Madh. vrtti, chap. VIII. — vyoman = âkâça, voyez Wass. 
Buddh. 293, note (vyoman =nam-mkha). 

(61) Edit. de la Buddh. T. S., 116, ,0 ; cp. l'explication p. 115 : « yasmân 
mahâmate svabuddhyâ vicâryamânâl.! svasâmànyalaksanâ Ijhâvâ nâva- 
dhâryante, tena ucyante nil.isvablirivâ sarvadharmâ ». — Cf. p. 130. 

La citation du Laiikâvatàra, Madh. vrtti p. 185, 7 (ad XXIV, 18) n'est 



SARVADAKÇANASAMGRAHA. 175 

« Si on analyse rationnellement les choses, on recon- 
naît qu'elles n'ont pas de nature propre : c'est pour cela 
qu'elles sont déclarées inexprimables et sans nature pro- 
pre ». 

Et encore : 

« Cette vérité s'impose que proclament les sages : de 
quelque manière que les choses soient conçues, [existantes, 
non-existantes, etc.], elles apparaissent comme impossi- 
bles ». '' 

En d'autres termes : aucune des [quatre] alternatives 
ne convient aux choses. 

Il n'en est pas de l'ensemble des choses comme des 
visions d'un rêve : le drstâîtliavyavahdra est admissible 
au point de vue de la vérité relative"'. 

Aussi est-il dit : 

« Un religieux, un amoureux, un chien ont trois idées 

pas sans intérêt : « svabhâvânutpattim samdhâya mahâmate sarvadhar- 
mâh çOnyâ iti maya deçitâ iti ". Et ailleurs (94, s) la même formule avec 
la variante : « anutpannâ ity uktâ iti ". 

(62) Stance citée Bhâm. II, 2, 31 (p. 383. 7), avec variante : 

... tasmâd vicârâsaliatvam evâstu tattvaih vastûnâm. — yathâhub (a) : 

idam vastu. ... 

yathâ yathârthâç cintyante vivicyante tathâ tathâ / / iti. 

na kvacid api pakse vyavatisthanta, ity arthalj. 

(63) Ex. conj. : drstârthavyavahâraç ca na svapnavyavahâravat [na] 
samvftyâ saiiigacchate .. 

La double négation est justifiée par Bodhic. t. IX. 26 (p. 267 ad finem). 
Cp. d'ailleurs Bhâm. (p. 383, n) : " yady ucyeta : tâttvikaiii prâmânyarii 
pramânânâm anena vicârena vyudasyate, na sâiiivyavahârikarn ; tathâ 
ca bhinnavisayutvân na sarvapramânapratisedha » iti... 

Pârthasârathimiçra ad Çlokavdrt. (p. 218) cite la stance Mâdh. sûtî'as. 
XXIV, 8 : " çâkyal.i prâhul.i : dve satye samupâçritya buddhânâih dhar- 
madcçanâ / loke [sic] saiiivrtisatyaiii ca satyaiii ca paraniârthata^i ». — 
Voyez Bodhic./. 2 J3, 27. 

(a) La demie stance citée Bhamati, 361, 3, avec cette mention : âhuh, est 
mise dans !a bouche de Bh;igavat, Bodhic.t. 251, 28. 



1"<) LK MISÉON. 

(Jifféi'ontes d'un iiièinc (;oi'ps de feinine : c'est une carcasse, 
c'est une amante, c'est une proie '*' ». 

— Quand par la force de la quadruple méditation 
toutes les impressions seront détruites, le nirvana com- 
plet, qui est le vide, sera institué : notre but est atteint et 
le maître n'a plus l'ien à nous enseignei' "^ ». 

lo. 10 Mais les disciples ont un double devoir : le yoga ou 

{(')4) Cité Sub)ia.ntdv. 3391 (.. lurunsam iti tisro vi(lambanâh), et Sarva- 
siddhatitan. IV (Yogricrirai)aksa), 7 (.. bhaksyam...). 

Il résulte aussi du (^'lokavurt. p. 330 que cet exemple est allégué par 
les Vijiirinavâdiiis : or ce sont les Mâdliyamikas qui ont ici la parole. 

Noti-e stance vise peut être une doctrine importante résumée par 
(,'ànlideva (Bodhic. IX, 6, 7, 8) et plus nettement exposée par son com- 
mentateur Prajfuikaramati. 

Au point de vue de la vérité vraie (tattva, paramârtliasatya), la femme 
n existe i)as. ['oui- le yogin (yogivyavahârasatya). elle est un objet d'iior- 
reui- (" açuci " iti striyâh kâminyâ nirupane.. p. 253, .,) ; pour le monde 
(lokavyavaliâraj, elle est .. çuci » « kamanïya » ; [pour le chien elle est 
« bliaksya >'|. 

De même que l'opinion du yogin n'est pas indi'mée par celle du monde 
(lokapratitibridhitai, de même que le yogin est " tattvadarçin » si on le 
compare à l'homme vulgaire, — de même celui qui possède la vérité 
vraie et n'admet pas même le .* ksanikatvâdi ■ des saiiiskâras (c'est-à- 
dire le mâdhyamika) ne peut être « bâdtiita « par l'opinion du yogin. 

Inversement, « Bouddha n'est pas en contradiction avec le monde », 
le yogin a raison de considérer la iemme comme » anitya » et « açuci » ; 
l'amoureux n'a pas tort (les tantras le prouvent, liêlas, suffisannnent !) 
et le chien non plus. 

Il en est autrement quand on prend le mirage poui' de l'eau, etc. : car 
le mirage (comme la corne du lièvre etc., etc.) est dépouillé de tout 
« arthakriyâsâmarthya » ; il n'existe ni paramârthatah, ni vyavahâratal,!. 

L'exemple des prêtas, (pour qui l'eau est du sang), familier aux Vijnâ- 
navâdins (Wass, p. 308), donne lieu à de curieuses observations, voyez 
Tatp.iW, 2, 3.^)) 468. ;,. 

(60) Cp. Adrailabr. 68, u, : « ye tu praki'stamatayas, tebhyah .sâksâd 
eva rrmyatâtattvaiii pratipâdyate, iti kim anupapannam. » 

parinirvâna \ — Cl'. Atmatattcac . 61, n : " astu tarlii çûnyataiva para- 

mafn nii'vâi.iam iti cen, na " Voyez le curieux passage Sai'cudarç. 

110, ,5: âtmocchedo moksa iti mâdhyamikamate... — Cl- Saihkftyas. c, 
V, 77-78; 6'. pr. bh. ad 1, 7. 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 177 

recherche critique *^ en vue de connaître le sens qu'on ne 
connaît pas, et Vâcâra ou adhésion au sens enseigné par 
ki maître '^'. Supérieurs par l'adhésion à la parole du 
maître, inférieurs parce qu'ils s'abstiennent de recherche 
critique, les philosophes [dont il a été parlé] sont connus 
sous le nom de « Mâdhyamikas ^^ ». 

La deuxième école est celle des « Yogâcâras ». Ils 
adhèrent à la quadruple méditation enseignée par le 
maître et à la vacuité des [phénomènes] externes, mais 
ils pratiquent la recherche critique et se demandent : 
« Dans quel sens la vacuité des [phénomènes] internes 
a-t-elle été admise [par Bhagavat] ? » "'■' — Et voici leur 
argumentation. 

Il faut tout d'abord admettre le svasamvedana (conscien- 
ce de soi) ™, — ou conclure à l'universelle cécité "^ Dhar- 
makïrti a dit : 

« Si l'aperception n'est pas évidente, elle ne peut pas 
rendre visibles les choses extérieures "^ ». 

(66) paryanuyoga ; cf. Nyûyakoça : dûsanàrthaiii jijnâsâ. 

(67) Définition i-eproduite dans Nydyak. 

(<)8) Cp. Brahyyiavidyahh. cité par Tliibaut, Yed. Sûiras, I, 401. — 
Cette étymologie n'a, à ma connaissance, aucun fondement dans les 
sources bouddliiques. — Les yogâcriras prétendent, comme les mâdhya- 
mikas, suivre la « madhyamâ pratipad n. 

(69) La réponse est évidemment : « au point de vue de la vérité rela- 
tive ». La discussion porte sur l'intention du maître, voyez Çaiiikara 
(IL 2, 28j; Bhdmuti, 370, ^ : « bâliyûrtliavâdibliyo vijnrinamâtravridinûi'n 
sugatâbhipreyatayâ viçesam âha.... » — Voyez, note 157, la stance 
extraite du BodJiicUtavivarana. 

(70) = svasaiiivedana = svasafnvitti. Cl. Madh. vrlli{io\. ni», in fuie, 
p. 16, 25), Bodhic. IX, 15 et suiv. 

(71) Voyez Brahmacidyahh. loc. cit. — cp. .V. pr. bh., 62, ..2. 

(72) Cité Bhumati, 379, 12. avec la mention : •• yathâhuli ». — (Cp. Tûlp. 

466, 22 : yadi vaisâ na prakâçeta, nârthâ api prakâçeran ; tatpi'akâçâdhi- 

naprakâçâ lii te ... ; jnânaprakâçridhinaprakriçriç ca visayrU.i ..) ; visé dans 

Atmatattvav.%&,.y(i: ... svapra(yak.'<asyopalambhasya cârthadjstih pra- 

sidhyati. 

12 



i78 LE MUSÉON. 

15. 19 L'objet de la connaissance ne peut être externe, en vertu 
du dilemme : la chose [extérieure] qui est, [dites-vous], 
objet de la connaissance, est produite ou non-produite "^ ; 
la première hypothèse tombe, car ce qui est produit ne 
demeure pas ; la seconde aussi, car ce qui n'est pas pro- 
duit n'existe pas. 

Direz-vous : « C'est quand elle est passée que la chose 
devient objet de la connaissance ; — parce qu'elle engen- 
dre la connaissance » ? C'est parler comme un enfant, 
car 1" cette explication est contredite par le fait que nous 
avons conscience de l'actualité [de l'objet de la connais- 
sance], et ^° elle entraîne la i)erceptibilité des sens et [des 
autres facteurs de la connaissance] ''. 

Autre objection : la chose [extérieure], objet de la con- 
naissance, est-elle « atome » ou « unité formée de parties » ? 
La seconde hypothèse ne tient pas, car on réfutera la 
notion d' « avayavin » par le dilemme : krtsnaikadeça... "^, 

Cité Çtokuvdrl. 27G. 4 : •' na liy agrhitaih prakâc^akaih prakâçyam pra- 
kâ(,'ayHti dlpaprabhâvad iti. — tad âhul.i :... " 

Kalpalarit 296. 5 : •• yady apratyaksa u[pa]lambliah syât tarhi caksusa 
iva tasyrirthadi'stir ajanyâ syât sa ca na sidhyati.... " — " iàânapratya- 
ksataiva arthapratyaksatâ - (Bhu)n.). 

(73) artho jàruiagrâliyo Presque textuellement Kandalî, 122, 23 : 

« tathâ hy artho jnânagrâliyo hhavann utpanno.... » 

(74) Voyez Tâtx). 402. 33 (IV, 2, 33^ : ■< na cidvyatirekino visayâli, grâhya- 
tvâd. vedanâvat;... ata eva na kâranatvena visayabhâvati : api ca ca- 
ksurâdayo 'pi vijnânasya Ivâranam iti visayâ ... prasajyeran ; vartamânâ- 
bhâsi oa vijùânani na bhavet ••. 

Nous ne connaissons que par le titre les traités vijnânavâdins où cette 
doctrine est défendue, par exemple la yijTuinamâtratâsiddhi (Tandjour 
Mdo CXI, foll. 335-8. 

(75) Cp. Bodhic.t IX. 81, 82 : - sarvâvayavesu vartamâno'yam [avayavî] 
ekadc^cna vartate yugapat sarvâtmanâ va ». 

Voyez aussi Atmatattvav. 77. i-^ : " •••■ samsrjyamânal; paramâput 
pratyekam kim okadeçena saiiiyujyate kârtsnyena va . » ; 78. e-- " kutati 
krtsnaikadeçavikalpotthâpanam ? - ; Bodhic.t., IX, 87, 95; et la note 77. 

Voyez Nyâi/as. IV, 2, 6 et suiv., II, 1, 30 et suiv., et les comm. 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 179 

et [par d'autres arguments] ; la première ne tient [)as, 
car 1° l'atome est suprasensible, et 2" il y a contradiction 
dans la supposition du contact simultané [d'une unité] 
avec une sextuplicité '*" ; — comme il est dit : 

« L'atome est composé de six parties s'il est uni en 
même temps avec une sextuplicité ; si ces [six parties] 
sont en un même lieu, le corps étendu n'a que la dimen- 
sion d'un atome " ». 

{Vdrt. 216. 1 : « nâvayavina upalabdhir yuktfi : kasmât ? vikalpâmipa- 
pattel.i.... » ; Çaihkara ad II, 2, ,.» (p. 550, i : « nâpi tat[= paraiiiriini]saiiiri- 
hâh stambliadayah ; tesâili paramânubliyo 'iiyatvrinanyatvâhhyruii nii'û- 
payitum açakyatvât «j ; Aii.giri, in loc ; Bham. 371, ii-3T3, ^ ; Sd,'nkhi/a.s. 
V. (I, 42) : " nanu nâsty eva bâhyo 'rtliah, avayavrairiktasyâvayavino 
'bliâvât.. » ; S. p)\ bh., 35, .-g- 58, -o- — Adcaitahr. 100, ,„ 

('lokara)-t. p. 221 : « ... avayaviiio 'vayavavyatirekenruiiipalabdhel.i 
pai-amânûiiârii câtïndriyatvân na brihyaiii vastu saiiibhavati >•. — L'atln- 
di-iyatvu des atomes, Ihid. 402 et suiv.. 

(76) En d'autres termes : • le concept d'atome est absurde » Cl. BodJn'c. 
IX. 87 j. 

(77) Cette stance, attribuée à rilcârya INâgâi'juna f] est citée Bodhic.i. 
324. 03, avec la variante : sannâili saniruiadeçatvrit »», de même ISyaiiacàrt. 
IV, 2. 24 : Tutp. 459. 2^. 

Plus notaldes les lectures du Sarvusiddlid.nlo.s. 111, l:^-i;j : satkdnÛN u- 

gapadyogât / "deratve kiiii na syûd aimmûtrakam. — CA. Und. V, 

4, VI, ., et suiv. 

D'après les explications de la BadhicJ.. il laut traduire : •• il y a cou- 
tradiction dans le contact simultané (d'un atomej avec ^ix [atomes] : il a 
été dit : L'atome est composé de six parties .s'il entre en contact avec six 
atomes .... ". De même Kanduh 43. is où l'ol^jection est réfutée. 

Mais Wass. p o03 : (d'apiès le « Siddiiântu -/ : •' Wenn man (wie die 
Sautrântika.s) die monade als eine verbmdung von seclis iï>eiteni beti-ach- 
tet, dies bei aile denn bedeutct das sie aus Theileu bcsteht |cf. p. 26".'] ; 
wenn man abei- aile soclis als etwas einiges nimmt (wie die \ail)iiâsikas;, 
dann muss man aucli eine Kugel als Monade betrachten. » 

Voyez Atntalatlrar 7S, ..1, où est discutée la t(jrniide - satkena yuga- 
padyogâd » Idigilecabheda --^ digvibliâga de Bodhic. IX, 8^1; Gai-be, S.- 
ph. 238, n. ^ ivterence à Ç'aiiikara, ad II, 2, 12 : " saiiiyogaç cânor 
anvantarena sarvâtmanâ. va syâd ekadeçena va :... ekadecj'ena cet,srivaya- 
vatvaprasangal.i » (516. 1,); cl. Talp. 46u. n (vise les Çânyatâvâdins) : 
« tena yad ucyate prasangasàdliaiiarn paiaib : \an niravayavaiii. tan na 
§atkena saiiiyuktaiu, — yatliâ vijù.lMaiii, — tatliâ ca paramâniu' iii. •• 



k 



480 LE MUSÉON. 

Par conséquent : l'intelligence, en l'absence de tout 
objet de connaissance distinct d'elle-même, étant elle- 
même son objet, par elle-même s'éclaire elle-même, 
comme une lampe ~^. 

Là démonstration est faite. II a été dit [par Dharma- 
klrti] : 

« Le perceptible n'est pas autre chose que l'intelli- 
gence "^, la perception n'est pas autre chose que l'intel- 
ligence ; il n'y a ni objet, ni sujet de la connaissance : il 
n'y a que l'intelligence qui brille par elle-même ». 
1(). 11 Mais s'il nous faut établir par un raisonnement direct 
l'identité de l'objet et du sujet, nous dirons : « Ce qui 
est perçu par une perception ^° n'est pas distinct de cette 

(78) Ex conj . : pradipavat. 

La comparaison de la lampe est bien connue : Voyez Çaihkara, 556, 5 : 
« prakâçâtmakatvrit jjrâdîpavat svayam evâimbhûyate » : Bodhic.f. IX, 
17 et sulv. (not. 18 citation de VAtyrif-ainakafa, cf. Madh. vrtti) ; Wass. 
332 ; — L'argumentation des Mâdhyamikas contre cette thèse du svasaih- 

vcdana (svâtmani vj-ttivirodliât le doigt ne se touche pas lui-même.., 

l'épce ne se coupe pas elle-même..) est pour l'essentiel reproduite Tdtp. 
IV, 2, 3r) (400. i9J : " yatliângulyagraiii na tenaivângulyagrena spj'çyate 
(CI). Dodhic. loc. cit.], cvaiii jùânaiii na tenaiva jnânena grahituiii 
çakyate » ; et Bham. 379, 3 : « no khalu chidâ chidyate, kiih tu dâru.. «•. 

(79) = Pramânaviniçcaya, (Tandjour, Mdo, XCV) fol. 272iJ 5 : 

Blo-yis nams-myon-bya gzan med, 

de yi myon-ba g/.an yod min ; 

g/ufi dan hdzin-pa med-pai-phyir, (■= "aWiâvât) 

de ni de-ltar ran-nid bsal. 

Le traité le plus complet sur les Vijriânavridins parait être le Nyaya- 
ratnàkara ad Çlokavart , qui cite notre stancc [tathâhuh] p. 275 Les 
chapitres intitulé « nirâlambanavâda » (p. 217-2671 « çûnyavâda » p. 268 
311) sont consacrés au « brihyaçûnyavâda » ; voyez p. 344. 

Aiiya ave(! l'iiistr. (cf. I'. \V. s. voc.) ; on peut admettre le saiiulhi : 
buddliyâ asti = buddhyâsti (d'api'ès une communication de M. Speyer] 

Gough : " there being no distinction between percept and percipient » 
("vaidhuryât). 

(80j Comparez Kandali 12G. : « yad vedyate yena vedanena tat tato 



SAHVADARVANASAMGHAHA. 181 

perception, — comme l'âtmati (perçu] pai' la connais- 
sance [n'est pas distinct de la connaissance] '^' ; — or le 
bleu et [les autres objets soi-disant externes] sont perçus 
par ces [perceptions] ». S il y avait non-identité en effet, 
la cbose ne serait pas en relation avec la [peiception| **^, 
car il n'y aurait pas tâdâtmya, cause qui établit la rela- 
tion constante, [et] la tadiilpudi ne peut déteiininer cette 
relation. 

Et quant à cette apparition [devant la conscience] — 
comme distincts — de l'objet, du sujet et de la connais- 
sance [prtbag-avabhâsa qui vous sert de preuve], c'est 
[simplement] une illusion comme l'apparition d'une 
dualité [de lunes] là où il n'y a qu'une lune ^'. 

I.a cause de cette erreur, c'est la trace laissée par cette 
distinction (|ui n'a pas eu de commencement et se déve- 
loppe dans une série ininterrompue '^'. 

Comme le dit [Dharmakîrti]. 

« Du fait de leur constante co-aperception, il résulte 
que le bleu et l'idée de bleu sont identiques. La multi- 
plicité, comme dans la lune qui est une, n'est aper- 

na bhidyate, yathatma jnânaaya, vedyante ca nïlâdayah ; bhede lii 
jTianemisya vedydtvarh na syât, tâdâtmyasya niyamahetor abiiâvât, 
tadutpattei" ainyâmakatvrit, aiiyenruiyasyâsaiiibaddhasya vedyatve 
câtiprasaiigâd : iti bhede niyamahetoh saihbandhasya vyâpakasyrinupa- 
labdhyâ, bhedâd vipaksâd ryâvartamâiiaih vedyatvam abhedena vyâ- 
pyate ; iti hetoh pratibandhasiddhir iti. eteiiritiamityrikrirasyûpi jfuinâd 

abhedal.i sainarthitah. yaç câyain liliramah ; tatiTipy anâdir ; 

yatliolttam : « bhedae cribtirrintivijnrinc (!) drçyetendâv iva dvaye » iti. 
tSl) & pr. bh. ()4. 33 : " jnânasvarûpa ovâtmâ ". 

(82) bticde hi saty adlmnâ anenârtliasyn 

(83) La valeur de cet exemple est niée par les Mâdhyamikas ; Wass. 
liuddh. 32:{ : « Ks is wahr, der BegiitT von zwei Monden ist triigeriscii.. ; 
sondeiii dies ailes is aul' eiiiein Monde basiit ». — Cf. Bham. 373. ^ cité 
note 85. 

(84) Il semble qwf ce passage était rythmé dans l'original. 



18:2 LE MUSÉON. 

çue que par des actes de connaissance erronée » ; ^ 

et : 

(( Bien que le moi intellectuel soit exempt de division, 
il se présente à ceux dont la vue est troublée avec le 
caractère de multiplicité : objet, sujet, connaissance » ^. 

(85) Les deux pieniiers i)ri{las = Pramânaviniçaya, 274^ 7 : gzan yan : 

Lhan-cig dmigs-pa nes-pai-phyir 
sno daii de-blo gzan ma y in. 

Pour les deux derniers, cp. Pramânavûrtika, 23Ub ,. 

Rnam-çes hkhrul-bas zla-ba-gnyis 
med-par tlia-dad mthon-ba bzin. 

Cité Anandagiii, 551. 13, Bhdmati 373. h. Tâtp. 467. 1^, riohacârt. 290, 
Kandali 126. 15, Advaitabr. 98. 12. 

Cp. Yivaranai^rameyas. (Viz S. S.) p. 75. 7 : » sahopalaniblianivamâd 
abhedo nilataddliiyoh / anyac cet saihvido nilaih na tad bhâseta saihvidi 
// bhâsate cet kutah sarvaih na bhâsetaikasarnvidi / niyâmakarn na saiii- 
bandhaih pac^'yâmo nilataddliiyoh ». (Introduit par la l'orniule : - nanv 
itthaih v-ijùânavâdï manute). — Voyez Çamkara ad II, 2, 28 (pp. 551. 7 et 
554, 5). — Madh. vrtti XXII, n (160, .,e). Cf. Atmatattvav. 55, 3 et suiv. — 
Bhûm. 37.i 7 : « yad yena saha niyatasaliopalambhanaih. tat tato na 
bhidyate ; yathaikasmâc candramaso dvitïyac; candramâh ; niyatasaho- 
palambhar câi-tho jnâneneti vyâpakaviruddliopalabdhih. Nisedhyo hi 
bhedalj sahopalambhâniyamena vyâpto. yatliâ bhinnâv açjvinï nâvaçyaiii 
sahopalabhyete » 

Sur la nature de ce « sahatva », cf. note 99. 

(86) = Pramânavi 2731^ e '- 

Blo-bdag rnam-par-dbyer med kyafi 
mthon-ba pliyin ci-log rnams-kyis 
gzufi-ba hdzin-pa rig-pa rnams 
thams cad dan bcas bzin rtogs-ligyur. 
= ... kaipyate ; — lire : tlia-dad dan... = bhedavân 

Voyez Çlokavart. 272 (= jùruiâtmâ) ; 5. pr. bh. (I, 20), où notre 
stance est attribuée aux ksanikavijnrinâtmavâdins et citée avec les 
variantes : " abhinno' pi hi buddhyâtmâ viparyâsanidarçanaih ... » (mais 
ci. trad. p. 35, n. 2); Upadeçusahasn (et (!onnn. p. m))\ Safvas/ddh. 
IV, 4; — Brhaddranyakavari . : « viparyrisabuddhibhil.i « Igloso d'Anan- 
da.i flâna : kirtivâkyain udâharatil; enfin l'ouvrage jaina Aslasûhasri 
(mémos lectures que ^at-vcufarr.). Ces dernières autorités d'après K. h- Pi\- 
thak, dans l'élégant article : Dharmakirti and Çaiiikarâcârya (J. Bom- 



SARVADAHÇANASAMGKAHA. 185 

Et n'allez pas objecter : « Le goût, le «. virya », la IG. 22 
digestion de ceux qui prennent des pilules imaginaires 
et des pilules réelles seraient identiques » ^'' : la buddhi 
est en vérité exempte des modes de connaissable et de 
connaissant ^^ ; il se fait néanmoins qu'elle se polymor- 
phise comme objet et comme sujet, — et cela en conformité 
de la connaissance imparfaite de l'agent ^ ; — (de la même 
manière se produit chez les hommes malades des yeux 
la distinction entre le réseau des cheveux, etc., [qu'ils 

bay B. 48, 04 ; cf 49, 2.9). Cp. Târ. p. 200 sur l'importance dos écrits de 
Dharmakïrti. 

buddhyâtmri = das inteilektuelle Selbst = the soûl or intellect. 

Cf. Bodhic.t, 316, n .••■ âtmaylparyâsadarçanât ; viparyàsa = sam.iti, 
avidyâ, moha (ibid. 239, 13). — Voyez Nyâycœatnahûra ad Çlohavârt. 
(p. 159) : « yogâcrufis tu brihyâi-tham apaiapanto jnânasyaivânâdivâ,- 
sanopaplâvito nUapïtâdivisayrikârah prame\'aih, svâkâral.i pi'arnânarn, 
svasainvittih plialam iti manyante ; yathâlmh ; « yadribbâsaih prameyaiii 
tat pramânaphalate punah / grâhakâkârasainvittyos trayaih nâtah 
prthak krtam ». 

Voyez Çlohavârt. 25S (Patliak, 49, 03,,) la citation de Dignâga : « sarva 
evâyam anumrinânumeyavyavaliâro buddhyârûdhena dharmadliarmi- 
nyâyena, na bahihsattâm apeksate » ; cf. Çamkara 550, 5 ; Tùtp. 39. j3. 

(87) C'est l'objection de la Kandull p. 130 : « yathoktaiii gurubhih : 
âçâmodakatfptâ ye ye copârjitamodakâh / rasaviryavipâkâdi tesâiii 
tulyam prasajyate ". — modaka = sweet méat (Gough, Chiidors) ; mais 
voyez Surruta, I, 1 et 40 (Hoernle, Bihl. Indic, trad. p. 12) la valeur des 
termes rasa, vIrya (sensirtc powers), vipâka (digestibility). 

Kalpataru 298, ^i- 

Cp. l'expression : « manomodakopabhogamâtra » (Nyâyavart. 43. g) et 
Si-do-in-dzou (Ribl. Etudes Musée Guimet. VIII) p. 127 à propos du 
« manalisaiiicetanâliâra «:....« en pensant à un fruit acide, on donne 
dans la bouche une sensation d'acidité ». 

(88) Ici, comme ci-dessous, j'adopte l'interprétation de M. Gough. On 
peut entendre : 1° l'objet, 2" le sujet, 3" les formes intellectuelles (cp. 
supra samvitti) qui n'existent que par bhrânti, l'intelligence étant pure 
(çuddha, vyavadâta) de sa nature propre, mais voyez, infra 17, g. 

(89) Vyavahaiti'parijnânilnurodlicna. — Garbe traduit très bien : 
« mensch der practischen Leben >- (S. tattvak. ad 23 iyiit.) — parijhâna 
est suspect ; on peut expliquer : « en conformité de l'état intellectuel... » 



184 LE MUSÉON. 

croient percovoir comme extérieurs] et la connaissance 
[de CCS cheveux] '") ; — [cette diathèse de la buddhi étant 
produite] par la vertu des impressions qui obscurcissent 
[la buddhi] depuis toujours. Il n'y a donc pas lieu de 
mettre en doute cette vyavasthâ (diathèse) : comme le dit 
[Dharmakïrti] : -^^ 

« [Réellement] exempte des modes de connaissable et 
de connaissant, quand la [buddhi] se trouve disposée 
ainsi qu'elle est conçue par ceux qui sont illusionnés, 
c'est-à-dire comme de caractère multiple et présentant 
ro}>position des modes d'objet et de sujet, — ^'^ de même 
qu'a lieu la distinction entre les cheveux et [autres objets 
irréels] et la connaissance [de ces cheveux] '^^, — alors on 
ne peut contester que la | buddhi] possède les caractères 
d'objet et de sujet ». 

(W) Le texte est suspect : Kecondi'anriilljririnabheilavat — « Just as to 
those wiiose eyes are diin witli soine murlàd alfection a luiir and another 
minute objeet niay appear either diverse or idenlical. » La comparaison 
porte sans doute sur les lignes obscures que les malades extériorisent 
(keça, keçon(luka) — cp. Bodhic-f 2l5, 5 ; M. Vyut. 139. 05 ; Madh. vrtti, 
cité note 92 ; — P. W. s. voc. keçondraka (?) : « ringfOrmige Lichterer- 
scheinungen vor geschlossenen Augen ". 

Nous ne voyons pas que ces Ke(-as soient réellement dos nâdïs, des 
vaisseaux congestionnés. Suçruta parait muet sur ce point. — Je crois 
qu'il faut lire : Keçondukâdijnâna". 

(91) = Pi'amânavi. 273» ,. 

Rig-bya rig-byed rnam-pa med, 

skra-sogs çes-par tha-dad bzin, (= 92-92) 

gan-thse gzun hdzin rnam-phye-bai 

nitlisan-fiid rnam-par bslad-pa can 

ji-ltai' likhrul-bas mthoù-gyur-pa 

de-ltar hdi ni gzag-byas-pa 

de-tlise gzun dafi hdzin-pa-yi 

mthsan-nid-can-la rtsod-bya min. 

Zes-bya-ba ni bar-skabs-kyi tlisigs-su bcad-pao. 

(92) Keçâdi ; cp. Madh. vrtti ad XVIII, 9 (p. 133, 5) : « yathâ hi taimi- 
rikâ vitatham keçamaçakamaksikâdirûpam paçyanto.... » 

Yivaranapr. 41, ,1. 



SARVADARr.VNASA.'dGRAHA. 185 

Lîi démonstration est donc f:iite : la buddhi apparaît 
sous des formes multiples par la force d'impressions qui 
n'ont [)as eu de commencement "'. 

Aussi, lorsque par la force des quatre méditations 
accumulées toutes les impressions seront interrompues ; 
lorsque les obscurcissements, qui consistent dans les diffé- 
rentes formes d'objets prises \n\r rintelliii:ence, se seront 
écoulés, — l'intelHirence (vijnâna) surgira pure : c'est le 
« maliodaija ^^ ^^ 

D'autres | bouddhistes] soutiennent : Ce que disent [les 17. 2 
Yijnânavâdinsl : « la chose extérieure n'existe pas », est 
inadmissible, faute de preuve '^''. 

Et ne dites pas : « la sinmltanéité constante de l'aper- 
ception |du bleu et de l'idée du bleu] est une preuve » ; 
car cette sinmltanéité, (jui d'après vous établit l'identité 
du connaissable et du connaissant, n'est pas une pi'euve "' 
parce (ju'est douteuse sa non-existence dans le cas de 

(93) Traces de l'vthme ? 

(94) Voyez Kdndali 3. ,;i, ti'ès voisine de notre texte. — Cf. note 145 ; 
117, s{CoweIl. p. 1G8) : tlie summum bonum is tlie rising of pure intelli- 
gence on the cessation oi" tlie oonscious subject. 

Ceci est la thèse l)ien connue du samhleça et du vr/nvadâna. Voyez 
not. Wass., 314-.') ; BotUiic-f. IX, iS-'M, exposé et réfutation de la doctrine : 
« sarnkleçasyâpi [)i'alioyatayâ vastutvam uktani »(270, >i)< et Brhadàran . 
vârt. cité par Pathak, .1. Bombay B. XLVIII, 94. — Snrhkhyas. r., V, 77-78, 
(uparâga, svacchasarnvitpravâha) ; H. pr Ijh., V, 77 : tasya visayâkâratri 
bandhah. 

Comment Yanàdivipan/ayard^anâ peut êti'e interrompue, la chose 
est expliquée d'après une source bouddhiciue, lihâm. 25: Tâfp. 60, 27; 
Kalpalaru, 21 ; Sdmkhyat.h. ad 04 (Carbe, ti'ad. p. (521 ; il faut lire : 
ayatnavattve'jù ; voyez Patliak, L, :i43). 

(95) La remarque de la Bhnmdtî, 370, ..... est précieuse « bâliyavâdinor 
api vaibhâsikasautrântikayoh kâlpanika ova pramnnaplialavyavahâro 

'bhimata » ; cf. 13, n : « sauti'ântikanaye tJivad bâhyam asti vastusat 

tatra .jnânâkârasyâi'opalj. » 

(96) Voyez Çaiiikara 554, 7, Anandagiri, in loc ; Bhâmati, 377, 10. 



186 LE MIISÉON. 

non-identité ^" — « Comment ! n'est-il pas certain que, 
dans le cas de non-identité, cette preuve, à savoir la 
constance de la co-aperception, n'existe pas ? ^^ » — Non, 
répliquons nous, car le [vi|jnâna apparaît déchu de l'unité 
par le fait qu'il se tourne vers lui-même ; — et parce que 
cette concomitance constante — définie comme unité de 
lieu et unité de temps — n'est pas possible : car si la chose 
[extérieure], bleu, etc., était une forme de la connaissance, 
elle apparaîtrait à la conscience comme : « moi », et non 
comme « cela », le sujet n'étant pas distinct de l'idée ^. 

Mais on nous répond : « Bien (|u'étant de sa nature 

jiinna, l'imaiie intellectuelle bleue appai'aît, par illusion, 

comme séparée, comme extérieiii'e » ; « et [c'est pour 

cela quel dans ce [nllâkâra] la notion de moi n'est pas 

imprimée » ; — comme il est dit : 

« Cette pai'tie de l'indivisible intellect qui est posée 
comme si elle était extérieure à l'autre partie, appaiait 
certes comme distincte [du moi] : mais [c'est uniquement 
par] un effet d'imagination ». ^'^^ 



(97) sanidigdha-vipaksavyâvrttikatvât. — Gougli : « ... being fouiul in 
dubious and in contrary instances » = sarndigdliavipaksaavyâ". 

(9S) Biieda = vipaksa — Mieux : « cette co-aperception qui nous sert 
de preuve ». — Gough : « Let there be a proof of this identity and let 
this proof be » = « nanv abhode.... "sâdhanaiii syât ». 

(99j Lire : « pratipattuh « avec Bhamati, 14, i : « aham iti iii tadâ 
syât, pratipattuh pratyayâd avyatirekât ». et Tàtp. 5-4. 7. — Cp. SaM- 
khyas. v. I. 42 : « tathâ saty aiiaiii gliata iti pratyayah syât, na tv ayaiii 
ghata iti. » — Atmatattvac. 5."), 13. : " na lii bliedâpratliane saliârtliaiii 
tadvj'âpyatâih ca pacyâmas.. . » 

(100) Cité Çlohavârt. \\. 272 avec les lectures : « pariccliedântarâc 
câyaiii bliâvo baliir avastliitat.i .. " et la gloso : « upaplavâd bhrântyâkâ- 
rasamâi'opâd ity ai'thah ». 

jnânasvarûpo 'pi nîlâkâro.... Dan.s un sens différtMit Sâmkhyus. v. V, 77 
« sa kim âkâro .inilnasvarûpab?. • atlia dharmali ?.. . — Voyez la note, 
trad. p, 226. 



SARVADARÇANASAMGKAHA. 187 

Et encore : 

(( L'objet (|ui est interne appai'aît comme externe. » '°^ 
Cela est inadmissible, car 1" étant posé qu'il n'y a pas 
de choses externes puisqu'elles ne peuvent prendre nais- 
sance "'^ il est absurde d'établir la comparaison « comme 
externe » : quelle personne sensée dira jamais : « Vasu- 
mitra à l'apparence d'un fils de femme stérile '^' » ; 2" il 
y a cercle vicieux, car vous vous servez de l'identité ''^^ 
comme preuve de la fausseté (bhràntatva) de l'apparence 
de non-identité et vous démontrez l'identité par la faus- 
seté de l'apparence de non-identité ; 3" on constate que 
les hommes sont d'accord dans le diagnostic des images 
qu'ils aperçoivent, s'attachant à ce qui est externe, négli- 
geant ce qui est interne '^'\ — Cette preuve qui doit 
établir l'identité n'est qu'une « apparence de preuve », 
d'après la loi du « gomayapâyasiya » ^'^*' : celui qui dit 

(101) Cité par Çaiiikara 553, 7 avef, la vai'iantc : jneyarûpam. Thibaut : 
« what is an internai object of cognition appears like something exter- 
nat ». Gougii : " the pi'inciple to be known as internai also manifests 
itself as if it were external ». 

Cité Atvaitabv. *);\ 9 . jfieyaiii rûpam... 

Il y a deux « bliedas » que les Cittamâtravâdins sont très empêchés 
d'expliquer : le grâ-hyagrâhaka", et le nïlâdigrâhyablieda dont il est parlé 
plus loin. 

(102) tadutpattiraliitatayâ (cf. 15, 20 et suiv.) = tadasaihbhavât (Çaiii- 
kara. p. 550, s\ 

(103) De même Çamkara, p. 5.53. avec la lecture : visnuniitra. L'auteur 
conteste le : « atyantâsato di'stântatva "(An.giri). 

Advaitabr. (99, ,) : » tad uktam : abâdhât svapnavaisamyâd hrihyârthas 
tûpalabhyate / ])ahii'vad iti te 'py uktir nâto dhïr artharrii)abhrik. •• 

(104) Ex coni. ; le texte : « abhedapra^?6/!âsrtsya prâmânyam » : les 
Vijnrinavrulins ne vont pas jusqu'à aflirmei' l'abliedapratibliâsa. 

(105)" ... bâhyam ovopâfjadatc jagaty upeksante' vântaram... » ; 
Gough : .... « and wc see that men in tlieir everyday life overlook tlieir 
internai states -. — Voyez Bhôm. 1(5, 25 et suiv. 

(lOG) « .... like milky food made of cow-dung (Gough); mais P. W. 
(Kurz. fass ) : « in der art dioseï' beiden, d i. desselben Ursprung und 



188 



LE MUSEO.N, 



« l>ahirvMt » doit luVvssai renient admettre l'extériorité de 
l'objet ; voti'e pro[»re trait vous aehève ! 
18. {"2 Que si vous arj^unientez : « l'extériorité d'une chose 
simultanée à la connaissance |de cette chose | est impos- 
sible '"' : n'en tombez-vous pas d'accord ? » — Nous 
tenons l'objection pour mauvaise : l'objet '"^, mis en 
contact avec l'oriijane, possède la (jualité d'imprimer sa 
foiine à la connaissance (jui va être produite ; et il s'en 
ensuit (jue cet objet '^"^ possède la qualité de pouvoir 
être connu pai" raisonnement {(iniiiiKhia), en raison de la 
forme [(piil a| imprimée |à la connaissancel. — l/objec- 
tion et la réponse ont été résumées comme il suit : 

« Si on |leur| demande comment le non-simultané peut 
èti'e objet, |les Sautiântikas| soutiennent (juc la (pialité 
d'être objet |du jnrma| se confond avec la ([ualité d'être 
cause |(lu jùânaj : est objet ce (jui est capable d'imprimer 
sa forme au jnâna » '"''. 

docli gaiiz verscliieden - ; le goniayapriyasiya est absurde, de même le 
raisonneinont qui nie le bâhya et introduit l'oxomplc « baliirvat ". 

(107) Faut-il reconstruire la forme rythmée qui pai'ait se dissimuler 
ici?. .. na jnânribhinnakâlârtliabriliyatvam upapadyate... 

(108) visaya, artlia. 

(109) .... frrâliyatruii viduh hetutvam ova tati vyaklor jnânao. .. 
(iougli : .... •• they rccognize perceptibility. And a compétent inferribility 
of the individual thing is its imposition of its foi-m n ; je préférerais : 
"et que ce hetutva ^Jequel consiste^ dans la capacité....) appartient à la 
vyakti ". 

Cité (yatliâhuh, yathrilia)avec la variante : " lu^tutvam eva tad yuktaiii 
jfiânao.. •' Çlokax'art p. 28:5 (... yad eva câkru'asamarpanaksamarn hetu- 
tvaiii (ad cvârtliasya gi'âliya[tvajm iti na gi'âliyalaksanriyogah...i et Talp 
101, 1, (di.s(uission \.\\\ pratyaksa) : « yato Idiavali jnânaiii, sa grâliyo 
'itliali kâranaiii ; grâliakaiii ca jfiânarn kâryaiii, tayor ayugapadbliâ- 
vât ;.. . ksanikatvâd . ... tatbâpi kâranasya grâliyaiâ, biiinnak'la 
syâ])! svasadj'f^ajnânajananam eva lii (asya tajjnânaiii prati grrtiiyatvaiii, 

nânyat yatliâlia : - bliinna" n; na caitâvatâ mitliyâtvam arthâ- 

hitasya nilâkârasya .jnânavartino vartamânatvâd iti bliâvah .. n — Réfu 
talion ibid : « ... na cârtliâliitâkâravedanaru arthavodanam n. 



saiwadarçanasamgraiia. 189 

De même on conclut de l'embonpoint à la nourriture "°, 
du langage au pays, de l'agitation à l'amour ; de même 
l'objet de la connaissance peut être connu par la forme 
qu'il impose à la connaissance. Il est dit '" : 

« [La forme de l'objet] met la | connaissance | en relation 
avec l'objet sans cesser d'être forme de l'objet ; par consé- 
quent [le jnâna] en tant qu'il a reçu la forme du meya, 
est le pramâua de l'aperception du dit meya ^'^. 

Et encore : 

« La connaissance de 1' [objet] ne se peut en effet 

Sarvasiddh. V, 7 : « Visayalvavii'odlias tu ksanikatve 'pi nâsti nah ,/ 
visayalvaih lii hotutvaiii jnruuikrirrupanaksami ". 

Cp. Wass. 285 : « ... die Sauti-ântikas ver^rleiciien die Vei'schiedenheit 
der Zeit in den Ursaclien und Folf,'en mit den Bezieliungen zwisclien dem 
BegiiHenwcrdoiiden und dem Begiiff(gzun lidzin) ; das erstere nennen 
sie die Ursaclie, von welclier die Foi-m des zweiten abhangt, und da sie 
der Zeit nach verschieden sind, so ist demnach die Ij'sache der Ort (yui) 
und die Folge das Oertliche (yul-can) ». — Ce.s dei'niers termes corres- 
pondent à « vi.'^aya », « visa\ in » ; gzuu lidzin est traduit pai' Wass. : 
« graliaguliya » : et la correction s'impose 

(110) Exemples classiques : « pïno devadatto divâ,. . », etc. ". 

(111) Stance citée Kandali 123, ^o, avec les lectures : artliena artlia», 
qui sont confii-mées par la glose : " sa ca asâdhâiano [visayâkâi'ah] 
jûânani artliavitjesena salia gliatayati, na sâdhâranam indriyâdikam » ; 
et çiokavurt. 279. 3. — Mais cf. Wass. p. 274-.'3 sur les trois théories des 
Sautrântikas (moitié de l'œuf) 

(112) Voyez Nj/'iyaratnàkura ad Clohavurt. ip. 153) : « yad âhul.i : 
visayâkâra evâsya pi'amânaiii tena mïyat(! / svasaiiivittih phalaih câsya 
taddvayc hy artlianircayah » 

Cp. An. giri (55(i, n) : '< [jnrmaml artliasârûpyâtnianâ mânam » ; 

et Bhum. (cf. 13, u) 371, 7-10 : « evaiii sautrântikasamaye 'pi : jnânasyâr- 
thasârûpyam aniirikriravyâvrttyri kalpitanilâkâratvaih pramânaiii, vya- 
vasthâpanahetutvât ; ajririnavyrivpttikalpitarii ca jnânatvarii phalaiii, 
vyavasthrii)yatvât ; tatliâ crdiuh : na lii vitti" .... ». — \'oyez Nyàyabin- 
dut. p. \{){ad : " jùânarn prainânaplialam, arthapratitirfipatvât ; artha- 
sârûpyam asya prainânaiii, tadvac.'âd artliapratîtisiddher iti »). Le « vya- 
vasthâpya-vyavasthâpaka-bliâva » diffère du janya-janaka» ; parce que, 
dans l'espèce, pramâna = [)ramrinapliala : " ekasmin vastuni virodhal? 
syât ». L'identité du pramâna et du phala est combattue Çlokavârt. 361 
(cf. 157) ; Vicaranapr. 56, j. 



190 LE MUSÉON. 

expliquer par la seule [sani]vitti, car celle-ci est absolu- 
ment non différenciée ; mais la ressemblance [de l'objetj, 
pénétrant dans [la connaissance], se la rend conforme et 
par là met en relation [avec la connaissance, en qualité 
d'objet], la [chose extérieure] "^. 
49. 2 Et voici le mode d'argumentation en faveur de l'exis- 
tence des choses extérieures ^'^ : 

(113) Voyez Çlokavnrt. 274, 3: « na hi saihvittisattûj/atva tatvedanâ 
yuktâ... " 

Cité Bhûm. 371, 10 (cf. n 112) : tathâ oâhub : « nu hi vittisattaiva tat- 
vedanil yuktâ, tasyâh sarvatrâvicesât, târii tu sârûiiyarn âviçat sarû- 
payat tad ghatayet », et KandaU, 123. u (aparatra coktam) où les Mss. 
divergent : sarûpayitum, "yat tad. — Cf. Bluim. 373, 2 : « tac cânâkâraih 
sad, ajrmato biiedâbbâvrit, katliam arthabliedaiii vyavastliâpayed iti ; 
tadbhedavyavysthâpanâyâ 'kfirabliedo 'syaisitavyal.i . yad uktam : « na 

hi vittisattaiva tadvedanâ yuktâ tasyâh iti ». ekac eâyani âkâro 

'uublulyate saoed, vijfiiinasya nârthasadbhâve kiiii cana pramânam astïty 
âha : api cânubhava» ». (Çaiidcara, p .551, >). — Cf. Kalpatarxi 286, r,- 

(114) C'est l'argument du « pratyayavaicitrya », auquel on répond par 
le " vâsanâvaicitrya " (Çaihkara 552, 1). 

Il faut comparer los deux commentaires de Vâcaspatiinirra, la Bhù- 
mati et la Tatp. 

Bhdmati, 373, .^i : « atrântare sautrântikaç codayati : kathaiii punar 
asati iMliyârthe nïlam idaiii pitam idam ityfidipratyayavaicitryam upapa- 
dyeta ? [Çaiiikara 552, il sa hi mené : ye yasmin saty api kâdâcitkâs. te 
sarve tadatiriktahetusâpeksâb ; yathâ 'vivak.'^aty ajigami.'^ati mayi 
vacanagainanapratibliâsâh pi'atyayâcj cotanasailitânântarasâpeksâs, 
tathâ ca vivâdâdhyâsitâh s;ity apy âlayavijfiânasarntâne sad api pra- 
vj'ttipratyayâ iti svabhâvahctuh ; ya(^- câsâv âlayavijfiânasarntânâtiriktah 
kâdâcitkapravj'ttijfiânabhcdahetuh sa l)âhyo 'rtha iti — vâsanâparipâ- 

kapratyayakâdâcitkatvât kadâ cid utpâda iti cet (le reste comme 

dans Tâtp. cité ci-dessous et corrigé d'après Bhàm ) 

Tdtp (IV, 2, .35; p. 464, 3): nanu nilâdyâkârasya kâdâcitkatvam tna 
pramânam? tathâpi yad, yasmin saty api, kadâ cid bhavet, tat taditarâ- 
pek.sam ; jathâ, saty api sopâne vicchinnagamanavacanapratibhâsâ.h ' 
pratyayâl.i saiiitânântarâpeksâs, tathâ ca saty apy âlayasaihfâne sail api 
pravi'ttipratyayâ iti svabiiâvabetuh. — vâsanâparipâkapratya} akâdâcit- 
katvât kadâ cid utpâda iti cet, — nanv ckasaiiitatipatitânâm âiaya|vi]- 
jnânânâiii tattatprav|'ttivijnânajanana<;aktir - vâsanâ ; tasyâ^; ca kârya- 
jananarii praty âbhimukhyaliii] paripâ,kab ; tasya ca pratyaval.i svasaiii- 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 191 

« Si, A étant posé, B, B', B"... [apparaissent] occasion- 
nellement, B, B', B"... dépendent d'une cause distincte 
de A ; de même, si des apparences de parole et de mou- 
vement se produisent alors que je ne désire ni parler, ni 
marcher, ces apparences dépendent de séries [étrangères], 
d'hommes, distincts de moi, qui veulent parler ou se 
mouvoir ; de même les pravrtlipratyayas, sur lesquels 
porte la discussion, et qui prennent occasionnellement la 
forme de hleu, etc., bien que Vâlayavijùâna reste posé ». 

Par Cdayuvijnûna, on entend l'objet [de l'idée] de moi ; 
par pravrtlivijnâna, le vijnâna qui prend la forme de bleu, 
etc. Ainsi qu'il est dit : 

« Est nommé âlayavijnâna ce qui est l'objet [de l'idée] 

tânavarti pfirvuksano hetuh ^ saihtânrintaiâpeksânabhyupagamât : 
tathâ ca sarve ['py | âlayasaiiitruie patilâh paripâkahetavo, na va kag cid 
api, avi(;esât ■*. 

ksanabliedâc chaktibhedas, tasya kâdâcitkatvrit krii'yakâdâcitkatvam 
iti cet, — nanv [evainj okasyaiva nilavijnruiajananasâmarthyam ^ tat- 
prabodhajananasâniaitliyaih eeti ** ksanântarasya ■ tan na syât ? ; 
sattve va kathaih ksai.iabliedât sâniarthyabheda ? ity âlayasaiiitânavar- 
tinal.i sarvo samarthâ iti samai'thahetusadbhâve kriryaksepânupapat- 
tih «. 

Vâcaspatimiçi'a poursuit la discussion qui désormais n'intéresse plus 
le texte du Sarvadarç. ; notons cependant Tûtp. 1. 25. « tad idam anu- 
mânarn sautrântikânâiii bâiiyâbhyupagama iti.... " et Bhâm. 1. 10 (cf. 
Tùtp. 1. 22) : « na ca sarntrmântaranibandhanatvarn sarvesâm isyate 
pravj'ttivijnrinânruii rijùânavâdibliir, api tu kasya cid eva vicchinnaga- 
manavacanapratibh.ïsasya pravj'ttivijnânasya ». 

' Texte : Tacana" 

"^ Bhâmali : lalpravriti» et "jaiiaçaktii . 

■^ heluji manque dans Bhdmati, plus correcte sans doute. Sarvadarç. ; 
kâranain. 

* bhâmcUi : âlayasaiiiiânapatitvâviçcsât. 

^ Ibid. ojanas». — Tâtp osâmailliyani çakti[hj prabodha". 

* Tulp. : ca. 

" Bhumati : "syaitan..., 

* Ibid. "patte 11. 



192 LE MlSÉON. 

(le moi ; est nommé |>i':jvrttivijnâna ''"^ ce qui prend la 
forme de bleu, etc. )> 

Pai" c()nsé(juent existe, indépendante de la série de 
rrdayavijnâna '"', une cause occasionnelle des pravrttivi- 
jnânas, à savoii' la chose extérieure», cpii est l'objet. — Et 
on ne peut pas objecter : « Il va occasionnelle produc- 
tion (des jn-avrttivijnânas|, en raison de l'occasionnalité 
de la cause '' de la maturité des impressions jvâsanâj ». 

I Expli(juons ces termes : ) dans le système des Vijnânavâ- 
dins, ou entend par vâstniû '"' le pouvoii- (jue possèdent les 
âlayavijnânas qui résident dans une même série, de pro- 
duire tel ou tel pravrtli ivijùânai ; la vâsanâ est « mûre » 

(115) Lo M(ihayrm(içrad(Ui()tp"da (rA<;vagliosa |(r;ul. Suzuki 1 est pré- 
cieux poui' l'âlava" et le piavrttivijfirma. 

Voyez Lahkucalara, 2, u. ._, (Buddii. T. Soc ) une bonne détinition do 
ces doux (ei'nios impoi'tants. Cof. //>?Vi?. 49, 17, .")()). — Nyoyaliorfd^. vo(;. 
vijfiriiiaj : .. (atrâdyain : « ayaiii giiafa » ityâkru'akam ; dvitîyaih ca : 
« aiiarnjruiâmi » llyâkârakarii, tad evâtinâ i(y ucyate . iti [rijùânavâdino] 
vadaiiti » — Wass. 161 : « nur die Kotzor aiineluncn das dcM- âlaya dus 
Icii soi n (d'apivs (i(oid<ivynh(t). Bliani. 353. )o : « yady uoyeta : asty 
âlayavijfirmam aliainkâiâspadain.... » — Cf. An.giri .534, 1 — idaiiikâra», 
Hhum. 13. jG ; i^i'aliaïukrirâspadani, TtUp. lUl, ly ; etc. 
Itilp. 14-"), n et .suiv. 

M. Vyiil. § 105 • rUayavijfiruiain, âdânavijfiâuani, klist.ainaiial.», eaksur- 
vijfiânani. .. nianovijnânain. 

Sitoililtyas. r. 1, S'.» " tadâkâroUrklii --saruhaddliavastvrikrii'adliâri. — 
Sdicddfirr. 2'é. ... — Afyuatattvai:. 5(), 17 : « ullokiio' yaiii rijùâiiasya yad 
anekatvaiii, lia lu j»uiias tatlvântarani iti (tôt.... » ; 77, o;.. : "... lia iii 
krtsiiaineva \ ijfiâiiaiii iiiioUekiii pitâdyanuliokliitvapi'asangât... » 

(Ud; ou : ... des rUayavijnânas. 

(117) Texte : "iiratyayah kridâoitkatvât... ; mais voyez lihâm ot Tat]). 
cités n. 114. 

(II81 La traduction do M. Oousli suppose la Icctnro : vâsanâ nâmaika", 
conliiTiiéo par Bhûni. et Tatp. — Cf. lifiam. 375, 2;t : « tatliâ caikâlaya- 
saiiitânapatitosu kasya cid cva jfiâiiaksanasya sa tâdi'i-ah samarthyati- 
ç(iyo ivt.v«//a-'|)ai"mâniâ svapratyayâsâdito yato nilâkâraih pravj'(ti| vi|- 
jiiânarn jâyate, na pUâkârani . " — et liTO, j : << âlaya\ ijùânasaiiitânapa- 
titam evâsaiiividitarn jnânaiii viis(()i(i, (advaicitryân nilâdyaiiubiiava\ ai - 
citryani.... n. —(ci'. An.giri |ad Çaiiikara 555?, ..-I <pii vise la stance citée 
Sarvudurç. 25, 13. 

Voyez Çlokacari, p. dùO et suiv 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 193 

quand elle est prête à produire son effet ; et la cause de 
cette maturité, c'est un moment (ksana) antécédent et 
faisant partie de la même série : car on n'admet pas que 
cette maturité puisse dépendre [d'un moment] d'une 
autre série ^^^. 

Nous concluons que la puissance de porter à maturité, 
en vue de la production des pravrtti[vi|jnânas, les impres- 
sions qui résident dans l'rilayavijnrma, appartient à tous les 
moments qui résident dans l'âlayavijnâna ; ou bien qu'elle 
n'appartient à aucun, car tous résident également dans la 
série de l'âlayavijnâna. — Mais si tous possèdent cette puis- 
sance, il n'est pas admissible que la production de l'effet 
soit différée : d'où il s'ensuit que pour rendre compte de 
l'occasionnalité [des pravrttivijnânas], l'homme habile et 
de bonne foi ^^, qui ne se cache pas sa propre expérience, 
est forcé, même malgré lui, de conclure : « Les six con- 
naissances qui ont pour objet, d'une part le son, le con- 
tact, la couleur, la saveur, l'odeur, d'autre part le plai- 
sir, etc., '-' se produisent en raison de quiitre pratyayas. » 

l^es quatre pratyayas sont bien connus, à savoir l'âlam- 20. 2 
bana (fondement objectif), le samanantara (antécédent), 
le sabaiiârin (auxiliaire) et l'adhipati (régent) '^-. 

(1 19) Cp. note 114, m /ine. — Sur le yogijfuina, voyez not. Nyayabinduf 

13, ,0. 14, 19. 

(120) .le suis la ti'aduction do M. Goufrli : « oaturenâiiiccliatripy aoclia- 
matinâ .svâuuMiavain anâoliâilya.. » ; mais j'eutretiens quelque doute 
sur son exactitude. 

(121) Cori-espond à la distinction des cittas et des caittas (cf. Nj/ayah.l, 

14, .,); Çaiiikara (II. 2, 21 ; p. 5:5<), ,-,) : " caturvidliân lietûn pratltya citta- 
caittâ utpadyanta iti pi-atijùâ » ; Cp. la déJinition des caittas dans An.yiii, 
Bhûm. et Kalpaturu 278, 20. — Cf. infra note 130. 

(122) Les 4 pratyayas iJf. Vjyw^ § 11.5 (lietu", samanantara", âlanihana", 
adhipatipratyaya), Madfi i/con i kasalrua , I, 2, Ijthhàv. 8(j, ne sont pas en 
cause ici. Pour le « pi'atyayatal.i » du Dfi. s(i.>i>//r<(/i(( § 118, cf. iiifra 
Sarvadat'ç, 20, u- 

13 



\\)ï U: MISKON. 

Soit, (lésiiriK'c \>nv le mot « jfiâna », une pensée qui est 
une représentation de bleu : cette })ensée, en tant qu'image 
bleue, l'ésnlte du bleu, cause en qualité de fondement 
objectif-'; en tant (|ue notion intellectuelle, elle résulte 
d'une connaissance antérieure, cause en qualité d'antécé- 
dcnl immédiat ''^ ; l'apjirébension de l'objet est déliniitée 
|iai' la lumière, cause en (|ualité d'auxiliaire, [et] |)ar 
ïn'W, cause en (|ualil('' de rt'gent ''^•' : la connaissance jjro- 
(luite I par les deux premiers pialyayas| comporte l'appré- 
liension de Ions les caraclrrcs de l'objet;, saveur, etc. ''*' : 
Iceil la détermine et doit èlre nommé réuent, car dans le 
monde on appelle « reiicnl » celui (jui détei-mine. 

Il faut admettre les (|uatre lïiémes causes des caittas ''^', 
c'est à dii'c de la joie, etc. 

No(i-" tliùoi'ie (les I |i|-iitya\as, <.'.iilik;ii-;i (II, 2, 21, 2G). Hhâmaii, An. gh'\ 
iii lue. ; — \'ii(if((,,api' :{4, i 

(12:i Bh'iiii. (cl Ali {firi) ; <• t.ili.i iiiinblirisasya cittasya nilâd rdambana- 
pratx ayân niirikaratâ. » âiilifis;! — fikâra, yijnyuh.l 18 js), Tatp. 175, n. 
3^";. s. yi/i'i/abJ. i;5. i„. — Cf. Keni, Mamuil, 57, n. r, (âranibana, âlain- 
baiia). 

(121j lihinii. et Ailr(ul((li)\ (SO, isi : « .sainaiiantarapi'atyayrit liûi'Vavi- 
jùâiirul b(nlli:irri|i;iiri -. Ci. 11. 114 p. l'.>l 1. 6); yijnydh.l, 13, i. 

(VI')] l.a (■oiiipaiMisDii (l<"s somco.'^ iiioiilre que ie texte est altéré : 
Vuithipiili (luit luécctlci' \o .sfr/in/uiri/i ; le rùle clii saliakârin n'e.^^t pas 
Jixé, t'( la lcc(iin> '•/.y'//'■'^^•;lll;ll.la" e.st moins justiliée que rûpa", Bhdtn. : 
« caksnsu '<lliipalipiMl>a>â(l rfipafîraliai.iaijratiniyainah ; âiokât saliakâ- 
ripi'atyayâd dhetiih ;,p;ivi_rii-tli;ilâ.. •• 

(r2ii) '< The o\e, as (leterniinaiit olone particular cof,niltion (fonu) wliere 
taste. etc., inijiht liave breii equaily coffiùsed, is ablc to beeome domi- 
nant. » 

K((lp(il(irii 2'.'2. .j : ■• /'ditasxa inâiiasya rasâdisridliâranyt' pi'ri[)tc /v>y>«- 
idyâmakaiii cak-iir adiiipalii', lokc !ii_\ âiiiakas\ âdiiipatitN âd iti. •■ 

L'âlamliaiia |ii)>sid<' lûpa, las.i, clc. : l'esprit (Contient îles priivajriânas 
de toute natiiic. l.a (■nnnaiss.iiicc, (( priori, n'est pas spécitiée 

(127) Je iriicsiliNi supprimer cif/(C> d'apivs U/iui/i. : - evaiii sukliâdinâm 
api euttâiiaiii cittnbliimialiotiijrniârn catvriry elâny e\a kâianâni n ; ei. 
Aii.iriri iii l(jc. 



SARVADARÇANASAMCRAHA. iOo 

Les citta-caittas sont constitués par cinq skandhas, 
dénommés rùpa", vijnâna", vedanâ**, saiiijnâ" et vijiïâna- 
skandha '^^ 

Les sens avec leurs objets forment le rûpaskandha, en 
raison des deux étymologies : « les objets sont perçus 
par eux », « les objets sont perçus » ''-^. 

Le vijnrmaskandlia = le courant des pravrtlivijnûnas 
et des âlayavij flânas ' ". 

(128) Le texte : " evaiii cittueai^^ritinakHslcandlial.i paùcavidlial.! rûpa".., 
osaihsk.ïrasaiiijfuikal.i, se prête à la traduction de M. Gouj^li : >■ Su also 
tliis universe, whieli consists of niiud and its modilieatiuns. is of live 

kinds, entitled.... ». — Çaiiikai'a (1[, 2, is : p. :,;j;^. ,,,) : .i talliâ. rûpa" 

"sarnskrirasainjûakâl.! panca ^kan(lllâl.l. - l-.t les (•(^nuiienlateurs (An.yiri, 
Bhc.iii.): •• Ijlnliahiiautikân uktvâ cittacailtâii l'oaitlikân ; Tilia : talliâ... ... 

Skandlia, synonyme de j'açi (d'après Ahhidh. Iioru, Burn. hilr. p. 512), 
a la valeur de :>amudri\a, par exemple dans la lormulo - nialiâduhkha- 
skandhasya nirodliul.i •• (et. Kern. MamuiA, 47, n. -, : lad asya maliatc 
dui.ikliasamudriya.s\a pi-abliavahi.jam avidyâ. — Cohiiu. .id ^■^)fïas. II. yj ; 
de soi-te que l'expres.sion : « layaihj eittacaittritmaka|l.i j skandlia h •• cou- 
vrirait pi'osque celle de Çamkara i,5:i3, 3) : « yo 'yam.... ul/liaxaiuakârul.i 
Samudâyaii... skandlialietukar ca pancaskandliirâpah... - 

L'ordre des skandhas, ((jui osi celui d'Cddv otakara {.\i/ 'i/ar. ;i.")2, ji, dt> 
Çaihkara, etc., dilîére de l'ordre tradiiii)un''l : ■■ a eircumstance connec- 
ted witli tljc variau(!e in tlie doliniiion ot 1 ho tenus ■> |Kern, McDnai, 
51 n. j ; oti la rét. au bhnriiin-S. i 22 doit suivre «''lie ù Hui'U. 511 i. — 
Voyez note iGti. 

(12'.i; Même lectiu-r UIkuii.^ax le mol ■• \i>ayri „ e^t unns. .\ii.giri s'ex- 
pi'ime dans d'autres termes:- karni.ikai-ana\ yutiiattihli} ."îiii savi.<ayâ- 

i.ii 1 ; iTipa maïquaiil l'objet ou l'instrument du nirûpana. — /y/?/(///. 

ajoute : •• yady api i-ûpyamâiiâh pi'thivyâilayo Ij.âhyâs. tathâpi kâya- 
stliatvâdNâ, indriyasarul)audliâd \,â, tiliavanty âdhy.âtmikâli. et. An.sii'ij. 

— A l'exception de ravijfia[)ti, les termes classés C(jmme rûpa dans 
Abliidh. koçfi (et Dhnrma-S. p. i)'.>) 

(130; .\n.giri : •« ahani iti prat_\a\o \ ijùânaskandhah .. : Bham. : « vijfiâ- 
naskandho'hain it\ akrii-(j l'ûprulivisaya indriyajan\ o va dan.lâyamânal.i. » ; 

— ex|)liqué Kdipfilaru 172. j.j. 

Cp. An.ffiri (p. 5;}3. r '• " tatra \ ijnânaskandliai; cittam, itare caitt.âh » ; 
Abhidh. koi;ar.. ('i-ité l)h(ir)ita-s. p. iVj) : .. yac citlatn tad e\a manastad 
eva vijnânani ity eko 'rrhah -. 

Kern, Marinai, ."d, ..^ : (d'apri-s Sarradr/rr.) : ■■ V. is clear conscious- 
ness ol' w hat is going ou in mir interioi- v. 



196 LE MUSÉON. 

Produit par le rapport du rûpa" et du vijnânaskandha, 
le vedanâskandha •= le courant des impressions de plaisir, 
de déplaisir et [d'indifférence] ^*'. 

Le saiiijnâskandha = le courant des [pravrttijvijnânas 
exprimés par les mots vache, etc. '^•. 

Le saiiikâraskandha = dépendant du vedanâskandha, 
les passions (désir, haine, etc.), les upakleças (ivresse, 
oi'gueil, etc.), le dharma et l'adharma ^^^. 

Quand il médite : « tout cela est douleur, réceptacle 
de douleur ^'^ cause de douleur «, |le fidèlej produit en 

(131) An.giii : " sukliridipratyayo vedanri» » : Bhûm. : ... « yâ priyâ,- 
priyrmubliayavisayasparçe sukliadul.ikliatadialiituviresrivastliâ cittasya 
sa vodânaskandliah. •• — Cf. Dharma-S. § 28 dire M. Vt/ut. 102); Çuli- 
stnmhas. (Çiksâs. 222, g) : •■ pancavijriânakâyasaihprayuktain a^âtânu- 
bliavaiiaih duhkliam. •• 

(132) Le texte « "ullekliisavijùrma" •> est altéré : uUekhitasavi- 
kalpa° \ ] 

Advaitabr. 88, 14 : -^ atah (.'abdollekliitasavikalpapratyayasya na sva- 
laksanavisayatvam ". 

An.f,fii"i : « gaur a(;va ityâ(li(;ab(lasaiii,jal|)itai)i-atyayah s° » ; Bhum. : 
" s° -savikalpapi'atyayal.i samjfiâsaiiisar-îayogyapi'atibliriso, yatliâ ditthal.i 
kui.i(lali gauro l)i-âhinano gaccbaty evaiiijritïyakah >•. — Kalpata/'u : 
" savikalpapratyaya ity anena vijnrmaskandbo iiirvikalpa iti bhedal.i 
skandbayor dhvaiiitah. •• Cp. T'(tp. 8S, 1 : na vyavasâyritmakaiii pratya- 
ksaiii bhavitum arbati : abliiiripasaihsargâyogyapratibliâsaih lii tat. .. » ; 
— Atwataltvav AÇ>, ^■. — Ny(iyabi}uli( (103, 3): « abhilâpasaiiisargayo- 
gyapratibbâsapratîtil.i kalpanâ.... « (cf. tïkâ, p. 10, et Tâtp. 342, .j). - 
Voyez Dhanna-s. XXVIII et Abhidh. hoçav., cité p. 41. 

(133) Sur la valeur du terme « upakleça », voyez Bendall, çiksâs. 222, 
n. u! : " 'i'Ji'- Tibetan and tlie explanation of upâyâsa by Buddhaglio.<a in 
Yis.-M XVII (Wai-ren, Budd/i. 191) suggest noarness and intensity as 
tbe force of l'pa. •• - Kei'n, Mun. 52, s : kleça : deriling passion {Dhar>ua-S. 
§ .")3), dbarmâdbarmau =-- piety and impiety. - \ oyez Madh. vrtti ad 
XXIV, 5 (p. 176). D'après V Abhidh. koça icité Dharma-S. p. 6'.») râga et 
mâna sont aniyatabliûmika, mada est « upakle(:abb" « ; D'après Dhar- 
ma-S. § 67, kl(v:as = râga, pratigiia |^dvesa|, mâna... ; upaklec^as = .... 
mada.... Aii.giri : râgâdi dbarmadliarmau ca ; Bhum. (352, ly) : râ- 
gâdayal.i.... ; le reste comme Sarvadarr. 

(134) Voyez note 164. — Cf. Samk/iyas.v. II, 1. (87, 9) : « .. (^ariraiii 



SARVADAIIÇANASAMGBAHA. 197 

liii-niémc la connaissance de la vérité qui est le moyen 
de la destruction de la |douleur|. Aussi est-il dit : « J^a 
douleur, la production [de la douleur], la destruction |de 
la douleur], le cliemin, voilà les quatre nobles vérités 
proclamées pai* Bouddha ' •'. » 

11 n'y a pas de doute possible sur la douleui*. 20. 

Par s(unudaij{i, on entend la cause de la douleur '•'^ ; le 
samudaya est double, par combinaison de pratyayas et 
de causes '■^'. Pour le pratijaijopanibandlia, un sfitra le 
résume : [idaiii pratyaya^rr/mâtraphalam] ^*^ ; « Idam = 
l'effet. Des causes autres vont (ayanti = gaccbanti) vers 
|des causes autres] ; la nature de ces causes en mouvement 
est dite : pratyayatva = concours de causes. De cela seul 
I l'effet est] le fruit, et non d'un être intelligent quel- 
conque ». Tel est le sens du sûtra '•*''. 

"" u De même que le bourgeon qui a pour cause la 
semence naît i)ar le concours de six dlifitus : l'élément 

(luhklinyiitaniitvrid (luhkliam, indriynni visajû buddliayac ca (atsâdlia- 
nabliâvât,... >• 

(135) Ce passage présente diverses difficultés. — Comparez Vivekavi- 
lasa, infra note 164 et suiv. La valeur du terme samudaya est certaine : 
il faut lire, ou du moins comprendre, samudaya. — "expression tattva- 
jùâna est l'i'équente dans nos textes (Bodhic.f. 251, n- Madli. vrtti XVIII, 
3 ; etc) ; — saiiipâdayet = utp" ; cl', cittotpada, bodliicitta». — tattva = 
satya. — buddlia" donne une tin régulière d'âryâ. 

(130) Madh. vrtti, ad XXfV, i (p. 175, g): •< yato lii lietor duhkliaiii 
samudeti.... sa lietul.i... samudaya ity ucyate. » Cf. Vivckavilâsa, infra 
note 16S. 

(137) Lire : "upanibandliato lietûpanibandliatar ca. tatra pratyayopa- 
nibandliasya... (Voir p. 21, 20 et App.) — M. Bendall [Çihsds., 220, n. 1) 
entend : tlie attacliment of cause to cause (in tlie cliain). — Voyez Mhv. 
111,314,,,. 

(138) Cp. Blunv. 354. 7 et Kalpataru 273. n. 

Pour l'explication du pratityasamutpâda = samudaya, voyez l'appen- 
dice. 

(139) D'apiès le Kalpataj'u. 

(140) Fragment du Sûtra cité A[)p. 



niS M- MlSf,ON. 

Icirc |ii(i(luil la dui-eh'' cl rodciir du hoiiriicoii ; l'idcMiiciil 
eau, riuimiditr cl la scvc ; IV'Iciiicnt l'eu, la couleur cl la 
clialcur ; rch'ntciil veut, le contacl cl le iiiouveineiit ; 
r(''l(''iiieiil ('llicr, res|»acc cl le sou : r<''l(''UU'Ui saison dis- 
pose, coNiMic il couNieul. la lerre cl les aulres |(lliâtus|. » 
Le siitra (|ui i(''sunic le hclfi\Kiuihnutlhn : « (^)u il y ail, 
ou u<ui. luoducliou de l'alliâiialas, dcnicure ininiodiliée 
celle conslilutiou essculiclle des |d)(''Uouicncs, liniilalion 
cl dcleruiiualion des |dieuoiiieucs, jiroecssi(Ui nonnale de 
Icui' produclion eu laisou de causes ", c'esl-à-dii'ej : 
<■ ildiis 1(1 jiciiscc lies TnllKiijdhis "'• i - Uouddliasi, ce (|ui 
cousiiluc la dliannalà des dliai'Mias (|ui sont elîets el 
causes, à savoir leur iialur(> (rcIVet el de cause, est fixée 
par 1(1 iiroditclidii on la iioii p)(i(lncli(ni ''' : A ('tant, H est 
produil, I{ esl elï'el de A, cause : c'est la dharmalâ. Poui' 
plus de clarle : << 1' il v a liniilalion du dliarina, en tant 
<pic, ciVcl. il ne dépasse pas la cause , soil (lli(inii(i.slhili\ ; 
le sullixe Idl ! - 'ta) ne niodilie pas le sens' ; "1" il y a 
(jualile (\r deleriniuaul du dharnia. eu lanl ({ue, cause, il 
delerniine relVct. " - Mais cette reiaticui de eause à etVet 
est-elle possible sans I iniciveulion d'un être intelliiient ? » 
l'oui' répondre à celle ohjcclion, il esl dit : (( 5" il y a 
marche conrornic. procession noi'inalc du pralîlyasannit- 
pada (ccsi-à-dire production en raison, en considération 
dinic cause posée) ; el celte |)rocessi()n normale do leur 
pi'oduclion n(''c<'ssit(''e est la dlmniuilà imnmaide des 
dharmas, (pi'il y ail. (ui non. production [de Tathâga- 
tas '" — . sans (|U()n y aperçoi\e une inlelli^enee direc- 
trice ((U(dcon(pie •'. Tel esl le sens du sfilra. 
-21. et De nu'me (pi il y a hctûpanihandha du pratftyasanuit- 
pâda externe . à savoir : de la i:raine. i(^ i^erme ; du 

111 L.i glose, coinino nous le inouveroiis ilaiis lappemiice. est inexacte. 



SARVADAHrANASAMCUMIA. 199 

germe, I;i tige ; de la tige, la tige creuse ; de la tige 
creuse, l'ovaire ; de eehii-ei, le bouton ; de eelui-ei, la 
fleur ; de celle-ci, le fruit ; et dans ce complexe des choses 
extei'iies "", la cause igi-aine, etc.) ne pense })as : « Je 
produis la pousse |etc.] », et l'etlet (pousse, etc.) ne pense 
pas : « Je suis {)i'oduit pai* la graine [etc.|.. » ; de même 
dans les clioses internes '^', il faut reconnalti'e cette 
donide combinaison de causes hetu", pralyayopani- 
bandha| ». 

Il nous reste encore beaucoup à dii-e là-dessus ; nous 
nous ai'rétons craignant d'ètie trop long. 

I.a destruction de ces deux données |la douleur, la 22. 3 
cause de la douleur] ''", ou la suri-ection de l'intelligence 
pure qui en résulte immédiatement '^', c'est la dc^livrance. 

I.e moyen de la destruction de !la douleur|, c'est le 
chemin ; ce chemin, c'est la connaissance exacte : celle- 
ci est produite par la force des méditati(Mis dont il a été 
parlé. 

C'est dans ce sens (pie irpondit Bhagavat aux disciples 
([ui demandaient à connaître le sens suprême et mysté- 
rieux du sûtra "" ; et ils recurent le nom de Sautrântikas 
parce que Bhagavat a dit : « et comme vous avez demandé 

(142) ... briliy(> samudâye. 

(143) L'élément terre en tant qu'il concoiiit à la formation du corps est 
intei'ne lâdliyritmika). 

(14-1) Gougli : •• Emancipation is tlic suppression ot tlie two causal 
aggregatos.. » 

(145) Cf. note Dl. 

(14()j Uougii : « . . Su(;li is tiic liigiiest niysti'ry. Tlic namo Sautrântika 
arose from tlic fact. . » — D'après Sati(; Candra (l. Buddli. Text, III, 2. ,) : 
« ... asked liim what was tlie final purport (anta)of tlio apliorism (sfitra) 
of tlie universal baselessness. — Snti-nnta.d'aitrèsM. Kern, ^'st apparenté 
à siddhânta, râddhânta. 



200 LE MIISÉON. 

quel était le sens du sûtra, soyez, des Sautrâutikas ». 
Telle |est la doctiiue et la tradillou de la troisième éeole|. 

22. 7 Certains bouddhistes expliquent : u A une première 
catégorie de disciples, Bliagavat a enseigné : « tout est 
vide )), — bien (pi'existent les choses externes (odeur, 
etc.) et internes frfipaskandha, etc.), — et cela en vue 
de produire rindifl'érence vis-à-vis de ces choses '^~ ; aux 
deuxièmes, (pii ne veulent admettre (jue le vijnâna, [il a 
enseigné] : « le vijnâna seul existe » ; aux troisièmes, qui 
tiennent à la réalit('' de l'externe et de Tinterne, [il a 
enseigné] « l'objet |externe| de la connaissance est con- 
naissable par l'aisonnement » ; cette dernière explication 
est contradictoire ». |I)e ces derniers mots : ... viruddhâ 
bhâsâl vient leur nom de Vaibhâsikas "^ 

Voici en substance leur syscème. 

Si le connaissable ne peiil ('Ire connu (|ue par raison- 
nemenl, il n'exisle aucune chose (|ui soit évidente ; donc 
il n'est pas de [)oint d'appui pour la eonnaissance de con- 
comitance invariable ; donc il est impossible que le rai- 
sonnement entre en jeu "''. — Ajoutez (jue l'expérience 
universelle vous contredit. 

(147) anfisthâ, voyez Bodhic.t. 283, i,, ; M. Vi/id. 110, 30. — Sur la diver- 
sité de l'onseigncment, voyez la note 157 ; la division des écoles au point 
do vue des Vijnrinavâdiiis, (;aiiU<ara. II, 2, 28 ("mO, i-.,). au point de vue des 
Mâdhyainikas, Çaiiikara, II. 2, 18 (532. :f ; vineyabliedâti, Bhdm. 351, ,j-.,^. 
D'api-ès ces derniers renseif,menient donné aux Vijnanavridins a été 
inspiré par la pitié (Madh. vytti, ad XV, 15 (p. 99, 5), comme celui des 
Sammitlyas (ihid. XVIIl, ,s ; 132, kj^- — Sui- le danger du (:rmyatriljhinivei;a, 
sur le (;nnyatcïbiiaya, cf. not. Boclhic I p. 242, ,3, IX, 33, 53, 56 : -- vai- 
neya... anurodliena, cl', not. Dicya : vainey^pek.sayâ (49, «, 330. 7). 

(148) On connaît rétymoiuf,ne de ï'Ahfiidh. hoçu, Burn. Intr. p. 448. 
Voyez aussi Wass. 266. — Vâtsiputrâ vaibliâsikâh. Tâlp. 350, ig : cl. 
Wass. 262. 

(149) Lire : "anupapatliti. — Comp. l'argumentation de Kumârila {Çlo- 



S\KVAl)AK(jA.^AS\MGK.\HA. 



-201 



Par conséquent inous dironsl : I. "objet est ou ))ien intui- 
tif (ce p('i'(.'ei)til)le )> : (/rCiliyu) ou bien (•()uceval)le (« aper- 
i.'eptil)k' » : adhijnruseiia) '"' ; l'intuition, de sa nature 
exempte de rétlexion {nivv'ikaljmlid), est « moyen de con- 
naissance », parce qu'elle est e\em[)te de réflexion ; la 
conception {(uUujdvasfiiid), i-éllecliie [s(uil,(ili)(ili(i) de sa 
nature, n'est [)as « moyen de connaissance », [taire qu'elle 
est connaissance de réflexion {li<ilpiinûjrifui(i) ^•'. — Comme 
il est dit : 

(( La sensation (pratyaksa) est [la connaissance] exem|)le 
de réflexion, non sujette à erreur ■'-': exenqtte de réflexion : 

havart. 394) : •• Si l> srimâiiyn n'est pas pratynksi, l";inuninii;i est imiios- 
sible. •• 

(150) " ... ^frâh.No' dhyavHsoyai; ca. - Cp. yi/t'i/ahnidij/. là, opli'), : : 
» (Ivividlio hi pi'amân.isya visayu, ^r.îliyac ca yadâkâraiu ulpatlyato, 
jirâpanïyay ca yam adliyavasyati . an\(i lii graliyo 'iiyac cildliyavaseyah 
.... ". Voyez i/>iil. 9. i-,. ...i. 17. -^ : (M soni-ci's ('i1('(^s n. ]:VL — Ih/rl. p;. ,-, : 
•• aiiartlias lu grâliynli ", i! s'aLjil du uraliva (1(> raniinirma, cf. lii, ,, cpé 
lUde 153. 

\'(iU'/ Tr/(i). :5:<9, M : " atli;i ko' _\ aiu adli\ a\asâ_\ al.i M^iiii yrali.iiiain aliO 
svit kai'anaiu uta yojanâ atJia sainâi'oijal.i '..... •• 

(151) Kalpanâjurma... ; cf. vikalpajfiâiia opposé à indriyavijriruia 
[Nyaydb I 10, i^, 15, «, 17, y,, 11, 5^ 

(152) Voyez (ap. Patliak, On the authorship of tlic Nyoj/abindu , 
.1. Bomb. Br. 51, se) l'attrapariks" de l'auteur jaina Vidyâuaiida : 

pratyaksai'n kalpauâpoilhain abhrântani iti KTrtivrLk. 

c'est-à-dire Dliai'niakirti : le Nyâyabindu dit t«;xtuelleiU(Mii : i^ pra- 
tyaksarii kal{)aiiripo(]liatii ahlirâiitain - (p. 103, :, . cl', la tikâ, p 8. i„ et 
suiv.). [Notons que tout ce paragraphe du Nyâyabindu (les quatre ])ra- 
tyaksasi est reproduit par prirtliasâratliimiçra ad Çlokavurt. p. 100 1. 

Dignâga, Prrottanasamuccat/a, I 3 (Mdo XCV, loi. 2-1, : •■ lufion-suin 
rtog-padan libi'al ba " pratyak.suii kalpaiiâpodliani. 

Tàtp. 102, 11, : •• pratyak^aiii kalpanâpoijliaiii pialyakscnaiva siilliyati " 
= PramuHUVati. loi. 228-' :i 

Ce point a été l'objet de longues discussions : il est clau'enient exposé 
dans le Tarkasa,h(jfnhti (Bombay S S , LVj, p. 217, qui renvoie au 
Vaiçesikasùtra-upaskrira (Cale. 1861) p. 358. — Voyez Nyâyakoça s. voc. 
nirvikalpaka ; Çlokavart. loc. oit. : Sâ,hkhyas.v. 1, 89-90 (p. 48, 1-3) : où 



:202 LE MUSÉON. 

la réflexion, | procédant | de l'image du réel '', ne révélant 
j)as à res{)rit le réel, est erronée. » 

Et encore : 

i.' l/objet de l'intuition est le réel ; l'intuition est pra- 
niâna ; (jue l'objet ou le mode de connaissance soit 
d'autorité, de raisonnement ou bien sensible, ce (jui n'est 
pas intuitif n'est [)as réel '^', ce qui n'est pas intuition 
n'est pas [pra]mâna ». 

Mais si le savikalpaka [jnâna] n'est i)as pramâna, com- 
ment se fait-il que, dans la pratique, il donne Vartlia- 

la définition de niiarnnakïrti est i-eproduite ; Xi/âyav. (39, 19) la définition 
de Dignâga : « pratyaksaih kalpanâpo(lliani iti " ; Taip. 102, 1, j,, : •• na lii 
yatliâ sainyagjnânam adliilji'tya pralyaRsâdilaRsanaiii ki'taiii klrtin.ï 
tatliâ dignâgena, yenridhikrirâj jnruio vyavatistiieta kal{>anripodiiam 
iti... n (Cf. Nyaxjah-I. 9, 3). 

(153) O's deux pâdas sont cités KandccH 190, is, avec la variante: 
visaiiivâdrul, au cours d'une intér(,'ssanto discussion sui- le nii'vikalpji. 
La réj)onse est : " na. pravrttau saiiivruint ". 

('onipai'oz Nyayah t. 5, 17 (cité n. 155) et lùmiUcli IVH), .r^ : •• atlui pi-a- 
tyaksapjstliabliâvi vikalpah karai.iavyriiiru'ani ii[iridadrinu 'itliakiiyâsa- 
marthaih vastu sâk.^âtkaroti. " 

L'accord de Kand. et de notre texte rend peu probable la correction 
qui s'impose à première vue : vikaljjo 'vastunirbhâsâd.... 

Le vikalpa est " anartiiajapratibliâsa ", mais " anubliavajanmri -• 
[Kand. 190, 17, ,9). 

Voyez KusumaTijali (16, 15) ; " nirvikalpakasyaiva tanmate vi.'^ayaja- 
nyatayâ prâmânyam ". — Le pratyaksa est •• visayasvarnpânuvidliâyi » 
(Nyàyav. 44, 3) et se confond avec le vastunirbliâsa. Le jnâna savikalpaka 
est « asaihnihitavisaya, artlianirapeksa. aniyatapratibluisa », car il 
repose sur le pûrvadrsta {Nyâyab.t. 11,3, 10, .,0), sur le vastupratibhâsa. 
— Cf. ibid. 9, 15 et 16, 4 : « anumânam api svapratibhâso 'nartlie artliâ- 
dliyavasâyona pravrtter anartliagrâhi -. Voyez les citations de Dliar- 
mottara Tatp. 339 et PramruHiviniçcayu , 276i'. — Cf. n 155. — Cf. saii)- 
vâdaka, Nyâyab.t. 3, 15-17 (cité n. 155) et 9. 5. le 

(154) Na tad vastu, cf. ibid. 10, n, : " vikalpavijnrmarn tv artliân not- 
podyate •• ; 9, ,5 : « bhiûntam liy anumânam •• ; 16, ., (cité n. 153). — na 
tan mânam : cl. KnsmnoTij 16, 15, Nyâyab.t. 20. 13 : " yatrârthe pra- 
tyaksapfirvako 'dhyavasâyas tatra piatyaksaiii kevalam eva pramâ- 
nam ". — Le véritable mânaest visayaja, non pas indriyaja. 



SAKVAn\K(.VNVS4M('.KAHA, 



-205 



prâpli ci \o sdihrfida ^-'^ ! L'ol)ipcti()n no porte pas : il on 
est ainsi pairo (juo l'apprôhonsion môdiate do la chose 
est possil)lo : [»ar oxoniplo, l'idéo do pierre précieuse a 
pour ()])jot l'éclat i\c la piorro précieuse, | atteint la réalité 
(svalaksana)l '■". 

Le reste a été e\i)li4ué dans le paragraphe relatif aux 
Sauti'ântikas : nous n'y reviendrons pas. 

Et Ton ne peut contester que cette diversité de l'ensei- 22. 
gnonient, en conformité avec les dispositions des disciples, 
soit ti'aditionnelle : I.Nâgarjiinal dit dans le Bodhicittavi- 
varana '■^' : 

(155) Cp. Tatp. 90, :, et siiiv., 3M9, ,.o, :!42, m . 

N'oyoz Nyay<il<oi;a. s. vue : ^ aviruildlini'tliajnrinnm — Cf. Xi/at/ab.f. 
3, ]., . « avisaiiiv'ilakaiii jnruiarn sani\ aginâiiani ; loke ca pûrvam 
upadarc-itârtliaiii i)rrq)ayan sailivâdaka ucyate : tadvaj jnânani api 
svayaiii pratlar(;itain aitliaiii prâpayat t^aiiivâdakam ucyato : pi-adaivito 

câi-tlio pravarlaka1\am (>\a [Mrt[)aka(vaiii, nâiiyal : [jfirinaml aitlie 

pm-iisaiii piavai'layat jirâiiayaty ai-tliain, pi'avartakatvam api pravi'tti- 
visayapradar(;akatvarn. . -■ et 5, 17 : « dvividliniii ca sainyagjfirinani, 
ai'tiiaki'iyânirljliâsani, ai-tliaki'iyâsainai'tlie ca i)ravartalvam •■. 

(lôij) C|i. Nyai/ah.!. .'>, -, : " ... kurnljikrivivai'adera.stiiâyruii manipi-a- 
bliâyâiii manigi'âlii .irirmaiii iiâpavarakade(:astlie maiiau [pramânam] -. 

Plus utile Kancl. 190, ,., : " Athrinuiiliavajaiiniâ vikalpo 'rlliâtmatayâ- 
l'opitasvapratibliâsal.i svalaksanasvapi'atihhrisayor bliedaiii tirodliâya 
svalalvsanadece ])Uiusarn pravartayati saiiivâdayali ca, inaniprabliâyâm 
maniliuddliivat, pâraruparyonâi-tliapratibandlirid ai-tliapi-âptei- iti cet .. " 
" ... yatbâba : lato 'pi vikalpâd vastuny eva pravi-ttir iti •>. 

NyayacnrI. 198, 7 •• manih prabliâyâ âyrayal.i. » 

(157) -- ïaiidjour. Rgyud XXXIII, fol. 451j. — (identifié par M. K. W. 
Thomas). 

Texte: Budhacitta" les deux stances sont citées Bhâm. (II, 2, ig ; 
•^■"'1. vm\ Qui lit : Budhi", et fournit les variantes : punah au lieu de 
kila, laksai.iâau lieu île "n.ïl.i. bhinnâpi deçanâ 'bhinnâ... [= .... sloù dan 
gni.s-med tlia-dad niin| au lieu de : bhiiniâ hi deçanâ bh". — i.e comm. 
(Kalpataru, Hi. ^-) mérite d'être lu 

La pi-emièi'e ligne Qi^\ citée pai- An.giri. p. .550, 5 ad II, 2, 28- 

et. n. 147 et 6:5, in tine. — Lahhax. 54, , : « deçanâ hi yad anyasya tad 
anyasyâpy adeçana •• 



« Los ('iisoiiinciiicnis des pioterteurs du inonde sont 
siil)()i(l()niu''s !iiix (lis|»()siti()iis des créatui'es ; ils sont 
diins ce monde multiples en r;iison des multiples moyens 
[employés p;ii- les Houddliiis!. 

Tantôt profond, l;nil()t superlieiel ''^ tantôt l'un et 
l'autre à la l'ois, renseiunement est divers : diverse n'est 
|)as la (Jinn/dlâ ''' (jui a pour mar(jue la non dualité ». 

^27). Il (( Le culte des douze âyalanas "'^ produit la l'élieité 

( ITiS) i'';uiil)hii-()ttrm;il)lie(l(Mi;i... •• ■• ;ts deop ;unl suiK'i'Iioial v. — uttâiia, 
— tili. {Mddh. irtii, st. iriiitriul. 4 sl;i-li;i. -- l'^va clic — Les deux 
lei'iiH's (int iim; viileur tecliniiiiie. N'oyez \V;is.s. 'Vri : « Romai'Quons (luo 
|i\s I ilii'tniiis apiiellent les li\ res ilu sens exact ou des Madliyainikas, les 
livres •• i>i'iifiiiids •• zali-ino', ceux i\i'>^ "K^iiâcâras les livres dévelopiiés 
(i';,'yas-|ia, \ aijiulya '. uiais ici ilaiis le sens d'analvliiiues (le^s-pliyej comme 
il a (H(' (lit [iltis liaiil) 71 Zali-nn) — naml/lura, l'f^yas-pa =- auspieilehiit = 
uttâiia — Mhr. 111, lus, ih : ut lâhikarcl i suit innuediatemi-nt \ibliaia1i 
((■('. l(>f,'s-),|i\ Cl : -- iii-akâi'a\ati lUulh/c-}). (HiM. Iiul. .",'.>, ,]. 

iir^'.i liâh),!', sai'\ aciliiyalâ etc. : et l)h(nni(i-S. ^ .| 1 , (>( Madh. rrlli 
Wll, Il |i. 1C)(I, .■:,) XW. ;Jl'.M. 1-, cnii^atâ du |Kiss(' etc. 

iltii'l \ii\iv, la cuiai'Usc r\\A[\in\, Sii.'iihliiiiihillrdhdiniiinli ad -4 1 (ivt'. 
conniiuniiiuce \k\v M. (iaiiie el ^ni'iihlnjtis.r . 111, fi-i : 

dai;a manvantaiânilia tisthaiit iiulrivacintakâh / 
lihautikâs lu lalaiii pnn.iaiii saliasi'aih tv âhliimruiikrih // 
liauddliâ (laça saliasrâni tistliailti vijiatajvarâl.i / 
pûi-iiaiii i;atasaliasi'aiil tu tistliauty a\ yaktaciiltakâl.i / 
nir^Minaiii inu'usaiii pi-ap\a kâlasai'ukhyâ lia vidyate // 

Même citation d'après la S,,irli\ liliimi (a^^',) \n\ \\\, :^, i^: Kalpat((ru, 
lU','. 17-,.,,. el (.'ailikaia /// /oc. (jui ciuuinentc Kti/hojifni/.sad (^Noir aussi 
1, 4, () 1, ;k 1,, H '• " iiidiàx iMilival.i piiâ liy artliâ... -. 

I\nlp(i((ui' : antahkaianadliyâx ino bauddhâl.i — ^((rcasidd/ifoitas. 
l\ . V : •• k^anikâ huddlur mumuksui)liir upâsyate ••. 

l'ii texte publie par M. W'elier {Roiiulnpd niya Cji. Ji. 33('>. i) :... kun- 
ijiniti \o^;ililiih, praktii- iti sâiiiklixai!.!,... huddliir iti baiiddliail.i.. . ••. 

Ikdidd/id, dit M. Ciai'be (trad. p. 141. iiotei est employc ici ilaiis le sens 
t|(> //i'd(Uit/ itp'ind/in, el non point dans celui de liouddliiste — .\ous 
avons : " tliose wliose méditation is devoted to tlie sensés..., tlie Moi'sliip- 
pers ot the cléments. .. tliose of tlie egoti>inft-oi'g;in .. , tliose oï the 
ludgiii" or^ian . . . -. En combinant rénuni(''ration dos â\ataiias ^orrr/rf. 



SARVADARÇANASAMCRAIIA. ^05 

suprême « : c'est une thèse bien connue dans le système 
des bouddhistes : 

« Il faut acquérir de nombreuses richesses, et pratiquer 
parfaitement le culte des douze Cnjatanas. A quoi bon 
cultiver ici-bas toute autre chose ? 

Les cinq ori>anes de connaissance, les cinq organes 
d'action, le manas et la biiddhi : tels sont d'après les 
savants les douze âyatanas '*''. » 

Le système des ])oud(lhistes est exposé comme il suit 25. 20 
[par Jinadattal dans le Vivekavilâsa : "'-. 

ce Le Sugata est r|ista|devatri des bouddhistes, |qui 
affirment] aussi l'universelle momentanéité ^''\ Voici, 

23, Il et 2-1, , 'cf. note suivante), on obtient nu peu s'en fuut 'aMiinirinii — 
ahaiiikâi-a, et non ]ias manas) la liste de la KmonuiV et d'Anii-iiddlia. 

Sans doute aucun, Mâdliava exagère cjuand il déelaro - i)i'asiddlia •> 
dans le Bouddhisme la vei-tu du culte des âyatanas. Mais s'il faut — je 
crois que c'est provisoirement l'aisonnaljlc — a.-^corder cir-ilit à noti'e 
auteur, on ponna iieut-êtrc faire quelques trouvailli\v dans 1»' tantrisiue 
bouddhique ou hindou. (»n connaît l'indrix asevana du Paficarnti'a, 1, ,. :■■ 
(d'après F. W.) ; h' culte du linga n'est que trop •• prasiddha •• dans n(;s 
tanti'as houddhifjucs : la finrupnj;! dans le J'dTnuikr/'nKi CDiiip'iiie 
l'ofl'i'ande des makâras, di-s cdmi Jouissances; la pnjâ du kâya dostaihâ- 
gatas, et du •• svakâya •• qui lui est identiJié. est peut-ùtre eu cause 
(âtmahliâvaprijâ, etc.). 

Knlin, la phi-aso : •• arthân upâi-jya bahu<'ah... ■• soutient dans une 
cei'taine rnesui'e (tette tentative d'interprétation. 

(161) Cette liste l'.xtraordinaire des âyatanas - la liste des on/e indriyas 
de Manu II 00 92), ]ilus la budtlhi l'iaquelh'. d'après d'autres soui'cos. cun- 
stitue avec le manas, l'ahaiiikâra et le ciita le groupe des ;intarindriya). 
— N'ous lirons ci-di'ssous la liste bouddhicpie des âyatanas (voir note MM). 

(1G2) Puldié en partie (saddarcanavicâi'aki'ama par R Tt. Hhandai-kar, 
Report 0)1 Uic Si'rtrdi for saiishrit Mxs.. linmliay ISST. pji. 15s-G:^. Voyez 
p. -JôO. Les varianti'S sont ; st. 1 : ... ilhai-mâyatananâmâni : st. 10 : «vâsa- 
noccheda"'. 

Voyt.'z aussi le saddorçanasamuccayasûtra, édité i)ai' .\I. le C'' F. L. 
Pullè dans .1. Société Italienne I, où est es(iuis.sée la théorie des pramânas 
[Ces deux réi'érences indiquées par M. BendallJ. 

(1G:J) Ksunabliangura. Il faut distinguer le ksana»et le sariitânabhaùga. 



206 LE MUSÉON. 

dans l'ordre, les quatre vérités qui portent le nom d'ârya- 
satya : 

La douleur, et l'âyatana "^\ ensuite ^^ se place l'origine, 
puis le chemin. De cette quadruple vérité écoutez dans 
l'ordre l'explication. 

La douleur = les skandhas de l'être qui transmigre ; 
ils sont au nombre de cinq : le vijnâna, la vedanâ, la 
saiiijnâ, le[s] saiiiskrira[s] et le rûpa ^''^. 

Les cinq sens, les cinq objets des sens, (son etc.), le 
mânasa" et le dharmâyatana ; voilà les douze âyatanas *^'. 

[La source] d'où procède dans le cœur des hommes la 
troupe du désir et des autres [âvaranas], (lesquels consis- 
tent par définition dans [rattachement auj moi et au 
mien), c'est le samudaya ^'*. 

Tous les saiiiskâras sont momentanés » : cette idée 
fixée [dans l'esprit] constitue le chemin et est aussi 
appelée délivrance ^^^. 

Il y a deux moyens de connaissance : pratyaksa et 
anumâna. Or les bouddhistes se divisent en quatre écoles, 
Vaibhâsikas, etc. : 

Les Vaibhâsikas soutiennent (jue l'objet [même] est 
atteint par la connaissance ; les Sautrântikas ne veulent 
pas que l'objet du pratyaksa soit extérieur ; 

(164) Le mârga se conl'ond avec le duhkliaiiii'odlia (inoksa) ; force a été 
de trouver une quatrième vérité : cf. note 134. 

(165) tatal.i.. ; Gough : " from tliem ••. Cette stance est d'une assez 
pauvre écriture ! 

(166) Voyez note 128 in fine. — Cp. Sarvasiddhântas. VI, g et suiv. 

(167) Voyez note 161. — Cf. Dhunna-S. 22; Wass. 240; Candradâs, 
Dict. T/b., s. voc, skye mched. 

(168) Lire avec Bhandarkar : râgâdïnâni gano yasniât saniudeti... 

PuUé : " samudeti yato loke rrigridinâiii gai.io 'kliihih samudayal.i sa 

udâiirtal.i •'. 

La croyance au moi (satkâyadi'sti) est la racine de tous les Klci^as. 

(169) Pullè : " ... nirodlio moksa ucyate ". 



SARVADARÇANASAMGRAHA. 207 

les Yogâcâras n'admettent que rinteliigence et les 
formes intellectuelles ; tandis que les Madhyamas ne 
reconnaissent que la conscience (saiiivid) seule, résidant 
en elle-même '"'^ 

Mais les quatre écoles s'entendent sur la délivrance qui 
résulte de l'interruption des impressions qui constituent 
la trame des connaissances et [des passions], (désir, etc.) 

La peau [pour servir de natte], le pot à eau, la tonsure, 
le vêtement fait de morceaux, le repas avant midi, la 
communauté, la couleur rouge du vêtement, voilà le 
refuge des mendiants bouddhistes ». 

(A contmiier.) L. dk la Vallée Poussin. 



(170) KuuL il icinurquer que cette dôlinition est inexacte? on pourrait 
l'a 1)1)1 iquer à ceux des Vijfiânavridins qui nient la réalité des jikâras de 
la huddlii. Décidément l'auteur du Vivchavihisa n'était pas très bien 
informé. — Cp. çiokavûri., nirâlambanavâda, 14 (p. 220) : « tatrârtliaçu- 
nyaiii vijnânaiii yofîâcârâl.i samâçritâh, tasyâpy abhâvam icchanti 
ye mâdbyamikavâdJnaV- •• 



s. JÉRÔME 

KT LA 

vu: 1)1 MOINK MAI. CUIS LK (:ai>tif 

{Suite cl li)i) {[). 



IL 

La r.KX.ItAPIIIK OUKIINAIK. 

l);iiis lo iiiMinisci'it de Ik'iliii, SacIiMii 7){)'l, la rocoiision 
SYi'i;i(|iie (le la Vie de Malclius est [)i-CH't'cl(''e (l'iiiie 
[)aflic (les (l'UM'cs, liadiiitcs en syriaciue, (11111 écrivain 
as('('li(jiH' ti'ès connu, Marc riù'inilc (IV^'-V'' sicclo) {n), ot 
elle poi'lc un litre hien l'ait |)()ui' attirer ratteiilion : .=3oè> 

r<'i-nà\S»3.i . r<*X-i^x» QoanTJW p^'.T.i.T.ol CYaL.t r^^t\.r.è\ 

qocxàLt) r^ocn, c'est-à-dire : l'insmlv l'/iisloirc de lui, s(ti)it 
Mure ri'jniite, qui eluil appelé Mulelius (r>). M. Bàthiicn, 
(|ui a consacré au manuscrit une étude spéciale, crut ce 
titre mutilé et le institua ainsi : lùisuile l'Iiisloire du même 
suiiit enuile Marc \co)icer}i(nil u)i er}uile\ du nom de 
Malclius (i). C'était, en une liiiiie, altiil)ucr à Marc ILmiile 

(1) Voir h; MusroK nouvelle séiio. f. I (l'JOO). |.. 4 13- 155. 

(2) Voir.). Kl NZK, MftrcKs Eriniiia, Li-ij./ii:, 1S95. 

{W) Sachaii, Vf.rzi'ichniss dir s;/ri\rhi'H Hnndsrhriftoi, p. 102-10.'î. 
(4) Zeilschri/I fi'r Kirc/teiifffisc/iichle, t. XI, i». 444. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 209 

la paternité du récit. M. Bathgen ignorait d'ailleurs l'exis- 
tence des autres exemplaires de la Vie syriaque, comme 
celle des textes grec et latin. M. Sachau, en publiant le 
texte du maimsci'it de Berlin, accepta de confiance (i) ces 
maigres données (2), tandis que d'autre part, elles four- 
nissaient à M, Zockler (5) tous les éléments de sa réponse 
à M. Israël, qui avait dénié toute valeur historique à la 
Vie de Malchus écrite par S. Jéiome (4). « Ni dans la 
biographie de Paul de Thèhes, disait M. Z(")ckler au sujet 
des éci'its hagiogiaphiques de Jéi'ome, ni dans l'histoire 
de Malchus et de sa compagne de voyage échappés mira- 
culeusement de la grotte aux lions, il ne manque d'indices 
montrant qu'on se trouve en j)résence d'une tradition plus 
ancienne, ingénieusement façonnée par le narrateur. 
L'histoire de Malchus existe même encore en syriaque, 
dans une rédaction différente de celle de S. Jérôme et le 
manuscrit qui la renferme lui donne Marc l'Ermite.... 
[)Our auteur. Depuis que la relation de Marc a été signalée 
dans un ancien manuscrit syriaque de la bibliothèque 
royale de Berlin, il serait difficile de contester que Jérôme 
a fait un emprunt ou l)ien à son contemporain ou bien à 
une tradition répandue au nord de la Syrie, dans laquelle 
Marc puisait également ». Cette question que M. Zockler 
ne faisait qu'effleurer, M. Kunze la soumit à un examen 
moins superficiel (o). Il n'eut pas de peine à démontrei' 

(1) Coinine le prouve le titre (ju'il donne à la pièce, l. c, p. 103 : Geschichte 
des Marcus Eremita von einem alten Manche Malchus und dessen Erleb- 
nissen . 

(2) Ce que fit aussi M. Loofs dans son compte-rendu du Marcus Eremita 
de M. Kunze : la Vie syriaque de Malchus, dont M. Bathgen avait cité les 
premiers mots, lui parut une source précieuse pour la biographie, encore 
peu connue, de Marc l'Ermite {Deutsche Litteratuvzeitung, 1895, col. 1580). 

(3) Netie Jahrhucher fur deutsche Théologie, t. III, p. 172. 

(4) Zeitschrift fïir wissenschaftliche Théologie, t. XXIII. p. 151-152. 

(5) Theologisches Literaturblatt, t. XIX (1898), col. 393-398. 

14 



:2I0 LE MUSÉON. 

que l'attribution de la Vie de Malchus à Marc l'Ermite 
n'était pas fondée, ot qu'elle reposait sur une simple con- 
jecture de copiste, séduit par la ressemblance des noms 
propres œcvjai^n et qoa*Jl:30 qu'il lisait dans son modèle (i). 
I^uis, étudiant de j)lus près les ra[)ports qu'ont entre elles 
les recensions syriaque, grec(jue et latine, il aboutit sans 
connaître, semble-t-il, les observations de M. Zôckler, à 
une conclusion toute semblable à la sienne (2), et lui 
donna une portée à bujuelle, sans doute, M. Z()cJ\ler n'avait 
[)as soni^é. « La Vie de Malchus, dit le [)rofesseur de 
Leip/ii;, se présente, avec les derniers latïinements de la 
])art de S. Jérôme, comme une rapine littéi'aire. Tout en 
croyant peut-être ne se liviei* qu'à un exercice de rédaction, 
il ne sut pas résister à la tentation de se vanter d'une 
aventure })rétcndùment personnelle. D'autre part, cette 
biographie ac([uici't ainsi une valeur j)lus considérable, 
puis(ju'elle n'est })as un })ro(luit du cerveau de l'écrivain 
latin, mais (pi'elle (h'i'ive d'une source anonyme un peu 

plus anci(ume, évidemment écrite en grec En ce qui 

concerne le caractère littéraire de S. Jérôme, notre con- 
clusion renverse bien des j)réjugés. Elle n'en fait pas 
moins pour l'iiistoirc du monachisme et la ci-itique 
des auties travaux hagioiiraijhifjues de Jérôme. Car si 
dans la Vie de Malchns, il se montre traducteur si fidèle 
de ses devanciers, on se tiendra désormais en garde contre 
la thèse de ceux (|iii veulent (jue dans la Vie de S. Hilarion 
il ait donné libre couis aux fantaisies de son imagination 
inventive » (.-,]. 

(1) Aux aigiuncnls de M. Kunzc, il est aisé d'en ajouter un nouveau : le 
tiire donné par le ms. Sachau est unique dans la tradition manuscrite tant 
grecque que syriaque (voir ci-dessous, p. 214 sq.). 

(2) Voir plus haut, p. 414. 

(3) Art. cUé, col. 398. 



s. JÉUOME ET LA VIE Dl MOINE MALCIIUS. 



-2H 



Voilà où en est restée la ({uestion. Repreiions-on l'étude 
dans les détails, afin de voir si les conclusions qu'on a 
émises répondent bien à la réalité. 

Et tout d'abord, il est certain que les recensions latine 
(= H), iirec({ue (= G) et syriaque (= S) ont enti-e elles 
les rapports les plus intimes, tant pour le fond que pour 
la forme (i). I^es mêmes faits se retrouvent à la même 
place dans les trois textes, ex[)rimés souvent do la même 
manière. Evidemment, deux de ces recensions sont des 
versions plus ou moins li])res de la troisième. Quehjues 
rapprochements feront saisir d'un coup d'ceil cette paren- 
té (2). 



H 

N. i-2 : Qua cupidi- 
tate illectus, adorsus 
suin hominem et cuiio- 
sius sciscitans reruni 
rtdem. haeo ab eo acce- 
pi : Ego, inquit, mi uate, 
Nisiljeni agelli colonus, 
solus pareiitibus fui. 
Qui cnm me quasi stir- 
pem genei'is sui et 
haeredem familiae ad 
nuptias cogèrent, mo- 
nachum potius me velle 
esse resi)oiidi. Quautis 
pater minis, (|nantis 
mater blanditiis perse- 
cuti siiit, ut pudicitiain 
pi'oderem, liaec res sula 
indicio est, quotl et do- 



G 

P. 434, 7 : ' \y.0j7y.; oè 

■nzo'i. -ryj k'^Wi My/./o'j, 

■/.x'i ÏTTOfyiJbf,-/ — c.o; Xj- 
~.<t'i Ka't -.%~j-.'j. t\- 

y.O'. /.l'^wi' Ey^iJ i\'V''/r,- 
Or,'/ £•/ /.(.iyj/f, ÀEY'jy.ivr, 
N'.T'.'iîî'/ia, ;;.ovoYi-/r,; -'■/■.; 

'I'j-il~j-j':i •JTTX'y/tiJV, ry.Z'.'i'.Z, 

IJiZT.z'j yJAwi il ï'jij'ôr' 
'j.O'i'ji ;j.î ï/'j'i~.tz i''j'jyj- 
■S'jyyyj v.'v. —yj'yxhi'yi'.'j: 
'j.fyj Tr, i).>:/.<.y. iz~fyyt'j.- 
wO'/ 'JE iv'jX'j.: '[•yi'j.'y.'.. K- 
'i.'/j Kt 'l'iZÙÀ'ifyi-'jz, v.'x: 
E'.TTo'vTo;' oî" 'j.î \i.'yi'j!'i'yt- 
~.'x \'f/i~>>7.: /.'x\ ''j'yjl.'j'j-;.':! 
-A'i Hifv. 'j.v.'y'j'j'xr.iz -.'x'j- 



Sachau. p. i05 6, 1; : 
•l'entendis donc au sujet 
de ce saint Maie et je 
bn'dai du désir de le ^'oir 
et d'èti'e l)éni par lui, 

et j'allai vers lui 

Ht lorsiiu'il eut dit (x'S 
choses, il comnienra à 
nie raconter disant : 
.le suis né dans un vil- 
lage nppelô Hiselti né 



n;^\n»QO.u) 



et j'iMais 



unifiue à mes i)arents. 
Ceux-ci, parce que je 
leur étais comme un 
unique l'cjeton. m'enor- 
gueillissaient et eonmic 
j'avançais en âge, ils 



Cl) Voir l'analyse donnée plus liaut, p. 415. Los traits (jui la composent sont 
com(nuns aux trois recensions. 

(2) Nous citons H d'après l'édition des Acla W., Octobris t. IX, p. G4-b9, 
G d'après le texte publié ci-dessiis, p. 434-450. Quant à S, les renvois sont faits à 
l'édition de M. Saciiau, op. cit., p. 103-10'.', et pour le passage i|ui lui manque, 
au fragment reproduit plus haut, p. 450-4.!)5. Nous traduisons le texte syi-ia- 
que aussi littéralement (jue le permet la construction. 



212 



LE MUSÉON. 



mum et parentes fugi. 
Et qui ad Oiientem ire 
non iioteram, propter 
vicinam Persidem et 
Romanorum militum 
custodiam, ad Occiden- 
tcm verti pedes, pauxil- 
luliim nescio quid por- 
tans viatici. quod me ab 
inopia tantum defensa- 
ret. 



Ta exEivot fiyavaxTO'jv 
/cax'ètJLOJ, y.a'. o \i.vi — aTf,c. 
Tivâyxa^îv àTTîiXwv, t) ^ï 
\j.r\xi\çt xoXaxE'jouda xoû- 

TO J'JVE jOÛXe'JîV. I'Îwv 
i5è TTjV TOta'JTT^V ÈxeÎvwv 
TTpoatpîd'.v è'v£i5pav xai 
£ij.7rdi5'.ov -fjî èjxTJî Tipôî 
tÔv (")£Ô>/ ôjjLoXoyta^ ysvo- 
ij.î'vTj'^xaTaXît'i/aî aù-oô; 
xal ravrô; toO TraTotxo'j 
oTxou xaxa'ypovTjO'a;, o'Xi- 
ya? oaTcâva; îU tt^v ôiîôv 
pajTaTa;, â^o'jXdixTjv el; 
là Trjî àvaxoXfjî (jLOvaaTTj- 
pia àTrcXOttv. Atà ôè -è 
xa"' £X£"ivov Tûv xatpôv 
TO'ji; 'l'oj;j.ato'j; cXî"ïO£v 
"OU IlipTat^ £7:'.X£t;x£vo'j; 
— apa':âi!T£T6ai, àvaTpa- 
TTît; TTj^ Tota'JTTjÇ ôp,u.r,; 

£V£0'J;J.TjOt,V £15 TTIV O'JJ'.V 

àT:£X6£^v. 



s'occupaient de m'unii* 
à une femme. Et comme 
je leur disais : il faut 
que je sois moine et que 
je serve le Seigneur, 
ceux-là entendirent et 
ils se fâchaient contre 
moi. l'^t mon père pres- 
sait en menaçant, et 
ma mère me flattait en 
conseillant que je tisse 
cela. Lorsque je vis leur 
volonté tixée de telle 
manière qu'elle était 
devenue un obstacle à 
ma foi envers Dieu, je 
les abandonnai et je 
méprisai toute la ri- 
chesse paternelle et je 
pris seulement un peu 
de vivj'es pour la route 
et je voulais aller vers 
les monastères de l'O- 
rient. Et parce que à 
ce moment le.s Romains 
étaient placés pour 
combattre avec les 
Perses, je changeai 
ainsi de direction et je 
songeai à aller vers 
l'Occident. 



N. 8 : Post grande in- 
tervallum dum solus in 
eremo scdeo, et praeter 
caelum terramque nihil 
video, coepi mecum ta- 
citus volverc. et inter 
muita contubernii quo- 
que monacliorum recor- 
dari, maximoque vul- 
tum patris mei, qui me 
erudierat,tenuci'at, per- 
dideratque.Sicque cogi- 
tans, adspicio formica- 
rum gregem angusto 
cal le fervere. 



P. 44-3, -J : 'Kv ;jLt3t r/r/ 
T,,u.£'pa xaTà ~6 £'.wOô; 
xaOî^d|x£vo^ Èv XT, £pT,|ji.(jj 
•r,p;â|XT,v £vO'j;x£lcrOai tv' 

£V Xtlj fJLOvaUXTJpît}) £lpT,- 

vixfjV oiayiDYTiv xàiv à- 
fJiXfCJ'/ xal xô TTpdaojTTOv 
Too àyt'o'j ;xou iraxpô; 
£v£ixovt!^£aOa'., xal xt,v 
£j7— Xa-'/vov a'JXoO xal 
TîXîtav àyâTCTiV £v Xpidxt]!) 
Tkîpl £[j.£, TTto; Tiavxl 
xpd-(jj £j-0'j''>a^£v [if, 
■/top'.dOr^vai ;j.£ 7.T: aOxo'j, 
;xf, 77£ifio,a£vo'J di (jlo'j 
l)£Îq! àTioxaXû({^£t xà jxsX- 



P. 454, -33 : Un jour 
donc, étant assis selon 
l'habitude dans le dé- 
sert, je commençai à 
méditer le genre de vie 
pacilique des frères 
dans le monastère, et je 
voyais comme en image 
le visage de notre père 
saint et son alTection 
parfaite et grande en- 
vers moi, comment en 
toutes manières il pre- 
nait grandement soin 
que je ne me sépare pas 
de lui, et comme je ne 



s. JÉRÔME ET LA VIE 1)1 MOINE MALCIIUS. :215 

\rn-7. |j.oi o-'ju.'iatvE'.v me laissais pas persua- 
-ooî;jLa,o-:'Jc.axo. TajTa der, par une révélation 
oè XoY'-Ço'iJ-svo; xal 790- divine il attestait à 
âpa Àuro'jij.r/o;, ôow l'avance ce qui allait 
(jLuparîy.iov cptoÀïôv /.a; m'arrivor. Pondant que 
TO'jTwv ttXtj'Jo; o'.acpopw; je pensais cela et que 
lj.t-% -oXÀTj; j-o'jorjî j'étais très attristé, je 
irj'i'xÇôiJ.virj't. . . . vois un nid d(> fourmis 

et la multitude de cel- 
les-ci qui ti-availlait di- 
versement avec grande 
ardeur. 

Le texte latin doit-il être eonsidéré coinnie la rédaction 
originale, dont le grec et le syriaque ne seraient que de 
verbeuses traductions ? Ou bien, ainsi que le soupçoinient 
MM. Kunze et Zockler, l'un ou l'autre de ces deux derniers 
représente-t-il l'o'uvre primitive, que S. Jérôme tout en 
se donnant pour témoin oculaire (i), se serait contenté de 

(1) Il n'e>t pas superflu d'insister, après M. Kunze, sur ce point. Si H est 
un dérivé, personne n'admettra qu'on puisse l'appeler un simple remaniement 
ou une traduction pareille à celle que fit Evagrius de la Vie de S. Antoine 
attribuée à S. Athanase, ou Jérôme lui-même des règles de Pakhôme. Dans 
la Vie de Malchus, S. Jérôme n'a pas suivi le procédé qu'il met en œuvre dans 
d'autres écrits, où il ne prend pas la peine d'indiquer les sources auxquelles 
il a puisé; ici, il se met lui-même en scène, il se pose en témoin oculaire, 
donnant même dès le début du récit, des détails tout personnels sur les cir- 
constances qui Tont con'luit aupiès du vieux moine. Or, ces détails personnels, 
on les trouve exprimés dans G et dans S d'une façon identique; tout au plus 
peut-on dire que çà et laces derniers ont parlé d'eux-mêmes avec un peu 
plus de réserve. Si donc l'auteur latin n'avait fait que traduire leur œuvre, 
l'expression de « rapine littéraire n qu'on a employée à son égard serait par- 
faitement justifiée. Pour avoir, sans le moindre avertissement préalable, 
reproduit et mémo amplifié (voir p. 221 sq.) ces données autobiographiques de 
l'auteur anonyme, données (|ui convenaient si bien à sa propre personne, le 
traducteur latin serait coupable d'avoir donné le change sur son véritable 
rôle, en se disant auditeur et spectateur do choses qu'en réalité il n'avait 
jamais ni vues ni entendues. Assurément, S. Jérôme écrivain se présenterait 
ainsi sous un aspect que l'histoire de ?cs œuvres n'a pas encore fait connaître, 
si l'on en excepte pciut-ôtre un passage de l'épltre 18, où, sans doute par 
distraction, il doune comme un renseignement venant du Juif qui l'a instruit 
dans la langue hébraïque, ce qu'il emprunte mot pour mot à Origèno (voir 
G. GRiirzMACHKK, Ilicronymus, Ersie Halfie, Leipzig, 1901, p. 189). 



214 LE MISÉON. 

taire passer en latin pour rédilication des eliiétieiis occi- 
dentaux ï Bien (|ue le iiiand Docteur soil coniui par de 
nombreuses traductions du grec et qu'il ait fré(juenunent 
enipiMinté sans les citer, aux écrivains antérieurs (i), 
nous ne pouvons nous rallier à la seconde hy[)othèse, car 
non seulement elle ne parait démontrée pai' aucun des 
ariiuments <jui ont été alléiiués pour sa défense, mais de 
plus, les probabilités et les raisons que peut fournir 
l'examen attentif des textes sont toutes en faveui- de l'ou- 
vraijc latin. 

.M. Kun/,e observe d'abord (pie ni (i ni S ne nomment 
S. Jérôme comme auteur de la pièce, i.e manuscrit syria- 
(jue de la collection Sacbau attribue, bien à tort, le mor- 
ceau à Marc l'Krmite (-2), et la traduction de G publiée par 
Li|)omani porte : Historid Mdichi nunidclii riri sducli et 
nipliri u (juoddtn alio inoiuicho scripla {:>). A ces détails 
doimés par M. Kunze, nous ajouterons (jue dans le ms. 
KlOri de Paris, le titi'c est : A',/,-'/,?-.; jjiov'/yo'j t'.vo^ tts^I toO 
y.'-j'1>y. .Mà"/./oj ToJ a'.'/|j.aA(.)Toj. Voici celui des manuscrits de 
.Moscou et de Jérusaleni : A'./,yy,t'.; -àvj (ôisA'.jjio; Mâly^oj 
y.ovayoO av/;jL7A(OT'.70iv7o^ (0- Ditns les manuscrits 825 (5) et 
H)()(l du Vatican, il y a : A',Y',yy,T',ç MyXyoj y-o^jT/r/j -zoù èv 
y.'-io'.; y/.y <xylu)-o'j ye-ovÔTo; Le manuscrit syi*ia(|ue de Lon- 
dres Add. 1217.') porte comme titre : A!!^» r^àujoL^^ ooè\ 
r^iAsx cn.'s^ulL^ pC.j-ït. rcl«T*.i, c'est-à-dii'C « Lnsuitc Tbis- 
toire concernant un moine captif du nom de Malca » (g). 

(1) Cfr. Orutzmachkk, op. cit., p. 181-196, 212-225. 

(2) Voir plus haut, p. 208-210. 

(3) Les mots a quodam alio monacho acripta sont une ajoute de Sirleto, 
car ils ne figurent pas dans le Cod. Vatic. 1660, le seul utilisé par lui (voir 
ci-dessus, p. 422 sqq.). 

(4) Sur ces deux manusci'it?, voir les remarques de la page 430. 

(5) On sait que cet exemplaire est une copie du Vaticanus 1660 (cf. p. 427-429). 

(6) Wkight, Catal. ofthe syr. mss. in the Brit. Mus., p. 1100. 



s. JÉKO.MK ET 1,A ME 1)1 MOIINK MM.CHIS. 215 

Dans l'autie manuscrit (Add. 12171), on lit : K'àxi.^i.à^ .z3C\è\ 
pd».! I »» » co<\a\j»j rdiaa^^i '<■ Knsuilo l'iiistoire du bienlieii- 
rcMix .Malchus le solitaire » (i). I.c ms. do Paris syr. 7)17 
a une iui)ri<jue cncoi'c plus simple : cdcvaVjso.t r^h\x.i^x.è\ 
nL^n !»>> c( Histoire de Malchus le solitaire » (-2). 

A notre avis, le silence des textes grec et syriacjue sur 
Fauteur de la Vie de Malchus ne prouve pas par lui-même. 
11 n'est pas rare, en ell'et, de trouver dans les manuscrits 
et dans les versions le titre seul d'une I\(ssi()n ou d'une 
Vie de Saint, sans nom d'auteur, loi's même (|ue ce nom 
est bien connu. Ainsi, la Vie de S. Hilarion écrite par 
S. Jérôme ne porte pas de nom dans vingt-et-un des 
vingt-quatre manuscrits conservés aux Bil)liothè(|ues na- 
tionale de Paris et royale de Bruxelles (r,) ; une ti'aduction 
grec(pie en a été faite, ({ui est pareillement anonyme dans 
le maïuiscrit d'où l'éditeur l'a tirée (i), et les manuscrits 
de Paris et du Vatican <ju'il n'a pas consultés (.•)), sont 
aussi pauvres de rcnscignenuMits sur ce [)oint (pie les 
deux autres versions greccpies de la nu''me pièce ((;). Bien 
ne nous poi'te à croire (pi'il en a étc* autrement de la Vitft 
Malclii et de ses traductions, car bon nombi'C de manus- 

(1) Ibid., p. 1127. 

(2) Bedjan, Acta martyrnm et sanclorion, t. VII, p. 236. 

(3) Cfr. le Catal. codd. hag. lat. bibl. nat, Paris, et le C'atal. codd. hag. 
bibl. reg. Bruxell. (Pars I, Codices latini membranei). 

(4) Papadopoulos-Kkramkus, 'AvâXs/.Ta lîoo!JoX'j|j.'.-:t/.7); jTa/uoXoYi'ot;, t. V, 
p. 82. 

(5) Cfr. Catal. codd. hag. grâce, bibl. nat. Paris., p. 240 ; Catal. codd. 
hag. graec.bibl. yatic, p. 131. 

(6) C'est-à-dire 1° la Vita Hilarionis num. 2 de Fabricius-Harles, Biblio- 
Iheca graeca, X, 235 (=• nis. Coislin. 110 ; cfr. Catal. codd. hag. graec. bibl. 
nat. Paris., p. 292); 2" le texte num. 3 du même répertoire, en traduction 
latine dars Lii'omani, VI, p. .360, et dont les exemplaires, tous anonymes, 
sont très nombreux (voyez par exemple les catalogues de mss. hagiographi- 
ques grecs de Paris et du Vatican), parce que ce texte fait partie du recueil 
de Siméon Métaphraste (cf. Anal. Bail., t. XVI, p. 319). 



216 LE MUSÉON. 

ci'its, tant anciens que nnodernes, nous ont transmis 
l'ouvrage latin sans mettre en tête le nom de S. Jérôme. 
Sur les dix exemplaires de la Bil)liotiièque royale de 
Bruxelles, six ne citent pas le nom de l'auteur (i). Cette 
proportion est encore plus forte à la Bibliothèque natio- 
nale de Taris ; on y j)ossède dix-huit fois le texte latin 
et douze fois le récit est présenté comme anonyme (2). 
Le silen(;e unanime de la tradition manuscrite de G et S 
sur l'auteur de la Vie de Malchus, pi'ouverait un seul fait, 
savoir que l'omission du nom de l'auteur remonte aux 
hagiographes grec et syrien eux-mêmes, et non à de sim- 
ples copistes, comme c'est le cas |)our les exemplaires du 
texte latin. Or, ce fait est susceptible d'une explication 
tout auti'e ([ue celle de M. Kunze, exj)lication au moins 
aussi accei)table, i)uis(ju'elle a pour elle l'excunple des 
traductions grecques de la Vie de S. Ililarion. Ku égard, 
en effet, au nombre considérable des manuscrits latins 
d'où le nom de S. Jérôme est absent, on ci-oira volontiers 
que si les traducteurs n'ont pas mis ce nom en tète de 
leur (euvre, c'est |)Our la raison bien simple (ju'ils ne le 
lisaient })as dans leur modèI(^ l'exemplaire (pi'ils avaient 
vsous les yeux étant de la catégorie des manuscrits anony- 
mes. 

On allègue ensuite que l'auteur du récit ne se désigne 
que par le pronom de la pi'emière personne, sans (pi'il 
soit jamais question de Jéi'ôme. Mais cette observation 
nous semble vraiment sans importance, car à ce compte, 
il serait aisé de contester l'authenticité de la plupart des 

(1) Cfr. Catal. codd. hag. bihl. reg. BruxeU.. Pars I, Cod. lat. membr., t. I, 
pp. 267. 268. 465; t. II, pp. 128, l'.^8, 337. L'exemplaire le plus ancien, le 
n° 8216-18, écrit en 819, est du nombre des anonymes 

(2) Cfr. Catal. codd. hag lat. bibi . nat. Paris., t. I, pp. 9,^, 169, 277; f. II, 
pp. 87, 239, 486 ; t. III, pp. 7, 122, 403, 419, 474, 515- 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 217 

œuvres de S. Jérôme, comme d'un grand nombre des 
monuments littéraires (jue nous ont légués le moyen âge 
et l'antiquité. 

Un auti'e argument de M. Kunze t'ait valoir ce fait que 
ni G ni S ne contiennent le prologue où S. Jérôme déve- 
loppe, en termes très ornés, le plan ({u'il a conçu d'une 
histoire de l'Kglise. Le récit débute sans aucun préambule 
dans ces deux rédactions. 

La suppression du prologue en grec et en syria(|ue n'a 
pas, croyons-nous, la portée qu'y attache le professeur de 
Leip/ig. On serait bien plutôt tenté d'y voir une i)reuve 
que le grec et le syriaque sont une version. Dans cette 
hypothèse, en effet, on s'expli([ue très naturellement ([ue 
les traducteurs aient retranché une introduction qui 
n'offrait, ni pour eux, ni pour leurs lecteurs, aucune 
sorte d'intérêt. De plus, le style assez pom})eux et compli- 
qué de ce prologue, les pensées élevées (jui en constituent 
la substance, étaient bien propres à rebuter des étrangers 
[)eu accoutumés, sans doute, à la rhétori(|ue et aux subti- 
lités de langage, où se com[)lut toujours l'illustre (lis(;iple 
du grammairien Donat (i). Mais, encore une fois, le pro- 
cédé de su|)pression est d'usage courant, non seulement 
de la part de traducteurs (-2), mais aussi de simples copis- 
tes, et il ne saurait constituer un argument sérieux en 
faveur de l'originalité des textes grec et syria([ue. 

(1) Nous ne pouvons songer à transcrire tout le piologue ; en le lisant dans 
les Acla Sanclorum, Octobr. t. IX, p. 64, ou dans Mignk, /-*. L., t. XXIII, 
col. 53 B, on vérifiera aisément les caractères indiqués ici 

(2) Ainsi, une des iraductions grecques de la Vie de S. Hilarion, celle ((ui 
fait partie de la collection do Motaphrasfe, supprime le prologue qui se 
trouve dans le texte latin (Mignk, P. L , t XXIII, col. 29, § 1) ; de même, la 
solennelle péroraison de la Vie de Paul de Tlièbcs, due également à S. .lérôme 
(P. L., f. XXIII, col. 28, S l~) a disparu des six iccensions qui dérivent de 
cette biographie (cfr. .1. Bidkz, Deux versions //recgnes inédiles de la Vie de 
Paul de Thèbes, p. 32 et 33). 



218 LK MUSÉOX. 

Tout au début du récit, après la première phrase, l'au- 
teur de G, tout comme celui de S, rapporte qu'il avait 
(juitté ses parents. Rien de pareil dans H. Aussi bien 
S. Jérôme n'aurait pu de pareille fa^on cai-actériser son 
voyage de Home à Antioche. Voilà donc, d'après M. Kunze, 
un détail bien typique supprimé par S. Jérôme, (pii 
s'accuse ainsi comme traducteur ou compilateur. 

De nouveau, nous ne voyons pas comment ce passante 
prouve ce qu'on prétend en tirer. L'expression l empote 
illo e(j() a parentibus meis secesseruni, (ju'invo(|ue le profes- 
seur de Leipzig d'après la traduction de Sirleto, en grec 

' lIjj.Y|V o£ £y(o £v Tw xa'.po) £X£{v(o àvayoipY.Ta; ex 7o)V yovsiov piO'j 
(p. i5i, 5), en syriaque df\«ôcn àvcujir<' Pt:i3> oca.a ^.n rdirc 
,cTxi3r<' ^ (Sachau, [). 105 b, 4) diffèie, il est vrai, 
assez notablement du latin dion eyo (idole.sceiiluliis uiorarer 
in Sijria, au({uel elle parait correspondre. Mais il serait 
dillicile de voir dans cette divergence une modilication 
intentionnelle de la part de l'auteur latin, car la tornmie 
de G et de S est loin d'être aussi inconciliable que le croit 
M. Kunze avec ce que nous savons de la vie de S. Jérôme. 
Celui-ci, dans la lettre qu'il écrivait à Eustochitim en 
384 (i), s'exprimait en des termes absolunient analogues : 
cmn ante annos plurimos donio, jHwentihns, sorore, coijna- 
tis — propter caeloniiu me reynn castrnssein et ïerosolijmatn 
militatunis pergerem, hihlwlheat qiuim mihi... confeceram, 
cdrere (nn)iwo non poteram (2). Ce passage désigne i)récisé- 
ment le voyage en Orient que rappelle S. Jérôme au début 
de la Vie latine de Malchus (r>) ; la divergence incriminée 

(1) La date est probable. Voii' Acta Sanctorum, Septenibris t. VIII, p 469 
F-470 A ; GrUtzmachkr, op. cit., p. 58. 

(2) Episl. XXII, 30. MiGNE. P. L., t XXII, col. 416. 

(3) Cfr. Acla Sanctorum, Septembr. t. VIII, p. 438 F ; GrOtzmacher, op. 
cit., p. 147. On sait que S. JérAme parvint à Antioche vers la lin de l'année 



s. JÉRÔME ET LA VIK DU MOINE MALCHUS. 219 

est donc un t';iit |»uiTni(>nt Mccidontel et, dans aucun sens, 
la ci'iti(|ue n'en jieut tirer parti. Encore semhle-t-ii plutôt 
qu'ici nous soyons en présence d'un véritable contresens 
de la }>art des traducteurs de H, contresens (pii a rendu 
prescpie méconnaissables les mots post miiltos dominos vel 
patronos qu'on lit dans le latin au sujet du village de 
Maronia qu'babitait S. Malchus. Voici comment. I.a 
seconde phrase de H, après le prologue, est ainsi conçue : 
llic (i) post niiiltos vel dominos vel patronos, dum eyo 
adolescentnlus morarer in Si/rid, nd papae Evaip'ii necessarii 
mei possessionem devolutus est, quem idcirco nnnc nominavi 
ut ostendcrem nnde nossem <juod siripturus snm. Or, le lec- 
teur qui ne porte pas sur ce texte toute son attention sera 
forcéiîient tenté de faire du pronom démonstratif hic un 
adverbe de lieu désignant Maronia, et, comme conséquence 
naturelle de cette pi-emière mépi'ise, il donnera pour sujet 
à la ])roposition principale le pronom ajo, sujet de la 
proposition incidente (|ui précède le verbe principal. 
Pareille erreui' ne rencontre aucun obstacle jusqu'au verbe 
devolutns est, qui évidemment ne peut s'accorder avec 
ego ; mais les petits mots tels que est passent aisément 
inaperçus et, dans la phrase (jue nous étudions, est dispa- 
raît presque, au milieu de détails concernant l'écrivain 
et de propositions subordonnées qui ont toutes ego pour 
sujet (2). Enfin, pour com[)léter l'illusion, les traits qui 
dans la phrase latine concernent Maronia : post multos 

373 et qu'après un an de séjour dans cette ville, il se rendit, non pas à Jéru- 
salem « qui était primitivement le but final du voyage » mais au désert de 
Chalcis ou il demeura jusqu'en 379 environ (Hardknhewbr, Patrologie, p. 427 ; 
pour plus de détails, voir Grutzmachk.r, op. cit., Kap. IV. Das Rremiten- 
leben). 

(1) Pronom démonstratif pour Maronia viculus de la pliiase précédente, 

(2) Cela est si vrai que, pour revenir a ce qui intéresse Maronia, S. Jérôme 
commence la phrase suivante par la particule igitur. 



îtli) LE MISKON. 

(hDiiinos rcl pdtroiios (ul pnpne Evagrii posscssioncm 

(IcA'ohitus est, pouveiit [)res(|ui' aussi bien, du moins sans 
hizaiTcric, être ra|)j)()i'l(''s à C(/o. Trouvcra-t-on étonnant 
(ju'unc confusion de ce iicnre ait été commise par un tra- 
ducteur iidiahile, alors (ju'un érudit tel (|ue le l\ De Buck 
s'est laisse prendre au [ùèire (i) ? iNous concluons donc (pie 
le lirec II'/y,v oj syto £v tcÔ xa'.po) àxî'lvto àvay(.)pr,Ta; sx twv yovÉ(i)v 

;j.oj y.y.'. y-z'/JU')-/ -po; T'.va Ivjàyp'.ov -pc7[i'JT£pov et le syriaque 

r^-T ilt.o QCL*iX5»'<' -^^^ ^<^ =^<"'^ '■' traduction fautive 
du latin lli( {^2) posi ïiuilfos (l()ini)i()s vcl p(ilrim()s...n(l 

papac l'j'iujiii j)()ssi'ssi())K'm dcvolulus csl [suni), sauf une 

modilication inspirée des termes du latin et nécessitée 
par la siuiiularité (pi'il y avait à faire passer l'éci-ivain 
pour un homme ayant eu successivement plusieurs 
niait l'es ou patrons, 

(Ir premier point admis, la ditféreiu'e (pie l'on l'emanpie 
de il à (1 et S dans la disposition des trois phrases du 
dehul. s'e\pli(pie pait'aitemeni (r>). De l'interpirtation 

il) " Initio ojusdem Vitae, ccrit le HoUandistc, manifestiiiM facit ^anctus 
biograiilins undc comperta tiabuerit S. Malclii gesta. Dum adolcscenluliis 
nioiaretiir in Syria, ad pap'u; Evaprii, »i-ccssnrii sut, possessionem clecohitiis 
crat, qiiae jacebat Maroniao, triginta ferc inillibiis ab Antiochia ad Orientem. 
Erat illic quidam senox etc. » Actd Sanctoritm, Octobr. t. IX, p. 60 F. 

(2) l'nc circonstance de temps a rennplacô cet'e parliciiie de lieu, dont le 
contexte de G et de S n'eut pas permis rem|)ioi. 

f3) La deuxième et la troisième pliiasos de H correspondent rcspectivonient 
à la troisième et à la deuxième de G S ; il faut citer ici les textes. 

H (J S 

"S. 1 : .Mn)T))iia tnf)in- P. 431. 3: 'Atô To-.âxov- S.\(ii\U, p. 105 b, 1: 

(Il /f'rmc inif/ibiis ah A)i- Ta a-Àttov 'AvTio/î(a; ttj; A Ircvie milles d'Autio- 

ti(ichinurhi'Sy>ia''Jinx(d ï'jo;a; /«o-j'ov stt'iv x.a- rhe dr Si/rie, il // a kii 

f/rttii(lis ad Orientem ÂoJy.Evov Macwv.a;. 'Kv rillngc appelé Mnronià. 

distat viciilus. Hic posl -ryj-io t,v -'.; yîf-'iov aova- Dans celid-ci, il // avait 

midtos vel domi>ios, vel /ô; ovdaoc:'. MâÀ/o^.àvfjC, int monte âfjà du nom de 

patrrmos, duta ego ndo- 'lajyaatô; /.ai ayio;. Mnlchax, homme admi- 

lescentulus murarer in ' H(at,v «îè Èyw £v xC\) xat- rable et saint. Moi à 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE ÏJALCHUS. 221 

eiTonée du passage en question résultait un certain 
désordre, du plus fâcheux effet sur l'entrée en matièi'e. 
L'auteur interrompait la description de Mai'onia (première 
phrase de H G S) pour donner sur sa propre persoinie 
quelques détails tout à fait indépendants du contexte 
(seconde phrase de H, mal comprise par G et S), et reve- 
nant ensuite aux habitants du village syrien (troisième 
phrase de H) il finissait par dire les motifs qui l'amenè- 
rent à le visiter. Aussi, les auteurs de G et de S ont-ils cru 
nécessaire de grou])er ces éléments (jui leur apparaissaient 
épars dans H, car, dans leur ouvrage, on trouve réunis 
d'un côté les détails relatifs à JMaronia et au moine qui 
l'illustra par ses austérités (})i'cmière et seconde phrases 
de G et S), de l'autre les traits les dépeignant eux-mêmes, 
leur situation antérieure, leurs relations avec Evagrius 
(troisième phrase de G et S), leur désir de voir l'ascète, 
enfin leur voyage à Maronia (quatrième phrase de G et S). 
i\l. Kunze insiste sur le même passage et fait remar- 
(juer que la rédaction syriaque porte jcjr^ è\o\ àAxr^o 
niij.x.n aL*T.\ore' « Et je m'étais rendu auprès d'un 
certain Evagrius, prêtre » ; en grec : xal (y.uiv) à-eXOwv Tzpô; 
T'.va Ejàvpiov Tcp£7|iJT£pov. ,\'i cu gi'cc, ni en syriaque, il n'y a 
de traces des détails personnels que S, Jérôme développe 
à cet endroit (i). 

Sjp'ia, adpapae Evcif/rii oCi) èxjivtp àva/tupr^aa; cette époque j'avais quitté 
■necessarii mci possessio- va twv yovÉojv aou xat tnes parents et j'étais 
nem deoolutus est, rjuem aTreXOcuv ttoo; xiva Eu- allé chez itn certain 
idcirco nunc nominavi, âyoïov Trpîa^'JTEpov. Evagrius, prêtre, 

lit ostoiderem unde 7ios- 
semquodscriptitrussum. 
Erat iyitur illic quidam 
senex nomine Malchus, 
quem nos latine regem 
possumus dicere. 
(1) « Hic [viculiis].... ad papae Evagrii necessarii mei possessionem devo 



:2^2 LE MLSÉON. 

Au rebours de M. Kunze, nous croyons que le texte 
nnis en cause démontre à lui seul l'antériorité de la 
recension H, car un détail tout personnel à Jérôme sub- 
siste dans G et S : c'est la mention du prêtre antiochéen 
Evagrius. Il importe peu que cette donnée soit suivie, 
dans H, d'explications que le grec et le syriaque, à vrai 
dire, ne fournissent pas, mais qu'ils supposent certaine- 
ment (i). On sait depuis toujours, par d'autres documents 
encore ('■2) que la Vita Mdichi, que S. Jérôme se rendit à 
Antioche auprès d'Evagrius, au(|uel l'unissaient les plus 
intimes relations d'amitié, et qu'ensuite il séjourna, 
plusieurs années durant, dans le désert de Chalcis où 
était situé le village de Maronia ; les rapports qu'entrete- 
nait le grand Docteur avec Evagrius ne furent })as inter- 
l'ompus par cette retraite dans les solitudes de Syrie. Si 
les auteurs de G et de S ne sont pas des traducteurs, on 
s'exj)li(jue malaisément l'allusion à une visite faite au 
personnage en question, à moins de recourir à des coïn- 
cidences foituites, c'est-à-dire à de pures hypothèses (ô). 
De plus, la mention d'Evagrius, avec la nuance de réserve 
qu'elle revêt dans les l'édactions grecque et syria((ue, (con- 
stitue à nos yeux une preuve formelle ([ue celles-ci 

luUis e»t, queiu idcirco nunc notninavi, ut oslendcrem loiile nossem quod 
scripturus suni ». 

(1) PoLiiciuoi, en effet, G et S commençent-ils par citer Evagrius, si celui- 
ci n'a rien à faire avec ce qui suit? 

(2) Cfr. Acta Smictorum, Septembr. t. VIII, pp. 437 CDEF, 439 AK, 443 A, 
448, 453 E ; GrUtzmachkr, op. cit., pp. 142, 148, 149, 165 et § 12, Hieronymus 
ais Eremit in der Wiiste Chalcis. 

(3) M. Kun/.e soupçonne lui-même la difficulté, quand il dit « Zwar wird 
anzunehmen sein dass auch syr. und graec. demselben beiilhmten Evagrius 
piesbyter von Antiocliien ineinen. der der Fieund des Hieronymus und 
nachmals Bischof war ». Ajoutons que de cette conjecture en découle néces- 
sairement une autre qui est, on l'avouera, assez invraisemblable ; c'est la 
complicité de l'évêque d'Antioche avec S. Jôrc^me dans cette appropriation 
frauduleuse du travail d'autrui. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. ^25 

dérivent du latin. Nous-mêmes, ne disons-nous pas « un 
certain » (^U) pour désigner les personnes qui nous sont 
peu connues (t) ? 

Le professeur de Leipzig constate ensuite qu'il y a 
entre les trois recensions de la Vie de Malchus un rapport 
identique. Le grec et le syriaque s'écartent simultanément 
du texte de S. Jérôme en tout ce que celui-ci offre de 
personnel, tandis que, pour les autres détails, les trois 
textes concordent. C'est là, pour M. Kunze, un indice 
certain que S. Jérôme ne saurait être le rédacteur primi- 
tif. Comment en effet, dit-il, les traducteurs grec et 
syriaque eussent-ils, d'une façon si constante, effacé tous 
les traits par lesquels Jérôme se déclare auteur et témoin 
oculaire ? Même au cas où les deux traducteurs se rédui- 
raient à un seul, comment admettre que ce traducteur ait 
généralisé de si étrange manière les données concrètes de 
S. Jérôme ? 

Cette argumentation, nous le reconnaissons volontiers, 
compromettrait gravement l'originalité de la Vie H, si les 
inexactitudes qu'elle contient ne lui ôtaient malheureuse- 
ment toute valeur. Et d'ahord, quant à la prétendue 
absence, dans les textes G et S, du cachet personnel 
propre à la rédaction hiéronymienne, il sei'ait oiseux d'en 
discuter davantage la portée. Qu'il nous suffise de rappe- 
ler ({ue, des trois passages pouvant donner prise à la 
criti(jue (û), il n'en est pas un seul dont l'examen soit de 
nature à troubler, pour ne l'ien dire de plus, quiconque 



(1) Car, il importe de le faire remarquer, G et S ne sont pas des traductions 
littérales ; ceux qui en sont les auteurs ont, dans une certaine mesure, 
accommodé leur modèle latin à leur propre personnalité. Voir ci-dessous. 

(2) Voir p. 217-223. Notons qu'il ne s'en rencontre pas d'autre, car dans tout le 
reste de l'opuscule Malchus a la parole, et l'épilogue, où réapparaît enfin le 
biographe, n'otHe aucune particularité remarquable à ce point de vue. 



^^i LE MlSltON. 

adiiK't la priorité du latin. D'autre part, (pie les recen- 
sions 11, G et S concordent dans tous les détails où 
n'apparait point la persomialité de S. Jérôme, c'est là une 
atlirinalion aussi peu contornie à la vérité que possible. 
On peut, en elï'et, signalei' des divergences pour des pas- 
saices d'une tout autre espèce. Peu fidèles en uénéral an 
texte II, les rédacteurs d(; (i et de S ont, de-ci de-là, ou 
aniplilié ou abrégé l'o'uvre de S. Jérôme ; on en verra 
bientôt de nombreux exemples (i). 

Voici le sixième argument (b; M. Knnze. Lt; but litté- 
lairc (pn* S. Jéiôme signale dans son inti'oduction j)laide 
contre lui. Kn réalité, il veut, déclare-t-il à la tin de son 
l'écit, recommander la pureté (^2), tandis (pi'au début il 
j)rend la |)lume poui- s'exercer à l'ait de l'écrivain et 
dépouiller la rudesse de son langage (",). Pour M. Kunze, 
ces deux desseins diamétralement opposés ne se concilient 
pas ; les textes (J et S où seul le pi-emiei' figure, sont donc 
lOriginal. Tout est elaii', si l'on admet (pie l'auteur latin 
a remanié ici son modèle, dans l'intention de faire passer 
l'ceuvre d'autrui poui- la sienne propre. 

Il n'y a, croyons-nous, aucune difliculté à concilier le 
double but (Mioncé par S. Jérôme. L'un concerne le fond 
de l'ouvrage, l'autre n'en att(M'nt (pu' la forme. Si l'auteur 
latin songe ;ni piocbain en lui proposant un récit édifiant, 



(1) M. Kunze s'en débarrasse trop facilement, lorsqu'il écrit « syr. uml 
graec. stinimen gegen Hieronyinus zusanimen, bezw. dieser differirt von 
ihnen, wo er l'ersonliches bcrichtet ; wo nicht, da sfimmt er, von Kleinù/- 
kniten abyesehen, mit beiden iiberein ». Voii- ci-dessous. 

(2) N° 13 : castis hisloriam castitatis expono. Virr/ines caxtitatem citstodire 
cchortof. Vos 7iarrale postcris, ut sciant intev (jladios et inler déserta et 
bestias, piidicitidm numquayn esse captivam. 

(H) Piol. : cf/o, qui diu lucni... prias exerceri cupio in parvo opère et 
veluli quandaui rufriginem linr/nae (ihster(/ere , ut ve>i>re possiin ad latiorem 
historiam. 



s. .ii':iioMi: i-:t la mi. m moi.m: mai^cius. 2:25 

on ne peut lui adrcssci' le l'e^i'oclic de visci' en inrine 
Icinps à réléLiaiK'e du l;iim;iii('. 

M. Kun/e njouto cncoïc (|iie sc^ul S. Jérôme l'plève 
rintci'prétiition pliiloloiiiciiic du nom de .Malchus : <iiu'ni 
)ios lutine 7r(/nn possunuts tHcn-c^Sfinis udlionc et lingiui (i). 
C'est là, selon le eriliijue allemand, une de ces additions 
[)ei-sonnelles (jui trahissent le tradueteui' ajoutant à son 
oriiiinal. 

La suppression de ce détail }>ar les textes G et S s'ex- 
plicjue duiu' auti'c l'aeon éiialemenl plausihle. l?our le 
tradueteui' syria(|ue, la i'eniai'(jue eiit été hanale ; ([uant 
au rédacteur iirec, il aura penst' seulement (|u'il n'était 
j)as Latin, et que, [)ar consé([uent, il ne [»ouvait pas dire 
)K)s latine, sans soniicr davantaiic (|u'il était possible de 
donner un écpiivalent. 

In autre ariiument (|u'on apporte contr<' le latin, c'est 
(ju'en syriaque et en iirec la narration a un caractère 
manifestement plus primitil'. Ainsi, (»ar exemple, quaiul 
Malchus veut fuir et ex[H)se son plan à sa compaiine de 
eai)livité, le syriaipie et le iirec s'accordent à dire (pie 
celle-ci [)ria Malchus de remmener avec lui et de la con- 
duire dans un monastèi'e. On s'explicpie de cette façon 
j)Our(pjoi Malchus ne fuit pas seul. Oi-, remanjue 
M. Kunze, à l'endroit correspondant du texte de S. Jérôme 
(n" <S), le fait est noyé dans un Ilot de rhétoricpu'. 

L'exemple nous parait mal choisi. Il sutïit de ra|)[)ro- 
chei' les deux passaiics poui' s'en convaincre, [/auteur 
grec s'exprime comme suit, |). iii, 5 : Tojto-.; to-T; Aoy.Ty.o'; 

TT|V yuva'.xa. looO^a oé |ji.O'j ojto); to -oôo-w— ov y.'j.~f/cé^, -'ry v.'-'.'jy 
p-aOetiv TrapsxàAe'.. '0[jio),OY7,7avTo; oi uoj ot'. 'jTîojjivr.TOsU t/,; rtôv 

(1) Voir les textes parallèles cités plus haut, p. 220, note 3. 

15 



T.y.zzy.yJ~î'. -a^aXa^jcV/ xal a'jrV.v xal ooOva', S'!; aovaTT/.O'.ov. — x/ji- 
IJ.ZVO'. o£ àAAY.AO'.; Tov lyjj-rjy toOtov, xAa-lovTs; io£o;ji.cOa 70'j HsoO 
■3"jvîs-'Y,7a', c','; TO — ooxc'jjLîvov ■/■.u'// xal 'yjiy.-7h'j.'. v,;j.à; ix to'j àT£,jO'j; 
È'Ovo'j: iy.zvrjj. If, o: £•'; tÔv Bsov àv-c'/AY, (];$'. Ta; iX-ioaç £-!.Î3'!'|/a; 

Ao'.-ov TY.; £-avoooj £.ipovT'Iov. Le toxte syriaque (Saehau, p. 
MIT I), IS) (lit (le im'ine : Lorsque par ces pensées feus Invijc 
)ii(ni nvur, upri's beaucoup de jours f allai j)rrs de la fonme ; 
(juaud elle ril )nou visiuje aiusi altéré, elle nie peisuada de 
lui en apprendre la cause, etc. Dans le laliii (n" \)) on lit : 
liegresso ad cuhile occurril niulier ; Irisliliani aninii vullu 
dissiuiulare )ion polui. lUxjat car ita exauimatus siin. Audit 
ciiusas, hortatur fufjani. Veto siloitii jidein, )io)i aspernatur, 
ctjuyi susurj-o iulei' spon et metuni medii jluctuaiuus. ISous 
avouons bien huinbleiuent ne rien trouvei' d'oratoire en 
ee passaiie, (jui, pour ('ti'(^ iiracieusenient expi'iin('>, est 
infiniment plus simple d'idée et de forme (pie les textes 
grée et syiiatpie (|ui lui correspondent (i). Le lecteur 
s'expli(iue aisément, d'autre part, sans (pie le narrateur 
doive l'en avertir, pour(juoi la vertueuse ca[)tive accom- 
paiiue Malchus dans sa fuite à travers le désert. I/absence 
de ces motifs dans H n'est donc pas nécessairement une 
suppression de la part de S. .)ér()me, A notre avis, les 
traducteurs grec et syria(iue, |)eu satisfaits du laconisme 
qu'observait à cet égard le latin, auront comblé ce qui 
leur paraissait une lacune, à l'aide des réflexions qui leur 
venaient les premières à l'esprit {2). 

(1) par contre, il serait trcs facile ilo montrer que les additions banales 
et les phrases de rhétorique creuse, foisonnent dans G et S. Nous aurons 
ci-apiôs l'occasion d'en signaler plusieurs. 

(2) On peut faiie la même remarque au sujet des raisons qu'expose Malchus 
à sa compngne pour juslitier son projet d"évasion. Ces raisons sont tenues 
cachées i)ar l'auteur latin {audit causas), mais rien n'était plus facile que de 



s. .II^:IU)MK II" I.A VII. 1)1 MOINK MAICIMS. îî/21 

Enfin, ol)jet't('-l-on, S. Jctoiik' n'a |)as pu le pirinior 
l'édiii'cr la Vie de Malchus, cai' rautenr se donne pour un 
vieillard rapportant ses souvenirs de jeunesse. Or, quand 
S. Jérôme se rendit à Maronia, il avait au moins (|uarante- 
deux ou (juarante-trois ans : ee n'était donc plus un tout 
jeune homme, (idolcsccntulus. dette (|uestion de elirono- 
loiçie s'embrouille d'autant plus (pie S. Jérôme se piétend 
vieux, soicx, lorsipie cpiinze ou seize ans a[)rès avoir 
entendu le récit de Malehus, il le met par écrit. 

A [)remièi*e vue, la difîieulté elironologicfue cpie soulève 
iM. Kunze peut paraître sérieuse ; {)our celui qui connait 
les habitudes littéraires de S. Jérôme, elle ne tarde |)as à 
céder complètement. Il est bien viai ({ue l'écrivain latin 
se qualifie iVadolcsceiituhis à l'àiic de quarante-deux ans, et 
de.sc//c,r alors qu'il n'a liuèi'e plus decin(|uante-sept ans (i). 
Mais remarquons d'aboi'd que l'ariiument tiré de cette 
anomalie }»ar M. Kunze prouve trop et tend, ce ([u'il 
n'admet point, à attribuer la rédaction du texte H à quel- 
que faussaire, peu familiarisé avec les données chronolo- 
liiques de l'existence de S. Jérôme. Cette solution inatten- 
due s'imposerait d'autant [)lus ({ue c'est à deux endroits 
différents que l'auteur latin se dit adolcscenlulua [-i), tandis 

les deviner. C'est ce que font G et S en lieu et place de leurs lecteurs {'OixoXo- 
yTjiravTo; «îÉ ixou oxi 'j7:o;j.vt)î0£'; y.xX). Pareil pi'océdé est mis en œuvre d un 
bout à l'autre du récit : les rédacteurs grec et syriaque n'ont rien laissé à 
l'esprit du lecteur ; dans leur œuvre, tous les faits sont reliés entre eux et 
abondamment expliqués. 

(1) Encore ces données supposent-elles que S. JérAme est né peu après 330, 
ce qui n'est nulletnent démontré. A la suite de Tu.i.emo.nt {Mémoires, t. XII, 
p. 618) et d'auties, 0. Zocki.kk {HieronymuSy p. 23) et Gkûtz.machkk (op. 
d<., p. 48 s(|q.) font naître Jérôme après 340; Bakdknhkwbr {Patrologie, 
p. 426) ne se prononce pas. Au reste, comme les deux opinions ne rendent 
pas moins frappante la bizarrerie des expressions qu'on a relevées, il est 
inutile de les discuter ici. Nous supposons donc établie la chronologie adop- 
tée par M. Kunze. 

(2) No» 1 et 13. Le premier passage a été étudié ci-dessus, p. 218-221. Voici 



•H'2'^ II. MISKON. 

(|ii(', cIk.sc c;i|)il:il(', le liicc et le syi-ijMjUc n'oiil (|iruMe 
lois r;i|»|K'll;iti()ii siiiiihiirc ; en oiilrc, riiiitcur de II seul 
|ircii(l le (|ii;ilili("ilir (le soic.r (i ). Si l;i dilliciilté est ircllc, 
elle siiltsisic donc ;m cas où la rcdaclioii lalinc ne serait 
(1111111 jilaiiial. Mais celle |»i(''teii(liie contradietioii esl des 
plus aisi'cs à c\|tli(Hici'. (-oiimie le i'einar(|ue tort jiisle- 
iiiciit le P. De l)iick, (|ui la déià rencontrée et à peu 
près résolue dans son Coinmeiilaire sur la Vie de S. .Mal- 
cliiis {-2t, ces leriiies iVadDlcsccnliilus et de scncx sont tout 
relalil's cl nOiil point loujours, dans l'emploi (ju'on en 
lail. la riiiueiir de leur sens piH'cis. Le savant Bollandiste 
elle, d'après l'acciolali (r,), de curieux spécimens de gens 
(pii a trente, lrenle-ein(| et (jiiaranle ans, se (jiialiliaient 
(lii(l(tlcs(fiiliiH. il eut pu emprunter, ainsi (jue le iexieo- 
liiaplie latin, inie remartpial)le série d'exemples nouveaux 
au\ (eu\res de S. .len'uiie lui-même. Kn voici (piehjucs- 
uns. I"n r>7'i, précisément à l'epocpie, peut-être inèine 
linnice où, l'iiic de (piarante-deux ans, il eut un entretien 
a\ec le moine Malchus, l'illustre écrivain est encore 
iiil(ilc\ifns. iiiuiii) jxiciic jiurr i'i) . Dix ans plus tard, il a 
(lepass(' la cin(|uanlaine ; pourtant, même appellation : 
(idiiiiscfiis (..,. Mais, déjà en -{<St), une li-anslormation 

le .^ocoiul : Ihwc iniln sow.r Malclius adolcscentulo rcttilit ; haer t'f/a robis 
iiiirravi xcii'x. lui gioc, p. 149, S, on lit ; TajTX i,u.ol itivifo -tt.v r,'/dy.ia^ ovxt 6 
à-"//.- ■,■£/(•)'' Mi'/ /''Z i'zr,';i,7y.-'j ii-iy xà-'ô)... £;îO£|j.t,v. Le syriaque (Sachai', 
p, 10'.) b, 7) ne diH'i^ie pas du ^'leo. 

(1) Conimo on vi)it par le même passage. 

(2) Aria Sioicfanti», Oclobi'. t. IX, j). 67 B. 

(3) Lexicoii toliiis /atiiiitatis, s. v. ndo/exois. 

(4) /w-'i/. LU ail .\>'p(,iin)ii(,», 1. /'. L , t. XXII, col. 527. S. Jérôme parle 
(le lVpoi|ue ou il écrivit sa lettre à H(!lioiloie Celle-ci date de 374 ou 37ii. 
Cfr. Stii.tinc;, Aria S'nirtontm, Septeini)r. t. VIII. p. 447 K. GkUtzma- 
CHKK, (tj). '■?/.. p. r)4, la place entre 373 ( t 37U. 

(5) Cumme.it. in Ecechidc», \\b. XIU. 41. P. /.., t. XXV, col. 449. La 
renianjue y e>t faite à propos du Lihe)- advrrsiis Hdvidium, écrit vers 
l'année 3SI. Cir, Stiiting, /. c, p. 46S E F ; Gkutz.machkr, op. cit., p. 59. 



s. .lÉno.ME ET LA VU. 1)1 moim: MAi.ciiis. ^:29 

s'opère dans sa i)ersonno : jam amis spanjchatiir caput, 
écrit-il à Pammachius au sujet du voyage ({u'il til à 
Alexandrie cette année-là, et nuK/isInini potius qiunn (lisci- 
jHilum decchat (i). Voici (ju'en T/Ji, trois ou (|uatre ans 
a})rès avoir écrit la Vie de Malchus, S. Jérôme déclare 
avoir atteint la vieillesse, seniiun (-2) ; en iOi, il se dit 
pai'venu à l'âge le plus avancé et pres(|ue décréjiit .-,1. Vai 
un mot, il est peu d'écrivains ([ui aient donné une signi- 
fication j)lus étendue aux termes désignant làge ({ue le 
célèbre Doct(uir de l'Kglise latine (ii, et assez mal inspirés 
ont été les éi'udits qui ont voulu mettre en (cuvre les 
données de ce gem'c poui' fixer appi'oximativement la date 
de sa naissance (.)). 



(1) Epist. LXXXIV ad Pammachium et Ocpcmio», 3. P. L., t. XXII, 
col. 74.5 Sur la date de ce voyai^e, voir Stii.ting, /. <:., p. 4S4 F-4t^5 A ; 
GKliTZMAClIF.a, p. 51. 

(2) Epist. LU, 4. P. L., t. XXII, col. .^,30. Cfr. Stii.ting, /. r., p. :,-iO, CD ; 
GufiTZMACHKK, p. G.j .^q. 

(3) Epist. CXIIail AuriHSiinii.n, 18. /'. L., t. XXII, ool. 92S. Cf. Stiiting, 
l. c, p. 593 B ; Gkiitzmvchkk, p. 84. 

(4) Notons rexplica(;ion qu'en propose Fi->s[,kr .Ii .\{;m\nn, Ins'itut'ones 
patrolo[/iae, t. II, 1 1892), p. 13?, riote 1 : •■ Ad verte poiio, Hicronjmum 
passim dutn meiuinit suae infantiae vel adole-scemiae, designare tempus que 
adhuc ine.xpertus et imperitus erat in cxponendis sacris Scriptoris ». De 
même, le P. Stii.ting, /. c, p. 431 C. « Ein solchcr Sanguinikor wie Iliero- 
nyinus, dit M. GkUtz.machkk, op. cit., p. 10, e!ii|ifindot audi in veischiedenen 
Lebenslagen sein .-\lter verschieden. Al.-; er im Alrer auf ein lances Leben 
zunickschaut. datiert er manches Kreignis niibe\vu>>t in seine .Iiigend hinaiif, 
was er vielleiclit an der Schwelle d(is Mannesalters erlebt hat. I nd iin besten 
Mannesalter steliend, abor die Gebrechlichkeit eines zarton K'irpers einpfin- 
dend, dei' liurcli sltzende Lebensweise und eifriges Stndiuin initgenomiiien 
war, nennt or sicli plô'zlich senex. mit seineni Altor kokettierond •. On 
tiendra compte aussi de la remarque de Tii.i.kmont, Ménioims, t. XII, p. 039 : 
« S. Jeiôme n'est pas exact dans ses contes ••. Cette observation du clairvoyant 
historien est contirmée en tout point par les conclusions auxquelles sont 
arrives ceux qui se sont rccenimerit occupes dessouicesdu Du Viris inlus- 
tribus. S. .lérome ne cachait pas d'ailleurs son dédain pour les questions tie 
chronologie (voir Gkutzm.xchkr, op. cit., p. 41). 

(5) Tout récemment encore, M. (iruizm;icher fp. 48-5(,ii .-'est donnô beau- 
coup de peine pour dénionlier, d'a|)res ces donrH-es. qu(^ S, -lérôme est m^ 



230 LE MUSÉON. 

Telles sont les raisons que produit M. Kunze contre la 
priorité de la recension H. Pour réunir en un faisceau 
tous les éléments qui favorisent le juirenient du critique 
allemand, joitjnons aux observations qu'il a fait valoii' la 
curieuse particularité que voici. Le manuscrit 164 de la 
bibliothèque de Chartres, du XII^ siècle, contient, fol. 
39" à 41", le texte latin sous le titre suivant : Actus 
Makli'i monacld cuptivi a beato Uievomjino de syro sermone 
in latïnum Iranslati (i), titre prescjue identique à celui 
que fournit un manuscrit provenant également du Nord 
de la France, le ms. :208 de la bibliothèque de Charle- 
ville, du XIP siècle, dans le(juel la Vie de Malchus 
(fol. 1") est précédée de la formule : incipil vita Malclii 
captivi de syro sermone in lalinnm a beato leroninio triius- 
lata (2). Ce titre, qui constitue d'ailleurs une exception 
dans la tradition manuscrite (5), est d'attestation trop 
récente poui* (ju'on puisse y voir autre chose (jue la fan- 
taisie de quelque scribe entreprenant et raisonneur, 



entre 340 et 350, et non pas en 331 comme le veut S. Prosper. Les termes 
puer, adolescens employés par S. JérAme encore après 380 ne peuvent pas 
convenir, selon lui, à un homme âgé de 50 ans. Il sera toujours aisé, croyons- 
nous, de retournei' l'argument, si l'on se base sur ce fait que peu après 390 
S. .Jérôme se (jualitie déjà do sencx, et ce, à plusieurs reprises. M. Griitz- 
maclier écarte les témoignages de cette nature par une cxogèse trop subtile. 

(1) CataJ. cod. hagiogr. bihl. civitatU Carnotensis, An \i.ecta Boli.andiana, 
t. VIII (1889), p. 141. 

(2) Nous devons la connaissance de ce manuscrit à M. Nau, Analecta Bol- 
kuidiana, t. XX (1901), p. 141, n. 3. Voir Catalogue général des )nanusc)-il.s 
des bibliolhrqnes publiques des départements ^ t. V, 1879, p. 643. — Evideui- 
mont, les titres cites ne sont pas indépendants l'un de l'autre. Les deux 
manuscrits proviennent, du reste, do localités relativement peu éloignées : le 
ms. de Cliarleville appai tenait autrefois à l'abbaye de Signy et celui de 
Chai très au chapitre de la même ville. 

(3) Ainsi (pu; nous avons pu nous en convaincre, en examinant le titre d'une 
soixantaine d'exemplaires, décrits dans les Catalogues de mss. hagiogra- 
phi(|ues pubhés pai' les Hollandistcs et dan.s le Cuialoiiw' dt's mss. des bihl. 
publiques des départements. 



s. JÉRÔME ET LA VIE Dl MOINE MALCIIUS. 1251 

inspiré sans doute j)ai' le caractère général de cette his- 
toire, dont le théâtre et les personnages sont tout orien- 
taux. 

Des (îonsidérations qui précèdent, il ressort clairement, 
semble-t-il, que la manière de voir de M. Kunze n'est 
pas appuyée d'une démonstration assez décisive pour 
réussir à déposséder S. Jéi'ome de la paternité de la Vie 
originale de S. Malchus. Au lecteur qui garderait quelque 
doute ou ([ui désirerait, vu l'importance de la (juestion, 
des preuves positives de l'antériorité du latin, })eut-étre 
serons-nous également en mesui'e de donner satisfaction. 
Malgré le peu de prise (|ue laissent à la ci-itique des textes 
aussi parallèles que II d'une part, G et S de l'autre, les 
divergences significatives sont assez nombreuses et, sur- 
tout, constamment Cavoraljles à la rédaction hiérony- 
mienne. 

Et tout d'abord, la supériorité littéraire de celle-ci est 
incontestable. Le grec et le syriaqne effacent ou atténuent 
les traits ingénieux du latin (i), en les noyant souvent 



(1) Ainsi p. 435, 13, eorum me magisterio tradidi, hj.ivi'x rao' aiTo"??. 435, 21 
solarer viduilalem, dus, àvotTra'jTov aÙTr,"/. 437, 4 prosccutus ergo me de niona- 
sterin quaxi funus efferret, ■KÇjorJiJ.r.oy/ oé ij.£ ('.Wrio tic, àrcôÀîiav : les troi-s der- 
niers mots du latin n'ont pas été compris. 437, \(Slongo postliminio haeredita- 
rius possessor, O'jxo; ii-.v/ o y-iya; ttÀo'jto; ov È;?i).Os; x).T,oo-/oy.r,7a'.. 438, 19 
inonachum qucm in patria fucram perditurus, in eremo inveneram. àvTx- 
ro'ooj'.; zr\c Traoay.OT); jjlo'j r, al/;j.a).u)7ta (jlou vîyovEv. 439, 13 tune vere se}isi 
caplivitatem meam, xottî -f'/fj'j^ àXT,Oiô; ttjv -tj? '■!''-»/'i; \j-vj a'./y.aÀwTÎav : zr^- 
•{-u/Tjî est de trop et dotiuit tout l'effet de l'expression. 430, 14 nionarhitm coepi 
pJangure qucm pcrdcbam, tÔv Oivaxo-/ ir.viUou^i tt,; :Taç.Oîv(a; y.o'j. 441, 5 et mu- 
gis animae copulam amalo quam corpovis, •/.%<. -vî'j;j.a"'./.ï, r)'.aOf js; àyar tÎ7(o;j.îv 
àXXriXo'j;. 441, 6 spoent dnmini maritii.m, Christus noverit fralrem, ToÛTfo 
•Kjj TodiTtij Tj^î'j/OtôiAîv àX/.rîÀO'.;, iva '.lîovts; o'<. y/jy/y. f,y.àiv aaox'./.ôv 'JO<ûrn»^ 
yâixov ô oà /.aoo'.OYvwTtT,; Xoi^-uô; t«ôv Ïtj'o'j w'jI.mu xt,v "vî'jaax'./.TjV Yvd'jTîTa. 
àoîX'iOTTiTa. 44G, 3 Si jurât Dnuiiniis miseras, /luhemus salxtem ; si despicit 
peccatores, hfibe>nns sepulcynm, It/ 'ioT,')rj7f, xr, Ta—î'.vtijJci Tjy.tôv ô h-ioio;, 
i';biixn r,t>:v/ ~'j Tr.r^'/.'X'.'ji '7i»-r,y'.7.' ly.'t o: ot- à;j.3(pxo)Xo'j; /.axa/.îvir, T,;j.i;, 
Èyivexo f,|jJiv zi-iO'- '■ l'Iiii'nioiiie de la pliiMso latine a disparu. 44(î, 9 <> inu/to 



-)» 



LE MISKO.N. 



dans (le lianals développcrncnts, introduisent, pour ainsi 
dire à cliaipie liiiue, des transitions, inutiles au sens, 
(|iii ne l'ont qu'alourdii' la marche du réeit, forment f'rë- 
(juemmenl une phrase entière d'une j)roposition incidente 
de II, et ani|dilieiit comme à [>laisir ce dernier, vrai 
modèle de concision, sans rien ajouter d'ailleurs aux laits 
(|u"il exprime (i . Hrel', à lire sans préjuiïé les trois 
recensions, pour ce <|ui est du natui'cl, de la sim[)licité, 
du |>iltoi'es(jue et des autres (pndités du style, le i;rec et 
le svria(|iie ont tout l'air de se traîner pénihlement à la 
siiile dii lalin. (]elui-ci conserve dini houl à l'autre une 
allure piimesautière <|ui impressionne en sa laveur. Mais, 
il l'aul hien le dire, dans le cas |)résent cette considération 
n"a (|ue peu de poids dans la halance : avec tout le talent 
(ju'oii lui coimait, S. Jérônu' a pu en etVet retravailler à 
loisir 1 (cuvre de ses ohscurs prédi'cesseurs (-21, et peut- 
(•Irc \()udia-l-()n voir un indice lavorahle à cett(> hypo- 
llièse dans rv passaii'C du proloiiue latin, ahsent des 
recensions (J et S, où S. Jérôme jirésente d'avance son 
opuscule comme un exercice de composition littéraire (."). 
Pourtant, au point de vue de la lormc, une particularité 

r/rrifior e.rs/iecfala ffnm illota mors ! —y, -r^- ~ryj ç'/^o'j; -).t,yt,; tt, "oj 'yd3o'j 
'j-i^/t',)S(\ 'iv/.yj\ •;i';r'>-i'X'}.vi. Etc. Dans tou.s ces passages, le syriaque suit fide- 
leiiicnt le \iroc. 

i\) Voir, ]i;ir exoinplc, les textes eites p. ?25-22r). (,)u'on veviille encore com- 
imicM' a H \o. |,:iss:i^'es suivants .lo C : 434, 8-18 : 435, in-20 ; 4.%, 4-7 ; 436, 
i:-i;!7, 5; 411, lO-l.i : 14!, 2-32; 415, 1-7; 447, 12-20; 448, 12-14 : 448, 18- 
450. 7 : et''., etc. Sur les queli(iies jiassages ou G et S paraissent plus simples 
(|ue H, voii' ci-dessous, p. 23d-238. 

(2) S. .lerorne a procédé ainsi maintes fois. « Kr besass eine ausserordent- 
lielie Kalii^keit, «lie Gedanken anderei- nachzudenken und mit der ilim 
oigeneii I lewiniltlieit in getViUi^er Form den Lateinern zu ùbermittein ». 
(îRirr/.MA( HKR, i>i, ri/., |i. ISl. Voir ihid., pp. 17 sqq., 181 sqq.. 212 scpi. 

(1!) /()i il Cl/,, If ni iliu Ifi'iii .., )))iiis cx'Tccii cit/iio in /lurro op^re, et vcluH 
i/ii(iiiil.it>ii ri'/tiçiiieni liinii'iie dlisli'ii/c}-,', kI n'nire jinssim nd /(liion'oi 
hislnriii,)!. Prol. 



s. JfiROME ET LA Vli: DU MOINE MALCHUS. 255 

méi'ito d'être relevée ; c'est la substitution, faite par G et 
S, (lu discours direct au discours indirect du latin. Ce 
procédé trahit, chez leurs auteurs, la préoccupation d'ani- 
mer davantaife l'exposé des faits ; il parait peu vraisembla- 
ble que S. Jérôme ait jn'is si souvent le pai'ti opposé. 
Ainsi, au n" 5 de H, on lit : incidit milii cogitotio ut ad 
jyitridm pcvtjcreiH , et duni adliuc viveret mater (jam enhn 
•patrem morluum audieram) solarer viduitatem ejiis, et exiiide 
venundata possessiuncula partein erogarem paiiperihiis, ex 
parte nionaslerium coustruerem ; (qu'id eruhesco confiteri 
i)ifidelitalem meam ?) partem in siunptuum meorum solatia 
rcserrarem. Tout ce passage devient en grec, p. 455, 18 : 

b -rjyrrJjc y.al fj^.Txavo; o',â3o)vOc 'jTzi^iyXh <xo'. (o; £'j),ovov Aov',7uôv, 

Cpà-jXOJV To'J -7.700; TO'J TsXî'JTYjTaVTOÇ, 'J-OTOS'IiQV £','; tÔv 0'>.6v 70'J 

xal é'wç "Cr^ y, [J-r^zr^z Hfyj, àvâ-auTOv o:j-i;/, xa'. u-srà ty,v -zzkvnyy 
a'JT?|Ç -(o).Y,'70V 77. 'J-àpyovTa toj xal rà ucv oô: r-w/oïc,, -y. os ^'J- 
Aa:ov xal ''j'.vsy^'yt^'j'^j'i s; aÙTcov iji.ovaTTY,o',ov, xal vsvoO xal t'j —y.^z^r^o 
[j.ovayrov. Kal l'va to'. 7Y|V à.AY'/js'.av o'.Y,yY,'70)aa',, -rixvov, '^'.Xaovjpla; 
Acvi-jV-Ôv •J7:£-rlOcTÔ uo', AÉvwv Ty',oy,70v s; a'jTwv 2'.'; to *'Y,oà; 70'j, 
"va ï/Y,; àvà.-ajT'.v, xal £','; ty.v à-ôxc.T'.v ty,; ;j-Ovy,; toj. Le SV- 

ria(ju(> (Sachau, p.i()() a, 5:2) est absolument parallèle au 
texte grec;. — Au même paragraphe, le latin poursuit : 

Cdanune coepU (ihhns meus diaixdi esse teiilatiouetn et siih 
honestae rei oceasione latere antupiï hostis hisidias ete. ; 
le grec, au(juel le syria(pie (Sachau, }). lOi) b, <S) corres- 
pond mot pour mot, dit avec j)lus de vivacité, |). i5(), (i : 
'AxoÛTa; o£ ô av'.o; '-'•,J|'j7-; Y,y.'ôv Azy£', y.o'.- Tsxvov, uy, -/xo'Jty,; 
aY.oc Oc/.Y.TY^; T0J70 -pàça'.' avTY, o'.a[jO/>'.xY,; xaxoT£yvla; sttIv 
-avl; XTÀ., cl h' discours direct continue. — Au n'' i, le 
latin s'exprime ainsi : /w/o intérim lonfpt poslliminio liaere- 

dilarins possessar, cl sent mei c(nisilii paenilens Eu gr<'c, 

p. 1-'»/, I !■, on a : Iots O'jv £-'<.> £•,'; cwo'.av Ta; to'j vr-'.rfj raroo; 



2r>i- LE Misi::0N. 

-AojTo; ov iVfjhtt, ■/.AY,oovo;ji.?,Ta',, Ta'/.av-ojps, aj-ra-l E'.'t'.v al to'j 

i/Opo-j i-y-O-'j}. y.v}. •W/y:^hozo'. 'j-rjT f irsv.-^ . Kt le syriîujue, 
p. iol , 9, ne (lit piis Mutrcinciit. Onze fois, les auteurs de 
('. et S se séparent ainsi de 11 poui' l'aiie parler leurs 
pers< m naines sous la forme dire(;te ; jamais, au contraire, 
ils ne toiielient, sinon pour l'amplifier, au discours direct 
(jue renferment certains passatics du latin. 

Toujours au point de vue de la composition, on remar- 
(jucra (pK', çà et là, les recensions (i et S aiment à rappro- 
cher les traits relatifs au même ordre d'idées, traits qui 
sont dispersés en latin. lN)ur (juel motif S. Jéi'ôme eùt-il 
disjoint ce (jui se trouvait naturellement uni dans sa 
source ? Par e\em|)le, lorscpie .Malchus, inspiré du (kunon, 
veut (piitter son monastère pour aller vivre au[)rès de sa 
mère devenue veuve et recueillir, après sa mort, l'héi'i- 
taiic paternel, l'ahhé, par de honnes paroles, essaie de le 
détourner de ce coupable projet. I^ropoiu'lml Diilii, lit-on 
dans II, n" ô, cxcniphi de Scrii^turis plur'uim : inler (jikic 
illud, (juod nniio Adam (juoquc cl I'ahuii spe dirinitalis sup- 
j)l(ntt(ncril. I.t ciim jh'fsiKidcrr non posscl ^ prorolulus (jcnl- 
Inis, nhscrruhdt ))(• se dcsi'rcrcin, iw me perdcirm, )H'r (ira- 
Inmi le)iens, post lerf/uni respicereni. L'auteur irrec, p. Ï7A), 
11, rassend)le les ariiuments emprunti's à ri".criture de la 
façon (pie voici : /.yX yyp tÔv "Aoà;;. s'.'; j'I-o: OcOT/iTo; o'.à ty,; 
7.-'/rr,; i-y.z7.^, £•'; -■jh'j.vn. y.wj /.y-r^^'x-z'/' y.yX ô Kjp'.o; tov rV,v 
iz'.'^y. y.'j-JiJ ;-'.'j7.).ovra s-.'; àporpov ~y.'^y.-'"£lJ.i'. ;/V, ■jTpy.iy.va'. £','; 
rà ']-'.iM. 12; ui £-'. -oA'J T'/; to'. aj-ra; iv. Ttov Ocùov l'p^'- 
'i(.)v -7. y 7- ■'(.)-; |/a^TJG'!a; or/ '.t/'jtîv v.î -l'.-iy'., xaT7. toj Kj 
o'.O'j K''j'.~''j'j — oo7~£'j(.)v 'j.o'. i-i'y/.'.^i'j 'J.z '.V7 'j.y, 7vtov xaTyAS'.'^d). 
Comme toujours, le Icxlc syi'iacpic (Sachaii. p. I0(» h, h")) 
suit pas à pas la rcccnsion iircc(pic : l'J Adiini. ni eljel. 



s. JÉHOME ET I.A VIE DU MOINE MÂLCJIUS. ^35 

l'ayant élevé par rerrcur à une telle hauteur, il l'a fait 
descendre au fond de r enfer ; et iVotre Seujneiir, celui qui 
met la tnai)i sur le soc de la charrue, il lui commande de ne 
pas se timrner pour regarder en arrière etc. (i). — Plus 
loin, on lit que la caiavane dont Malclius faisait partie, 
tombe dans une embuscade ; avec une de ses ('om})aû:nes 
de voyaiçe, le moine fugitif devient la propriété d'un des 
Sarrasins vain(|ueurs, et peu après son maître veut le 
contraindre à épouser la captive. Pour échapj)er à cette 
union criminelle, Malchus va se donner la mort, mais 
l'épouse qu'on lui a imposée l'arrête par ces mots (n" 7| : 
Precor te, hujuit, prr Jesum ('JiristU)n, et pcr huins horae 
necessitatem adjnro, ne e/fundas sanf/ninon tuum in cri)nen 
mcum. \'el si mari placet, in me pri)num verte })iucro)iem. 
Sic nohis potins c(mjnn(/a)nnr. Ktiionsi vir mens ad me 
rediret, servaron castilatcui, ijnam me captivitas docuit : 
vcl interi)'eni jxtiins, (fiaun pcv<l(')i'}n. (jw morcris '/ ne t)iilii 
jun(/ti)is. L'auteur de (î, p. jiO, i~2, suivi par celui de S, 
trouve bon de i'(''unii' la |)remière phrase et la troisième, 
c'est-à-dire celles (pii visent directement le projet de .Mal- 
chus : Opxuto TZ Ir^ro'jy Xo-.ttov tov KJv.ov ty,: oo:y,; vrj. <j:r, o'.' 
eue T'iàçr,; 'iv.-j-J/r i>. ^,i -r/j-jj -o'-cCv -^07,07,77.'., -oroTOv z'.- i'xz 
7~zz'lo'/ ty;/ •j.'j.yy.'.y/:/. A'.à 7'! o: îavTOv 'j:rj:.zi~:/ -y/r^vc^iy.'. : '^cà^ov, 

(1) Il est impossible de conserver dans notre traduction l'ordre des mots de 
la phrase syiiai|ue. Celle-ci est un décalque parfait do la phrase grecfiue. — 
Ce passHge prouve doublement contr'e G et S. Dans le latin, le suiiciieni' du 
monastère, en exhortant Malchus a repousser les tentations de l'esprit malin, 
ne puise dans la Hiblu qu'un seul exemple, celui d'Adam, pour appuyer ses 
conseils, ft cotte citaiimi e>t tout-à-fait appropriée a la circonstani'e. Le second 
texte biblique n'est p:^s un exemple, mais une simple tournure de phrase 
empruntée à la Sainte Ecriture, comme on en rencontie à chaque jtafîe dans 
les oeuvres de S. .lérôuie. (i et S l'ont rransforinéc en citation destinée, elle 
aussi, a fortifier la thôse de l'abbi», mais ne se sont pas aperçus qu'elle n'avait 
aucun rapport avn- ce di.-cour.-, (|ui traite uniquement des maux causes par le 
demoti ip. 4l3fj. ~-\2\. Ils ont ainsi brisé riiarmoiiic de ce passage. 



23G LE MISÉON. 

cpT,(7iv. "Iva [jiTi è\iï Xâ|iir,ç yjvarxa ; Tivioo-xe sijie fjiàD.ôv to'j tv 
a-wccooTÛv7|V iT7rouoâ^et.v Tr,perv tw Xp'.TTO). Où [jlÔvov àizo o-oO, àXV 
6»' xal ô vôfx',}Jiô; [xou âv>ip Y,Xf)ev Trpô; [/é xta. — La descri[)ti()n 
du travail des fourmis qui se lit dans H n" 8, paraît avoir 
subi un remaniement du même genre ; G, p. 4ii, 8-:20 et 
S (Sachau, p. 107 a, (i-23) ont rapproché les traits (|ui pré- 
sentaient quelque atïinité : les indications générales sur 
l'activité de ces animaux, le butin dont ils se chargent 
pour le transporter dans leur nid, les soins (ju'ils pren- 
nent de leurs congénères fatigués ou blessés sur le chemin. 
Ainsi, par l'emploi de ces deux artifices, le discours 
direct et le groupement des traits similaires, les recen- 
sions G et S, si prolixes et si banales souvent en regard 
de l'ingénieuse concision du latin, doivent tout au moins 
nous inspirer la défiance, car elles usent des procédés qui 
caractérisent d'ordinaii'e celui qui transcrit et remanie 
un texte, non pas celui qui l'écrit pour la première fois. 
Si, cependant, on (conçoit juscju'à un certain point cprun 
écrivain lettré tel (jue S. Jérôme ail pu trouver monotone 
l'usage trop fréquent du style direct et çà et là défaire» 
avec art ce ([ue ses prédécesseurs avaient synu'triijuement 
assemblé, il est peu probable (ju'on accoide la pi-iorité à 
celle d'entre deux rédactions (|ui simplifie ou sup|)rime 
certains passages de l'autie, passages d'interprétation 
difficile poui* qui ne connaît pas exactement la langue 
latine et en particulier la langue de S. .Iér()me, si pleine 
d'images et de j)eintures brillantes. I^es phrases de H (jui 
n'ont pas leui' é(juivalent dans G et S appartiennent préci- 
séinent à (;ette catégorie (i). 



(1) Voir plus haut, p 217, ce qui a été dit de I absence, dans (î et S, du pro- 
lof^iie latin. L'cimisj^idn d'une pariie du n" 1 de H tient appaicmiuen! à un<î 
autre raison (cfr. p. 239). 



s. JÉKOME ET LA VIK I)L MOI.NK MALCHUS. 



-257 



(Citons quelques exemples. 

H G 



N. :i : l'i-oseciitus ergo 
me de moiiasteiio quasi 
luims efferret, et ad ex- 
treiiiinn valedicens : \'i- 
deo, ait, te, lili, satanae 
cauterio notatuiii ; non 
quaei'o causas, cxcusa- 
tiones non recipio. 

N. 4 : Et ecce subito 
equoi'um caincloruni- 
(lue sessùi'os Isniaëlitae 
iri'uunt. crinitis vitta- 
tis(ine capitibus, ac se- 
niinudo coi'poro, pallia 
et latas calliculas tra- 
lientes : pendebant ex 
humero pliai-etrae ; la- 
xos accus vibrantes, 
liastilia longa jjoi'ta- 
bant. Non enim ad i)u- 
gnandum, sed ad prae- 
dani vcnei'ant Rapi- 
mur, (lispei'ginmr. in 
diversa traliinuu'. 

N. (') : Jani igitui- vé- 
nérât tencbrosiorsolito, 
et milii nimium matura 
nox. Duco in si)eluncam 
semii'utani, novam con- 
jugeni : et pronu liante 
nobis moestitia,utei'que 
detestamur altei'um, 
nec fatemur. 

N. !> : Inflatis cons- 
censisque utriijus, aquis 
nos crediinus, paulatim 
pedibus subreniigantes, 
ut deorsum nos flumine 
déférente, et multo lon- 
gius quam conscende- 



P. 4:17,4 : Ilpori;j.-(.jv 
ÈÀ;-;:'/ ô -7.-.r,r,' \\'/.i~M 

7S, Ti/.VOV. 'JTTO "OJ GT,- 



l\ 437. i:i : ilah^n^^ 

XT.VOt 



P. 4X>, J2 : Z-J^a; oov 



P. 444, i'J : *uaT|C7a; 

tôv Éva Èy.ôîvT,, xal o'jto); 
/.oato'jvxeî a'jxo'j; xaT; 
ytr/csh /.où Tol? iToaiv xw- 
TtTiÀaxo'jvce; oit^XOoixîv 
TÔv Ttoxaixdv. 



P. 450, 4 : Me condui- 
sant donc comme à la 
l)orte, l'abbé me disait : 
Mon fils, je te vois stig- 
matisé de l'amour do 
l'argent du calomnia 
teur. 

P. 451, 7 : Soudain les 
perturbateurs tombé 
ront sur nous 



et nous enlevèrent 
tous. 

P. 45i\ i'i' : Lorsque 
donc il m'eut uni à elle, 
il m'introduisit dans 
une caverne avec elle. 



S ACHAT', p. iOS a, i : 
.Je gonflai donc ces 
outres et je donnail'une 
à cette femme, et ainsi 
en tenant les outres des 
mains et en nous ser- 
vant des pieds comme 



"2." 8 II. Misr.o.N, 

raiiuis, iii altoi-ain nos 
oxpoiiCMile liiiani, vos- 
tij^iiiin so(jijeiitc.s yev- 
(Icroiit. St'd iiitrr liaec 
liiadclactjK* cai'iios, et 
ex paite lapsac, vix tii- 
(lui cihuiii iioUiccbaii- 



(lo raines, nous traxcr 
saines le fleuve. 



(Icliii (|iii |»;ii('()iiii (I un houl à r;iiiti(' les trois ivccii- 
sioiis ohjcclci"! (tctil-rtic (jnc le liiliii sii|»|)i'iiu(' cl siinpli- 
tic (oui coimiic le liicc cl le syri;u|uc, cl <juc par suite, i;i 
(jucstion (Icineure eu susju'iis. .M;iis (|ui ue voit cjuc le 
iicni'e <l'oiuissious est tout (litVereut ? Les passaiics de II 
(|ue (1 et S ne eontiennenl pas, sont peu noiuhreux, dune 
sobriété de bon aloi, et ne reveleni pas la moindre inlen- 
tioii suspecle. Seulement, la concision, les mots un peu 
spéciaux ou la consinutioncu taisaient un obstacle dillicile 
à l'iancbir pour des traducteurs iidiabiles. Par contre, de 
tous les détails, peu importants d'ailleurs, tpic le iiiec et 
le sviia(|uc ont eu plus du lalin, les uns sont de verbeux 
développements ou d'inutiles explications, les autres tra- 
bissent une véritable tendance, la tendance, bien compré- 
bensible du reste, à proposer aux lecteurs pieux un 
modèle plus édiliant encore (pie l(> Malcbus de S. Jérônu'. 
La plu|)art des baiîioiirapbes (jui remanient un texte 
se comporleni, on le sait, de la même façon. « Que le 
tond d'une léjicudc soit ou non autbenticpie, la niarclie 
l'c^ulièi'c de son développement n'est jamais du merveil- 
leux au naturel, de la recbercbe à la simi)licité ; elle tcMid 
à s'amplilier plutôt (pi'à se restreindre » (i). II eut ét('> 
dilïicilo ici d'exploiter le merveilleux : le sujet ue com- 



(1) A. Ami.u I), L(i lé(/cnde syriaque de saint Alexis^ VHdinmr de Dieu, 
Paris, 1889, p. XLIV. 



s. .ii^:itoMK II i.A vii: m moi\k mai.chls. 27)9 

portait iiiièic de dévelopi)ements de ce genre, et surtout 
pareil travail eût dépassé le but modeste que les traduc- 
teurs s'étaient assii-né. (^est d'une autre idée qu'ils se 
sont inspirés. I.a Vie de Malchus est l'histoire d'un moine 
entré tout jeune dans un monastère et sévèrement châtié 
|)ar la Providence [)our en être sorti malgré les sages 
conseils de son supérieur. N'était-ce pas l'occasion [)Our 
les hagiographes grec et syrien, qui vraisemblablement 
sont des moines et ({ui écrivent poui- un public de moines, 
de s'étendre avec conijilaisance sur les devoirs et les avan- 
tages de la vie monasli(jue ? Aussi n'y ont-ils pas man- 
qué. Malheureusement [)our eux, tout au dél)ut (n" 1), le 
texte latin otï'rait un détail peu en harmonie avec l'idéal 
des moines oi'ientaux, au\(juels des instructions aussi 
réputées (|ue celles de S. Basile interdisaient d'une manière 
presque absolue les rapports avec l'autre sexe (i). D'après 
le récit de S. Jérôme, Malchus habitait à Maronia sous le 
même toit ([u'une femme de l'âge le plus avancé, guettée 
déjà par la mort. Ce (jue voyant, le biographe demande 
aux habitants de la localité si le lien ([ui unit les deux 
vieillards est le mariage, la parenté ou la communauté 
d'esprit. VA les villageois se contentent de ré{)on(lre qu'ils 
sont saints et agréables à Dieu. Cette cohabitation de 
Malchus avec une femme, G et S ne l'ont pas trouvée à 
rhonneur de l'ascète et l'ont simplement passée sous 
silence, il n'y a j)as l'ombre d'une raison pour que 



(1) Voir E. Makin, Les moines de Constantinople, 1897, p. 123 ; ,1. M. Bksse, 
Les moines d'Orient, 1900, p. 60 sq. Encore S. Basile a-t-il tempéré la rigueur 
de la règle en usage chex les ermites et les cénobites des IV^ et V® siècles, 
laquelle excluait toute relation quelconque avec l'autre sexe (cfr. 0. ZOckler, 
Askese und Monchtum, 1897, pp. 234, 238 sq., 289). Ainsi, d'après la règle 
pakhôniienne, " les cénobites devaient éviter tout rapport avec les femmes ». 
P. Ladkuze, Étv.de sur le cénobitisme pahhômien, 1898, p. 283, 31(5. 



^40 LE MISÉON. 

S. Jérôme introduise à pliiisir un seinl)l;ible détail, puis- 
(|u'il accuse le même but tjue les rédacteuis liiec et 
syi'ien, e'est-à-dii'e la iilorification de la chasteté (i). 

Cet obstacle renversé, G et S accouimodent à leur ten- 
dance tous les passaires auxijuels il est possible de donnei* 
un(^ couleur monastique. Aux premiers mots déjà, on 
s'en aperçoit : pour II (n" 1), le héros de l'histoire est 
seulement un vieillard du nom de Malchus ; pour G 
(45i, ij et S (Sachau, lOo b, ')), c'est aussi un moine, 
;j.ova'/o;, rcl*t.*."». — Voici (|ue le bioi^raphe aborde le saint 
homme et lui demande son histoii-e. Dans H (n" I), .Mal- 
chus, sans se faire prier, (commence ex abrupto l'exposé 
de ses aventures. Dans G (454, î)-17) et S (Sachau, 105 b, 
9-100 a, 1), il parle tout d'abord de la vie des moines et 
de la manière de servir Dieu ; puis, en guise d'avant-pi-o- 
pos, il annonce à son interlocuteur qu'il va lui faire con- 
naître les dangers, (jue j)ar sa faute, il a traversés ; ils 
serviront, dit-il, de leçon à un gi-and nombre, afin (ju'ils 
apprennent à ne pas mépriser les avertissements de leur 
père spirituel. — Plus loin, lorsque Malchus déclare (|ue, 
fuyant la maison paternelle, il est entré dans un mona- 
stèi'e,il n'a, d'après II (n" ^),que quelques mots sur sa con- 
duite à cette époque : repertis momichis, eorum me magiste- 
rio Lradidi, manuum lahorc victuni quacritans, lasciviamque 

(1) Voir plus haut, p. 224. S. Jéfôme a traité maintes fois de la virginité, par- 
ticulièrement dans ses lettres, par ex. dans IVp. 22 ad Eustochium de custo- 
dia virqinitatis. Au sujet de cette épUre. M. Gkûtzm.schkk, Hierqnymus, 
p. 253, remarque avec raison que « la virginité est pour «lérôme l'Evangile 
dans l'Evangile ••. Il est <lonc peu vraisemblable que traduisant G ou S, 
Jérôme eût imaginé le détail dont nous parlons, fut-ce même pour ajouter à 
l'intérêt du récit, lui qui écrivait à Népotien, engagé dans la cléricature : Hospi- 
tiolum tuuni aut 7'aro, aitl nnniquam mulierum pedes terant. Omnes pnellas 
et virghies Christi, aut ueqnalHer t(/nora, ant aeq^ialiler dilige : Ne sul> 
eodem tecto mansites : nec in praeterita castitate confidas {P. L., t. XXII, 
col. 531). 



s. JÉItOME ET LA VIK Dl MOINE MALCJIIIS. ^il 

caniis re/'rrn<nis jejiuiiis. G (455, 15) suivi par S (Sachati, 
106 a, 2o), accentue fortement la note : sjjis'.va -ap' aùxo^Tc;, 

Tiâo-rj àywv?^ r?,? (reav/iç toO |j.ovT,po'jç [iio'j xaxà rV,v è'vGeov £X£tvo)v 
— oXtTE'iav àYWV!,î^ô|Ji£voç xal -poxoTîTwv £v K'jpùo xaAwç, 'Ev IxavoTç 

3k £T£7'.V r?, ■ZO'.y.ÙT-r^ y-p^~'(i àv£-',XY,-TOj; r'XapT£p-/i(7aVTÔ; tJLO'J £V T(0 

|j(.civa'7Tr,p{oj, xaî, twv ào£A'^wv — àvTwv ya'-ocivTtov £7i'. rr, Tipoxo"?, T'?,ç 
(T£UV/iÇ uou -oA'.T£'iaç 

On sait quel rôle impoi'tant joue le démon dans l'en- 
seignement ascéti({ue et la vie spirituelle des moines 
d'Orient (i). A cet égard aussi, G et S décèlent les préoc- 
cupations qui animent leurs auteurs. Après de longues 
années de vie religieuse, dit le texte latin (n" 5), Malchus 
se sent pris du désir de retourner dans sa patrie et de 
revoir sa mère, pour la consolei' dans son veuvage et 
recueillir, api-ès sa mort, Tliéritage paternel. D'après G 
(45^, 18-450, 5) et S (Sachau, 106 a, 51-106 b, 5), ces pen- 
sées lui sont suggérées par le démon, qui est mis directe- 
ment en scène. — no).'.opxoJ|jL£vo; os -zoù-zo'.q TO~.ç Xoyî.Tjj.or; xaO' 
£xâ7T/.v Y,[ji£pav, })OUrSuit G d'accord avec S, /.vayxâcrBv TÔ) 
7:v£'jaaTî,x(o TzaTpl ty,v TO'.a'jTViV t?,ç t|''-''/À<; {J-OJ votov à7:oxaA'J'|ia',. 

Aucune trace de ce détail dans H. — Selon l'expression 
de (i (456, l<S-457, 4) et S (ioO, 1-i), c'est également le 
démon qui triomphe dans le c(cur du moine (^) et le fait 
sortii' du monastère, en le décidant par ces paroles à 
l'adresse de l'ahhé : OJ toj xr.ootjir/o; TaÛTa -o',£^, àAAà -io 
— ).7,0£', Tcôv ào£A'i(ôv sauTÔv xal Tr,v '}.o'rfy aÙTO'j oo;â'7a'. |8o'jAÔu£voç, 

D'après le récit plus simple de H (n° 5j, c'est iMalchus qui 

(Ij Ces expressions sont empruntées en partie à D. Bkssk, Les uioines 
d'Orient. Paris, 1900, p. 521. Voir iOid., p. 'yZl sqq. 

(2) Fait f|ue G rappelle encore plus loin, p. 443, 6-10, alors que le latin (n" 8) 
n'en dit jias un mot : ttiv'Iî'Ïv ÉocjtÔv ■f^y':,'jL\yrc' 'h:... "îi;... £'JTa;;a; t(ov àoîJ'fiov 
voOotç ÀoYi7|j.o"î? ('ij^ vT,riciv 0(.jrî'J7a; ;j.î ô «î'.â'ioÀo; /.al âv "oc'Jtï, ■:/, o('.-/;j.aXioj;3( 
xaTotT-Tjïac; si; toto'jtou; -îtoaay.o'j; z\ifc/v;y~vi \J-i (=^ S, Saciiau, p. 107 a, 
32-107 b, 1). 

10 



:ii2 Li: MisKo.N. 

roinportc sur son suix'ricnr une coii})al)l(' victoire, putuns 
illuni non tneuin ulUildtciii, scd sinon solatiiDii (junererc. 

1.0 moine indocile eut hiciitcH à se repentir de sa déter- 
mination. Devenu prisonnier des Sai'rasins, ceux-ci le 
font monter sur nn eiiameau ([ui le transporte à leur 
campement. a|)iès une course l'apide à travers le désert. 
Pendant le voyaiic, dit le texte latin sans faire aucune 
r(''lle\ion (n" i), Malclms recevait pour nourriture des 
viandes à demi ciues, poni' hoisson du lait de chameau ; 
ari'ivé à destination, on lui ordonne de saluer ré[)Ouse du 
maître et ses enfants ; enlin la chaleur l'ijbliiîe à (|uitter 
la plupai't de ses vêtements. Tous ces détails sont ex|)0sés 
pai' S. Jerinne sans le moindre eommentaiic. (jinics 
scinicnuldc, (ihus ; cl lac ((uiicloriint polns cvat. Idiulcni... 
/H'ircnintii.s ad hitcrlonnn soliludiiunn, uhi doinhann lilx'ros- 
(jKc Cl UKiic (/('iilis 'idoidic jiissi, cerriccs llcctinuis. Hic 
(fiidsi cUuisiis ((D'ccrc, miildio liahilii, id est luidiis (nnhiilarc 
dis((). .\(i)ii itcris inuxjuc uilcmpcrics iiihïl nliud pidctcr 
])udciid'i vcUui puliclxiliir. Dans la pensée des auteurs ifrec 
(i'xS, r»-!)) el syrien \'i'>\, \i')-^lTi}, ces faits constituent 
autant de souillures inlliii<''es au moine .Malchusen punition 
de sa désobéissance : y-y- '/j tojto (i) y.ovov -so; a'.'TyjvY.v t?,; 
'j-.v.hojt 'j.ryj ■'Vfo'ji.Y,; z'yn'ii^ '/o'., à),/.-/ /.%<. ^t'iv/ iotoxâv 'xo'. xosa 
x.a'. •/.7.y.Y,A£'.ov 37:',vov "-/),a (•>], /.%'. yrrîvivy.aç <).t s'.; ty.v 7xy,vy,v xùzo'j 

(1) Voir plus bas, p. 218-219, ce i|ue nous dirons du fait désigné par -roO-o. 

(2) Les moines orientaux s'abstenaient gencmleiuent de viande. Le concile 
de Chaicôdoine (4,")!) punit de l'anatlioine les moines qui mangent de la chair 
et qui vivent avec une fcnunr. VoirE. M akin, o/). cit., p. 121, 126 ; D. Bkssk, 
op. cit., p. 30.'{ s(iq. Lart'gle de l'akliùiiie et celle do Sclienoudi interdisaient 
également la viande ; voir P. L\i>i:i/k, n/t. cit., p. 209, 32.'). ■< Le moine 
oriental, dit M. Zockler. à (|ueli|ue re^iion qu'il appartienne lE^ypte, l'alestine, 
Asie Mineure. Syrie, Mésopotamie), s'iiitordit d'irne maniôre absolue l'usage 
de viande >', Ashes'' nmi Monchlum, p. 234 ; cfr. ibid., p. 237. On comprend 
donc aisément que (i et S donnent une signification spéciale au fait simple- 
ment indiiiue par- S. .lôrùme. Si celui-ci dépendait de ceux-là, il n'erjt pas 



s. JÉUOMK ET LA VIK Dl' MOINE MALCHUS. ^45 

exéXe'jTSv [J-O', x'J'jiavTa — poTX'jvriTat, tt) v'jva'.xl a'jTov, Aeviov A'jTr, 
Ètt'.v Tj 0£t— o'.va 'Ju(ov (l). Kal "po; to'jto'.ç èo'.oxTxoar.v ô £'jA:r[j-V,; 
[j.ovayô; TO ly-i^'xy. r?,,; yjavoTTiTO; sxs'ivojv ~po; àç'iav àvTa-oooT'.v 

ToO cs'.Aaovjooj ao'j too-oj 7:cO'''jâAA£70a'.. — Caractéristi(|ue 

1 t I > I t kl 1 

aussi est la réponse de Malclius, d 'a[)rès (j (iôl), 7j et S 
(4o:2, 18), au maître qui veut lui faire é[ious('i' une esclave : 

àvT'.AÉvovTOc oi uioj Tj'Ci rj-\ 'ji. V â X to V £''l/.'. lonuui' ic lui 

disais cjne je suis tiioinc..., en l'egai'd du latin (n" 5) : cl 
cum ego ref'uturon diccranque nw cli ri s I ia u u m... 

D'autres [)assaiies encoie révèlent d'une manière non 
moins siuiiilicative la t(!ndance uénérale des auteuis iiive 
et syrien. Ainsi, à un moment donné, .Malehus seul dans 
le dései-t, donne libre cours à ses [xmisc'cs. (locpi inrcuni 
tucitus volvcre, lui tait dire S. .lércHiie (n ' 8 , cl iulcr iniilld, 
contubernii quoquc mondclioiiiin rciorduri uuixiuicijuc rul- 
tuui patris mc.i qui me erudicrui , tcuucruL pcrdidcnin/uc. Le 
ton de G (p. ii-2, -2-7) et de S p. ioi, 2'(-i:).'), (>; esl hien 
différent ; Texpression iulcf tuulhi... (pitxpic a disparu en 
laissant tout(^ la place aux. souvenirs du monastère, cl 

ceux-ci sont plus (h'Iailh'S : y'pçy.y.Y,-/ v/jj'j.v.-^'ly.: ~ry ;•/ 7(0 
|j.ova77Y,oùo £'.'oy;/',xy,v v.-y.-'dr'Y,'/ t'ov àoî/.'i'ov /.'/'. 70 -^OTf.j-ov 70'j 
âv'io'j 'J.ryj rzy.-zrjz t^Z'.y.rj-zi'lz'jhy.'., v.'j:. 7y,v vj'::-i:j:- ii'j / -j.j-.'/j v.-j:. 
'itLt'.'j.-i y.yv.T.t^i cv Xp',77(o -îv'. i\i.iy Tjo; -y:/-', -yj-o) £77:ojo7.'^3v y. y, 
'/<>)y.7hr,'/y.'. 'J.î y.~ 7.j70j, v.y, -£'/jo|/£'/oj oz '/oj hz'.y. y.-'j/.y.i.y'^^v. 77. 
'j.£/,Aov7y '}.fj'. l'rj.'yj.'.'iv:/ -\'jI').-j.'^- j'yj.-jj . 

A la tin du n' 8, après axoir rappelc' le travail de la 
l'ourmi, S. .Jérôme le compare axce la vie du moine d'mie 

omis, sans doute, de leprofluire ici les tenues île l'oii^inal, ])iiis((iH' lui-inêiue 
écrit : Si vis perfrrlns esie, boiinhi rst vhii'nt ,it,,i hiliere • l iay,u-,n non ,,un\- 
ducare (A((ve7Si(.i JoviniaiWin. I, 0. .Migm;. /'. /,., t WIII, fol. v!94). consoil 
qu'il donne encore dans sa lettre ;• L'-ieta {P. L., t. XX.11. col. S74). 

(1) Voir ci-dessus, p. 239, ce nui a et»'- dit des rajiports des moines avec les 
femnrKîs. Les arguments que nous lirons de^ deux passages se 'jonoborent 
l'un l'autre. 



^ïi l.i: MISKON. 

façon discrète et incsuiée. Au contraire, les rédacteurs 
ifrcc et syrien (i) (|ue cette comparaison a mis en verve, 
intercalent à cet endroit une longue paraphrase, très 
inattendue, sur les devoirs de la vie commune dans les 
monastères, ({ui interrompt net la narration et ainsi tra- 
hit assez clairement la main d'un remanieur. La pauvreté 
individuelle et la communauté des hiens, sur lesquelles 
nos traducteurs insistent j)articulièrement, tandis (jue 
S. Jérôme y fait à peine allusion, est un des thèmes les 
})lus familiei's aux écrivains ascétiques (2), depuis le 
grand législateur monastique, S. Basile (5). 

Nous signalerions encore, si ce n'était superflu, plu- 
sieurs textes de la fin du récit, (jui appartiennent à la 
même catégorie (|ue les passages déjà cités. Vai- exemple. 
Malchus et sa compagne ai)pellent la bénédiction divine 
sui' leui' [)rojet d'évasion (0 ; il dit seulement qu'ils flot- 
taient entre l'espérance et la crainte (n" 0), Par trois fois, 
les fugitifs rendent grâce à Dieu d'un bienfait (ju'ils en 
ont reçu ou de la disparition d'un danger (jui les mena- 
çait (.i) ; le latin (n° I I) n'a rien de pareil : le sentiment 
(pii s'y manifeste est, au contraire, la crainte du péril. 
Enfin, dans un éi)il()gue bien moins sobre que celui de 
H (n" 1^ /'''•), b'^ auteurs grec; et syrien reprennent et 
développent les considérations (pi'ils ont énoncées tout 



(1) G : p. 443,6-444,4 ; S : Sacuau, p. 107 a, 31-107 b, 18. 

(2) \'oir D. FiHSSK, op. cil., p. 154 ?qq. ; K. Marin, op. cit., p. 120 sqq., p. 127. 

(3) Regiilac brevius tractatae, 'Kp(ô-r,T'.; tts'. Vl yor^ ^'/y-^' '^- '-^'ov èv àôsXuo- 
tf,-:'.. P. G., t. XXXI, col. 1143 A. La léponse débute ainsi : Toûto Èvavrtov 
È7tI T'ii; £v •za'îî lloâçidi ■kzçA twv TCKTTî'jaâvTiov j^af-Tupiau, £v aï:; y-YP^tTCTar Kai 
o'joîî; -i Toiv û-oto/ovTcov a'JT(îJ ÈXsyîv ("îiov sTva'.. Voir encore los Constitiilione.f 
y.innasticae attribuées à S. Basile. P. G., t. XXXI, col. 1384 AB, 1423-1426. 

(4) G p. 444, 12-14 ; S, Sachai . p. 107 b, 27-31. 

(5) G p. 447, 6-7, 12-15, 17-20. S, Sachav, p. 108 b, 25, 33-109 a, 2 ; 109 a, 4-8. 



s. .IKUOME KT I.A Ml, 1)1 MOINK MM.CIllS. i i.") 

au début sui* la nécossitô pour les moines de l'oltcissance 
j)arfaite ciivci's louis siqx'i'icui-s (i). 

Personne n'iiinore (jne S. J(''ronie. au comineneenient 
(le sa carrière, se retira dans le désert de (llialeis poui- y 
vivre de la vie éréiniti(|ue et s'adonner aux [dus teri'ibles 
austérités. Plus tard, et jus(jn"à sa mort, il iiouverna le 
nionastèro de Betldélieni, (|u"il avait fondé avec S'"' l^nile ; 
et c'est même pendant cette période de sa vie (ju'il livra 
l'histoii'e de .Malchus à la |)ul)licité. On compte parmi ses 
(cuvres une traduction latine des rèiiles de l*akli(nne, et 
« une série de lettres (pii ont [)our but d'eneouraiier et 
d'instruire dans la vie ascéti(|ue » (;2). S'il écrivit (juebpies 
Vies de saints, ce l'ut uni(juement pour i>loi'ilier l'ascétisme 
dans la personne de moines célèbres de son temps. Au 
sujet des Vies de S. Paul l'ermite et de S. Ililarion, on ne 
pouri-ait contester que « son imaiiination lui a fourni des 
couleurs sur les({uelles son héros se (b'taclu' fortement 
et se ti'ouve poéti(|uement i>i'andi » (."). Kst-il concevabb^ 
(|u'avee de telles inclinations, le saint Docteur ait effacé, 
de pro[)os délibéi'é, un si grand n()ml)re de traits tout à 
la louange du moine syrien ou destinés à mettre en 
lumièi'e les vertus et les obligations [i] monasti(jues ? 

(1) G p. 448, 19-449, 7 ; S, Sachai , p. 109 a, 30-109 b, 7. 

(2) Bardk.nhewkk, Patrologic, 1894, p. 43(î. Four plus de détails, voir 
0. Z0CIS.1.KK, Hiero)ri/mus, Gotlia, 1865, passirn e( surtout le chap. V de la 
2*^ paitie, Hierouymus ah Askel uiid prakfisclier Thcologe. 

(3) Ano.lecta Bollandiana, t. XIV (1895), p. 121 (à piopos de la Vie 
d'Hilarion). 

(4) D'au're paît, on coni;oit aisément que les liagiograpbesgrec et syrien 
aient insisté sur l'obligation de la pauvreté, de la clia.'^tefé et de l'obéissance 
chez les moines. RUe était, dés les premiers siècles, à la base des institutions 
cénobiti(|ues de l'Oiieiit. Voir D. Bkpsk, op. cit., cliap. VII, VIII et IX ; 
E. Marin, 0/». et/'., livre II, cli. IV et V ; P. Ladkuzk, op. cit., p. 282-285, 
315-316. De la prédilection du iraducteur pour les considérations de ce genre, 
on i)eut conclure, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il appartenait lui- 
même au monacliisme. 



:2i() Li: MisKON. 

L'examen de ({uelques siiiiiulai'ités qui se rencontrent 
clans les lecensions greeque et syriaciue, achèvei'a notre 
(lémonsti'ation. Çà et là, en etïet, (i et S oflVent des défauts 
de composition, des expressions hi/arres ou même des pas- 
sages j)eu intelligibles, dont la |)résence se comprend de 
la manière la plus claire, (juand on les rapi)roche du textes 
latin. Tantôt les ti'aducteurs se trahissent par (juehpie 
inco!)sé((uence ; tantôt, des deux sens que peut avoir un 
terme latin un peu ambigu, ils choisissent celui (jui s'har- 
monise le moins avec le contexte ; tantôt même, ils 
tomhent dans l'ei-reur la plus complète ; et toujours, le 
latin vient à [)ropos pour ex])li(pier leurs défaillances, 
étudions les particularités les i)lus frappantes à cet égard. 

Le récit de la Vie de Malehus débute ])ar cpichpies mots 
sur ses |)reniières années. 'E-^-f'.) $vevv7/j7,v h -M.yxr, lv'o<j.hr 
ïe[icv{a, lit-on dans le ms. Vatic. I()()0 (i). Le nom pro|>re 
est 'ErJi'xz^Ày. dans le l^drisuuis 1()(K) (->), rtliaiiiiaM dans tous 
les exemplaii'es de la recension syriaque (r,). M les inscrip- 
tions, ni les lexicjues, ni les auteurs qui, comme Ham- 
say (i), ont étudié la géographie histori(|ue de l'Asie 
Mineui'c, ne font mention, à notre coimaissanee, d'une 
localité (|ui portei'ait l'un de ces noms, ou un autre s'en 
rap})rochant tant soit peu. G et S seraient-ils les seuls 
documents (|ui nous en a()prennent l'existence ? Il est 
évident que la chose est pai-faitement possible en soi, 
comme il est également vrai (jue la géographie historique 
de l'Asie Mineure est encore peu connue. Mais le texte 

(1) Voir p. 434, apparat critique. 

(2) Ibid. 

(3) C'est-à-dire le rr.s. de Berlin Sachau 302 (Sachau, op. cit., p. 106 a, 3), 
le Paris, syr. 317 (Bkdjan, Acia marti/rum. p. 237), les inss. du British 
Muséum 12174 [ibid.) et 12175. 

(4) The historical geog^aphti of Asia Minor, Londres, 1890. 



s. .IKKOMi: KT LA Vli: 1)1 MOIMC MM.CIIIS, 'lï~ 

latin (n" '2) apporte une solution plus natuiclle ot plus 
plausible. Si les nianuseiits (jui le contiennent offrent à 
cet endroit un lirand nomhi'e de variantes, toutes se 
ramènent facilement à la leçon AV/o, miju'il , mi ikiIc, 
yisihcni (K/cUi colon us, adoptée par tous les éditeurs (i). 
Il n'est donc pas douteux, nous semhle-t-il, (|ue llc'jsvia et 
'Eo-'-^isv'ia (source de 'K'y.'j.vÀx) sont des formes écourtées (-2) 
de N'.7'.|îJev'!a, (jue nous croyons être le nom grec primi- 
tif (5). Los copistes l'auiont involontairement raccourci, 
à cause de la similitude de la première syllabe avec la 

(1) Plusifîurs copistes n'ont fait qu'estropier plus ou moins le nom proprp. 
On trouve ainsi à la bibliothèiiue roj'ale de Bruxelles (= B), dans le nis. 8216, 
de l'année 810, nisiuelli \ ms. 8623, XIP s., muzibeni ; ms. 9398, XII'' s., 
7tisili ; à la bibliothèque nationale de Paris, fonds latin (= P), dans le ms. 
5324, X" s., }iish(im (n in b corr. m'^) ; ms. 12596, XI" s., nisiueni ; mss. 11748, 
X*s., et 3784, XP s., nisibini ; ms. N. A. 2261, XIP s., nijlbini (piim. i supra 
lin. m' ? ; mi nutc om) ; ms. 2669, XIIP s., nisiben. D'autres, arrêtes par ce nom 
inconnu, lui ont fait subir des inotamorplioses parfois bien singulières, en 
séparant les quatre syllabes dont il est composé. Ainsi : B 7462, XIIP s., mi 
nate nisibeni] matheni sybeni ; B IL 1181, XIP s , ego, inguit, mi nate, 
nisibeni | ego fjuidcin nisi boni ; P. N. A. 2178, XPs., nisibeni agelli ] nisibe 
nigelli ; P 5314, XII<= s., nisi bini ; I* 12597, XIP s., mi nate nisibeni agellt | 
in athenis benc ; B 565, XIV s., £"1^0, ait, i)i atJienis ibi in affello culonis ; B 582, 
XIII" s., in athenis ivi in agello ; B 4815, XII* s., in athenis ib eni agello. 
Quelques manuscrits modernes portent, à la place de nisibeni, une leçon toute 
différente, qui est évidemment une conjecture faite d'apiès les premiers mots 
du récit Marouin trigiuta ferme millibcs etc. : P 2968, an. 1439, maronian ; 
P 1795, XV« s., maroniani ; P 5597, XV" s., ma»'om«<<' (ex ponctué) ; P 5578, 
XV<^ s., maroniaci ; P 8429 A. XV« s., maroniati. B 7797, XIII« s., et P 17632, 
XV*" s., ont esquivé la difficulté en omettant ce mot embarrassant. Seuls, les 
mss. suivants ont conservé la forme correcte ou à peu près -. B 638, XI V" s., et P 
1878. XIII« s., ni:ibeni ; P 5386, XIIP s., et P 17623, XIII" s., nisibeni. Voir 
encore, avec d'autres variantes, les remarques de Koswkydk, Vitae Patrum, 
Anvers 1615, p. 97 ; Acta SS., Octobr. t. IX, p. 67 K : P. L., t. XXIIÏ, col. 54, 
note f. 

(2) Et dont l'i initial s'est affaibli en z, car la chute de vi et celle de -/(pour le 
copiste qui a lu Xeyou-Évtjv) amènent les formes y^ipv/lix, 'Ijt^iEvîa. Voir K. Dik- 
TERICH, Uiitersuehungen zur Geschichte der griechischen Sprache, Leipzig, 
1898, pp. 11 sqq., 272 sq. 

(3) On n'oubliera pas que la tradition manuscrite se réduit ici au Vatic. 
1660 et au Paris. 1605 ; ni l'un ni l'autre ne manquent de fautes de tous genres, 
et spécialement d'omissions. 



HÏH I.K MISKON. 

syll;il)(' fiiiîilo de AEyoy.ïv/,. (|ui pi'c'ccdc immédiatement. 
Dès lors, rcrrcur du tiaductciir es! visij)l(' : il a pris 
l'adjcctir A/s/Ar/// (tour un suhstantil, et la simplement 
transcrit en earaelères i-rees (i). 

P. ir),^, II, on lit : 3.y.'y.0ov... uovaTTY.p'.ov £'!va',, xa-. -apio^à- 

l'j.ivrj. -y.rj a'jTO'.ç xarà ty,v ôvOcOv èxî'!v(.)v — oA'.TE'iav à-'(ov',!!^0'j.£- 

vo;... l'hi syria(|ne : /"a/);)//.\ ^//e... il ij avait ini niaiiasti'iv 
i/iii ctiiil (liDis la lidiKiiùHilc, cl j'ahamloiniai 1rs projets 
aiilciicui-s cl j'allai là, cl je les siipjtliai cl je )-estai près 
deux — eonihallaiil selon leur p)(ili(pie (Hri)ie... (Sachaii, 
IO(i a, 'l'I). Le Icetenresl (|uel(pie peu end)arrassé par ces 
pronoms y.j-ry.;, ixs'!/(.)v, ^ a-inf, ^ ocw, ^^^vjcn, (|ni n'ont 
pas (rantéeédeni, à moins de deviner connne Sii'ieto « ad 
cos monaclios itrolectns, apnd illos mansi... » (-2). Le 
Icxie lai in poric : l'cpcrlis laoïaiehis, eoiion aie laaf/isleiio 
Iradidi. Tandis (jn'ils développent cet ahlatil' absolu, les 
tradnetenrs substituent le ternie a monastère » à celui de 
(i moines ». mais ils ouhlient de l'air(> dans ce qui suit 
les retonelu's (pie reipu'rait le pirmier remaniement. 

An n" i du latin, on remarcpu' avec sui'prise ral)sence 
diin trait assez, curieux, soigneusement not('' par S, p. i,")!, 
|-2 et par (1, p. ÏTû , 18 : 'V.'xt to-vjv xy.l <x\y.y yjvaCxa Xa'iiov svç èl 

7.jT(.)v i-î'i'. jy.TcV 'f'j.y.z î'.'; u'iav xà'j(.Y.Aov, xal dc'JTaTO) ocO'jko o'.à T/.ç 

Il 'i ■ ■ i i ' ' - 1)11 " 

■j.^jtzyj.^ zvf/x^jj 7:opî'joy.;v<.)v y,y.(')v, 'j;o jy/Jîvtî; uV, -i-ywjLev àrro ty,; 
x7!j.Y,/.o'j fyy.'-y.y.^hr^'xz'/ -zy.-).iy.zThy.'. à/,AY',AO',;, xal où toOto aôvov 
-po; z'.TyJvY.v ty,; à-3'.OoO; ;jloj --/(ouy,; crjvi^jY, ijlO'. lllC mesure 

(1) Ceci n'expliiiiie la le^on syi-ia(|iie, que si l'on admet que S est une tra- 
duction de (1. Voir ci-dossous, p. S,")?. — Le a do NiJt'isvta ne proviendrait-il 
l>;is de ce ijuw le tiaductoni' a lu MSIBENIA GKLLI l On coniprcmlrait ainsi 
'|iie (if/cUi n'a pas d'(^(|uival(>nf d.UK- io^n-ecol le .<yna(pie :r/t'/// étant ininteili- 
nMe ou bien le lra<lui'tenr ne connaist^ant pas le sens d'at/elh, xcôpiT) était 
une (.■onjecture lat-ile a faire. 

(-') Voir ci-dessus, j). 427, en note. 



s. .IKIIOME KT l,A VII, 1)1 MOINE MALCIIUS. ^249 

(le |)i'(M'jmti()n aussi condainniiltle ôtait-cllo bien nécessaire 
pour empêcher toute cliiite ? Il fallait plutôt et il sujïisait 
(jiie cette étreinte portât sur ranimai ({ui servait de 
véhicule aux voyaiicurs. De la lectui'e du texte latin (n" 4) : 
(inu (illcrd iNiiUcrciild i)i intiiis licii scrvilutetn sortitus 
roiio. I)ii(it)iiir, iinnio portiunur sublimes in ((nuclis ; et per 
vdsfmn crcnuim si'tnjn'r ruinain timentcs, Imeremus pot'ms 
(ju(un si'dciuus, il ressoit que c'est, en effet, du chameau 
(ju'a voulu parler S. Jérôme, mais la concision de la 
j)hrase et l'ambiguïté de Imcromis ont induit les ti'uduc- 
teurs en erreur. Naturellement, cette méprise les a con- 
traint de l'aire monter Malchus et sa compagne sur un 
seul chameau, alors que le latin emploie le pluriel (i). 
Le texte grec qu'on vient de lire, se continue comme 

suit, I). ir)8, i : àAlà X7.1 ciave-Tv Èowxàv uol xpia xal xy.u.-f).t'.o^ 
È-'.vov *'7.)>a, xal y-.z-^i^^-y.y.^ |j.£ s'.'ç ty.v ^xr^ry aùxoO sxiXs'JTev ao. 

xJ'LavTa -po7xjv?,a-a'. -r, yjva-.xl ajToO. Et l'auteur syriaque, 
]). iol, 17, s'exprime de la même fa(,'on. Quel est le sujet 
d'à-svr.'xa; et d'ixiAsjTsv ? Quel est l'antécédent dy.ùxoj ? Si 
le lecteur devine que c'est s^; s; aÙTwv placé cinq lignes 
plus haut dans G et S, il estimera que le sujet et le verbe, 
le pronom et l'antécécent sont bien loin l'un de l'autre. 
Ce défaut s'expli(|ue par le latin (n" 4) : pcrveubnus ad in- 
terioreni solitïiduwni, uhi dominam liherosqite adorare jnssi 
cerrices flccthuus. En remplaçant pcrvenimus et jussi par 
des verbes transitifs, les traducteurs ont oublié de pour- 
voir ceux-ci d'un sujet. 

IMus décisif encore est ce passage (p. 458, '20) oii G cite 
l'Ecriture : M£ijiv/-,[j.£voç os toO ATioarxôAou )iYovToç ôx'. ol oiv-ixoLi 
ToCç ''o'io'.; x'jpio'.ç t'V,v £'jvo!.av '^'jAiTTexc, où p.ôvov xor? àya9o'.ç, à/,),à 

(1) Au lestP, ce contresens servait très bien la tendance habituelle de G et S. 
Voir ci-dessus, p. 242. 



■A'j.'. ToC; 7/.oA',oC;... (- S, p. \\^^^ 10). Oii nous aimoiH'O une 
(•it;iti()H (le r;i|)ôli'(' S. V\\\\\ (toO A-ottoaoj) (i), et voici 
(lii'oii rcpiodiiil |H('S(|ii(' (cxtucllcnKMit les parolos do 
S. Plci'l'C : ()'. o'.V.ira'. j-OTaTTO'/cvo'. iv --/vt*. '■^o^'j';) to'.; 0£7—Ôt7'.ç, 
oj '/ovov 70'!; '/"'//Jo'!; xai î-'.c'./iT'.v à).). à xal toCç i/JjK'/jI:. (j I^ClVl, 
II. I<S ! jji latin, il v a : sciclxiin ciiini .\\H)sl()lnin j)i-ii('cc- 
pissc fliinunis sic (judsi lU'o jidrl'ilcr scrvivndinn. A ce texte 
lihi'ciiieiil cité de rt'pitre aux Kphésieiis (VI, .')-7), (i et S 
(»iil siihstitiié de mémoire un passade aiialoiiiie de la pre- 
mière ('pitre de S. Pierre (-2), mais iiic()iisé(pients avec 
eux-mêmes, ils ont liardt' le terme aposlolutn de II. 

Pendant (pie .Malcluis pleure la perte |)r()chairu' de la 
vei'tn à hupielle il s'(''tait voué, il prononce (jnelcpies 
jKiroles, dont I une est Itien ohscure, pour ne [)as dire 
incoln'i'erite, eu iirec et en svria(pie. (i, p. Wl), W) : T-! 
t:o',/,7c'.;, '\y/i, : ArrdjAO'j" c'.' "ào iv'//.Y,7a; o'.à ty,; 'j-oij-Ovy,;, ty.v 
'/i'-}'J. TO'j k^tryj f'.ç y:/7'./:r/l:'/ àvay.£'!va; àv ît/c;, y, ttoA'.oox.s'.tOx'. 






'jL3/./,£'.; UTTO TY,; 7ua:.T',a;, ttCcOov xara to'j 7(.)U7To; to'j ty,v |ji.a- 
ya.v/v. S, p. irir», 7 : 0//C l'cras-nt, i'inw perdue'/ (lar si lu 
(irais raiiicti pur la pdlieiice dans la (jràcc de Dieu tu (turuis 
pu (iHendre le secours, ou hieu \si\ nuii)ileu(i)tl lu dois sou- 
leuir le sicip' du péeln\ tourue le (/luire couhe ton corps. 
Les copistes irrecs ont chacun tente, sans i>rand succès 
d'ailleurs, de coi'i'iiicr ce passai^e. et le Ihuisinus Kitlo a 
nu'me |»oussé l'ai'hitraii'e jus(|u'à le translbrmer complè- 
tement. Le latin, pourtant, est des |)lus clairs: Quid 

(1) iMnjjloyé dans le sons d'apotre du ("lirist. iTrdatoXo; accompagné de 
l'arlicle désigne toujduis ^ap(^t^e S. Paul. CiV. E. A Sophoci.ks, Greek Lexi- 
con of thr roDin)! a>ul byzantine periods, 188S, s. v. 

(2) Fail bien significatif aussi, leur citation est mêlée de deux mots qui se 
retrouvent dans lo passage ite S. Paul au<|uel le lalin fait allusion. Ce passage, 
on elTel. est conçu commesuit : 0'. oojÀo'.. jrot/.ojîxî toT; /.izi liry/.ix -/.uptot;.... 
\ii-.' l'j'i'i'Ti:, ^o'jXiJovT;; (Kph. \'I, 5, 7). Il sciait ditliiilo d'expli(|uer ce 
mélange auUeinentque par l'influence du latin sur les deux irailuctions. 



s. .IFUOMI, Kl I.A vu: 1)1 MOI.NK MAUIIIS. ^251 

(K/iinus, (uiinid ? pcrinms, (ui rincinius ? K.ipcctaitius ma- 
)iu)ii Domini, <ni pvoprio inucrone confodh^mv ? \ crte in te 
(/Iddimn (n" (')). Los traducteurs, iiinorants ou distraits, 
ont pris (iii pour àv, d'où la construction conditionnelle 
cl l'obscurité de leur phrase. 

(Combien bizarre aussi est l'c^xpression de (i, p. i4(), 5 : 
â'/r, T 7(.)'ioo7Jw, 70 'jiaoTJo'.ov y.j-r< t:ty or, 'j.ivov, et de S, 1). it>5, 
1:2 : (fil' il soil coïiscrrr à loi le fémoifpuKje de la chasteté. Le 
paiticijjc devrait s'accorder avec a-w^poTJvY, plutôt ({u'avec 
;j.apT'jp'.ov, coiUMic dans le latin liidiet et serrata puduiliu 
siiiDii indrtijrimn (n" (i). Les (raducteurs ont lu habet el 
serrai (n. 

Plus loin, dc'crivant l'activilé des touianis, (i débute 

ainsi, p. ii:2, <S : ôzù) y,'jo;r/,x(.)v -jifoXsov y.yX to'Jt(.)v 7:).y,0o; O'.aciô- 
ow; u.cTà -o/jSf^z 7-o'Jo?,ç iz-'yZ6<j.v^''y/ . xai. o'.à TO'.a'JTY,; ttevy,; Ôoo'j 
-àvTxç c'.'T'.ovTa; xa', sç'.ovTa; /.ai. uy, £u-oo^ovTa; 7Xay,Xo'j;. Le 

texte syriacjue, p. i,V), 7, est coinpiètenient d'accord avec 
la recension lirectpie. Lt pourtant. ro-.aJTY,; ne laisse ])as (jue 
d'être assez enc()m])rant, car il n'a ni correspondant ni 
consé(pience dans ce j)assaiie. Le latin in' <S) n'otVre aucune 
(litïicult('' de ce ii'enre. Aspicio fonnicariini (/re(/e)n angusio 

calle l'errere i)i lanto (if/ntiue eyrediens non ohstahat 

iniranli. (i et S, (jue préoccupe la réunion de ces deux 
traits (-2), assez éloiiiués l'un de l'autre en latin, ont fondu 
anijusli) calle et tanlo agmine, sans reinar((uer que si le 
corrélatif s'explicjuait dans H par le tableau qui précède, 
il ne venait plus à propos, une fois transporté au début 
de la descrij)tion. 

Lors(ju< Malchus raconte à son auditeur comment il 

(1) Ils ont, il nst vrai, conservé la forme du participe. S'il n'y a pas coïnci- 
dence, on l'oniiait encore admettre <ni'ils ont confondu sn'rata ot servattim. 

(2) Voir plus haut, p. 236. 



25:2 I.K MISKON. 

faillit retoiTil)er, avec sa compaiine, aux mains des Sarra- 
sins (|ni s'apoirevanl de leur dispai-ition, s'étaient lancés 
sur leurs traces, (i et S lui font dire ([u'ils découvriient 

l)()Ur ref'uiiC une urotte èv (o -àvra Ta b-£T7. xal hr.ciy. T(.)v -6- 
-(ov £Xc{v(ov, à^-'ioE; xal ày.ova'. xal O'^su xal TVJjZ—iry, o'.à ty.v toO 

T.XiO'J OspiJLÔTY.Ta TUV7,yOVTO. 'rp£|JLOVT£; O'JV £',V/,)JjOiJ.£V £'.'; a'JTÔ.. (l). 

Ils pénètrent donc dans cet antre, infesté des animaux 
les plus venimeux. I^uis, chose curieuse, il n'est plus 
(juestion de ces terribles bétes : ce n'est pas la morsure 
d'une vipère ou d'un aspic, c'est la lirilfe d'une lionne 
qui débarrasse les fugitifs de leurs poursuivants, impru- 
demment entrés après eux dans la caverne. Est-il croyable 
que des animaux d'espèces aussi ditférentes puissent vivre 
côte à côte ? Après le départ de la lionne et de ses petits, 
les fugitifs, (jui craignent leui' retour, seraient-ils demeu- 
rés une journée entière dans la grotte, malgré la [)résence 
de tous ces reptiles dont nous parlent G et S ? Poui'(pi()i, 
du moins, cette ci'uelle alternative n'est-elle [)as in<li(|ué(» 
])ar nos textes, si attentifs toujours à déci'ire les angoisses 
de leurs personnages ? Cette contradiction s'explique en 
présence du latin (n" 10) : ùjitur timcutcs vvncuata aniinaliu 
{nain soient ripcrnc, rcifuli et scorpioncs, ciwtcruqnc Inijus- 
ccmodi (crvorcm solis dedinantiu utnhras pctcrc) intrnrimus 
(juiiletn spclnncam. La crainte ex|)rimée dans H est pure- 
ment subjective, comme on le voit par le contexte ; les 
fugitifs redoutent (ju'il n'y ait des animaux venimeux. 
Mais l'équivocjue du verbes timerc, et la brièveté du latin 
ont donné aux traducteurs l'occasion de connnettre un 
nouveau contresens. 

Enfm, dans G et S, les aventures (l(>s deux i)ei'S()nnages 

(1) G p. 445, 18-446, 2 ; S, Sachau, p. 108 a, 27 30. 



s. .lÉHOMli KT LA VIK 1)1 MOINK MAI.CHUS. ^o5 

se teriiiiiK'rU par le retour de Malelius dans son eoiivent 
et l'entrée de sa eoui'ageuse eoinpaij;ne dans un monastère 
de vierges. Ilpô oe ty,; ê-avôooy Y.tjiwv ■7'jvÉJ'JT, tÔv àyr.ov à{3[iiàv 
■/^[ji.wv xo!,jjLY|Or,va'.' Ta'JTY,v O'jv w; T'jvepyov xal t'JjjlJjO'jAov àyaOtov 
-pâçswv revoij-ivriv ao'. £','; [jLOvaTTY,ci,ov Tzap^livwv oiowxa, xàyô) st.'; 
t6 [jLovaar/îp'.ov -po; TO'j; -vc'juiaT'.xo'Jç [j.O'j àosA'^oJ;... i-y.yr}Jiov , 
— àvTa Ta 3"j|Ji,3âvTa [ji,0'. rr, 7.oeAci6TY,T!. e^ayopS'jTa;. . . (ij. On se 

demande (jiielle relation peut exister entre ry^^ (AjlActi 
dans S) et la phrase qui [)réeède, phrase que rien d'ail- 
leurs ne lie au eontexte. Fait surprenant, le début de G 
(n" 1) et de S, où l'écrivain nous apprend dans quelles 
circonstances il alla visitei* le moine Malchus à Maronia, 
ne dit mot de cette communauté dans laquelle, d apiès 
ces deux rédactions, Malchus est rentré d'une manièi'e 
définitive sans doute. De plus, si à Maronia, Malchus 
liahite le monastère où il passa ses premières années de 
vie religieuse, se servirait-il pour le désigner de termes 

comme ceux-ci : SjjiaOov s-.'; r>,v ;jls70v \7."ax'!oo; xal Ikpola; zvr,- 
aov uovaTTT.p'.ov s-z/a-., xv.l... ir/r^Jj^jy i'/.z^.... ? 1-2). MieUX encore, 

pour celui (jni ne lait (jue compaier les renseignements 
fournis })ar (i et S, il est impossible (jue le monastère où 
sei'ait piétendùment retourné notre moine soit situé à 
.Maronia, car ce village est à trente milles d'Antioche (5), 
tandis que le couvent où s'écoula la jeunesse de Malchus 
<'st placé par (i et S (ij entre Chalcis et Bénea (.;), c'est-à- 



(1) G p. 448, 15-20 ; S, Sachai-, p. 109 a, 25-30. 

(2) G p. 435, 11-13 ; S. Sachai', |). 106 a, 22-24. 
(.3) G p. 434, 3 ; S, Sachau, p. 105 b, 1. 

(4) Dans le passage que nous venons de citer. 

(5) A en croire G et S, ce couvent devait être très peu éloigné de Bérœa, car 
ils font dire à Malchus au sujet <le son départ de cette maison : TajTa oiv 

Ô'-joù àT:T,j,-^dij.T,v (var. à7:£f-/o|jLêvo;j. G p. 437, 8 ; S p. 450, 8-451, 1. 



:2o4 l.E MLSÉON. 

dire à une distance double de la capitale de la Syrie (i). 
Poui' hai'tnoniser des données aussi disparates, on })eut 
recourir, il est vrai, à une explication désespérée : Mal- 
chus aurait (juitté une seconde t'ois ses frèies et le récit 
ne ferait aucune allusion à cette période de sa vie. Mais, 
franchenrient, un personnage d'humeur aussi instable ne 
méritait pas les honneurs d'une biographie. A la lecture 
du latin : El quia j a m ahhas ille Dieus dormicrat in Domi- 
no, ad haec delatus lova me tno)iacliis rcddo, liane trudo 
virginihus, dilùjens eam ut sororem, non Uunen ei me 
credens ut sorori, (jui n'admettra plutôt que cette expres- 
sion recherchée a été mal comprise par les traducteurs, 
comme elle le fut plus tard pai' Baillet et les Centuiia- 
teurs de Magdebourg (2j ? 



(1) Voir les calculs du F^. De Buck dans les Acfci Sancloriin} , Octobiis 
t. IX, p. 62 C et (33 A. Kn se basant sur les imlications du lai in pcrveni tatidem 
ad eremum Ckalcidus qnae inter Lnmayn cl lieroam )na<iis ad austruni situ 
est (il" 2), le P. De Buck démontie ibid., p. 63 A, que le luonastèrc! où habita 
Malclius ne pouvait pas (Mre situé à Maioni.i, puisque ces donnéts le placent 
à 40 ou 45 milles ii'Aniioclie. G et S le placent plus loin encore, car ils ont 
écrit Clialcis pour Iinina : iaaOov ît; ttjv u-etov XaXy.i'îo; xai lhoo;x; £pT,;j.ov 
aovaffT-Qp'.ov ôT/ai, et si Iiniua est ilisiant d'Amioclie de 33 milles, Chalcis est 
£1 20 milles d'Imma à peu près dans la mémo direction (cf. Acla 6X, t. c , 
p. 62 C). 

(2) Cl'r. Acla SS., Gclobr. t. IX, p. 69 E. Les Centuriateurs, paraphrasant 
la Vie latine, écrivent à ce sujet : « Ad posiremum autem sic ereplum mira- 
culose, in monasterium ex quo prius exierat, rediisse : in eoque reliquae 
vitae spacium, uxore virgine, in eo quidem quod cum illa inierat matrinionio, 
nuilierum contubernio tradita, solitarium exegisse. Haec in vita Malchi 
monachi Hieronymus •■ Centuria IV, Basileae, 15G2, col. 1304. La même 
erreur a été commise par M. Zocklkk, Hierofii/mus, p. 178, et par M. Ghiitz- 
.MACHKR, Hieronymus, p. 1."î6. Pouitant, le sens de la phrase latine est bien 
clair. Quoiqu'ils habitent tous deux sous le métne soit, veut dire S. Jérùme, 
Malclius mène la vie d'un moine et sa compagne celle d'une vierge. L'inci- 
dente quiajam abbas..., les verbes reddo et Irado au présent, les mots dili- 

gens eam le portrait des deux vieillards tracé au début du récit, tout 

cela rend toute autre interi)retation inadmissible. — 11 convient aussi de 
remarquer que la manière dont G et S ont traduit ce passage, est en corréla- 
tion avec la suppression, au début du récit, du détail relatif à la vieille femme 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 



2o5 



Avant de terminer cette longue et fastidieuse comparai- 
son entre les diverses recensions de la Vie de Malchus, 
qu'il nous soit permis de signaler un passage de Virgile, 
auquel elles paraissent être toutes trois assez intimement 
apparentées. 11 y a longtemps que Luebeck (i) a mis en 
lumière les points de contact qui existent entre la des- 
cription d'une fourmilière qui se lit dans H au n" 8, et 
les vers 402 à 407 du IV* livre de l'Enéide. Il y a réminis- 
cence, emprunt de mémoire, non emprunt direct, mais la 
réminiscence est i-emarquable, car outi'e la similitude de 
la construction, certaines expressions de Virgile ont passé 
textuellement dans le latin de S. Jérôme (2). Il nous 
semble (|ue le même rapprochement peut se faire avec 
G et S : 



Hn°8. 

aspicio formicarum gre- 
gem angusto calle fer- 
vere, l'erré oiiera majo- 
ra cjuam corpora. Aliae 
herbarum quaedem se- 
mina foi'cipe oris tra- 



Enéide, IV, 402. 



G p. 442, 8. 



ac velut ingentem for- ôpùi (jLupijLTÎxwv cpwXeiv 

micae farris acervum xal -coûtwv ttXtjôo; ôtatpd- 

I cum populant lliemis ooj; ixe-zà -koIXt^i; aizou- 

memores tectoque re- otj; ÈpYa!^dij.cvov, xal ôtà 

ponunt : I ut nigrum -roiaûxT^ç dxevTJ; ô^îo-j Ttâv- 

campis agrnen prae- ta; elatdvTa; xal èiidvxa; 



f|ui liabitait dans la demeure de Malchus, et avec cette addition des traducteurs 
au II" IX : a'jxïj.-- TrapsxâÀci TTapaÀapelv xal a'jTr,v xal 'îo'jvai ei; aovajXT^piov 
(p. 444, 10). C'est un procédé spécial à G et S que le groupement des traits 
similaires (cf. plus haut, p. 234-236) et la mise en œuvre d'un même détail en 
plusieurs endroits du récit (comparer par ex. p. 434, 15-17 à p. 448, 20 — 
449, 1 ; p. 447, 4-5 à p. 448, 2 ; p. 445, 11 à p. 446, 13). 

(1) Hierorymus quos noverit scriptorcs et ex quitus hauserit, Leipzig, 
1872, p. 183. 

(2) Inutile de rappeler la vision dans laquelle le Souverain Juge interdit à 
.Jérôme la lecture des auteurs païens. Voir aussi Zôcki.kr, Hieronymus, p. 
45 sqq., 325 sqq. Quant a Virgile en particulier, citons les paroles de Luebeck, 
qui a réuni tous les emprunts faits par S. Jérôme aux écrivains profanes : 
« Nullum autetn e poetis Romanorum omnibus Vergilio accuratius novit (Hie- 
ronymus), cuius carmina iam illo tempore quo grammaticis studiis operam 
navavit insigni studio pertractabat et partem memoria videtur tenuisse •• 
Op. cit., p. 5. Cfr, ibid., p. 4 sqq. 



-2.)() 



I.K MISl^lON. 



Iieb;iiit. aliae e^'erebaiit (laini|U(> |k>i- lirrhas | 

liiiiiiiiiii (If l'oNcis ot coiivectant i-,\\\o aii- 

aquariiiu ineatus a^î^^e- giisto. pai-.s ^n-aiidia 

riliiLs (■xctludeliant. Illae triifluiit | nbnixae fiii- 

vciiUirai' lin'iiiis iiiPinn- monta uiix-ris, [nxis 

res, ne madcfacla lui- afi;iiiiiia cofTimt | casti- 

niu< in lidljaiii lion-ca gaiitiiuo inoi-is. opere 

vcrliTct. illata Neiniiia (Hiinis soinila IVrvet. 

|ii'a('ciil('l/aiit. liae Indu 

ccU'Iifi cni'pora di'l'un- 

c.\:i depoi-taliaiit. Quod- 

(pic inafîis iiiii'uiiiest.iii 

laiitci a,i,niiiiio c^rc,. (|i(>n.s 

non oljstalial intiMiiti ; 

(|Uin pdiitis si (piain \ i- 

dissent >ul) lasce et 

(moi I' ooncidisso, suj)- 

pdsitis huiiioi-iis adjii\a- 

haiil. 



■/.'À'. •J.'r, S'J— oot^IovTa; 7.}.- 
1 i'jjjjt. (>• y.iv -'ào aÔToJv 
■jT.iyy'i-'j. 7TÇ.Ô; tTjV '/y\i.i- 
y.'i-i Tj'wi l'j'iy/.ff ~yj- 
■^r,/ E/.o'/'.Iov, à/,/.o'. i/,/.at 
TV/à "TO'.ajta aîi^ova twv 
O'./.ïifov noiJ.izio'i '^ooTia 
î/.oy.'.^ov. à'/,/,o'. Tol; y.îTà 
xaij.iTOj ■z.iyyj-jvi t~i\j:j- 
•i'j;-iz ïij-'yj:i'j-'j-'Mvi-:i- 
t'jiTZ'i'Ç'j'i, à/./.fji -ryj- ttÀt,- 
YîvTa; oop'jwOOO'jvTE^ £•.; 

"ôv ■Z,h)'/.tVJ î'.Jî'J.îOOV, ÉtE- 

00'. oÈ ivooOî-/ -ri à— otîOÉv- 
~7. tj~i.'»-/ ly.y.rjtj.'Zfj'izt:; 

Àî— TOTOtTO'.; OOO'JJ'. 'j'.iv.'j- 

—irj-t <).r—.i)):, ~t\> ytvj.û)'/'. 

//'/r,/ |j.E~a'j/.ï,6E'/Ta ).i;j.(p 
ToJTO'j; o'.a-^Oa'yT,'/a'. -o'.- 
ï,7r|, àÀ/,0[ vT,v xoy.illo'/TE; 
'/'.:'. "rà; /E'.'j.E-y'.và; Te^jv 
'joâT(i)/ È'jooo'j; Tài; e-to- 
oo'j; "/,: odj/.i'a; ajTiî)'/ 
— E0'.E'i'>a77'// à7-a).t;):. 



I',sl-il (rovîiltic (|U(' les liaii;i()iira|)lu's lircc et syiicn 
aiciil coiinii rKiicidc, nous ne disons pas [xmr la trans- 
crire, mais an poini d'en (''Ire ini|tr('iin('s ? I.(; l'ait serait 
uni(|ne dans l'Iiistoire littéraire. Il y a plus. (Certaines 
expressions employées par S. .lér(Mne sont nettement 
viriiiliennes. Or, elles sont non pas su|»|)rimées — cela 
pouirait j>araitre sus|)eet, — elU's sont au contraire anipli- 
liées pal' les auteurs de (î et de S. O'ux-ci uo peuvent donc 
dépendre de Vir|.iile (pw jtar rinlcrmédiaiic du rédacteur 
latin. 

Il est sullisamjncnt (Maltli, |»cnsons-n()Us, cpie S. .{(Monie 
écrivit le premier la Vie de .Malchus, ("est bien le iirand 
Docteur (jui pendant un sc'jour de cin(j années en Svrie, 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. ^57 

entre 574 et 579, visita le vieil ascète dont lui avait parlé 
son ami Evagrius, et qui mit brièvement par écrit, quel- 
ques années plus tard (i), le curieux récit qu'il tenait 
de sa bouche. La question se pose maintenant de savoir 
en quelle langue fut traduite d'abord la rédaction latine. 
Est-ce en grec ou en syriaque ? 

Évidemment, G et S ne sont pas des traductions indé- 
pendantes l'une de l'autre. Comme on l'a vu, toujours 
et dans les moindres détails, elles s'écartent simultané- 
ment du texte latin. A priori, il est extrêmement proba- 
ble que S dérive non pas directement du latin, mais de 
G. On en accjuiert la certitude, lorsqu'on compare entre 
elles ces deux versions. S a traduit G presque mot pour 
mot, conservant la construction et parfois même repro- 
duisant les termes de son modèle (2). Cà et là aussi, S est 
moins fidèle à H que la recension grecque (0). Celle-ci 

(Ij En 390 ou 391 (voir ci-dessus, p. 41G). Nous ne savons pourquoi M. Gi iitz- 
macher {Hieronymus, p. 63 sq.) qualifie de tout-â-fait arbitraire l'opinion de 
Vallarsi, qui s'était prononcé pour 391, ni pourquoi il se contente (p. 101) de 
dater la biographie de la période 386-391. Il est certain qu'elle n'a pas été 
écrite avant 388 ou 389, puisqu'il est question, au n° 1, de l'évéque Evagrius 
{papa E-cagrius) et que celui-ci reçut l'épiscopat à la fin de l'année 388 au plus 
tôt. Voir Tii.i.KMONT, Mémoires, t. X, 1705, p. 234. 

(2) Ainsi p. 105 b, 1 Sachau, .*\'i,'*» = aiXiojv ; 100 a, 7, ^ (\Vc\U = 
Ç£ù;a'. ; 100 b, 21, «Li^l = tS'.i:i.'. ; 108 a, 28, rt^\JLr<C\ QO^flOr^ = 

àcm'oï;; xal È'/iovai. Ci-dessus, p. 451, 21, r^JSfXLSOr^= ^/'îl-'-a i p. 455, 1, 

T^*^*^ -1 ^ "^ -po'jdjTTOV. Etc. 

(3) On en a un exemple dans les doux premiers des textes cités plus haut, 
p. 237. Voici encore un passage du même genre. 

H U S 

N 10 : aspicimus duos P. 445, 10 : ôf-wij.£v tôv Saciiau, p. 108 a, 17 : et 

camelis insidenies vc- ôcTro-CTiV /(Iacôv iisTà évô; nous voyons notre maître 

nire concitos. auviîo'jXou t,;j.(J5v xaOT,- avec t<n de nos compa- 

N. 12 : vidhnusque ca- ij.Évo'jî si; o o o ;j. a o a t - puons d'cscJavaye assis 

melos, quos... dronic- ol ^ x a |j. tj À o u ?, '{'j- sur des mont ares et 

da rios vacant... p-và-cà çbr, y.paTùyv-a;... tenant leurs épées nues... 

17 



2o8 LK MUSÉON. 

est, par consécjiient, la première traduction qui fut faite 
du texte oriiiinal (i). 

III. 

L'Aniaii i)i: la vkp.sion nuiicyiE. 

Tandis ({ne les Latins prenaient aux Grecs une grande 
})aitie de Jcui- lillérature chrétienne et se la rendaient 
l'aniilière par des traductions, les Grecs étaient assez 
riches pour pouvoir se passer de hi littérature latine 
clnclienne, (pii n'a coinnicncé (ju'avec la lin du deuxième 
siècle. La rcllcxion est (h' M. Hariiack (i). Si elle vise 
surtout hi pério(h' antérieure à (Constantin, elle |)eut 
sajjplicpier encore, (huis une très gi-ande mesure, aux 

(^n 1 ornai (iiicia (lu'ici encoi'e G et S montiont leur dépemlance vis-à-vis de 
11 : ils ont réuni cpiatrc détails (S en a ellacé un) l'elatifs aux poursuivants, 
(|iii oiaiont très éloignés l'un do l'aulrc en latin ; le premier et le dernier, que 
nou? n'avons pas cités, sont perdus dans des propositions incidentes au n° 10: 
Qtiid piil'.is fuisse nobis aniini, quiO. (tTroris, cum anle spehinca>n ncc longe 
slarenl cloniin its cl co nserv us... evuf/inato //ludio, noslruni 
exs/jc'ctat advention. 

[\) Rappelons (pie les copies de la version syriaque se divisent en deux 
clas>(s, dont l'une formée par le ins. de Berlin, Sacliau 302 et le ms du 
Britisli iMu-eum, A Id. 1217."), nous a donné le teste dont nous nous sommes 
servi procé loniniont. Cuinnio on l'a déjà fait reniar<(uer ci-dessus, p. 133, les 
1 (,'nns divergei.tes, peu importantes mais assez nombreuses, que piésente ce 
to\te, compare avec les manusciits plus récents employés par le I'. Bedjan, 
Paris, syr. 'M' et British Muséum Add. 12171, concordent toujours avec la 
vor.-ion i;rec(|ue et indiquent par conséquent que la première famille a mieux 
conserve que la seconde le texte syriaque primitif. Au reste, pour établir une 
classification rigoureuse des manusciits de la version syriaque, il serait 
peut-être né;essairc du posséder une collation riouvcllc <les copies sur les- 
quelles est l»a.<éo l'édition du I'. Bedjan. On peut se demander, en effet, si 
les vaiianles (|ue fournit la publication du savant orientaliste, ne proviennent 
pas, au moins parliellcinent, do l'éditeur lui-même [ilutôl que des manuscrits 
qu'il a utilisés. — Notons ôgalement quo l'auieur de la version syriaque a 
eu sous les yeux un manuscrit grec qui devait contenir plusieurs des leçons 
et des fautes propres au Ptin'simis fjr. 1(105. Voir ci-dessous, p. 269. 

ri) Die fjricridschc Urbersetsinuj des Apoloi/ctiCHS Terlullians, Tkxtk 

UNli iNrKUSUl IILNGK.N, t. \I1I, 1, 1S'.>2, p. 2. 



s. JÉUOMK ^:T LA VIK Dl MOINK MAI.CIFLS. 259 

siècles qui suivirent. Le fait qu'exile constate n'est d'ail- 
leurs pas propre à la littérature ccclésiasliciue seule, il 
caractérise aussi la littérature profanedes deux nations (i). 
Cette richesse des (irees en fait de lillérature chrétienne, 
([ui tient elle-mèine au earaelère pi'ofondénient hellénique 
de l'Église pendant les premiers siècles de son existence 
et, plus généralement, à l'ancienneté, à la supériorité et 
à limmensc extension de leur langue et de leur civilisa- 
tion (>2), rend donc parfaitement compte de deux particu- 
larités qui ne laissent })asque de surprendre à première 
vue, lorsqu'on songe (pie le latin était la langue des 
Romains devenus les maîtres du monde et (pie ceux-ci, 
jusqu'à Justinien, s'employèrent par tous les moyens à 
rim})0ser aux (îrecs vaincus (.-,). VMv explique d'une paît 
pourcjuoi les écrivains latins les plus ('onsidéral)les, 
comme S. Jénnne et S. Amhioise, se sont imprc'gnés des 
(L'uvi'es grecques, S. Jércniie li-aduisanl nu^-me plusieurs 
dentre elles (i), et pourquoi Ton trouve dans la littéia- 
ture latine une série ininterrompue de ti"iductions du 

(1) Voir, par exemple, L. Lakoscadk, Influence du latin sur h; r/rec, clans 
les Etudes de philologie néo-grecque pu'/lires par Jean Fsichari, Bmi.ioTiiiiQUi". 
DE l'École des Hautes Kti.dks, fasc. 92, 1892, chap. VI, Causes de la i-psis- 
tance du grec. 

(2) Civilisation ailopd'^c par les Romains eux-nii^mes. Car « Rome n'avait 
guère a son acquit que les triomphes de la force, la Grèce avait rempoitô 
ceux (lu genio. Li nation C(uu|u6raiite n'avait pas d'artiste à opposeï' à Phi- 
dias ou à Praxitèle, et sa littérature tard venue n'était souvent qu'un rellet 
des chefs d'œuvre de l'cspiit grec... Tiiomphant en (Jccident grâce aux 
qualités qui le> proti'giient chez eux, les Grecs assuraient le maintien de 
leur langue par l'extonsion uiéme qu'ils lui donnaienr. Le pre.-tigc i|ue la 
Grèce exer(,'a sur l'imagination lomaine fut de bonne heure énorme. Ce pres- 
tige eut sur l'extension du grec une influence positive. Tous les Romains 
surent cette langue ou prétendirent la savoir ». Lai'osladk, op. cit., pp. 146 
et 151. 

(3) Cfr. ibid., p. 8:M31. 

(I) Voir (). Baki.kmiewkk, Potrolof/ie, 1891, jip. 401, 40."., 407, 12G, 427-2S, 
431-32, 435, 437, et Gnirr/.MACHi;R, Hicroni/uuoi, si 16 et IS. 



'200 LK MUSÉON. 

grec, depuis les anciennes versions de l'Écriture et des 
éciits des Pères apostoliques jusqu'à celles que nous 
devons à Denys le Petit, à Anastase le Bibliothécaire et 
à bien d'autres encore après eux (i). La richesse de la litté- 
rature chrétienne de langue grecque explique d'autre part 
l'exiguité du nombre d'ouvrages (|ui ont passé ancien- 
nement du latin en grec et justitie l'intéièt que l'on 
attache aujourd'hui à ces rares manifestations de l'in- 
fluence du latin — influence peu profonde, mais réelle 
cependant — sur la langue et la littérature helléniques. 
Quelques productions de la littérature ecclésiasti(jue 
d'Occident, écha[)pant à la loi commune, ont eu en effet 
dès les premiers siècles de l'ère chrétienne, les honneurs 
d'une traduction en langue grecque. Sauf peut-être 
VApologclicus de Teitullien (juc M. ilarnack conjecture 
avoir été traduit avant le milieu du troisième siècle (-2), 
aucune de ces versions ne parait être antérieure à l'avè- 
nement (l(î Constantin. C'est que « l'influence du chris- 
tianisme dans l'extension du latin s'est exercée en deux 
sens dii'ectement O[q)osés, suivant l"(''poque où on la con- 
sidère. Beaucoup plus giec (pie romain dans ses origines, 
il ne pouvait loi-s de son éclosion contribuer à latiniser 
les ])euples. Bien (pi'il eût son siège dans la capitale de 
l'empire, il restait profondénuMit he!ijMH(|ue, isolé ([u'il 
ctîiit par les persécutions des empereurs. Avec Constantin 
et l'édil (le Milan i-")!,")), la situation se retourne : le culte 
persécuté se change en religion oflicielle ; l'église de 
Home devi(>nt romaine, sa lani;ue recomuie est désormais 

(1) Sur le-; traductions d'écrits de la lilteraturc clirétienne grecque anté- 
rieurs à Constantin, voir M. Schan/., Gesrhichlc dcr roiitisc/ien Lilteratur, 
2*" H;ilfte, 3'' Theil : Die Zeit von Hadrian bis auf Constantin, Miinchen, 
18W, pp. 391-JOS. 

(2) Op. cit., p. 31-32. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCIIUS. 201 

la langue latine. Dès lors surgit une nouvelle elasse 
d'hommes (jui doivent la comprendre et la ti'aduiie » (i), 
classe n'ayant jamais constitué d'ailleurs qu'une intime 
minorité au milieu de la foule considérable des Latins 
qui connaissaient la langue grec(}ue et en traduisirent, 
souvent fort ])ien, les [)rineipau\ monuments (-2). 

C'est au début de cette période d'extension de la langue 
des Romains comme langue de l'Kglise et des écrivains 
ecclésiasti([ues, qu'apparaissent les premiers écrits hagio- 
graphiques en latin (r,). Ici comme dans la plu[)art des 
autres genres, les commencements de la littérature chré- 
tienne d'Occident ont été m;ir([ués |)ar une version du 
grec : la i)lus ancienne Vie de Saint en latin est une 
traduction de la célèbre et si i)opulaire biographie de 
S. Antoine par Athanase d'Alexandrie. Mais déjà, les 
biographies qui suivent ne sont plus empruntées à une 



(1) Lafoscadk, op. cit., p. 127. 

(2) Les traductions de latin en grec à toutes les époques et dans tous les 
genres sont étudiées en détail par C. F. Wkbkr, Dissertatio de latine scriptis 
quae Graeci veteres in linf/uam suam transtulerunt. Cassai, 1852. Des tra- 
vaux récents permettent d'allonger notablement la liste qu'a dressée cet 
auteur. Voir, entre autres, les articles de M. Bonnet dans la Byzantiyiische 
Zeitschrift, t. III (1891), p. 458-4G9 et les Analecta Botlandiana, t. XIV (1895), 
p. 3.537300. 

(3) Evidemment, ceci n'est exact que si l'on met à part les écrits de pro- 
venance africaine. Depuis la tin du second siècle, l'Eglise d'Afri(iue était 
latinisée : do cette époque datent, comme on sait, les Actes des martyrs 
Scillitains, ceux des S"''* Perpétue et Félicité, et la biographie de S. Cyprien 
composée par son diacre Pontien (Cfr. G. Krugkk, Geschichte der altchrist- 
lichen LUtcratur, 1898, p. 175, 239, 241). En outre, il convient de remaïquer 
qu'en ce (]ui concerne les Vies de Saints proprement dites, les jjIus anciennes, 
tant grectiues (|ue latines, sont postérieures à la paix de l'Eglise (313). La 
littérature hagiographique antérieure no comprend que les Actes des mar- 
tyrs, ce qui s'explique sans peine par les circonstai\ces du temps. Or, sauf les 
œuvres que nous venons de citer, ces Acta inarti/ruDi sont d'original grec et 
à répo()UC où la langue latine s'efforce d'avoir le dessus, la première \'ie de 
saint qu'on puisse appeler de ce nom, la biogra|)liie de S. Antoine par Atha- 
nase, est encore écrite en langue grecque. 



2i'r2 



LE MIISÉON. 



liltératnro rti'aniiiM'O ; elles représentent des travaux oi'i- 
iilnaux. et le itreinier de la séi'ie n'est antre (|ue la Vie de 
l^nil (le Tlièl)es (|n'éerivit S. Jérôme, imitant eneore 
CM et là r<euvi'e de revè(jue d' Vlexaiidi'ie, et ineité sans 
(lonte par IcNemple el le succès de son illustre devancier. 
(Juel(|ues (piin/e ans [)Ius tard, le même auteur rédiire la 
Vie de .Malchus et peu a[)rès celle de saint Hilarion. (^on- 
saci'ées à raconter certains épisodes édifiants de l'existence 
des s;iints moines, ou à célélirer avec cntliousiasnu' leurs 
victoires spirituelles, leurs austérités et leurs vei"tus, ces 
j)icu\ ri'cits \\r devaient pas être moins propres à exciter 
l'intérêt du public liell('Mii(pie (pu> la Vie de S. Antoine 
celui des clirétiens occidentaux, l'^l si, en eiïet, cet écrit 
rencontra de Itonne heure un traducteur latin dans la 
personne d'I^vaiii'ius d .Vntioche (avant .'T,')), les Vies 
d'ascètes composées pai' .)érê)me (ii'ent tout autant fortune 
en Oi'ient. (lh()S(* bien rare, l'espi'it d'indépendance des 
(irecs vis-à-vis de la littérature latiiU' céda devant leur 
curi()sil('\ avide de connaili'c tout ce (|ui touchait à ces 
institutions monasti(pH's, si llorissantes dans toutes les 
conlrt'cs où l'on |»arlait leur langue. (Chacune des trais 
hioiii'aphies eut les honneuis duneou nuMue de plusieurs 
ti'aductions plus ou moins libres, et celles (pii sont écrites 
en syriacjue ou en copte l'emontenl indubitablement à une 
version lireccjue ^\uv nous possédons encore. Ces versions 
iirec(pies elles-mêmes ne lurent pas faites toutes directe- 
ment sur l'oriiiinal latin. Tel fut le succès de ces récits 
({ue non seulenu'ut on les traduisit, mais (pi'il se trouva 
des écrivains (pii remanièrent la traduction piimitive, 
sans doute pour riiarmoniseï' davantaiic avec leurs jfoùts 
personnels ou avec l'espiit et les tendances de leurs con- 
temporains. 



s. .iKiioMi: i:r i a vu. di moi.m: mai.i;iiis, 205 

Quel est le IcMîro ([ui mil on tivov la Vie du moine 
MjiIc-Ikis el los hioiiraphics de l^iiil et (rililarion ? A ((uclle 
é()0(|uo a})[)ai'ticnt-il ï 11 nous est niallicni'oiisoincnt 
inij)ossil)lo de répondre d'une nianièi-e tout-à-t'ait satis- 
faisante à celte (juestion. Tandis (|ue la version latine de 
la Vie de S. Antoine nous est parvenue sous le nom de 
son auteur, iMai-rius d'Antioelie (t 7)115^ les tiaduelions 
iii'eecjues des écrits liaiiioL'ra[)lii({ues de S. Jéi'iune sont 
restées anonymes e( leur date approximative nous est 
éiialenuMil inconnue. Ce|peiid;nit . le urand Docteur a 
laissé lui-même uiu' notice hien prc'cieuse à cet éiiard, 
puis(ju'elle constitue le simiI t(''moiiiiiau(' précis (pie nous 
avons sur le traducteur cl sur son (ciivir. Sojiliiiniius rir 
adprhiic cniditiis, Laudes Betlilelicm inlliuc piirr cf ïiuikt 
De suhversione Sera[»is ius'Kpn'iii lihnint roj^posiiit, <( De 
virfjinilutc » (fwujuc « ad Kustoclinou » cl >< \ ihini llilaric- 
)iis ni())i(i(/ii », opusciild iiicii, i)i (ifdi'ciiiii scnn())i('>n c'cgan- 
tisshnc Intiistidil, Dsdld'riinii tjUixiuc t-l Propliclus, quos 
nos de llehraeo i)i L(i(i))U)ii vfrlinius (i). Si ce texte pose 
un problème plein (Tintérct à divers points de vue, il 
ne peut iiuère servir à nous en donncM- la solution. Non 
seulement la [)luparl des traductions (pi'il siiïualc n'ont 
pas été retrouvées juscprici, mais de plus, les versions 
conservées a|)partiennenl à une série toute dilïérente, à 
part une seule d'entre elhis, la Vie d'Ililarion, Ces ver- 
sions conservées seraicnt-elh's d'un autre» auteur cpie 
Sophronius ? Ou hien, laut-il l'ciiardci- comme incom- 
plète la liste di'cssée dans le />c \"n'is '/ i)\i encoie, cer- 
taines des traductions exécutées par Sophronius .seraient- 
elles postérieures à la composition de ce! ouvraLie ? Kt la 

(1) De viris inluslribus, cap. CXXXIV, éd. Ricliardson p. ôij. 



264 Li: MisÉON. 

Vie grccciue d'Uilaiioii que nous lisons aujourd'hui, est- 
elle bien eelle (jue S. Jérôme qualiliait de tiaduetion 
élégante au plus haut point ? Bref, toute la ({uestion est 
de savoir si les traductions (|ui nous sont parvenues sont 
l'o'uvi'e du eontenipoiain de S. Jérôme, ou si les versions 
dont il est l'auteur ont disparu eomme tant d'autres 
écrits des premiers siècles. Sans apporter d'autre ])reuve 
(|U(! le texte cité plus haut, .M. Papadopoulos-Kerameus 
estime (jue la recension grecque de la Vie d'Hilarion 
publiée par lui, est sortie de la plume de Sophronius (i). 
Rosweyde {-2) et le P. De Buck (.-,), (jui ne connaissaient 
pas ce texte, attribuaient à Sophronius la rédaction de 
la Vie d'ililai'ion (|ui lait partie du recueil de Syméon 
iMétaphraste (i). Par contre, M. von Gebhardt refuse à 
cet énigmatique personnage la paternité de la version 
grec(jue du De Viris inlnstrihus (ju'il a rééditée après 
Érasme, et les arguments pliilologi(|ues ([u'il fait valoir 
à l'appui de son opinion paraissent devoir être pris en 
sérieuse considération (.i). En ce qui concerne la traduc- 
tion de la Vie de Paul de Thèbes, M. Bidez, qui l'a publiée 
récemment, se borne à poser la question ((}). Malheureu- 

(1) 'AvâXî/.Ta kpoc7oXu;j.'.Tiy.T)ç CTxa/uoXoY''a;, t. V, 1898, p. 82, note 1. Il est 
clair que la notice du De Viris n'est pas assez explicite pour trancher à elle 
seule la riuestion : la traduction de Sophronius peut s'être perdue et celle 
que nous possédons l'avoir remplacée plus tard. Un cas analogue se présente 
dans l'histoire des versions latines de la Bible. 

(2) Vitae Patrum, Anvers IGlfi, p. 86. 

(3) Acta SS., Octobris t. IX, p. 17 B. 

(4) Voir ci-dessous, Appendice II. La meilleure preuve qu'ils avaient tort, 
c'est que la recension do Motaphrastc n'est (ju'un lomaniement de la traduc- 
tion proprement dite. 

(5) Von Gbbhahdt, Dcr soffoianiile Sophi-oiius, Tkxtk und Untbrsuchun- 
GKN, t. XIV. 1, 189(3, p. VIII. Cette opinion est déjà celle de Weber et de 
quelques auteurs plus anciens, qui jugaient la traduction du De Viris indigne 
de la r(^putation d'élégance que fait S. Jérôme au travail de Sophronius. Voir 
Weber, op. cit., II, p. 15. 

(6) Deux versions grecques inédites de la Vie de Paul de Thèbes, Gand. 
1900, p. VIII et XLIII. 



s. .II.UOMK ET LA MK DT MOLNE MALCIILS. 205 

sèment, tout indice externe fait défaut pour délimiter 
avec certitude la propriété littéraire de Sophronius, la 
tradition manuscrite est muette, aucun témoignage de 
valeur ne se présente, à notre connaissance, dans les 
textes anciens. Quant à la criticjue intei-ne, elle n'a guère 
de prise sui" des écrits où le rôle de l'auteur consiste à 
reproduire, le plus fidèlement [)()ssil)le, la pensée d'autrui. 
La seule ressource serait de les i'ap[)rocher des ouvrages 
originaux de Sophronius, (pie S. Jérôme intitule Laudes 
liethU'Iion et De siihiersioiie Ser(i])is, si pai' une autre 
fatalité ces écrits ne pai-aissaient perdus à jamais. 

Ce[»en(lant, le problème intéresse sullisamment l'his- 
toire littéraire et l'élude des traductions du latin en grec 
})0ur (pie nous tachions, non [)asde h' résoudre d'une façon 
complète — on voit (pi'avec les i-essources actuelles c'est 
chose impossible — mais de dcUcrminer tout d'abord un 
de ses éléments les jdus im[)ortants, sui* lecpiel personne 
n'a porte l'attention jus((uici. Peut-on assigner un auteur 
commun aux diverses tiaductions ([ui sont arrivées jus- 
qu'à nous ? De cette question dépendent évidemment 
toutes les autres. \a\ méthod(! pour [)arvenir ici à quelque 
résultat est tout in(li([uée : c'est de comparer l'une à 
l'autre les (piatre vei'sions dans leur manière de lendi'e 
l'original hiéronyrnien. 

Voici tout d'abord (juelques indications [iréliminaires 
sur les écrits (ju'il nous faudra étudier (i). 

(1) P^orce nous est de borner nolie examen aux versions du De Viris et des 
Vies de Paul, Malclms et Hilarion, bien que, selon toute apparence, ce ne 
soient pas les seuls écrits de S. .lerûme (|ui aient été mis en grec. Voir, en 
effet, Wkukr, op. al., IV, p. 62 sq., et f). G. Mokin, Revue d'histoire et de 
littérature reliijieuses, t. I (1896), p. 429, note 1. C'est seulement lorsqu'elles 
auront été publiées qu'on pourra étudier les traductions que signalent vague- 
ment ces travaux, et d'autres ((uc le dépouillement des catalogues de manus- 
crits mettrait peut-être au joui-. 



:26G LE MisÉON. 

l" La traduction grecnjue du De Viris iiilustrihus a été 
publiée pour ia première t'ois par Krasrne, d'après un 
manuscrit qui a été récemment retrouvé, le Codex C. 1 1 
de la bil)Iiothè([ue de la ville de Ziirich, datant du \I1I- 
XIV'' siècle. L'archétype de ce manuscrit était certainement 
écrit en onciaie, car plusieurs fautes ne s'e.\pli(|ueiit (jue 
par la confusion entre des lettres de cette forme. L'ouviaiie 
ne saurait donc être postérieur au VIIL siècle. In second 
teî'iniuus ad (fuinn est fourni par ÏEpUoinc de r"Ovo[j.aToAÔvo; 
d'Hésyciiius, composé entre 8:20 et SoT et dont l'auteur 
a sûrement connu le texte grec du Ih Viris. Quant à 
rattril)utiv)n à So[)hronius, elle ne repose (|ue sur une 
conjecture d'Érasme, inspirée par la lecture du chapitre 
CXXXIV ; car le manuscrit ne cite pas le nom de l'au- 
teUi* (i). Selon M. von Gebhardt (|ui a donné récennnenl 
une édition critique du « pseudo-Sojihronius », la langue 
de notre auteur ne peut pas être celle d'un contemporain 
de S. Jérôme, ni même d'un écrivain du V'' ou du Vl^ siè- 
cle ; elle ne permettrait pas de remonter au delà du 
VU* siècle. On peut se demander, croyons-nous, si dans 
l'état actuel de nos connaissances en fait d'histoire de la 
langue grecque, il est possible de tirer de constatations 
de ce genre un ciitère assuré pour dater à deux siècles 
près la traduction d'un texte latin. 

:2" La Vie de Paul de Thèbes a été traduite en gi-ec à 
une époque certainement peu éloignée de la j)ublication 
du texte original. Cette version a subi en elVct un rema- 
niement cité déjà par un auteur de la fin du Vl" siècle. 



(1) Voir VON Gkbhuidt, op. cit., p. III-VIII. Les rapports de la Iraihiciinn 
du De Viris avec VEintomc de r'OvojxaToXoYo; d'Hôsychiiis ont é(c spéciale- 
ment étudies par G. Wentzkl, Die griechische UebersalziDig der riri inJus- 
tres des Hicvonymus, Textk i nd Untkksuchungkn, t. XIII, 3, 1895. 



s. JKIIOMK Kl lA VIE DL MOI>Mi MALCIIUS. "267 

et qui dérive néanmoins d'une copie très défectueuse de 
la traduction primitive. De plus, ce remaniement a passé 
de très l)()nn(' lieiin' en syriaque, puis(|ue nous avons 
conservé de la version syriacjue un manuscrit (jui a été 
exécuté an Vl-Vll' siècle (i). Toutes ces données justifient 
la conclusion de M. Bidez, l'éditeur des deux textes grecs, 
sur la date de composition du plus ancien d'entre eux : 
« c'est peut-être du vivant de saint Jérôme déjà qu'un 
traducteur (Sophronios ?) mit le récit en grec » (2). En 
tout cas, il serait malaisé de lo faire descendre plus bas 
que la fin du V" siècle (0). 



(1) Voir J. BiDiîz, o/). rit., Intfodiiction. M. N\u a signalé, de la version 
S5'riaque, un nouveau manuscrit <jui daterait du Vp siècle (Analecta Bollan- 
diaJïa,t. XX (1901), p. 123). 

(2) Op. cit., p. XLIII. 

(3) Lu classification des différentes versions de la Vie de Paul de Thèbes, 
telle que nous venons de l'esquisser à grands traits, a été éiablie d'une façon 
détaillée par M. Ridez dans l'Introrluctinn à l'opuscule cité. Dans le dernier 
fascicule des Analecta BnUandiana (t. XX, 1901, p. 121-157), M. Na« défend 
longueuicrit une théorie tout op[>oséo, d'après laquelle le texte latin de 
S. Jérôme serait traduit librement d'une Vie grecque (h) écrite en Egypte par 
un contemporain de S. Athanase, tandis que a serait une révision de b faite 
plus tard sur le texte laiin par un moine helléniste. Des recherches indépei.- 
danles de celles de ces deux savants nous avaient amené au même résulta' que 
M. Bidez, et l'article de M. Nau n'est pas de nature à modifier l'opinion que 
nous émettions déjà au début de la présente étude (p. 414, note 4 ; voir aussi 
Revue (l'histoire ecrlésia.ilique, t. II, 1901, p. 108-110). Il ilémor.tre, au con- 
traire, qu'il n'y a aucune bonne raison de contester la priorité de la recersion 
latine. Quoii|u'en pense M. Nau, les analogies, fort peu importantes du 
reste, qu'on peut signaler entre certains passages do la Vie d'.Anfoine et b, 
ainsi qu'entre celui-ci et la Bible, ne prouvent rien, sinon que le rédacteur 
de 6 connaissait la Vie d'Antoine et le texte grec de l'I'lcriture ; M N. a 
exagéré outre mesure la portée de ces quel(|ues réminiscences : elles n'ont 
rien qui doivent étonner, quanil on .^-onge à l'énorme succès de l'écrit de 
S. Athanase dans les milieux mon:i.-tiqiies, succès qu'atteste â lui seul le 
nombre des co()ies de la Vie d'Antoine qui nous sont parvenues. Non moins 
illusoire est le second argument fju'on apporte contr'e le latin : " Les pas- 
sages du texte latin pcisonnels à S. Jôrc^me ne figurent pas dans A. tandis 
que les j)assages p< isonnols à l'auteur de b figurent modifiés dans le latin ». 
Il serait plus exact de dire que b a supprime ou abrégé tous les détails qui 
ne se rapportaient pas directement au sujet principal ; ces détails n'ont 



:2()<S II. MisÉON. 

7)" I/(''|)()(jU(' où lut traduite la Vie de .Malclius irsto 
plus iiulétciiiiiiK'c. I)('ii\ manuscrits de la version syria- 

rien de bien personnel à S. .lérôiiie, et le seul trait qui le soit vraiment a 
été conservé par b : c'est la pi iôie finale avec le nom de l'auteur : Obsecro, 
quicniitqnc hucc /er/is. itt Hicroni/'ini 'peccutoris memineris, etc. M. N. 
ne réussit pas a faire disparaître cette dilficulté, qui est capitale contre sa 
théorie. En roaliti', il y a, dans le passage en question, accord presque 
parfait entre toutes les recensions (latine, grecques a et b, copte, syriaque), 
et il n'e^t pas du tout légitime de conclure, comme .M. N., que les finales 
des mss. (t des versions sont indépendantes l'une de l'autre et ont dCi, 
par conséquent, être ajoutées apiùs coup. Kn outre, il est certain que b 
présente plusieurs défauts, notamment des contresens, qui ne peuvent s'ex- 
pliquer <|ue par une interprétation fautive du texte <t : ainsi, p. 15, 19 
Bidez, £7('.j •it/.yj:, £■.;;.'. el surtout p. lU, 3-8, passage incohérent où l'auteur 
de /> >'e-i compléteineiit l'ourvoyé. Nous m pouvons admettre l'explication, 
foM ri.-quée, (pie donne M. N. de ces paroles de S. Jérôme : Ji/itw quia de 
Anliinio taiii f/raec<) qnam romaito siylu diligcnler an'ntoriae tradition est, 
pniira tic l'aidi piiwipiu el fine scriberc disposui : 'ina;/is quia res otnissa 
craf qiKini /niiis n>f/e)iio. Il est évident que S. .leiôme témoigne par là 
qu'avant lui on n'a pas encore pris soin d'écrire la Vie de l'aul. Ce n'est pas 
ici le lieu de relever les inexactitudes et les contradictions dont fouimille 
l'aiticle de M. N. L'auteur a tort, par exemple, de diminuer l'impoilance du 
CAiilt'y, Tanriiwnsis, en considérant le texte qu'il contient comme un remanie- 
ment du XVI'' siècle. Le Vaticaniis 1C38, du XI'' siècle, est, en effet, tiés 
voi.-in de cette cojiie et on y trouve également l'imiioi tante leçon à;;.a 
~<i'.'i^yi~ji ■/.■!•. <A \yj./Ay.'i: ;j.aOr,Ta\ AvTdivioj (p. 2, 1. 15 Kidez ; voir HiDU/., 
op. cit., p. Xlli. La difficulté qu'éprouve M. N. <à admeitre les intermédiaires 
// et c — intermédiaires qu'il appelle a tort remaniements — nous parsit pro- 
venir do ce fait qu'il ne possô le pas une notion bien clairo du stemma codi- 
cwn qu'ont l'habitude de dresser dans une édition critique les philologues de 
profession : nous le renvoyons au stcuiuia des manuscrits de la Vie de 
S. Théodose établi par M. Krumbacher {Si/snuf/sb. derp/iil. tindhist. Classe 
lier /,. b. Akad. dcr Wiss. :ii Miinchoi, 1892, Heft II, p. 250). Bief, les com- 
binaisons compliquées imaginées par M. N. pour expliquer les rappoitsdes 
recensions entre elles, exigeraient une démonstration sérieuse qu'on regrette 
de ne rencontrer nulle part au cours do son étude. Un point, cependant, sur 
lequel nous nous rallions volontiers aux vues de l'auteur, c'est l'origine é;iyp- 
tienne de h : en IS'.HJ déjà, nous avions communique à M. Hidcz quel<|ues 
observations dans le même sens. 11 serait temps de donner ui.c édition cri- 
tiijue du texte latin de S. JéiCune, basée sur un solide classement des manus- 
crits (pli le reiiroduisenf. Un des résultats de ce travail serait de nous faire 
connaître exactement le caractère de la copie dont s'est seivi le traducteur 
groe : ainsi, celui-ci (p. 2S, I. 19 Bidez) a certainement lu et Cf/n, au lieu do 
er//o (MiGNK, /'. L , t. XXIII, col. 27, note e) qui, d'après le contexte, est lies 
piobablemeut la bonne levon (c'est aussi la leyon du coii. 8rii.rellcfisis 8216, 
de l'année 8l9i, tandis que cyyo n'est qu une erreur de substitution qu'on len- 



« 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. ^69 

que appartenant au VII-VIIP siècle (i), tout le monde 
admettra que la recension grecque ne peut guère être 
postérieure au VP siècle. De plus, l'exemplaire grec dont 
s'est servi le ti-aducteur syrien contenait déjà quelques- 
unes des fautes qui dci)arent le manuscrit B (cod. Paris. 
1605) (2). Ainsi, tout au début (Sachau, p. 105 h, 7), le 
texte syriaque porte : %j\ij=ih\r^ck .cncuvwre'i à\:i!»;^i.^à>r^ 

cnAj», c'est-à-dire : je brûlai du désir de le voir et d'être 
béni par lui, tout comme B (p. 45i, 7) : i-ch'Ju.r^'jyL OjzZ-^ xal 
ejAoyY/jY.va'. -ap' aÙTOj. V (Vatic. IGGO) dit plus brièvement : 
ê-ef)'jp,7a 'Ztv/ -y/j-Jr/, et c'cst la leçon que parait autoriser 
le latin : qua cupiditate illectus {n" 1 1. De même, on trouve 
r^i^i.tta.t» (Sacliau, p. lOG a, 5) = 'E<i(u)£v':a B p. 45i, 19, 
au lieu de Xô^ievla V ou de ^isibeni lat. (n" il) (5) ; r^iè\<\2k., 
ricliCHse (Sacbau, p. lOO a, !()) = -aojtoj B p. 4r)5, (), 
j)Our o'V.oj P{aris. I5î)8)V •-= dotnuni lat. (n" 2) ; mè\<\~i%\p 
f<'crAK'.t, (hnis 1(1 (/rare de Dieu p. 455, 8 = t7,v y-^-o'.v 
-ro'j 0£oO B p. iiO, i, pour t>,v yï^pa -ryj (-ho'j PV = iiunumi 
Dumini lat. (n" ()) ; rdA^^t-^^^ ÔDii^, son corps nu p. 454, 
M = -.0 r/.£'>/Y,ç zùyj.'j. --JiJ.vov B p. 441, 15, pour ixe-lw,; yjavôv 
70 -KÔua PV =- illius nudu)n corpus lat. (n" 7). De l'existence 
de ces quebpies erreurs communes au texte syriaque et à 
l'arcbétype de B, on peut inférer avec beaucoup de vrai- 
semblance ([u'il s'est écoulé un laps de temps assez consi- 
dér:d)Ie entre l'apparition du manuscrit grec original et 
celle de la copie fautive dont dérive la version syria([ue. 
Par consécpient, la version grec(iue aura vu le jour 
encoi'e avant le VP siècle. 

contre fréquemment. Or, cette erreur, reprise dans la traduction grecque, a 
passé de là dans la recension b {y-it.'[ô>, p. 29, 1. 16 Bidez). 

(1) Voir plus haut, p. 416-417. 

(2) Voir p. 420 et 431. 

(3) Sur les difl'erentes formes de ce nom propre, cfr. ci-dessus, p. 246-248. 



270 LE MUSÉON. 

4" La version grecque de la Vie d'Hilarion a été publiée 
en 1898 par M. Papadopoulos-Kerameus (i), d'après le 
manuscrit :27 de Saint-Sabas de Jérusalem, du XP siècle. 
L'éditeur nous apprend (2) qu'il existe encore, à la biblio- 
tlièque du monastère toj Awvjctwj au mont Athos, liasse 
58:2, un feuillet contenant un frag;nent de la même recen- 
sion grecque, écrit en petites capitales du VflP ou du 
VII^ siècle (5). Mais les citations qu'ont produites de cette 
version divers écrivains anciens nous autorisent à la faire 
remonter, avec une pleine certitude, beaucoup plus haut 
encore. Et tout d'abord, le passage où est racontée la mort 
d'Hilarion (4) est reproduit en partie, d'une manière assez 
libre, dans la Vie de S. Jean l'Aumôniei' (."i), composée par 
Léonce de xNaplouse vers le milieu du VU" siècle ((>) ; les 
paroles d'Hilarion sont mises dans la bouche du patriarche 
d'Alexandrie (OHO-^îlO). Le parallèle suivant montrera à 
l'évidence que l'auteur les a empruntées non pas au texte 
latin, mais à îa traduction grecque, et à la tradiiclion 
grecque que nous avons sous ies yeux. 

(1) 'AvâXsy.Ta upoTjXi;j.>.t'.y.T); jTa/joXoYt'a;, t. V. p. 82-136. 

(2) Ibid., p. 83, en note. 

(3) Les quelques variantes sans importance que donne cet antiq;:c feuillet 
sont notées, ibid., p. 100-102, dans l'apparat critique. M. Papadopoulos signale 
encore, p. 82, note 1, un manuscrit sur pjpier appartenant au monastère de 
Sainte-Croix à Samos. On peut y ajouter le Pari.sinus 1540 en le Valicanns 
1.589, tous deux du XI<' siôcle. Sans doute Fcrait-il aise d'allonger cotte liste. 

(4) Texte latin dans Mignk, P. L., t. XXIII, col. 52 c. (n'J 45); texte grec 
dans Papadoi'oulos, op. cit , p. 135, '. 8-11. Nous avons collationnô avec le 
ms. 1540 de Paris tous les passages cités ici de la vie grecque d'Hilarion 
publiée par M. F^apadopoulos ; les variantes que pré.^ente cette copie seront 
indiquées en note, chaque fois qu'elles off"iron? queicfie intérêt. Sur le début 
de la pièce dans ce manuscrit, voir ci-dessous. Appendice I. 

(5) ri. Gkukh, Leontios' von Ncapolis Lehen des Hciiiffcn Johanurs des 
Barmhersigen Krsbischofs vou Alrxandriim, 1893, p. S2, l. 14-17. 

(6) Après 642 et oeut-étro avant 648. Voir H. G:<;;.zek, ibid., p. X et, du 
même auteur, Ein rjriech'scher Vn/k.^iscfirifist'-Uer dfs 7. Ja/ir.'tituderts, 
HisroiuscHK Zeitschhikt, N'eue Folgo, t. XXV (188'.»), p. 2. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 



â7i 



s. Jérôme, n" 45 
Janique modicus ca- 
lor tepebat in pectore, 
nec pi'aeter sensum 
quidquam vivi liomiiiis 
supererat, et tamen 
aperti.s ocuîis looaeba- 
tur: Egredere, quid li- 
mes ? egredere, anima 
mea, quid dubitas ? Se- 
ptuaginta pi-ope aniùs 
servisti Christo, et mor- 
tem times ? 



Vie grecque 

MÉ/.XtOV ^î SxXîtTTî'.V 

ô [xavApioc; (1), vrjtpwv Èv 
îcijLvf, y.cfzaixidZf. i'Xe- 
Y ï v" 'Ey.TTOpc'Jou, '|i u / yî • 
-tço;3f;;"E;£X0£-T':3'.JTâ- 
Çs'.; ; E>'îoy.T,xov':a itT) 
ÈÔoûXîuja; TtL Xptjxtjj 
y.al OâvaTûv '-soPf, ; Xpt- 
(jTo't; j£ vtaXeT'TropS'Jo'j 
■/_a(po'jTa TTpô; a'jto'v. 



... ~6 Toij âyîo'j 'iXapî- 
(ovo; Xo'yiov, ô'xntep (xéX- 
Xwv Toû pt'ou ÈÇép^^E- 
dOai ÈÔEiXîacjsv xat l'Xe- 
Y£ V T TJ s a 'J 1 û 'I u / TJ * 
" OyiîoTiXovTa (2) I'tt), ai ta- 

TTEIVT) 'I'U/tÎ, £/£lÇ ÔOuXeÛ- 

ouaa Tùj Xp'.axtf) xal tpopf, 
èÇeXOe'Ïv ; £?£X6£, cpiXâv- 
p 10 t: d <; £ a 1 1 v' xa\ eXe yev 
£auT(jJ ô 7:aTpiâp}(T,;' "Eàv 
dyôoïîxovxa ext) SouXEuaaç 

XÔ) XpltTXtï) ... 



Un premier résultat est donc acquis : notre traduction 
de la Vie d'Hilarion se lisait déjà au début du VII'' siècle. 
On peut reculer la date de sa composition de deux siècles 
encore et afïirmer, sans crainte de se tromper, qu'elle est 
antérieure à Tannée 444, c'est-à-dire à l'achèvement de 
Vllisloirc ecclésiastifjîie de Sozomène (ô). En voici la 
preuve. 

C'est un fait admis par tous les critiques (4) que 

(1) Parisinus 1510 : Hyin^. 

(2) M. Gelzkr, Leben des Heiligen Johannes, p. 148, fait au sujet de ce 
cliiffre la remarque suivante : " Da er [Hilarion] im vorangehenden Capitel 
[le la Vie écrite par S. Jérôme] ein 80 jâhriger Greis genannt wird, haben 
die Erkliirer sehr kûnstlich die 70 Jahre von dem Eintritt in den Mùnchsstand 
oder vom Tage der Taufe an gezahlt. AA. SS. m. Oct. T. IX S. 30. Indessen 
aus dem Paraileltext des Leontios ergibt es sich, dass in den Worten des 
Hieronyinus ein aller Fehler steckt ». Puisque la Vie grecque d'Hilarion est 
d'accord avec le texte latin, l'explication des Bollandistes nous parait préfé- 
rable à la conjecture df M. Geizer. Léonce n'ayant pas cité textuellement, 
on peut croire qu':c; aussi il s'est écarté de la biographie ou plutôt qu'il a 
voulu harmoniser le détail en question avec le début du chapitre précédent : 
^llv ^t xo'xE ô ày'.o; dyooTÎxovxa èxwv. 

(3) Voir P. Batikfoi,, Anciennes lUtéralures chrétiennes, La littérature 
grecque, 1897, p. 218. L'ouvrage de Sozomène s'arrête à 439 ; c'est pourquoi 
M, Hahnack le date plutôt de l'année 439 environ {Real-Encyklopûdie fiir 
protest. Theol. und Kirche, 2" éd., p. 415). 

(4) M. IsKAKi, croit, à tort d'ailleurs, que Sozomène a emprunté tout ce 
qu'il dit d'Hilarion à l'écrit de S. Jérôme, en ajoutant seulement quelques 



27^2 LE MISÉON. 

So/omriio a mis à contiihution la Vie (rililarion écrite 
par S. Jérôme, pour rcnliiicr la double notice dans 
la(juelie il a reti-acc'; hrièvemeiif la cariieic du célèbre 
Ibiidateiir du monacbisme palestinien (///.s7. ('ccl., III, li 
et V, 10). En même temps, on émettait l'iiypotlièse — le 
man(jue de iTiatériaux intei'disait de s'avaneei- davantai^e 
— (jiic riiislorien avait emprunté à lliaiiioiii'aplie par 
rinlermc'diaire de la traduction de Sopbronius (i). Que 
So/omciie n'ait comiu (|ue la Vie lireccjue anonyme, c'est 
ce (pii, en tout cas, parait induititable. Le lecteur en 
juiicra s'il compare attentivement les trois textes en 
(|uestion. .Nous nous contcntei'ons (le lui citer les passaiics 
les j)lns pr()i)anls. 

Jcrnrnc, »" 2 Yic (/rccquc, i)° -j Sozomrne, III, 14 

Ililaiion oittlS vico 'l'/.'xyU.y/ £-;îv/ïÎOt, Èv ToJTfu oi -a-pi; ;j.iv V' 

'r,il);itli:i, qui cii-cilor x (-> v- <"> x 'i a â . }'-.:; (-) a 'i a à /. lô <j. r, -_•>'>; 

(liiiii(|ue niillia a Gaza -ly-o-j -v/zi >j.C/.:oi à-ô vo'-ov oi l'à^r,; /.s-.- 

uilic l'alacstinac ad -r,; l'-xl-xU^n -rJ/.zo>; -f,; y. ivr, ... 
Auslniui situs est ... IIa/,a'.7T''/T,;- •vô; -/o'-rov 
y.i'ii'x: ... 

w :i n" :! Ibi'd. 

Au(li(Mis aiiteiu tune 'Axo-Jdw oè totî jjv- 

celehic noincii Aiitonii, x/tû; tô ô'-/o;j.3t to-j i- 

(|ii()(l pci' niniics Aegy- y- ''•'''' '•^'•'~<""''''^'-'- ''"^r-' '^'•^ 

pli poiXllo.S rci'OliatUl', -'X-j-io-/ Tiov OT^y-Cov TÔ; 

lllPOIlSUS viscildi eius AiyJ-TO'j oi£-^r,7.t^îto, i- 

studio, pcrrexit ad erc- 'rx-J\i:; rï, ~-ojof, -oo; 

détails imnr/i)i(!s par lui (Zeilschr. f. îc/.m. Tlieoh, t. XXIII, p. 132-137). 
M.ZiKKi.KR a icfiité cette opinion, sans coiiti>stor que 1 historien grec ait 
connu le travail do son prédocessenr : « Wir lialten es zwar fiir môglich, ja 
fur warscheinlich, dass Sozomcnos die \'ita Hilarionis des Hieronymiis 
bereits gekannt und benutzt liât, denn die von Soplironius gcfertigte grie- 
fhische l'ebcrselziing, deron cr sich bcdient liaben wird, war der Abfassung 
dos lateinischcn Originals auf doin Fiisso nachgefoigt iind schcinf vicd golescn 
wordon zu sein n. Nnic Jahrh. fin- clei'l.sche Théologie, t. III, p. 157. La même 
reiiiaïqiio est formulée déjà par Tii.i.kmo.nt, Mémoires, t. VII, p. 260. 

(1) TlII.KMONT et ZôCRI.KK, lor, cit. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 273 

miim. Et statim ut eum xô Osàjaddai ajxov, .... Ka-à OÉav 'Avtw- 

vidit, mutato pristino TrapTjXOsv si; xV' ^pv '•'"'j'-' ~^~-' iJ-t';iArj\> >j.o- 

liabitu, duobus l'ère jj-ov, y.al loôjv aùxov, va/où £ 1 ; tv/ £pT);jLûv 

mensihus jnxta eum eGOew; àX>.â;a; xo t/V t,ÀO£- xal CT'jyyEvoaE- 

maiisit ... ÎJ.a xô TTpoTEpov, o'jo y.r,- vor ajxoj — aoa — Àt,7'!- 

vaç ttXt, jiov aûxo'j Èixît- (o ; oiÀoTO'^çr/ svvd). 

V £ V . . . 

et pareil tibus jain de- "/.ai xwv -'o-yicov a'jxou Raxa^a^icov oi xjÀî'j- 

functis, partem SUb- xsXî'jXT^axvxojv , ;ji- xr, Tavxa;xoj:;-ax£pac;, 

Stantiae fratribus, par- po; [Jièv xr,:; oÙTÎa; xo";; eU "oÙ; àosX'jojî xa\ xo'j; 

tempau péri bus largitus à-îïX'Jol:; o'!i5a)j'.v, !J.£poî oEoaA/o'j; xfjv O'j^îav 

est, nihil .Sibi onmillO oè xol; -xoj/o"; o-.avEÎ- -î-.EvE'.aEV oùOè-/ os -av- 

reservans ... M- a;, o'joÈv Éx'jxcu xô xi-aji ■/. axaXi-wv iau- 

aûvoXciv û — X î '. — ;j. £ - x(Tj . . . 

vo ç ... 

En ce qui concerne le passaiiC qui suit^ il est utile de 
rappeler que si Sozomène a emprunté à la biographie, il 
l'a d'autre part enrichie à l'aide de ses informations per- 
sonnelles ; au besoin même, il l'a rectifiée (i). Habitué 
à combiner habilement des relations diverses (-2), il a 
corrigé ici sa source, tout en ne laissant pas que d'en 
conserver çà et là les termes et l'ordonnance. Les termes 
et l'ordonnance du latin ? >ion pas, car la construction 
latine diffère notablement de celle de Sozomène ; la dis- 
position de la phi'ase dans la Vie grecque lui est, au con- 
traire, tout-à-fail parallèle. 

Jcrômc^ n" !> Vie gj^ecque, n° '.) Sozom()ne, III, 14 

Exstrueta deilloepS È-oÎt, jev iauxôj 0;/.r,T'.; oi t,v a jxtjj 

brcvi (.'ellula. quae U- 7y.f,'/v/ -Xyxou; -o- ooy.ix'.ov ;j.'./.pôv .... fj- 

sqiie liodie permanet, oojvxîjorâpojvy. al 'j-i/oo; pous; x£ xai u<i/ou; xaî 

altitudilie l)e(ltliu quin- rTj/ojv xp-.or/ (3), xïî; f,X'.- y-v/.o'j; xojoôxov ô'aov 

que, hocest Statura sua /.(a; aùxoO -/a;j.T,Xox£- Éjxwxa |j.£-/ ■/.£/'j'f£-/a'. 

(1) ZoCKi.KK, art. cité, p. 157-102. 

(2) Voir P. Batikkoi-, .Susomène et Sabinos, Hyzantimschk Zkitschrikt, 
t. VII (1898), p. 265 s(|f|. ; Haunack, Real-Encyhlopàdie fier prot. Theol. -, 
p. 415 sqcj. 

(3) Parisùiits 1540 : ttooôjv ~£/X£, au lieu de ra,/C')w xpitov. 

IS 



27 i LK MLSÉON. 

liumiliol'e, porro longi- pav, t:o\j oi yv/.oo; (l) tI// zî-f a/.f,v, xe-^evov Ô£ 

tudine paillo ampliore, otov i/ •/. aOîJocov toJ; -cioa; tj^XÉ-'eiv £r- 

quaniGJUS COi-pusculuin ioJvaTO /yr/r^TX'.. i-ii-y-i:, Elvai. 
patieLiatur ... 

Sorijjturas quoque /.'v. ~.wi â-'Hov l'oa-^oiv -/.al ;j.vT^|jLtov y.a' ÈTTTÎ'io- 
sanrtas inemoritor te- i;j.vT,y.ovso£v ... Ào; àxo-'ir,; -ûiv '.Eowv 

JiClls ... l'oot'fojv ... 

ilosycliill.s ... oorj)US 'HîJ/'.o;... ^vj/^Ot, ... 'HrJ/a;... •/./.£ -va; tô 
ejns lui'alUS est. Qliod /./.f'I/a'. -h /.îî^avov /.£'!•> a vov o'.î-/.d;j.tî£v il; 
.Mnjuiiiam déferons ... toô -i-;'>/j y.-/i à7:£-/£-;/.a'.. Il a'/, a'. j-::'/t, v ... 

î l ; oô;a> -fis 1 1 a À a i - 

7-:(vT, ^ -o(7T,;, si; -ôv 

.Maloj'j.iv ... 

>/." .77 M" ;,'7 y. /O 

ibique in qiiodam de- za; /.aO 'î/.âi-T,-/ t, y.î- "Iv/Oa <ît, ;'JÀa j'jÀÀi- 

sei'to agello, lignoruni o a •/ t o /. À i -; co v ; ô À a ■; «o v £y. tojv èotÎjjkov ooôiv, 

(piotidic l;iS(!Oni alli- i-u'.v. yiy-'.U'i v.7.\ à-o- /. xi £7:1 twv coy.(ijv -f-'- 

gans, inil)r)n('bat dorsu -f e'oojv y.aOr,-:/,; aj-roj tu v , £v ttj ro?.£'. oisru)- 

(lisciimli. (Juo in pio- £-(ô/. î; aÔTo îI; Ta -Âï,- à s i /.a; ôaov iTro^f, vt û - 

xiiua \illa \enundaU), n''.','i v.v.\).viOL/y)'À'x. -/.à- -(;> t«1» -: oo-(o tt,v y,a- 

et sibi alinioniani, et his y.î^Oiv îT/y "ôv -ly-.'yi Ot, ;j. ioav Too-iT,v £-oot^-- 

qui l'oite ad 00s venie- ocjto-! ti xai 0'. 7:00; aO- to. 
bant, paiixillulunipanis •:oo;-aoaY'.vd;/îvo'..ToJ- 
enieliant. ■:(;> u.r/ ojv toj Tf^d — fo 

/.'y'JTTTi'.-/ iototôv ... t/)î- 

ÀÎV ... 

M" .■;;/ »•' 5.9 

(Hosyoliins) dn.xit ita- ('IÀa;.''(.)v) à-T,/.Oxv ('IXa.ctojv) f.XOev el; 

que emn ad I'"liidaui'Um ir\ (2) ir^i 'K-ioïjj,ov, AaXjj.aTi'av. 

Dalmaliac oi>piilum. -d/.'.v --7,; AotXua-:{a;. 

Ces i'iij)|)i'(K'lu'm('iils (k'nioiitrciil siillisaiTimeiit que 
So/oinôiic a coniiu cl utilisé la version grecque de la Vie 
(rililaiioii (jui nous est parvenue. Cette version est donc 

(1) Parisinits 1540 : to oâ ;iv.o;. 

(2) Parisiiuis 1540: £'.;. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DL MOINE MALCHUS. 275 

antérieure à la seconde moitié du V*" siècle. D'autre part, 
on sait déjà que la traduction du De \ iris n'a pas été faite 
après le VIP siècle, et que les Vies de Paul et de Malchus 
ont passé du latin en grec antérieurement au VP siècle. 
La haute antiquité de ces diverses traductions nous 
autorise à poser la (juestion de l'identité d'auteur. (Com- 
parons su('C((ssivement la Vie icrec({U(' (k'.MalcIius à chacune 
des trois autres versions. 

! . La Vie d'Uilarion, 

Si nous nous sommes attaché à déterminei' aussi exacte- 
ment que possihh; répo(|ue on fut traduite la Vie 
d'Hilarion, c'est parce que cette question de date est d'une 
grande importance pour l'étude de la version giecque de 
la Vie de Malchus. On ne peut douter, en etfet, que les 
deux traductions aient un auteur commun. II est relative- 
ment facile de fournir la preuve de cette assertion. 

On a vu précédemment que le traducteur de la Vila 
Malcin s'est permis des lihertés excessives vis-à-vis de 
l'original. Tantôt il supprime, pins souvent il am[)lilie, 
ne se souciant guère de rendre le mot latin par le mot 
grec équivalent, encore moins de conserver la construction 
latine. Le caractère saillant de son travail, c'est l'inexac- 
titude. Ce défaut se retrouve à un degré égal dans la Vie 
grecque d'Hilarion. A part les cincj premiers numéros, 
sur Ies(piels nous reviendrons, h' texte grec est en désac- 
coi'd pei'pétnei, an [>oint de vue de la foinie surtout, avec 
le texte latin. Or, en s'(''caitanl ainsi de son modèle, le 
traducteur de la Vie de S. Ililarion s'est sei'vi de tons les 
procédés (ju'emploie le traducteur, non moins inlid«''le, de 
la Vie de S. Malchus. 



276 LE MISÉON. 

i" Les phrases du texte latin devaient paraître souvent 
décousues aux yeux du rédacteur de la traduction grecque 
delà Vie de Malchus {(pie nous appellerons désormais M), 
puiscpi'il les a reliées entre elles, ainsi que les propositions 
qui les composent, par le moyen d'une incidente ou même 
d'une [)hrase entière. Ainsi, p. 458, 10 hoc fruor solatio 
(jiiod ({owinos meos et conscrvos rarius video. \ idebiir mihi 
aliquid liabere saucti Jacoh : -po; -aoaajO-iav... sv/ov o-i r?,; 
o'jttcIjoO; 7(07 os-j— OTwv [j.O'j y.'A T(ov T'jvoo'JXwv ô''|ic<o; "pô; oÀiya; 
71 aioy.^ 'j.-'fJJ.'j.'j'jO'^xry . 'j tji. ô v o v ok t o 'j t o t ô jjl i p o ; t.zoc, 
— ao ày. Ay, a '. V v.y O'^ , à /.A à x a l 70v av-.ov 'A|j£A xal tÔv -a- 
Tp'.âpyr.v 'laxôj^i xtX. — iiô, I Ihdclirum mild spectaculum 

dies illa prnebuit. iJnde recordalus Sdlomonis : y,v Oiajjia 

07.'j|/aTo; àç'.ov c'jTaxTco; —apà t(.)v [jpayjTaTwv y.vdjjLîvov. Ai' oAr, ;; 
'j V T r, ; Y, ;/ £ p a ; Oc to p (.) v t o 'J T o j ; x y i t ô p - ô |j. e v o ; s x 
Twv àvxyxwv jjLOJ èAîyov Ka).^; ô — oAojjlwv xtA. — iii, 18 
cuinijiie pervemssemuH ud Huvium... : \': oXr.z, oï t?,; vj- 
XTo; ôoôJTav-rs;, y,aOo;jlcV i-l -OTa;/ôv — 115, 5 C//>Tmi«.S' : 
x'/î. àvaTTavTs; ixsCOev £7piyo;j.îv — iio, 15 olj'erlur... 

specits : à-o^oOvTc; -oO '^'jytoi/cv -cp'.^jÀs'^àuiîvo'. iv 

aJTO) 7(0 70-(;) cjpo;j.£v 7-Y,Aa'.ov — ii-0, 11) I (U' /;CT rt»^r»/>J 
SOlUll : 'r}, ojvà'j.svo; ojv ''oc^v y, 'jià;, y,c;x70 '-itovaTç xa7a- 
7:)vY>T£'-v Y,uà; Aiytov — ii7, I 1 a /cra tcuetltr : Ta'jxa 0£ 
a'J70'j A£YOV7o;, xy y.-f^rir^Ty.^y. y, Aia-.va xal 70J70V Aa- 

Xo'jv7a o',£77:àpa:£v — i.i8, 3 S«/> /«// c/v/o lerrore el ill<i 
tninsdcUl die : 'E^tVioÙTr,^ ok 7?.; Aca-lvY,;, £7-. 70) ■^o^'io) 
xpa70'Ju.£vo'. Êy-EÎvaijLEv 7y,v Y,;jLip7.v ixc'ivY.v £v 7(0 T-Y,).aû.) — ii8, 
Il /»r/c {ni)is)nissi ad S(d)i)ii(i)iuni Mcsopolumiae ditcetn 
cameloruiH prêt i uni nccepiimis : W-h-tChzy ot Y.jjià; b ■:p<.po\j- 
vo; -po; — aj'.v.avov 7Ôv 7Ô7£ ooOxa 7y,; .M£70-07aij.'!a;. KàxETvo; 
opo'.(o; ij.aO(.)v 7a xaO' Y,tJià; £Xa,j£v -ap" t,[ji.wv 7a; xa- 
|j.Y|Ao'j; 'j£0(ox(o; YijJ-'-v 7a; 7'.U7.^ a'j7(ov xal àTriX'JTSv y, uà; 



s. JÉRÔME ET LA VIE Dl MOI?JE MALCIIUS. 277 

â-TTslOerv £'.'; Ta 'O'.a ust" £':o7,v/,;. Il SLlfïit (le I)ai'COU- 
l'ir la traduction tii-eccjue de la Vie d'Iiilarion (que nous 
désignerons i)ar le siglo H), uième d'une i'aeon très superti- 
cielle,i)our se convaincie ({ue son auteur a relié de la même 
manière, surtout par des participes, les faits exprimés avec 
plus de concision par le texte latin. Quel({ues exemples, 
entre mille, sutliront à caractériser la méthode du traduc- 
teur. P. 1)1, 16 (i)/^7e^«/i/ r//»c/i; A syo'Js-r,; o£ ajT-7,<; Ta'JTa, 
è'xXawv -âvTS;; — 95, 17 Cui SdUCtUS.. ilUfuU : 'lotov r/i y.l-y. 
jjLaxâp'.o; £^-£v aJTo) — 97, 9 liof/alus crgo a f'ratribus : 
'Axo'jTa; o£ Ta'JTa 6 av, o; xal -o/./.à —aoà twv ào£A'i(t)v —a- 

py.y.lffkiç, — 99, 27 xVo» soliim (iiiton in Piilaestina : 

T a y T a oï ti o '. o v t o ; x al o ', o à t x o v 7 o ; t o ô o û )> o 'J r o j 
©eo'j, oj ijLOvov sv-rf, liaAa'.TT-ivr, xtA. — 1 15, 29 Povro SUSCCpti 
ah alio monaclio, cui Sdhas rocabulum est : ^h-iva; o'jy -ap' 
a'jTto 7y,v Y, a£oav i'/.tiyf^y , Tr, É'toOôv éçîâOwv i-ozvjz'o 
e''ç TÔ [j.ovaTTY|p'.ov TO'j ào'£A'io'j X'.Jjà — 1 1(), 8 Kt smictHH.. ail : 
àxoÛTa; 5k TaO-ra ô ày.o; £!!-£v a^TO^i; — 131, 28 /"f/^^ : 

oc-âpaç £x£';0£v.. v-Oev — Mi, 55 (/i/os otnne.s adjuravit : 

'Iô(ov ok ka'JTOv ô à"'', o; xa Ao 'j'ji£ v o v 'jto to'j K'joioj. 

■/.;ûocr£v aJToû;. On rcmai'quera la similitude qui existe entre 
certaines des locutions employées |)ar les deux traduc- 
teurs. 

2" M a une tendance marcpiée à donner l'explication 
des faits simplement énoncés par le latin. Ainsi qu'on l'a 
déjà fait observer plus haut (2), l'explication est souvent 
inutile, parce qu'elle se présente d'elle-même à l'esprit du 
lecteur. C'est ainsi que le traducteur rend l'incidente etper 



(1) Ces chiffres indiquent la page et la ligne de l'édition de M. Papado- 
PCiii.os-KiCRAMEus, 'AvâXcXTa 't£poToX'j;j.fr'.y.Tiî (jtay^ooXoyia!;, p. 82 sqq. Nous 
citons la Vie latine d Hilarion d'après Mic.nk, /'. L., t. XXIII, col. 29 54. 

(2) Page 226. 



:278 1,E MISKON. 

rastaw cj-cmiDn senqwr ruiiUDii tinwutcs parxaî ôz/j-i-zo) 

iJL (.) '. à -■}: '^ 3 - 3 à c è o V, u o 'j - o o £ j o a s v (o v 'r, a (5 v , 
ïoliY.OsvTeç |r>, -stouîv à-ô ty,; y.yArfJ.o-j (i.lS, l),|)OUI' OX|)li(JUPI' 
la crainte dos l'iiiiitirs. C'est ainsi encore (|u'à ces mots : 
IkiIk'U) ïne mai-tip'ctn potius (ju<i)n ttiarituni. ï/z <xt aàcrjoa 
uà),),ov Y, 7VO07., le traducteui' ajoute : Iva -àp p.>, 7'j!^£'jyO(ô 
yjva'.x-;, TOJ; -'Vyzî; 'inj ç'jyf'ov iyxaTrAc-.-ov (ii(),î)). La IllêlUO 
tendance lui fait dire : tjvs/iÔ; s-.'; -y. ô-i^M à-oTrpecîôijievo', o-.à 
TY.v "'•)■'' 0'.'.)XOVT(.)v Y,'j.à; sy.'iOjOv -007oox{av y, to 'ay, s; c'x£{v(.)v 
pj-OivTa; ToC; c-i/o'io'.; xaxo-!; ttoj -£C',-cT£'7v (iio,.")), aloi'S (jlie le 
latin porte sini|deinent : posi icrfiion sonjwr (ispicnnus. 
l*areill(Mnent, on lit, p. iU),ir) : ëtty/.cv iy.Zv/6'j.v^oq Y.uàç Cva 
y.'jToyî'.p X7.0' Y,u(.)v "'£vo'/£vo; ty,v Oy.^'.iooy, 'jL7.v'!av aùroj àva— aÛTr,, 
poiii" )i()sl}-inn (•.ispcddt (ulrciiluni ; (). ii7,l : ôptôuEv /ia'.vav.. 
ajTOv... à-o-v'.raTyv à-£V£yx£'?v £''ç Tov 'i(i)),£Ov ajTY.ç" y,v vàp èyojia 

Txjjjivov £X£C, ce (lerni(M' membre de j)hrase n'ayant pas 
(ré(jnivalent en latin. In procédé du mémo iionre, fami- 
lier à M, c'est d'expi'imei' les nioindres circonstances de 
l'action, circonstances (pie S. Jéi'ôme passe sous silence 
pour se borner aux traits princii)au\. Au n" '> par exem- 
ple, on lit : ituidil iiiiln cofiildlio ut ml putr'mm peryercm... 
('.Intnnn' corpit ahlxts ))i('iis dinholi cssc tentutionou . Le ré- 
dacteur gi*ec. aj)i*ès avoir traduit la première phrase, 
continue comme suit : lloX'.opxoJusvo; ok toJto'.; toCç Xoyijpior; 
xv.'i 'zy.y.iTfy Y,|j.£oav, v^/y.-'-xi^hry tco -vE'juiaT'.xô) -aTol ty,v TO'.a'JT/",v 
TY,; 'l/'J/Y.; uoj voTOv à-oxaA'J'];a'.. 'AxojTaç o£ h à^'ioç â^jîiàç -riixtÔv 
).£•'£', i^o'.' Tixvov, UY, àxo'Jo-Y,; u.y,0£ OeX/iTy,; toOto TîpàEa'. 'ayTri 
^-aljo/.'.XY,; y.y.y.o-zyyioLç h-'v^ -oiyU (p. i5('), )■}) . 

Il amplitio par des m(»yens identicpies la biographie 
ori^^inale d'Ililarion. Il e\pli(pie : ainsi, lors({u'une femme 
slei'ile c(Miit imploi'er le saint, le texte latin rapporte 
(|u'elle lui crie : Quid avertis onilos ? quid rogantem jïigis ?, 



s. .lÉKO.MK ET I.V VIK 1)1 MOI>K MALCIIIS. :279 

tandis (lue le texte giec, p. 8î), 29, l'ait précéder ces mots 
de la remarque suivante : c- 03 -'owv aJr>,v siJYcv à-' ajT?,ç* 

O'joî-w yào, à'^' oO à-STacaTO, i'/.yj.r^/.z: -.^'■xrj.'.yJ. , y, oaw; îZ-V-vOî'. -po; 

aJTÔv yjv/,. Plus loin, S. Jérôme raconte (|ue les moines 
palestiniens suivaient en foule llilarion et visitaient avec 
lui les monastères, liabcntes vialicuni suiini ; la raison 
pour hujuelle ils se nmnissent de vivres est facile à devi- 
ner, aussi est-elle indi(|uée en toutes lettres pai- le texte 

grec, p. 115, !2() : v/a ;j.>. xo-ov -y.zi/M-y. -oo; oj; -apaY'/zO/T'/', 
àosX'iO'J;, 77.; yzz'.y.^ a'JTwv àrro t(ov |j.ova'rTY,vx.)v à-cXoy-uovTO. 

Au n" 40, il est question de la tentative hardie du disci- 
ple d'Hilarion, Hésycliius, ]»our transporter le corps saint 
de Chypre en Palestine. Hésycliius est forcé tout d'ahord 
de dissinmler ses projets, ut (lilif/entis custodiac susineio- 
nem accolis loUcrcl. Seul, le texte grec indiipie ex}>licite- 
ment, p. 155, 19, ce qui devait inspirer de la défiance 
aux habitants de l'ile : to oï AE'i-Lavov ... ol KJ-o-.o'. iiJAaTTov, 

oeo'.ÔTs; u7,-(o; x)i6(0T',v aJ7Ôv o[ y.~ô 7-?,; Wyj.y.'j-iYf^q -y.zyrç:/0'xz- 
vo*. Y.yhf^~y). aJTOJ. 

H com[)lète l'original : les passages où il supplée au 
silence de son modèle, sont innombrables. Nous avons 
étudié une (piarantaine d'additions de ce genre, qui toutes 
sont dans le ton des dévelop[)ements ({n'introduit le tra- 
ducteur grec de la Vie de Malchus. Pour ne pas trop allon- 
ger, nous nous contenterons de citer un seul exemple. Il est 
emprunté à cette histoire de la femme stérile dont il vient 
d'être question : le saint promet la guérison et le texte 
latin ajoute : vuutciiujm' (miilicrem) Idcrijniis pivseciiliis, 
l'xacto (inuo vidit cimi filio. Cette |)hras(' devient en gi'cc, 
p. 90, 9 : 'Yizi'j-zz'^^v^ ryj'/ Y, yjVY, y7.'!pc/'J77. -pô; Tov avopa aOr/,;, 
xa», £v yy.T-rA ),a|jOj77 stcXcv j'.dv, X7'. -ÂY.ptoOivTo; toO sv.ajTO'j 
YiY^tyev aJTÔv Trpôç tov ay.ov sjyxp'.TTO'jTa t(Ô KjcÛo. "lowv oz tÔ 
Tra'.o'iov h ày.o; E'JXoyYjTSv 7'jtÔ x7'. tov -ixii^y. ajTO-j X7'. ty,v [XY-Épa, 



^80 LK MLSÉON. 

■/.al j-STTpS'l^av £'.'; tov 0'//.ov a'jxâiv, sJAoyoOvTc; tov Hsov (iL Toutes 

les autres ajoutes sont faites sur le même })lari. 

5" Dans une autre série, non moins (•()nsi(léral)le, d'ad- 
ditions, l'auteur de la Vie gi'eeque d'ililaiion s'est proposé 
de faire mieux ressortir (jue le texte latin, l'importance 
du rôle d'Hilarion {-2), son enseignement ascéticpie, son 
influence sur le peuple et les moines, son crédit auprès 
de Dieu. L'histoire de l'ascète palestinien a donc été déve- 
loppée par le traducteur dans le n)ème sens ([ue la Vie 
de .Malchus (.-,) : on constate à la premièi'e lecture (jue les 
deux versions visent à glorifier le hci'os en même temps 
(|u'à édifier le lecteur, dans une pins large mesure (jue 
le texte original. Ainsi, d'ai)rès le texte grec, .Malchus et 
sa compagne imploient la héiiédiction divine, rendent 
plusieurs fois gi'àces à Dieu pour un hienfait (ju'ils en ont 
reçu [i) ; dans II, tantôt c'est llilarion lui-inème, tantôt 
ce sont les malheureux secourus ou les malades guéris 
j)ar son intercession (jui prient, (|ui remercient et (pii 
louent le Seigneur (.;). Là, ce sont les moines ([ui se 
réjouissent du ])rogrès de Malchus dans la vie ascé- 
tique ((>), ici c'est llilarion qui épiouve le même sentiment 
à l'égard de ses disciples (7). M met en relief les ohliga- 
tions monastiques de pauvreté, d'ohéissance et de chas- 
teté (s), H contient un interminahle discours d'Hilarion 

(1) Le Parisi)ius 1540 porte : ... s'jÀoynjôv a'IiTÔ xal Tr^v jj.TiT£pa aoxoy y.ai 
bTzé<7Xç,v\/v/ sis ~ôv oTxov aÙTT^; c'jXoYO'jja xôv K'jptov. 

(2) On iemarf|iieia spécialemetit les jiassages suivants : p. 113, 11-17 ; 127, 
14-19 ; 128, 10-12 ; 129, 19 33 ; 130, 16-131. 6. 

i3) Voir cidcssiis, p. 238-245. 

(4) Voir p. 244. 

(5) Cfr. H, p. 87, 10; 90, 8, 11. 14 ; 92, 1, 26-28 ; 94, 1-12 ; 95, 9-13, 15-16 ; 
96. 10-13 ; 97, 26-28 ; 101, 16-20 ; 119, 30-32 ; 120, 7 ; 123, 9-14 ; 131, 10-17 ; 
131.7-9; 135, 12 ; 136,5-6, etc. 

(6) Voir plus haut, p. 241. 

(7) H. p. 103. 9-10. 

(8) Voir p. 239-245. 



s. .IlillOME Kl LA Vii: 1)1 MOlINIi MALCIILS. 281 

à SCS moines sur les tnèmes vertus (i), disconi's éniaillé 
(le iioiuhi'eux pMssaLfes de l'Écriture, dont trois sont 
précisément cités par M à ra[)pui d'une thèse identiijue (-2). 
D'après M, les maux (pi'a soutïerts Malchus ont été permis 
par Dieu (r,i ; selon H. le démon s'elVorce de nuire à 
l'honmie dans sa personne et ses hiens, et juscpie dans 
ses troupeaux « si le Seiiineur le lui permet ; car sans l;i 
permission du Seiiineur, h; démon n'a aucun [)OUVoir 
sur l'animal privé de raison » li). Kt ce rôle du démon, 
H l'a grossi en maint endroit (:>), comme nous avons vu 
qu'il a été grossi par l'auteur de la Vie grecipie de Mal- 
chus (()). 

ï" Il a été constaté [)lus haut 17) (pie .M suhstitue fré- 
quemment le discours direct au discours indirect du 
texte latin, ou (pi'il Tintroduil là où aucun discours ne 
se lisait dans roriginal. (le procédé est si cher au rédac- 
teur de II (pi'il ne l'emjtloie pas moins de quarante t'ois. 
Particularité non moins tVa|)pante, l'auteur de H, tout 
comme celui de M (s), gr{)U|)e volontiers les traits simi- 
laires ([ui sont (Soignés l'un de l'autre en latin (ii), et à 
l'imitation de M (10), il aime à rapjxdei' au moment qui 
lui paraît op[)ortui), de menus faits ('nonces antérieure- 
ment (n). 

(1) H, p. 103, 12-113, 7. Ce discours est certainement du même auteur que 
le reste de la traduction ; voir ci-dessous, p. 28(3, noie 1. 

(2) M.p. 436, 12-14; 449, 6-7; ■150,2-5 : H, p. 104, 23-24 ; 111, 19; 111,24-29. 

(3) M, p. 434, 15 ; 448, 21-419, 1. 

(4) H. p. 102, 19-23. Cfr. aussi H, p. 99, 18-19. 

(.5) H, p. 94, 3-4; 94, 32-95, 3; 96, 27; 98, 6-7; 99, 17-26; 101, 26-28; 
105, 2-7 ; 114, 22 23 ; 132. 24-28 ; 133, 5-12. 

(6) Voir ci-dessus, p. 241. 

(7) Pages 233-234. 

(8) Voir p. 234-2:56. 

(9) H, p. 88, 19-23; 92, 15-19; 134, 1217. 

(10) Voir p. 254, note 2. 

(11) Nous ne pouvons citer tous ces textes ; cjue l'on veuille bien comparer 



:282 LK MisÉON. 

o" Les deux traducteurs sont d'égale force dans la eon- 
naissanee de la langue latine. Si M a omis (juel([ues pas- 
sages dont la traduction lui était malaisée (i), Il a 
supprimé deux ou trois phrases d'interprétation ditïicile 
pour tout autre (ju'un Latin. Voici, par exemple, une 
allusion aux usages romains (|ui n'a pas d'(''(juivalent en 
gi'ec : Hoc {(Ajreiises cqiios imtrire] sùiiiuhnn iu li<nn<(ins 
u) hilnis jdtn iudc servabntuv ii liomnlo, ut propto- fclicon 
Sdhiudi'um raptuni , Conso, <juasi conùl'wrum Deo, qua- 
(Irifjae septeiw currant circumhu (n" :20) (:2). Quant aux 
contresens, ils sont également nombreux dans les 
deux versions ; parfois même, ils sont de même nature. 
Ainsi, lorsque M traduit Sisiheni ayclli par xtoijir, lt-^"j<xv/r, 
N'.T',[i£V'!a (5), il prend un adjectif pour un substantif; 
H commet une erreur semblable en lendant liactnttn 
lamelum pai' xi;ji.y,Aov A£yo|i.£VY,v riàxTC(ova (p. IOI,:2Sj (0- 
Lors(|ue M considère an comme une particule condition- 
nelle (.i), il ignore la signification d'un mot ; II fait preuve 
de la même ignorance, quand il voit des noms propres 

H, p. 88, 12-13 à 85, 26 ; 88, 19-23 à 85, 29 et 86, 17 ; 89. 10-11 à 85, 27-28 ; 
113, 9-11 à 103,7-10; 117, 31 à 118. 30; 122.20 à 120, 14; 124, 14-16 au 
n» 30 ; 130, 27-28 a 131, 20-21, etc. 

(1) Voir p. 236-238. 

(2) Sont encore omis: au n° \^, Etcnim littus — aspeclum ; &u n° 21, 
Noluit autem sancliis — fidem ; au n° 22, 7-utihts coma — Francia vocatitr ; 
au n" 43, Nihil aeqiie per circumitum — desiderabat ; au n° 4f), jamque 
modicus — ocuUs. 

(3) Voir ci-dessus, p. 24()-248. 

(4) Dans le Parisiinis 1540, il y a : yA\xT^\o'i xiov \z';o\xi\tii^i pâx-Tç-wv. 

I.")) Voir p. 2r)0-251. La conjonction an se rencontre trois fois dans la Vie 
d'Hilarion (n°* 8, 28 et 40) Chose curieuse, H ne l'a traduite qu'une seule fois 
(p. 117, 11) et par et, dans une interrogation indirecte ou la langue grecque 
admet l'emploi de ce'te particule. L'un des deux autres cas est une interroga- 
tion disjonctive : Quid cnim interest vlvum... an (n" 40), où an ne pouvait se 
traduire par un simple z\. Tout comme M, H parait considérer n>i comme une 
paiticule qui équivaudrait exactement à el. Par contre, on ne peut contesloi', 
comme nous l'avons fait plus haut. p. 248, note 1, que le traducteur connaissait 
le sens d'a^<;//i*s, qu'il traduit par XTjito; (H, p. 117, 8) et par àYpd; H, 
p. 129, 7). 



s. JÉIlOMi: ET LA VIK DU MOI.NK MALCHUS. :285 

dans les termes chtssem (KXà^Tav 1:26, 7) (i), hrevi lemhn 
(Bp£[3':X'.a^iov loi, -2î» h) et schcdiila (ïx-.voo-jAà 1 ITi, 10). 

()" Le vocabulaire des deux versions n'est pas d'une 
richesse extrénie. Dans une seule phrase (ii!2, 1:2-19), 
M va jus(ju'à répéter quatre fois le veihe xo;j.^(o, pour tra- 
duire les mots latins traliehant, eyerelxmt, illata ; dans une 
seule» [)hrase aussi (1:21, 17-:20), H emploie (juatre fois le 
sul)stantif tô-o? comme équivalent de strcilu, cuhile et 
ccllula. Les mêmes expressions reviennent fré(piemment 
sous la plume des ti-adueteurs, et c'est même cette res- 
semblance entre les deux versions au point de vue du 
style, qui nous fournira le plus sûr critère dans la ques- 
tion (jue nous examinons. Voici en effet une série de rap- 
prochements qui ne laissera, croyons-nous, aucun doute 
sur l'identité d'auteur : 

Il p. 86, :2:2 xr, 'j-ep|3oÂr, Twv vy.TTeuov ; 89, 5*2 o-,' -j-epiSo- 
Xv 0/.'!(|>£a>; ; î)0, :25 -rV.v •j-£o[ùoVf^y t/,;.. TJiji'^opà; ; 98, 8 rr, 
!J7rep[jo).r, TT,;.. a"j[ji.[ji.ay{a; ; l:2i, :2 xaO' 'JTcspIjOÂYiV Tifjwôvraç ; 
1:27, 5:2 xaO' 'jT:£p[joXr,v (ôyxwfjiÉvo; ; 1:28, 51 xaO' •JT.^o^ioVr^y . . 
TÙ^c/J.o-^ny. ; Il29, 15 xaO' •j-eplîoÂYiv txiyaç : M [). 445, :2 avjopoç.. 
xaO' j-cpi'iioXY'.v ; -ii5, 12 tt,; -j-epl^oXY,; toO cpôC^o-j ; i46, 10 r?i toG 
'wô[ioy 'j-spJiJoAyj — H p. 86, "29 twv oa',|j(.ôv(ov c'.'cr'.v al usBoôerai. 
[dacmonum ludibr'm) ; 87, 14 6 èyhoo^.. sTipa-.; ucfjooeia-,; -s-.- 
pâ^E'.v avÎTÔv è-eye'lpe'. ; 88, I rayTa'.? raï; pisQooeîa'.; to'j iyjipo-j ; 
105, li rà;.. ToO éyflpoù [jieGoôe'iaç, même expression encore 

(1) L'édition de M. Papadopoulos porte HÀâTaav, mais la confusion ende 
fi et X esf, coinnie on sait, des |)liis faciles et des jilus fréquentes dans les 
manuscrits en minuscule La version slave (voir Papadopoulos, op. cit, 
p. 422) et les recensions giecques dérivées ont d'ailleurs KXâjaav ou KXâaav 
(qui est la le(.'on du CoisI inianus 110, f 102^) Dans le Parisitius 1540 il y a 
au>si : RXi-ruav. 

(2) Parisinus 1540 : Bsp'it'XiiJ.Ttov. La recension de Mélaphrasfe porte Berbi- 
limno)!, le panégyri(|ue de Néophyte le Reclus : Hîp'iTÎXsiijLixov, le Coislini- 
a7n'.s 110 : Bir.^Xi^i'i.o^,. Voir Acta SS., Octobi is t. IX, p. 59 A, 53 E. 



:284 Li: MisÉON. 

p. 107, -2S et 1 1-2, -29 : M p. iôG, S rajTr. T/; ueOoocia.. àzw- 
£o-cV ô eyOpô; ; iôO, ,) xaTa -a^wv tcÔv toO o'.aljoÀoy [jieOooE'.wv — 
Il |). l)i, 2!) Trj Toj Kjp'ioj ojvà;xc'. ; (le nièiiic p. JÔO, 18 ; 
17)1, () et 27 ; I'm, {) : M p. iiî), IT) t9, tgO Kjp-ioj oj/àjjis' 
'ijAaT70;jL£vo; — 11 p. 87, 8 Kj^iô V/r/Jc-, ijio'. ; I 12, 50 o-.à -?,; 
ToO Kjpîoj rioY/jc'>/; ; trois fois on rencontre l'expression 
Y, [joy',0£'-5'- "o'j Wso'j et une fois y, [jOY.Os'.a toj Xp-.TTOj : M p. ii-,"), 
I-) xaTa -oovo'.av to'j.. T(Ôv ZjjOy/Jy'-ojv [jOY/jô'la; Ivjcioj ; ii(), 7) èàv 

[ioY/iY.crY, TY, Ta-E'.vfoTc', Y,;j.(r)v ô Ivjp'.o; (si juvat Dotnimis itilscros) 
— Il emploie très frcMpieinnient la loeution Zo-y.'Cev^ tov 
Wcov ou kjv.ov ; notons spécialement 92, 1 yaipovTe; £oo;al:^ov 
tÔv K'jo'.ov v.al cj/ao'.TTOJvTîc 7(.) àvù.) ; \)>), 1») èya'.ccv xal £o6:al!^c 
Tov KJp'.ov ; *M), 1 1 ioily.'^'j'^ tov Hsov £->, to-T; ■'•'■'^I-'-^'''^'-; Oa'jjjia- 
7'>y.; : à l'approelier de .M p. ii7, () ;ji£Tà yapà; -oaay,; tov 
Kjcov £oo;à7au3v ; ii/, 20 oocà^couLcv tov WcOv y,|jlc5v £'jyac'.7T0'jv- 
T£; a JT(o ; ii7, 12 s-i. to'jto',; to',;.. to'j K'jpio'j Oav(Jia7'!o',; 'jjjlvo'jv- 
T£; TY,v ooçav ajTOj 11 p. 80, 2f) y, £v (")£(Ô ajTO'j -oA'.TE'la ; 

loi, r> Y, o£ T(ôv uovay(.)V r.oL'.'t'.y. ; 108, ,) to'jtov o'jv ty,v -o),'.- 
T£'!av la'.uY.TaîOa'. 0'i£'rAou.£v : .M p. i.)0, 1 i xaTa Tr,v ivOîOV £X£{v(ov 
-oA'.Tc'iav ; |). iôi, -£pl TY.; -oA'.Tc'laç twv ;jiovay(ôv ; 447), 17 
t'va TY,v £v Ta'?^ -pà;£7'. t(Ôv àyùov [j.',uLY,<7wvTa'. -oÀ'.TEiav — Il p. 

00, 17) •J-£7Tp£'|;aV £!.'; tov rj\y.O-/ a'JT(ôv ; Oi, O 'J-£'7Tp£^Jy£V £'.'; TOV 

O'ixov aJTO'j ; 00, 'j-£TTpe^J>£v oùv Yj yjvY, yy.'.zoj'yy. : M p. iS»'), 
20 •j-oTTp£'}ov £'.'; TOV o'Ixov Toj (/// ^r/ juitrinm j)cr(/C)'cni) ; ii2, I 

■fV'.'jW* 'j-i'J-ZZ-j.t^ Il p. 01, 2 irjO'jlX Zï a'JTOV £-£T£ "pô; TO'j; 

-ôôa; a'JToO xXa'io'JTa xal A^YOUTa" Opx'il^w tî tov K'jp'.ov Y,jjitôv '1y,- 
TO'jv Xo'.ttÔv X7.1 TOV T'!u.',ov xal £voo;ov TTajGÔv aÙTO'J (OTTe... Cva... 
(>4f/ 7//e/;i e»/yi pcrrcnissct : l*rcror te, ait, pcr Jesitin cle- 
innUissinnnn Dctini ïiostnun : ohtc.stor jwr oiiccm ciiis et 
SdUt/llilH'lU lit...) : M p. iiO, I I 'loo'jTa o£ Y, yjvY, iv t/, TXOT'ia 
TY,v uàya'.pav ),àu.zo'J77.v 7:poT£7:£T£v £'.'; tojç rrooa; uo'j AsyoyTa* 
Opx^(o 7£ "Iy,70'Jv Xg'.ttÔv tÔv K'Jo'.ov TY^; oo;r,ç Cva... [luilc illd 



s. JÉRÔME ET LA VIK DU MOINE MALCHUS. ^85 

peclihus meis provoluta : Precor te, inquil, per Jesum Chris- 
tum et per Indus fiorae necessitatem adjuro ne...) — H p. 
93, 1 ;jiôvov x!.vo'j[Ji£vr,; tt,; yÀoWiY,; aùxoO {cum SoUim linyiiam 
moveret ad preces) ; 1:25, 4 u/.ts -à; y).(ôa-5-a; a-jxwv ''Ty'jovT$; 
xi,VT|7a'. : M p. 4-46, 8 TO'.O'JTw '-pojjw o-'jvsTysOr^jjiev w; av-j ''t'^Ûsiv 
xàç yXÛTTaç Y.awv s-'; XaAlàv x'.vriTa-. [mutive llOll aildeo\ — H 
p. lOO, 1 I 'jT/iyTf^'S'yy oï aùrw.. |jL£Tà -aTYi; T-O'Jorii; (cwm ingeuti 
honore et comitatu) ; Ili, 3 ijieTà -oaHiç 5--oyor,;.. TiapeyiveTo 
(quantum autcm fuerit m eo studii..) ; 1 18, 24 jjLSTà 7ro)AYi(; 

a--0'J0/,; -aoeyîvovTO ; 1^2, 12 fj-STa -o/jSr^ç, t-o'jo/,; o',£0£'jv(5v : 
M p. 439, 2 ;j.£Tà -â^Y,; t-O'joyi; É'i'JAaTTOv Ta TCp6[ja-:a ; 442, 9 
{jLe-rà ttoAAy.ç t-o'joy,; èpya^ouevov [fervere) — H p. 103, 9 
iyi'.pty £7:1 ty, £v Xp'.^Tw -poxo~/; a'jTwv ; I K), 19 TcâvTEç oùv oL 
âo£)/^ol yaipovTc? : M [). <•/)»>, 1 / twv àoEÀcpwv -àvTwv yaipôvTwv 

£-1 -Y, -OOXO-Y, TY,; TcJJ.VY,; 'J.Ci'J TTOA'.TS'ia; — H p. 105, 5 xaGTioY,- 

■70V o'.à T?.; 'J-o;j.ovY,;, -r>,v toO Xo'.^toO ^jOY'/ie'.av àvay.£vojv ; 1 12, 16 
7Y,v i-'Jl-j'jJ.yy nryj o'.à ty,; 'j-oij-Ovy,; v'//.y,70v : M p. 4i0, 1 £',' vàc cV'//.y,- 
Ta; o'.à TY,; O-ouovy,;, ty.v /E'îca toO fc)cOJ £'.'s àv70,Y|'î;',v àvauciva; av 
£V/£; (le sens du latin a ('té détourne ; voir ei-dessiis p. 250- 
251) — H p. 107, 9 àocA-^ol h.v. T(ôv àyaOwv v.z'yh.urt yi^Z7<it : 
M p. iiS, 16 7'J;j.'io/Aov àyy/jwv -pà;£(ov y3vo;jiivY,v — H p. 107, 
10 TY|V l'j.zv.'j. 'j'j.uy/ TtaoOr/ov, â*'VY,v T(o.. Xc'.ttw 'i'jAaTTOVTs; ; 
111, 2i Taç7.|j.£vo; TY,v £a'j-:o'j ^âpxa —apOsvov àyvY^v ':Y,o£'rv Ttô 
1vjo{([) ; 112, 22 6 xaOapov xal à;j.ôX'JV70V y.TWva ty,; -ao'i£V£{a<; 
7(0 Xp'.TTO) '^'jAaça; : M p. 440, M) rV,v a-wcipOT'JvY,v T-O'JoàvE'-v 
TYipôv/ 7(0 Xp'.77(o ; ii9, 12 ô 7Y,v 7(o'^po7jVY,v 7Y,; "apOcvlai; àyvY,v 
xal a7pav70v 7(J) Xp',77(o £(o; 7s"/.0'j; '^'j'Aà;a; — H p. 107, 28 
(rr:o'Joâ7a7£... 7£A£'.(Ô7a'. à|j.£[jL7t7(t); 7YiV £''ç 70v (")£C/V è[JioAoy{av ; 

113, 5 rJi xa7à 77.; £V70).à; 70'J (')£0'J '77:C/'J0à^0V7£; àjJ.£jJ.— 7(0Ç . àp£- 

HY.O'J'J'. 7(0 (■)£(;) £a'j70'j; cp'jXâT7£'.v : M p. 443, 13 7pô-ov.. 'i'jXào'a'E'.v 
àijL£a-7(o; 7-ojoy!^oj7'.v ; on rencontre p. 449, 5 l'expression 
T»i V £V7oA(r)v 70J i-ho'j si fréquente dans H — 11 [>. 113, 7 



286 Li: MLSÉON. 

TOJTO'.; O'jv Torç ).Ôyo'.ç tÔ -Ar,f)o; twv àoeÀcpùiv TT/.pîca; ô àv!.o; xa- 
xé-auo-e tov aôvov ; 115, 24 tw AÔyt}) xr,; o'.oaTxaA'la; aÙToO rpe- 
»ô[jievo'. : M p. i54, 10 -àvj 03 [jioj £-1 -oZç, Ofjio'.^ Àôyo»,; r?,; o'.oa- 
axaXiaç ay-oO ya{povTOÇ, r^^io-x/ aùtôv toiJto!.; toCç ÂÔyot.<; è7r(.7rAe!!ov 
TTr|p'!;a', jjie — H p. 119, 8 cr'jvTpijje-é jjloj t>,v xapoiav : M p. 
4ii, 5 auvTpi'j^a; [jlo'j ty,v xapo'iav — H p. 150, !20 •rTjj.ev tV.v 
csiAàvOpfOTCOv ToO Beo'j yâp'.v svxaOOa ts ôSy-iy/io-aa-av : M p. 454, 15 
ov^yTiaoua'. tYiV 'i'.AavOpwTiov yâp'.v toj.. HeoO — H p. 15o, 29 
iji£-à àyàivo; xal cpôpO'J ttoXaoO : M p. 445, 8 'fojjw ok -oAAw xal 
âywvu II serait aisé d'alloiigci' eonsidérablemeiit cette série 
(le rapprochements. 

De tout ce qui précède, il résulte à l'évidenco (|ue les 
traductions grecques des Vies de Malchus et d'Hilaiion 
remontent à un seul et même auteur, qui leur a imprimé 
un cachet tout particulier. Les traits caractéristiques ({ui 
leur sont communs ont été relevés dans toutes les jjartics 
(les deux vei'sions (i), si l'on en excepte^ toutefois, avons- 
nous dit d(\jà, le début de la Vie d'ililarion, où le texte 
grec suit de très près le texte latin. Pour ne pas embarras- 
ser l'exposition par des questions secondaires, nous réser- 
verons à un appendice l'étude des problèmes assez obscurs 
que soulève l'examen de cette portion de la biogiaphie [û). 

2. La Vie (le Paul de Thrhrs. 

On esttoutnaturellement tentéd'attribuer la si ancienne 
version grecque de la Vie de Paul de Thèbes (.",) au menu; 

(1) Y compris le long discours qui se lit dans H, p. 103-113. En appréciant 
la publication de H par M. Papadopoulos. les BoUandistes ont émis l'opinion 
que ce liors-d'œuvre ne se trouvait pas dans l'orijjinal de la version grecque, 
mais avait oié ajouté par quelque transcripteur {Anal. Bofl., t. XVIII (18'.'9), 
p. 179). Nous croyons qu'il olFre trop d'analogies avec le reste de l'ouvrage 
pour qu'on puisse y voir un(! interpolation. 

(2) Voir Appendice I. 

(3) Ediloo par.l. Bidkz, Deux versions ffrecques inédites de la Vie de Paul 
de Thèbes, p. 1-32. 



s. jr::UOMË ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 287 

auteur que les traductions des Vies de Malchus et 
d'Hilarion. L'hypothèse serait séduisante, mais une étude 
quelque peu attentive des particularités philologiques de 
ces divei's textes ne permet pas de songer un seul instant 
à semblahle trilogie. Certes, il ne faudrait pas, en guise 
de démonstration, s'appuyer sur ce fait que la traduction 
de la Vie de Paul suit le texte latin de beaucoup plus près 
que les deux autres versions, car le début de la Vie grecque 
d'Hilarion est traduit littéialement du latin (i). Mais un 
point important, qui fournit un argument négatif, c'est 
que l'auteur de la Vie grecque de Paul de Thèbes, dans les 
passages assez peu nombreux où il s'écarte de l'original, 
n'emploie aucun des procédés, aucune des locutions 
caractéristiques dont fait usage le traducteur des biogra- 
|)hies de ►Malchus et d'Hilarion. Lorsqu'il s'éloigne du 
texte latin, « c'est par ignorance, par négligence, ou par 
maladresse )j (;2), jamais par tendance ou par esprit de 
liberté. Et de fait, il devait avoir, de la langue latine, une 
connaissance beaucoup plus superficielle encore que son 
confrère (ô), car les moindres ditïicultés l'arrêtent : 
ce quand la traduction demanderait, pour rester exacte, 
quelque effort ou quelque habileté, elle devient fautive et 
s'écarte du texte » (4). Tantôt, en effet, son auteur commet 
un contresens — et les erreurs de cette nature sont beau- 
coup plus nombieuses et moins excusables encore (|ue 
dans les deux autres versions, — tantôt il omet sim- 
plement l'expression ou le passage ditïicile, et ces sup- 
pressions sont également beaucoup i)lus fréquentes et 



(1) Cfr. ci-dessous, Appendice I. 

(2) BiDKZ, op. cit., p. VII. 

(3) Voir plus haut, p. 236-238, 246-254, 282-283. 
(4j BiDKZ, loc. cit. 



288 



LE Ml'SKON. 



moins justifiables (juf dans les Vies i^i-ecques de Malchus 
et d'Hilarion. Le passage où S. Jéi'onie a dépeint la 
caverne (ju'habitait Paul de Tlièhes touniit, de ces omis- 
sions, un exemple intéressant et d'autant plus instructif, 
(|u'une desci'iption analoirue a été tracée par l'auteur 
latin dans la Vie d'Hilarion : 



V/e (le l'nu/, n ' .') (1) 

lY'pei'it saxeiitn nioiitem. ad ciiius 
radiées liaiid ;4iaiidis spelunoa la- 
pido claiidi'liatiir. Qiio i-enioto iiit, 
est cuijulitas hominuni occulta c;o- 
gnosfei'o), avidius exploraiis, aiii- 
madvertit intus grande vestibuluni. 
(piod aperto desnper ooelo, i)atulis 
dill'usa raniis vêtus palina oontexc- 
l'at, foutem liici.lissiminu usleu- 
dens : cuius rivum tautunnuodo 
foras ei-umi)enteni, statini inodico 
l'oraniine, eadeni quao ^'(>nuerat. 
acpias ten-a sorljehat. 

T,v 'Vj-jl/'j-'j-A') (!) /.Î0(«j -îO'.x/.i'.o;j.s-/o/" 
'ù'i 'x~',v.'i/.':TJ.:, y.'ix'x tô — îo;tv;ov iwt 



Sic. iVHilarioa, m» :',1 (2). 

Saxeus el suldiniis inons per 
mille ciiritei' passus, ad l'adices suas 
aquasexprimit. quai'um alias ai'enae 
ehil)unt, aliae ad iuferiora dela- 
I)sae. paulatini ii\ um eflieiunt ; su- 
per quem ex utraque ripa palmae 
iiuiumeraltiles multuniloeoetamoe- 
uitatis et commodi tribuunt. 



'Ooo; r|V •j'I<f,/.ô'/ ■/'.al tA'i'j Toot/'j, 
ÏtÀ. \v.).\'j'i 'il i/'ji ~'t ij:f,/.o;' 'j-(j'Ai- 

T(i) {'■>: oi TOJ ÔOOU; Vl Tfï) TOTT U) Vi t[J TO 

').'t'i'iz-\y.','i i:/fi, à'/a|ïp'Jî'. 'joata xot- 
H'xyx, y. <j.v/ ajTOiv il; à|j.;jLO'/ XT,YOv:a, 
y. oi -po[iai-/ov-:a /.aTà [ipot/ù £'.; yfc 
/(•tyyjj'.'/' r, oi t(ov Xo'.—tîiv •joâ':(i)v 
iV.pota — o'.i^ /iviAyr/O'j'i, y.7.\ È; à!Ji'.io- 
■TEpd)-/ Tojv ;j.îpwv £'.; Ta; 'J/jIOL^ ~o\> 
yi'.lj.y.yyyj jtv/.ou?'. '^o'.v./.î; ttoXÀO'., 
y.yyr.'j-/ /.aAÔv y.x; -oÀ'j-/ '^îf/OvTE;, /.ai 
~avTa/dOîv y.aTaTy.'.â^ovTî; — âvj teo- 

TTVÔV tÔv T'JtTOV TTO'.OJJ'.. 



(1) MiGNK, P. /-., t. XXIII, col. 21 ; texte grec dans Bidkz, op. cit., p. 8, 
1. 15. 

(2) MiGNK, P. L., t. XXIII, col. 45; texte grec dans Pai'adopoulos, '.VAX. 
Uùoa. (JTa/'joXoY''a;, p. 120. I. 27. 

(3) VTroxirto traduit assez bien le latin ad radiées : la même expression 
a été omise par le traducteur de la Vie de Paul de Thebes, et dans un autre 
passage (p. 16, 1. 20 Bidez), il l'a rendue maladroitement par Ttpô; aÙT/i xt, 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 289 

Si ces deux passages, à peu près semblables de forme 
et de fond, avaient été traduits par le même écrivain, il 
ne les eût pas rendus, semble-t-il, d'une manière aussi 
inégale. La même comparaison pourrait être faite entre 
les trois biographies tout entières ; elle aboutirait au 
même résultat. Le traducteur de la Vie de Paul de Thèbes, 
qui suit le latin d'aussi près que possible, est loin de 
parvenir à cette perfection relative dont témoignent sur- 
tout les premiers paragraphes, traduits aussi littéralement, 
de la Vie grecque de S. Hilaiion (i). 

A cet argument, on pourrait objecter que la version de 
la Vie de Paul est peut-être un travail de début, et que 
son auteur avait acquis une connaissance plus approfondie 
du latin, lorsque quelques années plus tard il mit en grec 
les autres écrits hagiogi'aphiques de S. Jérôme. Aussi, la 
meilleure preuve que nous puissions apporter en faveur 
de la dualité, est-elle tirée du vocabulaire : les mêmes 
mots sont traduits difféi'emment par P (= traduction 
grecque de la Vie de Paul) et M H. P emploie, par 
exemple, huit fois TO'.yaco'jv pour rendre le latin vero, eryo, 
igitui-, tandis que l'auteur de M M traduit ces termes par 
o'jv, TO'lvjv, os et n'écrit To-.yapojv qu'une seule fois (H, p. 80, 
7), comme é((uivalent dltaque. — Dans un texte aussi 
court (pic i\ la ])articule -zé ne se rencontre pas moins de 
dix-huit fois : sci/c fois elle est employée seule, avec le 
sens de xai, et huit fois même, le passage correspondant 
du latin porte et ou (iiic. M et 11, dont l'étendue est sept 
ou huit fois i)lus considérable, ne font usage du même 
mot ([ue (piinze fois environ, et à part un seul cas (H, p. 
99, o), il est suivi de xa-l, pour signifier : non seulement 

(1) Voir cependant ci-dessous, Appendice I. 

10 



290 LE MUSÉON. 

)n(iis aussi. — P traduit urridcre \yAV yap'.evTuopa'. (p. 18, 
18), H par |jL£'.o'.âw (p. 94, :2i), vcrbo dont il se sert encore 
trois fois pour rendre subridcrc et lidere (p. 96, 50 ; 115, 
iU ; 152, 8). — L'expression terrain /ô(/ere est traduite, 
dans P, par ty.v v?,v o'cjttc'.v (p. :28, 15), et un peu i)lus loin 
(p. 50, 10), on trouve de même : bô; àvOpw-oj tôttov xa-rw- 
p'j;av pour î/Hi//.s- hominis capaccm locum foderunt (cod. 
Veron. c(l'odcriiul). H em[)loie une t'ois opJTTw dans le sens 
de dc/'odere, eu fouir (p. 98, 15), tandis (ju'il traduit par 
r>.v YY.v 7xâ-T£'.v (p. 80, 19 et 121, 10) l'expression liumum 
ou terrain f'odere (jui se pi'ésente deux t'ois dans le texte 
latin. — V rend maint rerherare jieclus par rr, ye'.pl tô o-r?,- 
Oo; -ay'.ttc'.v (p. 20, 4), H traduit la môme locution par tô 
ŒTr/jo; . 7J-T£'.v (p. 80, 11), et trois l'ois encore il se sert du 
verbe tj-tco (p. 87, 27 ; 95, 2 ; 121, 51) pour exprimer les 
mots latins rerherare, tau(jerc, luudere. — P emploie 
(jualre fois le verbe £-c'>;o;j.a'. (p. 2i, 4 et 10 ; 2(), 10 ; 
2S, 17) \h ou le latin porte perijere (dans le sens de rcfo«r- 
ner), retp'edi (deux fois) et reverti, et les verbes -apayivojjia', 
et £-av£pyo[jLa', ne se rencontrent (ju'une seule fois (p. 10, 
15 et 52, 0) pour rendi'c la même signification . M et 
11, au contraire, (|ui ont à exprimer si souvent l'action 
de retourner, ne se servent jamais du vei'be é-sr/oua-., 
mais écrivent sans cesse j-oTTpr^o) et i--j:Ào-/o<^%<., rarement 
£-'.TTp£'^(o et -apayivo;jia'.. - P ne fait pas usage d'un autre 
terme (|ue -poîTà—w pour i-endre le h\\\\\ juhere (p. 4, 17), 
praeeiperc (p. (>, 1), iniperare (p. 52, 1), tandis que H et 
M, dont le vocabulaire! est plus varié, se servent le plus 
souvent (hi verbe /.zum, parfois de -po^-ràTTto, è-i-i-:-(>), 
-apayyeOao, — La locution (juid a</eret et quo se rerteret 
neseiehat, se j)résente deux fois à l'auteur de P, et celui-ci 
la traduit par -i £o£'.. o'.a-pàrreTOa', ; (p. 6, 11) et par t-! Séo». 



s. J|::nOME ET I.A VIK 1)1- MOINE MALCIFUS. 291 

o'.y-rAlinHoLi £vOj{jioj;jievo; (p. 10, !()) : elle a été reiieonti'ée 
deux fois aussi par l'auteui' de M II, qui l'a rendue d'abord 
niot-à-iuot : soj'jyÉpxt.vev t* -ou.tî',, -où ajTÔv TpÉ'|ie!. (H, p. 80, 
1), ensuite librement : liy-i-n-t-o v.vr.y. r>,v o-.àvo'-av 6 yépwv 
-oio'j; TO'.oJTOJÇ v/jv/.iczo'jz, to-oj; è-'.Tpi-ovTa; yjTO) r.T'jyâ^^s'.v 
eOpe-rv oJvaTa-, (II, p. 121), 2S). — Kiitin, dans P, ijandere 
est ti'aduit par /a{po|jiao (p. li, 17), tandis que dans M H 
le même verbe est toujours employé à la voix active. 

Nous concluons : les diveriiences qui existent entre 
M H et P au point de vue du vocabulaire, prouvent sutïi- 
samment que l'auteur de la Vie grec([ue de Paul de 
ïhèbes est distinct du traducteur des Vies de .Malcbus ''. 
d'Uilarion (i). 

5. Le « De viria inlustiibus ». 

Nous ignorons si M. von (iebliardt a raison de retarder 
jus<{u'au VU'' siècle l'apparition dune version iirec({ue du 
De viris inlustribus (->). Mais, ce qui est absolument certain, 
c'est (pie l'auteur de cette version grec(pie ne })eut pas 
être identifié avec le traducteur des Vies de Malcbus et 
d'Uilarion, [)as plus (|u'avec celui de la Vie de Paul de 

(1) Il n'y a pas liou de songor non plus à quoique relation entre M H et le 
remaniement b de la traduction grecque de la Vie de l'aul, public par 
M. BiDKZ, op. cit., p. 3-33. b dill'ére encore plus, .si possible, de M H que la 
traduction iirimitivc. « Celui qui fit l'édition (b) dont dérivent les vies écrites 
en copte et en syriaque, alla rnéme très loin dans son travail d'adaptation, ou, 
si l'on veut, de vulgarisation à l'usage du public des monastères, morcelant 
les longues périodes en phrases courtes et faciles, multipliant le discours 
direct, évitant les mots pompeux et les pensées coiiipli<iuées, écartant les 
tirades destinées à convaincre les incrétlulcs, parce (ju'elles étaient super- 
Hues pour ses lecteurs, enfin donnant à son récit par d'assez nombreux vulga- 
rismes, la forme môme d'une narration po|)ulaire. » (Bidkz, o}i. cil., p. XLV). 
A part la multiplication du discours direct, ces caractères sont tout l'opposé 
de ceux de M et H. 

(2) Voir p. 266. 



:21)2 LE MUSÉON. 

Thèbes. La preuve s'en trouve, ici encore, dans la manière 
très caractéristique dont cet auteur a rendu certains ter- 
mes latins, traduits tout ditleremment par V, M et H. 
Voici quelques particularités de ce genre (i). 

Le verbe dare se présente huit t'ois dans le De viris : 
six fois le traducteur l'a l'cndu par £-!.owwtjLi, et ce terme 
est eini>loyé encore deux fois pour traduire tvadere 
([). ^7, 4) et porrifjere {p. 55, 29). Quant à oiowjjL-., il ne se 
rencontre que deux fois, comme équivalent de dare (p. 25, 
15) et de rcddere (p. 51, 29). Au contraire, H, M et P, 
chez qui la même action est expriinée une cinquantaine 
de fois, écrivent presque toujours o'!ow;jl'., jamais I-vJ/my-^. 
— L'idée de fortune qui revient (piatre fois dans le De 
viris, exprimée par les termes 7r)ii familiarem, suhslnn- 
li(un, opihiis, patrimouia, est rendue trois fois par le mot 
-sp'.o'jTia (j). Î-J5, () ; 42, 22 ; 47, 11), une fois j)ar oj^îa 
(p. 14, 15). Si ojT'ia est employé une fois aussi dans 11 
(p. 85, 7), TTcp'.ojcT'ia ne s'y rencontre jamais et le traduc- 
leiji' ne se seit (|ue d'un seul terme, -y. j-âpyovTa (M p. 455, 
22 et 459, 17; H p. 92, IG et 21 ; 102, 21 ; 105, 29; 
105, I ; \'rlï, 25), })()ur traduire les expivssions res fumi- 
linris, jmssessiunciila, suhsianlid, qiiae ipsonnn essent, diri- 
tiae, qu'il trouve dans le texte latin. — inaction iVexIiorter 
est ex[)rimée cinq fois dans le De riris, et par trois mots 
<lifférents : hortari, eoliortari et coliorldlio, provocare, (jue 

h' urec tra(hiit |)ar -zo-zi-t.,) ou -ooToi-oua',, et par -ootoo-V, 
~ lit iii'iii' 

pour le substantif. Le vocabulaire de Mil est, ici, beaucoup 
plus varié : iJix'^o'Aeùw est le terme que le traducteur uti- 
lise le plus fré(|uemm( nt {se})t fois, y compris le substan- 
tif 7jfi.[iojAix et l'adjectif or J[ji.fjoj)vo;), mais parfois aussi il 

(l) Nous citons la traduction du De vù'is d'après l'édition de M. von Gkb- 
iiAKDT, 0/). cit. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 295 

fait usage du vorbe -apaxa)i(o, une fois seulement de 
Tiapa'.vîw et de T.poT^iTM (H, p. 101), 2()). — Huit fois sur 
treize, le traducteur du De viris rend d'une manière fort 
impropre, par è'fi7-y.'j.y.\, les verbes qui ont le sens iïaller 
{pergere, perrenire, peragrare, veniré) et, pour adventum, 
il écrit Ê-'.TTaT'Iav (p. 34, 8). Dans les cinq cas restants, la 
version porte xa-:a).aa^3âvo) pour pergere (p. 9, i), a-s-.u-. 
pour pc.rgcre (p. 55, 15 et 55, 5), -ep-Jp/ouia', pour pervc- 
nirc (p. 51, 2i et 59, 25). P, M et II s'expriment bien 
différemment : dans la très longue série d'exemples qu'ils 
fournissent, on ne rencontre aucun des termes précédents, 
à l'exception de i7zin-r;j (H p. 89, 12) employé une seule 
fois dans le sens (jue lui donne souvent le Nouveau Testa- 
ment : adesfic sidnto, et d'£-t.crTaT{a indiquant la présence 

(H p. 98, 15 et 1 18, 28). ''Eo-/o\k%'., à7r£pyo[jLa',, -apay£vo[j.a'., 

ciOâvw, voilà les mots que ces trois versions utilisent le 
plus fréquemment (i). — Les verbes redire et reverti se 
rencontrent neuf fois dans le De viris {reverti est employé 
huit fois) : invariablement, ils sont traduits par àvaî^sjyvju'.. 
P, M et II, qui ont à expi'imer si souvent la même action, 
ne font jamais usage de ce terme bizarre (2). — Enfin, 
iVI. von Gebhardt a fait remarquer qu'une particularité 
curieuse de la traduction du De viris, c'est « le fréquent 
emploi de î'Sw; et de o'.'xero; pour remplacer le pronom 
personnel « (3). Il serait plus exact de dire (jue l'auteur 
grec se sert presque constamment de l'un ou l'autre de 
ces deux adjectifs pour traduire suus : l'adjectif latin se 
rencontre, en effet, quarante-trois fois dans le De viins, 

(1) Notons qu'ici encore P dirt'ère de M H : cpOâvo) ne se rencontre que dans 
M H, tandis que l'expression ttjv ôSonrof-t'av «îtavûetv est spéciale à P (p. 12, 4 
Ridez -= ire telle ; p. 14, 16 = viator). 

(2) Voir plus haut, p. 290. 

(3) Op. cit., p. VIII, note 2. 



20 i Li: MusÉON. 

et six fois souloitient il est rendu par aJToû. Or, et ceci 
seul sutïirîiit à démontrer notre oj)inion, P, M et H éeri- 
vent habituellement aj-roO ; ils n'emploient oCxeCo; ou •"o'.oc, 
([ue l'arement, et ehaque fois qu'ils le font, c'est pour 
exprimer un degré de j)lus ([ue le simple possessif. 

Les résultats de l'étude qui précède peuvent se formu- 
ler en ([uelques mots : 

r Trois rédacteurs différents ont mis en grec les écrits 
hagiograijhijjues de S. Jérôme et son traité des hommes 
illustres. 

2° Les Vies de iMalchus et d'Hilarion ont un traducteur 
comnjun, et il est certain que celui-ci a exécuté la ver- 
sion de la Vie d'Hilarion avant l'année iii. 

La (juestion posée tout-à-l'heure (i) est donc partielle- 
ment résolue : Soplii'onius n'est ])as l'auteur de la série 
de traductions (jui nous est parvenue, puis(|ue celles-ci 
sont dues à trois écrivains difféients. Peut-on, du moins, 
l'identifier avec l'un des traducteurs anonymes ? 

Les renseignements «pie nous possédons sur Sophronius 
tiennent en cpielques lignes. C'était, dit S. Jérôme, un 
homme très instruit (jui, tout jeune, composa un ouvrage 
où étaient célébrées les louanges de Bethléhem, et peu 
avant lî{)2, un livi-e rennircpiable sur la destruction du 
Serapeum. Le saint Docteur nous a|)prend que Soi)hro- 
nius mit en giec trois de ses écrits : l'épitre à Eustochium 
sur la conservation de la virginité, la Vie d'Hilarion, et 
le Psautier avec les Prophètes (ju'il avait ti'aduits de 
riiébieu. Ce (|ui caractérise, à ses yeux, les deux pre- 
mièies versions, c'est une grande élégance {-2). Au sujet 

(1) Page 265. 

(2) De viris inlustribus, C. CXXXIV. Voir ci-dessus, p. 263. 



s. JÉltOMK ET LA VIK IH' MOIiNb: MVI.Clll S. ^{Kj 

de la troisième, S. Jëi'ôine s'est expli({iit'' plus au lonu 
dans la préface, adressée à Soplironius, de la traduction 
qu'il lit du livi*e des Psaumes d'après le texte original (i). 
Ce travail fut exécuté à la demande pressante de Sopliro- 
nius, qui, au cours d'une discussion théoloiiique avec un 
Juif, en avait appelé au témoignat-e des Psaumes d'a})rès 
la version des Se[)tante et s'était attiré les railleries de 
son contradicteur, atlirmant que les passages invoqués 
différaient dans la version et dans le texte hébreu. En 
retour, Soplironius promettait à S. Jérôme de mettre sa 
traduction en grec, et il tint parole, puisque son (cuvre 
est citée au chapitre CXXXIV du De riris inhislrihus (-2). 

(1) Nous croyons utile de détacher de ce prologue les passages qui con- 
cernent Sophronius : Eusebius Hieronymus Sophronio suo, sahitem... Quia 
igitur nuper cum Hcbraeo disputans, quaedam pro Domino Salvatore de 
Psahnis testi^nonia protulisli, voJensquc ille te illudere, per scrmones pêne 
singulos asserebat, non ita habcri in Hebraeo, tit tv. de Septuaginta Interpre- 
tibus opiponebas, studiosissime postulasti nt post Aquilam et Synimachum et 
Theodotionem, novam editionem latino sermone transferrem . Aiebas enim 
te niagis interpretum varietale turbari, et aniore quo laberis, vel transla- 
tione, vel Judicio meo esse contentum, Unde impulsus a te, oui et quae pas- 
sion debeo et quae non possum, rursum me obtrectaloricm latratibus tradidi, 
maluique te vires poilus meus, quam voluntatem in amicitia quaerere... 
Quod opusculum, meum, si in fjraecum (ut polliceris) traitstuleris, àvx'.cstXo- 
vîî/.cov "zo'.^ /.aTaj'jpouji.v, el i>npeyitiue meae doctissiinos quoque viras testes 
facere volueris, dicam tiOi iUnd Horulianum : In silvam ne ligna feras. Nisi 
quod hoc habcbo solamen, si in labore cominuni intelliffam, mihi et laudem 
et vituperatioyiem. tccum esse communem. Valcre te in Domino Jesu cupio, et 
meminisse mei. Migne, P. L., c. XXVIII, col. 1123-1128. 

(2) Il est facile de déterminer, d'une manière appro.ximative, la date â 
laquelle ont été composés les divers écrits de Sophronius, cités dans le De 
viris. Le terminus ad qiiem est 392, date de composition de ce dernier 
ouvrage. Le terminus a quo est 1) l'année 390 environ pour le De subversione 
Serapis, puisque c'ast vers 390 qu'eut lieu la destruction du Serapeum d'Ale- 
xandrie (voir Cil. Dk Smkdt dans la Revue des questions scientifiques, t. I, 
1877, p. 109 sqq.); 2) l'année 384 pour la version de la lettre à Eustochium ; 
3) l'année 390 environ pour la traduction de la Vie d'Hilarion ; 4) l'année 390 
encore, ou pou après, pour la traduction du Psautier et des Prophètes. Sur 
le Landes Bcthlchem par lequel a débuté Sophronius, on n'a aucune indica- 
tion fournissant une date, ot il faut se contenter de la note imprécise du De 
viris : Sophronius adhuc puer Laudes Bethlehem, composu.it. On remarquera 



296 LE MIISÉON. 

Les ti'aits (jue nous venons d'in{li({uer ne sont pas de 
ceux qui [)ermettent de tranchei' avec certitude une (jues- 
tion aussi délicate que celle de l'identité d'auteur. Il faut 
convenir néanmoins (ju'ils s'accordent assez bien avec le 
caractère de l'écrivain auquel nous devons la traduction 
des Vies de Malchus et d'Hilarion. 

Et tout d'aboi'd, (juel([ues-uns des passages où ce rédac- 
teur a ajouté au texte original, fouiiiissent la pi'cuve 
qu'il devait posséder une instruction assez avancée. Ainsi, 
il fait usage du mot propre, o-jvOsjjia [Seoéowv (H, p. 100, 0), 
pour traduire le terme de droit cicctio, (jui désigne le 
di[)lôme impéi'ial autorisant à se servii' pour voyager, de 
la })oste publique ; peut-être s"aidait-il, il est vrai, d'un 
glossaire (i). Il sait que Julien, qu'il qualifie d'apostat et 
d'athée, a succédé à l'empereur Constance (II, p. I:2i, 25). 
Sans aller juscpi'à ])rétendre (ju'il était versé dans la con- 
naissance du syria([ue, on peut dire cpiil a employé 
un mot appartenant à cette langue, car le passage de 
S. Jérôme : et voce sijra Ixirccli, i<l est hoicdic, i)i(l(nti(n}tes, 
est deveim en gi-ec : o-jc'.tt! AiyovTsç- Viipz/, uapi (v\i.=j 

tl^n) ÈTT'. [Jl£0£pUV£UÔ[Jl£VOV E'jAÔy£'., X'JO'.E (M, p. Mi, 18). 

A propos du texte du Deutéronome, XXXIII, « Qui dit 
à son pèi'e et à sa mère : Je ne vous connais point, et (pii 
ne coimait point ses enfants et ses frères, a accompli le 
pacte et la volonté du Seigneur », il rappelle assez lon- 
guement l'histoire de sainte Thècle, abandonnant son 
fiancé et ses parents et souffrant le martyre pour pouvoir 
se consacrer au service de Dieu dans une parfaite virgi- 

que dans l'énumôration de ces deux séries d'ouvrages, travaux personnels et 
traductions, S. Jé^(^me a suivi l'ordre chronologique. 

(1) Voir, en effet, Goetz, Corpus glossaviorum, t. III, 1892, p. 447, I. 3 
et p. 480, 1. 42. 



s. jr^.ROME KT LA Vrr. DU MOINE MALCHUS. 207 

nité (II, |). 107, ~}-\7)] ; il cite humiic mot à mot un 
pnssîigo (le SCS Actes (i). Lu autre texte haiiioiii'aphicjue, 
la Vie (le S. Autoiue par Athanase, devait compter parmi 
ses lectures l'avoiites, car il lui a emjirunté plusieurs 
traits et en a re|)r()(luit presque textuellement certains 
passages (i2). Kniin, loiscpu^ S. Jéiôme ia[)j)orte qu'Hilarion 

(1) H, p. 107, 18 : W7-£C/ yào /.ai Tr// i-n'<^'^ 0îy.).av t) \x-q-ZT^p ■KOi.ozy.iXzi, }.i- 
youja" 'E— '.TToâ-jr/Jt —oô; tov tÔv Wâauo'.v y.oL'. a'.î/'JvOr,':'.. I^es Actes grecs 
publiés par Grabe, Tiscliendorf et Lipsius mettent ces paroles dans la bouche 
du fiancé Thamyris : Kal -ooteàOwv (-)x;j.'jv.;... {[~vr 0r/,Xa i'j.o\ ;jLVT,7-:îuOîf!Ta, 
zî TotaÛTT, y.ifJT^-jOL'. : /.'A — o"o'/ o-ï -aOo; /.'j-i/i: ïy.—'t.r^y.-ryi ; È-'.aToâoïjOt ttoo; 
TÔv ŒÔv 0â;j.'jpf/ A'x\ (x\7yrihr,z'.. Mai» il est a noter que les Actes continuent 
comme suit : "Eti oi /.où f, jj/rÎTriO aj-:?i; -zà xj-à èXîyîv Tî/.vov xtX. (Lipsius et 
Bonnet, Acfa apostolorum a/jocri/pha, t. I, 18^1, p. 242, 1. 9-13). 

(2) Comparer surtout les passages sui\ants : Vie d'Antoine, n» 15, 1. 7-11 
(MiGNK, P. a., t. XXVI, col. 865) et H, p. 103. 1. 8-10; Ant., n°^ 29 et 30 
{ibid., col. 888-889) et H, p. 99. 16-26; Ant., n° .50, 1. 21 : È'aTCïtoE, xai -/.ax' 
èviauTÔv xoô-o ttoiwv, v.yz'i sxî'ïOîv tÔv àoiov -/aîoojv, oti ;jlt)^îvI Ôtà "oOto yeviQ- 
(JôTai o/Xt,pû;, y.al ÔT'. Èv -aj-.^/ iauTÔv à'^.aoT) '^uXaTtôt (ibid., col. 916) et H, 
p. 134, 17 : 0î).(ov oi i3ap?i Ïol'j'vj —i-i '^'jÀxtte'.v xai ;j.T|IΣ àoTOv Traoâ T'.vo; 5iy£- 
aOat ,jO'j?.o'y.£vo;, îtzô'.os y.o'.Oà; xai â/.slOsv — oioJv tov àoTov TÔv lauToiS s/aipEv ; 
Ant., n° 50, 1. 2S : Tf,-> |j.iv où'/ àp/_r,v Ta iv Trj ipr^aw hr^y'.y. -poJXTï'. toû 
uSatoç £p/d;jLîva — oXXi/.'.^ s'^ÀarTov at'jTO'j tÔv j-rjpov xai Tr|V yccapytav 
aÛTÔî ôÈ /apisvxcu; xpaTTiaa;; ïv Ttôv OT,pitov, zXz'.'t to";.; -xa'. • AtàTÎ (xô 
pXâTTTcTî, [AT^^Îèv £;.».0'j .'iÀâ-TovTo; ûii-â^; 'Az£ÀO£-:£, xal £v tw ovd;j.aTt 
TO'J K'jpi'o'j i}.r\y.i~i iy^iar^zB ■uo"'; coSî. Kat £? £-/.£{vou Xoirdv, ioT-£p 90,'iT/)£VTa 
TT^v 7:apayv£Àr'av, o'j/. £tt iCo -o'-w ïiyy.o-av (<6ic?., col. 916-917) et H, p. 121, 
1. 28 : Ka-:' àp/à; -pooiiii. twv 'joâ-uwv fîpyovTo al ày£Xa'. twv o'votypwv 
xal -^«pâviÇov xov /.îÎTrov xat to'jî xa;j.xTouî a'JTO'j xaTT^aOïov. 'Ev piia O'jv TjjjLcpa 
xàv (Uvi^Ôw; XTÎ; ày£ÂT,^ Tjyo'JfjLîvov xîXî'JTac; axfjva'., Xa'iwv pâ.jiîov Tip£,u.a el? xà<; 
TrXsupàç aùxo'j àxuiixs Xiyiuv A-.ax'! <j.z 'jXx-x£X£, |.i.ï)'Σv pio'j à^txovJvxot; 
ûfxâç, xal X'j;jt.atv£aO£ a oùx ÈxâfjiîXî ; Kal 7rapayy£iXa; aùxtp xoO fj.TiX£'x'. eIjîX- 
6£W £1!; xôv XTJirov à— £Xua£v a'jxo'v. 'Att' £X£Îvt]ç o'jv xtj^ TjiJLî'paç xt,v TrapayysXtav 
xoû àyt'ou 'fiiXâaaovx£? ... ; Ant., n" 81. I. 1 : i'-fOajE lîè y.al |x£/pi |iaatX£U)v t) 
TTspl 'Avxwvîou !pTÎu.T, (iôid., coi. 956) et H, p. 99, 1. 29 : £io; xoù 'iajiXî'io; 
Kwv3xavxîou :f) Tr£pl a'jxoû awxTjp'.o; àxoTi £90aj£ ; Ant., n" 92, 1. 6 {ibid., col. 
972) et H, p. 135, 1. 13. D'auties rapprochements encore sont indiqués ci- 
dessous, Appendice I.- Le cas de la Vie d'Hilarion, dont le traducteur est 
souvent plus près de la Vie d'Antoine que l'auteur lui-même, qui déjà l'avait 
imitée à maintes reprises, est tout-à-fait analogue à celui de la Vie de Paul 
de Thèbes, où l'un des remaniours (h) parait avoir emprunté également 
quelques expressions à l'écrit de S. Athanase, et il fait ressortir la fragilité de 
l'argumentation de M. Nau, qui voit dans ce fait la meilleure preuve de sa 
théorie (voir ci-dessus, p. 267, note 3). — P. 112, 16, H introduit une citation 



298 LE Ml'SÉON. 

imitait les moines d'Egypte en fabriciuant des corbeilles 
de jonc, le traducteur ajoute qu'il tressait des cordes en 
feuilles de palmier (i), ce qui était, en ettet, un des tra- 
vaux les plus en honneur chez les moines égyptiens, et 
particulièrement dans les communautés pakhùmiennes (2). 
A côté de cette série de passages, qui peuvent nous 
donner quelque idée au sujet des connaissances générales 
du traducteur, il s'en rencontre d'autres, plus nombreux 
encore, 011 se manifeste, de sa part, un penchant mar- 
qué vers les études scripturaires. Non seulement il cite et 
expli(}ue avec comj)laisance le texte sacré, au point de trans- 
former, de façon assez ino[)i)ortune, le [)aragrai)he 2i en 
une longue mosanjue d'extraits de la Bible, mais il réfute 
par deux fois les opinions de certains de ses commenta- 
teurs. Ainsi, au stijet de cette parole de Jésus dans 
l'évangile de saint Matthieu (XIX, :2î)) : u Quiconcpie aura 
quitté sa maison, ou ses frères, ou ses s<eui's, ou son père, 
ou sa mère, ou sa femme ou ses enfants ou ses champs, 
à cause de mon nom, recevra le centu[)Ie et possédera la 
vie éternelle», le traducteur (H, j). !().">, 2r>), fait la remarque 
suivante : « Ce [)assage ne concerne pas, comme paraissent 
rexpli(iuer (luelques-uns, ceux qui au temps des persécu- 
tions, ont souffert le martyre pour le nom du Seigneur. 
11 n'est pas dit, en effet, que ceux-là seuls posséderont la 
vie éternelle, qui auront livré leur corps à la mort an 

dont nous n'avons pu déterminer la source : -{iypct-Kzon yip* Tt)v iiziU\)<j.iœ/ dou 
Sià Tîjç ÛTtofiovT)!; vî>cT)(Tov xal È'crrj 'ÉXeio; èv Xpitdxip. 

(1) "A(jia fit xal xocf ivou; iizo tr/O'.vîiov èvu'-paîvtov xat (Jî'.pà; Jîa'cov etiXîxe, toÙi; 
èv AtyÔTT-rcp jj.ova/o'Jî ,ai,u.oy|Ji£vo; (H, p 86. 20). La recension b du dcijut de la 
Vie grecque d'Hilarion, recension dont nous parlerons plus loin (Appendice I), 
a omis les mofs : à'fxa ôà xal xocpîvou; àîtô a/oivîcov èvutçaiviov, mais elle porte 
également ; xal jEipà; ^afwv ÈTrXexs xtX. 

(2) D. Bksse, Les moines d'Orient, p. 3(i4 sqq, 371 sq. ; Ladklzk, Étude 
sur le cénobitisme pakhômien , p. 294 sqq., 322. 



s. .lÉllOMi: KT LA VIK DL MOI^E MALCIIUS. 299 

temps de la persécution, mais que tout homme ayant 
renoncé au monde, à ses passions et à ses l'ichesses à cause 
de mon nom, possédera la vie éternelle avec ceux cyui ont 
été martyrisés pour mon nom »(i). Plus loin (H, p. 109, I), 
citant divers textes de l'Écriture pour })rouver (jue la 
virginité est l'état le i)lus partait, il s'exprime ainsi : 
« Quelques-uns, dans l'intention de faii'e glisser insen- 
siblement ceux (|ui marchent dans la bonne voie, préten- 
dent que l'apôtre saint Paul a permis le mariage à ceux 
qui le désirent. Je suis aussi de cet avis : l'apôtre engage 
plutôt à se marier et à ne pas se livrer à la débauche. A 
cause de l'excellence de la virginité, il aime que nous 
embrassions cet état et il dit : « Il est avantageux pour 
l'homme de ne pas toucher la femme ». Mais à cause de 
la débauche, il dit : « Que chaque homme ait son épouse 
et que chaque femme ait son mari » etc. » (2). Et la réponse 
ne se termine pas là ; elle prend encore toute une j)age. 
Voici une troisième particularité, ((ui n'est pas la moins 
remarquable. Le paragraphe :24 (3), dont nous venons 



(1) O'j yio, Cii; t'.ve; ■zœj'ZT. £f.,aT,vs'J£iv âoxoûjiv, o-'. Tteot -ôiv èv xatpqj 8iu)- 
Yixôjv U7:èp Toû ovo'.'Aato; aoTOÛ ;jLac.T'jpT)aâvTiov îTttev TaOra ô Kôoio;' o'j yàp Xiyti, 
ô'xi [jLOvot oî ÛttÈo toô ovo[jLaxoî aùxo'j Èv xatp(>j àuoy]JMVi xi àauxwv awijLaxa t\<i 
Oàvaxov irapaôî'îcoxdxôç Çwrjv alwviov xXT,povo(xT5aou(Tiv, àXXà xai tkxvxeî ot ôià 
xè ovofi-â (xou x(p £v xfl) irovTipôj xïijjLÉvqj xo'aijLtp xat 7râaai<; xatç ÈTTiOufxiai; aùxo'j 
xat Traat xolt; ÛTrâp/ouatv aùxolç àTroxaÇâfxevoi Çiof,v a'iwviov STjXaÔTi jjiexà xeûv 
ÛTTep xoO ovofiaxoç [jlou piapxupr,aâvxa)v xXT|povO!J.Trî(Jouffi xxX. Le traducteur 
développe ensuite largement cette idée. 

(2) AXXà çpaai xtvei;, ÔTroXiaOrijat xo'j(; xaXw; xpr/ovxa<; |iiouXo',aevot, eTtixpÉiteiv 
xôv aTTOTCoXov xo'j; OiXovxa? yaiJ-îTv (T'Jjj.'jTjy.'. xàyw xoûxo eîpTJjOai ûttô xoû 
iTToaxdXou" yaïAilv ;jl5XXov ÈTytxpiTTEt xal ,ut) TTOpvE'Jetv" oxt y'ip '^'i "^^^ rpoXâjjL- 
Tcetv xà XTJ:; TrapOîvôt'ai; upcxEOT^piaxa xaûx-fj ayvaTtxîtv ^(xâ; 'jO'jXojjlevoî }Ayn' 
xaXov T|v àvOpu)7r(|j yjvaixô; ;j.t, aTTXSŒOat* «î'.à ôè xà; Tropvsta;, (pTjat'v, àxaaxo; xt)v 
èa'jxo'j y<j'/ctiX7. i/ixM xal âxâirxT, xôv V5iov àv^pat" ('oaxs i5'.à xtjV xtji; TTOpvsîai; 
ay-paiia-/ xiv yâii-ov ij.âXXov £'i'pT)xev xxX. 

(3) Cette partie, qui se trouve aussi dans le Parisinns 1540, est incontesta- 
blement du même auteur que le reste de la traduction. Voir les analogies 
signalées plus haut, p. 284 sq. 



7)00 LE MISÉON. 

d'analyser quelijiios ])assaiies, est formé pres(|ne tout entier 
d'un (liscoms toit étendu, adressé jjar llilarion à ses 
moines, et où il est (|uesti<)n du renoneement au monde 
et, très laruement, de la virginité. Cette ditrression rap- 
pelle, d'une manière assez fiai)pante, un éerit de S, Jérôme 
relatif au ménie sujet, (jue nous savons avoii' été traduit 
précisément par Soplironius : la letti'e à la fille de sainte 
Paille, Miistochiiim, sur la coiiservatioii de la viriiinité (i), 
Ce n'est p;is cpie rauteur de la Vie iii'('('(pie d'ililai'ion ait 
reproduit servilement des passages entiers de cet opus- 
cule. Il faut tenir compte, en effet, de la différence de 
situation des personnages au\(piels s'adress(Mit les deux 
écrivains : l'im écrit à une dame romaine })our lui signaler 
les nonjbrciix écueils (jue rencontre une vierge dans la 
ca|)itale de l'emiiiie, lautre parle à des moines ((ui vivent 
au milieu du désert. De |)lus, nous ne voudrions pas allir- 
mer (jue ce dernier a eu sous les yeux le tex'e, grec ou 
latin, de la h^tre à Eustocliium, au moment où il mettait 
en grec la \ ie d'Ililarion. Bien au coiilraire. Tout ce qu'on 
peut dire, c'est (pie, dans ceitains passages, il s'en est 
rappi'oclié suffisamment pour (pi'il soit légitime de con- 
clure (piil en a eu connaissance et (ju'il s'en est inspiré. 
A pi'cmière vue, les d(Mix morceaux pr(''sentent plus 
d'une analogie en ce (|iii concerne les thèses particulières 
(jui y sont énoncées. L'un et l'autre ti'aitent, bien (ju'en 
termes différents, de la su|»éiiorité de la virginité sur l'état 
du nuuiage (-2), des tentatives du dénu)n pour détourner 
l'homme de la |)iati([ue de la vertu (.->), du renoncement 
au monde pour ramouidii Seigneur (v), de la récompense 

(1) MiGNK, P. L.. t. XXII, col. 394-425. 

(2) Lettre, n'"' 19-22 ; H, p. 109, 1-111, 5. 

(3) Lettre, n"' 3-4 ; H, p. 105, 2 27. 

(4) Lettre, n'» 39-40; H, p. 103, 12 108, 12. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 



5Ô1 



pi'onuse à ceux qui gardent une parfaite chasteté (i). Un 
second trait qu'il n'est peut-être pas inutile de signaler, 
c'est que, des quelque soixante-dix passages de l'Écriture 
cités par le traducteur de la Vie d'Hilarion, une vingtaine 
se rencontrent déjà dans l'épître à Eustochium. Celle-ci 
fait également allusion à cette histoire de sainte Thècle (2) 
que nous avons vu ra|)pelée avec complaisance par l'auteur 
grec (3). Enhn, il y a quelques endroits où se manifeste 
une assez grande ressemblance entre les deux écrits, au 
point de vue de la forme comme à celui du fond. Par 
exemple : 



Lettre a Eustochium 
P. Z., t. XXII, col. 3<jrj : Veriim 
non sufFicit tibi exire de tori-a tua, 
nisi obliviscaris poimli tui. et domus 
patris tui, ut carne contcnipta, 
sponsi jiingaris amplexibus. " Ne 
respexeris, inquit, rétro : nec stete- 
ris in oinni circa regione, sed in 
monte salvum te fae, ne forte eom- 
prehendaris » {Gcn. 10, i7). Non 
expedit apprehenso aratro, respi- 
cere post tergum, nec de agro 
reverti domum. 



Vie d'Hilarion 

P. 104, 2i : Xcooija'. y^p po'jXo'piîvo; 
T,;j.i; -rjî Èv zCo xo'jîj.w 'xataîa^ àva- 
TTpo'^r,;; XptaTÔ? ').V(ZV O'josl- s-ât^aÀwv 
■:r,v '/y-y-'- ^'J"'>'^ ^~' if-'''^~pov y.al j-oa- 
'^e\; î'.; i'x '■j—ho) îj'Oîtc'; îT-riv tic, tt,v 
HoLiùrJ-T/ -roj WîO'j {Joan., 'J, f)2y xal 
o-joil; TTC.ctTi'Jo'y.î'/oî i<}.-'KVAi~'x<. Tat; 
-oô il'yj — paYy.aT-i'a'.;, 'va zCo atoaTO- 
XoYfjjavT'. '^'JiTr^, riajÀo; ô àroTToXo; 
Xs'-'îi (i* Tim.y 2, 4). Kal h Kûpto; \b{ZK' 
V» ~M ivpw Ôjv ;j.t) aTpa'^rjTto t'.î ^à 

O—ITW, (VjTTTÎp T) Y'JVT) XCi'J Au)T [MCttth., 

24, i8) (4). 



Co/. 5.95 : Stadium est liaec vita P. yo^, 5 : ïj -îà xôiv [j.ova/wv roXiTsîa 

mortalibus, hic contendimus, ut xaO' z/.-iTTf,-/ T.jAEoav à'iXo-jia -îtà tôv 

alibi coronemur. Nemo interserpen- \y.TJi'i aapTjpE";, oô -00; aT;j.a xotl 

teset scoi'pionessecurusingreditur. T-i.'>/.a TrapaTajjoij.îvT,, àXXà -pô; -à; 



(1) Lettre, n»" 10 fîn et 41 ; II. p. 110, 20-113, 7. 

(2) N'Ml ; Tiuic Thecla ùi tnos laela volabil cunplexus {P. L., t. XXH, 
col. 424). 

(.3) Voir plu.s haut. p. 296 .-f|. 

(4) Notons cependant qu'un passaçe analogue se rencontre ans.-;! dans la 
Vie d'Antoine, n° 20, 1. 3-9 ' P. G., t. XXVI, col. 8";2). Les termes dont se sert 
notre traducteur ne permettent pas de déterminer s'il a emprunté à la lettre 
de S. Jérôme ou à l'écrit d'Athanase. 



302 



L¥. MUSÉON. 



« Et inebi'iatus est, inquit Dominus, ipy^ii, T.r,rj- -à; È^ouTta;, upô; toÙs 

gladius meus in caelo » {Isai. 34, 5) xoaixoxpctxopaî xoû ctxoto'j;, Ttpô; Ta 

et tu pacem ai'bitrans in terra, quae 7rv£'jfj.aT'.xà •:?,; 7:ovT,oiaî [Ephes., 0, 

tribulos générât, et spinas, quam 12), éw; èr/âxT,; àvarvoi^; ttjv TrâXT^v 

serpens comedit? " Non est nobis â'/ouja, xal à'JXî'î xal v.xâ xal oTEtpavoû- 

colluctatio adversus carnem et san- -cai, ttjv TravoTiXtav toO HeoO ï/oj^ot.. 
guinem, sed adversus principatus 
et potestates huius mundi et recto- 
res harum tenebrarum, adversus 
spiritualia nequitiae in caelestibus » 
(Ephes. 6, 12). 

Col. 405:"' Mortificate ergo, in- P. /0^,;>; TojTiov('lwâv/ouToû eja-;- 

quit Apostolus.membra vestraquae ycXw-o'j xal IlaôXo'j toô àzorro'Xoj) 

sunt super terram - (Colons. :i, 5) oiïv Tf,v -oXiTsiav jxiixTijaTfia'. o'fei'Xo- 

L'nde et ipse postea contidcnter [lev, twv vîxptotjâvTtov ia'j-roj; tw xo- 

aiebat : " Vivo autera, jam non ego, ajjLtf) xal ~.tl> KjrAo î^wvtwv Zôi y^P' 

vivit vero in me Clu-istus » {Gnlat. çT^aîv, oùxé-:-. -Cu xo'j.uw, àXXà tw Xpt- 

5, 20). <rc(p, xal sv £!j.ol Çf, Xp'.aTo;, HaûXo; 



Co/. 407 : « De virginibus, inquit 
Apostolus, praeceptum Doniini non 
habeo » (i Cor., 7, 25). Cm- ? Quia et 
ipse ut esset virgo, non luit imperii, 
sed propriae voluntatis. Neque enim 
audiendi sunt, qui eum tixorem ha- 
buisse confingunt, cum de conti- 
nentia disserens et suadens perpe- 
tuam castitatem, intulei'it : « Volo 
autem omnes esse sicut meipsum '• 

{1 Cor., 7, 8) Quare ergo non 

habet Domini de vii'ginitate prae- 
ceptum ? Quia majoris est mercedis, 
quod non cogitur, et offertur. Quia, 
si fuisset virginitas imperata, nu- 
ptiae videbantur ablatae, etdurissi- 
mum erat contra natui'am cogère, 
angelorumque vitain ab hominibus 
extorquere, et id quodam modo 
damnare, quod conditum est. 



Col. 408 : Aliis verbis idipsum P. lOV, 2.3 : KaXôv ixh y*P ^^^''^ 
Apostolus loquitur : « Existimo hoc tôv yâii-ov 6 àro'jToXo;, oùx i-rhot^iM 



P. 110, 5 : È—îi'ÎTj Y°'? èvtoXtjv 0£oû 
oùx eT/îv (ô àroaToXo?), w; odtjxî'., 
ta'jTTjV (ttjv Tztx^jbv/V.OL'i) xr,p'jjj£tv roi; 
àvfJpiÔTTO'.;, fj'À tô âvccs'.xTov xal û'iT,Xôv 
xaJTT^; à;ïW(Jia (i'/Y^Xiov Y^tp xôjv Xei- 
"zo'jç/yryj^/tu)'/ "zi]} Kjpîtjj toôto xXco; 
Viîiov), aYaOo'j xal à'^fJovo'j oet—o'tou 
■/âpiv XTjO'Jjatijv -fj xopy^aioTaTov xal 
àEtOaXè; tf,; ào'.arvî'JdTou TrapOîvEia; 
àvOo;, <7~i'^T/0'/ àfjLapâvxivov tt, xoO 
Xptaxoô /âpixi ~X£xd!i.£vov ÛttoôeÎxvujiv 
f|(x"iv, Iva ô £cpi£ijL£vo; aùxT); àYOJvi(Tâ;a.£- 
vo; EYXpaxf,; y^^'^i"*'- ^'-^ xo'jxo y''^- 
;xT,v lîi'îiuj'.v tjijlIv, Ètteiotj £v XptJXw 
'lT|ffO'j <i<.i. xo'j E'jaYY-^'''o'"' «jxô; ^j.'Jiâ; 
£Y£'vvT,3£ xal He'Xe'. râvxa; i^juâ; ETvat tu; 
xal Ea'jxdv. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 



303 



bonum esse propter instantem ne- 
cessitatem, qiioniam bonum est 
homini sic esse » (d Cor., 7, 26). Quae 
est ista nécessitas, quae aufert gau- 
dia nuptiarum ? « Tempus brevia- 
tum est : Reiiquum est, ut et qui 
habent uxores, sic sint quasi non 
habeant » (i Cor., 7, i9). 

Col. 424 : « Regnura coelorutn vim 
patitur, et violcnti rapiunt illud » 
{Matth., il, 12). Nisi vim feceris, coe- 
lorum régna non capies. Nisi pulsa- 
veris importune, panem non acoi- 
pies sacramenti. An non tibi videtur 
violentia, cum caro cupit esse quod 
Deus est : et illuc unde angeli cor- 
ruerunt, angelos judicatuia con- 
scendit? Egredere quaeso paulisper 
de carcere, et praesentis laboris 
ante oculos tues tibi pinge merce- 
dem, quam nec oculus vidit, nec 
aui'is audivit, nec in cor liominis 
ascendit {Cor., 2, 9). 



0£ yafieiv* y.ai xo [xt) YafxeTv o(i.oiW!; (ju|jl 

PouXeÛEi, oùx ÈTriTotauei ôè -zolc, (xtj 6e- 
Xouaw, àXXà zôi^ ,3ouXofx£vot(; wç àya- 
6ôv v)TTOÔ£Îxv'j(Ji, TrpoTpeTcdfxâvoç ô'xt ôtà 
TTjv xa/uxâ'Cïjv xoû xdff(i.ou xoûxou tzÔl- 
poôov xaXôv àv6pa)7rt{j |xt| aTTXîuôai yu- 
vaixo'<;* xal où xoûxo (jlovov, àXXà xal ol 
e/ovxeç YuvoTxaç Iva ùa, (jlt) £)(ovxe; 

ciûCTl. 

P. m, 4 : ol ôè xaxaÇiwOévxEç x^c 

àvauxâaeio; ulol yevÉaOai ouxe ya- 
(xoûaiv, o'jxe yajxîÇovxai, àXX' à); ày- 
yeXoî sldiv èv xtji oùpavtp {Luc, 20, 
35-30)' èàv yàp èv xip xo'jjjLqj xoûxtp 
Ôvtî; Èv aapxî, 6 (jLsXXouatv ot àyyeXoi 
£v XT) àvaaxâa£i yîvEdOai, ouxoi Ôià xtj; 
acotppoaûvT)!; xtjv (pûtriv vixiiaavT£ç xîj; 
ffapxo; xal piaaâfJiEvoi, TrpoXapdvxsç 
•fjpTraaav. Btaaxwv Èaxtv tj pajiXEÎa xôiv 
oùpav(J5v xal aùxol âpTrâÇoucriv aùxT^v 
{Matth., H, 12y ûirepçpovirîdavxEi; yàp 
XTJ; ;j.axataî xal Trpojxat'pou t)Ôov^<; 
s'jTjpÉffXTjdav xc}) Kupt(f». "06ev où ixôvov 
xôv XT)<; Trap0£v£ia; fi.iaÔôv itapà xoû 
(jwxTJpo; XaiJLpâvoufftv, àXXà xal xr, xou 
TTVE'Jjxaxoç 7rxajy(^£Î3£ |jLaxapiÇd,u.£vo'., S 
f,xoi,aaa£v ô 0£Ôî àyaOà xo"ïi; àyaTTÛiffiv 
aùxôv {Cor.., 8, 9) xXT,povo(j.Ti(Jou(Jt. 



Les rapprochements que nous venons de faire entre la 
lettre à E^ustochiuni et la traduction de la Vie d'Hilarion 
établissent, avec une assez grande probabilité, que la 
célè])re épitre de S. Jérôme a été entre les mains du 
rédacteur grec. Puisque nous savons que Sophronius a 
débuté, en tant que traducteur, par la version de la lettre 
à Eustochium (i), n'est-il pas très vraisemblable que le tra- 
ducteur de la biographie, qui utilise le même écrit, n'est 
autre que l'ami de S. Jérôme ? Cette présomption est con- 



(I) Voir ci-cie svis, p. 263. 



504 LE MLSÉON. 

fîrmée par les ressemblances que présente la physionomie 
des deux écrivains : si Sophronius nous est dépeint par 
S. Jérôme comme un homme instruit et spécialement 
versé dans la science des Écritures, la Vie a^recque d'Hila- 
rion témoigne d'une connaissance de la Bible et d'une 
érudition que personne ne songerait à exiger d'un simple 
traducteur. 

Le résultat auquel on vient de parvenir, n'atteint pas 
les limites de la certitude, mais seulement celles de la 
probabilité. D'autre part, il donne prise à deux objections, 
auxquelles il faut que nous nous arrêtions un instant. 

Si Sophronius, dira-t-on, était vraiment l'auteur des 
Vies grecques d'ililarion et de Malchus qui nous sont 
parvenues, pourquoi S. Jérôme eùt-il omis, dans la 
nomenclaluie du De ibis, la seconde de ces deux traduc- 
tions ? La réponse est aisée : la version de la Vie de Mal- 
ehus aura été exécutée poslérieuiement au catalogue 
dressé par S. Jérôme. En tenant eom|>te de ce tait que 
Sophronius a écrit, de 51)0 à 'S{)2, un ouvrage sur la des- 
truction du Serapeum et deux traductions, celle de la 
Vie d'ililarion et celle du Psautieri^ij, on conçoit sans peine 
qu'il ait cru devoii' ajourner à l'une des années suivantes 
la traduction d'un écrit beaucoup moins important. 

Voici l;i seconde objection. L'un des earaelères (jne 
S. Jérôme attribue à la traduction laite j)ar Sophronius 
de la Vie d'ililarion, c'est une très grande élégance : 
\ ilam Hildî'umis moiuuhi... in yraccunt sennoncni eleyini- 
lissitnc Inuisttilit. Avant d'enlreprendi-e une élude attentive 
(l(! la (luestion d'auteur, ce trait m'avait inspiié, je 
l'avoue, des doutes assez sérieux au sujet des di'oits que 

(1) Voir ci-ilcssus, p. 295, note 2. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCIIUS. 505 

pouvait revendiquer Sophronius sur nos deux traductions. 
Celles-ci, en effet, sont déparées, comme on l'a vu précé- 
demment, par de nombreux défauts et, en fait d'élégance, 
elles ne présentent rien de spécialement remarquable. 
Tout bien considéré, il n'y a pas là, cependant, de motif 
suffisant pour refuser à Sopbronius la paternité de la ver- 
sion grecque des Vies de Malchus et d'Hilarion. Outre que 
le terme eleijantis.wne est assez peu précis et qu'il ne 
désigne peut-être, dans l'esprit de S. Jérôme, que l'op- 
posé de la servilité, c'est-à-dire l'aisance avec laquelle le 
traducteur s'est comporté vis-à-vis de l'original, il faut 
convenir que le saint Docteur ne pouvait que difficilement 
se dispenser d'adresser au moins une épithète flatteuse 
au Grec qui dérogeait aux traditions littéraires de ses 
compatriotes en traduisant dans leur langue quelques-uns 
des écrits de son illustre ami. On se rappellera enfin que 
si les deux versions en cause présentent de multiples 
défauts, le début de la Vie grecciue d'Hilarion, qui n'est 
pas sans élégance, [)romettait davantage (i). 

Nous terminerons cette étude en émettant une conjec- 
ture au sujet de la patrie du traducteur. Celui-ci paraît 
mieux au courant de l'histoire et de la géographie de 
l'Egypte ([ue des autres régions où s'est déroulé quelque 
épisode de la Vie d'Hilarion. On a constaté plus haut (â) 
qu'un détail lelatif au travail des moines égyptiens a été 
ajouté par lui et se trouve être parfaitement exact. Ce 
n'est pas le seul passage de ce; genre. Alors (|ue les loca- 
lités d'autres pays que l'Kgypte, citées par S. Jérôme sans 
indication de la région où elles sont situées, ont été men- 
tionnées telles (juclles ou même passées sous silence par 

(1) Voir cependant ci-dessous, Appendice I. 

(2) Page 298. 

20 



ÔOC) LE MISÉON. 

le traducteur (i), les noms de certaines villes égyptiennes 
sont accoinpaiiués d'un lenseigncnicnt (|ui en fixe la posi- 
tion. Ainsi, dans II, p. 98, 7, perre.rit Mcniphim est rendu 
par è-opcJOy. £•.'; Mv-j.s'.\f , r?.; A'.yj~oj -oA-.v, et p. I:2(), 8 liahi)- 
lonem pcrviniil par v.Os £•'; Wy.'tj/.ùm., -oÀ-.v r?,; A'.'vjtttoj (â). 
L'auteur grec atlirnie aussi (pie 1(> })réfet (è'-ar/o;) d'Egypte 
(jui se lit coniijlice des habitants de (ia/a pour poursuivre 
llilarion et son disciple Hésychius, était un adepte de 
rarianisnie(ll,p. I^i,."),")-!^^, I ) (r,). Ces quelques traits sont 
peiil-èlie un indice i\\\v le traducteur des Vies de iMalchus 
et d'Ililaiion a[)j)artenait à l'Kgypte, et ici encore, il est 
intéressant d'en rai)procher celte donnée du Ik v'iris inhi- 
slrihus, d'a|)i*ès la(|uelle Soplironius écrivit un ouvi'age sur 
la desiiHciion du Serapeuin d'Alexandrie. L'ami de 
S. .Ic'rônie, auteur hypotlK'ticpie des deux versions, était- 
il Lgy|)lien ? Les jjrohlèmes relatifs à l'héi-itage littéraire 
de S()|)ln'()nius sont encore entourés d'une trop pi'olbnde 
()l>scurit('' |)our (ju'on puisse laii'c autre chose cpie poser 
la (picstion. 



(1) Voir H, p. 89, 20 ; 02. 15 ; 110, 28 : 125, 29 : 128. 14 ; 131. 31 ; 133, ô. 

(2) Il scniil intiircssant dotiidier la forme des noms géographiques qui se 
lencontieni en assez grand nombre dans la Vie d'Hilarion. Le traducteur a-t-il 
loproduit l'orthographe du manuscrit latin qu'il avait entie les mains, on bien 
l'a-t-il parfois modifi(^e d'aprùs sa fantaisie ou ses connaissances personnelles? 
C'est ce (|u'on ne pourra dolerminer, encore une fois, qu'à l'aide d'une édition 
critique (les textes grec et latin. Voii-, en attendant, les remarques du V. De 
Biick dans les.Ac/a Sanctorum, Octobris t. IX, n"" 26, 20, 31, 33. 42 du Com- 
■/nciilarii's praevùts, et p. iî>, note f, p. 40. note o, p. 59, note u. 

(3) l'eut-iHrc y a-t-il quelque rapport entre cette indication et l'histoire de 
l'arien Halacius (|ue raconte S. Athanase dans la Vie d'Antoine (P. G., t. 
X\\ 1, col. 964). \ oir Acta i'.S'., .lanuarii t. 11, 2« ôd , p. 503, notes d et e. 



s. JÉRÔME ET LA VIE Dl MOINE MALCIIUS. 507 



APPENDICES. 

i. Les puemiei'.s paka(;rai>iies de la tkaduction (.kec<,ue 
DE LA Vie d'IIilarion. 

Xous croyons jjvoir ('tiibli avec certitude ({uc les tra- 
(liKîtions grec(ju(,'s des Vies de Malclnis et d'IIilarion 
remontent à un seul et niènie auteur, dont la piincijjale 
caractëi'isticjue est d'avoir traite'' Toriiiitial latin avec une 
excessive liberté, exception l'aile cependant du dchut de 
la Vie d'IIilarion, où le Icxtc iircc ((pu- nous appelle- 
rons a) suit de très près le texte latin, (le res[)ect du 
ti-aducteur i)0ur son modèle, se manifestant dans les cinq 
premiers paraii;ra[)hes de l'ojjuscule, contraste singulière- 
ment avec les écarts considérables dont nous avons étudié 
(|ucl({ues spécimens. A titre d'exemple, nous citerons le 
passage où le l'édacteur grec abandoime visiblement le 
premier procédé ])Our suivi-e la métbode déléctueuse ({ui 
sera la sienne jus(|u'à la tin du récit : 

Jcromc H 

N. û : Herbuiuin eigo succo et 7-*. .y;, 77 ; Tov/^/ /^/.(ô .'i'iT-a-.<.>/ /.od 

paucis cai'icis post ti-idnum vel qua- oÀ-vo'.: --/aoio-.; 'j.i-.ii. -yC.:, ï, -i-iiy-jL- 

triduum defieipntem aiiim;!m sus- it\i.iyx:, i/J.v.-ujTxt -:/,•> 'Vj/t,' j/à-'x- 

tentabat, orans fréquenter «'t i)s;il- 'ivu i-y/yjvi'i:. tj-iz/io; /.ol: -l-ï/JM-t 

lens, et rastio liuinum fodiens : ut /.'/.': o'.y.i'/.Àr, ■:/,•/ yr,-/ j/.â-Ti.jv, Iva -cov 

jejuniorum laborem labor oi»eri.s /Tj-Ti-oiv -'>•/ /.ây.a-o/ ô toj ioY'i'j xoro; 

duplicai'et. Siniulque fiscellas juiioo <":-'/.'x~:iriy -vii '"à /.-v. /.of'/oo; i-ô 

texens, aimmlabatur Aegyptioiiim -/y:Awi vijyx-Mo-i •/.%': 7i'.oà; jia'tov 

inonachoruin disciiilinani. et Apo- ï-'i.iv.i, -oj; iv A-yJ-Tw ;j.ova- 

Stoli senteiitiani, dioeiltis : Qui an- //'■■>:. ;j.'.;j.oôy.£/o;. K'.; totojtov 

tem non ojK'i'aùt/-, no/? mauclHCCt : o !» -i - i, j - £ ;> 'i o /. f, - 1» •/ •/ r, 7 t z ; (i v 

sic attenuatus, et in tantum oxeso éocj-o/ y.'x-i- r,'-t/, (o; y. /.•.,- -:à 

corpore, ut ossibus vix liaeieret. o^tx aô-roO Oro -:?,,- -o'j ■k'o'j.olto^ 

£ - i - a •/ î i a ; 7 o ■ ; /. - 1 "• 7 a '. . 



508 LE MISÉON. 

Comment expliquer ce brusque changement d'allures ? 
Deux hypothèses se présentaient à l'esprit : ou bien deux 
lédacteiiis avaient mis successivement la main à la traduc- 
tion de la Vie d'Hilarion, et le pi-emier avait cessé brus- 
quement son travail — mené avec le souci d'être fidèle à 
l'original — au milieu de la phrase (jue nous venons de 
citer, ou bien il y avait un traducteui' unique (jui s'était 
affranchi de toutes les lois d'une traduction exacte, après 
avoir éprouvé les ditïicultés qu'offrait semblable entre- 
prise. Tout considéré, nous penchions vers la seconde 
alteinativc, lorsque l'examen du maimscrit grec loiO de 
la bibliotliè(pie nationale de Paris vint changer complète- 
ment rasj)ect de la (piestion. Ce manuscrit (i), (pii ap[)ar- 
tient au W" siècle, renlérmc un texte de la version grecque 
(pji n'apporterait à l'édition de M. Papadopoulos-Kerameus 
(pie le contingent de variantes habituel, si le début n'en 
différait considérablement, au point de constituer des 
ciii(| piemiers paragraphes (->) une lecension tout-à-fait 
distincte (nous rai)|)ellerons h), (^hose vrainuMit remar- 
quable, les deux textes s'écailcnl liin de I autre jusqu'à 
l'endroit précis où commence la traduction libre, c'est-à- 
dire juscju'aux mots soulignés dans notre citation : xal 
TS'.oà; |ja'!(.)v s'-Asxs, tc«j; sv A'.'yj-To) jj-ova/o-j; ij.'.;ji.O'J;j.îvo;. Iv.'; 
T070JT0V o'jv T/, j-cO^jOAr, T(ov Yr^'j-f.ù)'/ kajTOv xaTir/-,;£v xtA 
(II, p. <S(), I. 'll\), et à partir de ce passage jus(|u'à la (in 
du rccil, à part des vaiiantes insignifiantes, ils coïncident 
complèlement. Si a est une traduction littéiale du latin, 
h en est une version libre, caractéiisée par des remanie- 
ments et des additions (jui le rendent plus long que a. 

(1) Voir Calai, cod. hat/. graer. bibl, nal . Pari^iensis, p. 240. 

(2) Bien entendu, ce sectionnement en paiagraphcs est tout artificiel : c'est 
celui f|ui a été adopté par Mignc pour le texte latin et par M. l'apadopoulos- 
Keramcu.s pour le texte grec. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DL MOLNK MALCIILS. 509 

En y regardant de près, il est facile de se convaincre que 
b présente, d'une manière indéniable, les mêmes traits 
que la Vie greecjue de Malclnis et la seconde partie de la 
Vie d'Hilarion : même liberté vis-à-vis de l'original, 
mêmes lacunes dans la connaissance du latin, même 
style, mêmes locutions. Voici quelques expressions com- 
munes à ces divers textes, qui démontreront que le début 
de la Vie d'Hilarion du manuscrit do Paris remonte au 
même auteur que le restant de la traduction : 516,i t?,; 

a'.'wvioj TOir/-|p'!a<; ; M, p. 449, 5 (7(0T7,p'!av aùov.ov — 316,4,9 et 

29 r/j -zoù Kupiou yônp'''^ : même expression dans H, 94,5 ; 
95, 19 ; 107, -27 ; MO, 10 ; 111, 21 ; 110, 17 ; 113, 9 ; 
124, 21 ; 134, 8 — 317, 14 y, -à^a cttiouSti : fréquent dans 
M et H, voir ci-dessus p. 285 — 317, 17 ttI; êvOsoj -oX-.Ts-ia; : 
locution identique dans M et H, voir ci-dessus p. 284 — 

317, 27 o'.à TÔv 7r,; cp^AaSeXci-ia; OetjjlÔv : M, 4i9, 9 o'.à tÔv 77.; 
cpiXaSeXcpiaç 8e(7[Jiôv — 518, 1 tov ^).OYf^pri '^iov : M, 435, 1 i 70 j 
{jLOvrjpou; [3io'j — 518, 5 TzXo'ji'Mq ev tzôl'ji : M, 444, 5 tzXo'j^'M!; 
év Trào-'.v — 518, / TzoWoi ù-b O'.a'^ôpwv àcj-Oeveuov xaî û-ô 7:o)vX(7)v 
TcveufJiâTWV âxa^âpTWV o'yXo'Jjjievo!. : H, 117, 20 7:o).Xo'... -O'.xiXa-.; 
vÔto'.;; ào-OcVO'JVTe; xal Orzo -ye'j^y'or/ àxa()âpTO)v o'y Ào'jjjlcVO'. ; l'ex- 

pression àxàdapra T:v£j|jiaTa se rencontre encore dans H, 120, 
17; 127,20; 132, 2i; 133,2et0, etc. — 318, 12TO':çTTÔvo'.;r?.ç 

ào-xTiTew; xal Tiào-at,; TaC; tt,? 6eo7ejiieiaç àpsTar? p-É'/p'- tsXo'j; êvxao- 
répriTOv : M, 435, 16 Tr, TO'.ayr^ ^p^~'{i âveTi'.XriTTw; êvxaoT£07,TavTÔ(; 
|j.o'j ; H, 103, 1 1 èYxapTepsîv ToiT; -ôvo-,; ty,; àTXY.Tew; — 318,18 
à7coXu6et,; os -ap' aÙTO'j ô ot'.o; IXaoûov è-avr/OcV £','; t>,v '.oiav 
iraTpwa aÙToO* upô ok r?,; ê-avooou a'JToO... : iM, 4i8, 14 aTiéXua-ev 
T,[j.àç ir.eVkv^ £''; Ta î'S'.a jjieT'e''pT,VY,;. Ilpô oz ty,; e-avôoo-j y,[jiwv... ; 
H, 101, 24 cf-TceA'jTcV aÙTÔv xal £-avY,XO£ — 319, 20 -pô; T:âTa; 
Tàç jUeOoSE'iaç toj o'.aCiôXoj : expression fré(|uente dans M et H, 
voir ci-dessus, j). 283 S(j. — 319, 25 à |jl'.7Ôx7.).o; o'.à,'jo/o; xal 



510 LF MLSÉON. 

ciOovccô; : .M, iôl), ï TOv '■j7.7y.7yj/ y.7.''. ;j.',7Ôxa).ov o'.âJioAov ; H, 

l^i-, "lH £'.'; 'i^Ocivov -/.-/'. v-Ctoç (i) — r>l8, 2.") "va aîr, -j-oo'.xov roO 

y.2'!'ji.aTo; Avavioj xv.'. Xv.rr'^î'ioY.c zajTOv x7.T7.7Tï,r7r, : H, I I l , !2 / 
II- 11'- ' 1' ' ' 

•j-ôo'.xov i'/'jTOv TOJ xo'Jj.y.T'j; toj àr:'>77o).0v* x7.Ty.7TY',-7a; — 517, l(S 
('.)v|/Y,Ti -00; ajTÔv î','; Tif,v £o/,|jt.ov xa', î'jpojv ajTOv c.'|j.e'.Vc -00; 
'/JTOv : M, i55, 15 à-v.Oov sxs-!' xal -po7£A0("ov ajToC; sue'.va -a':' 
•/•JroC; ; II, 125, :29 7.-}}Jlz'j z']; lîvOJy.ov.. xai. 2'jo("ov ixeC àocA'ioù; 
yvojvi'/oj; £;/c'.vc -7.'. ajToT;. Nous a VOUS noté encoi'c une 
dizaine de rapprochcincnts du niènie iicnrc : ceux (|ue 
nous venons d'indi(|uer ne laissent, croyons-nous, aucun 
(loiile sur l'identité d'auteui'. h et la seconde partie de la 
vcision iirec(jue de la Vie d'Ililarion t'oiinenl un travail 
d'un seul jet, tandis (jue a est une |)ièc<' de ra()|)()rt, 
coïK'iie d'une tout autre manière et dont on voit aisément 
le point de suture avec le l'cste de l'opuscule. Le passage 
d'une partie à latitre se t'ait d'une façon brus(pie, au 
milieu d'une plii-ase dont par là même la construction 
est devenue assez iireiiulière {-2). De plus, il est à remar- 
(jiier (pie le Iradueteui' de la Vie d'Ililarion, suivant une 
habitude (pii lui est familière (r>), rappelle dans la partie 
Iraduile librement ceitains faits énoncés dans les ciiKj 
[)remiei's paraiiraj)bes : or, les ternu's dont il se sert à 
cet elfel sont ceux de /^ et non de n (i), p?*euve (|ue la 
première partie de son travail était h et non pas <i. 

(1) I']xi)iession eiiipiiintee pcut-étic à la Vie d'Antoine (P. G., t. XXVI, 
col. S-15 : ô oi u.'.joxaXo; ■/.■x\ '^Oovîoô; o'.x'îoXo; oôx v/eyxîv). 

(2i 11 faudrait en ellet : i-jx o: y,i\ xo.ir/oy; à-ô j/oivt'iov £v'j.;a'.v£v xai usioà; 
^ia'wv i-J.i/.i, et non pas ... îvj«a;v(.)-/ ... C'est (|ue ce mot termine brusque- 
ment la recension a (S. Jérôme : lexens). 

(3) Voir plus haut, p. 254, note 2 et p. 281. 

(4) Comparer H, p. 88, 12-13 au texte ci-dessous, p. 319, 1. 16-17 et à H, p. 85, 
2(3 ; H, p. 88, 20 au texte ci-dessous, p. 319, 1. 22 et à H, p. 85, 29 ; H, p. 88, 
21 au texie ci-dessous, p. 319, 1. 31 — 320, 1. 1 et à H, p. 86, 7-8 ; H, p. 88, 22 
au texte ci-dessous, p. 320, 1. 13 et a H, p. 86, 17; H, p. 89, 11-12 au texte 
ci-dessous, p. 319, 1. 19-20 et à H, p. 85, 27-28. 



s. JKI'.OMK ET I.A VIE i)l MOINE MALCIIIS. 511 

Est-ce à dire ({ue a est un travail postéiieur, dû à 
([uol((ue écrivain qui avait sous les yeux le texte latin et 
voulut en traduire les preiniei's paraiira})hes plus fidèle- 
ment que son devancier ? Cette solution parait la plus 
naturelle, et pourtant un indice nous force à suspendre 
notre jugement sur ce point. In examen attentif fait 
découvrir, en effet, (pichpies points de contact entre a 
et le reste de la Vie greciiue dlfilarion, jointe à la tra- 
duction de la Vitd Mdiclii. Ainsi, d'un côté comme de 
l'autre, on trouve s-'./c'.piw dans le sens iVoilrcprcnrlri' (i), 
y-ôOsT'.; dans le sens de nuitirrc (-2) ; d'un côté comme de 
l'autre, àvaTToo-i/, sii>nifie genre de vie (.">), -j-o^yjjM siifjué- 
rer (i), py.^-y.'^io s()iite)nr (.•)) ; ici comme là, circus est 
rendu par l--oopo;jL'!'y. (c;), deleclurc par -zztm (t), mitti a 
par y.-oi-Sù.ziHv.'. -apâ (s). La locution à-ir/oy-a-, 2','; dont 
la répétition est si fréquente dans la traduction libre, se 
rencontre éifalcment dans u (m), alors (jue le latin porte 
ingredi ; il en est de même de l'expression sxsvvo- ol tô-c. 
pour le latin loca (10). Les mots ô toj Xo-^ttoO TToaT'.wTY,; 
{tirmiciiliis Christi) (|u'on lit au n" 5, sont employés aussi 



(1) H, p. 83, 15, p. 87, 15, p. 98, 5 etc. 

(2) H, p. 83, 7, p. 96, 30. 

(S; H, p. 83, 6, p. 104, 22, p. 113, G, p. 108, 25. 

(4) H, p. 86, 8, p. 88, 21 ; M, p. 435, 19. 

(5) H, p. 86, 18 ; M, p. 442, 15. 

(6) H, p. 84, 19, p. 96, 15. 

(7) H, p. 84, 20, p. 133, 25. 

(8) H, p. 84, 13, p. 100, 10 et 15. 

(9) H, p. 85, 14 iiU -r,-' ïpu'j.ry, àTiT^XOs/), p. 90, 18 (£;; -r,^< tyf,'MJ'' àr£>J)o07a), 
p. 114, 5 (à7r£f</o;j.£vo'j èrl ttjv Èotjijlov), p. 120, 4, p. 123, 27 et 29 etc., etc. ; 
M, p. 435, 7 et 10, p. 437, 8. 

(10) H, p. 85, 16 (è/.jîvwv Twv tottiuv), p. 89, 23, p. 120, 11, p. 121, G, p. 122, 
12, p. 123, 1, p. 127, 31, p. 129, 1, 9 et 12, p. 130, 2 ; p. 135, 23 ; M, p. 437, 10, 
p. 445, 18. Comparer encore H, p. 83, U àvaYivojaxexai {legitur) à 125, 5 
ivaYviidTa; (lectoribits) ; 85, 11 àzocpâasco; à 105, 27 iiTd'f auiv ; 86, 18 ïxXcî- 
•rtouaav (deficientem) à 135, 8 èxXsÎTretv. 



512 LE >irsi%ON. 

au n" (), lo(jU('l pi'ovioiit (ntairKMnent de la même plume (jue 
le reste de la traduction. Nous sei'ions donc tenté de eroire 
({ue n et h représentent deux éditions ditïérentcs faites 
])ai' le même auteui', et cette hypothèse aurait l'avantaiie 
d'exjdi({uer au mieux les rapports assez comj)li(jués (jui 
se ren)ai'(|uent entre (i, h, et le latin, (i et h, en etï'et, ne 
sont pas indépendants l'un de l'autre ; ils se rencontrent 
parfois dans le choix des termes et i-ii et là, dans des 
détails insignifiants, tels (|ue le temps d'un verhe, ils 
s'écartent siimiltanément du latin (i). (Chacun des deux 
rédacteurs, cependant, a connu le texte latin : si (i est une 
traduction littéiale, h dans (|uel(jues passaiies de peu 
d'importance, est plus voisin du latin ((ue a (-2). Ces deux 
faits sont assez difficiles à comprendre, si l'on adopte une 
autre hypothèse que celle de l'identité d'auteur. Au con- 
traii'e,on conçoit fort hien (pie le rédacteur de h, rej)renant 
son travail pour une raison (pielcoiupie, ait tenu compte 
de son pi-emier essai, tout en travaillant [)rincipalement 

(1) Voir, par exemple, PI, p. 84, 27 : Ttto; ijiiv ào'.aXsî-Ko; f,v èv Tf, Trpojeu- 
yfi, et le texte b publié ci-dessous, p. 317, 25 : ttioî àô'.aXeÎTtxwi; (jiÈv 7rpoffTiû/£to, 
pour le latin : quain creber in orcitione — H, p. 85, 13 : "^Hv ouv to'te 7r£VT£y.at- 
5£xaî'TT)<;, ox£ yufjLvo'; ... et b, p. 318, 26 : ^Hv 31 -zô't 6 fxay.ioto!; ÈTûiv '3£y,aTT£'vx£, 
oT£ Yufxvo'; ..., pour le latin : Erat antem tune annorum quindecim. Sic 
nudus ... — H, p. 86, 11 : ~à (tttjOo; aùtoû ... etu-xîv et b, p. 320, 3 : xô dXTjOo; 
lot'jxoj £xu7:x£v, pour le latin : et pectus ... vcrberans — H, p. 86, 13, les ter- 
mes Xaxxt'^îiv, xo'.Oaî, à/'jpa, xajua, '|j/o; qu'emploie H, p. 86, 13-16, pour 
rendre les mots latins calcitrare, hordeum, paleae, acstus et frigora, se ren- 
contrent également dans b, p. 320, 7-9. 

(2) Ainsi, H, p. 84, 8: àXXà yàp XJï) — ooxîOî'vxi Xdytjj àc./T)v Tro'.T,ffaj!J.£v ; 
b, p. 316, 30 : To'Jxtov xoîvuv xwv xuvojv xà; ûXaxxoûaa; xaxà xo'j àyiou yXwTTa; 
xaxaatyâvovxsc; ettI xô irpox£i;jL£vov rjiA'tv 7:po0'j;jici); iravîo/o'jjistta ; S. Jérôme : 
Veruin destinato operi iinponam mmtion, et Sei/fleos caiies ohtwata aure 
transibo — H, p. 84, 18 £7riax£ua£ ; />, p. 317,9 : riaxEÛiov ; S. Jérôme : crcdens — 
H, p. 85, 8 SiavEiVaç ; 6, p. 318, 21 : iyaphoLio ; S. Jérôme : largitns est — H, 
p. 85, 15 : (JT|!j.£t(o ; h, p. 319, 2 : jjli'X'.ov ; S. Jérôme : milliano — H, p. 85, 25 : 
àrJi ôof.5; ; b, p. 319, 17 : ^spiJ.âxtvov ; S. Jérôme : peUiccum — H, p. 85, 27 : 
(TxpwjjLa : /;, p. 319, 17 : jxyov (corf. aaytv) ; S. Jorùme : saf/iim — H, p 86, 11 : 
ypdvôo'.; ; /;, p. 320, 3 : 7ruyii.al; : S. Jérôme : peignis. 



s. .IKKOME El I.V VIE DU MOI?(E MALCFILS. 515 

sur lo texte latin. Nous n'insisterons pas pour le inonient 
sur ees (juestions délieates : aussi bien, pour s'avancer 
sur ce terrain d'une manière assurée, il faudrait posséder 
tout d'abord une édition eritiijue de la \ ie ifi-eeipie 
d'Ililarion et des recensions a et h (Y). Notons seuleinent 
combien il devient facile d'exj)li([uer ce fait assez étranije 
de l'existence de deux recensions ditféientes des premiers 
pai'aiïrapbes de la Vie iii'ec(|iie, (juand on admet que celle- 
ci a pour auteur l'ami de S. .ieiôme, Sophronius. Il est 
à suppose]' ({ue lorscjue S. .Jér(Hne reçut rexem})laire de 
la version grecque exécutée par Soplironius, il ne trouva 
pas de son goût les remaniements, parfois bizarres, 
(ju'avait subis son (l'uvre en passant du latin en grec. 
Dès le début, il dut être siimulièi-ement étonné, par 
exem[»le, de voir l'bistorien Salluste transformé en bien- 
beui'cux serviteur du (^liiist et on confident du biographe 
(p. 5I(), ()). Kstimera-t-on chose invraisemblable (ju'il ait 
écrit un mot de reproche à celui qui lui faisait commettre 
un j)areil anachronisme, et ((ue Sophronius, pour satis- 
faii'C l'illustre écrivain, ait refait de son mieux les pre- 
miers |»aragraphes de son travail, sans avoir le courage 
(le poursuivre jus(|u'au boni cette diUicile et fastidieuse 
besogne ? 

Knlin, il est int( ressaut de constater (pie So/omène, 
dans son llisloiic ('(cIcsidsl'Knic, a utilise'' la rcM-ension h (2). 
Voici les passages (jui acciis<'n( cette dépendance ; on 
remar(pi<'ra (\ur So/.omene et h s'cdoignent à la fois du 
texte latin et de (t : 

(1) A en juger par Vincipit, le manuscrit de Sanios signalé par M. Papado- 
poulosKpiameus {op. cit., p. 82, note 1) ronferme la recension n, tandis que 
le Vatica)ins 1389 et le Mosqucnsix 3f<7 ont le texte h (clV. Catal. cod. hag. 
graec. hibl. Valic, p. 131 ; V'ladimik, Catni. des »iss. de la bibl. synod. de 
Moscou, t. I, p. 582). 

(2) Voir plus haut, p. 271 sqq. 



514 



LE MUSÉON. 



Jérôme a b Sozomène 

N. H: PoiTO H. p. 84, 31 : P.3ÎS,7 : r.ç.la-,- III, M : fjj ';rrj 

frequcntiam eo- nâXtv oov tt)v tto- to tîoXXoî ù-ô ff'jvï/(of>î"tTo xa- 

rum qui ad eum Xjo/ÀîavTùivTrpôç lîiacpoptov àaOîvôt- -rà y^/iôiirtw T\ot- 

ob varias passio- aùxôv TraoayEvo- wv xal ûttô ttoX- [xî'tv, TtoXXtliv ôV 

nes aut impetus [xÉviov oià — oixîXa Xwv Trvî'juLâTU)/ à- Twv iX-âïTO-î Tojv 

daemonum COn- TtâOr, y.al ôc.;j.à; xaOipTwv o/Xoj- w; 'Avtwv.ov èp/o- 

currebant, ultra oa'.îJ.ova)v oô ci£- '/evo'. àxojovxî; uî'vwv. 

non ferens : nec owv, oô'îè tt^Éttov TrapaYivejOat-pô; 

congruum esse Èv-f, £ptî;j.i{jXî'yiov aÔTov. 'E-el o-jv 

ducens , pati in «ÎTiy.oj; ttoXîwv 6- ojx eVwv aÔTÔv 

eremo populos ci- Toyivî'.v ... x a t à y v lô ;j. T, V 

vitatum... T| pcjjLîr; ... 

Ibid : reversus H,p.85,5:\}.z- P. 318, 18: i- Ibid. : liz/x'/f,).- 

est CUm quibus- ii x'.vcov y.ovaÇdv- TravfjXOîv îl; xr,-' Oîv il; tT)v -aTpioa. 

dam monachis ad nov si; ttjv î<5tav liît'av T:aTp;ox aù- 

patriam. Trarpt-îa èuÉTtoE- TOJ. 

'■I^EV. 

D'autre part, nous avons cité déjà (i) les passages de 
V Histoire ecclésiastique où Sozomène a fait un eni})i'unt à 
la recension « : les passages parallèles de h étant tout 
différents, la dépendance de l'historien vis-à-vis de n ne 
saurait être mise en doute. Bien plus, la phrase suivante 
de VUistoire ecclésiastique est une combinaison de a et 
de 6 : 



Jérôme 

N. 3 : et paren- 
tibus jam defun- 
ctis, partem sub- 
stantiae fratri - 
bus. partem pau- 
peribus largitus 
est, nihil sibi om- 
nino reservans 



a 

H, p. 85, 6 : xal 
Tùiv yovEwv a'jTO'j 
TsXîUTTiaâv- 
Twv, fxÉpo; (xèv 
TTJç oùai'ai; toTi; 

|i.£po; 5È xoli; tttco- 
}(o1; i5 i a V £ • (X a ; , 
Ù Ô £ V ÈauTtjj T 6 
(tÛvoXov ÛttoXei- 



b 

p. 318, lu : £X£- 
X£ÛXT)aav ot yavETî 
aùxo'j TTxvxa xà Ût:- 
âp/ovxa a'jxùiv aù- 
xCi) xaxaX£i'iavx£;, 
i'r£p Xaptbv ô a- 
yio^ 'IXapuov xà 
(jL£v icieX'fol:^ £v- 

Ô£0|JL£VOi;,xàÔ£ 

Trxio)(oli; £}(apî(7a- 



Sozonu^nc 
III, 14 : KaxaXa- 

[iwv 0£ XeXcUTT)- 

(T a V X a ; xo'j; Traxs- 
pa;, £'.; -où; ««îeX- 
tpo'j; xal xoù; §£0- 

tJL£VOU; XT)V où- 

aiav i5i£v£i|j.£v' 
o'jOiv «îè Ttavxâ- 
TraJi xaxaXtrtùv 
lauxû). 



(1) Pages 272-273. 



s. JÉRÔME ET LA VIE Dl MOI.NE MALCHLS. 515 






Sozoïiièno a-t-il connu les doux rédactions du début do 
la Vio ifrocquo d'Hllarion, ou bion avait-il sous los yeux 
un texte déjà nièlé ? L'étude dos ditléronts manuscrits do 
la version itrecque permettrait seule do ré[K)ndre à cette 
question, on fixant d'une manière précise le texte primi- 
tif des recensions a et h. Sans doute nous expliquerait- 
elle aussi certaines })articularités curieuses dos différentes 
l'econsions dérivées. S'il est certain, en efFet, que le début 
du texte représenté par le Coislininnus 1 10, de la rédac- 
tion de Métaphi'asto et du panétryrique d'Hilarion par 
Néophyte le Reclus dépend de h, on constate d'autre part 
que certaines expressions de ces diverses l'oconsions 
s'accordent plutôt avec a, tel du moins que nous le fait 
connaître le texte imprimé. 

Mali>ré l'incertitude qui règne sur ces problèmes par 
suite de l'insutïisance de nos renseignements au sujet de 
la tradition manuscrite, nous croyons utile de donner 
une édition jii'ovisoii'o de h, d'après le l^arisinus grec 
1540, du \h siècle. Chacun pourra ainsi s'assurer que b 
est sorti de la même plume que la traduction de la Vie do 
Malchus et la seconde partie de la Vie d'Hilarion. Le texte 
du manuscrit est reproduit fidèlement, sauf la ponctua- 
tion et los fautes (rorthogi'a[)ho et d'accentuation ; nous 
l'avons divisé on j)ai'agraj)hos correspondant à ceux do <i 
et do la Vi(! latine. 

SS"". H'!o; TO'j OT'.ou Tzy.~ooc, YijjkÔv ' I Aa o ûi) vo ; *. 

I. To'j [v.axap'.wTaTO'j xal '^0,0'j toO BeoO IXapiwvo; tV,v TzoX'.xeiav 
' cod. 'IXafiiùvo; 



310 LE MISÉON. 

àvaypâ'iSTfla'. y.i/.Awv, Ta',; iv.tv/O'j -p£7[j£'!a'.; tov Kjp'.ov -apaxaAw 

('.Wtc o'.à TO'j â-"!oj -vs'rjiaTO; aÙTO'j ^j'hl^rv. uo'. Ao-'ov, '"/a O'jvt/JiÙ 

T:pô; àç{av Ta; èxc'ivoj àpô-à; o'.y.yYiTaTOat, xal xaTa |j.'![ji.y,7'.v toj 

âv'iou Jj'ioj a'jTG'j £'j0'jvô|ji,cvo; Tr, to'J K'jp'iou yâp'.T'. r?,; af^wvwj xaTa- 

5 E'.(oO(ô TWTYiOÎa;. ToTaûrr, yào stt'.v y, toO ôo-ioj cXS'lvo'j àvooo; -cô; 

KjC'.ov 7:aôôy,7'!a, xaOw; ô •j.axào'.o; oo'j),o; toj Xo'.ttoj Ko'i^-o; y/jl-Tv 
i 11'' II' ' i 1 ' 'i 

o'-Y.-'Y'TaTO, (o; "àvTa ).ô"'ov xal èVra'.vov àvOow— tov Tar; twv —oâcewv 

aÙTO'j àocTa'?; xa/vj-Tc-rOa',, OOêv £>' xal u.), —oiii; à;'!av Ta'jTa; âvs^'oa- 
i ' r ' i ' • 'il 

'Ifà^cOa, à-AÀ oa(o; cTtI — Épa; àvs'.v tV|V TO'.a'JTY.v y,u.wv — poOcT'.v ty, 
10 TO'J K'jp'lo'j yàp'.T'. a-7:o'joàXoucV, Ta; -vej|jiaT'.xà; àp',7T£'!a; toO ôa-'!o'j 
exs'ivo'j àvop'i; à-oxaAJ-TOVTS;. Iv.' yàp 'AAÉçavopo; 6 Toiv Max£oc5vo)V 
3aT!.A£'j;, h £v T(o âvûo -zry:,r-:f Aav/V.A -âvTwv 'ji.àAAov twv — oô a'j- 
TO'J [jaT'.yitov £w; axpov' ty,; 0'//.oj|ji.£vy,; a£vaA'jvO£'!; (l), 6';, ciao-'iv, £-1 
Tiôv Tacpov TO'J Ay.A/.sto; y£vô|j.£vo; ty,v r:o A£u.',xy,v £X£'ivo'j àvopeiav 
15 Oa'ju.à'^(ov £']^7:3v" L'JT'jyir,; zl -y.z'r -àvTa; to'j; Y,p(oa; àvopi;, w 
v£(0T£p£, OT'. TO'.a'jTa'.; c'jÇY.u'ia'.; AÔvwv xal — ao' '()u.y,gou xal —aoà 

k ' ' T 'i ' I » i 'i i 

tioaIwv TO'itôv Y, 7:oA£!Ji',xY, TO'J àxaTau.âyY|To; àvop£'!a XY,p'ja'T£Ta'., 
-OTO) I aàAAov ru'// -o£7:ov ty; àAY,0£'!a; xy, s'jxa; v£vou.£vO'j; "Xv Fol. 8t 
|jLVY',aY,v xal £7:£oaTTOv to'j 'J£0'i'.AO'j; to'jto'j àvooo; 6'.Y,vY,Taa-0a', tzoÀ',- 
20 TS'iav, Y,; xal ô ày'.wTaTO; 'E-'.'jâv.o; é-'iaxo-o; K'j-po'j, Ixavo'j ypô- 
vo'j auTO-TY,; y£V'5!ji£vo;, Tipô; ô'vy,t'.v twv fjiavOavôvTwv ayeSàv Tcàx/i 

TY, 0'.'X0'J[J.£V/^| Ta'JTY|V £XY,p'j;£V Y,V~£p ^^^t!. Y,[J.£ri; Tiapà TWV icyîwv Y,[Jl.t5v 

TO'JTfov -y-izh)^ -aoaAa|^j'ivT£; to'?; 3o'-'^'0,'Jl^'''^-^ à'iOôvo; [j.£Taoioo- 
[a.£v'. Ta; twv ^ag-xâvwv xal cJ^SJoaoiXciwv yXiôo-ja; -pô; Xo'.oop'iav 

25 TO'J {jiaxapîo'j 'lAapiwvo;'* o'ç'JvoaÉva; ô'!xy,v àpâyvr,; 5taxÔ7ïTOVT£;. 
O'jTO!, yàp xaTa ty.v twv <I>ap',Taûi)v •JTOxpi.Tt.v 'JTtoyXtu; ty,v év XpiTTO) 
èAe'jO£p'!av a'JTOJ xaTa7X0-Y,a-avT£; ~po; 0!,'x£'!av a'.VyJvY.v yA£'jàl!^£',v 
a'JTY,v TzoA'jTpô-ti); £T'iAiji.Y,Tav, (ov TY,v a'jOào£'.av O'JTS 6 TO'J àyîo'J 
'Iwâvvo'j TO'J Jiia-T'.TTO'j |3'!o;, 0'jt£ y< to-j Ivjp'io'j TzXo'j'jî.y. yâp'.ç "at,- 

30 Se-Je». To'JTWv TO'ivjv T(r)v x'jv(ôv Ta; •j).axTO'J'Ta; xaTa to'j àyio'J 

yX(077a; xaTa'7'.yàl:^ovT£;, £-1 -zrj -pox£'!ijL£vov y,[j.'-v -poO'j[j.w; £T:a- 

v£P7Ôa£fJa. TY.v £VTa'j'ja TtaTO'-oa xal Tiô •^'ivo; £x£'!vo'j to'j âvio'J àvocô; 
r/. i ' ' i 1 11' 

~ap'.7T(i)VT£; T(o >'oy<;>. 

* co(/. àxowv -^ ro(/. fjL£Taôtoii)(i.£v ■* cod. 'IXapiovo; 
(1) Ofr. Da>ite/, VII, G ; VUI, 5-S, 21-22 ; XI, 3-4. 



s. JÉRÔME ET LA VIE I)U MOINE MALCIIUS. 517 

II. 'lAap'!(ov Toivjv 6 àyw; tw ulsv yivs'. 7,v IlaÂa'.a-T'.vô; (l), Ôlizo 
xo^iji/iç ©ajjaOà'' Xc'.uÉvY,; à-ô -Évtî yj.AÛov r7,; -oAsw; ràvT,ç. ''Ha-av'' 
0£ ol vover? a'JToO e-'clwAGÀâ-rpa'/ | pooov (o; È'tto; eiTisirv s; àxavOwv 
àva'i'je'l;, â-cTTa),/, os -aoà twv yovitov x'jtoO £',*; "AAe^àvops'.av jj.a'jerv 
ypâfi.p.a-:a (2;, xaxs^ o'-i-:p'.|3£v 7r, ix '^J7£'.>; aÙToO àyaffrj -poa'.piae!. 5 
6'.a-0£-wv £v -i'jv/. T'j-o; t£ twv 'rj'j.fjJ.y.w^ ty,; TO'.aû—/-,; ^p'//,? 
xaAA'.TTo; iyhz~o, à.yy-f-'.y.o^ -pô; -âvTa; tojç ô;j.ô'^povaç 'jTtâpywV 
o'JvaTo; T£ /,v iv 7'jv£7£', "aov(ov. à-OTO;jiw; TO'j; t?, yJa.Hs'.x àv^'-TTa- 
|jL£vo'j; £/£yy(ov, xal to -àvrrov |ji.£'.^ov, 7:'.7T£'j(ov t£A£Ûo; £'.'; tov K'j ■ 
p'.ov Y,!ji.wv '17,70'j/ Xp'.TTOv, oj'/ l-7:oopO|j.'.xa'r; o£ aavia'.;, ojo£ TociTç 10 
TÙv Or,o'.aAo}Twv alao^idoo'.; Osojp'ia'.;, ojos OîaTpc.jv a-J^ypo'.; xal 
àxaOâcTO'.; OcàpiaTi// to xaOapov t/,; o'.avoia; y-j-f/j uo/-'jva; 7:o7£, 
àA),' 0'JO£ c/),(oç Tcôv y.Hi'j'jJoy xal 'j.-jTy.zur/ TO'jTtov 0£arV,; y£vô|j.£vo; 
'Hv 0£ a'JTO'J Y, -à^a tto'joy, £','; rV,-/ £xx).Y,7iy.v TjvàyE^Oa'. xal àxo'j£'.v 

£-'.|J.£AO); 70)7 0£O7:V£'J77(.)V Tpa-^t-V/. 15 

III. |]soxo-T(j)v 03 "col Tov TY,; OcOTE^isla; ^y,"aov, xaO kxàTr/-,/ 
Y/ji.£oav Y,xo'j£v -aoà -àvTWV -spl ty,; ivOîO'j 7:o),'.T£la; to'j piaxacco- 
TaTOu AvTor/lo'j, /.al Xitov tw ~/£'j|j.aT'., z'^Jj; (.)ov.y,-7$ — oo; aÙTOv £'.; 
TY,v £OY|'j.ov, xal £'Jo(.)V a'j70v, £|j.£'.v£ TToô^ aJTOv xal -a:' ajTO'J xa.TY,- 
vOy,, xal 70 zi(^'}.y. to'j 'j/y/y.y ^/j o ày.o; AvT(.r/'.o; 0£0{.)X£v a'JTw. 20 
"E'Ji.£'.v£ T£ -ao' ajTO'j r'oTcl 'j.Y,vac ojo, xa'. xaTavoYiac àxo/.o'jO(oc 
TY,v àxpljî'.av I TY,; -o).'.Tcla;' ajTOv xal to t£|jlvov y,0^^ a'JTO'j xal tÔ 
£7:',£'.x"£; xal -càov ty,; v.yr.y.z-y.iiu):, ajroj, xal -â.Ta; Ta; £v Xc.ttw 
àocTac ToO â"lo'j •■"tt.i'Mt ■/.y.~y.<j.yh(>r/, xa', tyv ■zoj'zurj 'j.vy',uy,v y.X'xy.- 
^ovT'. -oO(o -"juva'^fov -ap savro). Iho; à-O'-aAsl-ro; 'j-sv T:po'r/-,'jy£TO, 25 
7-O'Joa.lo); 03 ;j.£7à £-',£'.Xcla; xal -oaAy,; àyà-Y,i; 'j-£o£yeTO 7oJ; -a- 
oav'.voaivo'j; — oo; aùrov ào£).'^oj; o'.à rov ty,; 'j;',).ao£À'^'!a; OctjjlÔV 
ot,)>oç£vo; -ào Y,v xal -apaxAY|T',xo; £'.'; to vojOsTY.Ta'. xal c— ',7Tp£t|;a'. 
—oo; Tov K'jo'.ov Toj; 7:aoa-'',vO'j.£vo'j; rroo; a'JTOv t(ov àr:',7T(ov xal £','; 

•'' cod. fjjaOà '• cûc/. îTsa/ " i/i AMt-' /-"-^i/' iiraeced. scriplum eratjain 

T?,; TTOÀ'. ... 

(1) Cfr. Vj7. A>(^o»n, n. 1 : 'Av-wv.o; y^'"'^ l^î' V' Al-pr-r-.o;. P. (?., t. XXVI, 
col. 840. 

(2) Cfr. î^k/.. col. 841, 1. 5. 



318 LE MUSÉON. 

tÔv [jLOvr,pT, (j(ov Toùç {io'JÂOjJiévou; TrpoTpé'jiaTOa!. eûjjievwç" Tviç yàp 
éyxpaTeiaç a-jToO ttiv ■z^T^it'rf^-'x ojts ji-ia âpptooria TwaaTo; it/'jtz^^ 
Xùcraî Tîoxe. EfpyâJ^eTO 8e xaiTç '/epo'l TtâvroTe xa». ^tétpaXXev xal r/jyeTO 
âoiaXeiTTTtoç (l), tÛtto; àyaOôç Tcà<n toÎç [BouXofxevo'.ç îJt,Xo'jv aùroù r/,v 

5 TîoX'.reiav yevôijLevoç. 'E7:av9oûx/-,ç yo'jv a'jrw TzXo'jT'iwç sv Trào-». t?,; 
ToO XpLCTOÙ yâp'.TO; xal —?,<; ôor-'aç iroX'.TS'ia; -avTayoj ot,aJja!.voyT-/-,;, 
r'ipÇavTO TioXXol ÛtcÔ Siacpôpwv âfrOeveitov xal Otto ttoXXcov -v£U|jLâTwv 
àxaÔâpTwv dyXo'j[j.£vo'. àxoûovTe; TrapayéveaOa'. ~pô; a'jTOv. 'E-el o'jv 
oûx ei'wv aÛTÔv xarà yvo)[j.r,v r.peijierv, ■f{jjo-jkf^H-r\ £•'; rV,v STcÔTepav 

10 è'pTiaov éa'JTÔv ijieTaOcrvat, (2). | KaXsTaç oùv tÔv ày.ov 'IXapûova** xal Fol. 9( 
éçeyeipwv otÙToO r>,v 7:poOu[i.(av Xéyet. aÛT(V ^U 'TTpa7',o)T/i; oôx'.uo; 
ToO XptTTO'j, yevvaiw; toî!^; -ôvo'.ç r?,; àa-x'/^7£w; xal -âsa'.; ~x~.^ r?,; 
OeoTe(îi£{a; àpeTar; p-Éyp'- téXo'j^ êyxapT£pY,a-ov, "va toCç àOXo'.; r?,; J 

àpeTYjÇ Ta vox7jTYip!.a xaTa to'j éyOpoO 7ro'.Y,!Tà[ji.£vo;, tÔv t?,; àciOap7'!a; ■ 

15 TX£'>pavov £v rr, toO Kuplo-j — aôp7,T'!a àvaOT,T-r,, —7,; ajTOJ yàp'.To; 
(juvepyo'Jo'T,<; toi, èv -àTiv. Kal TaÛTa £7r£"j;âji.evo; a'JTto à ày-o; Av- 
To'jvwç £7:£Tp£<|>£v auTW |j.£Tâ T!.v(ov ào£Xcpwv £''ç rV,v naXa',TT'!vY,v à7:£).- 
6etv, 'AtioX'jO£!,; 5e — ap' a-j-roû ô oo-'.oi; IXaplwv é-avY.XOEv £•'; ty,v '.o'!av 
Tia-rpioa aù-où. Ilpô oè r?,; eTravô^oy aÛToO éTeXeûrf.a-av ol yoveî; 

20 aJTO'j, Tiàvxa Ta jTzâpyovTa ajTcov a-jTw xaTaXei<[iavTeç, arcep XajStov 
ô aywç 'IXapùov xà [ji.ev àoeX^poCç £voeoii.£vot,i;, xà oe 7rrwyor<; èyapî- 
Taxo, piTioev àr^ aÙTWV éauxù) xaxaXe{'|iai; y, voT'i'.Taaevô; x'. xwv xw 
Kup'iw TtpoffeveyOevxwv, Cva jj.y, 'j-ôo'.xov xoO xp'iuaioç Avavio'j xal 
i^aTTcpeîp'/iç (3) éa'JTÔv xaTa'7TY,(7r,'' • y,v yàp àxo'JTa; o'.à x(ôv s'jayyeXùov 

25 xoO K'jpio'j Xéyovxo; (4) ox', e'! x'-ç oûx àTroxaTTexa». ~%i<. xoC; 'j-âpyo'jc-'.v 
aùxco, où o'Jvaxa»! ao'j crva». u.aOY,r/|; (5). ^Hv oe xoxe h tjiaxâo'.o; e'xwv 

* cod. 'IXaptova ^ cod. •/.axaTXTrjasi 

(1) Cfr. «ftjrf., col. 84-1-845: Elpy^tCsTO voûv Tal; /epcTiv... IF,oojt,J/ïto oi tj- 
vE/cÔ;, |i.aOtbv ÔTi oe't xaT* îoi'av upoaîû/EaOai àôtaÀEÎTTTO);. 

(2) Passage emprunte à la Vita Antonii, n. 49, P. G., t. c, col. 01.3 : 'li; 
ôÈ eTiîev àauTÔv o/Xo'jixEvov ûttô TcoXXtôv y.al ;i.f, à'iiî'ijievov xaxà 'i^iwxr^'t iva- 
/cope^v, (ô; 'jO'JXe-ai... (ijp(jlt)(T£v àveXOclv elç tt,v àvto Hrj'ia'oot... El oè OiXî'.; ovtio; 
TjpejjieTv, àveXOe vûv z\c, T7)v ÈvôoTÉpav spTjuov. 

(3) Cfr. /Ir/., V, 1-11. 

(4) Cfr. Vit. Antonii, n. 2 et 3, P. (t., t. c, col. 841-844. 

(5) Luc, XIV, 33. 



s. JÉRÔME ET LA VIE DU MOINE MALCHUS. 319 

)0^. BexaTiévTe, | ôxe YUfjivôi; t7\(; twv 'j^pTr^p-âTiov âTtaTTi; hià. ttiv 7:pôç tôv 
Xp(.TTÔv dyy.Trr^'/ éauTov xaTSTr/iaev e''ç tÔ sPoo[ji.ov ouv jjiO.'.ov aTtô 
ToO Ma'.oupià xoO £[ji7rop{ou tà.i; TiÔAeoj; râ^T,ç, wç ot.à Toù a.iyiaXo'j 
aTîép'^eTai t'.ç eiç A'ryuTîxov. llap' aÙTO) tù aiiyioikî^ eûpwv aTrriXaiov 
[ji'.xpôv, eiTsXdojv è'jJieLve jjlÔvo; ev aûxto. ^Hv oè toOto irpôrepov Xtiotwv 5 
oÛTiT/,p!.ov, a^yao-'-v ÔAov [ji.£[i.oX'j!Tji.svov x'/zè; oOv xwv yv^o-iwv c5i)v(ov 
aÛTO'j D^eyov a'jTw o'.à tV^v twv A/.ttcÔv ê7:!,|jouXY,v â— oa"r?,va', toj 
TOTtou êxeivo'j, e'' [îioûXo'.TO. E'I-ev ok Tcpôç aùroûç" A'.à rô cpeùye'.v 
Y.ijiàç tÔv é^ âfjiapTia; tyÎç '^'jy'7,<; yaXe-ôv dâvaxov, toO toioÛtou Oavâ- 
TO'j ô-wToùv !T'jtjL|3a{vovTOç ri[Ji.rv xaxacppovsLv dcpeiXojjiev, xaxà [jLrioéva 10 
xpoTiov XTjÇ ^J^'jyr,? Y.piwv "j— ô xoO xowJxo'j Oavâxo'j pXa-xo[j.évTii;. 

IV. 'EOaûiJLaJ^ov o'jv Tiâvxe; -o\io'/ xy,; Y.Xû'.aç aûxoù xat, xô orep- 
pôv'" xal àvcps-Tov xy,ç àxaxayiovôorou ^'J'/r\i^ aûxoù, ox-, Tràvxoiv xwv 
[jLoyOY|pJ)v xal é-wô'jvojv'' xoùxwv ow rViv eîç Osôv éXTriôa paSio); 
ÙTîeps'^pôve'.. Kal o'jxe wç 7:apà 7rXo'ja-{o)v vovswv TioXuxeXw; êv Trâo-r) 15 
àvio-e'. àvaxpacpe'.ç xai, (jLY,S£{ji,'!aç xaxo'jyiaç TTÊÎpav è'ywv Ttoxe, xpiytvov 
(JI.2V £'//£v xôv y.xwva, oepjjLâxivov oe xôv £-£vO'Jxy,v xal aàyov'^ eÛxeXeç 

fir. xal —àv'j xpayû'*, a7C£p aùxw | ô [j.axàp'.o; Avxcovioç £7iav£pyo[i.£Vto £x 
XYjÇ i^-f^^o'j £Otox£v. 'Ava[ji£7ov oùv XY,; daXaTaYiÇ xal xyJç X'-p.VY,i; êv 
éx£!!vw xw cpo,3£pa) xal o'JT,3âx(}) xÔttco {jlÔvoç o'.'xcjv xal Tupôç Trâo-a; xàç 20 
]xzHoov.xç,^* xo'j 5'.a[3ôXo'j xaxà xô yeypa[ji.|j.£vov è'ywv xy,v -ocXyiv, oGxw 
xapx£pt.xwç Y,y(i)viJ^£xo 6 âOXY,xYiç 'zo'j Xp!,<TxoO (î); oexa-£vx£ |xôva aOxa 
iiH'.zvj a'Jxôv XY,v Y,[jL£pav, xal xoûxo [ji.£xà ôÛTt.v Y,Xio'j. '0 O'jv [aî.o'Ô- 
xaXo; o'.âJioXo; xal 'iflovepô; ijiEyaXa'jywv âel xal X£y(i)V eî; xôv 
oùpavôv àva^Y.TOjjLa'. xal i-âvoj xwv v£(peXwv xo'j oùpavoO Oy,tw xôv 25 
Opôvov ijt.oj xal ETOjj.a', ô[a.o'.oi; xto 'j(];i7X(i) (l), ^Ewpwv Éauxôv •i^xxwij.evov 
'JTcô XO'J ôa^'ioi* xo'Jxou 7:a'.ôô; xal xarç'"' âo'.aXEÎTcxo!,; aJXoO VYio-xe^aiç 
xal S'jyarç aTOEVo-Jvxa -avxEXwç xal xaxa-{-xovxa, Trâo-a'.ç xar? 
"poajboXa'.ç aûxo'J Tco'.x'iXio; a'jxw -poaeXOwv , O'jx Kiyj'Sf^ aùxôv 
0'joajji.w; â-axY,Ta',. 30 

V. W^'jyyr/ o-jv xo'j; o'oôvxaç xax' aùxo'j Y,p;axo xoCç £tc' oiJL'^aXo'j 

^^' cod. jTîoôv " f.'of/. ÈTTooJvdjv ' ^ co(/. laylv ^^ cod. Toa/ùv 

'^ corf. y.EOo'ît'a; '•"' cod. xài; 

(I) /s., XIV, 14. 



520 LE MliSÉOiM. 

yaTTpo; Ôtzào'.ç a'Jxo'j (i) xeypYi[j.£vo; 'J-o,3àAAe'.v Aoy.Tjj.oyç b-j-x- 
poûç (2), o)V àVceipoç tj 'f).<.xiy. y.ù'O'j érJvyavcV, 0'j|j.O'J!i.$vo; yoOv 
xaO' éa-jTOv è-i. toJto'.; h av!.oc -'jv'jiaù s'jtovw; to 7r7,0o; srjTOJ 
£T'J7:t£v, '"va to'j; àTotxTO'j; Xoy.TfjLoJ; t/,; xapoia; a'JToO t?.-,; 

5 aû'ia'.; zùy/ -'/.r^'-'Cr^ '^uYaoeOTr,. ' EXsysv ojv -po; to sxjtoO a-wjj.a' 

'Erw T£ (o; xTY.vo; | Zy.^j.y.'jM , '"va ariXÉ":'. TX'.pTà; aTaxTco; xaO Fol. 9 
éa'JTO'j [Ji-Yiok AaxT'lv/-,;" O'j 'j^(0|jL'!^to tï £7'. xo'.fjâ;, àVAa ayjpa, 
xal O'i'jir, 7£ xaTayyovrjTco" xô-o'.; te |jioy8r,por; ).0'.7côv xaTaxâii.'j/(o, 
xaÛTfov. xa'JfjiaTd;''' ers o'.(o;(o xal xpjaw «{^jyouç -Tc ~r,;a). Cva 70!,; 

10 àv'.apoC; tojto',; o'o'jv(Ô[ji£vo; [jpwT'.v aà)>),ov STr'.O'jij.r.Tr,; xal [xt, âv£'.- 
u£vov a'.'Typo'r; Aoy.ijo.o'r; wo'/zr,;. MàAAov ojv 7xAT,poT£pa'.; âycoya'.; 
vr,TT£'.(ov 'JTzzTziouz 70 '7(.)'j.a £a'J70'j xal £O0'jAav(oy£'. (3), o'-à 7p!.wv 'r\\i.e- 
p(ov )>0!.— ôv o'A'iva; àvo'la; |j07àva; xal £Aà77<o 7wv o£xa-£V7£ o-jxcôv 
[ji£7à tV,v 70'j y.A'^O'j o'Jt'.v y.tO'.ev. £(|/aAA£v 7£ a-jv£7w; xal ào'.aÀ£'i-7(.); 

15 Y,'jyc70, xat. £','pyà^c70 '7xà-7(ov 7y,v y?,v £-'.iji.£A(r); xal Tî'.pà; ^^a'.iov 
è'7tÀ£xe 70'j; £v A'.'y'J7i7(o [jiovayoj; iji.',[jio'J|j.£vo;, '"va 7(i) -ovo) 7(ôv vr,- 
77£'.wv xal 7(0 ào!.a'77à7(|j -ovo) xal jj-oyOco 7wv TX/.Y.pwv £py(ov xal 7a',; 
à|j,£7£(.)p'i770i.; -po7£'jya'rs 7a; 70O 'j(.)jj(.a7o; o'jvàu.£',; v'.XY,o-a;, V£xpôv 
xal àxa7ay(ov','j70v 7(.)v p'j-actôv ).oy',7ij.(.)V 70'j70 xa7a77Y,a'r, ' . h','; 

20 7070'J70v'"' o'jv 7r, 'J7:£C|joAy, 70)v vy,77£'.o)v £au7iôv xa7£7Y,ç£v, (o; txoA'.; 
7a 0777. a'J70'j 'j-o 7Y,; 70'j 7(i)|j.a7o; £-'.'iav£'!a; 7'jyxpa7£'.70a'.. 

II. Li:s DivKusES uK(:i:.Nsi()\s (Ikec^iks dk i,\ \iv. n'Ilir ahio.n. 

L'iinpoi'tiuicc ((ui a ('té (Ioiiikm", dans l'étude pi'émloiile, 
à la v(M'si()ii ^re((|U(' de la Vie d'IIilaiioii, nous oblige à 
classer, au moins sommai rement, les divers textes, pour 
la plupart inédits, où est exposée, d'une manière plus ou 
moins étendue, l'histoire du célèbre moine palestinien. 
H est nécessaire de taire voir (jue tous dérivent de la Vie 

"^ ex xajxâTo; corr. man. sec. '" cod. xaxajTT|j£i '** cod. xojo'jtcov. 

(1) Job, XL, 11. 

(2) Cf. p. 319, 1. 23 — p. 320, 1. 1 avec la Vita Antonii, n. 5, P. G., t. c, 
col. 845-841). 

(3) Yit. Antonii, n. 7. P. G., t. c, col. 852. 



s. iKiioMK Kl i.\ vu; i>i moi.m: m.vlciils. 521 

latine par riiilcniu'diaii'c de la ti aductiou ifi'0('([uo e\a- 
miiiéo ci-dosiis cl (juc ('(.'Ile-ci est, par ('()iisc(j[uciil, la 
version primitive, cl non j)as ([iichpie l'cinauieineut d'une 
l'eceiision plus ancicinic. 

On n'a siiinaK' juscpTici, (|ue nous sachions, aucune 
version copte on syria(pie de la Nie dililarion. Toutes les 
r(''(lacti()ns conservt'cs sont écrites en j^i-ec. 

L'un des liaiiioiira|»hcs (jni reprirent en sous-o'uvre la 
Vie (le S. Ililarion, n'est ;ni(re (pie Synieon Métaphraste, ou 
(In moins l'un des collahoralenis au recueil <pii porte son 
nom (i). La recension de .Mela|)lirasle, sans dillerer de la 
Vie latine ni [tour l'ordre des évencnuMits ni pour le fond, 
s'en écaile beaucoup j»lns, an point de vue de la l'orme, 
que la traduction 11. Ce n'est ^iière (|u'un rt'sumé, où sont 
omis le j)roloi;ue et un lirand nond)re des (l(''velop[)e- 
ments du texte latin et de la traduction II. L'auteur a 
ajout(3, de-ci dc-là, des r('lle\ions de son [)ropre cni. 
Comme on pouvait s'y attendre, c'est la recension II (|ui 
lui a toui'ui la matière de cet al)réii(''. L()i'S(pie II s'eearte 
(lu texte latin, la rédaction nietaphrasti(pie s'en éloiiiiie de 
la même manière (-2), et notannucnl, elle reproduit les 
contresens de la jncmièic version. In exemple sutïira 
poui' le but (pie nous nons pro|)osons. 

(1) Une traduction latine de la recension de Métaphraste a été publiée par 
LiPOMANi, Tomiis scxtus vilarion sanctonon palrutn, Romae, 1558, fol. 360 
sqq. Le texte grec, encore inédit, est représenté par des manuscrits très 
nombreux ; les récentes recherches sur l'œuvre de Métaphraste ont établi 
avec certitude qu'il fait partie de la célèbre compilation. Voir A. Ehriiard, 
Die LegendcnsdmmhuTg des Synieon Melaphyastes, Ff.stsciirift dks nKi;T- 
scuKN Cami'O Sa.nto in Kom, 18'J6, p. 53 ; [H. Dki.kiiaye], Les ménologes ç/recs, 
k\K\.. BoLi.ANi)., t. XVI (1897), p. 319. 

(2) Notons cependant qu'il y a parfois des divergences insignifiantes, où la 
recension de Métaphraste est plus près du texte de S. Jérôme que H. Peut- 
être faut-il les attribuer à l'auteur de la version latine, qui parait avoir eu 
sous les yeux l'écrit de S. .lerôine en composant sa traduction ? Voir Acta SS., 
Octobris t. IX, p. 19, note q. 

21 



;->-7 



LE Ml SILLON. 



S. Jkkô.mi". 
N. •^/.-Mifaljatui- oiu- 
nis civitas, et inagnitu- 
do signi Salonis quoque 
peivrebucrat. Quod in- 
telligens seiiex, in brevi 
leiiibo chini iioote fugit, 
et inventa post biduum 
oneraria navi, perrexit 
Cypruni. Cumquc intei' 
Maleain et Cytheram 
pii'atac derelicta classe 
in littore, quae non an- 
teinna, sed conto regi- 
tur, duobiis liaud parvis 
niyoiiai'onil)US occnri-is- 
sent, et donuoliinc indc 
fluctiis occurrei'ont, ré- 
miges omnes (pii in na- 
vi eranttrejudare, llere, 
disouncre, praeparare 
contos, et qnasi non 
sufliocret nnus nuntiiis, 
oci-tatini seni piratas 
adosse diceltant. (^Hios 
ilie pi'ocul intuens sub- 
lisit. Et eonservus ad 
dis(MpuIos dixit : .Modi- 
cae, inquit, tidei.quare 
ti'opidatis ? Nuniquid 
plures sunt lii quam 
l'iiaraonis exeiritus? 
tanien omnes Dec vo- 
Icnte submersi sunt. 
Lo(|Ucbatur liis,et nihi- 
loinlnus spuinantil)us 
rostris iiostiles carinae 
innninebant, jactu tan- 
tuni lapidis niedio. S(e- 
tit ei'go in prora navis, 
et porrecta contra ve- 
nientes manu : Inicus- 
que, ait, venisse sufli- 
ciat. 



H 

P. i:iU '-'~ : Tr,; 01 

K'jÇ/io-j rj'j-ji'j.Ko: \)'-/y- 
i;a'/.(ôvï,; /.al ïrÀ/.ivit. y.r,- 
vjT70|/r/r,:, ô âyto; à— â- 
07.; ïv.vMi'i o'.à TT,; vj- 
/.-ô; T,}.Oïv ïU \\yiyX'.'J.- 
''j'i'u ï\).—ô'j'.u'é Tr,; AaÀ- 
Ij.'x-.'.'j.:. '/.%'. vjywi ivS: 
—'i.'y.'i'i :;; K'j—oov tù.Ivi 
£/£|iT, îl; ajTcî. llXîovTtov 
oi aoTcov /.al ~iy. tov 
'xr;<.'j.'iJj-i~</j MaÀïOj '^'la- 
7a'/T(ov, •ju.âÀ'jj y.a'; tte- 
vr,; -rîi; TO'j ttXoÎou 5'.a,3i- 
Tî(o; oÙ7T,;, \).T^ o'jvâ;jLîvot 
■/.lô-ot'.; -/pr^TajOa'., V'a*'- 
y.y.C'j'i~<i Y.'j'i-zfy.:, xô ttÀoIov 
v.(o')oJv.tv'j'. ;j.iTà —'ti'K'j\i 

çOx'.' Tîtoatal oi ôvt:; 
ixil /.ai -ood'.oovTî; a'j- 
Toj; Èo/oaivouî ETTïiÀOov 
aÙTo";;" i\'V/i~o oi Oriou- 

Vjî iv T(U TTÀO'.fu, /.a'. 

/.Àaiov-î; 0'. vajTa'. rjo- 
^avTO /.aTa tô î'.toOô; aj- 
Tou iToiu-xIIciv ia'JTOj; 
— oô; àvTÎaTaj'.v xo'j'tov. 
haTa'fOjBoi ôè y£vou.îvo'. 
o'. uaOr,~al a'jTOÛ, c'.7:o"> 
Ttô ;j.a/.afjûu tteoI a'jTwv. 
'loibv oi aùxoùç ô à'Y'.o; 
Èu.îioiaiTî, /.at aToa^îU 
'/.{'■i'. ~o';; îa'JTO'j [/.aOr,- 
Ta";;" 'Il Oofyu'^.s'tjOî, o).i- 
•'o-'.TTO'. ; |J.r, 7:îç-'.770tî- 
00'. O'jtoi î".7'.v "TJ;; toj 
«haoat'o aToaT'.a;, oiTiv;; 
ii\ TO'j Kuoîo'j ouvâ;j.xt 
xa-:î-ov:(50T,aa<>. Aî-'ov- 
-o; Oi a'jTO'j -aÔTa, v/.ti- 
voi à7rT,v£"ï /.al çovcôoît 



MÉTA1'HRA>TE 

Lipoii)am\ t. 17. /"'. 
:ir,7'- : Deindocum noctu 
illinc solvisset, api)ellit 
Berbilimnon emporium 
Dalmatiae : ubi conso- 
cutus navigium, quod 
tcndebat in Cyprum, ad 
eaiu navigavit. 



Cum autem fuissent 
ciica Maleam, 



il qui erant in navigio 
senserunt piratarum 
adventum : 



statimque timidi ad 
sanotum confugiunt. 
Statim enim pi-ae se 
lerebat vel ex solo as- 
pectu. qualem apud se 
celaret gi'atiam boni 
spiritus. AceuiTunt er- 
go, et beatos illius pedes 
tangunt, quaerentes 
viam et rationem, per 
quam ipsi possent effu- 
gerc perioulum. Ilie au- 
tem placide et hilariter 
subridens : Num hi sunt, 



s. JÉIIOME ET LA VIE DU MOI.NE MALr.IIUS. 5:2") 

ôf-jj-rl i/Loyj\>v y,<xz tj- inqiiit, plures exei'citu 

Twv Xapù)-/ oî ô à-'ioî Pliaraonis, qui solo 

XîOov xai |j.£aov to'j au- divillO nutu fuit obru- 

Tojv -Àotou xal Twv TTEi- tus ? Noiidum desici'iit 

pa-(ov îî; TT,v Oâ/aTja-/ loqui, ct illi quideiu 

pî'ia^ £7:£TÎ;j.T,ci£v aô-ol^ Ciiedeiii spiraiites iiivu- 

Xe'ycov 'Jy.avojjOco ûy-Tv sei'uut ; liic; autcm lapi 

;j.£'/o[ -o'JTOj £À'jdv-:a; dem acoepit o iiavigio, 

aTTjvai. etjecit inter navem et 

praedones ; et eis lapis 

existit instar niuii et 

ai'cet illoi'uin iiTuptio- 

nein. 

La Vie grecque d'Hilarioii, qui fait partie du recueil 
de Métaphraste, partagea la fortune du célèbre ménologe. 
Les exemplaires s'en multiplièrent au détriment de la 
traduction primitive, et le rédacteur auquel on doit une 
recension nouvelle de la biographie, l'eut seule à sa 
disposition. C'est un écrivain chypriote aussi fécond que 
peu connu jusqu'ici, Néophyte le Reclus (I15i ^ après 
1214) (i). Parmi les écrits de tous genres qu'il nous a 
laissés, on compte une série de trente panégyriques, tous 
encore inédits et tous réunis en un manuscrit unique, le 
Parisinus grec 1189, de différentes mains du Xlll" et du 
XIV* siècles {2). Cette collection, que personne n'a étudiée 
jusqu'ici, comprend (juelques compositions oratoires qui 
sont peut-être originales, et un nombre plus considérable 
de pièces qu'il faut considérer comme des remaniements 
de Vies et de Passions plus anciennes. C'est à la seconde 
catégorie qu'appartient le discours intitulé : Neo-pûtoj Tzpe- 

1) Sur Néophyte le Reclus, voir A. Ehrhard, dans Kkumbacher, Geschichte 
der byzantiniscJien Litteratur- , p. 286, et surtout L. Petit, Vie et ouvrages 
de Néophyte le Reclus, Échos d'Oriknt, t. II (1899), p. 257-268, 372. 

(2) Catal. cocld. hag. graec. bibl. nat. Parisiensis, p. 86 sqq. L'authenticité 
de ces trente discours ne peut être mise en doute ; voir L. Petit, art. cite, 
p. 263. 



Ttîlï \A. MlSf.ON. 

^'i'jrioov <}//rj:/fyj y.'/.'. i"v'Li'.';-.^/j î'.'ç tov Ô7',ov /7'. OîO'^opov -y.zizx 
■'i^'j.uyj y.'j.\ O'/'jv.aTO'jo-'Ov l/.a^ùova i-'Xf.)v.'.ov o'.à 't>zv:/Zi<rj xa*. ix T(.)V 
Oajv.7-'.)/ vjTOj 7Jvo-T'.xy, xal y.sv.xV, iyJ.'j-i, (lllS. (lo l'iiris I ISl), 

toi. 10) -I I i'). (loiiiinc le titre riii()i({iio, on so troiivo 
en |ti('S('i)((' (l'un oxti'iiit, pivcvdé ({'1111 oxoi'do et suivi 
(I une loiiuiic cl |K»iii|>(Mis{' |K''i-()r;iis()ii. Le |i;irall('ie sui- 
.:iiil (l(''in()iilr('i"i ;"i l^'yidciicc (pic Néophyte n'îi eu sous 
les yeux (|ue le lexli' de Mel;ndir;isle. 

H Mi.rAi'iiu \sTi'; Xéopiiyt]'; 

l'.'.ii;. C: I.T.Tj'j-ji ^i LijxrniiiHi, t. YI. f. Cod. Par/.s. USU, f. 

-:;'},'',').'/.-■ y.-'j-'/jM-x:'j-j- .v;:" : Talia oxpcrtiis yo6'i' ; Kl-a /.a; -i; ÀaTo- 

\j.i. -'/:i-.\'y/ -j/j <>.',•<■/.-;-. I,- est luiraciil;! Latoliliis ;/'>: 7.%ii;r,:, 'j'j-.ld xaXo'j- 

y\'jj -.'/j -ri'.u-j '1. '/.-.'!< lA'i't i|iiii(|iie. liniuilio (iaza- ;j.r/o; ï~.'. K'Mfj-'j'i.wi , à- 

/.■!0oj:. il-j.\y.t,; -'xyjj.j- mis, (|Ui (,'inn prope h'/,'ji{\)-a.yJJyri{;i)-ri\xi- 

T'.xo; 7I-///1. \\-j--.j.l'Xj-.ii saiidi monastei'iilin Àr, oa^'i/ovo; xaxo-jpYÎ3t(3)" 

(/j-j Tj-.'j-i'j\Tj;iy;-j.-.-A:-j.'j- lapides (>xoi(lei-et, l'iic- ô—'.; oj -07tv loîoi; àÀX' 

-','j 'r\;i-;y.Ti T.'.',: 'j.-j~.''r<, lillit cius lueuilira l'C- étsow/ /iOTlv à'YSta'. ttoô; 

y.T. ï-'J\i;-'tz ajTf'j -à; ]iento(lissoluta. ['eiildo xôv otiov. Kat /î"ïoa; aù- 

/v.yj.1 y.'x: -yi~vj\'x\).i'i',-j non suis Jiedibus, sod tôj .u-îTà ï'J/Ti; irtOîi'i;, 

iViuo; ■>;■./,; -/s'yo-/;'/ ô 7.',- alioinnii inaiiildis duo- Èpsdvj.r/ov tôv -a;yîi;jLe- 

')->(.j-o: X7''. 77:r,/.'uv ;•; lus ad iiiaf^iiuni Ilila- vov (1) ï-jO'j; à-ioîiV.vuîv 

-0 i'>v'/' y.j-'i'j. riononi, et illius tua- y.'x: î-.; tov oV/.civ xjtoô 

nuuiii iin[iosiliono (0 £':;i'->.!j£;j.T,oîvô^-/c,T,Icijv(5) 

mirarulunij sola cuni 'ioT,()î;a;, xa; tt,; zi/yr,^ 

piecilius liif^nalus, sa- tj-^/j :T/e tô ejjOevw; Ôj; 

nus ledditur, et ad to -yj-ztwj. 

domnin proprium nul- 

lius auxilii) indif^ens 

rovei'titur : et sua ni 

arteiu, siciil piius, 

exercot citra ulluin 

inipcdinientum. 

il nous reste a ehisser la ree(>nsi()n éiialenient inédile, 

(1) Coil. 'x'irA'Wj. 
(■>) Coll. --xy/^Uz'.. 
(3) (^<)(l. y.i/.'tyj'iv.i. 
I4) Tôt/. ~:iyr,'j.i-iry/. 
l5l Cud. /y.lwi. 



s. JÉKO.HE 1:T i,A ViK 1)1 AIOI.NE MALCIIIS. 7}"!^) 

que reiifei'ine le Coislwianti.s IIO, du XI" siècle, fol. 9i- 
lOi^(i). Elle commence par les mots : D.apior/o; toO O'/jy./T'loj 

6 jSwç 'jTrdOsT',; '^ij-v/ aAÀr, [j'io'j xal "pa'^^r,; évoâcio'j tj-o; x.y.'. -oo- 
Too-Yi xal o'.'/iyYiT',; àvaoe'ixvjTa'.. [Jarv.; y.kv yào toJtw y,v T(.) y.£-'7.A(.) 
xat, (icO'iôpw 7:7.70'. y, lIay.a'.7T'!vY, à-iyojTV. Tà^Y,; TTy.vio'j; -cV7y',xov- 

7a, o£Ôv70l>v 7S77àotov x7).. Cc tcxlc, (loiit l'auteui' il gai'dé 
l'anonymat, est très voisin du remaniement de Méta- 
phraste, comme chacun [)ourra s'en convaincre par le 
rapprochement que voici : 

H Metaphuaste ('oialinianua ilo 

p. 128, G : Tf/J r/r/ [j.a- Lipomcini, t. VI, /'. Fol. I02^ ; ''» oi y.aOr,- 

xapiojTa-o'j 'r/.aoïor/o; Èv .567 ; Di.soipulus autein tt,; 'll-v/'.o: -o/.-j-/ -ovo'/ 

XYJ ïtxEÀix ô'vTO;, ô TOj oius He^ivchiiis (j;im il; -ri-,'/ ïyiy/y.'/ v:j-',~j /.%- 

Xp'.T-ïOJ ooj/.o; 'll-y/'.o;, euim nol;is rcdeuiKllun -r-a'iy.Ào;/ xa'i y.r.oi;'/ sô-.tij'/, 

ô [j.aO-f,7-f,; Tj-f/j. -iy.~rr est ad ea, quac.-^eqiiun- 

yôv îl^ -i'/Tx -roTTov ii^zC,-, tur in nan-atiuiie), diu 

a'j7ov, E'.ow; ô't'. e".; -ivj-o- quidein quaesivil Hila- 

7:-:ou; totto'j; ÈOo; È-t'. t^j rionem. 
-j'iÇ'''^"'''^' y-y'->~~--''i 't'J:j~'ji... 

Mi-.y. 'jji -yh. ï-.t, )\/.'yjzi ( 'uin I i<'i aiilrni .iiiiii <).:-.-j. -y.-z.-['j:, "I'/j'>/'//j 
■Z'.-i'i-^ '\',yrj.[',j hj.T.'jyyj jaiil ('lUuxi^SHlil , Vi-- t'/o:-:'u/ i'/ro'vi.j/ 'j f,■/■j- 
>,^;ovTO;• llo'^<'^rî-r,; ;/É-;-y: ni( (juidaiii luorcator lyi-'izi'nir'A.ji-.i.z <).i-;-j.: 
-.uyi ■/y.'S-."J:nui -y/ -1, 1- .Illdai'IH, .siiniilica Ils -u, , yy-:-'.y:,i.,, '. , •^:/-'/ ■y 
y.i/J.y. È'^à-/f,, -'j'/j.y. y.y.\ Mia.miUlii IM-oplietaiu l\.y./i,. -y.yy.-;\)i-.y 1/ -.yj- 
\j.t';i't.'X^)y:j[xi's:y7:fy.ûVi... Clll'istianonuil veilisse 7r, v.y: yo/,'.; y.-iVjyr/.i: 

'EÀOojv ojv xai \v>y, in Siciliain. Hesychius tÔv y.-;vyi. 

l'y/ iJ.'XAyy.'yi ï-iivi i:: venj cuni id accepit, 

TO'j; -r'jrjy:, aÔTO'j. v.y-.yy.- recta venit in Siciliani, 

Xôiv xat 7«->T^ oocxfy'jï'.-/ Vyi- et sanctum illic inve- 

■/wi aÔTO'Jî .... y\i-y. ''À nit. 



-1 •( 



r.'s.i'j'ÂZ 7.j-:('j /oc. 



Zxwâvoj (!>;j.r/.r|'7i'/ ô ';iy'>'i 

;/o/,'.î Ài-'iuv ;;.t,-/.;'t'. oJ- Sed nillltitudo eo- "li-i' oi;?:-//.'.-/ y.-. Tf^// --,07- 

vaTOa-. 7.-j-:''>v Èv -'/■; TOTTO'..- niiii, (jiii ac(:odel)ant , '.o'/TC')'/ 'y/):r,~i:z ïi.'j-ryyi 

Èx-i'vo',; o'.-iyi'.-/, '>.7. -f,/ i-iir.sus iiiolestiani divl- |/'. /'AV| -yJ-:o'/. 

-o/Àr,'' 'V//.r,7'.-/- '//./->. oi'.. luiiii allicioli.it Ililaiio- 

çf,a'!v, à-îÀ'U'ïv ocJT'// i- iieiii. 

XE";lJiv £'.; TV' VV' "'•'' '^Jy 

(1) Voir Cutal. cod. Ikijj. i/rin-c. bibl. ,\ui . Parisicnsis, p. 2','o. 



526 LE MIISÉON. 

Jîdtptov, oTTO'j o'j'îili; o'j-zz 

elocv a'jTov, rr'jzt v/.ouae Fecil itaque sifUt ÀiOf-a ij.E-uà toj'/ ojo ij.a')T,- 

Tîïpla'ko'j. KalXâOoaÈîcX- pi'ius, et tui'l^as fu- xwv àTroTr/.îl î'.ç tV' 'KttÎ- 

0(ov s/.îlOîv y.î-' ajTOjv giens, cum cluobus dis- oa'jpov tt,; AaX'Aatîac ro- 

à-/i>-Oîv £771 -T,v 'ICTTÎoau- oipulls enavïgavit in À-.v. 

f>o-/, TToÀ'.v TT,; AaXy.atîa;. Epidaui'um Dalinatiae. 

Nous lie pouvons dire, pour lo inoiiicnt, si Ip toxto du 
(loisCniKuiits est un siniplo dérivé de la ircension de 
iMétii[)lir;iste,ou s'il ne constitue pas [)lut6t un abrégé de II, 
dont dépendrait Métaphraste et par conséquent, Néophyte 
le Heclus. Le cas est trop compliqué pour que nous 
osions rien affirmer sur ce point. Tour à tour, en effet, 
le (hislinumus et Métaphraste se rapprochent davantage 
(le la traduction H, sans jamais cesser, ce[)endant, d'être 
ti'ès étroitement apparentés l'un à l'autre. Peut-être le 
texte du Onslunanus n'est-il (jue l'exemplaire écourté et 
défectueux d'un abrégé de H, abrégé (|u'aurait retravaillé 
Méta[)hi'aste. Ici encore, une édition critique de la recen- 
sion de Métaphraste et de celle représentée par le Coisli- 
nianns, aiderait sans doute à élucider ce problème. Pour 
nous, il suffit iiiainlcnant d'avoir montré (pie ces divers 
remaniements dérivent tous de la traduction grecque de 
la Vie d'Hilarion. 

P. VA^ DEN Ven. 



DU VERBE PRÉPOSITIONNEL. 



CHAPITRE 11. 

Fonction grammaticale du verbe prépositionnel. 

Nous avons vu que dans le conglomérat dénommé verbe 
prépositionnel, la préposition a tantôt un sens de pré- 
position, tantôt un sens advci'bial ; nous avons mémo 
discuté l'antériorité respective de ces deux sens. Le sens 
prépositionnel a un rôle restreint, il rattache seulement 
au verbe un mot qui adhérait au substantif, il n'a aucun 
développement sémantique, ni aucun usage i-rannnatical 
particulier. Au contraire, avec la signification adverbiale 
le sens évolue, et la signification de la l'acine verbale est 
profondément modifiée. Il suffit de consulter le diction- 
naire d'une langue quelconque possédant le verbe prépo- 
sitionnel, on verra combien cette adjonction la multiplie ; 
les nuances sémanti(|ues les j)lus délicates deviennent 
possibles ; le verbe avec telle pi-épositioii traduit une idée 
toute différente de celle (ju'il représente avec telle autre ; 
la racine est identique, l'idée n'a plus rien de commun 
quebjuefois. D'un coup, d'ailleurs, le vocabulaire se trouve 
décuplé ; la l'ichesse du grec, du sansciit, du latin, de 
l'allemand, du russe devient inmiense. .Mais aussi pour 



Tris 



1.1. MISKON. 



(•('lui (|ui vciil ;i|»|ir('ii(li(' CCS l;iiiiiiics, l;i dillicnlh' s'jiccroit 
;i\('c celle souplesse iiK^-inc. oii (•(Hiii;iil tous les mots de 
l;i hiiiLiUe. mais on se Iioiinc I'oiI eiiiltaiTass('' en l'ace (11111 
texte, le contexte |»cnl seul diininuer cet (Mnhari'as. To 
ini<lci'-sl(iH(L'\i' traduis : se tenir dessous, erreur profonde ! 
le sens est : coin[)ren(ij"e. l licr-scizoï, je ti'aduis : placer 
sur. Krreur 1 le sens est : ti'aduire. hilo-iiw, aller parmi, 
j-j'i'cur ! cela sii^tiilie périr. :-'.-V//./.(.), jeter sur. Krreur ! 
c'est (ijoiilt'f. h(i-(lnii(ic, donner sni', (le\ ient aussi (ijatitcr. 
.\ clia(|ue instant, sans (pie les mots cliauiient, le sens 
tourne. s"(''leve. s'altaisse. I.a iiK'moire du lexi(pie est 
impuissante, rexercicc seul peut liuider dans ce dédale. 
.\ ce point de vue, les lanizucs plus rnistes s'ap|»renn(Mit 
plus \ite. .Mais aussi (pielle puissance danaloiiie, de liiiu- 
ralion. d altsiraction I Ouellc écliappc'e sur rinlini des 
idées cl de leurs expressions ! La laiiiiue riiiide a pris 
toute IV'Iasticite de la pens(''e elle-ni('nie. 

.Nous \cnons de citer (|iiel(pn's exemples (pii prouNcnl 
loule la l'orce seniaiili(|ue du \erlie prep(»si! ionnel . .Mais 
ce n Cst pas de celle Ncrtu (pie nous nous occupons dans 
le présent cliapitic. La préposition, ou periverhe, ou 
préverhe, nauit pas sur le \erlte seulement jiour modilier 
son sens lexicoloiiiciiie, elle auil d'aiiord, pour ainsi dire, 
sur elle-même |tonr Iranslormer son sens propre en un 
sens f^rammatical. \\anl de remplir une ronction lexicol(t- 
!.ii(pie, c'esl une roncli(Ui j^rammaticale (piClle remplit . 

Cette toncli(Ui i:ramm;ilicale a Irail à la catciiorie du 
hiiljts. Le temps es| de deux s(Mles : (ihsiilii ou iclnHf . 

Le temps nlulil If mieux connu e>l celui (pii se rap- 
porte à la personne (pii parle cl au uKuncnl ou elle parle, 
c Csl le preseni, le liilur, le passe. Le temps peut être 
doiihlemeni relaiil. c (•>! (piand il ^i' lapporle a la l'ois au 



m VERBE PRKPOSITIOrSNEL. 529 

nioiiUMit où l'on |)arle cl à celui (ruiic autre action : « je 
sortais lorscjuc vous êtes entré » ; il s'agit de l'impartait, 
(lu ()ius-(jue-|)arrait, du futur antérieur. 

Le temps absolu est tout autre, il ijidique le degré d'ac- 
complissement de l'action : je mange en ce moment, je 
commence à manger, je continue de nutnger, je cesse de 
manger, j'ai mangé complètement, je recommence à man- 
ger, je mange ordinairement, je suis capable de manger. 
Trois de ces degrés sont surtout pris en considération : 
l'aoriste ou momentané, le duratif et le parfait. 

Ces deux sortes de temps ne sont pas sans corrélation 
entre elles, (^'est d'ailleurs le temps absolu qui est à la 
base du temps i-elatif. Le parfait fait très souvent ionction 
de [lassé ; l'aoriste fait fonction de futur et le duratif 
fonction de présent. 

Le tem[»s absolu et le temps i-elatif s'expriment par 
différents moyens dont il n'y a pas lieu de s'occujx'r ici. 
Mais ces moyens [leuvenl v[\v remplacc's par l'emploi du 
vci'be prépositionnel. 

(]e vei'be mar(|ue le degrc'* d'accomplissement de l'action 
par ses divers<'s pr(''positions ; (pielquefois même il peut 
maripier le temps relatif. .Nous distinguerons ces deux cas. 

a) (oudion de temps absolu. 

(](' sont les langues slaves <pii sont le type de l'emidoi 
du verbe prc'posilionnel en fonction de lemps absolu, 
conmu' l'allemand moderne est le Ivpe de la distribution 
en prcNcrbe cl poshcibe, en sens prépositionnel et sens 
advei'bial. (^elte lonelion est tellement mar(|uee «pie, 
('(unme nous le verrons un peu |ilus loin, le lemps rela- 
tif est (pi('l(|iiclois exprime ainsi. Lu russe, en polonais. 



350 LE MLSÉON. 

les temps absolus se croisent en tous sens avec les temps 
relatifs et prennent le nom (Wispects. 

Voici le sens des diverses prépositions dans cette 
langue : 

f/o, jiis((u'à, (»xprime l'accomplissement de l'action jus- 
(jn'aii itout : ciiftut , Vwv, do-cziflat, lii'e jiiscpi'au bout ; do- 
vdiit, achever de cuire ; (lo-viuzannï, entièi'ement attaché ; 
d()-(j(H'(it, brûler entièrement ; do-dirat, déchirer entière- 
ment ; do-jinat achever de moissonner ; do-livijvat, couvrir 
entièrement. 

.^V^ sur, expi'ime la grande (juantité, l'action intensive : 
y'/V/a/, chantier ; nd-j'mat, cbautîer tbrtement ; k'ijat, être 
couché ; iid-lcf/at, s'appuyer sur ; na-kritchat , ci'ier beau- 
coup ; lui-poil, ai)rcuver, saturer ; na-)i<)sii, amonceler, au 
lieu (le porter sur ; lui-lapHral, chauiVer beaucoup. 

pod , dessous, exprime (\nv l'action est faible ; pod-mat- 
cliivdl, mouiller un peu ; p()d-)iiijnil, laver un peu. 

.s indi(|ue (jue Taclion est totalement remplie ; diclat, 
faii-e ; s-dichil, faire complètement. 

Va\ polonais, cette fonction est pbis fré(piente. 

r/o ; dohic, donner le coup de grâce ; do-czfildc, lire 
jus(pi'au bout. 

)td : )id-/,upii\, acheter beaucoup ; tid-jcsc-sie, manger son 
saoul ; ud-pisdl, Unir d'éciire. 

pod : pod-lecicc, voler un peu au-dessus de la terre ; pod- 
shichid'dc, ètr(> aux écoutes. 

s pour s : rohir, faire ; ;-.;o/>/V. faire entièrement ; 

fidd marcpie l'excès : ndd-dd(\ donuei' ti(»p, ou l'évèue- 
nienl impr«''vu ; /se, aller, ikkI-cJsc, survenir à limpro- 
viste, ou le comnieneeuieul de I action psuc, gâter; imd- 
j)suc, gâter un peu. 

() exprinu' raccomplissenienl d'une action autour d'un 
objet : d-(/(>lii\ raser autour. 



m \K\\iiK PMftposrnoNNEL. 331 

od in{li(|iie ({u'on défait l'action : od-hrijc, découvrir ; 
ou la réciprocité : od-placic, payer de letoui', ou le renou- 
vellement : od-lnidovac, dinnolir. 

po indi([ue (|uo l'action s'exerce successivement sur 
plusieurs objets : po-zamylmc oinia, fermer les fenêtres, 
ou (ju'clle (liire peu de temps ; po-czrl.dc, attendre un 
moment, ou (pj'elle est entièrement accomplie ; po-dzic- 
liorac, lemercier. 

przc mai-({ue l'action de passer son temps à spac, 

dormir, prze-spac, passer son temps à dormir ; de dépen- 
ser son argent à pi-zc-f/idc, jx'rdre au jeu ; de chanirer 

de place ou de for-me : p)-z('-l,'sz:il(i(\ transformer, et enfin 
la supéi'iorité, ["excès : przc-pldcic, payer trop, ou l'omis- 
sion : przc-tnilczc(\ passer sous silence. 

przij, marcpie ({ue l'action se fait en commun : przji 
spieuiirat, accomi)aiiner en chantant, ou (jue l'action 
diminue : prz)j-s)nic, dimiimer l'éclat. 

Il marcjue la diminution : hijc, èti'e, ii-hijval diminuer ; 
ii-sliodzir, miire un peu ; la capacité de faire l'action : v- 
nicsc, ]»ouvoir porter ; raccomplisscmeni : ii-hipic, novei- ; 
la satiété : ii-sniicc s/r, rire aux ccl;i|s. 

Wfl mar()ue relfct oittemi : nii-piosic, ohlenir par la 
prière, ou l'action accom|die siii- tous les ohjets : icii-inot- 
donuc, Uïassacrer tous ; la satiété : inj-spac-sic. doi'mir 
son saoul. 

2« mai-(pie \' le commencement de l'action : Zd-f/rdc, 
commencer à jouer ; :2 I action dCnfermer lie toute part : 
2U-)iKil<>ir(t< \ couxrir de peintures : ô" rcIVct oitienu par le 
vei'be : Zd-rohic, liaiiuer par le lr;i\ail. 

Il <'n est de m(''nie dans les autres laniiues slaves cl en 
lithuanien. 

.Mais les deiirc's de l'action (pi'il faut surtout retenir et 
qui expriment vraiment les temps absolus sont : 



532 LE MUSÉON. 

za, qui marque le cominenccinent ; po, raccoinplisse- 
ment partiel ; do, rachèvement ; ot, la cessation ; pro, la 
continuation ; .s, /^ za, ni, l'accomplissement et la simul- 
tanéité ; vy, iz, oh, pri, père, la totalité. 

za-(fovorit, commencer à parler ; po-govor'it , parler un 
peu ; do-f/ovorit, achever de parler ; ot-govoril, cesser de 
parler ; pro-yovorit, parler tout le temps : s-dielat, avoir 
fait ; n-krnst, avoir volé ; za-sineiat-so , avoir ri ; pri-iest, 
avoir tout mangé ; pere-dielat, avoir fait. 

Nous verrons comment cet emploi a conduit à rex[)res- 
sion du temps l'elatif. 

Kn outre, ia ])réposition a une influence généi'ale indé- 
()endant(> de l'emploi de telle ou telle pré[)()sition sur le 
tem[)s objectif, dominant toute la conjugaison, c'est-à- 
dire, sur l'aspect. Nous ne pouirions exposer ici en détail 
les aspects du verbe en russe. 

Les ti'ois principaux aspects sont rasjiect im]>arfait, 
correspondanl à laoï-iste, l'aspect iléralif, correspondant 
au continu, cl l'aspect parfait, correspondant au pail'ail. 
lié bien ! l'addition d'une pré|)ositi()M :i le rcsiill.il de 
converlii- l'aspect imparfait en aspect parfait et I as[)ect 
itératif en aspect imparfait ; (juant à l'aspect j>arfait, il 
n'est pas transformé. Ainsi dvigat, mouvoir, est imparfait, 
tandis que v-(lvi(j<it est parfait ; dviyivut est duralif, tandis 
(jue v-dvi(/iv((t est imparfait. 

En latin les dc^grés de l'action sont aussi exprimés au 
moyen des prépositions et dans uiu' langue où tout autre 
mode de rendre le temps ahsolii a disparu sous raclion 
des temps relatifs ce moyen est précieux. 

per signifie la perfection de raction : fyci-scriptiis, écrit 
entièi'cmenl ; pcï'-solvo, délier enlièicnicnt. mettre sens 
dessus dessous : pcr-lero, concasser. 



t)i] VEUBi: PHÉPOSirroNNKi.. 5,>3 

pro iii(li(jue rabondance de l'action : pro-jhio, couler 
abondamment ; pro-fÏK/io, se l'éfugier ; pro-nuntio, pro- 
noncer à liante voix. 

re marque la i-épétition de l'action : red-eo, revenir ; 
red-imo, racbetei*. 

sid) indi(|ue la diminution de l'action : sub-monstî'o, 
faire entrevoir ; suh-ridco, soui'ire. 

super n)ai((ue une action plus forte : super-fio, être. 

Kn gi-ec j-o siirnifie : faire un peu l'action ; j-o-yeAaa), 
sourire. 

£-',, l'action supplémentaire ; £-'.-,'jaAA(o, ajouter; la per- 
sistance ; zTj.-^yxo, survivre. 

•jTsp, l'action en excès ; j-îo uaca-.Ao, flétrir entièrement, 
ou la néii'ation : j-so-Tjx/avo:), ne pas obtenir. 

ex, entièrement ; £ç-oaaj[jl'., perdre entièrement. 

xaTa, l'accomplissement réussi ; xaTa-^ayto, dévorer entiè- 
rement ; -apa, l'action en excès : Tzapa-rpsio), nourrir de 
surcroit ; -apy.-ypawijL'., abuser. 

-po;, l'addition d'action ; -poT-ypacpoj, ajouter en écri- 
vant. 

En français, l'une des langues romanes que nous pre- 
nons pour exemple, non-seulement les verbes préposi- 
tionnels latins ont été admis de toutes pièces, cas (jue 
nous n'avons pas à examiner, mais de nouveaux se sont 
formés avec des [)répositions vivantes, en mar([uant le 
degré d'accomplissement de l'action. 

en, a le sens inclioatif ; en-doi*mir, s'endormir, s'envo- 
ler, s'en aller, s'enraciner, s'enrichii', s'enrouer, s'entêter. 

entre, marque le réciproque : s'entre-tuer, ou le demi 
accomplissement de l'action : entrouvrir. 

pur, indiquait en vieux français la perfection de l'ac- 
tion : par-acbever. 



554 I.K MISKON. 

SOUS, SOU, uiaïquo la diminution : sou-riie. 

sur, l'cxagi'i'alion : siir-chaullcr. 

En oulrc. les prépositions latines devenues préfixes pcr, 
jx, in, cou, impriment une siiiiiification du même ordre. 

Kn allemand, on trouve dans cette fonction des i)répo- 
sitions ci'istallisées devenues préfixes et des prépositions 
vivantes. l*armi les premières, il faut signaler (/«, analogue 
au cuni latin, qui marque l'action en commun : ya-tinirau, 
construire ; (ja-niman, concevoir ; ga-haitan, convoquer ; 
er, venant de ur ; (nul, nul, cnip, eut marquant la récipro- 
cité ou la continuité, analogue à %v-<. ; hc dérivé de bei.. 
créant des verbes causatifs : ver, analogue au latin per, 
ayant un sens péjoratif ou intensif : ver-hrauclicn, mesu- 
rer ; fr-essen, manger ])eaucou|). 

Les prépositions vivantes jouent dans ce sens un rôle 
aussi important. 

ditrcli signifie la perfection de l'action : durch-strciclicu, 
rayer entièrement. 

ùhcr signifie l'action en excès : i'ihcr-frcsscn, manger 
trop ; iihcr-fùlloi, tr()[> verser ; iihcr-lrcibcn, surmenei'. 

uiu signilie le renversement de l'action : u)n-l)il(l('n, ré- 
foi-mer ; um-innidehi, transformer. 

untcr indique la continuité : u)ilcr-ivciscn, instruire ; 
unler-f'muien , cnti'ej)rendre. 

ans indi(jue la perfection de l'action : aus-liancn, mâcher 
complètement ; aus-schicsscii, emporter d'un cou}) de 
fusil ; nus-sdufcn, boire tout. 

11 signilie aussi cesser l'action : uus-licrschen, cesser de 
gouverner. 

<i)i a le sens inchoatif : an-setzen, mettre la main à la 
plume, à un instrument ; an-sprcclien, adresser la parole ; 
an-l(iufcn, pi-endre l'élan. 



nr VKuiiR piii%posFTio.NM:r-. .M,") 

aufcsl iiK-hoiitif cl in;ti'(jiie aussi raction subite : aiif- 
sk'Ueii, lever ; au/'-trcloi, entrer en scène. 

vor siiinitie : taii'c l'action rajtidement : vor-schiessen, 
couler rapidement. 

:;//, inarcjue l'addition : ui-ijchen, ajouter ; ::U-niaclien, 
fermer ira[)proeher la porto. 

Il en est de même en aniilais. 

up signitic le commencement de l'action : to break up, 
se dissoudre ; hiiiuj up, iaire avancer ; Inilton np, bouton- 
ner. 

on indique la continuation ; la nirrij (ni, continuer. 

o// la cessation. 

ont la perfection de l'action. 

abolit la continuation. 

Dans les lani>ues celli(|ues, les [uepositions impriment 
au verbe l'expression du deiiré i\v l'action à peu près de 
la même manièic ; mais c'est surtout par l'emploi de trois 
d'entre elles (|ui d ailleurs ont perdu leur sens primitif 
que les degri's principaux sont mar(|ués en vieil irlandais. 

ru exprime une action entièrement accomplie et [)rècède 
le verbe simple ; dans le verbe composé, il s'intercale 
entre la prè[)Osition et le verbe, et s'il y a deux pirposi- 
tions, entre la pivmière et la seconde ; no et ib) marcjuent 
l'action inacbevèe. 

Le sanscrit suivait déjà le même système. Les distinc- 
tions (ju'il faisait sont analoiiues à celles que nous venons 
de sijiualcr dans b's autres laniiues de bi même famille. 

Il est plus ciiiicux de constater l'application du même 
système dans des langues anaryennes, })ar exemple, en 
hongrois. 

Ai correspond à ci des latins ; il siiïiiilie aussi la per- 
fection, la cessation de l'action : lii-aniyal-ui, bien ombrer, 



55() i.K Mrsi:oN. 

achever (roml)rer ; l{i-((Uun)ii, s'c'teindrc ; Li-ahrunduni, 
détromper, (juehnietbis le coinmeiiceiiicnt : Li-cs'naziii, 
commencer i\ liermei-, ou roljtcntioii [);u' l'action c\i)ri- 
mée par le verbe l.i-rsl.cdi'hii, ohtciiir par des sui)plica- 
tions ; mais le sens pi'iiicipal est la j)erfection : ki-ijijo- 
cjfjitni, guérir radicalement. 

Cependant le sens reste bien plus souvent matériel et 
le dei^ré de l'action n'est |)lus e\|Mimé cpie par excei)tion. 

Comment le préverbe a-t-il passé de son sens matériel 
soit de préposition, soit d'advcibc, à cette siiinitication 
du degré de l'action verbale? Il faut (ju'il y ait eu une 
transition. Nous l'avons déjà observée dans les verbes 
pi'é|)Ositionnels allemands ; i'ihcr, par exemple, signilic 
au-dessus ; il tournei'a bi('nt(')t au sens de darduluf/c : je 
suis bon au-dessus de lui, davantaiic ((ue lui, et ensuite au 
sens de trop, lorsque ddrtnihKic a[)rès un sens relatif j)rer.d 
un sens absolu ; de ménu' durcli signitie d'abord (tu Ira- 
vers de, purnn, i)uis, au travers, de part eu part ; percer 
une planche de [)art en part, étudier une leçon de pari 
en part, c'est-à-dii-e complètement, de là la perfection de 
raction ; miter siiinilie au-dessous, et bientôt faire l'action 
au-dessous de l'action, la faire diminuée, insullisante ; 
aus signifie hors de, faii'c l'action hors de, c'est en 
sortir, l'avoir tei'minée ; de même u)n signilie autour 
d'un objet, puis autour de soi-uinne ; de là, la transfor- 
mation, le mouvement intérieur, le changement d'action 
et le contraire de l'action première ; au désigne le mou- 
vement vers une chose ou une personne, aussi vers une 
action, le mouvement vers une action, c'est son commen- 
cement ; £"'• signifie sui', sur un objet, mais aussi sur 
une action ; une action sur une autre est une action 
ajoutée, tzolool c'est à côté, faire une action à côté, la mal 



DU VERBE PRÉPOSITIONNEL. 557 

faire, ou la faire à contretemps ; e; c'est sortir de l'action, 
par conséquent, l'avoir finie. 

La genèse est donc simple et claire, on n'appli(|ue plus 
la préposition à une personne ou à une chose, mais à une 
action. La préposition, ou plus exactement l'adverhe du 
verbe prépositionnel, finit par régir ce verbe. 

Ainsi ex signifie : en dehoi-s de tel objet ou de telle per- 
sonne, ou tout simplement en dehors, suivant qu'on le 
considère comme une préposition ou comme un adverbe ; 
dans le premiei' cas il régit un substantif. 

Mais il finit par régir le verbe lui-même, et alors il 
signifie : hors de telle action ; être hors de telle action, 
c'est-à-dire l'avoir finie. 

De même, ïiher die erde lebcn, signifie : vivre sur la 
terre, mais iïhei- lehen, c'est vivre au-delà, survivre. 

De même, suh mensa monstro signifie je montre sous la 
table ; mais submonstJ'o signifie : je suis au dessous de 
l'action de monti'er, je fais entrevoir seulement. 

Cette remaïque est essentielle ; il y a virement dans le 
complément ; le préverbe n'est plus un mot sans liaison, 
ni un mot qui gouverne un substantif, mais un mot i/ui 
gouverne un verbe. 

h) Expression du temps relatif. 

Le préverbe ne sert, en qualité d'auxiliaire, à marcpier 
le temps relatif que (hms les langues slaves, et là-même, 
c'est tout-à-fait à titre exceptionnel. On n'en p»'ul cilor 
qu'un seul cas. 

Nous avons vu (pie l'inti'oduction d'une préposition, 
par exemj>le, de .s, convertit ras[)e(l imparfait en aspect 
parfait, par conséquent, désigne l'action complètement 

22 



5r>8 LE MlSfiON. 

accomplie. S-diclat sii^nifie : fiui'o coinj)!ètoment, mais si 
du verbe infini on ])asse au vei'l)e tini, c'est-à-dire de Tin- 
finitifou du parlicipe à l'indicatif, s-dichiio siiiiiitiera : je 
fais entièi'cnient ; cependant cela est impossible, l'action 
que je fais en ce moment ne peut être ternunée; une action 
terminée ou connue comme telle, ne peut être située que 
dans le |)assé ou dans Tavenir. S-diclaio siiinifiera donc : 
j'ai fait complètemenl ou je ferai complètement. 

Mais il ne peut signifier le premier, car il faudrait alors 
la terminaison du passé s-d'wlal : au contraire, il pouri'a 
signifier le futur, car le futui- n'a pas d'indice sufïixal en 
russe et s'exprime péri[»lnasti(juement au moyen d'un 
auxiliaii'C ; s-dichiio sii-nilicra donc : je fei'ai, je ferai com- 
jtlètement. 

c) l'J.rprcssio)! de la roi.r. 

Dans (les cas 1res rai'cs, la [)ré[)i)sition du verl)e prépo- 
siliomicl exprime la voix factitive. 

Par ex('nn)le, en russe, spal^ dormir, et pro-sjMit, faire 
dormir ; pUd.al, i)l('urei', el nj-phd.dt, obtenir par des 
pleurs. 

Tel est le r(>I(î grammatical de la pi'éposition dans le 
verbe pirpositionnel. On voit qu'il est considérable. >ious 
n'avons l'ail (jue res(piissei'. 



DU VERBK PRÉPOSITIONNEL. 539 



CHAPITRE m. 

Fonction lexicologique et sfvMANTKjiE du vekbe 

PUÉPOSITiONNEL. 

C'est cette fonction (jui est l;i plus iin[)()itante et qui 
mériterait une étude très (létailléc : une grande partie de 
la sémanti([ue repose sui' le verix' prépositionnel. Il sulïit 
d'ouvrir un dictionnaire j)our s'en convaincre. Chaque 
verbe simple est un tronc (lu((iicl montent dans tous les 
sens des verbes pi-épositiomicls (jui forment ses lameauv 
toufï'us et dans lescjuels le sens primitif se différenciera 
jus(pj'à parvenir au sens contraire. 

Voici, par exemple, le verbe anglais to (jet, arriver, 
survenir. Il pi-oduit lo t/cl (ucdij, s'(''clia[»[>cr ; lo (jet ((horc, 
s'élever ; to </cl oj]', descendre ; lu (jet on, rt'ussir ; lo ijCl 
before, dépasser ; lo (/cl nc(n\ s'approcher ; lo (/cl hcliceen, 
s'insinuer ; lo (jcl iiilo, entrer ; lo (/cl orcr, franchir ; lo 
(jcl iij), S(! lever; lo (/cl loosc, se rebichcr ; lo t/cl lo, aborder. 

To (jivc, donner, jtrodiiire : lo (jirc huci,. rendre ; lo (/uc 
forth, [)ubliei' ; to (jiic oui, montrer ; lo (jiic orcc, ai»an- 
donner ; lo (jive into, adopter ; lo i/ivc ojj\ cesser ; lo (/ivc 
oui, publier. 

lo hcui\ poiler, prochiil : U) hcor icilli, su|»por(er ; lo 
bc(ir (iii'df/, emportei' ; lo hcor iij), a\(»ir du couj-age ; t<t 
heur />//', pousser au large ; lo hcoc iij). arrivei' ; lo hcor 
ilou'U, arriver vent en arrière. 

to hloïc, souiller, produit : lo hloïc oui, (''teindre ; lo hloïc 



540 LE MrSÉON. 

up, faire sauter, to blow doivn, renverser ; 1o hlow off, em- 
porter ; to hlow over, dissiper. 

to brinq, apporter, pi'otluit ; to hruuj up, élever ; to brinç/ 
ahout, parvenir ; to hrim/ upon, attirer sur ; to bring away, 
emporter ; to hrhu/ [ortli, produire ; to bring under, sou- 
mettre ; to bring over, attirer ; to bring up, introduire ; to 
bring down, humilier. 

to caU, appeler, produit : to call in. faire entrer ; to call 
oj]', détourner ; to call ont, faire sortir, appeler en duel ; 
to call upon, passer chez ; to call upon, s'en remettre à ; 
to call for, prendre en chemin ; to call down, faire descen- 
dre ; to call up, faire monter ; to call over ; faire un appel. 

to liclp, aider, })roduit : to help down, aider à descen- 
dre, to liclp u)), aidei' à monter ; to liclp on, faire avancer ; 
to help ont, aider à se retirer ; to help over, aider à pas- 
sei' ; to help to, servir à. 

Ce qui est très remaniuable ici, c'est que la préposi- 
tion seule sutïit à exprimer un verbe sous-entendu. Nous 
reviendrons sur ce point. 

to lay, placer ; to lag down, mettre bas ; to lag bg, 
sevrer ; to lay ont, dépenser ; to lay in, faire [)rovision ; to 
lay about, frapper de tous côtés ; to lay on, battre. 

to make, faire, produit des com[)osés à sens plus dissi- 
dents : to make up, composer ; to make ojf, se sauver ; to 
make ont, débrouiller ; to make oui, rédiger ; to make over, 
donner par acte. 

to hold, tenir, produit : to hold up, lever ; to hold out, 
résister ; to hold fortlt, prêcher. 

to l'ail, tomber, [)roduit : to fall to, commencer ; to fall 
ojf, diminuer ; to fall on, attacjuer ; to fall in with, ren- 
contre)'. 

to corne, venir, produit : to come in, entrer ; to corne 



DU VEUBK PKÉPOSniONEL. 341 

awaij, (juitter : to corne ont, sortir ; lo (■(»iic ()j]\ se retii-cr 
de ; U) lome Inj, ol)teini' ; to couic upoii, tomber sur ; to 
corne 0)1, avancer ; to corne short of, inaii(|uer. 

iSous avons donné cette nomenclature, parce que l'an- 
iflais met bien en relief cette ricbe dérivation du vei'l)e 
prépositionnel. Si elle ne consistait qu'en addition d'ad- 
verbes de lieu, elle serait peu intéressante ; mais on voit 
combien le sens du verbe lui-même se trouve modifié, 
tantôt au fiiiuré, tantôt au pro|)re. 

11 en est de même dans les autres langues, j)ar exemple, 
en russe. Voici les dérivés de Jihnat, prendre : v-nimat, 
écouter ; vozil-imat, exbausser ; ros-pr-Diinutt, recevoir ; 
vij-nhnat, tirer debors ; do-itinuit, des arrérages perce- 
voir ; zii-n'nudt, emjtrunter ; iz-)U)n(it, tirer de ; }ia-)nniat, 
louer; ol)-tiini(it, embrasse!*; ol-)iini(it, olvv ; pctr-)i'nn<it, 
intercepter ; po-u'tniat, comprendre ; pro-bnnt, atti-aper ; 
pod-nimat, soulever ; prcd-pii-iinnaL entreprendre ; />/•/- 
iiitiuit, accepter ; p)()-)iiiii(it , |)ereer ; nr<-iiiiH(it , sê[)arer ; 
s-uimat, ôter d'en baut ; ii-nimut, arrêter. 

De même, en latin, on peut citer : 

les prépositionnels de ire, all<M' : 

ad-ire, rencontrer ; per-ire, aller parmi périr ; sith-ire, 
subii' ; e.r-ire, soi'tir ; ah-ire, s'en aller ; red-ire, revenir ; 
iii-ire, entrer ; co-ire, s'unir ; 

ceux de légère, cueillir : 

intel-l'ujcre, comprendre : e-l'ujere, cboisir ; se-li(jere, 
séliger ; col-l'ujere, l'assembler. 

Otte fécondité est très ricbe et bien connue ; il est donc 
inutile d'insister. 

(]e <pii est utile, c'est de classer les transformations du 
sens dans les dilférentes catégoi"ies aux(pielles elles ap[)ai'- 
tiennent. 



5il2 LK MLSÉO.N. 

Nous avons déjà observé que le sens advei'l)ial et local 
des divei-s périverbes a déjà subi des Iranstorniatioiis (jiii 
lui ont donné un rôle prépositionnel ou (jui lui ont t'ait 
exprimer les deiirés d'aeeoniplissenient de l'action et par 
là le temps ai)solu et ((nel([uet'ois même le temps relatif 
et même la voix. Ici, il s'agit de transformations du sens 
même de bi racine verbale. 

Ces trantbrmations sont de ([uati'c sortes : tantôt le 
sens expi'imé [)ar la préposition et imprimé par elle au 
verbe reste local et matériel ; seulement, il devient indi- 
rect (nous expliquerons cette expression i ; tantôt le sens 
reste matériel et local, mais il devient (iiiuré ; tantôt il 
devient immatériel et exprime un acte invisii)le ; tantôt 
enfin, b; verbe uni à la jjréposition a la lorce d'exprimer 
deux actions, l'une exprimée |)ai' la racine verbale, l'autre 
par la [)réposition ell(>-même. 

1" Déviation simple du sens. 

Les verbes prépositioimels allemands, tantôt sépara- 
bles, tantôt insé[)arables, dans les exemples que nous 
avons déjà fournis, prouvent cette première transforma- 
tion sémantique. 

Par exemple, durcli siiinitie pré|)ositionnellemenl pur, 
et le sens adverbial (pii lui correspond exactement serait 
(in travers, çà et là ; lié bien ! lorscpi'il est séparal)le, le 
sens en est tout autre, il signifie : de part en part, dans 
le sens de l'épaisseui", c'est-à-dire dans le sens intérieur 
et vertical, tandis (pie durch inséparable est dans le sens 
de la superficie et de l'iioii/ontale. 

De même i'iher signilie prépositionnellement sur et ad- 



DU VKIUIE PUÉPOSITIOMNEL. 545 

vei'bialement en dessus, en liant ; insépnrable, il signifiera : 
par dessus les limites, la rivière qui déborde, la mer 
qu'on franchit ; c'est la direction horizontale, tandis (jue 
séparable il aui'a le sens d'en haut ; c'est la diiection verti- 
cale. 

Cette sémantique est ])lus remar(|uable encore pour nm. 
Il signifie directement, soit autour de soi, soit alentour, 
suivant qu'on le prend comme j)réposition ou comme 
adverbe ; mais, séparable, il signifie de haut en bas et de 
bas en haut, en tournant sur soi-même dans le sens verti- 
cal ; il signifie aussi horizontalement : faire des détours, 
mais encore plus : aller autour de. 

De même, le juéfixe adverbial rc, en latin et en fran- 
çais, signifie directement de nonvenn, mais indirectement 
en arrière : redco, ircedo, revenir, reculer. 

I\acli signifie : après, locativement, puis, temporale- 
mciit, ensuite, une seconde fois : nachdrnclien, réimpri- 
mer ; naeh-reclinen, combiner une seconde fois ; nacli- 
îvaclisen, croître de nouveau. 



:2" Sens passant de l'espace dn temps. 

Ici il y a peu de remarques à faire, car l'adverbe est à 
la fois local et temporal ; ce|)endant son point de départ 
est local et lorsqu'il exprime le temps, il y a déjà une 
transformation du sens. 

Vue des piépositions (pii subit le plus naturellement 
cette transformation, c'est nach ; il signifie apî'ès ; puis il 
signifie' : ensnite ; il prend alors, comme nous l'avons déjà 
remarqué, le sens de une seconde fois : nach-uiessen, 
mesurer une seconde fois, c'est-à-dire, ensuite d'une 



,)ii Lt MLSEO.N. 

première action de inesuraiic : nuch-rïchten, cxécutei' api'ès 
la sonIciK'c (ici le sens est pureineiil tciiij)()i'al ; imcli- 
liolrii, allei' cherciier une seconde fois. 

De même vor sii:iii(ie dcxanl, mais aussi avant : Vi»-- 
hfil(iil,('}i, rc'lléchir d'avance, et non pas devant ([uelqu'un ; 
ntr-f/ehen, donner d avance ; voi-Lonniu'ii, venii' avant 
(]uel(|u'un. 

De même, en lalin, ])i-(c siiiiiilie dcKuil, mais aussi 
(lUjKirdi'ditl : pftcri'itU'C, venii' avant (jiiel(|u"un ; pni'-uio- 
ri(n\ mourir le premier ; prd'iiioiii'o, averlir d'avance. 



T)" .SV;(.s itmliiiditrisc. 

i.e sens resle malériel, s'expli(pu' encore pariaitement, 
mais on ne ICril pas dcNiiié. (^est laclion resli-einte 
réduite à une situation jtarticulieir, et d'ahslraite et jiféné- 
l'ale devenue particulière. 

I*ar exemple, dans les dérivés du verbe l'usse ninuit, 
dont nous avons donné la liste, on peut i-elever oh-ninutt, 
eml)rasser ; pod-itiiiidl , soulever ; pro-nimul, [)ercer ; u- 
ninKit, ai'rèler ; nn-)iinuil, séparer, (pii sont diverses 
manièi'cs de prendre, mais cpii ne se comj)ren(li'ont pas 
d'elles-nuMnes, tandis (jue les verJx'S i:-nim(tl, tirer de ; 
(il-)inn(il, ùlvv ; pcrc-iiiiiutl, intercepter, ont conservé le 
sens propre. l\>-iiini<il , entendre, ne [»ouri'ait se traduire 
non plus avec la simple coimaissance d'imiit. 

De même, en latin, conciperc, concevoir ; il na pas un 
sens liiiui'e. car concevoir est hien prendre, mais prendre, 
recevoir d'une manière tonte particulière ; il en est de 
même de co-irc, «pii est hien aller avec, mais dans des 
circonstances sjx'ciales. 



DU VERBl^ PUÉPOSlTiONNEL. 345 

En allemand, on peut citei' (u(s-l{<))nmcn, éclore, sens 
beaucoup plus restreint que celui de sortir de. 

i" Sens fif/iiré. 

Ici nous nous avançons dans le sémantique. Le procédé 
est fréquent et c'est celui qui condtiit peu à [)eu au sens 
immatériel. 

En latin perirc, intcrficcre, occidcrc rentrent dans ce sens 
fitiuré. Per-ire siijnifie aller |)ar, occidere, faire tomber ; 
de là le sens est loin de celui de périr, tuer, et cependant 
on y est conduit par une déviation d'idées qui n'abou- 
tit cependant pas au-delà d'un sens matériel. En faisant 
tomber un ennemi dans la lutte, on le faisait souvent 
périr ; aller par, sii>nifie faire le grand passage. Les mots 
allemands sont analogues : iDitenjelwn, aller au dessous, 
signifie périr ; luii-liottunen, venir autoui', puis venir se 
renversant sur soi-même, devient mourir ; unier brhKjen, 
apporter dessous, reproduit l'image à'interficere et d'occi- 
dere. 

De même, um, après bien des mutations de sens, signi- 
fie autrement ; um-Idden, cbjirger autrement ; on est passé 
à ce sens par celui de : en sens contraire, de nouveau. 

uher signifie plus (ju'un auti'e, après avoir signifié au- 
dessus, mais ici le sens passe à l'immatériel ; unterbreelien, 
interrompre, suit la môme marche. 

5" Sens irn matérialisé. 

11 sullil d'appliquei' aux opérations intellectuelles ou au 
monde idéal, ce qui s'ai)pli(juait aux choses visibles ou 
matérielles, sans autre changement. 



346 LL MUSÉON. 

Il y ;i j>liit()l l:'i, jipplication nouvollo que chaiiirement 
(le sens ; aussi nous n'eu parlons ici que pour oi'dre. 

Par exemple, luilcnccr/'oi, jeter sous, jeter sous soi, 
siiiiiific ensuite intelleetuellenient, soumettre ; uiitcrsti'it- 
Z(')i, appuyer avec le hras, devient : ap|)uyei' de son seeours ; 
roihr'nnjoi, pn'sentei' des objets, devient : présenter des 
idc'es ; rorf/rei/'cn, enjamt)er, deviendra : anticipei' ; vor- 
Liniuiirn, comparaiti'e, deviendra : le dt'velo[)pement du 
survenii*. 

(')" Sens à 1(1 fois fujurc cl innniitcridlisé. 

lei le <ens est infini : e"(>sl le sunnnum de la S(''man- 
ti(jue. On peul assister aux sc'riatious d'ich'es les plus 
curieuses. 

Voiei d'aboi'd des exemples pris à 1 alleinand : 

l)if('r-iv('is(ni, ensei£>ner ; l'aete est inlelleetuel et son 
expression empiuntée à l'acte matériel de inoutrev. \a^ 
tout réuni olîre un sens ditlerent de celui des compo- 
santes : enscignei'. 

Il en est de menu» de unlcr-richtcn qui a le même sens. 

De même unlcr-hisscn, omettre, bien dillérenl de : lais- 
ser venii" dessous ; untev-haltcn , entretenir, à côté de tenir 
dessous; u)il('r-(/eh('n, confier; unter-fanqcn, entreprendre ; 
inilcr-hlcihcu, ne pas avoir lieu ; iinter-drùrhcn, suppri- 
mer ; unicr-ncinnoi, entreprendre; loilcr-rcdcii , \)evsuiu\ev ; 
un(cr-s(i(/i')i, interdire ; uuter-slclioi, oseï'. 

mn-svhnjjcH, transformer ; itni-schrcihcn, transcrii'c ; 
uni-i('(Hi<l('l)i, clianucr. 

ûlier-ijclivu, déserter ; iihcr-hisscn, abandonner ; ïihi'r- 
Hclimoi, se cliari^cr de ; i'iln'r-sc/icn, ne pas s'a[)ercevoir ; 
iUivr-sclzcn, tiaduire ; iihcr-lnuicu, endosser. 



m vEKUi: puÉrosmoNNEL. 547 

Kii nisso : 

r-)iiinal, écouter ; littôr. [)r(Muli'0 en soi ; vos-pri-nhnat , 
percevoir ; z(i-)iiin(il, empruiitei' ; )ui-)iini(il , louer ; po- 
uinidt, coiiipi-endre. 

Après dodll, aller ; po-Knlil, ressembler ; na-xudit, 
trouver ; smz-xoilil , condescendre. 

prc-zriet, nië[M'iser ; pro-ivolit, permettre ; za-lnjl, ou- 
blier [hift -- être) ; do-stal, [)ro('Ui'er. 

Kn latin. 

i)iti'l-li<jcn', comprendre lau lieu de cueillir-entre), in- 
sisto, insister (s'appuyer sur) ; iii-spiiv, inspirer (soulïler 
dans) ; 'ni-shiictiis, instruit (bien rangé) ; inter-cedo, inter- 
céder ivenir entrei ; iiitcr-dico, interdire (dire entre deux 
pei'sonnes) ; intcr-vcnio, intervenir (venir entre) ; oh-tiuco, 
tenir matériellement, puis obtenir. 

Il est inutile de nuiltiplier les citations. En pai'ticulier, 
foules les opérations de l'esprit s'expriment de celte ma- 
nière. 

7" Sens cxpr'unaul à la fois deux actions. 

Ce processus, (jue nous avons déjà entrevu, est très 
cui'ieux. 

Eu anglais, lo help signifie aider ; to help up, non pas 
aider en liant, mais aidei' à niontei' ; to help down, aider 
à deseendi'e ; to help ont, aider à soi'tir ; to help ovcr, 
aider à passer ; to help o)i, aider à avancer. En réalité, la 
pré[)()sition fait ici l'onction d'un second verbe ; elle 
n'indiipie pas le lieu où se tait l'action, mais celui vers 
lequ(!l c(^lle action se dirige : ainsi que son résultat. La 
préposition est fonction du verbe. 

L'allemand donne des exemples analogues : cin-reiben, 



348 LE MLSÉO. 

faire entrer en frottant ; ein-rcden, faire entrer (dans la 
volonté), en parlant ; auf-lilopfen, ouvrir en frappant ; auf- 
hacken, ouvrir en beccjuettant ; auf-knopfen, ouvrir avec le 
bouton ; (luf-haiicn, ouvrir en hachant; aiif-hrechen, ouvrir 
en brisant ; auf-dnimjen , ouvrir en pressant ; (luf-dreheu, 
ouvi'ir en tournant ; nus-s<i(/en, enlever en sciant ; aits- 
schicssen, enlever d'un coup de fusil. 

L'allemand obient ainsi des expressions encore plus 
énerifiques : en ajoutant le })i*ononi rélléclii : sicli (ins-bet- 
Ichi, gagner sa vie à mendier, littéralement se tirer {sicli 
(lus) en mendiant. 

De même, en latin : 

ex-cudo, faire sortir en frappant ; e.i-oro, faire sortir 
(obtenir) en priant ; ex-piu, faire sortir (ol)tenii') en saci'i- 
liant. 

De même, en russe. 

vij-katchivdt, faire sortir en roulant ; nj-LdcliUrdl, faire 
sortir en ci'acbant, expectorer ; vji-Lusinit, faire soi'tir en 
mordant ; vij-midivat, obtenir en priant ; rij-rchotal, ga- 
gner par son travail. 

C'est ici la préposition (|ui domine le verbe, plus encore 
qu'à l'ordinaire. Celui-ci, au point de vue séniimticjue, 
devient une sorte d'instrumental, le vrai verbe est la pré- 
position dont le sens et le rôle grammatical monteront 
jusque-là. 

8° Absorption du verbe simple par le verbe préposiliouuel. 

Nous avons assisté à riniluence de [dus en plus grande 
que |)rend la préposition sui- le verbe : elle finit par le 
léduire au lôle de complément instrumental et devient 
verbe elle-même, au moins sérnantiquement ; elle peut le 



DU VERBE PRÉPOSITIONNEL. 54-9 

devenir lexicologicjuenient, on ce sens que le verbe simple 
va disparaître et que le verbe prépositionnel restera seul 
usité. 

En Russe, la liste des verbes dont la forme simple 
n'existe plus et a disparu, quoique peu nombreuse, est 
instructive sous ce rapport. Voici les verbes préposition- 
nels dont les simples ont disparu. 

o-pravdal, justifier {on ne dit pas : prnvdai) ; za-tieiat, 
machiner ; o-doliet, surmonter ; u-horcnit, enraciner ; ù- 
dvorit, établir ; raz-orit, détruire ; ù-darit, frapper ; po-vto- 
ril, réi)éter ; is-irehk, détruire ; o-duchevit, animer ; nndo- 
innit, faire observer ; pri-lojit, ajouter ; u-iiitcliijit, humi- 
lier ; vo-oriij'U, armer ; v-nùcliil, inspii'cr ; v-rutchit, re- 
mettre ; is-toditcliit, épuiser ; pohicdit, vainci'e ; pro-nzit, 
percer ; ob-idiet, offenser ; r-strietit, rencontrer ; vos-kresit, 
ressusciter ; po-sielit, visiter ; u-krotit, apaiser ; na-sytit, 
rassasier ; u-c/iihit, offenser ; za-mknut, fermer ; oh-ul, 
chausser ; riis-pial, crucifici' ; nn-lchat, commencer ; ot- 
niat, ôter ; s-tchest, compter ; zd-prialcli, atteler, etc. 

Il faut rattaclier à cette catégoiie celle des verbes fran- 
çais où le verbe simple n'existe pas non i)lus : envenimer, 
en l'absence du verbe venimer. 

9" Préposition inusitée en dehors du verbe prépositionnel. 

Si ({uelquefois le verbe n'est plus usité à l'état de verbe 
simple, ([uelquefois aussi la ])réposition ne l'est plus à 
l'état de préposition détaclH'o, et par conséquent, l'union 
est plus intime, c'est le cas en français ; la préposition 
isolée étant connue seulement en latin, c'est ce qui a lieu 
pour les verbes prépositionnels commençant jiai' con : com- 
prendre ; le verbe prendre est usité, mais la prépositiou 



550 LE MIISÉON. 

con ne l'est pas. De mémo en allemand ver correspondant 
à pej' latin. Il en est de même de tous les préfixes de déri- 
vation qui ont pour origine une préposition. 

L'union entre les deux mots est encore plus intime et 
le sens séparé n'existe plus que pour l'étymologiste. C'est 
ce qui a lieu en français pour concevoir ; on ne trouve 
plus séparément ni con ni cevoir ; le mot est dérivé de 
toutes pièces de con-cipere. 

Nous avons voulu dans ce chapitre tracer seulement 
les linéaments de la sémanticjue du verbe prépositionnel, 
de sa sémantique propre, car il va de soi, (ju'il suit, en 
outre, les transformations de sens du vei'he simple. 

Cette sémanti(|ue suit une gradation. Nous i)ensons 
qu'elle a pour point de départ le périverhe aussi bien dans 
sa fonction prépositionnelle que dans sa fonction adver- 
biale, quoiqu'on soit à piiori tenté de [)enser (jue c'est 
pour cette dernière seulement (|ue le sens a pu évoluer. 
11 sullit, poui' se convaincre du contraire, de constater 
qu'en îillemand nîoderne c'est ïther inséparable (jui est 
passé du sens de par à celui de trop, plus (juc, par un 
artifice, il est vrai, en sous-entendant .s/V/< dans le premier 
cas, un autre accusatif dans le second. Le point de départ 
est donc double, (juoiciue celui de la fonction adveibiale 
soit plus fréquent. 

Ces deux points de déj)art ainsi fixés, l'évolution séman- 
tique commence. Le verbe prépositionnel indique d'abord 
le degré d'accomplissement de l'action et par là-méme, le 
temps absolu, quebiuefois le temps relatif et la voix. La 
transition est facile à apercevoir ; le j)ériverl)e ne se rap- 
porte plus alors à l'objet, comme dans son rôle préposi- 
tionnel, ou au verbe avec dépendance envers celui-ci, 
comme dans son rôle adverbial, mais au verbe pour le 



nu VERBE PRÉPOSITIONINEL. 351 

dominer à son tour : ûhcr-fùllern, exagérer l'action de 
nourrir ; durcli-koclien, achever de cuire. Ce même sys- 
tème est bientôt suivi, même quand il ne s'agit plus de 
marquer le temps absolu, mais lorsque le périverbe devient 
lui-même une sorte de verbe dominant le verbe lui-même : 
ex-cudo, faire sortir en frappant ; ein-reihen, faire entrer 
en frottant. Ce procédé, quoique ayant des effets sémanti- 
ques importants, est cependant au fond encore mécanique : 
le périverbe de mot régi devient mot régissant : an-sclUa- 
(jen, frapper contre quelqu'un, tandis que an-sclilageriy 
commencer à frapper. De même an-ivachscn, croître en 
s'attachant à, tandis que an-ivaclisen, connnencer à croî- 
tre ; on voit que les deux sens peuvent affecter le même 
verbe. 

A partir de ce moment, le ressort mécanique ne fonc- 
tionne plus, mais seulement le ressort sémantique. Tout 
d'abord, le sens reste matériel, mais dévie ; par exemple, 
um ne signifie i)lus autour de, ni alentour, mais autour 
de soi-même avec rotation de haut en bas ; de même ùber, 
signifie par dessus, en passant d'un objet à un autre, puis 
le sens devient figuré, sans quitter la sphère des objets 
matériels; il (hîvient ensuite immatériel, puis l'immaté- 
rialisation et la figuration concourent. C'est le point cul- 
minant, contenant toute une riche gamme sémantique. 
Tel a été certainement à peu [)rès le processus. 

il faut joindre à ces variations sémantiques infinies, 
imprimées par la préposition au verbe, celles que le verbe 
simple prend de lui-même, et les unes se multipliant par 
les autres, on arrive à une extrême richesse psychologi- 
que. 

11 faut y ajouter encore les variations données par les 
préfixes verbaux de dérivation, soit qu'ils se composent 



552 LE MISÉON. 

d'anciennos prépositions cristallisées, soit qu'ils aient une 
autre oi'iifine. 

Il serait tort intéressant, tant au point de vue théorique 
qu'au point de vue prati(jue, d'éclaii-er ce dédale et de 
construire pour cha(jiie langue des vocabulaires où sous 
cha(jue racine verbale se trouveraient ses divers dérivés 
prépositionnels, où l'on indiquerait sous chaciue dérivé la 
ti'ansfbiniation séinanti(|ue (juil a fait subii' au verbe. Ce 
serait un travail considérable, mais dont les résultats ne 
s'éloignei'aient [)as sensiblement, croyons-iious, de ceux 
([ue nous venons de constater, et pourraient se ranger 
sous les catégories ci-dessus établies. .Nous avons voulu 
seulement étudier d'ensemble un phénomène (jui ne 
l'avait pas été jus(|u'à pi-ésent de cette manière et tracer 
les grandes lignes de l'organisation, des fonctions et des 
directions diverses du verbe prépositionnel. 

Raoll de la Ghasseuie. 



Bouddhisme — Notes et Bibliographie. 



Açvayhosas Discourse on the Avalcening of Failli in tlic 
Maliâyâna, translated for the first tirne fiom the 
Chinese version, by Teitako Suzuki. — Chicago, Open 
Court, 1900. 

M. Teitaro Suzuki, moine du couvent de Kamakura, rencontra 
à Chicago, où il devait représenter sa secte au Congrès des 
ReUgions, le D' Paul Carus. On connaît le zèle intelligent du direc- 
teur du Monist et sa prédilection pour le Bouddhisme. Le présent 
livre est le fruit de la collaboration du moine japonais et du philo- 
sophe occidental : nous ne doutons pas que M. T. S. ait trouvé 
dans son éditeur un maître d'anglais et de philosophie : « Le tra- 
ducteur [d'Açvaghosa], lisons-nous dans la préface, doit être 
parfaitement instruit de la doctrine mahâyânique telle qu'elle est 
comprise en Orient ; mais il doit posséder aussi une connaissance 
adéquate de la philosophie et des modes de pensée propres à 
l'Occident ». Cette connaissance, M. P. Carus la possède à un 
haut degré. 

« Il est relativement aisé ... de faire des extraits des ouvrages 
philosophiques [bouddhiques écrits eu chinois] » : je ne suis pas 
pleinement d'accord avec M. T. S. ; voyez par exemple le Botid- 
dhisme Japonais de M. Fujishima, que de passages obscurs, 
combien de phrases déroutantes et mal liées ! ; mais M. T. S, a 
raison de dire : « Le système du Maliâyâna est si complexe 
(intricatej, si abstrus et déconcertant (so perplexingly abstruse) que 
les savants non accoutumes à cette forme de pensée et d'expression 
sont grandement en peine d'y trouver leur chemin ». L'embarras 

2.3 



55 i LK MUSÉON. 

n'est pas moindre de ceux qui croient comprendre cette forme de 
pensée, élevés dans l'école la plus raffinée qui fut jamais, quand 
ils s'efforcent de se faire entendre : c'est par une ligure de rhéto- 
rique audacieuse (]ue la traduction du livre d'Açvaghosa est 
« dédiée au public occidental par un bouddhiste du Japon n. Le 
pulilic occidental n'y comprendra rien ; mais les « scholars » eu 
tireront largement profit, et cela vaut mieux. 

L'introduction parait irréprochable. Tout ce qu'on peut deman- 
der à l'auteur, c'est de réunir et de discuter les témoignages con- 
tradictoires des traditions tibétaines et chinoises sur la date 
d"A<;vaghosa et ses relations soit avec Pârçva, soit avec Nâgârjuna : 
c'est ce qu'il a fait avec beaucou[) de compétence et de réserve, 
renouvelant la question en ce qui regarde les sources chinoises. 

La liste des œuvres d'Açvaghosa, si ou la compare à celle de 
Nanjio, s'est enrichie de deux n"" ; " un sïitra sur la théorie du 
non-moi, en réponse à un Nirgrantha », " un sïïtra sur la transmi- 
gration dans les dix voies ». — On ne voit pas comment peut se 
justifier la traduction proposée pour le titre du Nanjio 1299. 
(Mahâ -....- bhûmi-guhya-mrda- castra ; peut-ètie faut-il pro- 
poser « gotra » pour « tsuii » Vj ; d'autre part, pour le 1182, la 
lecture « Sûtrâlaïukâraçâstra n est certaine. 

M. T. S. semble ignorer les renseignements de M. Fujishima, 
]). (il, sur la secte Ke-gon-shu, à laquelle appartiendraient outre 
notre livre, un .Mahâcintyarâstra (?) et le Dacabhûmivibhâsii- 
f;ri>tra (Nanjio 1 ISO) de Nâgriijuna. — Toujours est-il que Bcal et 
VVassiliefT se sont mépris .sur les tendances d'Açvaghosa (i). — Le 
trailucteui' aurait pu mentionner la N'ajrasûci, attribuée à notre 
auteur, les remanjues de Burnouf (Litr. p. 21.0), le travail de Weber 
(Abhandlungen de l'Acad. de Berlm, 1859) et la liste des œuvres 
d'Açvaghosa qui y ligure (2). 



(1) Wassiliotl ilout»^ (1(> rniitlienticitr ilt> i)hisicui's livras : .. D'ailleurs 
il est tros(I()Ut(Mi\ (|u'Ai\;ijj;liosa coinuit le Malifiyâna. c;\v vraisomlilahle- 
meiit le Malirixâiia ne lit son apparition qu'avec Asan^a •• (Tâi-. 312). 
Pauvre Asai'i^a : (|Ui']l«- ^^ii^iri" et (luellc responsaljiiité ! 

(2) Il est pcnl-i'iiv utile de repi-oduirc cotte listi> (jue je n'ai i»as trouvée 
;iilk>urs. WcImw la dunno d'aines ime coinnuuiication do Scliiofner. — 



BOUDDHISME — NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 555 

Le « discours d'Açvaghosa » comprend udc introduction [but, pra- 
yojana, et objet, abhidheya = 1. Introductory, II. General state- 
ment] ; et deux parties, l'exposé de la théorie [III. The explauation] 
et de la pratique [IV. The practice of faith]. Le chapitre V [Benetits 
derived thercfrom] constitue la conclusion. 

Combien ce livre est précieux, fortement conçu et sagemeot 
écrit, combien estimable est la traduction, on s'en rendra compte 
sans peine en lisant le chapitre IV, qui traite d'un sujet devenu 
familier aux orientalistes par le Bodhicaryâvatâra et le Çiksâsa- 
muccaya. C'est un magistral résumé de la carrière (caryâj du 
Bodhisattva. Le § 3 du chapitre III (Ways of practisiug the ri§^ht 
path) est UQ exposé doctrinal de la pratique. 

Beaucoup plus complexes les discussions sur la bhûtatathatâ 
ou « suchness n, qui remplissent la majeure partie du traité : 
elles sont très précieuses si on considère notre pénurie en ren- 
seignements exacts sur cette ontologie idéaliste (voyez cependant 
Wassiliefif et Fujishima, p. 76 et suiv.) ; elles n'acquerront toute 
leur valeur que le jour où elles seront, pour l'essentiel, traduites 
en sanscrit et mises en rapport avec les sûtras dont elles dérivent. 

Je n'essaierai pas de résumer ce système [)hilosophique, beau- 
coup plus serré que la lecture de la Prajnâ, du Saddharmapuii- 
darïka ou du Lankâvatâra ne permet de le soupçonner. Disons en 
un mot que la thèse est essentiellement celle des Vijnânavâdins : le 
saûiJdera (obscurcissement) et le vi/avadsina (purification) de la 
pensée pure et vide. Le texte de M. Teitaro Suzuki doit être 
médité, cela va sans dire ; mais le lecteur est payé de ses peines. 

(N'oublions pus quo les Tiljctaiiis connaissent un Arvaghosu le jeune, Tâi'. 
p. 102) : 

1. ÇatapanrrKjatlka nâma stoti'a. — Târ. p. 91. 312, Tandjoiir, Hstod- 
tlisogs, I. (Kcor, p. 3.57, n" 37) et Mdo I. 

2. Gantistoti-agâtlifi (Glianti"?) 

3. Çi'inuiliâkrUalanlfai'udrakaliJamaiiricniai-rinanâniatîkâ gurupancâça- 
tiku(cr. .Nanjio lOttiU '.) 

4. Saiiivj'tibodliiciltabliâvanopadci-avai'Masaiiigralia. 

5. Paramârtlia". 

6. I)a(;aku(;alakarmapatrinirde<:a iSio. —Cl'. Nanjio I37'.i). 

7. rokavinodana astâksanakatâ (Sic)- 

8. Buddliaoaritamahrikâvya (Tandjoui', Mdo, XCIV. — Târ. j). 312). 



556 LE MISKON. 

Ajoutons quelques remarques de détail. 

La plus importante vise " les cinq noms différents donnés au 
moi » (p. 76). Cette énumération nous est fournie par le Lankâvatâra 
p 43 (Buddhist Text Soc). Il faut effacer le point d'interrogation, 
de demie incrédulité, qui suit le terme « karraavijùâna » ; « pra- 
vrttiv" n est exact ; par « representation-consciousness », il faut 
entendre le « khyâtiv° « ; la « particularisation-consciousness » 
est le " vastuprativikalpav° » ; la « succession-consciousness » s'ap- 
pelle, je crois, de son vrai nom " jâtiv° ». 

Les 4 miroirs (pp. 69, 70) rappellent râdarça[na]jnâna de 

Fujishima p. 95, et le VII®""' chap. de la Nâmasanigïti. 

pp. 49, 114. samyaktvaniyatarâçi, mitbyâtvaniyata", aniyata", 

M. Vyut 95. cf. aniyatagotra ; M. Vyuf. 61 (i'ikssis. 8. s. 

Lahkâivat. 68. Bodhic. p. 1, 8, III, 23 otcj. 

pp. 78 et suiv. A l'expression « perfuming » correspond le sanscrit 

« vâsanâ ». 
pp. 64. 94. « Bodhisattvas who bave just entercd their course », 

« novice Bodhisattvas » = âdikarmikabodhisattva. 
56. M. Teitaro Suzuki traduit le mot nien (gnien), p. 153, par 
smiti (= subjectivity, subjective state). Il est bien douteux 
que l'original ait porté smrti. — Peut être vâsanâ ; voyez p. 66 
et la phrase connue : auâdir avicchinnapravâhâ bhedavâ- 
sauâ ... ; wang-nien = mithyâvâsanâ, nien hsiu (sin) ^= nien. 
p. 53. ((il). La bhûtatathatâ (nirvana, dbarmakâya, paramârtha, 
tattva) n'est pas distincte du saihsâra ; voyez Laixk^v. 48. 6. 
62. Le commentateur du Bodhicaryâv. (ad I, 1) proi)Ose notam- 
ment pour Dbarmakâya l'explication : canon de la loi, 
ensemble des sïïtras . — Kâya signifie en effet collection 
(balakâya). Par le fait, la loi et la bbûtatatbatâ sont connexes 
sinon identiques. 
64. L'expression « Bodhisattvas of tbe Dbarmakâya » est, du moins 

pour moi, nouvelle. 
66 et suiv. Il est bien difficile de distinguer cette doctrine de la 
thèse védautique. La remarque, faite souvent, s'impose ici avec 
une nouvelle force. — Nous ne devinons pas les termes 
sanscrits qui correspondent à ces expressions « enlightement 
a priori, a posteriori ». La conjecture buddbi, p. 152, parait 



BOUDDHISME — NOTES ET BIULIOGRAPIIIE. OO / 

peu heureuse, — (tcheng-chiao = bodhi, Eitel, s. voc), — 
peut-être, tout simplemcut, jùâna et ajnâna. 

71. Les trois aspects du « non-enlightement » (ou saiiikleça) sont, 
je crois, la connaissance (samvitti), le sujet (grâhaka) et l'ob- 
jet (grâhya) de la connaissance. — Voyez Sarvadarr.^ 1858, 
p. 16 in fine. — Je crois qu'il faut entendre dans le sens d'un 
procès purenaent idéaliste ce que M. T. Suzuki appelle « igno- 
rant action n, cette action consistant dans cette « ideation » 
inconsciente qu'il faut bien placer à l'origine (voyez, p. 76, 
Karmavij flâna). 

72-73. L'énumération des six états de connaissance ou d'activité 
(sensation, memory, clinging, . . .) est nouvelle. 

p. 77. ad finem. Je lirais volontiers : sarvasattva-avidyâvâsanâva- 
çât ... ; mais voyez p. 78. i5. 

78. 1. 2. 4 disturbed = saiaklista, quieted = vyavadâta. 

78. 6 through their succession-consciousness : vijnânapravâhava- 
çât? — Mais voyez ci-dessus p. 356, 1. 8. 

80. La définition des deux espèces de souillure (kleça, ranjana?), 
fournie en note, est parfaite. Reste à déterminer la traduction 
sanscrite. — La théorie des Bhïimis qui marquent le dégage- 
ment progressif des deux souillures, est aussi très intéressante : 
mais les termes techniques nous échappent. 

84 et suiv. — Analyse très fine du grand problème métaphysique. 
L'avidyâ étant posée — (comment? n'attendons pas qu'Açva- 
ghosa nous l'explique) — quels rapports existent entre la 
Bbûtatathatâ et l'Avidyâ, entre l'intelligence active, c'est-à- 
dire, la pensée inconsciente ou « i'ideation » à son stage rudi- 
mentaire (karmavij ùâna) et le monde extérieur créé par 
cette pensée ? Ces rapports expliquent le procès du samsara 
et de l'illumination, ils justifient les affirmations antithétiques 
de l'école : l'identité et la non identité de la Bhûtatathatâ et 
du Samsara, des êtres quelconques et des Bouddhas. 

90. La distinction du hetu et des pratyayas est précieuse. — Le 

rôle attribué aux Bouddhas, dont l'intervention est un des 

" pratyayas » du salut (cf. p. 127), s'accorde avec la mention, 

relevée par M. T. S., des doctrines de la Terre pure(Sukhrivatï). 

Il importe de signaler un grand nombre de notes ou de passages 



r>,">8 LL .MlStO>. 

jutéressiiuls. Citous uulamrnoiit : tutliâgaUi (54, (iô), les deux 
c.s|)èces (It; •' [)liala » (1<»1), sâçrava, auarrava (74, .S8), cittolpâda 
(^9, !•!. li:^, 127) les Bouddhas en laiit (jue kalyiiiiamitras, quel- 
(juc lois parents, amis, (|uel(|uefois ennemis (92), sukhâvatï (50). 
.^amâdhi (« mental erjuilibrium » '?, p. 135), dhâranî '^p. 130, « any 
epij^rammatic proposition wliich will serve as a key to the deep 
significance of the Doctrine « ; cf. Fujishima 59, 04 et la Vajraman- 
ijadLâranï, etc.j, citta, vijùâna (75), sarvâkârajnata (125), la per- 
lectiou atteinte au bout de trois asanikhyeyakalpas (124), — 
inême donnée dans Takakusu, I-tsing 1!)7 ; la huitième bhîimi 
(120, note), — âkâ^a (107), anus et ksaiias (105). 

Los index donnent une idée suffisante de la richesse du texte ; 
ils sont commodes et, peu s'en faut, complets. 

L'exécution matérielle de l'ouvrage mérite des éloges presque 
sans ré>erve. On est d'autant plus surpris de cet avertissement : 
« C et (,' ont été employées indiscrinùnaiely. » Pourquoi ? Les 
brèves sont <jUt'l(|ues lois inar(|uées longues ; saiiivtttisatya est une 
Icctuie incoiTecte (p. '6^). Dans l'index, lisez açubhasainjnâ, 
kitsuâyatana. 

Si-(l<i-iii-(l:iiii : (icstcs de rolliciaiit dans les cérémonies 
mysli(|H('s des sectes leiidaï et Singoii (Bouddhisme 
Japonais). Da|)i*ès le coninienlaire de M. lloriou Toki 
supéiieiir du teni|)le de Mitani-dji : traduit du japonais 
sous sa dii'eclion par S, Kawaniotira ; avec introduction 
cl aiHiolalioiis par L. dk Mii.loi k, conservateur du 
Muscc (lui met. — Bibliothèque d'Études du Musée 
Guimet, vol. MIL [). \i\, -ir^i. 

Nous aimons à rendre honiinage au zèle et à l'érudition avec 
lesquelles M. de Milloué a poursuivi la ditiicile publication de ce 
précieux volume, et arraché à la piété inquiète des prêtres japonais 
un commentaire très intéressant, contribution capitale à l'histoire 
de la liturgie bouddhique. Il n'entre pas dans notre pensée d'en 
esquisser la description : M. de Milloué la fournit en termes 
excellents ; et d'ailleurs, trop évidemment, l'heure n'est pas venue 



BOLDDIIISMK NOIKS Kl HlhlKX.UAMlIli. TmU 

OÙ l'on pourra, sans excessive témérité, le comprendre dans toutes 
ses parties et l'expliquer. 

Signalons seulement quelques rapprochements, évidents ou vrai- 
semblables, entre cette liturgie japonaise et les données indiennes, 
... et qu'on nous permette aussi quelques critiques (i). 

p. IV, l. 5. « .... Ton n'a que des données fort incomplètes sur 
les sïitras tantriques, très rares dans nos bibliothèques, dont il n'a 
été traduit que quelques fi'agmcnts ». Les tantras abondent dans 
nos bibliothèques, notamment dans celle de Paris ; les grands 
recueils tibétains en sont pleins. 

p. VI, I. 4. On peut suggérer Texpressiou Irama comme à peu 
près équivalente à « Dô » -■^- « étage, classe, degré, chemin, rite » 
= chinois Tao (2). Le mot rite, — et c'est bien de rites qu'il s'agit 
ici, — est mieux traduit par krii/R ou par vidJii ; mais chacun des 
Dos comi)orte plusieurs vidhis. 

p. IX, 1. 3. •' contrairement à ce qui se passe dans les rites 

du hïilncdlira né|)alais et tibétain et dans ceux du tântrismo brûh- 
mani(jue qui visent principalement à l'obtention d'avantages 
matériels et personnels, la magie du tântrisme japonais est d'une 

(1) Le document oiigiiial coni|)ieiul 5 volumes ; les 4 pi-emiei's tr;iilcnt 
in extenso de chacun des J rites; le ilcTnier est une sorte de tahie des 
matières : il est reproduit dans le présent livre. — L'éditeur ne nous dit 
pas si le commentaire fourni par i\L Horion Toki s'uppuio sur les expli- 
cations des 4 premiers volumes. On peut le supposer. — Mais pourquoi 
négliger les fragments oxégétiques qui préccdeut dans notre texte chacun 
des quatre Dos ? 

Dans le corps de l'ouviago le nom cliinois de la mudrâ est reproduit 
d'après la photographie : d'où des lectures incorrectes dont M. Maurice 
Courant a rectifié quelques-unes. Un détail curieux : en tête de chacune 
de ces annotations figure un n" d'ordre; il y a quatre séries 1 1(37, 1-13(5, 
1-11, 1-74. L'éditeur a établi une numérotation continue en cliifl'res arabes : 
d'où une bizarre contradiction depuis le n» 168. — Le chiffre chinois devait 
être supprimé puisqu'on ne tenait pas compte de sa valeur ; — les quatre 
parties, les quatre rites sont indépendants. 

Soyons indulgents aux fautes d'impression ; mais vinayâka pour viniiy- 
aka (pp. 10 et 222), sabta = rabda ? (70 et 221) sont regrettables ; °vijriya =^ 
"vijaya (p. XIV), Mâyâyana =- Maliâyâna, etc. 

(2) Le caractèi'e correspondant so lit dans la reproduction photogra- 
phique, assez mal l'orme, à droite de la mudrâ dite n" 317. 



r>00 LE MUSÉUM. 

nature remarquablement pure et élevée dans ses aspirations, mar- 
quée au coin de l'altruisme le plus absolu n. Dieu me garde de dire 
du mal du tantrisme japonais ! — Mais encore faut-il noter 1° que 
l'altruisme mystique est mental par définition. [M. Waddell four- 
nit un spécimen des « horse-papers » que les Lamas abandonnent 
à l'ouragan pour venir en aide aux voyageurs : leur hospitalité 
n'est pas en général très appréciée], 2° que les tantras népalais 
pensent à la grande affaire qui est la « Buddhitication n. Les 
Tibétains n'ont, je crois, rien inventé dans cet ordre d'idée, ni 
non plus les Japonais : du moins ça en a bien l'air. 

p. XIII, n. 1. La hiérarchie des Dhyânibuddhas et de leurs 
Rodhisattvas, est une donnée bien connue du Bouddhisme indien ; 
de même la répartition des points cardinaux entre les Bouddhas. 

p. XIV, 1. .5... « Il parait probable que ces Bodhisattvas fémi- 
nins sont en réalité des Apsaras » : ce sont les quatre Bodhisattvas 
« de joie ou de musique, de guirlandes ou de fleurs, de chant et 
de danse, chargés de récréer les Bouddhas ». — (Voyez xf^ 25() et 
suiv.) Cp. peut-être les déesses dont parle Waddell, Lamaism, 
p. 366 dénommées gitâ, pu.spa, etc. 

1. L5. Acala peut sans doute être indentifié à Hayagriva ; mais 
il ne semble pas que Waddell établisse cette équivalence 
{Lumaism, p. 304 ; voyez Griinwcdel, Mythologie p. 165). 

p. XVI, 1. 11. Sur le motsamaya, voyez une autre transcription, 
Eitel, s. voc. ; — le mot signifie bien : école ; samvara (cf. « vœu 
fondamental .• j a des emplois très analogues à celui que supposent 
les expressions « samaya de colère », etc. ; par exemple: çrïca- 
krasamvara (Griinwcdel, Myfh. p. 107, fine). 

p. XVIII, 1. 15. L'école du Kâlacakra n'est qu'une des branches 
du tantrisme. 

page 1. Sur l'école Shin-gon-shû, voyez Fujishima, Bouddh, 
japonais^ p. 96 ; sur l'école Ke-gon, ihid. j). 59 69 ; sur l'école 
Ten-dai, p. 69-81. 

p. 2. notes 4 et 5. — Les termes « petit véhicule .-, " grand 
véhicule » proposés comme traductions des expressions « Kengniô » 
" Mikiô » doivent être compris dans un sens spécial, voyez Fuji- 
shima, p. 85 (avec les lectures Ken-kyo, Mitsou-kyo). 

p. 3, 1. 7 : Mystères du corps de la parole et de la pensée, Fuji- 
shima, pp. 96-97 ; Études et Mat. pp. 146 et suiv.. 



BOIDDIUSME .NOIES ET BIBLIOGRAPHIE. 5(il 

p. 3. 1. 1'^ : " Les actes par lesquels le prêtre devient une incar- 
nation de Bouddha consistent donc à accomplir -ces trois m\ stères : 
mais nous ne nous occuperons ici que du troisième, celui des 
Sceaux ». L'expression : " devenir une incarnation de Bouddha », 
est inexacte ; Fujishima dit très bien (p. 97) : « la nature dos mys- 
tères des êtres vivants n'est pas originellement différente de celle 
des mystères de Bouddha n. (Voyez d'ailleurs p. 91 du présent 
livre). 

p. 7. 1. 1. Taidzôkaï (plus haut, p. 2. 3 : Taïdzo-kaï) =: monde 
de la forme (Vj = garbhadhâtu, c'est-à-dire les 5 premiers éléments, 
terre, eau, fou, air, éther, cf. Fujishima p. 94. 

La trad. Kongokaï = Monde de la loi, est à écarter : car kongo 
= vajra et non pas = dharma. — Le vajradhâtu est le sixième 
élément, connaissance, sagesse (Fujishima 94, 98) = prajnâ. Mais 
il ne faut pas oublier que le vajradhfitu = le garbhadhâtu : la con- 
naissance se divise on cinq sciences auxcjuelles correspondent les 
cinq éléments (Fujishima, p. 9,5). 

Le Dharraadhâtu est autre chose en apparence (cf. Fujishima 
p. 90) : à savoir la triple équivalence du corps, de la voix et de la 
pensée : mais cet aspect des choses est provisoire comme les deux 
autres, la vérité étant dans la synthèse. 

N" h. Cp. Fahcakrama, L 10 : anena krodharûpena âkrsyaivani 
vinâyakân/kïlayed vidhivat sarvân 

N° 8. Le Fo-kiao-tse-tien (cité par Chavannes, La prcniVcre ins- 
cription chinoise de Bodh-Gayâ, p. 10) donne une explication très 
satisfaisante des termes tch'tm hoei : « Le mot sanscrit est tch'an- 
mo (k.samâ) ; cela signifie : se repentir de ses fautes. Le sanscrit et 
le chinois sont mis en œuvre simultanément, et c'est pourquoi l'on 
dit tclt'an hoei » 

N° 9. Voyez Eitel, s. voc trividhadvâra. — M. Chavannes me 
fait part de la référence : trad. d'I-tsing, p. 171, n. 2. 

N"' 22-30. Ces neuf raudrâs accompagnent et rendent féconds 
une séiie d'actes [)ieux qui nous sont familiers : les actes qui 
ouvrent la carrière du Bodhisattva et (jue le fidèlo doit répéter tous 
les jours. On peut traduire, sans trop se hasarder : vandanâ (22), 
pâpadoçanâ (23), çaranagamana (24), âtmabhâvaniryâtanâ (25), 
bodhicittotpâda (2()), anumodanfi (27 j, yricanâ, adhyesanâ (28, 29), 



562 LK MlSf.ON. 

parinâraanâ (30), Les termes chinois sont pour les u"^ 27, 28 et 30 
identiques à ceux qu'a oxpIi(jués M. Chavannes, respectivement 
n"* 3, 2 et 4 de l'article sur la première Inscription de Bodh-Gayâ. 
L'équivalence sanscrite résulte dans certains cas non seulement 
du commentaire mais encore du sens immédiat des mots : soei-hi 
= anu-modanâ. 

Notons d'après une communication que veut bien me faire 
M. Cil. qu'au n" 24, le mot lioei est le terme qu'on emploie 
dans la formule des trois refuges ; pour le mot yi, voyez trad. 
d'I-tsing p. ir4, n. 5 ; pour l'ensemble de l'expression, Eitel, s. voc. 
triçarana. — Ad n° 26, nous avons bodhihrdaya. — L'équivalent 
sanscrit de Ynng-pien (procédé) est tipâya, du moins dans l'expres- 
sion upâyakauçalya (Açvaghosa, Teitaro Suzuki, p. 152). 

N° 42. La traduction cnJcra est justifiée par rexi)ression kâya- 
cakra (Pancakraniay I, 37), mais nous avons kâyaraaudala, I, 69. 
Voyez ibid. (I, 19-22) les mandalas des cinq éléments (voir infra, 
note ad 54) ; ceux-ci correspondent aux skandhas, aux indriyas et 
aux jfiânas (I, 39-42 ; Fujisiiiraa 95 ; NTimasnihgïti). Voyez le 
skandhanyâsa L 55 et suiv. : rûpa (terre) : mûrdhani ; sanijnâ 
(feu) : mukhe ; vedanâ (eau) : nâbhau ; saihskârâh (veut) : pâdad- 
vaye ; vijùâna (prabhâsvara = espace) : hrdaye. La concordance 
est loin d'être parfaite. 

N° 48. " Il a procédé en détail à la purification de cinq parties 
déterminées de son corps ; il lui reste encore à faire la même opé- 
ration pour douze autres parties. « Cela n'est pas exact : les mudrâs 
43-47 purifient les éléments qui constituent le corps et non des 
parties déterminées : le nombril, la poitrine etc., points d'applica- 
tion des mudrâs 43-47 sont repris dans l'énumération 48. 

N" 49. Faut-il entendre le bîja : A, symbole du vide {Pahca- 
krama, II, 42, Lalitavistara 145.6; Ft. et Matériaux^ 90, n. 3 
N^masamgUi, Vajradhâtumaliâmandala, stance 1) ? — Quant aux 
cinq rayons, qui constituent un arc en ciel (çakracâpavat) et cor- 
lespondent aux cinq Bouddhas, nous les connaissons : voir not. 
Pancakr. II, 16, V, 32. 

N"^ 54-59. C'est bien, et dans l'ordre, l'énumcratiou des man- 
dalas du Pnncakr. I, 19-22 

N° 60 (îp. Pancakr. I, 72 et suiv. (il faut lire : tanmadhye'dhi- 



BOlDDIlISMt: — NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 565 

patirii cinted âtmâniUM ca purahstlùtam/dvâtrimcallaksanadharaiii 
vyaùjanâcjïtiblirisitam. 

N" 64. Cf. l^ihcakr. I, 223 : kauthe çaiikhaiii viciiitya.... 

N° 65. Cf. FancaJcr. ibid. : padinam astadalaiiicinted.. 

N° 71. Charité de la destruction de la peur = abhayadâna. 
La référence au Lotus, p. 402, est hors de place. 

N" 75. Cf Fancakr. I 84-89 : viuyasya hidaye mantrï çaçibim- 
baiii samujjvalam .... huriikâraili paùcaraçmikam. — Sin ■^= citta 
mais cf. n° 86, 

N** 88. Nous avons Samantabhadra ; quant kjoii-yi-tcJiou, c'est 
peut-être simplement mani ; voyez Eitel, sub. voc. — (communiqué 
par ,M. Chavannes). 

N" 96, 241. Tao-tchhang ^ Bodhimanda (Chavannes). 

N° 105 (cf. n° 30, 51, p. 137 in fine), note : « lia, mot sanscrit, 
qui signifie " chaleur, combustion », ce qui explique comment le 
bouddhisme mystique a pu le prendre pour équivalent et symbole 
d'Agiii ou du feu ». 

Si ra existe dans la langue, ce qui est au moins douteux, il a été 
un bïja avant d'être un mot. Voyoz Râ.mafÂj)anTya Up. Weber, 
pp. 290, 293, 318 : ra — vahni, agni, krodhinï, jyotis, tejas, anala. 
Fancarâtra 2, 5, 47 = vahni ; raih n= tejas ; étym. de Randalâ 
(Cat. Aufrccht), Aux au.res « consonnes liquides » conespoudent 
les autres éléments : y ^- vâyu, 1 — bhïï, v = amblias. Voyoz 
aussi les spéculations sur le rakâra dans les sources étudiées par 
Aufrecht, — Que le Bouddhisme tautrique a adopté ces bïjas, la 
chose est prouvée par les lexiques cités dans F. Wort. — Voyez 
les bïjas, yaih, yâ, ya, yâh, raiii etc., employés dans l'offrande de 
l'univers {Ki. et Matériaux pp. 224-225) ; le mandala qui procède 
de raili est tiiangulaire : il est assez bizarre que nous ayons : lâni 
= bhû, m° = toya, y° = agni, bhâni = cala ; peut-être le texte 
est-il corrompu. Les yoginïs qui correspondent à ces bijas et à ces 
éléments, |)ouvent être identifiées aux déesses Pândarâ, l^ocanâ, 
Mâmakï, et Tara (Fnhcalcr. p. 25, I. 94) = feu, terre, eau et veut. 

N" 125. tch'eug = siddha. 

N" 159 = utsarjanaV 

N" 105. Lisez « vainqueur des trois mondes n. 

No 202, 203. Ta-yu, Ta-lo. Le commentaire porte à faux. L' « a- 



3(>4 LE MLSÉO.N. 

vidité » dont il s'agit est l'amour sexuel et tantrique ; le « grand 
bonheur n ne peut être que le « mabàsukha ». Voyez Couvreur, 
p. 257 ^. — Ou i)eut proposer l'équivalent sanscrit : ârâgaiia, anu- 
râgana. — A ces rites d'amour l'ascète procède « vajrasattvapade 
sthitali ». 

N" 281 cf. Paùcnl-r., I, Comra. 1. 6. 

N" 244 cf. ibid. I, 24 : kûtâgâram caturaçram, caturdvâram. 

N" 260 et suiv. Cf. Bodhicanjâ,v. II. 

N° 264. Les (piatrc nourritures, cf. Wiannasainyraha, § 70. 

Page 137, homakarman, Fancakr., 1 225, II 60. — Le Ms. Or. 
144 (le la collection do M. Bendall : Homapahjihi, représente une 
tradition apparentée à celle du Si-do-in-dzou. (Comm. par M. B.) 

X» 306. = karmanâtha (Fancakr. p. 23, -26). — « karmavajrasa- 
madliistliali r. 

Page 147. Sur les trois classes de Bouddha, de Vajra, de Padma, 
voyez Fujishima, p. 93. 

N" 334. çâsauasya cirasthitih. 

N» 354. = vajrajâla. 

* 

Dictionnaire thihélain-latin- français, par les Missionnaires 
(•athoiicjucs du Ti])et. Hong-Konii, Impi'iiiKM'ie de la 
Soeiété des Missions Etrangères, 181)9, pp. xu-iost. 

Les défauts, ou pour mieux dire les lacunes de ce Dictionnaire, 
sont trop visibles : les auteurs en sont à peine resijonsables, car la 
littérature tibétaine, si riche en œuvres d'un capital intérêt, nous 
demeure à peu près inconnue. Les travaux de Poucaux n'ont eu 
aucune influence sur le développement de la lexicographie : n'cst-il 
pas manifeste que le seul texte du Lalitavistara pourrait nous 
munir d'un vocabulaire tibétain-sanscrit presque complet ? De 
même sont restées stériles les autres traductions. Les missiounaires 
du Tibet, et leurs collègues MM. Desgodins et Giraudeau qui ont 
coordonné les données accumulées par un long labeur anonyme, 
se sont placés à un point de vue pratique : les écritures bouddhiques 
les préoccupent moins que le tibétain usuel et vraiment vivant de la 
langue parlée et de la littérature profane. Ils n'en ont pas moins 



BOUDDHISME — NOTF.S ET BIBLIOGRAPHIE. 565 

tenu à honneur, non seulement de reprendre les résultats classés 
par leurs devanciers, mais encore de dépouiller plusieurs lexiques 
inutilisés jusqu'ici. La contribution qu'ils apportent à notre con- 
naissance du panthéon bouddhique n'est pas négligeable ; plus 
important le travail qu'ils ont accompli pour le Folk-lore. 

« Nous ne savons pas le sanscrit ; nous l'avouons humblement ». 
Le plus modeste « sanscritiste n aurait été un collaborateur pré- 
cieux. Prouvons par quelques exemples la nécessité de la connais- 
sance du sanscrit. Nous lisons s. voc. skye-mched : " animus et 
ôsensus (??j. Sed sic describuntur a Lex. P nam-[ra |kha-mtha-yas... 
caeli, aeris immensitas, 2° ... entium immensitas, 3° ... vacui 
universalis immensitas, 4° hdus-çes-med-sre-gzugs-skye-mched : 
materiale chié-kié, i. e. chaos, — Mu-bzi : isti sunt4 tines (c.-à-d. 
probablement : tels sont les 4 objets sur lesquels s'exercent l'âme 
et les cinq sens ». — Posons l'équivalence skye-mched = âyntana, 
et tout devient clair. La définition : « animus et 5 sensus » 
est excellente : çaksuh-çrotra-ghrâna-jihvâ-kâya-mana-âyatanâni 
(Dharma-S. XXIV) ; et l'énumération des quatre âyatanas est non 
moins classique : soit avec quelques variantes les âyatanas dont 
parle Wassilief, Bouddh. p. 240. WasMlief fournit un moyen de 
contrôle : le n° 2 est certainement incorrect ; il tant lire rnam- 
[çes] mtba-yas, ce qui donne : vijfiânânantyâyatanam âyatana 
des griinzenlosen Wissens) ; le n° 4 parait compromis sans espoir, 
mais les premiers mots nous donnent sariijùâihdu-çesiet la négation 
med ^keine Vorstellung) nous fait retrouver le " nevasaùùâuâsan- 
nâyatanam » dont parle Childers p. 205, en nous renvoyant au 
mot « aiûpabrahmaloko » où nos quatre âyatanas sont énumérés 
dans Tordre. 

Nous lisons, p. 1014^ m fine cet épithète de Bouddha : •• pha- 
rol-phyin bcu hchan-ba n avec la traduction : « 10 alterius vitae 
aditus tenens, i. e. decies incarnatus et liberatus ». Le chiffre 10 
mettra immédiatement l'indianiste sur la voie de la solution ; et 
s'il a sous la main le dict. de Schmidt, il trouvera l'équivalence : 
pha-rol-tu-phyin = pâraniita (sic). — De même les autres 
épithètes ; " qui fuit victor » = bhagavat ; ran-saùs-rgyas-pa 
signifie, non pas « Per se Buddha, Bouddha par soi, par nature », 
mais bien « Pratyekabuddha ». 



500 LE M[SI^ON. 

Sur la foi de Schlagintweit, les douze nidânas (p. 420) : " les 
douze preuves du système appelé petit véhicule » ; « Phyags-pi- 
tliog-med = fundameatum systematis rnam-hbyor spyod-pa circa 
150 post X"', principe d'un système philosophique » Lisez : 
« hphags-pa thogs-med . et rnal-hbyor spyod-pa : Il s'agit d'Asanga 
et des Yogâcâras. La date est fantaisiste. 

Ces observations faites par acquit de conscience, (elles se 
ramènent toutes à ce principe que les termes techniques du boud- 
dhisme tibétain sont inintelligibles sans le secours du sanscrit, et 
aboutissent à cette conclusion que le lexique de Schmidl est à 
certains égards supérieur à celui de Jàschke), il nous reste, tâche 
beaucoup plus agréable, à faire l'éloge du nouveau dictionnaire. 
Le lexique est largement enrichi ; les mots sont traduits avec 
précision ; les formes grammaticales sont clairement ordonnées, et 
pour ce qui regarde le Bouddhisme, l'analyse des composés est 
poussée si loin par le seul secours du tibétain que l'indianiste 
pourra aisément ou corriger ou compléter la traduction. Prenez 
par exemple l'admirable étude sur les piépositious sanscrites qui 
constitue le VU'"" Appendice à la Grammaire de Foucaux (1858 ; 
bien supérieure à celle de Jàschke 1865-1883) ; et faites la contre 
épreuve au moyen du présent dictionnaire : vous serez surpris de 
voir combien le déchet est mince. Les mots, qui appaiaisscnt 
comme figés dans leur adaptation étroite au but poursuivi par les 
traducteurs bouddhistes, reprennent dans ce Dictionnaire une exis- 
tence pi'opre ; et c'est de la plus haute importance. 

Le présent livre n'est pas, au point de vue des orientalistes, le 
lexique définitif ; mais je ne doute pas qu'il soit, à meilleur titre 
que ses devanciers, désigné pour servir de base au travail qui 
s'impose désormais : le dépouillement dos glossaires bilingues, la 
lecture de quelques textes tibétains à la lumière des originaux 
sanscrits et chinois ; — de telle sorte qu'on puisse arriver dans 
quelque cinquante ans à la constitution d'un thésaurus sanscrit- 
tibétain-chinois, qui permette entiii la lecture féconde et rapide du 
Tripitaka du Nord. Le dictionnaire des Missionnaires catholiques 
du Tibet ne sera, je crois, ni corrigé, ni refait avant que cette 
tâche soit achevée ou sérieusement amorcée. 



BOUDDHISME — NOTES ET BIBLIOGRAPHIE. 567 

Der Frûlilingsmythiis der Kesarsage, Ein Beitrag zur 
Kenntnis der vorl)uddhistischen Religion Tibet's, par 
H. FiiANKE, Missionnaire de la « Brùdergenieinde » à 
Khalatse (Ladak), Mémoires de la Société Finno- 
ougrienne, XV, Helsingsfors, 1900. — vi, 2, 34, 51. 

Ce volume comprend le texte et la traduction d'une légende 
recueillie par l'auteur d'après une double tradition orale dans cette 
partie du Tibet qui jouit de la paix britannique. Cette légende est 
une des nombreuses histoires que le peuple raconte sur Késar, 
dans lequel l'auteur reconnaît avec ses sources anonymes une 
personnification du printemps. Késar est encore bien d'autres 
choses. Les éléments du récit sont surtout mythologiques : il four- 
nit matière à de nombreuses et curieuses remarques sur le monde 
des dieux, le monde des eaux et le monde terrestre. 

Rien de bouddhique assurément dans la trame du récit, rien même 
qui paraisse hindou ; encore que des affirmations de ce genre soient 
dangereuses. L'hostilité au bouddhisme est manifeste : Quand le 
Dieu va s'incarner, (ou plutôt prendre la forme humaine, car ces 
dieux boivent du thé et de la bière), son père lui recommande 
d'acquérir un cheval prompt à la fuite, une flèche qui revienne à 
l'arc, et un couteau contre les méchants et contre Bouddha. 
[D'autres passages relevés par M. F., p. 30, sont démonstratifs] — 
Ces instruments de prix, le Dieu eu fait l'acquisition sans peine : il 
se laisse manger par un ogre et obtient aisément, hôte incommode 
dans l'estomac de « Za n (mangeur), tout ce qu'il lui faut : pour 
sa peine, il donne à l'ogre la lune et le soleil comme nourriture 
pendant un an. — Il serait long de raconter ses aventures jusqu'à 
l'époque de son mariage qui clôt le récit. Sa fiancée se nomme 
« hbru-gu-raa » ce qui veut dire « la petite semence ». Plusieurs 
fois l'amant se dérobe : ainsi fait le printemps tibétain, comme le 
remarque M. Franke. 

Plusieurs noms sont d'aspect bouddhique : non seulement Cho-rol 
(chos sgrol V) qui fait penser au Dharma et à Tara, mais aussi 
Dongrub, le dieu incarné en Késar, (jui rappelle siddhârtha (Grub- 
dou) ; mais ce sont là de très légères indications ; taudis que les 
éléments non-bouddhiques ou prébouddhiques dominent et le récit 



568 LE MISÉON. 

et les épisodes. — La rédaction actuelle cache, la chose est cer- 
taine, un folk-lore très archaïque, une religion naturaliste et 
primitive. L'influence exercée par ce milieu sur le Bouddisme 
local peut être affirmée a priori : il y aurait d'ailleurs mauvaise 
grâce à contester à M. F., sinon l'absolue sécurité de ses observa- 
tions sur ce point, du moins leur singulière utilité. 

Le texte (pp. 1-22) constitue un des rare.s spécimens que nous 
possédions du dialecte du Ladak. On sait que les renseignements 
fournis par Jàschke ont été, en ce qui concerne cette langue, com- 
plétés par M. Franke lui même dans sa Ladakhi-Grammar . 

Suivent un index des noms propres (pp. 23-28j et un répertoire 
des mots et des formes rares (pp. 29-o4). A propos du moi glih, 
l'auteur remarque « Signifie dans la langue contemporaine con- 
tinent. Ce sens a dû se développer peu à peu... ; doit être traduit 
dans la légende de Késar par terre .;. — La signification confinent 
dérive manifestement do l'identification bien connue avec dv'ipa. 
Les expressions glin-yul-la, Iha-yul-nas, sont une preuve de l'in- 
fluence indienne ; on les dirait ti'aduites : prthivîvisaye, devavi- 
sayât. — Renianjuous Texplication du terme rgyaJ-Umm = roi des 
dieux ; M. F. veut que ce mot n'apparaisse régulièrement que 
dans un complexe où il est suivi de Kesar = roi des dieux ou 
Késar ; la syntaxe, en tout cas, est indépendante de la règle 
classique. 

La traduction (pp. 1-18) serait plus intelligible si le texte alle- 
mand (il a été imprimé à Darjeeling !) était plus correct. 

Suivent des extraits complémentaires, empruntés à d'autres 
sources orales et une série d'études (pp. 21-31) sur la Mythologie : 
le mythe du printemps, le mythe de l'automne, les périodes du 
monde, le schamauisme, la renaissance (transmigration), les rap- 
ports avec le folk-lore indo-européen, l'origine pré-bouddhique de 
la légende. — Nous en avons dit plus haut l'intérêt. — Je note 
p. 27 une référence à Nala et Daraayantï : je ne demande pas 
mieux que de reconnaître eu eux le printemps et la terre. 

L. V. P. 



LES MYSTERES 



DES 



LETTRES GRECQUES 

d'après un manuscrit copte-arabe 
DE LA BIBLIOTHÈQUE BODLÉIENNE D'OXFORD. 

{Fin.) 



(-oe-) nMegqTOOTT ktomoc* 

oTwno MMoq e£io?V. «'fi uttroc mï\ nec;)(^HMd^ uTe nic^ds^i 
ïies.1 «Te nïèv7V.r^ô<£iHTô.- ô^'A-Aô. on npevn iiTeT5'iMujô>.2S-e" 
m^(x)& noTOOT iieTOTTd».ujeoeïiy MMoq* 



QlATlUÈME PAIITIE. 

On démontre que non seulement le mystère du Christ 
est figuré ));u' la forme de ces letti'es de l'alphahet, mais 
que la même chose est proclamée pai' le nom dont on les 
appelle. 

24 



57(1 l.K MISKON. 

OTïioMOc TenoT MU oT^s.ô^'zic ' " enô^noTc ô».q (sic) Tes.- 
oooT epè«.TOT uTet|)TCU' nnpcoMÇ nTcoupes.'^oc 2s.e mu 
npe'^'^TTuoo i\TÇ jioicTopie^ uTd.TUKoiie" 2i.eKdwC oiHton 
!UM" .u»v ctt'\h ïii.vv H eiue niM eTÔ «OTCon enicMOT 
tiOTWT" ciTt oTppo' eiT€ 0Tevy3;}y^e\epeTC {sic) eiTe noAic" 

£\T£ "^COOU OïlU^COOn* GITG TllG" GiT€ UKÔ^£' ÇlTe KG ^CoCl 

oo'A.coc eTpeT-^TTiioc epoq* ei>.TO) ncçKto e^pivi «Te iii- 
upôv'4)H .v\.\i^.i ôwTto nTOTGine eooTn muttroc uemcon 
Miiecpevii x^n TecMop'^H ô^tco j\ee otcoiioc e&oA ues.7V.coc' 
uinje uevu ococoii uoiKwn mu MMop^^H nTenecoes,i 
AV\\ev.'\'\)ev!i!iuTev !VTeu\\^.ô>.T €opev\ ud^Acoc mu neTHcpei^n 
eTO uouiton evTco ivtti\oc èvTto iiec^HMds. iinepûiHTe 
MiiccouT eTe uô.\ne JiTôwTvycoiie eûoApiTM nnoTTe on 

(ti; S/C, pour T-y,;'.;. 

("est mu' loi et iiiio rî'iilo honiic, ctiihlie pour tout dcs- 
siii;il{'ur ou tout pcintiH» (riiistoiiv (i), qu'il s'agisse d'une 
image, d'une statue, d'une représentation figurative quel- 
eoncjue, soil d'un roi, soit d'un gi'and pi'ètre, soit d'une 
\ille, soit d'un iMi-e vivant d'entre les vivants, soit du 
ciel, soit de la teri'e, soil de tout autie ohjet, de taire figu- 
rer sur ce dessin et de tracer à la fois l'image et le nom 
({iii désigne clairement l'objet re|)résenté {-i). 

Il nous faut egalenienl jd-oposcM' les images et les fornu's 
des lettres de l'aliiliahel en même temps ([ue leurs noms, 
images ir.) et ivpes cl ligures des uMivres de la création ])i'0- 

(I) I.itr. " l;i //'(/'//'• (le> dessinateurs ot li^ui-atiMus des liistoirt's. - 
(:.') l',is>ai;i' tirs ('iiil)i'ouilli' à raison (K- i'alius du pléonasme et du svno- 

nyuic. Lin. <> ipi'ils ii'pi'csi'nteiit sur lui et (pi'ils placent sur ce trace et 

(pi'ils iniilent, dans le lypc, limace el son nom et sa l'orme afin c|u'elle 

apparaisse claircnionl ••. 
[:\] Granuiiaticalemenl cette locution ctro htthoc peut se rapporter 

soil aux noms des lettres, soit aux nt)ms et aux caractères à la l'ois. 

L'auteur vi.se ici spécialement la conlirmation de sa théorie par l'expli- 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 571 

Tç^ewHMGpevc (-n-) *' • es-Tto Gqn^HTOT on eqtoiy eÉioA £« 
OTTCMH €C22-Oce li'fi nMTCTHpiori Mi\ttoTT€ iiAouoc nTô».q- 
2fi.icô^p^ eTÊie nenoTr2s.d<r ne«oc Te ne^T' 

ô».ir(x) ôiAr^ôw Meii neTÔ nTirnoc Mnennev MiiiioTTe nes.ï 
€Tn&. ÇTnHTr ^i2s.ïi mmoott' eujojG TpeT-^pô^n epoq 2i.e 
c(OR" eiTMOTTe neiîïïÂ. nrei^e ^n Tô.cne nncTpoc* h ïiToq 
€2i.oc epoq 2S.G Mô^er T€i^€ ees-p on eTMOTTÇ grmooit 

MMOC- 

nevAin on 2».e on çitmottg uÉihtôv" nes.ï eT^oiKpô<c|)ei 
nd^n pM neqTTïioc nnoTn Mn nnèvue* eujuje eTpen-^pe^n 
cpoq 2s.e eôvM (-ûô^-) '' nT€ige uevp nexoTMOTTe rkô.^ 
^n Tdvcne GTMMô.7r" 

(a) En tête de la page (rj n ic 2>C^ " 

80 .lésus Christ 7 

(b) En tête de la page (/■) : ^ u-c «-c na. 

s dis de Dieu 81. 

duites par Dieu dans Vhexaénwvon. Et, de nouveau, on y 
proclame hautement le mystère de Dieu le Verbe (pii s'est 
incarné pour noire salut, .\. S. Jésus-t^hrist. 

L'alpha, fiiiure de l'esprit de Dieu (|ui allait et venait 
au dessus de l'eau (i , ils devaient ra[»peler .sôA, nom qui 
désigne l'esprit dans la langue des Syriens ; ou hien ituiî, 
car c'est ainsi (pi'ils a{)pellent l'eau. 

De même, ils appellent hrta cette lettre (|iii donne le 
type de l'abîme et (\i's tc'uèbres ; il nous laut l'appeler 
thani, car c'est le nom de la terre, dans cette laniiiie. 

cation des noms. Il va roi)i"(Midrn sa tliéso l.ien conniu' sur rignoranc-c 
des (irecs et cioil (Mi trouver une nouvelle preuve il;uis les Udins qu'ils 
ont donnés aux lettres. 

(1) Voir plus haut. — L'auteur s'écaite, dans toute cette partie, du but 
de son traité, qui est de nous expliquer le mystère des lettres f/icc(ji(('.s. 
Dans la suite, il essaiera de montrer que les noms actuels des prennères 
lettres de ralphal)et sémitique, tels qu'ils existent do fait, ne laissent 
pas que de renfermer quelque mystère élevé. 



57"2 LE MUSÉON. 

nco.AA.Mes. 2!i.e owa)q oji eTCTMevne MnKes.o CTô^iye oh 
MMOOT' ujyye on çmottg epoq 2SLe e^pc" ère nà^\ ne nud.^ 
n^e on n2s.e'\2s.dw nes.i eTÔ nc^HMev nrne nMnmre Mn 
nuô.p nô.TnèvT epo^' njyje nô^jv on e'^pô^n epoq 2s.e cô>.mô.* 
nTeipe eevp eiTMOTTe eTne mmoc on '^■es.cne nourcoT 
nTencTpoc ei on nexeoTnTevq MMevT MnTTrnoc no?roein 
neujuje ne e-\-pevn epoq 2s.e top* tô^i rô<p Te ee exoT'^pô.n 
epoq nToq noToenr pn Tdwcne nencTpoc 

ô».Tco 2s.enô.c -nnenstco noTMHnuje nujô.2!j.e 'TtoujT pn 
OT-foTHq co nMô^icevOTq- Ô.TO) ni7nev5'ine evn noTcoevi 
noTtoT nxe ô<7V.'-\>es.iîinTev \e 0TnTev*4 MMexT Mnpoi& exe qo 
nô>.q noiuton OTTe ^HTdv'"nô».i eTÔ nTTnoc MnecTcpecoMes.* 
ce2SLt0MM0c epoq ô.n 2s.e CTepecoMô. on Teievcne ïiottcot" 
OTT^^e on pTTds. \\à^\ eTTconpô».'';^! nds.n mhmoot cnevT' 
Mn pô^n nxe mmoot npnTq pn Teiô^cne noTcoT* nreipe 

(;i) Les lettres 3, h, « et 1 sont inscrites en mar^c. 

Le (/(im)n(t, (''iialcriieiit, (|ui siiiiiific la terre suriiissant 
(les eaux, il fallait l'apix-ler (urs du nom de la teri'e. De 
inèine, le dclla (jiii est la fiiiiii'e du ciel des cieux et de la 
terre invisible, il lui faut donner le nom de .sdtiKi ; car 
c'est ainsi «ju'on d('sii>n(> le ciel dans cette langue propre 
aux Syriens. El (jui est liguralit'de la lumière, il l'allait 
ra[)i)eler or ; c'est le nom ([u'on doime à la lumière dans 
la langue des Syriens. 

Et poui' ((ue nous ne devions pas allonger le discours, 
considère atlenlivement, ô toi, ramateur d'écriture, et tu 
ne Irouveias pas une seule lettre de l'alphabet répondant 
(par son nom) à la chose dont elle est l'image : le zrld, 
(|ui est l'image du lirmament, ils (les (irecs) ne ra[)pel- 
lenl pas .stéri'ùnui, dans cette langue ; le //("7a, (jui nous 
ligure les deux eaux, ne porte pas le nom des eaux dans 



LKS MYSTÈRES DES LETTRES GUECQL'liS. Ô73 

UOTÔ. ou Meil pôvU UTe HÛOTô^UH UCHT^' èvTCù ^vUÔ.^ 

oevnTVcoe e2S-00c 2SLe uoTes. uot^ uTe ivicoevi u^wi .uuTds.T 

AVMes.T MnOtoi!i eTOTTUJOOU UôvT UOlUtiiU" 

evrtoii 2s^e ueTo.oep0.TOT ou TMe ooiue Mejv eàoAoii 
necpes.j cecTM^^ue uô^ïi Ji^'i ueT {sic) c^umôv uueu^wuT 
uTes.Tujcone" ou iiooTe 2^e eeTCvuieoeiu» ïi<\u ou otcouo 
eiiioA AvuAVTCTupiou uToiuouoAvie». A\.ue;\^e' 

eo^TOi OM noTtouj muuottç Tenuevvijopuip eueeuT ut- 
Mô^nid. uuiOT2^d.i Meu uoeeuoe oïotcou ^to) Teuuô.- 

c. t, 

OTeuo hï (-u!2i-) ooifc eÊtoTV." 2i.e uioôvU oh utc ueTcpô^i 
MMin MMOOT uMTCTupiou Mue;^^ neTOTCTMevue MMoq* 
nd.1 UTevq ccout MiiTup*^- ôvTto ô.q-^TTnoe eTco'^iev eTH- 
pHTOT' piTeu ni^ô.pes.RTHp UTe uicpes.r 



cette langue ; de même le tlicla ne domie [n\s le nom de 
la mer ou de l'océan, pas plus ([ue wl<i ne ré[)ond au nom 
des })iantes. En un mot. aucune de ces lettres ne ré}iond 
(pai' son nom) à la chose dont elle est l'image. 

Quant à nous, nous avons établi en vérité ((ue ([uel(jues 
unes des lettres symbolisent par leur forme les (ouvres 
créées ; d'autres nous annoncent maniléstement le mystère 
de l'économie du Christ. 

I^ii- la volonté de Dieu, nous allons démolir la toile 
science (1) des juifs et des gentils en même temps ; nous 
allons montrer ([ue les noms de leui's ])ropres lettres 
symbolisent le n)ystèi'e du Christ ; de Celui ([ui a créé 
l'univers et a manifesté par le caractère de ces lettres lu 
sagesse qu'elles récèlent (2;. 

(1) Litt. - la folio -. 

(2) Litt. « et a symbolisé la sagesse (lui est en elles, par les caractcres 
(le CCS lettres, n 



374 LE MLSÉO?<. 

ccoTeM npeq'fcÊico nTomoiTMenH- ei2s.wMM0c renoT 
eïiMMTCTevucococ (sic) nTeKR7V.Heiô. eTOTô>.ô<£i" €Te kAt- 
MHC (sk-) ne nMevRes-pioe* mï\ cvionHCioc newTco'^ïô. ctouj* 
MU eiepinnô^joc neiiïCRonoo n\oTrcTonoT(6'/c)Mn enit^ô.- 
nioc nôi THTriipoc nà<\ excooTn eTes.cne nnoe&pevioc Mn 
Te»>.cne * nencTooc ^n oTncT nd.Kpi&ïô».' es>Tto nevi MdvT- 
ô».d.T es.ïf ôv7V.7V.ô>. neTOTMOTTe epooT 2s.e nczes-nAon mïi 
pepMHniô». ndvRTr7V.dwC (sic)' mïi eTMd».^oc (5/r)' mk eeo2^o- 
Tïôwïioc (sic) nevï nTôN-Tujen^ice CMè^Te on T5'intouj ^n 
nssLCOcoMC nnïOTr2s.evr nôs.i nTevTepnenenconoT nTd^cne 
nngeX'A.Hnoe exe nôvi ne TMnTOTeeienjn ' "• ô.Tto nTOOT 
TnpoT^i OTconô.TTfT'enTOT eTgepMeneire njeipe Mni2£.0T- 
TcnooTC nc^ô».! nxe ev2s.c^d<&HTôv" hô^tô». nTTnoc (-ne-) 
Mnnd^non eTennôvHd^es.q eopd.i n^.s nnjô^nTtoujT epoq 

(a) Tj».i\TOTecieuin l'oniic dérivée du grec '.tovi; ; voir plus loiu |i. -^a. ** 
nTdwcne n^eA^Ac exe Totrecienin cs^e. Cf. .lo. XIX, "JO (lùlitiou Wilkinsl. 
A».AieT^efipeoc' MMeTpwMeoe" jA.MeTOTrcinin 



Ecoutez les docteurs de la terre entière, je veux dire les 
mystagogues de l'Eglise sainte : le bienheureux Clément ; 
Denys dont grande est la sagesse ; Irénée l'évèque de 
Lyon ; Epipliane de Chypre, connaissant en perfection la 
langue des hébreux et la langue des syriens et en outre ce 
qu'on appelle les hexaples, et les versions d'Aquila et de 
Synfinuichus et de Théodotion, ces hommes qui se sont 
beaucoup appliqués à la lecture des lettres (i) juives pour 
les traduire dans la langue des grecs, c'est-à-dire en 
langue ionique. Tous s'accordent pour interpréter de cette 
manière les :2:2 lettres de l'alphabet, suivant l'ordre sym- 
bolique (2) que nous allons décrire. En l'examinant, nous 

(1) Litt. : <• des paroles ». 

(2) Litt. <• la figure de la règle ». 



LES MYSTERES DES LETTRES GRECQUES. O/O 

TenïiôwT'ïne (^n OTCon^ e&oTV. MnMTCTHpïon çt^hu uTe 
nl'ej^c nev\ nTô.q2SL00"^ 2^e' evnoR ne ô<'A.'])ds.' ô».noK ne o)' 

Tes.! Te T^epMHneTe nenpevn ndw7V.c|Dds.ÊinTô. uTe n^eà- 
pevïoe* 

ôiAecj exe nen-i ne n'^Ave^.'^ Mn TcnTe* 

feee exe ne^ï ne nnr 

côwMeTV. ère nô^j ne eqMe^ eiicAon ueT2s.oce* 

2s^d.?V.ee eTe nevi ne eT^'inujwne A\.nnco)nT" 

eï exe ndvi ne neqenonxc {sic)' 

OTèvir eTe nevi ne nMô^ein* 

■50.1 eTe nô^ï ne ncon^' 

ne eTe nô^i ne eqion^* 

Tne eTe nôvi ne nneTnô^noTrq" 

ico2s^ eTe nevi ne n2s.oeïc née on niô^co- 

Hô^c|) eTe nevi (6/c) neRR?V.HCj«s.cTHC" 

7V.ds.Mee eTe nevi ne nes.TMOT' 



retrouverons avec évidence le mystère caché du Christ qui 
a dit : Je suis Valplia, je suis Voméf/a. 

Voici l'interprétation des noms de l'alphahet des 
hébreux (1). 

Ateplt signifie la convenance (2) et le fondement ; heth, 
la maison ; gamcl, rempli de choses élevées ; daleth, 
l'existence de la création ; ci, celui qui est en elle (3) ; 
waiv, le signe ; zai, la vie ; èth, vivant ; têth, le bien ; iod, 
le seigneur ou Jéhova (t) ; laipli, l'ecclésiaste ; lametli^ 



(1) Cette interprétation ne peut se justifier que pour un certain nombre 
de lettres. 

(2) "V^Ok-V convenance, accord, peut êti'e pour signifier la cohésion des 
parties. 

(3) ii^HTc fém. ; grammaticalement le mot devrait se rapporter à «r'in- 
ujoine existence. 

(4) Copte ; i<vd), Jahvé ; arabe : iod, c'est le seigneur du tout. 



576 LE MLSÉON. 

MiM QTÇ Rô^i ne eope>.i ess-wq èvTto e£ioA oïToorq* 

jioiîïi PTe lies.! ne wmix çneo' 

chm;)^ exe \\à<\ iie iieTe«.2S-po mïi T^ioneiôv' 

(u'jv-i en exe uôvi ne uùôvTV. mm tmotmc 

4>€ exe nes.1 ne iipo c|)Teoirn ' " AV.r1uj0.2s-e" 

iôi2v2vô^ ère ue^i ne tavutmc mji uevcies.CM.oc" 

U0)4> ^1"€ Ue^i ue UTOiOCM eTTds>2S-pHT" 

pic exe uôwi ue Tevue evTco Tô^p^u" 
ceu exe ue^i ue ctTiuccotm uces ueuToAu" 
eôiT exe uôwi ue U2i.a3u eiîjo'A. ueoTu Tc^ruTeAiev" 
T€ï pepMUUjes. cd.p neeococ|:>id. 0.T00 exô uiyc^^upe uTe 
TecMH MupôwU MUOTô. uoTds. rtuecoes.! eT oeu d.?V.45e..&H- 
Tô<" uô<i uTev necoô^i (sic) iiô^p^evioc utc npe&pô.ioc" Mcn 
uoTu gtocou d.ïvon ue;>y^pucTidkUOC" ujtoue npeqiyeu^ice 
lyô^nTOTUè^eKT uôwU eope^ï gn OTeuïCTUMei uevTev uttuoc 

(a) '|>TPOTH ]>C)U1' UÇTH(OI\. 



l'iinmoitel ; mini, sur lui et par lui ; }ioun, réternel ; 
scniech, la force et le secours ; eu, l'œil et la source ; phé, 
la bouche, l'imaiie de la parole ; sadiUi, la vérité et la 
sainteté ; liop/i, la vocation assurée (1) ; ris, la tête et le 
commencement ; soi, l'obéissance aux commandements ; 
tliau, l'achèvement ou la consommation. 

En effet, cette divine (-2^ et meiveilleuse interprétation 
de l'énoncé des noms de chacune des lettres de l'alpha- 
beth, — (jue les maîtres {5) anciens des hébreux, et aussi 
nos maîtres à nous chrétiens, se sont évertués à nos pro- 
poser clairement, selon les figures (i) que nous en avons 

(1) Peut être par allusion à II Fetr. 1, 10. 

(2) Litt. " de la sagesse divine ", 

(3) Nous traduisons d'après l'arabe. Le copte donne necçivi.les lettres (?). 

(4) Litt. « la ligure «. 



LKS MYSTÈRES DES LETTKES GHECQUES. Ô// 

née noTv^/ô^AMoe oiicoc oh. OTtonp eÊioTV. nTeneiMe 

llMTCTHpiOn MnMTTCTHpiOn MUevpôw2s.O^Oïl eT^Hii npH- 

TOT eT&e iie^c ôvTco ïiequjtoiie nnioTr2s.ew! n^'i niyine 
eTOTMnujô».(-ne-)MMoq" 

c2s.a)MM0c on iiTi TpepMHiuev eTon ric^toot «ctoï- 
^lon eTon Tô^p^H' exe ô^A4>es. ne" M.n ixwrà^- mm ee^MUô.' 
Mil 2s.e7V.Tô<' ÔN-TTCO ecci^uj eÊioTV. nTeipe 2s.e ii'^Mes.'^ Mn 
TCrtTe es-Tco nwr es.Too on 2S-e qMep eÊioApn neT2s.oc€ 

(a) {'OUI' o;j.oo'j;j.aooTj. 

tracées et expliquées Tune après l'autie, — (cette inter- 
prétation est telle que) si nous les rapprochons (ces letlres 
et leurs dénominations) les unes des autres, comme dans 
un rythme (i), alors manifestement nous connaissons (2) le 
mystère du mystèi'e étonnant qu'elles renferment relative- 
ment au Christ, et les Juifs seront couverts de l'opprobre 
qu'ils méritent. 

Voici ce que nous dit l'interprétation, pour les quatre 
premières lettres, nlp/ia, hetha, gamma, delta ; elle dit : 
« la cohésion et le fondement » — « la maison n — 
« rempli de choses élevées » ; ce par quoi il (5) entend : 

(1) Litt. « si nous les adaptons les unes aux autres ensemble à la 
manière d'un chant ». 

Cet endroit est fort obscus et diffus. Voici, à noti-e sens, la pensée de 
l'auteur : le symbolisme des lettres ne se révèle pas seulement dans 
chacune d'elles prise séparément, mais il apparaît également si, tenant 
compte de la signification des noms, on les distribue eu groupes, comme 
dans les compositions rythmées. 

(2) Litt. : « afln que manifestement nous connaissons. L'arabe traduit : 
« alors en vérité sera connu ". Tout ce passage paiait n'être que la 
protase de ce qui va suivre : « Voici ce que nous dit de nouveau l'inter- 
prétation " etc. 

(3) Litt. " ce qui est ce qu'il dit ». L'auteur de cette explication n'est 



578 Lt MLSÉ()>. 

CTç \\à<\ lie eTeqss-OOMMoq 2s.e T^\nvy wne Jie2s.evq uTcenTe 
MiiiHv TCTTtcTin i\KocMO0 THpq Ç'^MÇO çiacA^tt neT2s.oce* 
CTC ïv^w\ »vç MMTTCTTHpion ueuoTpô^njon ÇTeoMHg e&oX 
liOHTOT ii'Ti TTmujcoiie muuocmoc M€n ïiecTOi;)^ion* 
M.\\ r\fcoe>.v MU newttT exe uohtot' wdxi eTOTUioon rnpoT 
eopô^i uoHTc euyds.2s.e T^iuotonT MnKOC.vvoe 

A.Tto on on TCTrneecu! €T€ T-yinuto e^pevi 2s.€ nncTOi- 
;X*o" tt*'' ï^Tc necoevi c^uh eopô^i n'fï otmô^çiu exe ne- 
TOTMOTTe epoq 2S-e OTevT ès.To) qoTcono mmoo nevn efcoA 
2i.e oTô^vu MMine ue iieiMdvein iiô^r qss-Cii tôv^h nneT- 
«HT Meuncev nô<r 2i.e nwn^ neTen^HTq' è^ira) nexon^ 



l'exislcncc, dit-il, du fondcnient de cette maison ou du 
inonde entier rempli de choses élevées, à savoir les 
mv'itères célestes dont est remplie l'existence du monde, 
et les éléments, et les lettres et les créaturesqui s'y trou- 
vent (i), toutes choses (jui sont en elle, c'est-à-dire, dans 
la création du monde. 

Kt de nouveau, dans l'énuméi'ation successive (-2) des 
éléments d(> ces lettres, il se [irésente un signe qu'ils 
appellent tiaw ; il (ô) nous manifeste de quelle nature 
est ce siiiiie, disant aussitôt ce qui suit : a i^a vie 
(jui est eu lui » « il est le vivant » — « il est le sei- 

pHb aiitreiiieiit (lésipfiié ici. non plus f)uc ilans les })ass;iges suivants. Nous 
croyons (ju'il faut souscntentli-o le niystagopuc mentionné pi'écédcmment. 

(Il I.itt. «((ui se trouvent en eux » ; le pronom peut se l'apporter soit aux 
éléments, soit aux lettres. 1, 'auteur lait probablement allusion aux choses 
renfermées symboliquement dans les lettres. On constate que la répéti- 
tion (le^ incidontes rend co passaiio à peine intelligible. T/auteur veut 
prouvei' p;u' lo rappioclieinent do.-- icUres que leurs dénominations juxta- 
posées nous annoncent déjà les mystères élevés contenus dans IVriivi-e 
do la création ou •• le fondement de la maison remplie de choses élevées. » 

\2> I.itt. •' dans la synthèse et Ja proposition -. 

('^) Voir note (3,' p. préc. 



I.KS MVSlKlUvS 1)K> IK.nUKS (.KKCOlES. ÔTî) 

ne- evTto n^ ne' ôvtco weu'.XucMevCTHc (v/r) ne' evTu) 
nes.TMOT ne 

(-nT) ekp\e\Me iXonioii 2S-e oy>evi o.u n\oeAv\on *' nevi ec\- 
T^v.2i.pH7r nev'A.coo nTi nMevem .unMTOTwpioïi Mne^^TOT- 
TecTm 2s.ïcfcco ôvtco eiMe ou o^^ivuoHiûiev '> erùe nicoewi 
exoT.uoT Te epo'\ 2s.e .w.ôs.e\n' ^>£-e uto:\ ne n2S-oeic ^.tco 
nujdv eueo" ô^tio neTev2SLpo .un TÙon^jvvev ^tco t\i2iô.?V. ctc 
noTToein ne' ^.tco eTT^vnpo TOTTecTin 2S-e «to^ ne n7V.o- 
coc riToq ne tmc eswTto n^evi^uxcMOc evT(o uToq ne nT(o- 
oeM eTT^.2fi_pHT dN.Tto «Toq ne noe^pec ^v^tco nroq ne 
Te^piX^H evTco T^wne' evTco e*^o tiujopn oen nenTo'»\n' exe 
uis,i ne 2i.e nTo-4 ne nno.v\.oeHTHc ev^to nTO'4 ne nssLtoH 
eûoTV. 

1:1 l'uni' Tr,').v.'r, ; (ii) piiiir y./.y'.'ji'.-j.. 



li'iieui- » -- » il est rcccIôsiMslc » - ■■ il est riminoi'- 
tel ». Il) 

Saclie, (lu ivsti', (|uc' sui- ce si«iiu' est iiiaiiiri'stcmciil 
basé le symbole du inystoïc du (]liiist (-21 ; en d'autres 
termes, appicuds et s.irlic bien ceci, au >>iujel de cette 
lettre appelée fiujne . « II est le seigueui et l'éleruel » 

— <.< la foi'ce et le secours ) - c l'œil, (|ui est la lumière » 

— (( la boucbe, ce ({iii veut dire qu'il est le verbe » — 
« il est la vérité et la sainteté » — « il est la vocation 
assui'ée » — « il est la sécurité » — « il est le comiueu- 
cemeut et le clief » - « il est le preniier dans les com- 
mandeuieuts, c'est-à-dire le législateur » « il est la 
consommation. « 

(1) D'apr(\s l'oxplication donnée pins haut, le lonio est le sif^ne \yn.v excel 
lence. Les Ictti'cs suivantes nous i;nsoignent par leur nom quelle estja 
natui'o (le ce sifjne, quels sont les attributs <lu Christ. 

(2) Il faut vraisemhlal lement entendre par là que ce «n/wc par excel- 
lence résume en quelque sorte tout le mystère du Christ, représenté par 
les lettres suivantes dont le sens est : « le Seigneur et l'étornel » etc. 



580 LE MLSÉO.N. 

i\2s.oeK' OT neTeK2i.toMMoq d^-H-^toHpevc^ej {sic) evTco 

ÙHTèv 2s.e ÇTÔ ncMOT uncioMT tTOM. nKOCMOC hô^i eTne^- 
iici)A eÊo'A. ïieeTôwHO ivrco ïieenes.pô.re née noToevi&ec 

evTto ndkU) nge mhçkkco Gopè<i nnevi nTeiM€ine (sic) 
lyev ueTTûûMe epooT MdwTôwd^.q cwMevTJuoc om uctc^^^h- 
^xà< Mil ïieTnpocireopïes. in^) ev?V.'A.d. Meri çtûhhtu on 
co u2s.oeic uujex ene^ neTono" e^Too epe nojno n^Hxq 
ceno) n^».n e^pô^i TenoT nneT2s.i eooTn eToiuonoMies." 
ôvuj t'A.p e^ûA pen neconT h pen necToi^ion Avn ne- 
p&HTe ne nôë co niOTr2i.ô.r n nToq es.uj ne nevc^^eô^pTon 
CTe nes.1 ne neTnô>.TdvKO nxe TOT^ei" njenss-ooc epoq 2s.e 



Seigneur, que nous dis-tu en traçant et en nous don- 
nant comme symboles la figui-e de ces lettres de ral[)lia- 
bet ? Qu'elles sont l'image des créatures de ce monde, de 
ces créatures qui seront un jour livrées à la dissolution 
pour périr et passer comme une ombre. 

Mais, non content de nous proposer celles (|ui par leur 
tbi-me et leur appellation représentent des choses corpo- 
relles, n'est-ce pas aussi loi même que tu nous révèles 
par elles, — à nous qui sommes entrés dans l'économie 
(du salut), — « Seigneur 5), « l'éternel », « le vivant », 
« en qui est la vie » ? (1) Quelle est la créature, quel 
est l'élément, (|uelle est la chose ([ui soit « le seigneur », 
ù Juif? Quel être matériel, destiné à périr, est n lincor- 

(1) Non;; avons traduit un peu liliremcnt ce passage, dont voici le sens 
littcMal: '^ l'A comment tu ne nous les proposes pas ainsi jusqu'à ce qui 
leur eonviont seulement corpoi'eliement dans leur l'orme et leur appella- 
tion ; mais aussi au sujet do toi, de nouveau, o Seignoui-, l'éternel, le vi- 
vant, en qui est la vie, elles nous sont maintenant proposées, à nous qui 
sommes ehtrés dans léconomio du salut ». 



LES MYSTÈRES DES LETTRES (;RECQl ES. 581 

" H 2SLe IldwTMOTT- H 2S.e nUJÔ. eïieO' h 2SLe UTô^2S.pO M« 
TÊlOHeiô. d<Uj on UCT0I[)(;^10ïl UTÇ TeUTKOJC 0) U\0T2s.e«.\ 

iieTOTMOTTe epoq 2S-e tmiitmc mm \\od<r\iKCM.oc ô.p*. 
eKUo.2s.ooc nôwi oi moT2s.dvr 2s.e rmoot ne nA.i eTnes.T6.K0 
n nKd.0 ne nd>.i eTnô>.nô.pe^tTe n eTne Te Te^^i eTndy.iào)'A. 
e&oTV." n nÊiOTe^nn ne mw. nujHn' nevi eTnevOTeme ô^to) 
ncenjooTe n 2S-e otô. eûoTV on nevi ne no)no evTco nu)Cv 
eneo' es.TO) nTe!K,2s.po e^TO) eT!aone\6. e^pes. eKnA.2s_ooc ïie^v 
on 0) nTevAev\nc')poc 2s.e inn) nn^^Ke n-^ocl^^pon " 
eTCô.nujo)i AinnoTn ne>.\ nTô. nnoTTe eTpe^oTtoc*^ :!s_e 
nToq ne T.ue 6.T0) npevrvô^c.uoe Mn nTes.2i-po A«.n nvue^ 
eneo 

(;ij l'oiir W:,iyJ:. soinl)ro. 



riij)til)l(' > dont nous |)uissioiis dire (ju il ("^t " lu vie et 
r;Milcui' (If i;i vie '< ( \'] '! lù (|ncll(' csl . en on Ire. I;i riciiluit' 
|»('i'iss;il)l(' cl NoiK'c à l;i inori, qn On iniissc appeler - ICe- 
clcsiastc on rininud-tcl. ou ['('tcrnel. ou la loiee ei h 
secours » ? .Inil", (juci cicnient de la ercalioii est appelé 
" la Nci'itc et la sainteté - ■' l)iias-tu, () Juif, (pic c'est l'eau, 
(pii doit p(''iir. ou la tciic, (|ui doit passer, ou le ciel, (pii 
scia \'\\\é à la dissolution, ou les |)lantes et les arlucs. 
(|ui disparaîtront et dcssc-clicront ■' Iji est-il une seule 
parmi ce ; choses (pii soit " le vivant ■ et ■ I eteriKd >> 
et " la lorce et le secours - ! Diras-tu. ù iniserahlc, (pic 
par « la \(''ri'e » et " la sainteté » et " la lorce » et « l'eter- 
iiel », il faut entendre ces soinhres l(''ii('])i'es (jiii ('taieiit 
au-dessus de rahiine et (jiie Dieu a (lissip(^'es '■' 

(Il N(>ii\c'llo ;illii.->i()n ;i rinti'ipr.'tatioii (U'> noms de l';iliilial/ol. 



582 LE MLSÉON. 

hôwï on 2SLe ncioT «Tne nd<i eTnô^pe efiioA iiee noenTcoÉie* 
ô>.Trco nce 2s.e «es. pn TCTrïiTe?V.iô>.' 2S.G nTOOT ne nneTnô< 
noTTq Mn nenAnciô^cTnc (avV) a.ttco Tô^ne MnTnpq- n 2s.e n- 
TOOT ne no)Ho* n nxoq e2s.ooe 2s.e nxooT on ne nos-oeic* 

MMon nnecvycone lo niOT2i.ôk.ï nTeioe eô^p ô^n ne 
nexi nTeïMeme' OTr2s.e nce2s.i ô^n epoTn eAôvdwT" 0T2i.e 
nceTooMe ô<n eTV.d.d^Tr 

ô^AA-dK nnoTTTe nAoi70c nenTdk.qpcevp^ d<irto ewqpwTn 
MnenecoMôv eTeTpô^cToi^ion eje nevi ne 2i.e oTn c^toot 
ncTOi^ïon npHTq nToq neTeqnpocJjnTeTre on ot pcon' 
ewT(x> eqwiy eûoTV. on oTCMn ecî2S-0ce eppô.1 on necToi- 
^ïon* 2i.e pevnc ne on eô^n nneoToeiiy neqpooxn 
enencojMe^. eTMnToird».* nes>i nTes.qpiy£inp lycone pwcocj 

qu'elle est grande ta folie et ton aberration ! Diras-tu 
des astres du ciel, qui ton)b( ront connue des feuilles |)our 
être anéantis, (diras-tu) (|u'ils sont « le l)ien, l'ecclë- 
siaste, le chef de l'univers », ou (ju'ils sont « la vie » ou 
même qu'ils sont « le seigneur » ? 

A Dieu ne plaise (i), ô Juif! rien de semblable n'existe 
ni dans ces choses, ni dans (;e (|ui leur appartient, ni 
dans ce qu'elles renferment (-2). 

Mais c'est Dieu le verbe incarné, cjui s'est approprié (s) 
notre corps composé de (juatre éléments ; c'est lui qui a 
prédit dans un mystère et a proclamé bien haut par les 
hêtres (i) qu'à la tin des temps, il devait prendre notre 

(1) l.itt. " Que cela ne soit pas ; uhs/t ... 

(2) Litt. « ainsi ne sont pas ces olioscs. et elles ne rec.'oivent lien et ne 
renfernnent rien. >. 

(3) Litt. " adapté ^> ; allusion à Hob. 5, cu?'pits auteni apfasfi mihi. 

(4) CToix>o" mot qui désigne à la fois les éléments de la création et les 
éléments de l'alphabet, comme nous l'avons noté plus haut. Ici l'auteur 
l'emploie pour désigner les caractèi'es. Dans le passage suivant le sens 
précis du mot cToi^'on est plus difticile à délinii'. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 585 

née iinecToi;Xl*®" (^) "^* e&o?y.^n qTOOT ncTOï^ion* 

TOTT€CTin eÛoAoM nô^Hp' Mîl nKd<^" MU nMOOTT Mtt 

Te\\.'7r^H nTV.ocjKH' 

ne nMTTCTHpion Mn nenpocTcopidv eTnpeiii nes>q* «Toq ne 
nnoTTe nAococ A>qnô»>ekq egpes.i ô^ttco d.qonoT gn nec- 
Toi^îon nd.1 nTenec^evr equ}epnTô«.MO MMon nxoq 
nnoTTTe n?V.oroc' eqnô.pcevpg ^n necToi^ion* evirco neq- 
ujtone e^pes.1 n^HTn ô».non ne e&oA^n ^ ncToi^ion' 

* '^cooTn rô^p 2S-e ceô nujnnpe ô^ttol) cegoce eMMivTe 
èvTrco eqoAn ^^T^n oiTMnHuje nT'i ncooirn nneTeH2s.(0M- 
Mooif ôwTto OT Monon 2s.e eeo nevnicToc enes.r vl'Ti nexe 
MnTOTrnicTïc mmô^tt" ex?V.'\ôw piTen (.s?V) on nooTe on 
eTnicTeTe* 



corps dans une unité ; celui qui s'est fait ami (sic), subsiste 
lui aussi, à l'instar de ces éléments (sic), en quati*e élé- 
ments, c'est-:"i-dire l'air, la terre, l'eau et l'âme raisonnable. 

Voilà |)our(|uoi, dès le commencement, dès le temps 
d'Adam et d'IIénoch, celui à qui aj)partiennent en propi'e 
le mystère et les dénominations qui lui conviennent, 
Dieu le verbe, l'a [)i'oposé (le mystère) et les a comptées 
(les dénominations) dans ces éléments des lettres, nous 
montrant déjà, lui Dieu le verbe, (ju'il allait s'incarner 
dans les éléments et babiter j)armi nous qui sommes de 
(juatre éléments. 

Je sais (ju'on s'étonne et qu'on se donne beau(;oup de 
peine, et que la doctrine (pie nous enseignons en vexe (i) 
un grand noinbre et qu'elle est rejetée non seulement par 
ceux qui n ont pas de loi, mais aussi par d'autres qui 
croient. 

(1) oAk. litt. (• coiitiaotei-, coui'ljer ". 



584 LE MLSÉON. 

niMçpcooT i7d.p ncToi^ion nxe ôwAt^evÛHTôv nd.i niyes.n- 
MOTTTe epoq 2s.e ottô^t çtç imki ne n (52V ) vyes.TeppeMHneTe 
(qi *" MMoq 2s.e HJu.^s.eItt• 110.1 exÊiHHTq ô>.TepMTCTes.rto- 
pin "" MMOU pen 11enTdwn110.p0.ue npnTOT evTco e(.nTd.TOOTr 
Ô.T03 nô.Ain ced.ni).rHd.3€ MMon eoTenp nd.ï e&oTV. rô^TV-ioc 
eèvnd.p^ei 2S-ine Tô.p^H Muô.?V.c^ô.&HTd.' nô.i pH2s.H 
ô^nreviroq oô^en noTuoTr 

q2SLW ces-p MMOC c^viuijtor Mneqoircouj n'Ti iiôwenr nioT- 
2^0.1 2s.e d.Ae'4' iee uevMeTV 2s.d.Ae^ er ot (sic)- exe newi 

(a) En tête de la page iri q Te "Te" « ; 

'.10 .lésiis-Clirist i' 

(b) A lemai-quer la foiine inempliétique tpjfcTCTAï'wrin et la forme 
hybride cpçfepjk».Hne-Te ; dans le reste du traité l'auteur suit générale- 
ment les l'ègles du dialecte tliébain pour r('mi)loi des verbes grecs. 



Âirivons donc i\ iiiio démonstration tout à fait déci- 
sive (1) et triomphante {-i) par ce (|iie nous allons établir. 
Kcoutez cette démonstration. 

Le sixième caractère de lalpliahel, (jue nous appelons 
irtiii' et (jiiOn interpiète signe, celui dont lexplication 
mystique nous a été domiée par loul ce (jue nous avons 
déjà e\|)Osé, on nous oltliiic à l'expliquer de nouveau 
clairement, en remontant au commencement de Talphabet, 
comiTie nous l'avons d(''jà fait brièvement. 

\\n effet, le juif im{)ie proclame bien haut sans le vou- 
loii- que (les lettres) ulcpli, bel h, (/(iincl, dulctli. ci, ou {sic), 

(1) Litt. " pénétrante ". 

(2) Litt. " une démonstration plein de gloire ». Cette démonstration se 
ramène à la pi'euve bien connue, tirée du ivaw. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 385 

ne nujes.7rpepMHtieTe MMoq {sic) 2s.e TcnTç mithi* eqMep 
e£io7V.pn neT2s.oceqnds.uj cône npnTqi-qô^-)'-'^ n(fi oirMd».ein" 
TOTTTecTïn nMepcooT ncpes^i exe nexe ujô^iTMOTTe epoq 
2fi.e OTô^T' née c^€2s.ton e2«.ooc 2s.€ pn Tcnxe Mn xen- 
THCic nxe nïRï nxe necToi^ion muikocmoc Mn TîS'in- 
lywne nnicpôwi ^à<v qRH eppis.i nonTOir n5i nMô^ein evirco 
HAiTCTHpion erpHn 2s.in tkô<tô<£io7V.k murocmoc nes.ï 
eTÛKHTq eqnpo4>HTeTe n^i HcevHôwC eTÉie ne^e eq2sLioM- 
Moc nes.;)(^ev'5 nppo nreipe* 2S-e evi'^nis.R noTMevein 
nujoHp eie eTr2i.ïce * nn 2s.e eTMMô^T neq2s.coMMoc n- 
Teipe' 2SLe n'^nô^nïpev^e ô<n MnôF nô^noTTe* evroo ne2i.e 
HCÔ.HA.C nnvynpe MninA. 2s.e exûe nis.i epe lîôc '^nnxen 
noTTMôwein* eicpRHTe eic Tnd.p«^ '^^ nevco nec2s.n0 noT- 

(a) En tête de la page (r) i -rc -©T q*. 
10 fils de Dieu 91 
[h) Sic, abrév. pour n^p-e-Ênoc. 



sont interprétées (1) « le fondement de la maison remplie 
de choses élevées ; dans laquelle il y aura un signe », 
c'est-à-dire la sixième lettre appelée iiaw. Cela veut dire 
que, dans le fondement et dans la création de cette maison 
constituée des éléments de ce monde et dans l'existence 
de ces lettres (2), est renfermé le signe et le mystère caché 
depuis la création du monde. C'est lui qui est prédit par 
Isaïe, lorsque parlant du Christ, il dit au roi Achaz (3) : 
« Je t'ai donné un signe, soit dans les profondeurs, soit 
dans les hauteui-s. Quant à lui, il répondit : Je ne tente- 
rai pas le Seigneur mon Dieu. Et dit Isaïe aux lils d'Israël : 
Pour cela, le Seigneur vous donne un signe. Voici que la 

(1) Voir i)lus liaut l'interprétation des noms de ces six pi'cmières let- 
tres. 

(2) Considérées dans leur sens mystique. 

(3) Isaie Vil, 10 : « demande toi un signe ». 

25 



.")S(> l.i; Ml SI^ON. 

vijHpe" nceMOTTe eueqpô^n 2S-e mmô^mothA- exe n^vi ne 
»nvjô.T0Tô.0Me'^ 2s.e nnoTTÇ neMM^.if TOTrecTin nen- 
TÔ.C2S-UO-4 wTi Tiiô^peeiioe- uto'^ ne nnoTTe ^ii oTMe* 

ïiTei^e ïTd.p ev'^pepMHiicTe (sic) \\à<n n-f cmh Td<i * evTco 
ô^Tcouj eûoA MMoc ïi^i uô^upiÉiHc npepMHïieTTHC" Mev- 

.unG-4eTes.ucfAioïv eTOTô.es.û- iiTôwcne MMïiToeÉipeoc" evTco 
iiev\ e^w-^odiOq nue eûoAi^n ni0T2s.es.\ nTd.T22.i Éiè^nTicMd^ pn 
e\eAuM" ueiiTes>T oepMHne^re 2s.e MMoq* ère nieTres-ure- 
Aïoïv !ioT(OT jiç' Mueuccoq ïiTô^ciie H<&e'\Aôs.c exe TOTeeie- 
\\\\\ 2s.e MiioTepiviipijàue eTeicMH iiTC hcô^hô^c- neiyuje 
l'e^p uevT essLOOc (-'4Ù-) ne 2s.e ïiToq ne nnoTTC eqnçMMd^n' 
ÇMM^v i'ô<p 2SLe qneMMdvtt" eepMHUiô< cevp ùot 2£.e «Toq 
TgepMuuiô. 2s.e ou nn'X 2s.e unoTTC née c^ess^con ess-ooc 
eTÙe Ciô^eoTHÀ 2SLe uhi MiiuoTTe" evTw ees.MOTH?V. eujevy- 



Vicriïc cnliiiitcia 1111 lils et on rjippellcra Kiiiiuanuol ; » ce 
(jiron inlcipK'lc Dieu avec nous. Cela veut dii'o : celui 
({ui est cnlanU' [)ar la Vicri»»' est Dieu en vérité. 

C'est ainsi (jue le n)ot a été traduit et proclamé par des 
interprètes autorisés Kn eilet, Mathieu, le bienheureux 
évaniiéliste, écrivit son saint évangile en langue hébraïque. 
Il l'écrivit pour ccu\ d'cnli'e les Juifs qui revui'ent le bap- 
tême à Jéiusalem. (^leux-ci traduisirent ensuite cet évangile 
primitif (?) (1) en grec, ou en langue ionienne, mais ren- 
dirent inexactement cette parole d'isaïe. Il leur fallait 
(lire en elfet : « il est Dieu avec nous » [a) ; aw cmma signi- 
lie « (lui est avec nous » ; ou siiiuilie u lui » et cl « Dieu ». 
De même (jiu» lial/ioiicl signilic « la maison de Dieu », et 

(l) Lill. •< ccliii-ln qui e.st 1 ovaiigile unùjiw. » 

[i) \\ no l'allait pas consei-ver le mot Eniniaimcl, mais traduire simple- 
ment « Uieu avec nous. r. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 587 

^epMHttç-ye mmocj sslç Tis.ïiôwCTewcïc MnnoirTe" nrei^e oii 

€nei2k.H on £n Tô.cne nncirpoc Mti n^e&pevioc nujexir- 
gepMHtieTe noir ô 2S-e tiToq ne* 

A.TCO oTrno5' no<|)e7V.ïô^ tiô^T * peTocoTc ceeipe mmoc 
nTeKH7V.HCiev n.'S'i T2k.ïd^c|)opô». n'^TV.egïC tô^i çcss-Commoc 
2s.e nnoTTTe pn OTTô<2SLpo nenTôwCCSLnoq nTi Tnes.peenoc* 
T^yinss-ooc ud^p 2s.e qnMMe>.n n'Ti iinoTTe noAAevKic 
ujes,q2£-00c nt^i ^n T2i.ô.^ic «Tempoceir^H- 

née on eTeq2$.ooc" 2s.e nMôv exepe cnô^T h yyoMnT 
ccùOT^ n^HTq peM nô^pô^n' "f ujoon neMMô^ir on TeTMHTe 
T5'ïn2£:ooc 2i.e 2i.e nToq ne nnoTTe eqnMM^-n c\otco- 

que Gamuel est interprété « Vanastase de Dieu », ainsi 
Emmanuel veut dire « Dieu avec nous ». 

En outre, dans la langue des syriens et des hébreux, 
OM, o (i) est interprété lui. 

D'autre part, l'Eglise reçoit une confirmation inatten- 
due pai* la leçon différente de l'Écriture qui dit : a c'est 
le Dieu de force qu'enfanta la vierge (2) » ; car la men- 
tion « Dieu avec nous » se rencontre plus d'une fois 
dans la suite de ce discours (3). 

C'est ainsi également qu'il dit : « l'endroit où deux ou 
trois personnes sont quelque part réunies en mon nom, 
j'y serai avec elles, dans leur milieu (4j ». La parole « il est 

(1) C'-à-tl. le waiv liébreu en tain que caractéristique de la S"" pei's. maso. 

(2) L'auteur pirait faire allusion à luie variante qui aurait porté : c'est 
le Dieu de loi-ce qu'enfanta la vierp^e ; il y voit une nouvelle preuve en 
faveur (le l'Kglise, étant donné que l'autre leçon >< Dieu avec nous » se 
i-etrouve déjà en d'autres endioits de l'Écritui-e. Peut-être aussi fait-il 
allusion â Isaïe IX, 6 « et vocabiiur nomcn ejua ... Deus, fortis. » 

(3) Notamment, Is. VIII, 8, 10. L'auteur l'ait éfialement allusion au\ 
passages de l'Evangile où le Christ a promis de demeurer avec ses disci- 
ples. 

(4) Matth. XVIII, 20. 



r>8S u: .Misi:oN 

n^ (sic) Qiio\- 2s.e ujes.TeiMe epoq ôwTco n2s.ooq essLM ne^C^ 
(-ëjr-) iieiiTô.c2i.uo-j[ nTi Tiidvpe '"'• exe iiToq ne nnoiTTe on 

OTAVe' 

q2s.WMM0C on epoq 2!ce nMè^em- exÊie 2SLe OTujnnpe 
Twpq ne on TeqoinonoMies.' ô^tco cô.niycoi nnTouj nxet^T- 
cie neqeipe ne noTMnTÙppe ee2s_oce om ncenoc nenpco- 

oTMô^ein cô^p ^o)wq ne nenTô.q[U}tone oï McoTcnc 
eqnevT en£iA.TOc eqAioTO on oirncopT ewTro) ne'^pcono evn 
ne' OTAiô^em on ne Teopw nods.Te MniijoMnT nujnpenjH.vv 
eToiyevôwiîi CTon T^iKii'yXb^n eTô.^epes.TOT i\onTe e^Tco 
neTpoiuo à<n ne' ô^tco eTÊie newi oTMô^em eqoTWTq ne 
ne^C^eriae 2s.e oirncopT nnoTTe ne e^Tco Mnec^pconp nT- 

I)i(Mi ;iv(h; nous » se manifeste coinme désignant pour 
nous le Clirist (i) enfanté [)ar la vierge, lui ([ui est véii- 
tahlenient Dieu, 

Il est en outre a[)i)elé le si(j)u>, parce (|ue son économie 
n'est (ju'iin miiacle par lequel il a renouvelé et élevé 
le genre humain au-dessus des lois de la nature (^2). 

(Test égalenuMit un signe (i), ce qui arriva à Moïse, 
loisqu'il vit le buisson ardent ([ui lu; s<» consumait pas ; 
c'est eneoie un signe (jue la fournaise ardente dans 
la({uelle se tiouvaient les trois saints jeunes hommes de 
Babylone, sans èlre atteints pai- le feu. Voilà pour([uoi le 
(>hrist est un signe par excellence ; étant le feu divin, 

(1) Lilt •■ maiiifeste (iii'on la (;oiuiai( et que nous la disons au sujet 
(lu (.'liiist " 

i2) Litt. <• parce (|u"nn iniraele entier est dans son économie et que, 
au-dessus des lois de la nature, il o[)é,rait une innovation élevée dans le 
genre humain. » 

('.i) Dans le sens scripturistiquo de « miracle ». 



LES MYSTÈRES DES LETTKES GltECylKS. 7)89 

MHTpev noirTViHon' ô^ttco on 2s.e e^qei eiieciiT efcoAo» Tiie 
MneqKto iieo^q ïiMiiHTre es.Tw Oîi 2s.e ô.qss.icevp'z ôw2!Lïi 
euepMev iipcoMe on TMHTpev nTujeepe nnptoMe Av.ô.'\"\on 
c^L-Ç TMevô^T nneTon^ TnpoT* es-Tto on 2s.e nTes.T2s.noq on 
TMHTpes." dwqoe«speo eTeqMôsè^ir eoo .v<.nespe •'• ô^tco eTicie 
nes.ï es.q'^pes.n epoq oo>coq nTi cTMecon noAAo tTOTc\ev)û 
( a[!2s.-) 2SLe oTMdveïn eTô.nTei?Viui (sic) çpoq" 

ejcoKHTe OTn xenoT neiTooTnoHT .vvnôvpôs.'^vO'on ovco- 
no \\.i>.n eÊioTV. nevAtoe Mnscoô.i \\iK\ eToen ntcTorvion 
nje necoô>.\" nevi CTOTMOTTe epoq 2s.e nMô^em n^.\ ctct- 
Mivne Mne^C^ "^^^ OTtono' evTco ne^t ceevnTï'A.eci epoq n'T\ 
nïôv^nT" nevï eTeqiyoon nô.n ot^ht n'Ti nuje<2s.e" 

ô^nôsCKH uô.p epon expene^p^ei nô^Ain 2SLin ds'\c|>ô. 
KôsTôv Teirevcne MMin mmoott" 

(îi) Pour nA.p-e-enoc. 



il laisse intacte; sa mère selon la matière ; descendant du 
ciel, il ne quitte pas les cieux;sans le concours de l'homme, 
il prend la chair dans sa mère qui est la fille des hommes 
ou plutôt la mère de tous les vivants ; enfanté pai' sa 
mère, il lui consei've sa viriiinité. Voilà pourquoi le saint 
vieillard Siméon, lui aussi, l'appela un signe de contra- 
diction. 

Voilà autant de preuves étonnantes qui mettent en 
évidence celle d'entre les lettres (i) qu'on appelle \q signe, 
le symbole manifeste du (^hiist, nié par les impies que 
nous combattons. 

Il nous faut, en effet, recommencer (la série des let- 
tres), depuis alpha, d'après leur ju'opre langue. 

(1) Litt. « cette lettre des Olôments des lettres ». 



590 LE MUSÉON. 

d.Ae4) * onep ^n TMnTCTrpoc Mcn TMttT2e&pes.ïoc" m» 
ud<pd<Cioc eujes.^2epMHneTe Mnô^i e^Tto uce-f pes.n epoq ^m 
ni\^'Tc|)ieMev 2S-e es.'A.ecI) exe ud.i ne otujo ô." othotïi gii 
TÇiiyoMTe nevcne riô^i ô>.Àec|) ne otujo' 

ivivô^CKH epon ne Aoinon eTpenssLO) on MnCiô».Tes. {sic) 

WiKTiK -Vô^RoAoT^HÔv nCTCOT TOTTeCTIrt ^OMOiCOC Ott 

ncevMMô. M.n n2s.e'i\Tds.' Men ei vyevTCTMt^conei gtooT 
\KiKTiK nexi nTejMeine' 

es.Tco TOTe Aoinon (-që) neic^evi mmô^^coott ^ô^^ej 
eTMHTe" eTe nevi ne eTOTMOTTe epoq 2s.e Mi^ein' ^m 
nMepcooT ces.p nujo npoMne n.Te neieviton ôvqeppcoMe 

eiTe eiycone eRô^nTiAjce' co nes.enT nïOTSv.es.r d>>2s.ïc n&.i 
2s.e eTÊie ot ô.R'^pô.n eô.?V.c|)ô>. 2s.e ev7V.e4>' cre nô^i ne ot- 



Aleph, en syriaque, en liébreu et en arabe, ils l'inter- 
prètent et le prononcent nleph, ce qui veut dii'e un mil- 
lier ô^ (i) ; donc, dans ces trois lantïues, nleph représente 
un millier. 

Il nous faut, en outre, mentionner dans l'ordre les 
lettres hèto, gamma, delta et ci, pour lesquelles existe la 
même concordance (2). 

Vient ensuite cette lettre qui est la sixième et qu'on 
appelle signe. C'est, en effet, dans le sixième millier 
d'années de cet â^e que le Christ s'est fait homme (3). 

Si tu contredis, ô Juif impie, dis donc pourquoi tu as 
donné à alpha le nom de aleph, répondant à un millier ; 

(1) Signe dont la valeur numérique est mille. 

(2) Litt. « Il nous faut au reste redire bèta selon la suite véritable, 
c'est-à-dire i\o môme aussi gamma, delta et ei s'aocoi'dant également 
selon ces choses de cette manière. " 

(01 Lo eigue Z (Mjuivaut à 3ix. 



LES MVSrÈKES DES LETTKES GHECOlES. T){}\ 

MiiMOOT Mti nenriA. KevTdv ntt.Tdwnujpu2s.00T ôw2S-ic uô^ï 
co ufeÀTy-e * 2i.e ex&e ot neic^ô^ï çtotavottg epoq 25Le 11 
Mô^ein neqô e<.n nujopu" HUMC^cnes-T' HMAv.eoujo.u!\T(.v/c)* 
H MMe^qTOOT' H Meo"VoT- H AieOCèvlU^ -^^i*^ neTUUT 
TupoTT Menncdv UMegcexujq dwA7V.es. em\u eopevi Av.e>wTevevq 

MMepCOOT" 

nôwU) noe 2s.e on MuoT-^pôwn ei^ôwMMev A\Av.dwt:iu otu 
Ht'cpevr evAAôv OTAVô^ein MôwTivevq nenTe^T-^p^n epo \ exe 
ut'TrtHT p\Tn revMçA xp ev\AVi-:o eûoA ou tifT^LOin toyt- 
pcTju ne\e^T (q^-) u)ôw2S-e epooT AiAocrupion \\n' uvav.- 
UHTre 2s. uToq neTOTMOivTe epoq oiTen 2s.ôwAee 2i.e cen- 
Hcie eT€ TS'miytone 2s.e' pcoÉi uô^p niAV ôwTujwne eÊioA 
oïTooTq ôwTTco eooTn epoq' evTco dw.2s.nTq Miie Aôwô^t 



or, dans son {\\)v ci dans sa toi'ini', il nons repivscnte 
l'cMii cl Tcspril, coinnu' nous l'avons déjà ('\[»os('. Dis, 
ô aveugle, pouicjnoi eetle lettre appelée le siyiu' n'esl ni 
la première, ni la seconde, ni la troisième, ni la qua- 
trième, ni la cin(juièmc, ni la septième, ni aucune de 
celles qui suivent la septième, mais est placée précisé- 
ment la sixième. 

Comment, parmi ces lettres, n'ont-ils pas dorme aussi 
bien à (jaminii le nom de wjne et l'ont-ils apj)elé (jdmcl, 
c'est-à-dire rempli de choses élevées (1), à savoir les mys- 
tères indicibles de choses célestes. 2s. est appelé du nom 
de daletli, c'est-à-dire (jénèse ou devenir. Car toutes choses 
sont {-2) par lui et en lui ; et, sans lui, lien n'a été fait. 

(1) Litt. •' niiiis un sif^ne seulement ils l'ont appelé, celui qui vient par 
Qamel : i'em])li de choses élevées. •• 

(2) ÈYiveTo. 



392 LE MLSÉON. 

evTTCx) nenTes.qu}cone «Toq ne nMes.ein ïiTe nei CTOï;>;^ion 
Mneicpôiï nôvî exe T'finévno*' th oôv^h nneoToeuvj îitc 
noTToeïït MMG" nèK.ï eTepoToeiti epcoMe niM çthut Vihoc- 

MOC" 

"f nô<2SL(o 2s.e on Mne ne gcofe çto nnoT' ïiô^uj * noe nei 
^OTT nc^es-i €T£d.eH Mnic^ôwï nô.r eïiyes.22.e iiMôvCin' 
€Men pd^n n€ue«oc '' nTè^T ô>.n' ô^TVAev nicoeswi THpoT 
eTïiHT Mennces. nMd^ein ceMe^ nenenoc 

HH Men uevp €TpA.e^H MnMev€ïïi ce2s.coMMOc epooT 
M'^pe- 2SL€ cenT€ mm nnr mm iiiijco2S-n nneTrtHT Mnncô^ 
nà^i' KivTô. iieïiTes.nujpnss-OO'y 

eujtone 2s.e eTUjô.n'^pes.n enMepcooT ncpe«ij 2SLe nMev- 

(a) Sic. Un petit espace sépare les mots to-iuàho th et ç&,-©-h. Nous 
pensons qu'au lieu de o'inA.no, qui ne donne aucun sens, il faut lire 
o'inac.no, génération, naissance. Cf. Ps. \Q\\ 3 : « Ex utero ante lucife- 
ferum genui te ». L'arabe ti'aduit : « indiquant une incarnation avant les 
siècles ». 

(b) Pour a'iTTStvo;, élevé. 



Et celui qui fut, est le signe, répondant au caractère de 
cette lettre (i), qui nnarque la génération, avant les temps, 
de la lumière véritable, celle qui illumine tout homnie 
venant en ce monde. 

Je vais exposer de nouveau cette chose importante, à 
savoir, de quelle manière les cinq lettres qui précèdent 
celle-ci, c'est-à-dire le sl(j)ie, n'ont pas de nom élevé, 
tandis que celles qui suivent sont remplies de choses 
élevées. 

En effet, celles qui précèdent, on les interprète le fon- 
dement et la maison, et ainsi de suite, conformément à 
ce que nous avons déjà dit. 

L'appellation de signe, donnée à la sixième lettre, impli- 

(1) Le MJûto appelé signe, symbole du Christ. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES (;KEC(^UES. 595 

ein ujevTçpujopn tô.^h neui7coMi^.^e Mniyi02SLn muotô. 
noTTis, unecoevi ou Te-^oepMunte^ TOTTecTin nwiio (-q^-) 
neTOHO' imeTne^nôv (.v/d uot-jj uôë' iieuuTV.HCi^.cTHC i\evT- 

MOT" MM nVVJC02!L\l «llÇTtlHT .UOttUC^». »e«.l KôvTdv Tîs.ô.'^lC 

ntieiiTevn2s.ooT ces^eiv Aieii TeT^\Ko"•\oTe^^v 

ei Te eKcooT» Ko.7v.toc on oTnicTJC eneTeM2s.toMMOOT" 

eieHn^.T^le ou muicmot noT(OT" CToen «icoevi nes.i om 

e <_ <- 

n2s.totoMe AV.MCOTCHC' eTlîie TTiuuu'Hie nnecToi^^y^ïon mu- 

KOCMOC" 

^M neiMô». i7es.p eTeno necTOv^**^" o^».€^h MinMeocooT 
ÇTG nMôweni ne' '^ctmc^ ' ùe «0Tp6.u neuccoMion" on tTi- 
tictoriT AuiKOCMOc AV»ioT"\"pevu e7V.6.es.T necouT 2S-e nds.tio- 
Tq ujdvnTeqojoiiie nTi iioToem rev^î Te ee eTCH£ 2S-e 



que déjà ht loiianiic do chacune (h>s lettres suivantes (hms 
son interprétation (i), à savoir : hi vie, le vivant, h^ l)ien, 
le seigneui', Tecclésiaste, rinmiortei, d'a})rès rex|)lication 
suivie que nous avons donnée plus haut. 

Si tu tiens lidèlenient ce que nous disons, tu trouveras 
dé nouveau hi ligure viaie de ces lettres (-21 dans le récit 
de .Moïse sur l'oriiiioe des éléments du monde. 

C'est dans cet endroit, en effet, que sont manifestées 
les lettres (jui précèdent la sixième ou le H,x(]nc représen- 
tant un nom de louaugc (.ï). Dans la création du monde, 
on n'appelle bonne aucune créature, jusqu'à l'exi.stence 

(1) Litt. « (^iie si l'on ai^polle la sixième lettre le sirjne, on a déjà l'ait 
aussitôt la louange du reste de eiiaeune des letti-es. dans son interi)ré- 
tation. n \'oi)'ce (jue l'iiuteui' dit plus loin du nom de louange attribué au 
waw. 

(2) Comme on le voit i).ii' la suite, il s'agit ici des letties qui précèdent 
le waw. 

(3; Puisqu'il signifie le Christ. 



594 LE MLSÉON. 

ô.qttes.Tr tt'fi nnoTTe noiroein 2s.e nevnoTq* kçtoi Te 
iiOTToein eTMMes.T mm iiicoô^i cto MMevein ne[)(^c neTOTCT- 
MÔN-ne MMoq' d.Tco enei2s.H mu '\ô.ôvT ^en uetiTôvTTiycone 
THpoT ^dv^H MnoTToein Gir2£.0L)MMOc epoq 2s.e nô^ttOTq* 
n«^e nnïc^diï €t^ô<^k MiiMev€in" ôwirto ttes.i nreiMirve e^ecTi 
e2SLOoc 2s.e TeuTHcic I i^H-) THpc MUKOCMoe ecKH eoen 
iiee^ooiy Mtt OTTnAevnH mmutô^thottg' £es.eH nTes.no2s^T- 
Mies. " Mneixi^c ^m uTpeq2s.ices.p^ nS'\ nnoTTÇ A.q2s.cou 

e&oA MTOIKOnOMlô. Twpc* 

evTtO ne^e HTCUTHCiC THpc- 2S.fc- es.TTCs.OOC cpevTHc ^u 

(a) Cf. toi. p^ : ô.eTcqne>.&.uo2.^TA*.ci >».nKOCMOC. — L'aialjO, dans tout 
ce passage s écarte, sensiblement de noti-e texte : " .lusqu a ce que se leva 
lalumièie véritable ; et elle est le (^hi'ist et il a biillé pour nous dans la 
lumière de la Coi. " Traduction de M. Forget. 

(le la lumière ; selon la formule (i) « et Dieu vit que la 
lumière était bonne ». En effet, cette lumière et celte 
lettre (jui est le sirpie re|)résentent le Christ [-2). Kl 
|>uis(|ue, |)armi toutes les choses (jui t'ureiil avant la 
lumière, aucune n'est appelée bonne, non plus ((ue les 
lettres qui précèdent le signe (s), et qu'il en est ainsi, il y 
a lieu de dire que la création du monde tout entière gisait 
dans le mal et l'erreur et l'athéisme, avant que le (Christ 
fût venu et que le Dieu incarne eût achevé l'économie 
tout entière du salut (4). 

Va de même que la création entière fut terminée (•.) en 

il) Litt. ■ confoi'mément à ce qui est écrit. - 

2) l)'ai)rès l'interprétation donnée plus haut, le mot maw signilie 
lumière. 

(.3) Litt. « à la manière des lettres qui .sont avant le signe « lequel sigyie 
ou waw apparaît le premier comme un nom de louange, ainsi que l'au- 
teur vient de le déclarer. 

(4) Litt. " avant la venue du Christ, dans l'incarnation de Dieu ache- 
vant l'économie tout entiève. " 

(.•5) Litt. « constituée » 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. 395 

cooT n^ooTT- n'f^e ^wtoq ne^c enctonT n&ppe ô^qei 
CTTMiiTOTrô. ne!<TiyA.2SLe epoc on coott MMcpoc nevT- 
ncopss." ÇTÇ nes^i ne nnoTTe n?V.oi7oc" tcx^'t^k nAorinn 
dwTrto nnoHpev Mn nctOMô. nTô.q2SLiTq eoTrnTes.q * MMô».ir 
nqTOOT ncTOï^ion* qTOOT cô.p Mn cnô^T ujô^Tep coot" 
eTÊi€ nôwi poo ce-fpes.n epoq om umç^coot nc£ô<r erfee 
nevj pco on om nMepcooT niyo npoMne nTe nô».ï eK.icon 
d».q2s.icdip^- ÇTfce nevi on cnô^T nc^es.1 Mô^TTôvè^-y npe^'^CMH' 
ÇTpn THne MnicooT niyo* exe nivi ne es.Ae(|j Mn e* ouïrai 
nd.1 eTÔ HTTnoe Mne^^c ô.'A.4)ô». Men neTÔ niyopii 
enecTOï^jon TnpoTT" nxirnoc MnnoTxe nTVoiroc' Tô<p|)(;^H 
eTujoon pô<eH nnecTOï^ïon TupoT" 



six jours, ainsi le Christ, dans la création nouvelle, est 
venu, selon une unité ineffable, en six parties non séparées 
à savoir. Dieu le Verbe, l'âme raisonnable et pensante, et 
le cor[)s qu'il a assumé, composé de quati-e éléments(i) ; en 
effet, quatie et deux font six. Voilà pourquoi on le désigne 
par la sixième lettre ; voilà pourquoi c'est au sixième 
millier d'années de cet âge, qu'il a pris la chair ; voilà 
pourquoi, également, dans le nombre six mille il y a deux 
voyelles seulement, alepli et éprsimon (2), colles qui sont 
figuratives du Christ . Alpha est la première par rapport à 
toutes les lettres, la ligure de Dieu le Verbe, le commen- 
cement existant avant tous les éléments (3). 



(1) Plus haut, p. HH * l'auteur énumérait oomme suit les éléments assu- 
més par le Vei'be : l'air, la tei're, l'eau et l'âme raisonnable. 

(2) «[ = inoo;ë-6. 

(3) L'auteur fait de nouveau allusion au double sens du mot cToi^cion 
élément : Valpfia ost le premier par rapport aux éléments [de l'alpha- 
bet) ; Dieu le Verbe existe avant tous les éléments (de la création). L'alpha 
représente donc le Christ, de même que le loato. 



596 



LK MlStO.N, 



;Y" e&oAoïTM iinoTTe* es.TO) ou ewo^vH udvj ev'42S-iTOT nTi 
iiMO^TTf nAouoc on OTMUTOTev nevTvijev2s.e epoc 

■\"«i\unufc" 2ve o« HC6. ne ocoCi eT^vc])optM epoq oiTeu 
uoAAun- 2s.e nevuj uoe mcoôwi u^.^ AVMtocooT om uôv'A.- 
<|)ô^tmTi\ nettoe£ipe>.ion (sic) M.n ncy y>oe m« Ui\pev.Êioo" 
ueTOTtoMo e£io?V. MMis.Te ôs^to) eir'^pes.n t'po'^ 2SLe nAve^eui 
iidvi uTejMeme uoeco«M MMoq e».» om ueTô.*i\c|ieviûjiTev 
iicooT MMenToA7V.Hii' 

c 
pOMOlWC npôwU ÇTTOOMÇ llMïlTd^qTe UCOes.! Udvl UT^wM- 

ujev2$.e epooT ou Te^p^u" uicoô^i ctotmottc epoi\ 2^.6 



(]('lui-là aussi \ïi'j}isiin(»n vient après ces (|uati'e éle- 
iiiciils, en (iiinie de noire ;une. En efï'el, e'est après les 
(jualre cléments de notre cor|>s, (|iie J'ànie ini est arrivée 
|tar l'intervention de Dieu (n. Knlin. toutes ces choses. 
Dieu le \erl)e les a assumées dans une unité inelVable. 

Je dcmaïuh'rai donc de nouveau, à propos de ce carac- 
tère (-2) écarté par les (iivcs, cofnment cette letîi'e, la 
sixième dans l'alpliahet des llcltreiix, des Syri(M)s et des 
Arabes, si clairement manifestée et apj)elée le si(/iic, com- 
ment ils ne récrivent pas dans leur pi'opre alphabet de 

la laniiue urec(|ue. 
~ ~ I 

De même, i[uant aux noms propres des ([uator/.e lettres 
dont nous avons parlé au cominencemeut (ô), cette lettre 

(1) Litt - lui est (leveiuio nar Dk'U ••. — Quatre lettroï; séi)areiit £ de i\. 

(2'! liitt. - (Iii coté (le cette aiitie cli.vse. •• 

i3) l^es (jnatoize piemièies letti'es. Cette lettre dont ils tiennent eiinipio 
dans la nninciation. ils l'omettent non seulement ilans l'écriture alpha- 
bétique, mais aUïJbl dans la série des noms prop'es des lettres. 



LES MYST^.KKS DKS l.KTTKES GKECQUKS. 597 

nMô>.eitf cTe iiMeoeooT ne gn THne eueine MMoq e^oTrn 
dttt 0) noeAAHU on neucoèvi noeTV.'^.HniKon' 

OT uè^p neTÇKUô^-focG MMoq on Tds.KoTV.OTjiôw Mnenes-TV.- 
4)ôv£iHTô>. (p-) < '' enujô.neoevi muô^ï nTeiMtine' oti rô>.p 2SLe 
nGqnô^2s.iTK nTonc es.n ne onAes^ô^T eepMnxpe nes>j Mnô^» 
piTen nicToi^ion one^T tixe ^i Mn \\'\ nôvi nrà. xeTnoTô^- 
poT Mnne2S-OOTTonooTc ncodwi ïtpe'iV\Hn\non nTds. nnoT- 

Te -^CMOTepOOT 

OTTUOTn eqMee^e nTi nnoTTe eo^reiio niueocolQ nev!t 
edoTV. 2s.e nTeneTneT2s.oni evn m\\. necTOi'Vion nre nicoevi 
Hô>.i eTO nTTsioc nneconT TnpoT d».TO) eTÔ nTTnoc Mne^c 
npeq (-pô<-) " oonr mmoot 

eT&e nôwi pw es.Tno) pen niepô».i nncTpoe Mn ne e^oApn 

fa) V.u trti) (le la \i;\<x(^ ir 
(\i) Kn tt'U' (le la pa.L^v [/■, 



appelée le sifpic, la sixième dans la numération, \u ne 
rintroduis pas, <) (iice, dans tes lettres i!,i'ee(pies. 

Kt quel tort aiiiais-tu fais à la série de Ion alphaltet, 
si lu l'y avais inscrite ? Klle ne t'am*ait causé aucun doni- 
maiiO ; témoin les deux lettres hsi et />.si que vous i.s/c) 
avez ajoutées aux vingt deux lettres giecques qu(^ Dieu a 
tracées (i). 

Dieu n'a-t-il donc pas voulu nous montier éi-alemeul 
que nous sommes en d<'saceord avec les éléments de ces 
lettres qui sont la liguie de toutes les créatures et la lii-ure 
du Christ qui en est l'auteur? 

I']n ett'etjdans les lettresdes Syriens etcellesquiexistaient 

(1) puisque les (irec-s ont eru poiivoii- ajoutoi' doux lettres aux carac- 
t(,'res priuiitils, ils ne devaient pas craindre d'en allon^^er la sÔN'ie par le 
maintien du wow. 



? 


w 


^c 


1 


PO 


.h'sus 


('hi'ist 


lu 


tes. 


"tc" 


«AT 


pi: 


11 


Fils (U^ 


Dieu 


101 



398 LE MUSÉON. 

d^&pô<^£s.Ai MnRô>.pd.KTHp Mnic^ô^i" eTOTTMOiTTe €poq 2i.e 
Mevcin* ôkirco nd«>i nTeiMeitie' neqô es.n «Tirnoc hTV.a.ôn.t ^n 
ïicconT' CTi 2s.e on 2s.e cecTMt^toneï Men ncypoc ^m 
npô^n AinïMnTd».qTe nc£A.i n'fi n^eT^Ann- Hd».Tô^ ee nTd>.ii- 

2S.00C' 

cwTM on OTTMe' A.ir(x) neK'f ^THR eneiyMô». ex^n ne (i/c) 
T^e^ic THpoTT- 

nev7V.<^ewÉiHTev Rô>.Tis. ncTpoc Mn. n^eAT^nn * eTCTM4>ww€i 
M.n ncT epmr- 

ô^ d<7V.e<|) TOTTTecTin ô^TV^^ek' £ fcee TOTTecri n &htôk.* 
û uô».Me7V. ToiTTecTin cô^mmô.* 2s. ^^ô.Ae^ ToiTTecTin 2s.e7V.- 
TiK- ë ÇT TOTTTecTin er ë oirevir TOTTCcTin nic^evi nô^ï 
neTOTTMOTTTe epoq 2s.e Mô^ein" Mn€qiyTes.Toq n5'ï n^e'X- 
7V.Hn* cT&e 2s.e qô nevTnô.^'re ene^c iies.i ereqô nô>.q 
nTirnoc" 

depuis Abraham, se trouve ce caractère appelé signe, ne 
répondant à aucune des créatures. Or les Grecs, comme 
nous lavons dit, sont d'accord avec les Syriens, pour le 
nom de ces quatorze lettres (i). 

Ecoute, en vérité, et fais attention à ce qui est dans tous 
les lexiques (2). 

IJalphabet selon les Syriens et celui des Grecs cor- 
respondent l'un à l'autre. 

Alepli équivaut à alpha. Uetli équivaut à bêta. Game! 
équivaut à gamma. Daletli équivaut à delta. Ei équivaut à 
ei. Waw équivaut à cette lettre (|u'ils appellent signe, le 
Grec étant incapable de l'énoncer, parce qu'il ne croit pas 
au Christ dont elle est la figure. Zai équivaut à zêta. Uèth 

(1) Ils sont d'accord, avec cette i-estriction qu'au nom propre du icaio 
sémitique, les Grecs ont substitué le nom générique de signe, comme 
l'auteur s'évertue à le montrer dans le passage suivant. 

(2) Àftig(c. 



LES MYSTÈRKS DES LETTHES GRECQLES. 599 

"^iKl TOTTCCTïn -^HTÔ. W.^ TOTTTeCTin OHeô».' TH^ TOTTCC- 

Tin eHTd>. ïco2s^ TOTTecTiii ïco2s^ev Rdvc^ TOTTTecTïtt RevnneK.* 
AewMçe TOTTTecTin AA.Tr7V.dk' * m.\m. TOTTecTin mc' noirw 
TOTTecTin ne 

ni^cofe eqRH eopô.i oitcu npe'A.TV.Hn ïitujÊiÊiuo janicod^i 
eTOTTMOTTTe Gpoq 2s.e Mô^em* ot n€ npevn Mnô^revirco 
OT OTCon ne npô<n MneTMMôwT- TOTTecTin OTrewif ottô^tt 
Pivp ne RMevein 

eTÊie \\à^\ pw eqô MMepcooir on necpes.i nencrpoc" mh 
npeÉipô.ïoe Mn ne efeo'A.pM ncenoc necMes.H?V. gtoc 2$.e 
ea[CTMes.ne nToinonoMiev noTr22.ô>.ï MnnoTrre nAoroc pn 
necpes.1 2s^e nTOOT nnpe7V.7V.nn ô.Tnwnq (sic) 2!i.e enMep- 
MnTn(-p£i-)pM nuô^non nneTcpds.r d».Tr(x) OTHe'|- 2S-in nines.T 

équivaut à hêtha . Têtli équivaut à tliètn. lôd équivaut à 
iùda [sic). Kaph équivaut à kappa. Lametli équivaut à laula. 
Mim équivaut à me. [\oitn équivaut à ne. 

Celte chose (jue les Grecs proposent à la place de cette 
lettre et (juils appellent si(jue, quel est donc son nom 
et quelle est la valeur (i) du nom de cette lettre, à savoir 
le tcaw ? Car icaiv est le supie. 

Klle est la sixième parmi les lettres des Syriens et des 
Hébreux et des descendants d'Ismaël, symbolisant l'éco- 
nomie du salut de Dieu le Verbe . Dans les lettres 
grecques, au contraire, ils l'ont transférée, de manière à 
en faire la ({uinzième dans la série des lettres, et, dès lois, 

(1) Litt. " quelle partie est le nom de cette lettre ? » 

1,'aiitcur veut confontire détinitivement les Gi'ocs impies, en les harce- 
lant do questions. Quel e^t le nom propre de cette lettre qu'ils appellent 
signe ? Que le i-éalité correspond à ce sifjne ? Pourquoi ont-ils essayé de 
donner le chanf^e, en la i-ejetant vers la tin de leur alphabet, c'est à-dire, 
en attribuant la valeur phonétique de îoaw à la quinzième lettre, la lettre 
o'. l'ourquoi, enlin, en ont-ils altéré la pi'ononciation, en changeant le 
nom de waw en ou (prononciation donnée par l'auteur pour la lettre o)î 



iOO LE MLSÉON. 

MnoTTMOTTe epoq 2i.e OTè^T n^e Muneceene neuKe d»,cne' 
ivAAô. ôwiTMOTTe epoq 2s.e ot* çToeAnï^e om nd>.î evTw 
eT2SL(x)MM0c- 2s.e iieTçqc'yMô.ne MMoq neqnô. lytoïie es.n" 
ère Tà<\ TomonoMiô. MiiMOTTe iiAococ ô.AA.ô. on ôvTis>n 
ô^TO) nô^pôs. ue^c^xoui ô. Tco4>id«' MimoTTe ô^Mô^OTe «TeT- 
5'i2£. ujevnTOTcoôvi tt-fpe' InneTOOMoAouei MnetiTô^q- 
iio)T MiioTe MMoq (sic) eiiyev2s.e çtojkoho'miô^ ùottiot- 
OM niHevijMOTîi 2i.e on ncpô^i ejnnT Menncev niMTC- 
THpjon iidK\ eTOT^ds.pevKTHp\"^e MMoq' 

ccoTM iVonion 2s.e nevvi} noe equHT hTï niOT2s.ô.i née 
noTevïiiCToo npequjeMuje ei2s.co7V.on ô^tco cevniytoi Mne- 



ils ne rappellent plus irnir, comme dans les autres 
lanifues, mais ils l'ont appelée ou, espérant par là et décla- 
rant détruire ce qu'elle signifie (i), à savoir l'économie 
de Dieu le Verbe. iMais, de diverses manières et contre 
l(Mjr volonté, la sagesse de Dieu la emporté sur eux, si 
bien cpiils en sont arrivés, dans leur écriture, à confcsseï' 
ce (pii était bien loin d'eux, à savoir l'économie par 
excellence, cl cela, dans les buit lettres (jui viennent ai)rès 
le mystère (|u"ellcs caractérisent (-2). 

Kcoulc/ du reste do (|iicllc manière le Juif' se dérobe (s) 
comme un incroyant idolâtre cl, comment inéanmoins), 

il) Lilt. " ospi'iMiil \)ixy là et disant (juo ce (|u'ollo sigiiitio ne soi'a pas. 

(2/ Litt " Mais dans une variété el en deiiors do leur volonté, la 
sapresse divine l'a emporté sui' eux. jus(iu'à ce (pi'ils écrivent de telle 
manière (pi'iKs eonlessent ce (pii est loin d'eux, je veux dire l'économie 
unique, dan.s le.s huit lettres aussi (pii viiMUient api'ès ce mystère qu elles 
caractérisent. " 

Ce sont les huit dernières lettres, lif^uratives du mystère du Christ. 

(:0 Mtt. •' s'encourt »•, pour échap|)er au mystèie dont il est obligé 
cependant d'admettre le symbole dans la lettre waw et dans les autres 
lettres. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. A0\ 

qoTTCouj eqcTM^^wuei mu iiReceene n«d».cne- oMniieiy- 
MOTTïi ïic^es.! ô^Tto ^M n^^ife Men necMOT Mne^e neTOT- 
CTMeviie MMoq' 

evTco nà^\ neTcooTTii MMoq ô^n ne" née po:) ee^e2s.coM 
liTewirnooT (-pr-) efeoTV Mnieoevs eTOTMOTTe epoq 2s.e 
nMô^ein" ncTpoc «toot Men ttoeÊipô.\oc' née nTô^nssLooe 
noTMHHUje ncon" 

nïujMOTn ncois.i noô^n nxe ô^A4>«<2ihtô>. nenoeTVTV-Hn 
eT'^pes.n epooT n-foc exe nô.i ne hô^tô^ ncTpoc 

n exe nô^i ne |c1^vmh^ ; p eTe nes.ï ne en ; c exe nôvi ne 
c^jn ; T eTe m^i ne côv2s.2s.î ; tt exe nô^i ne nwcj) ; cj) eTe n*.! 
ne pï<^c ; ^ eTe nevi ne een ; "ô7 eTe \mk\ ne ed.T 

TenoT on ô. nioco£i oTrcono nô^n eÊioA ■ 2s.e otji ottmtc- 
Twpion ^M nid.Ac|Dd.£iHTds. neqnd^ -l-TOOTq es.n ne nS'i 

en dehors de sa volonté (il, il est d'accord avec les autres 
langues en ce qui concerne également les huit lettres, 
ainsi que rohjet et rimago du Christ qu'elles repré- 
sentent (2). 

Ils n'ont niénie pas su échapper à cette lettre a})pelée 
sicjne, les Syriens et les Héhreux, comme nous 1 "avons 
dit une multitude de fois. 

Ces huit dernières lettres de l'alphahet grec s'appel- 
lent comme suit et sont celles-ci d'après les Syriens : 

n, ce qui est sumech ; p, ce qui est en ; c, ce qui est 
plie ; T, ce (jui est saddi ; t, ce (|ui est Itopli ; c\>, ce {|ui 
est rés ; "X^, ce (|ui est sen ; to, ce qui est (luni. 

A pi'ésent, il nous ap()ai'ait de nouveau qu'il y a un 
mystère dans l'alphahet; (sinon) ral[)hahet grec et héhreu, 

(1) Litt. " au dessus de sa volonté » ; malgré lui, il est, non moins (luo 
les i)aïens, oblige d'admettre les lettres symitoliques du mystère ciiréiien 
(les huit dernières). 

(2) Chose qu'ils sont obligés d'admetti'e pai* voie de conséquence. 

26 



U)^ I.K MISÉON. 

d.'\c|:>ô.ÊiHTdv npe'A.Ty.Hniuoii mu ud< noe£ipiKOïi KevTiv neuT- 
ô.nujepnuô.ô<T eppô^r eTCTM4>tonej Mt\ neTepHT pu 

evijcoue 2s.e eKÔ uô^uictoc ôwTco iiô^ttcot upuT- eie 22.000 
nà.\ UTOU" 2s.e eTÊe ot mô^'A-Aou uicpô.1 uiHvy mu ucTe- 

pUT TOTTeOTlU niMepUJMOTTU (sic) UCpes^i eTÔ UTTUOC 

UTOiKOUOMie*^ M\ie;>^c- evTeuTOTr epoirn mu^ô^h" (-p2s.-) 

ÇTCTMôvUe ou OTTev2S-pOMHeTeques>dvU02vTMeiMnHOeMOC 

ou €^d.H uueoToeuy exTco uToq ne uMô^eiu eTOTrô<nTj?V.eri 
ouoor4" udvTô. Tenpoc|)HTies. ucTTMeoiu 

ueTOTOHM 2!^e eepujiiHp eueci\e^.u2i.dw7V.ou ueupeAAHu* 



coMimc nous venons de le inonli'CM', n(» se prêteraient 
|);is à un Mccord réeiprocjue en ce i|ni concei-no les earae- 
tcies et les noms (1). 

Que si tu es incroyant et lehelle, dis donc p()ni(|noi 
plulol, CCS lettres s'accordent ensemble ; en d'autres 
ternies, pourcpioi ces luiit lettres (î>) figui'atives de réeo- 
noniie du (-hrist sont })lac(''es à la lin, symbolisant avec 
certitude celui (jui viendia dans le monde à la tin des 
temps. C'est lui (pii est le siiiue de contradiction, selon 
la pr()|)liétie de Siméon. 

(^eliii (jiii veut s'associer au scandale des Grecs, cpiil 

(1) Litt. •• Maintenant ilo nouveau cotte oliose nous apparaît qu'un 
niysitèi'o est dans l'aliiliabet ; n'auraient pas contribué l'alphabet grec et 
riirbrcu, selon ce (pic nous avons exposé, pour s'accorder entre eux 
dans les caractères et les noms ". Arabe : - Il est évident que s'il n'y avait 
jKis pour rrcDxomic du Messie un mystère contemi dans l'alphalict, ne 
s'aideraitMit pas nuituelleinent otc;... -• ce qui l'ait supposer une lacune 
ilans la transci'iption du texte copte. L'auton- no jiarait pas s'inquiéter 
du désaccord dos (iernièi'cs lettres, à moins (ju'on n'y voie ime allusion 
dans le •• sii;ne de contradiction. » 

(•-M Le texte porte /« huitUme lettre. La suite indiipie qu'il faut liie 
les liial lettres, cont'oi'mément à l'arabe. 



LES MYSTÈHES !)i:s I.IIIKKs (ilUXQlKS. 4(15 

€T£ie wà.\ Mds>peq2S-w epoï iiTpepMHniô. eTiit^ \ivujMOTii 
ncpevr TOTTecTin m po) ctmmô^ Td.'2s^T t c\)\ ^i oi* ô.Tto 
^OTôwrt eTujes.ïiÊio3'\ epon ïieepMH!i\^. uuô<\* Teimô».ooMO- 
TV-OPei MMOOTT Tes.^H ^ 2s.e peu coc|)Oc ne* es.'<\.7V.d< Men Tom 

èvTco MiioTejMC epoûT ïi5'ï ncoc|)Oc iiTô<Tiyo)ne eiujes.2s.e' 
enevCTpoTVoi^oe eT2s.ô».pGM' mu uô^cTpojioMoi- utcocJ^ïô. 

Teoc|iiis. cô^p MimoYTe MiieciuoT eooTw euoHT mijes.T- 
eooTTn" KG Mô>.?V.icTd. GTÊie ud<\ GTeuvMev2s.G epooT GTiie 
iiicTo\;X!.*°*^ eTpeinncoô^r nd^\ gtotavottç ♦'P»^'^ 2i.G 
MA.GIM. iieiieciMOirt (sic)- 

ôvKHôvT rè<p TeiiOT 2s.e mug noe'<\?V.Hii ko) (-pë-i n^^T 

Ml\ô>.l 0T2s.e MllOT2S.VHne MMOq OITM l\eTe 110)"\ Mii!î^.O- 

rne doiiiio rexplicMtioii de ces Iniil Icllics, j)!. id. siimnui, 
tdii, u p/ii, c/ii, à. S'ils nous rw (loiiiiciit I iiilci'|ii'('l;iti()ii, 
nous leur accorderons ;nissil("i| (ju ils sont des sa^^cs. .M;iis 
il ne leur est piis possililc de nous diic dc>- choses de ce 
genre ; ils ne sonl |);is c;i|);dtles de les proférer el ne le> 
connaissent pas, ces saues d aulrelois. je \eii\ dire les 
astroloiiues prol'anes cl les asirouonies de la saiicsse 
anti(|ue (i ). 

Cai* la sagesse de Dieu nCst jtas eiilrce dans le co'ur 
de ces insensés, surtout au sujet de ce (|iie noii^ axons 
dit de cet élément des lettres (piils ap|)ellenl sii:ne. cpi- 
sunon. 

Tu as vu niainlenanl, en ellél, (pu- les (irees ne le pos- 
sèdent pas et ne le comptent pas dans l'ordre voulu i-_>'. 

(1 Si la Icctuif/ u»>*.c i>t;iil corrocit;. il l'amliiiii tiaiiiiii'O l.i >MLri'-.~i 
ff'opprohre ; mais il est plus naliirol i!'' -iipiMi-cj- (jii<' we^ixc c-i écrit l'aii- 
livemeilt pour «ei>.c aticieii. Aiai.e : ■• aiiliiiuo ••. 

(?) IJtt. " ne le iJOssetleiit pas et ne II' comiitent pas pai- le d^gre (pii lui 
appartient. » 



404 LK Ml SI%ON. 

givr ^OTes^u eTU}d.uutop2£.q e&o'A. mmoot ee2s.a3M.v\.oc e^\ 

"^HTev MniMevçin neeMeoiM '-^ • uevTô^ ee eTOTcooTtt nT\ 
tiCTpoc ujevuT'en cô^ujq coot ïvc' evTco ujô^H'Tïi ncTMooM *'^ 
THpoT eTO nToTV. «ca. ncTrepHT" 

€qTces,Êio MnuocMoc oïtm niOTrnoTiKMdw '''* n'fï nnoTTe' 

2SL€ C' pô^^H niM" Mtt ntCTIC npO)M€' MW m&C ÏIIM eTon£ 

M« KTHcic nïM* eTiyoon epooT ô<n nnic^evî MniMevem 
nô^i neneciMwn tiTe ue^e pen peq2s.i5'oA ne" es^vco 
eTCtopM ôvTTco ceKOjpq o^r ue»vp neTOTnô.e£i?y.evnTi MMoq 
n.'Tx iiecpevi ïiTe d.'A.4>ô<6HTôv* eiywne eTujevncoô^icoT ^n 
ncTenoTOTT (sic) MÉiô^eMoe e&oApiTM imoTTe 

(a) .S^c pour (THMcion sif^ne. 
(h) -Sic pour 'j-6^jZ'.-;ij.'jl. 

Ccs{ ()()iji'(ju()i tous leurs cîii'actèrcs et toutes leurs lettres 
sont mensongers, puisque, en proecdant à leur distribu- 
tion, ils disent ([ue ci é(|uiv!uit à cincj ; et, eoinnie ils 
n'écrivent [)as le si(/ne symbolique immédiatement avant 
le zêta, eontbrmément à la seience des Syriens, tu trouves 
(jue six égale se[)t et (jue tous les signes l'un après l'autre 
sont menteurs (i). 

Dieu, par ce signe, a appris au monde que toute écri- 
tuie, et tout homme fidèle, et tout esprit vivant et toute 
créature, (jui n'a pas les lettres de ce signe ep'mtnon du 
Christ, est menteur et est dans l'erreur et la vanité. 

En elï'et, en quoi ces lettres de l'alphabet nuiront-elles, 
si on les écrit dans l'ordre qui vient par Dieu. 

(1) Los Grecs ont conservé à Vcpisimon la valeur numéri(iue de six ; en 
le retranchant (k> l'alphabet, ils ont l'ait en sorte que l'ordre des chiffres 
ne correspond plus à celui des lettres, la sixième lettre, zéia, ayant la 
valeur de sept, et ainsi de suite, pour le reste de la série. 



LES MYSTÈRKS DES LETTRES GRECQUES. 405 

cooTT ^n THiie- ôiAAô. on mu ro^^j uexTô. ncTpoc q ne' mu 
nie^evï on iiTC p ' (-pT-) lyoMnT hctoï^x'^'^'^ ^^^ eT2s.iHue 

MMOOT Tpïô».TIUOïV MUTTHOC MTpivCiev TpièvC" 

ôkTTw iiôki n+Mine Mue nnoTTe coô^ïcot oeu uecTOi- 
^loti ïies.*A.c|)ô.£iHTev nô^i exo ïiTTynoe neiiccouT mu toiuo- 
noMidw noTr2s.es.i MunoTTe nAouoe qomcouo eÊio'\ mmoc 
2S.G Terpievc uomootcioc ot dvTcouTC 2s.e 

(.1) \'oii- i)l;iiif;li(' III et la note (1) ci-ilessous. 



\'A non seulement cette lettre du si(j)ie, qui équivaut au 
nombre six, mais aussi le l{npli, selon les Syriens, qui est 
le silène 1)0, et la lettre du nombre 1)00, sont trois earac- 
tères dont la valeur numérique est basée sur le nombre 
trois (i), en fiiiure de la Trinité sainte. 

Kt celles-là. Dieu ne les a pas écrites parmi les carac- 
tèies de l'alphabet qui sont figuratifs des ci'éatures et de 
l'économie du salut de Dieu le Verbe, pour montrer que 
la Ti'inité consubstantielle (2) est incréée. 

(1) i.itt. •• sont trois éléments oomi)tés (['ai)iès le nombi'e trois » ; fi. ^0 
et 900 étant divisibles par ti-ois. On sait que les sif^nes authentiques des 
nombres 90 et i'OO n'étaient ni le q ni le p, mais des caractères spéciaux 
qui ressemblaient à ces lettres. Le nombre 90 était mai'qué pai' le koppa, 
répondant effectivement, en tant que signe alphabétique, au Q latin et 
au l{02)li sémitique Le nombre 900 était représenté sous des l\)rmes 
diverses rappelant la lotti-c p. Notre pi. III reproduit la page du Ms. où 
se l'cncîontrcnt ces cnraotèrcs (1. 21 et 22). N'ayant pas à notre disposition 
ces rai'actèrc^s spéciaux, nous avons con.seivé les signes q et p employés 
dans les anciennes éditions coptes. Dans ces éditions, le p désignait donc 
à la l'ois le nomlirc 100 et 900 et le q répondait à 90, valeur qu'il a conservée. 
Voir ce qu'écrivait déjà à ce sujet Peyron Grcnmnafica liiiguae copti- 
cue isii. p. 5. Stern. Kopfischc Grmnmafih 18S0. se contente de donner 
les l'oimes du signe 900 ip. 13:^. Steindoi-d'. Kop/ischc Grammatih 1894, 
ne mcntioime aucun des deux signes. 

{2) 6fJioova'.o: 



i()(l LK MISKON. 

OTi Mf II 2s.e nô<\ iiTeiMiue* cootm om OTjOTHq* nMô^ein 

cooT nujo npoMue €I2£.commoo enic^es.» n'^Mine exo 
uTTuoc Mue;xc quH cevp eopevi Menneco^^ nTi o^tctoi- 
^oc i.v/r) ucod^i «e»iTopooT txe :5HT^s. ne' ne^i eTCTsrMes.ne 
«TCTniTeAiôi Td^i (?TndvUjcone om OMe^cevujq «ewn" ère 
uMepoevuiq nu|o npoMne ne oTis^ropooT uô.p ne ô^TOi 
udvTU|^^.2SLe epoc re TCTnTe7V.iis. MnnocMOc- exCie neoooT 
Mïi TeTiioT eTMMô^-v MU '\eve<.T cooTTn 0T2!^e nd.uee'A.oc' 
eiMUTe» MiinoTTe exCie nô^^ nic^ô^i MMepcdwUjq eqô nôwT- 
ppooT- 

(-pY") nicoevi 2s.e MMeoiijMOTn eq-^^pooT* eqc7rMes.ne 
nevu Mnev\' £m n.wepiyMOTn xe Tô^nevcTevcic Mne^c" 

Piiis(jtril cil est ;iiiisi, (H'outcz altentiveinciit. 

I.c siiiiic ciiisimoii, (|ui est le sixième, figure le sixième 
milliei' (Inmiées, je veux piiriei' de la letti-e qui est le svm- 
holc (lu (>lirist. Il est suivi d'une lettre non-voyelle, le 
/('la, represeiitaiit la consommation (jui arrivera au sep- 
tième àiic ou septième milliei' d'années. Klle est une 
chose sans voix cl indicihle, la consommation du monde, 
|iuis(|uc ce joui' et cette heure, personne ne les con- 
iiail il), pas même un aiii-e, mais Dieu seul. Voilà pour- 
(juoi celle letli'c sejilième n'est pas une voyelle (•>). 

La huitième lettre est une voyelle ; elle nous représente 
ceci : dans le huitième làiic) a lieu Vanastase du Christ (ô) ; 

{{) Litt. ■• an sujet i\o ce .jour et de cette heure personne ne connait ". 

(;') I.itt. ■• est sans voix n. 

(;'.) Nous avons (îonseivé le mot (tnastldsc «ki\«wCT«k.cic ilu texte copte. 
On no jtout pas supposer, en clTet . cpie l'auteur ait voulu placer la rcsur- 
rodion (hi l'hrisl au huititînie anc 11 faut enteiulro ici par l'anaslaso du 
Christ <(iil la rcap}t(iritioii du ('luist, soit, plutôt, la résurrection de 
ceux (pii rcssusr;itoront pai' le Ciu'ist. Letextede l'épitre aux Thessaloni- 
cifii.> au(picl il est lait allusion dans la suite, permet l'une et l'autre 
interprétation. (\ Thess. IV, 15.) 



I.KS MVSTKKES DKs I.KTTKES (.KKColES. i07 

exiSie y\iK\ ecnes.iycone on otcmh îidvp^is>cce".\oc mïv ot- 

eTÊe uevï oHTe^ h mu cô neTOTcottO uT6.HevCTes.e5c e)ûo'\. 
ce2s.coMMoc epooT oioTcoii 2s.e cç-^opooT" 

eiycoue ne\\2S-i e^u uiieTn2s.coAVMOOT' ev2i.ic cpoi utok 
2fi.e eTÎîiC OT nicuevT ucoevi upe^-^opocT cto née tioTcov 
ÛT is/'r) enecoôvï neneciMton nTC uai^w cin CTe ê ne o^v- 
en uevp Avnôvi c ne e'^-^^opooT onTdv n on oTpe^-\-opcoT 
ne" e^Mennces. nevj on' 

ceviyq uevp ncoe^i npe^-VopooT ne cevvvj^ on nocoiii 
nT&.TU|cone on Tc.un Av.nnoTTe OT^^e niccvurj| ncoevi 
npeq-^opooT nce un e^n eopevi ncev ncTepnT evA\ev 
0T6>- Men ujèvnTenTq Avnncev ^ ^toot ne OTev Mnvices. 



celle-ci, en cIVet, huia lien à l;i \oï\ de 1 afeiiaiiiic el de la 
Ironipelle divine. 

(l'est j)()ni'(jnoi li-hrUi et Vdiiici/a. (\u\ ainioncent ï<niiis- 
l<is(\ on les apjudle l'un et l'anlro des voyelles. 

Si tn n'aecejites pas ce (pie javanee, dis-moi toi-nièine 
poniqnoi ces deux voyelles n) servent connne de i'eni[)art 
à la lettre r/>/.s////o» du sujuc, à savoir r ; car il est [M'Ç- 
eédé de e, une voyelle, et suivi (\o lirla, une autre voyelle. 

il y a sept lettres voyelles ; il y a éiialeinent sept (euvres 
qui ont surgi à la voix de Dieu. Or ces sept voyelles ne 
se présentent pas à nous les unes après les autres ; mais 
l'une tu la trouves après quati'e (-2), une autre apivs trois, 

(1) Epiiiloii et hrtii : W'.insinion est placé entre ces deux viiyelles. i-oinnio 
entre deux rompai-ts. 

(î) Dans ce passoire. coMiine dans plnsieiiis autres endroits, le nt)nî do 
iii>Tnl)re est acrunipa^iié de ^^m éiiuiviilent al|)liat)éti(|uo :i., t'. fi, dw et(!. Çà 
et là, on croit reconnaître dans l'emploi de ces sif,Mies une allnsioîi à leur 
interprétation symbolique -. ailleui-s, ils parui>sent simplement employés 
par l'odondancn. 



408 LE MLSÉUN. 

iijOMUT u" Re OTTô. Muncô. enô^T È" ue otô^ Menncfv {sic) 
oTô. ô^' eT&e nes.1 MMd>.em Mn ueujnwpe cT^n otcmh «Te 
imoTTe (-pH) nTô.Triaa>ne ô».n oioTcon ncô< neTrepHT' 
evA7V.ôv KôiTdw oTTinno^wne nTe onoToeuu Men oen 'Vpo- 
noc née ocoot iinecTOi;)(^\on nô^TopooT" nô^i nTô.n- 
'^owpoc epooT" 

nujopn npeq-\-ppoo7r ne htthoc nô<'\4)ev' eTe iiô^ï ne 
ô<2s.ô.M- nevï eTCH^ oïtïi ô^A4>d^- iiô^ï nTes.uvycoiie pti nTïss. 
AvnrioTTe mïi nequjèv2s.e' 

eopôvi on OM uMepujOMiVT tiujo npoMne TOTTecTin RMeg* 

une autre après deux, une autre après une (i) ; e'est ainsi 
(|ue les signes et les miracles produits par la voix de Dieu 
n'arrivèrent pas en une fois les uns après les autres, 
mais d'après une succession de temps et d'épocpies. Il en 
est de même des lettres (-2) sans voix auxquelles nous 
avons assigné une époque. 

I.a première voyelle est la figui-e d'alpha ; elle représente 
Adam, dont le nom s'écrit par alpha et qui rec^Mit l'exis- 
tence par les mains de Dieu et pai' sa parole. 

Trois lettres non-voyelles viennent après alpha ; de 
nouveau, dans le troisième millier d'années, c'est-à-dire, 

(1^ Pour lo inoment, l'auteur ne s'oxpliquo pas davantago à cp sujet ; 
il parait vouloii' montrer siinpleniont (jue voyelles et consonnes no se 
suivent pas dans un oi'dre détcrniinL' ; de l'ait, «^ est soparé de c par trois 
lettres ; e de h, i)ar une, ou par deux si l'on eonipte Véinsimon • h de 1, 
pai- une seule ; i de o par cinq, ou par quatre si l'on suppi'iine le 5, con- 
formément à la théorie de l'auteur ; o de t. pai- quati'e ; ir de w. i)ar ti-ois, 
ou par deux si l'on écarte le \V — Voir les explications données à la tin 
du traité. 

(2) Litt. " les éléments •• ctoix'O" '• "ous croyons qu'il s'agit ici des 
lettres en tant qu'elles symbolisent les créatures produites à divers inter- 
valles. 



LES MYSTÈRES DES LETTRES GRECQUES. i09 

cttô^T rtujo Mïi ciie>.T nuje OMe Mn cetvTe «poMne- *.q- 
ujcone oiTM ueppooT MntiOTTc nTi nnoT iiOtoi!i npeq- 

ôvTco nô^AiU on dvqjnoMOc nTi imoTTe nnco^e m» 
nec^vyHpe' 

ôiTo:) pjTen cd.vy^ mcoôwJ nevTppooT Menncdv niujOMMT 
npe"4'fopooT TeHcooTti mottiioc nTTjnntop2s. nenAô^c" 
ïiTevcvywiie oitm neppooT MnnoTTG oiTen eTTincAven 
«nTpuoc necvyoon ne nnpco (pë-i Me nTi OTevcne noT- 
toT" ô^Tto Tevi èvenoip2S- eoenMnnnje nè^cne" 

Menncôw nMeoujoMnT cs.e ncoèvi npe'4'^opoo'T ujevqei 
n5'j necpevi nô^TppooT nTnicTi;>(^oc n^HTôv eqoTenp Mn- 

après deux mille deux eeut (juarante deux années (i), 
arriva, à la voix de Dieu, le iiiand événement retentissant 
du déluge. 

Et de nouveau, Dieu promulgua la loi à Moïse et à ses 
enfants. 

Puis, })ar sept lettres non-voyelles, api'ès ces trois 
voyelles (-2), nous connaissons la figure de la division des 
langues qui se produisit par la voix de Dieu, lors de la 
construction de la tour ; la langue unique des hommes 
s'étant divisée en une multitude de langues (5). 

Après la troisième voyelle, vient la lettre non-voyelle 
de l'élément d) thcla ; elic^ montre que. par l'intervention 

(1) (^onlornit'iur'iu à la cJii'onologic^ do Septante 

[2) Nous ignoit)iirf qiiellos sont les sept oonsonnes vistV-'s par l'auteui'. 
Plus loin, il affli'ine qu'alpha vient aprds trois consonnes. On se rappelle 
que, dans lintei'pi'ô'tation dos lettres grecques, il a débuté par delta pour 
remonter jusqu'à alpha, en passant pai' gamma et béta. Cf. Museon. 
Vol. I, n" 2, p. 128 siiiv. i.e lien logique de tout cet ex|)OSé est difficile à 
saisir, bien que le sons iiitérai du texte soit généi'alomcnt assez clair. 

('S) Litt. « était aux hoinines une langue uni(|ue et celle-là s'est divisée 
en une multitude de langues ». 

(4) cTi^çot employé dans lé sens de ctoi^cioh. 



ilO LK MISÉO.N. 

nnujHpe MniHTV. efcoTVgen ivhmç oeve^H ÇTpeq-^uoMOC 
nevir es-Tco è^qnoMoenTi avmoott çïtm ïimht nvyds,2SLe 

IIOC MnAVKT MU)d».2S.e MUnOMOC MHT (7ô<p 116 ItOTeV 

\\à^\ THpq ôi^iytone ^m neqTOOT nujo ïipoMne muhoc- 
Moc" OM neopooT MiiiioTTe ô^c^'V MRMHT ïiiyd.2s.e eroM- 
imoMOc 

ô^Tio nMeoendwir notoÊ ne nei eiio'A. nieccoT uujHpe 
nnevTH" 

f;i) 1,'oiTeiir déjà sifiiialée piMir les Iciiillots C et A-^ se icpr.xliiit o;:;ilc> 
inent ici, le verso de la page pi ayant L-té substitué au /-ec/u • 

(le Dieu, arriva la soi'lie de l'Egypte des entants d'Israël, 
avant qu'il leur donnât la loi et ([u'Il léiiifëràt poui' eux, 
par les dix paroles inscrites dans les tables. 

fotd est une voyelle ; il siifnitie les dix |>;i rôles de la 
loi ; car iota a la valeur de dix. 

Tout cela arriva dans les (piatre mille ans du monde, 
par la voix de Dieu (jui a donné les dix paioles de la loi. 

La deuxième chose est ce ({ui arriva sous .losuë (i), lils 
de Nave. 

(1) Lilt. « est celle (venant) dc.losué v. — Le Ms. ne mentionne iia-^expli- 
citonient le pi-emier fuil. Abstraction laite des jioints obscnus que nous 
signalons, il se.iibie que l'exposé de rauteui- puisse se i'aniener;i co (piisuil : 
la pi-etniùic voyelle a représente Adam : puis viennent ti-ois consonnes 
(A, v', ai.); puis les lettres (e, £, h '.) symboliques du déluge, do la pro- 
mulgation de la loi, de la dispersion des langues; puis le fhéfa repré- 
sontant la soi-tie d'Rgypte ; puis le io(a. la (piati'iéine voyelle, figure des 
dix i)aroles de la loi ; puis les consonnes séparant i de o. c'est à-dire h, A. 
M,, n répondant à quatre laits (dont les :{ derniers seuls sont claiicnicnt 
désignés : .losué, Chanaan, les .luges) ; vient ensuite, la cinquicnso 
voyelle, o. symbole de l'édification du temple ; puis ipiatre consonnes 
(n, p, c, T) figurant les quatre campements d'Israël ; ce (jui nous mène au 



LES MYSTÈRKS DES LETTKES GRECQUES. ïii 

iKiPixi iiMeoujOMttT ncTi^oc ne eTpeTK7V.TponoMei mïi- 

nMep2^ ttowÊi ne neupiTHC 

nMeg-foT res.p nujo npoMne ë" es.q-^conpev (pi-) ^^' 4)i 
ôwirto ôi^ujoA^ nô^n n'î'i nnoTTe giT» TeqcMH Men MMin 
MMoq Mit neqoTTepcô^pne' nMe^'^OT ê npeq'fppooTr ne 
npne MTà.TrnoTq nô^q piTen co7V.oM(jon' tot€ ïiequjevss-e 
ïi'T'i nnoTTe noHTq à<^io neTccoTM epoq piTen nenpo^)- 
HTHC" ô^Tco neTujev2s.e ne om neqeooT nô>.i eneq5'co7V.n 

née on Menncô^ qTooT"^ ncTOi^ïon nevT^pooT' tott- 
ecTin Mnciv (sic) ni n' Mn pw p" m.i\. ctmmô< c" Mn Tews* 

(a) En tête de la page (v) : "pT Te 5c^ ^ 



Le troisième élément (i) est l'héritage de la terre de 
Chanaan. 

La quatrième chose, ce sont les Juges. 

En elFet {sic), le cinquième millier d'années, Dieu Ta 
mai'qué et nous Ta signifié par sa voix et par lui-même 
et son coinmandcMnent. La cinquième voyelle (2) est le 
temple bâti par Salomon. Alors Dieu y parla et ils 
L'entendirent par les prophètes, et ils célébrèrent la 
gloire par laquelle 11 s'était révélé à eux. 

De même, après quatre lettres non-voyelles, à savoir 
pi, ro, suDima, luii, se présente la sixième lettre m ; c'est 

commencement des soixante-dix semaines qui se terminei'ont au Christ, 
figure de la sixième voyelle ir. Celle-ci est séparée par deux consonnes 
(c^), "x) do la septième voyelle. <» symbole de la consommation. 

(1) >Vc : cTr3(;oc jtai'ait èlre employé de nouveau eomme synonyme de 
CToi3(;!oi\, élément ou lettre II s'agit de l'élément en tant qu'il repi'é- 
sente un fait. 

(2) I.itt. « la cinquième {lettre} donnant un son. •• 



ihi 



M Ml si:()>, 



llu .Irsiis 


dirist 


11 


\fi TC 


\>C 


y>\v\ 


r.' iMisdo 


l>iou 


111 


(1 iisiinics 







npue uT^v^»\OT'j| OM iiMeocoor hooot \\t^ \\t<\ eco« 

\»»MPo-\-OT \^l•o^.\ ny>e"^-\-opooT fxo ïvttuoT utTvuwcot 

»\»\y>p(00T Avn'i\^.uoo (s7( ) MuvuW luviopuip Aviipue v Te|>^- 

Mt'Mno^v u^.\ on reviiùe noel2l2s.coAv^>c ut^!-i2slooc ctiIih- 



;i l'".ii Iric (!.' l;i \y^^^> 



ainsi ([iic, - .-iprès les (|iialr(' camiicinciils des enfants 
<l Israël cl la coiislniclion du l('in|d(' au sixième Jour de 
«•et ;iiic. le >i\irnir millier d amu'es, le (liirisl noti'e Dieu, 
la {grande voix cl la pai'ole de Dieu le l*ère, devint seni- 
Idaltle a nous. 

Vax elVet, les ([uati'e lettres non-voyelles (jui viennent 
après la ein(|uieme voyelle, symbole de rédilieation du 
temple, I) siiiuilient (piatre choses, :2) le rèirne des rois du 
peuple d'Israc'l, la desliuclion du temple, 5) la servitude 
du peuple, '( i la disp<'rsi(Mi d'Israid (i). 

.\près cela, (nous an-ivons) dans les soixante-dix 
semaines (|ni, selon la parole de Daniel, se termineront 

(Il X()ii-< iiVDiis lu.iiiiloiin l('.-< cliiilri's ;'i i;i place ((u'il,'^ (iccii|K>iit (l;iii.-< le 
.Ms. ; il (>v:| \i ais(mililalil<' (|ii(\ ilaiis la |iimi.^'''' iIc l'aiit<'iir, ils (li'vai''iil 
niarqiioi- Uvs (piatrc cvcnciuciils ini'iilininK's dans \o Ic.xtc et ((ii'uhi' iicyli 
goiioiMlu sci'ilif les aura dcplaccs. 



LIS MYSTKHKS l)I.S LK/riKES (IKECyL'ES. ï\7) 

nenTô<niypï\2s.oo7r" 

mi 2^t ero iices.pKïRoe dvTTco eTdvnTi7V.eci OTÊie iieren * 
2S-COMMOOT e-^OTCoiy es.Tco neqoivouy à^n TenHevoiTc^ eii- 

neod^ï nes.TppooT exe nujopii ne ô/ otôv 2^e Men OTcoevi 
noTWT ïid».TppooT )û çTe uMepciiô^T ive' oTcoes.i noTtoT 
piTOTOiq ère iiMepu)OMiiTiie c» ne OTres. 2^e oiTOTcoq nà^T- 

Mnnee^. c^toot' ô^tw iiMepeooT ncoô^i Jiô^Tppooiy oiTCTtoq 
ïf^OT c uïMeocô.uj'4 2s.e \\iK\ ero uttuoc nTCTUTe?V.iev 

la) pour Mcuivctoe. 

ail Christ, figure de la sixiènie vovclle, (■oiit'oiiiK'iiicjil à 
ce que nous avons dit (i). Celui (|ui est rhanud et (jui 
contredit ce ({ue nous avançons, ))on gi'é nialiiré (-2), nous 
le eondainnerons en lui demandant pouiquoi ces se[)t 
voyelles ne se |)i'L'sentent pas ens(Mnl)le dans ral|»lia- 
het, les un('.^ apirs les autres ; mais ruiic vient après trois 
lettres non-voyelles, à savoir la première ^., puis sicnt 
une lettre non voyell<' 2i, (jui est la seconde; la lettre 
voisine est la troisième c ; une autre non-voyelle, suit 
immédiatement après, delta 2s. ; pnis vient la cincpiième. 
après (juatre lettres ; puis la sixième est une non voyelle, 
voisine de la cin(|uième e ; la septième voyelle, celU; (jui 

(1) I-u piirase est incomplète : on voici le sens littéiîii : ■• A\)vés ces 
clioses, dans k'S soixante-dix semaines au sujet descjuelles a dit David, 
que sera leur consonmuition .ius(pi'au Christ, tiguie de cette sixième 
voyelle, conformément à ce que nous avons dit. •• L'arabe trailuit : 
'• après cela suivent les soixante dix semaines « I.a consouunation, 
l'auteur le déclare a la lin, l'épond à a>, la septième voyelle. 

(2j Lit t. •• ro/eiLs nolcns n. 



414 LE MLSÉON. 

eq«HT Mcnncev cmô^t ncoôwi nes,TppooT GToiTe-^MHTÇ' 
MH nMep^^oo'S' ttcoôwi iiper^-f ppooT" es.Tco iiicpevi eTMMevT 
eTO MMçpcôwiyq exe oi ne w euei2s.H on cnA.T nTir^ïCMOc 
(sic) HKOTn OM nMCpcooTT nii}o ë npoMne* Aien nMcp- 
cd^iyq- ô^qujoonç nTi uTô^ujeoeiyy MneTds.rre'A.ion' ivTrio 
Mnncev nicô^ujq ecnevujaine nevnTOc nTi TCTnTeTV.iè». 
MnHOCMOc eoTTCooTT MucicoT- Mrt nujHpç' Mcn neiTnev 
eTOTô^ôwÉi ujd^ cnep nenep' pes^Mnn" tçAiot cpevv\'ev \\m.q- 
pdwC coTT ï^ Mnô>.ajonc- ^ ôTpe. 

figure la consommation, anivo après deux consonnes <|ni 
la séparent de la sixième voyelle (i). Cette lettre est la 
septième, à savoir w ; si elle est composée de deux élé- 
ments (2), c'est que, au sixième millier d'années et au 
septième, a eu lieu la ])rédicati()n de rKvan^ile et <|u"à 
la suite de ce septième, arrivera la consommation du 
monde. A la gloire du Père et du Fils et du Saint Ksprit. 
J'ai tini d'écrire, le quatorzième jour du mois de 

Paschons, année H09 (3). 

A. Heiimei.vx.k. 



(1) Le ç\> et le ;x;' 'l'-"' séparent tr de ci : le -v^'ost écarté. 

(2) tt;)(;icmoc .' ; (l'ai)rès l'aralie, il faut liri> cToi;)^;ion, éléinenl. Il 
s agit (les deux demi cercles de la lettre w. 

(3) De l'ère des Martyrs. é(|uivalant à l'année VM).] de l'ère chrétienne. 
Ici se termine notre texte copte. Les six derniers feuillets (en paitie dété- 
riorés) du Ms. sont exclusivement arabes et n'appai'tiennent plus au livi'o 
de l'Apa Seba. On lit en effet, presque au début de cet appendice (après 
un hommage au Christ, suivi d'une doxologie) : - Kst fini le livre qu'a 
(Muiposé le moine Apa Seba sur le mystère c-aclié dans les lettres de l'Al- 
phabet " .. Dans ce qui suit, certaines itlées nouvelles .se font jour à coté 
d'explications déjà données. Notons spécialement : l'extension du syml)o- 
lisme chi'i.stologique à chacune des premières lettres de l'Alphabet ; les 
spéculations sur les trois phases religieuses de l'humanité : lianétisme, 
judaïsme, christianisme; l'adhésion à la doctrine mon()i)hysite dont on 
ne trouve pas de trace dans le ti'aité copte-arabe : les considérations sur 
la nature de V Esprit de Dieu. D'après une traduction de .M. Forget.) 



Vol. 







ERRATA. 






I page 


14 ligne 25 


au 


lieu de «>. 


lire i& 


I - 


15 » 3 




" 


deux autres 


» 


trois autres 


I " 


15 " 7 




" 


ëetÀ^ 


n 


îT, 'A.5 et pH. 




34 dern. ligne 




» 


tau, khi. 


» 


tau, phi, khi. 


I » 


109 notes du copte 


" 


(b) (a) (b) 


" 


(a) (b) (c) 


I " 


130 ligne 9 




» 


RikTôk 


» 


K&T& 




133 " 10 




" 


He2£.&q 


" 


neac&q 


1 r 


13:] note (1) 






l'a 


" 


la 




13 J ligne 11 




•' 


Hcata^q 


" 


neoc&q 


1 r, 


135 « 1 




" 


ne ç^ùwi 


" 


ncç&i 


II " 


12 •• 16 




.. Ti' 


oisième tome. 


Ti 


roisième partie. 


11 - 


31 note (Ij au 


lieu 


de a 


yiuaéon 1900, p 


1. 2ti 


i) lire (Muséon 



1900 p. 12^<). 
Vol. II p. 31 note {i)au lieu de voii' aussi p. 125 suiv., lire voir aussi 

(Muséon 1901, p. 20 suiv.). 
Vol. II p. 398 note (2) au lieu de Aeigc lire Aegic 

Un certain nombre de traits surmontant les lettres coptes, se sont 
brisés pendant l'impression. 



L'accentuation de quelques mots grecs devi-ait être corrigée comme 



suit : 








Vol. 


I 


page 


25 note (2) yevo'iJievo; 


» 


II 


n 


107 note (2) a-coi/£"iov 


" 


II 


" 


111 note (a) tpXûapo^ 


" 


II 


" 


118 ligne 13 àTrXoùv 


n 


II 


» 


120 note (1) 1. 1 Tôv 


» 


» 


n 


» " 1. 2 aUVÔ£Ô£(A£VOV 


" 


n 


-' 


« 1. 4 e£Tav 


» 


>' 


•• 


» " 1. 5 ayY£Xoi 


» 


» 


7) 


» " 1. 6 7:âija 



Planche I 




C^. 







Manuscrit 393 du tonds Iluntington do 

l'IlKMlEK l'-EUn.I.KT 



la lîibUoUiaquc bodl61ciino d'Oxtord 

tVoir inlrodutliou p- 



Planciii.: 11 














> -T 



rij 



Manuscrit 3(j3 du fonds Iluntington de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford 

COPIE DU PREMIER FELii.l.ET (Voir introduction p. i4) 



Planche ITT 



NfntL'iui^NNitntycv i/^'jf^y 

ANN'TtmUéîlHTW. ^-J ^ 







Maimsc-ril ;;<,:i ,1„ |„,h1s Ilmiliii-ion ,Ii> la Iîil,li„tl„-.,,„,. hodlririiiic dOxlnnl 

K)L. pe =■■= (Voir 1), 4o')) 



TU-Pl-LAK. 



m. 



I^es doux premières syllal)es du mot tupikth (prononcez 
toupilak) ont déjà leeu une explication étymoloiri(jue. 

En toute brièveté je rappellerai seulement au souvenir 
du lecteur (|ue le plus saiïe est de les dériver du verbe 
es(|uimau-alascien « tuppi » (revenir) op])Osé aux verbes 
groëiilandais qui nous sont plus familiers : tupipoq et 
lnpinnrpo(/ (jui signifient, comme nous le savons déjà, 
élou/j'cincnt, et au pro[)re et au figuré, comme ])ar exem- 
ple : l'eflroi que l'on sent à ra])parition d'une vision 
terrible et inattendue. Je crois en effet que ces derniers 
mots se sont peut-être formés plus tard d'après le premier: 
tuppi (revenir). 

Il s'agit donc ici essentiellement de la troisième syllabe 
du mol, la(iuelle, je le (;rois, doit avoir une origine très 
intéressante et jusqu'ici inconnue. Quant à l'aflixe « lak » 
remarquons (pi'en Groenland il ne vaut plus que comme 
un signe ou une terminaison tout-à-fait grammaticale, 

(1) Voir Mk.s ■ou, t. XVII, p. 407 et t. XVIII p. 37. 



(•('sl-à-diiT coinnic la inarquo d'un sul>stantif, synonyme 
aux Ici'minaisons tVançaisos : « tion », « isme », « ité », 
etc., soil ({lie la (Icniirrc Icttic de la syllabe finisse en 
'<■ k » dur. soit en u k > doux. (|ii(' nous représenterons 
pai' la lettre <* (| ». 

Mais ce nivclleinent des deux lettres : « k » et «. (| » 
est-il bien contornïe à la vérité? Je crois que « lak » et 
« la(| " oui. dahord. eu une signification toute dilVérente. 
(>('(!(' (jueslion n'a jamais été discutée, et on n'y a pas fait 
la moindre allusion dans aucune des iframmaires ijroën- 
landaises. ni dans celle de M. Kleinsclmudt, en allemand, 
ni dans l'éditio!) al>ré|i<''e par M. Clir. Hasmus.sen, en 
danoise. Je vais donc commuuiciuer à ce sujet mes propres 
impressions, en tâchant de les véritier de mon mieux. 

D'aboi'd il me semble (jue de toutes les terminaisons 
« lak » en a k » dur, on j>eut presque toujours dériver 
l'idée de queUfiie chose de mauvais, d'une anomalie ou 
d'une imperfection ; tandis (|ue le la(| (lak doux) ne pré- 
sente jamais (|ue le caiactère grammatical suivant : \:\ 
maicpie d'un substantif, étant pour ainsi dire d'une qua- 
lité plus neulie (jue « lak » (k dur), .\ussi les mots en 
(t la(| » sonl-ils en majorit«\ tandis que les « lak >' se 
resti-eignenl au petit nombre d'exemples (jue je vais 
citer. 

(Il tant mentionner d'abord ([ue « lali » et « Inq » 
prennent aussi la f'oi'me «■ dlnk » et « dliui », selon les 
circonstances). 

LAK = DLAK EN « K » DLH. 

1. kulak = laid, louid, bideux. 

2. kilak gale. 



TU-PI-LAK. 



417 



5. aterdlak 

i. qajorddlak 

o. kaùjatdlak 

6. magdlak 

7. puifdlak 

8. fmpigdlak 

9. milnkulak 
10. sèrdUik 
\\. qanagdluk 

12. tupilak 

15. sordlak 



habit de plongeur (soit une façon d'ha- 
bit anormal). 

fondrilles ou sédiment médiocre. 

a eau de vie » (littéralement ce qui fait 
les gens chanceler par ivresse. 

un filou. 

poisson de l'espèce dont la bouche est 
trop petite. 

rousseui'. 

lentille (litt. vilaine tâche). 

éiiratiiïnure. 

algue, varech (espèce particulièrement 
anormale). 

l'evenant ou monstre. 

bulbe ou racine de plante — méprisé 
parce que l'àme d'un mort s'y cache. 



Les exemples ci-dessus, sont, je ne le nierai point, un 
peu recherchés, car, je tiens à le dire, j'ai cherché 
minutieusement un peu partout les arguments de ma 
théorie, jamais, il est vi'ai, aux dépens de la vérité ou de 
ma conviction. 

Quant aux mots en « lak » doux, voir : Le dictionnaire 
groënlandais. 

Pour la terminaison lak = dlak, notre célèbre Klein- 
schmidt est évidemment anxieux. Dans les listes d'atlixes 
de son Dictionnaire groënl. il dit seulement que c'est un 
« affixe » qui se trouve dans des mots tels que : « itcrdiak » 
(creux anormal, qui se tiouve parfois dans certains pla- 
teaux de montagnes), dans « qanagdluk = varech. » et, 
peut-être aussi dans le mot « soudi.ak ». Mais il ne for- 
mule pas l'explication de la syllabe « dlak » en elle-même. 

27 



ils i.i: Mi'sfcoN. 

Pour moi, jo crois après des années d'études minutieuses 
pouvoir dire que latïixe, considéré d'oidinaire comme 
adjectif, est un afïixe substantif siiiiiifiant « racine de 
plante « et particulièrement un « bulbe ». Ceci se confir- 
me sutïisamment dans les noms de plantes susnommés : 
le « qanaiiï/A/A; et le « son//a/.- •>■>. 

Je suis arrivée à ce point de vue, en voyant par les 
lilossaircs et des descriptions etlmographicpies que l'ex- 
pression des Ks(juiniau\ d'Amérique pour les herbes et 
les racines ilairal; semble être tout à fait synonyme au 
« lak » ()U « dlak » des Ks(|uimau\ de (iroënland. 

Je citerai comme ariiument : Native Races, p. 79 
(d'après le journal de Saiioskin). « Die KsLimoen mif Kud- 
jdli cssoi Une W'urzchi (Uu/al) soicohi roli (tls geliocht ». 

(Tesl (juCn (jualilé de (Iroënlandais on comprend 
l'acilcincnt ai (jue l(i(/(it doit être le pluriel d'un singulier 
liKItiL ; et !)) (jue ces deux mots ne doivent pas être pro- 
noncés avec le « !>• » doux des Danois, mais avec le « k « 
dur coniine ((Ujlinh cl UKjliai. Je suis persuadée (jue le 
« lak » iiroiMil. et le laiiak kadjak ne sont (jue des formes 
variées du même mot. 

I\ir celle nouvelle explication du sens de l'alïixe « lak » 
-= dlak. le lecteur croira peiil-ètie que je cbaniie d'avis, 
(jiianl à nia première supposition (|u'il signitie ^ laid », 
anormal ou même ini'ehanl. Il n'en est rien, au con- 
traire : les deux expressions s'accordent. Je vais bientôt 
y l'cvenii'. 

IMus loin, vers le sud jus(|u'à l'île Kadjak et les autres 
Aléoutes on n'a jamais rien su de bien précis sur l'exis- 
((Miee de la race escpiimaude. (|Uoi(|ue certains auteurs 
preleiident (|m ClIe provient de ces contrées méi'idionales. 
H en est pourlanl. nous le savons, ({ui ont là-dessus un 



TU-PI-LAK. 



419 



avis tout ()[){)()S(', Quant à moi j'adojjte la preiuièn; suppo- 
sition en raison de la resseinblanco siniiulièrc des nio'urs, 
des traditions et même de la lanifue. 

Si ce peuple, qui reçut plus tard le nom d'Kscjuimaux 
d'une tribu de rAméri({ue du .Nord, est vraiment venu 
jusqu'à la réi>ion qu'il occupe aujourd'hui en suivant les 
cotes de l'Amérique et de l'Asie orientale, il va s;ms dire 
qu'il a pu laisser là-has des traces de sa laiii-ue ou (juil a 
pu adopter partiellement les langues des peuples p;irmi 
lescpiels il a peut-être séjourné pendant des centaines 
d'années. On trouve par exemple les expressions kadja- 
kiennes et groënlandaises pour ravine et hidbe rendues 
d'une manière aussi approchée que possible chez un peuple 
de l'Asie méridionale, les Karines : /o/., lok-inai, lalnd. 

(^est àc et accord remarquable des mots que je dois 
l'observation faite plus haut, que l'atïixe groënlandais luk 
(comme du j'este le mot entier tupil(ih) devait avoir une 
origine très intéressante. Quant à moi qui suis absolu- 
ment convaincue qu'un grand nombre des Ksquimaux 
groënlandais sont venus de la mer du Sud je trouve 
l'accord tout naturel. 

Revenons au sujet {|ue nous avons (juitté un instant 
et demandons-nous : Quel rapport y a-t-il entre un bulbe 
et « laideur » au figuré comme p. ex. un mauvais es[)rit ? 
Tout simplement celui-ci, qu'on se (igurait que le bulbe 
contenait l'ârr^e des morts, surtout celle des personnes 
méchantes ou des fainéants. 

On reti'ouve encore cette même idée chez les peuples 
barbares. Et — chose remarquable — i:ons autres Danois 
disons d'un fainéant ou vauiien, qu'il est un « Rod » 
{racine) ou « Knold » (hulhe), et nous voyons la même 
chose dans notre nom vulgaire pour la dent-de-lion 



4:20 LK MUSÉON. 

(tai'axaciiin) c'est-à-dire « Fandens Melkehotte » le «' pot 
au lait du dial)le », le « sordlak » des (iroënlandais. 

L'oi'iiîiiie du mot wnllal, est obscure, à moins (juou 
puisse le dériver du petit uiot c so », = « (ju'est-ce que 
c'est que cela ? » ici avec un peu d'ironie dans la question, 
comme par exenjple : (juel est ce bonhomme-là (dans le 
bulbe) ? : cai-, (juoicjuc le sordlak soit le nom comnmn 
(»oui' la lacinc; de toutes sortes de plantes, il est en même 
tem|)s le nom propre de la dent-de-lion trroënlandaise ou 
du « pot au lait du diable » des Danois. D'après cela il 
paraît que notre analyse est assez bien fondée. 

Après être ai-rivèe à la conviction (pie Iak (= dlak) des 
(iroënlandais avait dû sij;nilier dans sa première acception 
« Inilhe », et avait ('té conservé au sens |)ropre dans les 
noms des plantes sordlak et (puia^ïdlak (j), je crois qu'il 
faut analyser et traduire le mot tupïlak, non pas : le 
« mauvais esj)rit dont la seule vue effraie les hommes 
jusqu'à les faire étoutfer » (-2) ; mais d'après le verbe 
alascien hippi (revenir). C'est donc le bulbe qui revient 
parce qu'il recèle un mauvais esprit ou l'âme d'un mort 
qui possède un corps humain. 

iNous croyons avoir démontré que la syllabe ^roënlan- 
daise lak-dlak peut exprimer les deux idées bulbe, laideur 
et même méclianceté. Va nulle part cette double signilica- 
tion n'est plus manifeste que dans le mot Tupilak. 

Nous aurons l'occasion de poursuivre cette analyse. 

Si (piebjue jour il était prouvé que mes théories n'ont 
pour base que des rencontres de hasard on ne pourrait 

(1) qana^Hak ou » racine montant de tente, " est une espèce d'algue 
mangealtle qui consiste en de longues tiges que les indigènes compai'ent 
aux montants qui servent d'appui à leurs tentes. 

(2) On ne peut pas rattaclier le mot tupilak au verbe groënlandais 
tuppipoq (étouffai). 



TU-PI-LAK. 421 

nier au moins que les apparences leur sont favorables. 
Et si je n'obtiens par cette recherche qu'un seul des buts 
de toutes mes études sur ces j)roblèmes, c'est-à-dire de 
provoquer la discussion entre les Américanistes et les 
Orientalistes, il me semblerait avoir gagné un gi'and avan- 
tage. Dans ce cas. je me consolerai avec les paroles de 
Darwin : Les théories en elles-mêmes sont bonnes, car 
elles mènent aux faits. 

S. RiNK. 



mmWE DK TARSI< 

ET SON ROLE DOCTRINAL'" 



(Test une fitïuro intéirssanto (juc colk' de Diodorc de 
Tarse. Par ïv, poste (jn'il oeeiipa dans la liiéiarchie ecclé- 
siastique, le l'ùle (|uil joua dans certaines circonstances, 
et notaninient les iniluences doctrinales (|u'il aurait 
exercées dans un certain milieu, révècjue de Tarse occupe 
une place à part da/is l'histoire de IKiilise au IV*" siècle. 
Cejiendant cette (iiiure est lestée jus(ju'à un certain point 
dans l'ombre, et toutes les recherches qu'on a faites à ce 
sujet ne semblent pas en avoir nettement i\\é les ti'aits. 
Ne I aurait-on même pas (piehjue |)eu altérée ? (^est une 
(pieslion (pic l'on peut se poseï' dans l'état actuel de nos 
connaissances. Je voudrais étudier d'une manière som- 
maire la vie et les gestes de ce personnajie célèbre. 
Diodorc de Tai'se appartient à la fois à Uiistoire et à la 
ixilrolof/ic, deux sciences (|ui ont leur place tout(> mar(pi('M^ 
dans notre licriu'. 

(ï) I SoiK. i:s : P. G., t. XXXIU ; Mai, yova l'alntni Rihliolhcca, t. VI. 
.?, 1^ lMO-?r)S: PiTUA. S2)>cilCf//inn sulesmcnsc. t. I. p. ?(V.i-2".-) -. oiitio 
sources hisloiiques citées au coui's do cette élude -. — II. Iuavai \ : Kihn, 
i'cbcr hniiy.% Ktid aXXTiyoova, dans la ThvoL Qi'artulsi,ti}if\ t. lAli, 
1S80), p. 5:!l-r)S?; B VHDKMIRWKK. Pfitro!ogi\\ ISO-l. p. 0'. i'-:!0! : |-fATI!Tui. 
Ane. fitfcf. chré/., 1S'.>7. p. ?9:?-".:"'.'.'i ; — IH TKADiurioN.s. Fiairiiieiiis 
doj,nnatic|U(>s traduits on syriaque dans P. dk Lacaiu)!-;. Aiut/crfit 
syriaca, Leipzig et Londres, 1858, [). «Jl-luO. 



DIODOHE DK TAKsE ET SO> UOLE DOCTRINAL. 42^) 



I. 

On ne possède aucune donnée précise sur la date de la 
naissance de Diodore de Tarse, ni sur les vicissitudes de 
son enfance et de sa jeunesse. ïl faut donc renoncer, du 
moins provisoirement, à éclairer son berceau et les pre- 
mières années de sa vie, et se contenter de le saisir au 
moment où il entre sur la scène des événements. Nous 
savons pourtant qu'il était né à Antioche, ville qu'il 
illustrera plus tard par son enseignement, son action et 
ses luttes ; il appartenait à une famille très honorable et 
très considérée dans la ville. Doué de talents extraordi- 
naires, qu'il favorisait du reste par une constante et 
infatigable application, il alla, vers le même temps que 
saint Basile (ca. 550), étudier à Athènes qui était alois, 
comme tout le monde le sait, le centre de la belle culture 
intellectuelle et le rendez-vous de tous les esprits distin- 
gués. Là, à l'aide d'un travail continuel, il acquit une 
assez vaste connaissance de toutes les sciences divines et 
humaines. Cependant cette formation purement scienti- 
fi(iue ne sulïisait pas à son ame. Son esprit, fortement 
pénétré des principes chrétiens, cheichait un genre de vie 
plus élevé et plus pur qui lui permit d'atteindi'e, autant 
qu'il le pourrait, à l'idéal de la perfection chrétienne qu'il 
entrevoyait déjà. C'est précisément ce qu'il s'efforça de 
réaliser. iNous savons par Socrate (i) et Sozomène (2) que, 

(!) Kii nous [jarlant do saint .lean Chrysostôme, Socrate nous dit, 
comme nous le vei rons plus loin, qu'il lut disciple de Diodore et qu'il 
se forma sous sa direction avec Théodoi'e de iMopsueste et Maximus (jui 
devint plus tard évèque de Séleucie en Isaurie : Tv-xaûxa ouv ckoi (saint 
.lean Clirysostonie, Tliéodoro de Mopsuesteet Maximus) a7:our)a'îo'. uepl -ctiv 
iç-iXTiv •;vi6\}.t'i(j'., ;AaOT,t£'Jou7'.v îl; ~à. âjXTitixà A'.oôwpqj xaî KapTSpîtij, olttve; 
•zûiz \i.hi à(TXï,-r,o(<|j TToo'jTavTo. (H. Iv, \'I, 3). 

(2) Sozomène raconte la même chose en substance : TaùtT); ôè Tfj; cf)iXo- 



424 LE Ml'SÉON. 

(le rotour dans son pays, de concert avec un certain 
Caiterius arc^hiniandrite, il fut mis à la tête d'une com- 
munauté monasti([ue (àTXY.r/.pwv) dans Antioche même ou 
dans ses environs. 

Dans cette retraite Diodore ne resta pas inactif'. Tout 
autour de lui on ne tarda pas à sentir son action salu- 
taire. Son à7XY-y,v.ov devint le foyer de l'esprit nicéen 
et le centre de la résistance à l'arianisme dans la ville 
d'Antioclie, C est de ce milieu que vont partir tous les 
etl'orls poui- arrêter les jn-ogrès de l'hérésie arienne vaincue 
à .Nicée. Pour bien comprendre et suivre les phases de 
1 altitude de Diodore contre l'hérésie agressive il faut se 
rappeler (pielle était à cette é[)oque la situation d'Antioclie 
au point de vue reliiiieux ou plutôt théologique. Deux 
partis opposés, oi'thodoxes et ariens, nicéens et antini- 
(^éens, se faisaient dans la cajjitale de la Syrie une guerre 
achainée. I.es hérétiques, adversaiics du consuhstan- 
tiaiisnie proclamé à Nicée, avaient une grande confiance 
paire (juils c()m[)taienl heaucouj) sur les faveuis et la 
protection des empereurs Constance (357-5G1) et Valcns 
[TtC)ï-Tû>^j. Diodore se posa en champion (idèle et énergi- 
<|ue de riiorthodoxie nicéenne et ht une guei'i'e sans trêve 
ni merci aux doctrines ariennes. (]e n'était pas du reste 
là sa première entrée en camj)agne. Déjà il s'était exercé 
à la lutte en défendant la hoime cause. Au temps de 
révê(|ue arien Léonce (t ca. .ViT), et encore plus pendant 
l'exil du patriarche Mélèce (r)()()-r)7(S), Diodore et son ami 
Flavien, (|ui succéda à Mélèce en 581, défendirent l'ortho- 
doxie des communautés chrétiennes de la métropole 
syrienne au milieu de toute sorte de dangers. Théodoret 

(jo'^ia; 'îiôaJ/.iXou; iu/î (sailli -ItMil ClirysOstÔlliel toô^ tote T:poï(r:(>J-a<; tiov 
-ff')i rîpi'^avdjv àTy.T,TT|pt'(ov kac-Tcptov xe xal Aïo'otopov -ov r,yrfai[iz'4ry/ ttj; £v 
Tapj(ï) 'Exy.XTjaîa;. (H. E., Vlll, 2). 



DIODORE DE TARSE ET SOiN UOLE DOCTRINAL. 425 

nous dit (jue, dans cette circonstance, Diodore et Flavien 
l'estèient coninio deux rocs iiïiniual)les contre lesquels 
venaient se briser tous les flots de cette redoutable tem- 
pête (i). Le très sage et très fort Diodore, semblable à un 
tleuve grand et limpide, arrosait les siens et dissolvait les 
blasphèmes des adversaires ; il ne faisait aucun cas de la 
noblesse de sa condition, mais sup[)ortait toutes les épreu- 
ves pour la foi (:2). Quant à Flavien, il oignait le grand 
Diodore comme un athlète (0). 

Julien l'apostat, lors de son expédition contre les 
Perses, passa l'hiver à Antioche. Pendant ce temps il 
mit tout en œuvre pour donner une nouvelle vitalité au 
culte des divinités païennes, qui était en pleine décadence. 
Dans cette tentative il se heurta à l'opposition et à l'énergie 
de Diodore chez qui il rencontra un adversaiie aussi habile 
que résolu. Dès ce moment Julien lui voua une haine 
implacable. A cette haine contre le lutteur nicéen il donna 
un libre cours dans une letti'e, inspirée par la colère, 
adressée à un certain Photin, que nous a conservée 
Facundus évèque d'Hermiane dans son ouvrage intitulé : 
l*ro defensione triiim capitiiloriim (4). Diodore s'était servi 

(1) «tXa'itàvo; dk xal Ato'îtooo;, xaOàTTEp T'.vâ; TTOoSdXoi, Ta rpoapàÀXovTa àii- 
X'jov xù|j.aTa. iH. \\., IV, 22). 

l2) Atd^îojpoî fxèv 6 (JocpwTato; xî xal àvîpî'.oTaTo;, oTa t'.; roTay.ô; divAr^^ te 
xal [xiya;, xo"-; |xèv o'.xst'oi; Tf,v àpoîîav TTpoffî'-^sps, xà; di xcôv Èvavxiwv pXaj-jrj- 
p.iaî èttéxX'j^e. (Ibid.) 

(3) xèv ixÉyav Aïo'ôwpov xaOauîp xtvà TrsvxaOXov tJXîi'^îv àOX-rjXTÎv. (Ibid.) 

(4) Voici les principaux passages de cette lettre : « Tu (|uiilcni,o l'hotine, 
vei'isimilis videiis, et proxiinus salvare, beiiefaciens nequafiuani iii utero 
inducei-e quem credidisti Deum. l»io(loius autem Nazaiaci luagus, ejus 
pigmentalibus mangaiies acuens irrationabililatcrn. acutus appaïuit 

sophista religioiiis agrestis Quoil si nobis opitulaii l'uerint dii et 

deœ. et musac omnes, et lortuna ; ostendenius infiiiniiin et corruplorem 
legum, et l'atioiinm, et mysterioiuni paganorum, et deorum inleniorum ; 
et illum novum ejus Deum Galilaeum, quem aeternuin fabulose i)raedioat, 
indigna morte et sepultura, denudatum conflctae a Diodoro deitatis 

27a 



4:2,0 i.i: Aiist^;o.N. 

(les armes empruntées à la sagesse athénienne [)()Ui' pereei' 
la lanuiic de; Julien. 

En 572, Diodore, élanl en fuite, séjourna quelque temps 
eliez Mélèce en Arménie ; e est là qii il noua des relations 
avec saint Basile le (irand. II nous reste des traces de celle 
liaison d'amitié. Une lettre de Basile (i) est adressée à Dio- 
dore pour lui rendre compte des écrits que ce dernier lui 
avait envoyés. D'après l'inscription de cette lettre, Diodore 
n'était alors ((ue simple pi'ètre. Après son retour d'exil, 
Mélèce, pour le récompenser de son zèle et de son courage 
à (léfendi-e en toutes circonstances la foi de iNicée, l'éleva 
à révèclié de Taise. Selon toutes les apparences et les 
inductions historiques, c'est en 578 que Diodore devint 
évèque de Tarse. Sa nouvelle cliaige lui imjmsait de nou- 
veaux devoirs ; il n'y manqua pas ; c'est en cette qualité 
qu'il assista au deuxième concile (luniménique (Constan- 
tinoph; 581). Là il dut jouer un rôle assez important, car 
ledécret de l'empereur Théodore, en date du 50 juillet 581, 
(jui approuve le synode , fait mention de Pelage de 
Laodicée et de Diodore de Taise, comme des juges et des 
arbitres de l'orthodoxie en Orient. 

Istocniin inalo coinmuiii.s iiUlitaiis Atlienas navigans. et pliilosoplians 
iriii)ru(l('nt('r, imisiooi'iiin paiticipatus est i-ationein, et rlietoris ooiilec- 
tionibus oïlibileni adariiiavil liiiiiuain adversus coelestes deos, usqueadeo 
iynoraiis iiubibens, ut uiunt, dej^eiieruiii et iinperitoniin ejus llieoloj;o- 
lum piscatoruin ei'i'orein. l'ropter quOil jam tliu est qiiod ab ipsis puuitur 
diis. .lain ciiim pei* multos annos in periculum conversus, et in coi'rup- 
tionem tlioracis incidens, ad summum pei'venit supplicium. Omne ejus 
curpus consumptuni est : nam malao ejus coiieideiunt, rugae vero in 
altitudiiiem rorporis desceuderuut : quoil non est pbilosophitîae conver- 
sationis indicio. sicut videii vult a se deceptis, sed justitiao pro eeilo, 
dcorum |ue i)oenae, quu pereuiitui- competenti ralione. u>quc ad novissi- 
mum vitae suae tinem aspeiam et amaiam vitam vivons, et faciem 
paliore confeclam. " il'. L , LXVII, G21). 
(1) La 135« (P. G., XXXIIl, 572-573). 



DIODORE nE TARSE ET SON ROLE DOCTRINAL. 427 

Les témoicrnagos et les manjues les ])lns llattems ne 
devaient pas faire défaut à Diodore. A son [lassaiic à 
Antioche, probablement en -liSG, il entendit son piopie 
panég:yri({ue de la bouche de son ancien dis('i[)lc Jean 
Chi'ysostôme. Enfin après avoir rempli sa vie d'une féconde 
activité littéraire et joui de la plus grande autorité, ce 
(pji en fit le chef de la « Aouvelle École d'Antiochc » dont 
l'exégèse jeta un si vif éclat, il mourut avant 51)1. Il est 
impossible de préciser l'année et encore moins \o jour de 
sa mort. Le berceau et le tombeau de cet boni me sont 
envelo|)pés d'ombi'e. L'ne chose pourtant est à retenir 
comme couronnement de cette vie : c'est cpie Diodore 
restera à jamais célèbre pour avoir jeté les foiulements 
de cetie école d'Antiochc dont sortirent deux lioninics fie 
[)remier ordre : Théodore de Mopsuest(\ exégète de grand 
mérite, (pioicfue avec des tendances l'ationalistes, et Jean 
(Ihrvsostome, celui de tous les Pèi'cs urecs (lui a su le 
mieux expliquer et intei'[)réter la sainte Lciiture. C/est là 
à coup siir un titi'C de gloire (pie l'histoire, mrine au 
milieu des plus amèi'es criti([ues, ne man(juera jamais 
d'accorder à Diodore. 



IL 



L'ceuvre littéraire de Diodore fut très vaste si l'on en 
juge jiar les indications éparses dans diHVM'ents auteurs. 
Malheureusement de ces tiu'sors littéraires il ne nous reste 
que (piekjues fragments. Dans cei'tiiines Cliauics scriptu- 
raires on l'cncontre un bon nombi'c de scolies sous le nom 
de Diodoi'C. Poui' dresser un catalogue des ('«crits de l'il- 
lustre antiocliien nous n'avons donc jias la ressource de 
lecourir à ses (euvres elles-mêmes. .Nous sommes ij'duits 



428 LE MUSÉON. 

à recueillir les indications de seconde nnain que nous ont 
laissées d'autres auteurs. C'est Suidas surtout qui va nous 
guider. En effet Suidas nous a conservé un catalogue assez 
étendu, quoique incomplet, des écrits de Diodore. Ce 
catalogue est eniprunté à VHistoire ecclésiastique de 
Théodore le Lecteur (i). 

L'œuvre littéraire de Diodore se divise en deux parties : 

1°. — Écrits dogmatiques, polémiques et apologétiques. 

Sous ce titre nous grou[)ons : 

1° Un traité sur le Destin (Hepî el(^ap{^£vr,;) (-2). Aristote 
avait conriposé un ouvrage portant le même titre. Les 
théories de certains philosophes grecs relatives aux grands 
problèmes de la Providence, de la liberté et du mal avaient 
eu un contre-coup un peu partout et notamment dans les 
contrées syriennes. On sentit le besoin de leur opposer 
une solide réfutation. C'esl ce «pie lit Diodore. IMioliiis 
{i'.od. 2:25) (5) donne une analyse assez étendue de cel 
ouvrage. Cette analyse de Photius nous permet de nous 
faire une idée de l'érudition de l'évêque de Tarse. L'ou- 
vrage embrassait huit Livres et cinquante-trois chapitres. 
Nous y reviendrons plus tard ; 

2" Suidas cite un traité sur un seul Dieu en trois Person- 

(1) Cf. Suidas, Lrx., sub. v. Diodore^ Rec. Bernhardy, I. 1. 137^. 

(2) Certains auteurs domieiU [lour titre : xaTà e'ijj.aouLÎvT,;. Ce titre doit 
être plus exact car l'ouvrage, d'après l'analyse que nous en donne 
Photius, était une longue l'efutation du Destin. — Dans Suidas l'ouvi-age 
porte pour titi'e : Contre les astronomes, les astrologues et le Destin 
(xaxà àj-cpovdpitov xat àuTpoXdywv vcai îî(i.ap,u£VTj;). .le ne sais pas si le titre 
do Suidas est exact. Kn tout cas Diodore dans cet ouvrage traitait d'une 
niasse de choses comme nous aurons plus loin l'occasion do nous en 
convaincre : il y a bien des données astionotuiques et astrologiques. 

(3) P. G., Cil, 829-8-;7. 



DIODORE DE TAUSE ET SON ROLE DOCTKINAL. 4:29 

nés (Ilepl 70'j eU 0£Ô; £v Tp'.â^'.) (i). Ce traité devait l'éfuter 
probablement des erreurs trinitaires ; 

5" Suidas cite un autre traité conlre les Melclnsedechiens 
(Raxà MeXy.o-eoex'.Twv) ; 

4° Un traité emitre les Juifs (k-y-x louoa-iojv), également 
mentionné par Ebedjesu ; 

o" Un traité sur la vésunediou des morts (ikpi, vcxpojv 
àva(7Tâ(7e(0(;) ; 

6° Un traité sur l'âme conlre les dijf'éroites hérésies à son 
sujet (Ileol ^'J'//,; y<-y~y- o'.y/iopwv -z-À aj-:/,; alps72wv) (:2) ; 

7" Un traité sur la l'rovidemv (llco-. -povoia;) ; 

8" Des chapitres à (iratien (llpô; l'paT-.avôv xciaAa'.a). — 
Sujet inconnu ; 

9" Un traité contre l*lal<m sur Dieu et les dieu.i [\\y.-y. 
nXàxwvo; -cpi Heoj xal Ocwv). Il est visil)le que c'est cet 
ouvraire que vise d'une manière si aeeri)e et haineuse la 
lettre de Julien I a|)()stat rappoi'tée plus haut ; 

10" Un traite sur la nature el la matière (Ihp- -^jts'o; x-yA 
•jÀt,;). — C'est un ouvraiie par demandes et réponses, 
dédié à un philosojjlie noimné Euphronius ; 

11° Un traité contre Aristote sur le corps céleste (KaTà 
'Ap'.fTTOTeXoj; -£pl TWfjiaTo; ojpaviojj. — Il s'attache à démon- 
trer que le ciel n'est pas un animal, visant sans doute 
certaines fausses conceptions de l'époque ; 

12" Un traité sur les sacri/ices contre le puien l^orphijre ; 
15" Photius {Cod. Hr)] lui atti'ibue un traité contre les 
Manichéens en limjl-cinq Livres (3) ; 

(1) Mentionna aussi iiar l';i)0(ljesu. l-:ii('(l.jo.su [l-lliod .lesuj est un éciùvain 
syriaque. Il a ili ossi' un catalogno qui hou.< a ùtc i-onservc- par •!. S. AbSE- 
MANi [Bihl. orient.. III, pais. I) 

[i) " rrobaldonioni (ujiUm? Oii^rèn<> ». (K.vtiffol, .\uc. Litt. cftrct., 
p. 291). 

(3j Kai TÔv Aïo'îojpo/, £v x' xal t '.léXtoi^ ■:'>> y.oLzà. Ma^'./atcov àytiva àyojviaatT 
fievov, K. t. X. (P. Gm Cil, 268). 



450 LE MLSÉON. 

14° Le même Photius [Cad. 102) signale aussi Differeuts 
arguments sur le Saint-Esprit {ÏIeoI toO âvwj IlveJtjiaTo; o-.àcio^oa 
é7tiyet,pY,ijia-:a) ; 

15" Léonce de Byzance dans son ouvrage Adversus 
[ncorrupticolas et i\est<)ria)U)s, N" XLIIL emprunte plu- 
sieurs citations à un ouvrage contre les ApoUinarisles 
(Kaxà auvojo-'.aa-Twv) (i). Cet Ouvrage est également men- 
tionné par Ebedjesu. Il en existe plusieurs fragments en 
grec et en latin. C'est l'œuvre théologicjue par excellence 
de Diodore. L'ai)ollinarisme avait tait trop de bruit pour 
ne pas éveiller l'attention et stimuler le zèle des défen- 
seurs de l'orthodoxie ; 

10" Suidas mentionne aussi une Chronique (Xpovixôv), 
dans la(juelle Diodore s'attache à corriger l'erreur d'Ku- 
sébe Pamphile sur les temps ; 

17" Lbedjesu signale un écrit intitulé Adversus conten- 
tiosum et un autre intitulé Politicoruni dont les sujets 
sont restés inconnus ; 

18° Enfin Théodoret (2) fait écrire Diodore « contre 
Photin, Paul de Samosîite, vSabellius et Marcel d'Ancyve ». 

2". — Écrits exégétiques. 

Léonce de Byzance atïirme que Diodore de Tarse et 
Théodore de; Mopsueste (;()mbaUirenl contre les Ariens, 
Macédonius et x\pollinaire, et tirent des commentaires sur 
toute rÉci'iture (0). Stiidas répète la même chose (>n spe- 

(1) P. (J., I. XXX VI, 13sr,-J38S. 

(2) Haer. fah. II. H. p. c., LXXXIII, .{«.'7. 

(.'i) flsot r>i To-Js /pdvo'j; i-/î;vou; èvÎvîto 'Sôo à'v^psî ixv/iXo:, A'.O'îojpo; ô Taç,- 
ffoj î7:i7XOTTo;, /.otl 0îor)(opo; ô McciojïTTî'ot;" o'.-;vî; h/-r,'-t<i-/hoL-i~o ttoo; 'Ao'.x- 
vo'j; xat Maxîiîo'vtov xat "ATroX'.vâç.'.o>/. /.t.': t/jv àXXT,v l'f.a'^V' 'J7:£;j.vf,|j.iT'.ja/. [Ik; 
Sectis, Act. IV. 3. P. G , LXXXVI, \22\). 



I 



DionoiiK i)i: rvRSK ei son hoi-l: doctrinal. i51 

citiant da\iiiitage. I)'a|)i'('s eot autt'ur, les comnicntaires 
e\ëiivti(jiic's (le Diodoi'o ])oi-taipnt notamment sur la 
Genèse, l'Kxode et la suite, les Psaumes, les (juatre 
livres des Kois, les l\ii'ali])omèiies, les Proverbes, 
riieelésiaste, le (^antiiiue des Caiiti(jues. — l^)ui' le Nou- 
veau Testament, il auiait eommenle les <|uatre Évaniiiles, 
les Actes des Apôtres, I ^^pitre |la(|uelle ?J de Jean 
l'Évaniiéliste. A tous ees commentaires Suidas joint 
aussi un traité sur la (Hljcronr oitrc le srus spirilucl et le 
sens allégorii/llL' (TU o',a.iopà Ocwp-ia; xai. àAAvfopia;) . Ce sujet 
était très familier aux maîtres de l'école d'Antioche, Il 
s'agissait de prendre j)Osition entre deux tendances exégé- 
tiques contraires, et l'on sait (juel l'ut le caractère de 
l'école d'Antioelie en cette matière (il. 

III. 

Avant de chercher à savoir ({uelle fut au juste la doc- 
trine du fondateui* de la « seconde école d'Antioche », il 
est bon de se demander (juelle tut sa méthode exégétique. 
Or il n'y a aucun doute à ce sujet : Diodore se [)ose en 
adversaire résolu de l'école d'Alexandrie et crée un mou- 
vement tout contraire ; il prend tout à fait le contre-pied. 
L'école d'Alexandrie, inféodée à Origène, se i)erdait un 
})eu ti'op, sinon exclusivement, dans les interprétations 
allégoritpies. L'imagination jouait le principal rôle dans 

(1) Les l'ragments excgétiques qui nous restent de Diodoio sont insé- 
rés dans Mi(;nk, I^. G.. XXXIII. (Fragments recueillis par Mai, Nova 
Patrum liihl., t.VI. 2, p 210-2.^8). — Cl'. Vitkk, SpicHcg. soleton., I, 
p. 2(i9. — Sur le traité Ti; ^naoopà Oscuota; y.i\ àXXT,Yopia;, KlHN, professeur 
à rUnivei-sité de Wni-zbourg-, a é(!iit un aiticle dans la Thcol. quart., 
t. LXII !l8S(i), p. 5;î1-.")S2. — Des iVagnients do.:?niatiques en syriaque ont 
été i-ecueiliis pai- P. de Lagarde dans les Analecla syriaca, p 91-100, 
Leipzig et Londres 1858. 



452 LF. MUSÉON. 

son e\viièsc. Cette méthode était et sera toiiioiirs vicieuse, 
car elle substitue des vues subjectives à la réalité objec- 
tive ; ell(^ plie la Bible aux t'aiitaisies de ehacjue individu, 
et remplace le textes \mi- des conceptions dont rien ne 
garantit la justesse. A ce compte tout le monde peut èti'e 
exégète et assez bon exégète. D'autre part cette méthode 
est on ne peut plus dangereuse car elle ouvre la porte à 
toutes les rêveries. 11 pourra y avoir sur le même texte, 
sur le même passage, sur les mêmes mots, autant d'inter- 
prétations qu'il y a de n)anières de voir différentes. Or 
cette exégèse régnait pi'csque exclusivement à l'époque 
de Diodore. Celui-ci en sentit à la t'ois le danger et l'ar- 
bitraire. Aussi à l'exégèse allégorico-mystique de l'école 
d'Alexandrie substitua-t-il une exégèse plus solide, plus 
rationnelle et plus natuielle : l'exégèse historico-grain- 
maticale. On pourra critiquer Diodore sur d'autres 
points, comme on l'a fait en effet, et sans doute avec 
l'aison ; on ne pourra jamais lui refuser le mérite d'avoir 
inauguré l'exégèse vraiment scientiliijue, vraiment cri- 
tique, à laquelle on revient aujoui-d hui de toutes parts. 
Là est son principal titre de gloire. Si l'école d'Antioche 
surpassa celle d'Alexandrie, c'est grâce à son fondateur 
(|ui lui inculqua les vraies méthodes. C'est aux levons de 
Diodore que Théodore de Mopsueste et (^hrysostôme 
apprirent ces règles qu'ils ap[)liqueront d'une manière 
si admirable à l'interprétation des saintes Écritures. Nous 
aurions pu certainement nous faire une idée bien plus 
nette de sa méthode exégétique si nous possédions son 
traité sur la Différence entre la théorie et l'alléyorie. Mal- 
heureusement de ce traité il ne nous reste que le titre 
dans Suidas. Il est probable que l'évêque de Tarse posait 
dans cet écrit les principes fondamentaux de son exégèse. 



DIOOORE DE TARSE ET SON ROLE DOCTRINAL. 453 

Il n'est nullement téméraire, je pense, de hasarder une 
conjecture en s'appuyant sur le titre même de l'ouvrage. 
Tout porte à croire qu'il s'élevait contre l'interprétation 
purement allégorique {àXkr^-vopia.) des origénistes, laquelle 
ne tenait aucun compte du sens littéral, et qu'il préconi- 
sait en même temps une interprétation prophético-typique 
(9ewp{a), laquelle suppose toujours le sens littéral et des 
bases historiques. 

Une autre question préalable qu'il faut examiner c'est 
de savoir si Diodore est le premier auteur chrétien qui 
ait subi d'une façon appréciable l'inlluence d'Aristote. 
Ad. Harnack le prétend (i). — 11 est certain que l'on 
rencontre dans les ouvrages de Diodore maintes spécula- 
tions cosmologiques d'origine aristotélicienne. A cet effet 
il est important de jeter un coup d'œil sur le résumé de 
son traité contre le Destin tel que nous le présente Pho- 
tius (2). Dans les deux premiers livres de l'ouvrage, 
Diodore s'élève vivement contre ceux qui soutiennent que 
le monde n'a pas eu de commencement, et établit que 
toutes les choses de ce monde ont eu un commencement. 
Comment le prouve-t-il ? Par les changements qu'elles 
subissent. Nous rencontrons les idées et même la termi- 
nologie d'Aristote. Tous les hommes sans exception sont 
soumis à la corruption et à la génération (3). De même 
le monde a eu un commencement, parce que les éléments 
qui le composent, le feu, l'eau, la terre et l'air ont com- 
mencé ; la raison c'est qu'ils se coriompent et sont 



(1) « F.influss des Aristoteles zuerst dentlich bei Diodor voii Tarsus... 
(DG., II, p. 116). 

(2) Suprà. 

(3) Eîtel Tôiv xaxà [i-too^ àvOpiÔTrcov kV.ajxo; 'jOxoto; Ètt; xa\ yi^rt-crj^, «îr^Xov 
Ûj; xai T) toÛtcov ^pûatç el; -ctjv ô|xotav àvexai, x. x. X. 

28 



i.,)i I.K MLSKON. 

('iiii(Mi(irés (i). Les ëlcMnciils ont coiniiiciicc' pai-ce (pTils 
se soulicmicnt nnitiicIlcMiicnl, tandis (pic ce <|ui n'a pas 
connncncr' est innnual)l(' cl n'a hcsoin de rien. Oi' les 
clrnicnts ont Ix'soin les nns des antres et ponr se conser- 
v(M' et jtour ('(niserver les aninianx (ju'ils eontiennent (-21. 
Kiialenienl les astres et les ('toiles ne penvent pas èti'O 
('ternels. (lai* (|iielle es! l'oriiilne des éléments f Qui, leui- 
ereatenr '! Se sei aieni-ils laits enx-niènies ? Mais ee cpii 
na j»as de eonuneneenient est incapable de ehaiii^ement'^ô). 
Dans le livic ti-oisienie il rei'ute ceux (pii enseignent la 
iornie spliéri(pie du ciel ; il rapporte aussi les théories 
des astroloiiues sui' le ciel el les astres. - - Dans le livre 
(lualrienie il sappuie pour repousseï- le Destin sur la 
(lilïerence entre l'univers habite et l'univeis non ba".)ité, 
el sur les divers climats. Pourcpjoi, se denumde-t-il, une 
partie de la terre esl-elle inhabitable par suite de l'excès 
de l'roid et l'autre |>ar suite de rexcès de chaleur ? (4). 
Mciilioii (les /.()(lia(pies et des xolcans de la Sicile (l-.xc/.'la;), 
(le la (iaiilc ' i'a/,///y.; | - 'kxA'is'; ?!) , et de la Lycie (A'jx'ia;). 
Le li\ic cincpiiemc est rempli de subtiles considérations 
sui' la licnéralion des honuncs par leurs parents et sur 
les vi('i>siludes auxcpH'lles est soumis tout ce (pii est 
sur la terre, dans l'air el la mer. Le livre sixième déve- 
loppe lin arizumeiil par hwpjcl on ivtule mènu' aujour- 



•/.'j:. ■■!, v.'X' -J.i,'/ y.y.: -yiy z^j-ol -aoà wioo; xaO' lxâT-:r,v ■^Uti.r.t-zoi: xa'i '[{■^t-.'x:. 

2) l'ivï,--/ 'Vi Tot -~.'i':/i:% y.'X'. il (uv '')'ji~%\ xa'i i/àjTT,-/ àÀXT,X(uv oeo;j.£va. to 
"-J.-J ■x-;i'ii-.',i •/.%'. 7.-yi~-.'>'i /.%: 7i'/V/'>zi;. A-^Ta- oi -7. i-o'./v.t. i'û.r,'/,i<y/ xa\ i':: -.6 
■jôi'lnH'x: y.'x: ïl; TÔ aiô^v.i xà iv aCcro'?; Çi'oci. 

(3) T''; oi ô Ti JTO'./î-a oï,y.io'jf.,Yva; ; "Il kxîoo; y.£v ojoîIç, Tjzà oà àa jta ; 

(4) TV' [ji"' 'i'-^XTiTO'/ z"/'/'. '>. " 'j-îf/oV/,T,v •Vj/o'j;, -:t,v ^è oi ' ûrîf/ioXfjV xaj;j.a- 
To;, y.. -. À. 



DIODORE DE TARSE ET SON ROLE DOCTRINAL. 435 

d'hui les partisans de la génération spontanée. Si le 
cours de la génération, dit-il, a produit de la terre les 
hommes et les bétes, pourquoi présentement sans union 
ni aucun homme ni aucun animal n'est produit ? (i). 
11 est vi'ai que quelques animaux, par exemple les vers, 
sont pi'oduits ainsi même maintenant (:2). — De plus, si 
les hommes ont été produits par l'influence des astres, 
pourquoi n'ont-ils pas été produits dès le début ? Le 
livre septième roule sur l'origine du mal. Si le monde, 
disaient les asti'ologues, n'est pas l'œuvre du Destin, 
d'où vient le mal n)oral ? Objection qu'on i-épétera tou- 
jours. La réponse de Diodore est la même que celle 
({u'on donne aujourd'hui. (Certains maux, c'est nous qui 
nous les causons mutuellement ; d'autres, nous les 
subissons involontairement ir>), et cela parce que nous 
avons complètement vicié notr<' vie (i) : voilà pourquoi 
nous faisons ce que Dieu hait et a en horreur (.)). Du 
reste, si Dieu nous force par le Destin à faire le mal, 
jjourquoi nous ()unit-il ? (fn. Ici distinction théologi(fue, 
qu'on reti'ouve chez les sc()lasti((ues, enti-e la volonté 
l)crmissive et la volonté l'IJicdcc de Dieu \h)u\' le mal :). 
Au livre huitième, distinction de deux cieux (•i'é(''s : liiii 



(1) E\ Tïj; YîvÎTîtij; ô oody.o; à—o '-7,:^ -rôv àvfj'joj—o'/ /.t.: "à à/.Àa Ttov Zono 

o'jiîaixùj; —yA-'fyjz'-ji oîi/.vjTai ; 

(2) Tliéoi-ie d'Ai-istote i-opi-iso par suint Tlioinas. 

(3) rA~/rj<).-.i à/.o/-:;. 

(4) 'E0oÀa)J2;/Ev -av-ooa-fj; /.■x/À'x- O'jO./.t, -.vt 3'.ov. 

(5) TToaTTOu-v i y.'.îî"; /.xl àro-oi'-î-. WeÔ;. 

(6) El Kl —yi-'ivi Ta 'x-.'j-'x O'.a tt,; i'.;j.avi.£/T,; ô Hio; ^yi; y.y.-i;ii-y/.-Â^_i. 
TTôi; TtxX'.v xoÀâ»;'. d>; rtaiTavra; ; 

(7) iTîpov Kï âd-'.v to ~.t'[/y)'jC:i y/ji'sh'X'. -(\j tj-.i\'ij-':i'i y.'x: 'i'.'.v.z^Si'. ï/.'xz-'yi 
'iouXerai, xa't tô /.aTavaY/.âîlô'.'/ TTsiTTE'.-/ -y. y-.o~y. 



-450 i.i: MisKoN. 

au-dessus du ciel visible, l'autre celui que nous voyons (i). 
Le ciel n'a pas une forme sphci'ique, mais celle d'une 
tente (2). Enfin l'ouvrage se termine par la réfutation de 
Bardesanes et de certains autres hérétiques qui décla- 
raient, à cause de l'étoile des mages, que la naissance de 
Jésus-Christ lui-même était un effet (l(^ cette génération 
universelle. 

Par ce court et substantiel exposé, il est aisé de voir 
(jue Diodorc était pénétré d'idées aristotéliciennes. 

Nous arrivons à l'examen même de sa doctrine. Kn 
général les historiens et les critiques ne sont guère 
tendres pour Diodorc ; ils sont très portés à le chargei' et 
à le regarder presque comme le patriarche d'une foule 
d'erreurs postérieures. 11 est vrai qu'il n'aurait posé qu(; 
des prémisses dont d'autres aui'aienttiré les consé([uences. 
il n'y a aucun doute, assure-t-on, (pie la doctrine de Dio- 
dorc ne cache le germe des erreurs que son disciple 
Théodore de Mopsucste développera plus tard et (jui seront 
condamnées dans la suite par l'Eglise sous la forme du 
nesforianisme (5). Eaut-il s'incliner devant ce jugement ? 
Il est dillicile de se prononcer avec exactitude à la distance 
on nous sommes de Diodorc, et quand il nous est impos- 
sible de nous former une opinion vraiment personnelle 
et eriti(|ue pai' la lecture de ses écrits. Nous sommes dès 



(1) '/Jo 'ivi cijoavo'j; :va •rht toj ô'y(.)|j.£vo'j àv(ÔTîç.ov ')â':c;yOv «vi tÔv 

(2) jy.Ti'/TJî xal xaaâc.a;. 

( !) « Ks Ijisst sioli aiicli niclit bczweifeln, dass Diodoi's Leliie die Kcinic 
joiioi- Iiitliiimer in sich barg, welche sein Sflinler Tlieodor weitei' aus- 
l)ililete uiul eut wiekelte, uiid weloiie bald naflilier in der Form des Nes- 
torianismus von der Kircli(> veiwoi'l'en wunlen ». iHardemifaver. l'niro- 
/or/tr, p. nfiO). 



DIODOUK l)K TARSK Kl SON KOLE DOCTKI.NAL. 457 

lors dans la nécessité de le juger ou du moins de l'apjjié- 
cior par ce (|ue nous en disent les autres, c'est-à-dire 
d'asseoir nos conclusions sur des travaux de seconde main, 
ce qui en critique historique est toujours plus ou moins 
sujet à caution. En tout cas, notre devoii* est de prêter une 
oreille impartiale à tous ces échos, et d'essayer de nous 
orienter au milieu de hruits parfois discordants. 

Tout pei'met de sup|)Oser — disons-le préalablement — 
(pie Diodoi'e fut dans une certaine mesure victime du sort 
auquel sont exj)osés presque tous les hoinnies qui ont un 
nom, et qui s'était déjà abattu sur Origène. Estimés et 
honorés pendant leur vie, ils sont assez vivement criti- 
(|ués après leur mort, quand ils ont disparu de la scène 
où ils jetaient un certain éclat; et dans cette criticjue, 
peut-être ne garde-t-on pas toujours le calme et la mesure ; 
peut-être tombe-t-on dans des exagérations soit en alté- 
rant soit en défigurant la pensée de l'homme qui est 
sur la sellette. Il est si dilïicile d'être bon (;riti(|ue. Quel- 
que chose de semblable ne se serait-il pas produit à 
l'égard de Diodore ? 

In texte de Léonce de Byzance, dont nous avons déjà 
apporté le commencement, peut servir à nous mettre 
sur la voie. On verra quel fut le changement de front. 
Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, nous dit 
Léonce, étaient très honorés durant leur vie, et moururent 
en emportant l'estime de tout le monde ; durant leur vie 
personne n'osait reprendre aucune de leurs paroles ; bien 
plus, plusieurs les louaient })ar leurs écrits ; ainsi firent 
Basile et Jean Chrysostôme. Mais, après l'apparition du 
nestorianisme, Cyrille (d'Alexandrie), qui auparavant les 
avait loués, fut obligé d'écrire contre eux ; la raison c'est 
que Nestorius s'appuyait sur leurs écrits pour soutenir 



438 LE MUSÉOIN. 

ses o])inioiis. En effet, dans leurs commentaires sur la 
sainte Écriture, ils ne surent ])as se renfermer dans de 
justes limites ; mais, voulant lapporter certaines expres- 
sions de l'Écriture à la divinité, d'auties à rimmanité, 
ils introduisirent, comme on le constata, dans le Christ 
deux hypostases et une cei'taine division. C'est pourquoi 
Cyrille fut forcé d'écrire contre eux, parce ((ue Nestoi'ius 
appuyait sur eux ses théories. Si pendant leur vie per- 
sonne n'osa les contredire, c'est parce que la nécessité où 
l'on était de combattre des hérésies plus iirandes faisait 
perdre de vue de pareilles docti'ines (i). 

Et maintenant entrons dans (juehpies détails. 

Photius ne le ménaiic nullement ; il le juiie très sévè- 
rement en maint endroit de ses écrits. Tout d'abord 
il lui reproche, au seul point de vue des idées et de la 
méthode, de man(|uer de loiii((ue, et de réfuter ses adver- 
saires par des raisonnements (jui n'ont aucune valeur. 
En même temps, dit-il, qu'il apporte d'assez bons argu- 
ments contre les défenseurs du Destin, il réfute aussi 
dans certains cas ses adversaires d'une façon insuthsante 
et néiïligée ; il lui arrive en effet quelquefois de se battre 
conti-e des apparences. Il suit de là que, assez souvent, 

(1) £■/ Tiar, Ôvte; aîyàÀï,. àzïOavov xa'; oùos'iç £v tt, vtor, aÔTcôv ÈTreXaJexd 
T'./o; aÔTcôv àXÀ' i'r/AÔixrx v;yoL-l>:L'/ si; aÔTOÙ; -oXXo'i. Kai UaatXîto; yàc/ ajTÔu; 
£YX(ou.'.â^£'., y.al 'ItoâvvT,; ô Xo'jTocrTCifj.o;" 'V7':£pov ^à, xtvo'j,a£vù'j tùj NEJTOota- 
voù lîdyfjLato;, TivaYy-itï'JT, KJpiXXo^, ô — c.u)T|V aÙToù:; ÉTtatvwv. xatà T(J5v duYYoaij- 
■j-ixiov aÙT(J5v Ypâ'^ai" £^£101, à—' aôtiov '.a/upiÇe-u tô «îoYîJta auToû ô Neatclpio;. 
'V7ro,uvT)iJiaTtffav:£; yào o'jtoi Tr,v i-y.^; rpaciT,V' '^'^'''- s^'T^jav à/ot toô oîovto;, 
àXXà '-ouXtjOevtî; ij.£pttjat xàs £v tt, xy'? '"po''rfi ?"^^^î' "^^^ !^^"^ "T" ^'î'>'^^i~'i "ôis 
o£ TTJ àvOpcoTidxTjTu £Ûp£Or,aav vJo Û7ro3-âîT£i^ tou Xpiatou xai "îiaipidiv Eta^YO''- 
te;. Kal 0'.' aùxô TivaYxâaOrj ô KJpiXXo; xat' aù-uiv yP^'y^'-i -^^^ ^~' «'j-tôv 
ij/upî'^txo xô oo'YîJ.a aûxo'j ô N£Jxd,oto;" Atà xoûxo oè £v xr, ^tor, aùxtôv o'j'j£i; 
aùxol; àvxîTTTî'/, jttôiôtj xô }xi/ta(ioL'. rpô; xà; fiEi^ou; aîp£(j£t;, £jx£tt£ xà xoiaûxa 
ôoYM-axa. (lOid.). 



DIODOI'.i: DE TAllSK El SU> UOI.E DOillUNM.. 



r)9 



il coiiil)at lion les advci-saircs (ju'il a en vue. mais d an- 
Ires (I). Il csl vrai (juiiiiniédiatcmciil apirs Pliolius 
alli'iiui' la sevci'ilé de son jniicnu'nt . en pliant le juiic 
impartial et bienveillant de ne pas trop l'aire attention a 
ses ([étants, mais do eonsidéi-er qne (pu'hjnetbis il s ae- 
(juitte do sa tâche avoo éloge (-2). — Le |»atriarelie de 
(!()nstantino[do revient au môme reproche : il accnse 
Diodore de )'étutor cen\ t{ni enseignent la sphcriciti' {\u 
ciel par des arguments (jui n'ont pas de toi'cc démonstra- 
tive (.-,). Dans les chapiti-es viniit-cincpiieme cl vingt- 
sixième de son ouvrage il apporte dos i-aisons pieuses, 
mais (jui n'ont pas une très grande force démonstrativoii). 
Dans le chapitre vingt-septième ni il n'expose exacte- 
ment les opinions qu'il attri])ue aux astrologues, ni il 
n'emploie des ai-gumonts démonstratifs [:,'. Le chapitre 
trente-deuxième ne contient rien do vrai ponr la refnta- 
tion des adversaires ni rien do vraisend)lal)le ; mais 
antant Diodore est pieux, autant il est faihio dans la 
rc'fulation de rerieur ((>). Mènjo ses citations de l'i^cri- 

ll) To"?; oè iT.'./t:yr,'j.7.7':/ ett'. <j.v/ o:; ôyhCo; tî yy.\ i'j-^-jC-i: i—:''i'/.}.i:. v.;/.r;- 
/tov TO'j; TTjV î'.|j.aoy.r>r,-; oo;â!^0'/Ta;. ïjt'. o: ottoj ttoo; '/o'/Ov ~'j uaivouEvov tov 
àyiiiva 'fî'.'Jî'.. X3(\ 'J.r/À ja'^co; tô ~oy/ EvavT'.tDV £:a/.'^'.|j(ijv oôy'j.a. O^tzv ~'j/'/.yy.:; 
ryjy. Èxîîvo'.;, ~oô; o'J; ô —o/.îy.o;, à)./. Îti-vO'.; \)-jJJJi-i r,rjîi:i-/ àv o'.a;j.2/î7')2'." 

(C'o<-/. rcxxiii, I'. (i.. cii,^2i') 

(•<Ji IIXt,v o yî vj\"/(!>'jm)i /.y:~'r,'/ u-y/ ''j-Ï'j wi ',-y/. iJ-TO/oj; hry./'/j ■:.ly.~.'j.' 
u.tolJ.fjTa'.To à'/' 'j—Èç. (•)•/ 'îi 7zojoârz'. Tf,'/ •:/,; ilyaoy.;-//,; tj.ti<;i v.'jr.vivv.vi^ v.'x: 
f!j; 00"/. îv oÀtyo'.; xa-' ajTr,; Hjoo/.iy l'i, tÔv Tiriy'x T-.y.r,; /.a; /iy-u:, yl:v 
àvoixoXoyî'tv £71'. oi/.a'.o;. [Ihid.]. 

(.3) oj ij.É</TOi yî otà Tùiv Ît/jv i/ô^izi<yi o: ï}.f;/o'. t.ÇiOV.t.. [Ibid., 837'. 

(1) Tô Oi y.î' "/.ai r' y.ï'jâXatov îOjîSeïç ;j.r/ —pooâÀÀîra'. Àoyou:, roô; Wvr/Oi 
OF rf,^ TTpoy.c'.uî'vr,; 0— oOeteco; Tr,'/ '.7/'j-/ oJ /.{av îtt'.oî-./.vjuevo'j;. ilhid. . 

(5. 'E'/ oà ^(Tj yX oora; ~'ji-J)i<yvir)- ~iy. zi oùpavoj /a'; Ttii"> iv aÔTtu àj-ipoj., 
à^ À$Y^- ~W'' àjTpoÀoyo-JvTojv v.'ix:, ry'j-zi -ztjzol; àx'.oov.co; —yA^'v., y.al Ta; /.xt 
a'JTci)'/ ÈTT'./î'.pTjTE'.; o'jTi àrooE'.y.-'.xà:, otÀ/. 'oôoi o-x -oo T:'.Oavoj oïiy.vjji — ooïO'j- 
(ja;. [IhifJ.). 

(()) Tô ôl Xy ûôoi"/ Tuj'/ à/.TjOùj-y TTpô; àvaToorliV. oô^ 'ô'aov si; tô '^XK-iôiLi^rri 



MO LE MUSÉON. 

ture sont défectueuses (i). Il est vrai qu'il a une élocu- 
tion claire et distinguée (2). 

Ce n'est là qu'un défaut qui ne tire pas à conséquence ; 
et si Diodore n'était repréhensible qu'au point de vue 
logique, sa réputation serait indemne. Mais une accusa- 
tion plus grave pèse sur sa mémoire. On lui reproche 
d'avoir posé les bases de l'hérésie et préparé les voies au 
nestorianisme. On assure qu'en combattant les ariens et 
les apollinaristes il ne sut pas éviter le danger de réduire 
à une simple habitation l'union du Verbe avec la nature 
humaine (.>) ; on ajoute qu'il admettait deux hypostases 
en Jésus-Christ (4). Consultons les témoignages anciens. 

Photius ne parait pas, de prime abord, être conséquent 
avec lui-même, ce qui diminue peut-être l'importance 
de son appréciation. D'un côté il déclare que Diodore 
dans ses IHfjérents arguments sur l' Esprit -saint se montre 
déjà atteint de la maladie de iNestoiius (5) ; de l'autre côté 
il nous apprend que dans son traité contre ou sur le Destin 



àvaYpâtpef àXX' oaov ôpâxai xàvrauôa to'jî Xoykjplo'j; £Ùa£,j(J5v ô àvT)p, Toaoutov 
ïyzi TÔ àxovov, oaa ye TTpô; Tf,v àvadxeufjv xrj^ TrXâvT)?. [Ibid., .... 841). 

(1) 'EÇ ou eùaePouvta pièv xôv à'vôpa, oi; x£';(pTjxai, OetT, àv xi;, à/.piPEtqt 5è 
XoyKjfAÛiv XT)v xôiv rpacptxcîiv [jLapxupîav irpoxeîveiv oùxs'xi ôfAOÎcoî fr^aziz^. {Ibtd., 
872). 

(2) "Eaxiôè XT|v «ppâdiv xaOapd; xe xai eùxpivT); ô àvT)p. (Jbld., Sl'i). 

(3) « In dem Besti-eben, den Aiianei'ii gegeiuiber die wahre Gottheit 
und den Apollinaristen gegenQbei- die vollkommene Menseheit .lesu 
Christ zur Anerkennung zu bringen, entging Diodor niclit der Gefahr, 
die Verbindung des (iOttlichen und des Mcnschliclien zu einem blcssen 
Innewohnen (£voîxT)ai<;) des Logos in einem Mensohen herabzudriicken ». 
(Bardenhewer. op. cit., p. 300-301. 

(4) « se steht doch fest, dass er eine doppelte hypostase in Ctiristus 
lehrle ». [Ihid). 

fô) E|jnr£pi£t'}(exo ôè x^ SÉXxqj xai Aïoôiôpou Tapuo'j « FlEpl xoO àyiou fTvEÙfxa- 
xo<; Stottpopa £7ri)(£ipTj(jLaxa •>, Èv oî; xtjv Nedxopîou vdffov aùxô; èTxtSei'xvuxat 7tpoT)p- 
^wuTTixaN. (C'orf. Cil, Ibid-, 372). 



DIODORE DE TAHSE ET SOM ROLE DOCTRINAL. 44t 

Diodoro se montre ti'ès pieux et ne vei-se nullement dans 
l'opinion de l'impie Nestorius });ir rapport au Fils de 
Dieu (i). Il est vrai cju'il faudrait savoir à (juelle épo(|ue 
précise il composa ces deux ouvraiics ; ear l'ien ne s'o|)pose 
à ce qu'il ait eu des idées successives. Au moment où il 
composa le Ihc.-. ou IvaTà c-.yapuÉvY,;, Diodore pouvait être 
parfaitement orthodoxe, tandis qu'il est possible (jue, au 
moment où il écrivit le Ihpl vrWj nvcj[jiaTo;, il fût imbu 
d'idées nestoriennes. \\\\ tout cas, nous devions enregistrer 
ce jugement de Photius. 

Cyrille d'Alexandrie écrivit tout un ouvrage contre 
Théodore de Mopsuesteet Diodore de Tarse. De cet ouvrage 
il ne nous reste ([ue de courts l'ragments en latin (-2). Or, 
voici les erreurs <|ue Cyrille reproche» à Diodore de Tarse : 
il l'accuse d'avoir enseigné qu'il y eut un temps où la 
chair de la sainte Vierge était comme celle des autres 
hommes, c'est-à-dire non sanctiliée, et non la chair du 
Verbe (.>) ; il l'accuse d'admettre en ,lésus-(>hrist deux 
fils, c'est-à-dii'e deux personnes (4) ; enfin il lui reproche 
d'avoir accusé Cyrille d'avoir admis en Notre Seigneur 
une dualité (5). — Le même Cvrille, dans sa lettre à 



(1) "Etti lièv O'jv £v TO'JTOt; £'I)T£|3à)v 6 àv7)o, /.ai ccj^è rîpl ■:t,v od;av xoj noû 
ToO B£oO, v ^ ~'y^ NîaTooîo'j ÀJjda «j'-aTTrapâxTei, 7'^aXXoîJ.svo;. (Cod. C("XX1II, 
Ibul, 829). 

(2) P. G., LXXVI, 1437-H50. 

(3) Nemo vel tenuem coiicedit lemporis fuisse ai-ticulum, (Hio illa com- 
munis coeterisqiie oarnibus similis lueiit, ut a te dicluni est. et non 
potius Verbi caro. [Ibicl.... I4.0O). 

(4) Tu ei'go duin ejus tantummodo transmutationeni admittis in carnem 
inanimam inteilectuque cai-entem, uiiiouni illum in duos dividis Hiios. 
veritatem liane quod unus sit Filius impie respuens (Ibid.). 

(.5) Saepe jani dixinius. quo tenipore oapitulorum omnium apologiam 
quodammodo fecimus, non pi'opteiea quod naturae ad adunationem 
accessei'unt, idciico dualitatem (in Chi'isto) esse admittendam (Ibtd ). 



i4i l.i; MISKON. 

Acacius, évèque de Mélilciw, accuse aussi iiiaveinent 
Théodore de Mopsuestc et Diodore (i). 

Quanl à Léouce de Hyzaiice, il déclai-e ouvcrtenicut (|ue 
Diodore (ut le cliei' et le |)èie des maux et de rinipielé 
de .Nestoi'ius (■>). 

Km face de toutes ces atïiriiiations il est dillicile dad- 
iiiettre (jue Diodore de Tarse ait toujours foruiulé une 
dorhine orthodoxe. Couscieninient ou non il posa des 
principes dont ISestorius ne inan([ua pas de se servir 
pour tirer les plus funestes conclusions. Mais (pielle 
qu'ait été l'impiudence de Diodore, on serait injuste de 
le regarder connue hérétique et de suspecter la pureté de 
ses intentions (ôj. On est si exposé à se tron)per et sui'lout 
dans des niatièi'es si obscures, que Diodore avec la meil- 
leure volonté du monde et l'intention la plus pure a pu 
glisser dans l'ei-reur et poser de faux principes théolo- 
giques. L'historien a le devoir de mettre en lumière les 
d(^faillances doctrinales et en même temps de tenir compte 
des services rendus à la science et à l'oithodoxie par 
l'évèque de Tarse. 

D'autre part Photius tombe dans l'excès et commet 
une erreui- historique quand il allirme (i) (pie Diodore 
fut condamné comme heréti(|ue par le ciiuiuième concile 
(tH'uméniqu(; (Constantinople, iioTt). Le cin(|uième concile 

;l) IiKspcclis Theoiloii ac [iiodori lilnis, ([uos s(;ripsei'iiiit non de liicai- 
iicitione Uiiigeiiiti, sed inagis coiilra liicanialioiicm, posiii aliquaex rapi- 
tulis, et qiio polui modo contradixi fis. declaians alwininatinno piorsu.s 
plenaiu l's.so sontentiam ipsoniin. {Ejn'sl, 40, Ilnd.. noir -2). 

(2) "râjv x.axwv tjzh) xa; tt^,; i'Ji'tîi^c ào/T,Yî'"T(; yîvo;j.îvoc xa'; r.0L~-r,'j ^'.o'ooi- 
oo;, /.. T. X. (Adc. Incorriip. et ycs/or.. III, Si, P. ti , I^XXXVI, 130 !). 

(:{) cin i:i';^el)i)iss, wolclios fn'ilicli ivoiiie Bcfeclitii;iiiig {lilit ilm als 
formellen Harotikerzu bczeiclmoii. (Haudknheweu, Op. cit., p .îOl) 

{*) Cod. W'III : là Tcepi Atoocipo-j Taocroù zal 0co6a)pou toj Mo'{/ouEJT(aç. y.-x\ 
aÙToi 6(xoiuj,- àvîO£u.aTÎaOT)7av. ilbid., o'i). 



DIODORE DE TARSIi El SON ROLE DOCTRINAL. H.l 

n'eut guère à s'occuper de révècjue de Tarse : il condamna 
uniquement les Trois-Chapitres, c'est-à-dire les écrits de 
Théodore de .Mopsucste, les écrits de Théodoret de Cyr 
contre Cyrille et le concile d'Kplièse, et la lettre d'Ibas 
d'Édesse au persan Maris. I.es Actes du Concile sont là 
pour en faire foi. Les condaninations les plus iiT»[)ortantes 
se trouvent dans les quatre derniers canons (XI, Xll, XllI, 
XIV). Or dans aucun de ces canons le nom de Diodore 
n'est prononcé. Le canon XI aiiathématise Arius, Euno- 
mius, Maci'donius. Apolliiiaiie. Nestorius, Eutychès et 
Origène et d'autres impies (i). l^e canon Xll est unique- 
ment dirigé contre Théodore de Mopsneste (-2). Le canon 
XllI condamne Théodoret de Cyr (0). Enfin le canon XIV 
frappe d'anathème la lettre d'ihas et ses défenseurs (4). 
Nulle part il n'est fait mention du nom de Diodore. Cela 
prouve qu'il faut toujours examiner avec la })lus grande 
attention les atîirmations de Photius. Sans doute le 
patriarche de Constantinople était une intelligence de 
premier ordre ; son érudition était très vaste. Malheureu- 
sement quelquefois il semble dotniné par une certaine 
passion ou succomber à un certain parti pris. 

Nous avons à |)eine etïleuré la ligure de Diodore 
de Tarse. Nous ne pouvons pas donner à notre suj(!t 
de plus longs dévelopj)ements parce que les documents 



(1) El T'.; jjLr, àvaOîfj.a'riiÇc'. ' Aosiov, E'jvfjfxtov, .MaKSOoviov, ATioXivâoiov, \zc- 
Topiov, E'j~u/£a /.al 'i2piYîvr,v ô toio'jxoi; àvâOsjJia èaxu). 

(2) Et T'.î àvxnro'.c'tTai Hîoowoou toO àdEpoO;. tou Mo'^ousaTt.'a; àvàOifjia 

(îi) Et Tt; ivTizo'.îT-at twv àaepôJv juYY>aji.f^.âx(jL)v ©îoocupitou 6 toio'jtoç 

àvâ6£|xa Èctto). 

(4^ El ti; avTntoiîTtat tij; ÈTCiaToXî); xt); XîyopLÉvT); TzoLoà "l,'-a yeypâcfOai npôç 
MatpTjv TÔv TcspjTjv ô xoio'JTo; àvâBefjLa âattu. 



iit l,K MISÉO^. 

historiques nous font défaut. Quelle conclusion jiéné- 
rale tirer? — Diodoie de Taise fut un esprit hardi, 
un novateur en l'ail de niétliodes, un lennieui- didées. 
l'épris du désir de sa voit* et de eonnailre, il chercha avec 
une ardeur infatittahle à résoudre les prohiènies ((ue se 
posait son esprit. MalheureuseuKMil, comme tous les 
espiits hardis et oriiiinaux, (jui créent un mouvenwnt et 
donnent une viitoureuse impulsion, il versa dans de 
deplorahles excès ((ui l'ont déconsidéré devant la posté- 
rité. Le degi'é de son orthodoxie, que nous ne eoimaissons 
que par des raj)ports empruntés à autrui, est certaine- 
nu'ut très faihle, même insuflisant dans les (juestions 
qu'on agitait alors. Kst-ce à dire qu'il faille lui jeter trop 
facilement la pierre? L'histoire froide et impartiale doit 
faire la |)art des circonstances. Diodore voulut tracer un 
nouveau sillon dans h; chaujp des recherches et des dis- 
(Missions doctrinales toujours délicates et passionnantes, 
et dans cette tentative il n'eut pas assez de discernement 
et de sens dogmatique pour éviter les dangers (|ui se 
dressaient sui' son (îhemin. On devint dans la suite 
d'autant plus susceptible à son égard ((u'il avait été le 
maître de Théodore de Mopsueste et que iNestorius ne se 
faisait j)as scrupule de s'appuyer sur lui pour défendre sa 
conception ehiistologique. Il est regrettahie que son autie 
disciple, le grave saint Jean Chrysostônie, ne nous ait 
laissé aucun renseignement sur sa doctrine. 

Paris. V. Kumo.m. 



TOBIE ET AKHIAKAH. 



Pciulaiit tlo loiiiis siècles, le livre de Tobie fut considéré 
d'un accord un;miin(;au sein du cluivStianisnie comme un 
livre strictement historique. Son historicité n'a commencé 
à y être mise en douti', puis niée cju'à partir du \Vh 
siè(!le |)ar le Protestantisme. 

Ue[)uis celle épocjue, quelques rares écrivains catlio- 
{{({ues isolés, tels ((ue Jahn et .Movers dans la premieie 
parti»^ du \[\^ siècle et, en ces derniers temps, le protcs- 
seui' Schol/ de \\ iierzhourii, ont conteste, à leur tour, le 
(taractèi-e historicjiuî à ce livre. 

Tout récemment, 1 historicité du livre de l'ohie a subi 
un nouvel assaut de la |)art d'un autre savant cath()li(|uc, 
t'olkloi'iste distingué, à savoir de la part de .M. Coscjuin (i). 
Ce savant infère de la mention laite en (juatre endioils 
ditï'ei-ents du livre de Tohie de certains taits atlérenls ;» 
un personnage désigné sous le nom d'AciiiAciiAKos ou 
d'AKinAKAr., (-2) en transciiption liéhraïcpie, que le livre de 
Tobie a ses racines dans un roman très ancien, dont le 

(I; Voir llcvae liihlUjiif;, pages Ô0-82 ol pages .'>10-531, iiiinée 18y9. 

{i) Cest hi un .suniciii. iloiiné par Tobie à Anaël. son neveu, pi'oljal)le- 
nient à l'occasion des secouis (juil i-eçut de lui à l'époque de son indi- 
yonce. Ce suiiioni i)eut s'én(;ncer aussi Akui.iakar et il siiiuitle alors 
« iiiov précipu\ paiPHl. • 



446 LE MITSÉON. 

héros est un porsonnaijc du nom d'AïUKvn, qu'on identifie 
avec Acliiaeharos du livre de Tobie. 

On pi'étend en outre retrouver dans ee livre d'autres 
données afféi-entes à la conduite indigne d'un tils adoi)tif 
d'Achiacharos à l'égard de ce dernier, qui ne seraient 
également (|ue l'écho de certaines données concernant un 
tel personnage mis en scène dans le roman d'Ahikar. On 
infère de là que tout le livre de Tohie n'est qu'un pur 
roman. 

La [)erte du texte original du livre de Tobie, (jui fut 
sans doute hébreu, ainsi (|ue la défectuosité actuelle des 
divei'ses Versions de ce livre n'ont pas peu contribué à 
rendre son histoi'icité suspecte. Une exégèse erronée, 
ayant sa source dans cette défectuosité, a donné naissance 
à une quantité d'interprétations impli(|uant des erreui-s 
historiques flagrantes faussement imi)Utées à l'auteur du 
livre. 

Avant d'aborder l'examen du [)roblème Tobik et Akim- 
KAK, passons sommairement en revue les principales 
objections historiques soulevées contre l'historicité du 
livre de Tobie. et montrons que les [)rétendues erreuis 
histori(jues (ju'on lui impute tombent d'elles-mêmes 
devant la légitime exégèse de son contenu mise en regard 
des faits de l'histoire, (i) 



1. 



Commençons par examiner la prétendue erreur à la 
fois chronologique et historique imputée au passage, l, 
2l-"2"2, texte grec, du livre de Tobie. 

(1) Voir notie travail suf \e livre de Tobie (V.m^ ht i^KviE DE^ quks- 
TioNs HISTORIQUES, livraison de lanvier 1895. 



TOBIK KT AKHIAKAH. 447 

On prétend que, conti-aiiement au contenu de ce pas- 
sage, Sennachérib, de retour de sa désastreuse expédition 
de J'an TOI contre la Palestine, survécut à cette expédi- 
tion, non pas cinquante cinq jours, comme le porte le 
passage, l, 2l\ mais onze ans, à savoir jusqu'au :20 tébet 
081, c'est-;i-(liie jusqu'au connnencement de Janvier 08(K 

Ce qui a fourni à certains inter[)retes l'occasion d'en- 
dosser au livre de Tobie cette grossière erreur, c'est la 
place actuellement occupée par ce passage dans les Ver- 
sions. En vertu de la place qu'il y occupe, ce passage 
semble avoir une liaison intime avec le t'ait y mentionné 
immédiatement avant, à savoir avec le fait de la première 
persécution subie pai' Tobie de la part de Sennachérib, 
récemment retourné à Ainive de sa malheureuse expédi- 
tion en Palestine de l'année 701. 

Mais il est à remarquer que le passage en question, 
l, 21-2:2, - II, \'\ est une sorte de petit bloc erratique, 
arrache à sa place oi'iginaire, qui est venu s'échouer à 
l'eiulroit (ju'il occupe actuellement dans le livre. Sa place 
originaire clait après le chapitre XIII, où il faisait suite 
au récit contenu dans les chapitres, 1, 1-20 et II-XIII, 
c'est à dire au récit de toute une série d'événements pos- 
térieurs à la preinirrc pei'sécution subie par Tobie en 701 
de la part de Sennachérib. 

Dans le passage, I, 21-22-11, P', il s'agit donc d'une 
seconde persécution à laquelle Tobie fut en butte à la tin 
du règne de Sennachérib. {ij Exaspéré j)ar les mauvaises 
nouvelles (|ui lui venaient de la Palestine, le monarque 

(Il Cela lésiilto (lcj;i du fait qiio. lors de la première perséfutioii, Toliio 
s'eiiluit avec sa femme et son rtls (I, 20), par contre, lors de la seconde 
))cis6cution, il s'enfuit tout seul, car, après rpi'il eut ôté gi-aoié par Asar- 
baddon. sa femme et son fils lui furent rendus, II, 1». 



i48 Lt MISÉON. 

assyrien se vengea de ses déboires sur les Juifs captifs à 
Ninive (|u'il Ht massacrer, défendant en nnème temps 
d'ensevelir les cada\Mes de ses victimes. Tobie contrevint 
de recbef à cet arrêt du tyran en donnant secrètement la 
sé[)ultiire aux corps de ses compatriotes mis à mort. Le 
fait fut évente comme jadis, cl Tobie fut contraint de 
s'enfuir de sa maison et de se lenii cacbé pour écbapper 
à la mort. Sa maison et ses autres biens furent mis sous 
séquestie et sa femme et son (ils l'etenus comme otages. 
Saua, sa belle-lilie, avait été sans doute mise pi'éalal)le- 
ment en li(!U sur. 

l/i(lentit('' pour ainsi dire al)solue de ces faits avec ceux 
de la première persécution subie par Tobie aura été cause 
(|ae ce second récit, cpii faisait suite au chapitre XIll, 
fut considéré comme un pur doublet du récit, I, 19-^1, 
et le passage, I, :21'-:2:2, comme devant être transposé 
à la suite de ce l'écit. De là la suppi'cssion du commence- 
ment du récit de la seconde peisécution et le déplacement 
(bi passage, I, Hï^-ll^l, de sa place originaires immédiate- 
ment ai)rès le chapitre Xlll à la place indue qu'il occupe 
actuellement dans les Versions du livre de Tobie, où il 
bouleverse l'économie historique et chronologique du 
livre. 

lue fois le |)assagc en (pjestion rétabli à sa place ori- 
ginaire, à savoir après le récit, su[)primé a[)rès le chapitre 
Xill, de la seconde persécution subie par Tobie de la part 
de S(!miachéi'ib sur la lin de son règne, tout renti'e dans 
l'ordre tant au point de vue chronologi(|ue (pi'au point 
de vue bistoricjue, et il n'y a plus rien dans son contenu 
qui [n'été le liane à quelque dilliculté. 

11 résulte alors de ce passage que Sennacbéiib fut 
assassiné par deux de ses fils cinquante-cinq jours, 



TOBIE ET ÂKHIAKAh. 449 

suivant le texte grec, quarante-cinq jours, suivant la 
Vulgate, l, 24, après qu'il fît rechercher Tobie une 
seconde fois pour le mettre à nnort. (i) 

A ce tyran succéda sur le trône un autre de ses fils, 
AsARHADDON, désigné par le texte grec sous le nom de 
Sacherdon. Le crédit, dont jouissait auprès du nouveau 
monarque un neveu de Tobie, Anaël de son nom de 
famille, doté par Tobie du surnom d'AKHUAR ou de 
« parent précieux, » à cause des bons services reçus de la 
part de ce parent, eut pour résultat que l'intercession 
d'Anaël auprès du souverain en faveur de Tobie en obtint 
la grâce pleine et entière de son oncle fugitif. Celui-ci 
fut autorisé, ainsi qu'il est dit dans le passage, ï, 25, 
(Vulgate) et II, i^, (T. G.,) à rentrer dans sa maison et à 
y rejoindre sa femme et son fils, qui y avaient été sans 
doute retenus en guise d'otages dans l'espoir de parvenir 
à mettre la main sur le fugitif au cas oii il se hasarderait 
à venir les voir furtivement. 

De l'exposé qui précède il résulte que du moment qu'on 
replace le petit bloc erratique, I, 21*^-22, II, I", à sa place 
originaire l'objection, qu'on a prétendu en tirer contre la 
véracité historique du livre de Tobie, tombe d'elle-même. 

Une autre objection soulevée contre l'historicité du 
livre de Tobie est basée sur le nom d'ENEMESSAR donné 
dans le passage, I, 15, (T. G.,) au père de Sennachérib, 
alors que l'histoire atteste que le dernier était le fils et le 
successeur de Sargois. Aujourd'hui il est généralement 



(1) La Vulgate omet toute la partie du récit concernant l'avènement 
d Assai-haddon au trône d'Assyrie après la mort de Sennachérib ainsi que 
de l'élévation d'Achiacharos au rang de premier ministre de ce monarque 
et des seivices rendus par ce personnage à Tobie, son oncle, faits men- 
tionnés par les textes grecs et l'Itala dans le passage, I. 21-22. 

29 



450 I.K MISÉOIN, 

reconnu que le nom Enkmessau n'est qu'une transcription 
vicieuse du nom de SALMAiNAssAii, sous lequel la Vulgate 
désii^nc le père de Sennachérih. Or, tel fut eflFeclivement 
le nom de règne pris d'abord par Sargon au moment de 
son avènement au trône et il était connu sous le nom de 
Sal>ia>assau {\,] et pas sous le nom de Sargon, à Tyr, (i) 
c'est à dire dans le voisinage de la tribu de Nephtali, 
à laquelle appartenait Tobie. Dès lors, rien d'étonnant à 
ce (jue Tobie, qui n'a certes point ignoré la j)roclamation 
de Sargon comme roi d'Assyrie avant la prise de Samarie 
par (|ui il fut déporté à Ninive après la chute de cette 
ville, ait désigné ce monarque dans son « Journal » sous 
le nom de Salmanassaii, son premier nom de règne, et 
|)as sous celui de Sauui-Kk^u ou de Sauc.on, qu'il prit 
plus tard. Ainsi tombe l'objectioM précitée. 

On objecte encore contre la véracité historicpie du livre 
(\v Tol)ie la mention qui y est faite de compatriotes de 
Tobie déportés v,n Médie. Or, c'est là, prétend-t-on, un 
flagrant anachronisme attendu (jue la Médie était en(;ore 
indépendante de l'Assyrie à ré[)()que du (commencement 
du règne de Sargon. 

Cette ditïicuité est plus apparente ([ue réelle. En effet, 
pour la résoudre il sutht de tenir compte du fait men- 
tionne par M. Vigouroux, {-2) à savoii- que » les Mèdes 
avaient envahi les [)ays situés à l'ouest de Khagae et s'y 
étaient solidement établis dans les temps qui précédèrent 

(1) l'.ii cllot. voi(;i ce (iiie nous lisons à la lin tl un extrait de Ménandie 
inséré par Flavius .loscplie dans ses Antiquités juirc.x, livi-e IX, cha- 
pitre XIV : El hacc (juidcni sitnt rjiiac m Ttjriorum Annalibus de 
Sai.manassare. assyt'io rege, scn'pta invaniuntur. C'est Sargon qui 
est désigné ici sous le nom de Salnianassar. — N'oir Tiele, Babyloniach- 
Assyriache Gcscfiic/ite, page 200. 

(■-') La B il lie et les découvertes modcDies, t. IV', pages 168-169. 



TOBIE ET AKHIAKAR. 451 

l'avènement de Téglathpalassar III, l'avaut-dernier prédé- 
cesseur de Saigon. Ce voisinage inquiéta les Assyriens. 
Téglathpalassar porta ses armes dans la direction du 
Zagros dès la seconde année de son règne ; il parcourut 
victorieusement la Médie dans toute son étendue et ses 
succès furent tels qu'il n'eut pas besoin d'y recommencer 
ses expéditions pendant tout le reste de son règne. » 
Rien dans l'histoire d'Assyrie ne révèle que soit Salma- 
nassar IV, son successeur, soit Sargon aient eu à s'occu- 
per de la Médie avant 716, date de la première campagne 
de Sargon contre ce pays. 

D'ailleurs, il importe de remarquer qu'il semble résul- 
ter du contexte du passage, I, 13-18, que Tobie entra en 
faveur auprès de Sargon dans les dernières années du 
règne de ce monarque et se rendait parfois en Médie déjà 
assujettie alors par Sargon à l'Assyrie, (i) Or, ce n'est 
certes pas une hypothèse improbable que de supposer 
que, après avoir conquis la Médie, Sargon ait, suivant la 
coutume des monarques assyriens, transplanté la popula- 
tion de certains cantons mèdes en Assyrie et l'y ait l'em- 
placée par des captifs juifs déportés antérieurement en 
Assyrie. 

Il résulte de là qu'on ne saurait pas tirer légitimement 
un argument contre la véracité historicpie du livre de 
Tobie du fait de la mention de l'existence en Médie de 
captifs juifs relevant de l'Assyrie à l'époque en question. 

En ce qui concerne l'intervention d'agents surnaturels 
dans le livre de Tobie, nous avons montré dans notre 
travail déjà cité sur le livre de Tobie qu'il n'y a lieu de 



(1) Voir notre tiavail : La dynastie Déjocide dans le Muséon de Lou- 
vain, Mars, 1899, page 8, et page 4 du tirage à part. 



452 i,t; MusÉoN. 

tenii' compte de ce qu'on prétend déduire de là contre 
l'historicité du livre. (i) 



II. 



Abordons maintenant l'examen du problème Tobie et 
Akiiikau, ou, en d'autres termes, examinons si, en pré- 
sence de ce (jue l'aconte le livre de Tobie concernant 
AcniACiFAROs et du contenu du roman d'AniKAU, on est 
autorisé à dire que les données concei'nant Achiacharos 
et d'autres données encore ont été empruntées à ce roman 
et que cela prouve (|ue l'auteur du livre de Tobie a voulu 
nous donner dans ce livre non pas un récit historique, 
mais un pur roman. Dans le but de faciliter l'intellijience 
de ce ([ui suit nous mettons sous les yeux du lecteui' les 
jjassaiics en question du livre de Tobie. 

(\)dex Kinaïlicus. Coder vciticionis. Vêtus Itala. 

I. 1^1 ... ■/.oL'.i'i'XdD.i'jiv/ I. 'Jl ... /.al È'iaatXs-j- Et regnavit post ciiin 

^'x/irjoo-/f,; 'j\f,- a'JTOj 7V/ la/£ooovô; y'.ô; aô- iSeniiaolierimlAl'Clicdo- 

(Soiiiia< heiiljjaî-:' ocjtov, toj àv:' ajTOj, /.al i-â;£v uassar Hliusejusproeo, 

■/.où ï-ili'i 'A/£t/aoov t>/ S./yxfxwi ~ôv 'AvariÀ, et COllStituit Acllica- 

Toj àoîX'ioj ;j.o'j'j'.ôv> c'est u'.ôv toj à'îôÀ'joO ;j.ou, etci lum, filium frati'is luei 

le vieux Tobie qui i)ai'lc) Trâjav xr,v £/.XoY'.T't'av Aiuuuiihel, supei" om- 

£-1 TTaaav t/jv È/.ÀoYUTi'av tt,; 'iaaiXîta; à'j-oj, /.a\ liem CUram l'eglli, et 

iï\z, '(jizùâ'.t.:, à'jToj, /.al i-l -âja/ -r,' o'.o''/,T,a'.v. ipschabebatpotestateni 

ajTÔ4 £V/£v -cfjv £;o'ja'!av superomnemregionem. 
£:tI Tïaaav Tf,v iÎ'.oÎ/.t,jiv. 

22. ToT£ T|;t'to!T£v 'A/£'.- 22. Kal oîÎcojev 'A/iâ- Tum petiit Aohicarus 

•/apo; -ïf/l £|AO'j, /.al >ta- /apo;; 7r£pl £|jloj, /.al fjX- regein pro me : erat e- 

-TjXOov £î; TTjv N'.vîjt;. 'A- f)ov £?; -:f,v N'.v£vt). 'A/iâ- nim consobi'inus meus ; 

(1) Au sujet de l'iileutilication du démon Asmodée du livre de Tol-ie 
avec I'Akshmodakva avestique, voii* dans le Dictionnaire apologétique 
de l'abbé .laugej l'article Ahhiman de Mgr de Hai'loz, et aussi ce que 
dit à ce sujet M. Halevy dans la Revue .semiti</ue, livi-aison de Janvier 
1900, page 43. 



TOBIE ET AKHIAKAH. 



455 



/E'./apoç yaç, tjv o ap/iot- 
voydoç Y.où eut toj oaxTu- 
Xtou y.ai ÔtoixTjTTjç xal 
sxXoyiaTTJi; iiil Sîvvay»)- 
pôta PaaiXî'w; 'Aaauptwv,^ 
xat xaxsatTjJEv aùiov Sa- 
•/£pi5ovô; £X 'îcUTEpa;' t)v 
oè ÈÇaôeXcpôç ;jlou xal £X 
TTJ; ffuyysvtai; (jlov. 

//, JO. (Ai»ios que le 
vieux Tobie est devenu 
av.ugle). 

Kat "Ay_£tâxapoî £Tp£(p£v 
<j.t i'xï) ô'jo irpô TO'j aÙTÔv 
'iaât'ffai £?; tt^v 'EXufjiat- 

A7, i7. Ev TT, Tj(j.£pa 
'a'jTT, £Y£v£-o xapà Trajtv 

TOlî 'louoat'ot; ToU O'JJtV £V 

.N'.v£VT). Kat TrapEYEvovco 
'A/£txàp xat Na^àiî ol 
sçiiÎEX'^oi auTO'j yottpovTEs 
Tipô; Tu)p£tv. 



/apo; i5£ f|V o'.voyoo;, 

xal £Tit TO'j SaxTuXto'j, 
xât ôtotXTjXTjç, xat ÈxXoyi- 

jttj;, xat TtaxÉffXTicTEv aù- 

TÔV Sa'/£p5ovô; £X i5£UX£- 

pa?' TJv âè £;âiΣX'^o? (xov. 



//, /O. 'A/ta/apo; ôi 

£Tp£'J£V fl£ £10? O'j £T:0- 

Pî'jOtjv £t? TTjV 'EX'jixatoa. 



X/, 17. Kat iyi-nzo /a- 
pà irajt To'ti; èv Mveutj 
àÔ£X'Jo"t; aùxo'j. Kat Tra- 
pîYiVôxo 'A/tâyapù? xat 
IVaapa;, ô È^àÔEÀcpoç aù- 
xoû. Kat ïij^ÔTi ô yotixoi; 

TtOpEt'a |Jl£x' £U9pO(T'Jvn? 

f|[ji£pa; £Trxa. 



XIV, 10. "I5e, Trataîov, 
ôda NaSàp £7rot'T)a£v 'A.yj.i- 
xâpt}j xtf» £x6pe'|ifltvxi aô- 
xèv, oùyt Çtjijv xaxTjvi/Oï) 
et; XT)v yT^v, xat àTr£Ôtox£v 
ô 6£Ô; XT)v àxt|i.tav xaxà 
TrpddcoTTOv aùxo'j' xat ÈçtjX- 
f)ev Et; xo tptôç 'A/txapo<;, 
xal Na8(z3 etUTjXOEv £t; xô 
ffxdxo; xoû atûvoç É'xt èÇi^- 
XT^dev à7toxx£"tvat 'A/£txa- 

pOV. Ev Xff) TTOtTJjat fl£ 
£X£T)(XOITÛVT|V È^TjXÔEV £X 

XT); Trayt'So; xoii 6avâxou 
TJv £7tTiÇ£v aùxcjj Xaôap, 
xal Nx5âp £ir£j£v £•.; xtjv 



X/y, iO. TÉxvov, tÔE 
xt ÈiTotTiJEv A^aij. A/ta- 
xotpqj X(p ôpÉ'^avxt a'jxôv, 
lo; £x xo'j (poiXO!; ^'yay£v 
aùxov Et; xô axdxoç xal ôW 
àvxaTTî'SioxEv a'jxip' xat 
'Aytâxapov |j.£v £(ju)7Ev, 
£X£tvi]j Ô£ XÔ «vxaTvdÔoixa 
àTreôdOï), xal aùxô; xax£- 
^Tj eI; xô axdxoî' Mavau- 

aT); ETTOtTldEV eXeTjîAOCTÛ- 

vT)v, xal £(tÛ)6t) £x Tiaytôo; 
ôavixou T); eitti^ev aûxtjj" 

'A5à(X Ôè £V£7r£<TEV El; XTjV 

Ttayîôa xal àTCwXEXo. 



et (leseendi in Ninive in 
domum meam, et leddi- 
ta est milii uxor mea 
Anna et lilius meus 
Tliobias. 



Acliicaïusautein pas- 
scbal me arinis duobus 
lu-iusquain irot in l.i- 
maïdani. 



In illa die erat gau- 
dium magnum omnibus 
Judaeis qui ei-ant in 
Ninive. Et venit Achi- 
carus et NaLal, avuncu- 
lus illius, gaudenles ad 
Tliohin. Et consumma- 
tae sunt nuptiac cum 
gaudio septem diebus et 
data sunt ei munera 
multa. 

Nunc ergo. fili, exi à 
Ninive et noli manere 
hic ; sed quàcumque 
die sepelieris matrem 
tuam cii'ca me, eàdem 
die noli manere in lini- 
bus ejus : video enim 
quià multa iniquitas est 
in illa et fictio multa 
perficitur, et non con- 
funduntui". Kcce filius 
Nabad quid feeit Achi- 
cavo qui eum nutrivit, 
quem vivum deduxit in 
terram deorsum, sed 
reddiditDeua malitiam 



454 



LE MUSÉON. 



Trayfôa toû Oavâxou xa't 
aTTwXeaev aurov. 

Kal v'jv, TTaiÔta, t'8îT£ ti 

TTOlcl £XeT)!J.O!T'JVTj /.où x\ 

Tcoiel àôi/,îa, oxi àTto/.xî'i- 

V£l. 



illiiis ante faciem ip- 
siiis : et Achicar exiit 
ad lucein, Naijadautem 
inti'.ivit iii teiiebi'as ae- 
tei'iias. quia quaesivit 
Naoad Aohicai'um ocei- 
dere. 



Après qu'il a été établi plus haut que les objections 
faites contre l'historicité du livre de Tobie ne tiennent 
pas debout, nous aurions le droit d'opposer à l'objection 
déduite des passaii;es alléi^ués une fin de non-recevoir, 
une sorte de question préalable. Nous pourrions prétendre 
que les données concernant Achiacharos contenues dans 
le livre de Tobie sont strictement historiques à l'égal des 
autres et que c'est l'auteur du roman d'Ahikar qui a tablé 
sur ces données et sur d'autres encore du même livre et 
qu'il en a tiré les matériaux avec lesquels il a construit 
son roman. Cependant, afin de convaincre le lecteur du 
bien-fondé de cette dernière assertion étayons-la de quel- 
ques preuves. 

Voici notre raisonnement. Du fait, que dans le cours 
presque tout entier du livre Tobie parle constamment 
à la première personne, (i) il résulte que c'est Tobie lui- 
même qui raconte sa propre histoire, que c'est lui, par 
conséquent, qui est l'auteur de la majeure partie du livre 
qui porte son nom. En ce cas, eu égard aux données du 
livre, ce récit date, quant à sa première partie, de la fin 
du VIII* siècle, et, quant à sa partie finale, du commen- 
cement du VI* siècle avant notre ère. 



(1) Nous inférons cela des passages, 1, 21-22 (Codex slnaïticns), qui 
doit êtio transposé après le clia[)itre XIII, et XI, 17 (ihidom). qui est à 
transposer après le passage, I. 21 22, car le fait y montionné est certaine- 
ment postérieur à celui dont il s'agit dans celui-là. 



ÏOBIE ET AKHIAKAK. ÏOi> 

En effet, une fois qu'il est établi que les données prin- 
ci[)ales du livre sont strietement historiques, — et la 
chose est établie, — la susdite déduction en ce ([ui con- 
cerne la date du récit devient incontestable. 

Osei'ait-on [)rétendi'e que la conn[)osition du roman 
d'Ahikai' est antérieure aux dates précitées ? Sans doute, 
non ! En ce cas, ne s'ensuit-il pas, d'une part, que les 
faits concernant le personnage Achiacharos, i-elatés dans 
le livre de Tobie ont le même caractère histoiique que le 
reste du livre, et, d'autre part, que l'auteur postéi'ieur 
du roman d'Ahikar a puisé dans ce livre les données fon- 
damentales de son roman ? 

Ou bien, osera-t-on prétend i-e que les données du livre 
de Tobie concernant Achiacharos ne cadrent pas avec le 
reste de ce livre ? Cette dernière assertion est manifeste- 
ment fausse. En effet, ces données s'harmonisent parfai- 
tement avec le reste du cor tenu du livre, chacune d'elles, 
mise à sa due place, y apparait comme réclamée par le 
contexte. On peut dire que quelques unes d'entre elles 
sont indispensables pour pouvoir rendre compte d'autres 
faits, et des plus importants, consignés dans le livre. 
Telles sont les données sui\antes, à savoir, d'abord celle- 
ci, II, iO, qu'Achiacharos, neveu de Tobie, secourut son 
oncle dans son état d'indigence auquel l'avait réduit la 
première persécution à laquelle il fut en butte de la part 
de Sennachérib en 701, puis cette autre, I, 22, à savoir 
qu'Achiacharos, devenu le vizir du roi Asarhaddon, fils 
et successeur de Sennachérib, obtint de son royal maître 
la grâce de Tobie, qui avait été en butte à une nouvelle 
persécution de la part de Sennachérib moins de deux 
mois avant la fin tragique da son persécuteur. 

Remarquons, en ce qui concerne la première donnée. 



456 LE MUSÉON. 

que le texte du Codex sinaïticus porte ceci : Et Achiacha- 
ros me nourrit deux ans avant quil s'en alla dans l'Êlii- 

maide, (xat, 'Aye'.âxapo; eToe'iev ae ÈV/-I O'Jo ttoÔ to-j aÔTOv '^yZ'.vx'. 

e''<; TÏy 'EX'j[ji.a{5a). Dans ce départ d'Achiacharos pour l'ÉIy- 
maïde (i) il faut voir, nous semble-t-il, la fuite de ce 
personnage hors de l'empire d'Assyrie, sans doute parce 
qu'il avait appris qu'on l'avait dénoncé à Seiinachérib 
comme ayant procuré à Tobie, son oncle, que le tyran 
recherchait en vain, une sûre cachette. 

Il n'est plus fait mention d'Achiacharos qu'après la 
mort de Sennachérib et l'avènement d'Asaihaddon, son 
fils et son successeur, et cela en ([ualité de premier 
ministre du dernier. Ce n'est pas, nous semble-t-il, une 
conjecture improbable que de croire que, quelque temps 
après sa fuite en Élymaïde, Achiacharos se transporta de 
là à la résidence inconnue d'Asarhaddon hors de Ninive, 
où celui-ci, déjà associé au trône dans les dernières 
années du règne de son père, veillait à la sûreté de l'em- 
pire avec une partie de l'armée assyrienne, probablement, 
à l'époque en question, dans le voisinage de l'Élymaïde, 
contre laquelle avait guerroyé son père en 693 sans par- 
venir à s'en rendre maître. Achiacharos parvint à attirer 
sur sa personne l'attention d'Asarhaddon et à gagner sa 
faveur à ce point que celui-ci le créa son premier minis- 
tre après son avènement au trône en 680. 

De cette manière les deux susdits faits concernant 
Achiacharos, relatés l'un, chapitre II, 10, malgré qu'il 
soit le premier dans l'ordre chronologique, l'autre, cha- 
pitre I, 22, s'enchaînent naturellement l'un à l'autre. 

(1) s. Jérôme ne repi-oduit pas ce passage dans la Vulgate, mais celui- 
ci se lit aussi dans le Codex Vaticanus ainsi que dans l'itala, laquelle 
porte également : priusquam iret in Limaidam. 



TOBIE El AKHIAKAR. 457 

Nous avons montré plus haut que le })assage, l, 21-:22, 
(Codex sinaïticus), se trouvait placé originairement après 
le chapitre XllI, Xous considérons également les pas- 
sages, \l, 17-18, :20-:21, comme transposés hors de leur 
place originaire, car, à notre avis, ces passages doivent 
faire suite au passage. I, :2l-'22. En effet, voici ce que 
porte selon le texte grec le passage, I, :2P. // ne se passa 
point cinquante jours jusqu'à ce que ses fils l'assassinèrent, 
à savoir Sennacherih, et ils s'enfuirent dans les monts 
Ararat. Et Saclierdon, son fils, récpia à sa place et il confia 
à AcniAciiAHOs Amkl, fils de mon frère, la gestion des finan- 
ces de l'empire et toute son administration. Et Acliiacliai'os 
intej'céda en ma faveur et je vins èi Sinive. 

Ce qui suit, v. :2P, semhle représentei' une autre leçon 
du texte original conçue dans les termes suivants et 
insérée dans sa Version par le traducteur grec à la suite 
de la première leçon : Et Achiarus était échanson et il 
avait la garde du sceau roijal, il était en outre administra- 
teur de l'empire et préposé aux finances. 

Et Sacherdon l'établit second après lui, et il était le fils 
de mon frère. 

Comme suite à ce qui est dit à la tin du v. :2:2, (Itala) à 
savoir, et je vins et ^iitivc, le récit poursuit alors en ces 
termes : Quand je rentrai dans ma maison, Aima, ma 
femme, et Tohie, mon fils, me furent rendus. (Vaticanus, 

11, i.) 

A ce passage fait bonne suite la fin du passage, XI, 17, 
dans le texte grec conçue en ces termes : Et il y eut une 
grande joie parmi tous ses parents établis à ISinive, et à ce 
dernier le passage, XI, 20-:2I, (Vulgate), dont voici la 
teneui' : et Achior [Achiacar] et JSabath, cousins de Tohie, 
vinrent pleins de joie chez Tohie le félicitant de tous les biens 



ïoH LE MISÉOX. 

dont Dieu s'était phi de le (jrutificr. Et tous firent festin 
durant sept jours avee de grandes réjouissances. 

A mon avis, les divoi's passages que lions venons de 
eiter forment ensemble un petit bloc détaelu' de sa j)laee 
oiijçinaire après la fin du chapitre XIII et indûment dis- 
loqué et transposé aux endroits où nous trouvons les 
épaves. 

Eu égard à ce qui a été dit plus haut concernant 
Achiacar, neveu de Tobie, ce personnage ne rentra à 
JNinive qu'après l'avènement au trône d'Asarhaddon, en 
(i80, d'où il suit que le récit, XI, '20-:21, et une partie du 
contenu des vv. 17 et lî) n'ont rien de commun avec 
l'événement du retour de Tobie le jeune de son voyage en 
Médie auprès de ses parents à Ninive en ()ÎM , c'est-à-dire 
onze ans avant l'avènement d'Asarhaddon. 

Quand on considère attentivement la teneur actuelle du 
chapitre XI, on constate aisément que, à paitir des vv, 10- 
II, son texte a été bouleversé. Voici comment, suivant 
notre sentiment, le texte était agencé originairement. 
Ayant appris l'arrivée de son fils, Tohie sortit de la porte 
de sa maison, mais il tomba à terre, et son fils, courant 
vers lui, saisit son père, vv. 10-11, puis, après avoir rendu 
la vue à son père, vv. 15-15**, son fils entra plein de joie 
daiis la maison et il raconta à son père les grandes choses 
qui lui étaient arrivées en )lédie, v. 15^. 

A ce dernier passage fait très naturellement suite le 
récit contenu dans les vv. 10-17, dans le v. 18 (Vulgate) 
et dans le v. 19 T. G., mais, ainsi qu'il a été dit plus 
haut, il faut détacher de ce récit la fin du v. 17, et le 
v. 18, qui figure d'une manière plus complète dans la 
Vulgate, v. :20. A ce récit ainsi reconstitué font bonne 
suite les chapitres XII-XIII. 



TOBIE ET AKHIAKAR. 459 

Suivant notre sentiment déjà exprimé plus haut, après 
le chapitre XllI suivait dans le texte primitif le récit, 
maintenant disparu en partie, d'une seconde persécution 
à laquelle Tobie fut en butte de la part de Sennachérib 
quarante-cinq ou cinquante-cinq jours avant le trépas de 
ce dernier. De ce récit il n'a été conservé que quelques 
fragments, à savoir dans le passage, I, ^\-^^, — II, 1", 
et dans les passages allégués du chapitre XI, la fin du 
V. 17 et le V. 18. 

Ce qu'un remanieur peu intelligent du livre de Tobie 
a supprimé, c'est le début du lécit de cette seconde per- 
sécution, considéré par lui conime un doublet du récit de 
la première persécution, subie par Tobie, à cause de 
l'identité du fait qui la provoqua, à savoir la sépulture 
donnée clandestimement par Tobie à ses compatriotes 
mis à mort, dont Sennachérib avait défendu d'ensevelir 
les cadavres. Ce remanieur ne remarqua point que l'épo- 
que à laquelle nous transporte le passage, I, 21-^, 
— II, 1, rattaché par lui au récit de la première persécu- 
tion, est postérieure d'une vingtaine d'années à celle-là, 
qui date de l'an 701. 



III. 



Dans les pages qui précèdent nous croyons avoii' mon- 
tré sulïisamment la cohésion intime avec le reste du con- 
tenu du livre de Tobie des passages, II, 10, (Codex 
Sinaïticus), I, 2I-:22, et de certains fragments du cha- 
pitre XI. Dans ces passages il est fait mention du person- 
nage Anaël Achiacharos, que d'aucuns piétendent identi- 
fier avec AiiiKAR, le héros d'un roman qui porte son nom, 
et, dans les passages, XI, :20 et XIV, lO*", d'un second 



i60 



LE MISEOIS. 



personnage, désigné dans le Codex Sinaïticus sous le nom 
de Nabad et de Xadab, et dans la Vulgate sous eelui de 
Nabath, un neveu d'Achiaeliaios, devenu son Hls adoptif. 
La dernière qualité est nienlionnée par le Codex sinaï- 
ticus. 

On ne viendra point prétendre, je suppose, cpie la 
mention du dernier personnage n'a pas de i-aison d'être, 
supposé le livre de Tobie un livre historicjue, surtout 
dans un discours tenu aux siens par Tobie peu de temps 
avant sa mort. 

C'est là une assertion (jui ne tient pas debout, d'abord 
eu égard aux liens de parenté qui liaient Aeliiachaios 
à Tobie ainsi qu'aux services ((u'il rendit à ce dernier, 
puis, d'autre part, eu égard aux liens de parenté qui 
liaient Nadab à la fois à Achiacharos et à Tobie, dont le 
|)iemier était l'arrière-neveu. 

Va (pi'on ne dise pas (jue le langage de Tobie dans le 
passage, XIV, 10, est trop laconique et trop obscui- pour 
qu'il ait pu être compris par ceux à (jui il s'adressait. 
Remarquons, en effet, que Tobie tint ce discours devant 
son tils et les membres les plus proches de sa parenté. 
Or, peut-on supposer raisonnablement que ceux-ci aient 
ignoré les événements importants de la vie d'un proche 
parent élevé à la plus haute dignité de l'empire et 
l'ancîien bienfaiteur insigne du chef de la famille ? Tobie 
avait-il besoin pour se faire com|)rendie d'eux d'entrer 
dans les détails de l'acte d'ingratitude commis par Nadab 
envers Achiacharos, son père adoptif, ainsi que du châti- 
ment que le premier encourut de ce chef? Évidemment, 
non. 

Peut-être prétendra-t-on soutenir que l'énoncé môme 
du passage en question, en tant qu'inintelligible pour 



ÏOBIE ET AKHIAKAR. 46i 

nous, du moins en ce qui concerne le véiitable caractère 
de l'évènennent mentionné, révèle que l'auteur du livre 
de Tobie a pris ce fait dans un autre récit où il était 
laconté avec tous ses détails et qu'il plaça la mention de 
ce fait dans la bouche de Tobie sous sa forme raccourcie 
actuelle qui suiïisait à son but, ({ui était d'inspirci- à sa 
postérité l'hoireur de l'ini^ratitude. 

Le contexte de tout le livre de Tobie proteste contre 
cette supposition par le fait même qu'il désigne les deux 
personnaiies en question comme de proches parents de 
Tobie et mentioime leuis relations avec le dernier. 
Celui-ci, n'avait donc ifuère besoin d'aller chercher ail- 
leurs que dans ses propres souvenirs le fait qu'il men- 
tionne. Quant à l'absence de la mention des détails de ce 
fait, celle-ci s explicjue aisctn<'nt. En etfet, il sutïit de se 
rai)peler (jue le livre de Tobie fut rédiiié par les deux 
Tol)i(ï en ionise d'im Joui'iial familial. Or, de même (jue 
les auditeurs du discours de Tobie, les ])remiers lecteurs 
du livi'e de Tobie, contenqiorains de rêvèncmcnt, on à 
peu près, eompi-enaient à demi-mot. Puis, ils donnèrent 
à leur postérité res})e('tive l'explication du fait. 

D'ailleurs, il n'était que naturel et dans l'ordre (|ue 
dans le derniei- discours avant sa moi't Tobie manifestât 
sa joie et lit mention de l'heureuse issue finale pour 
Achiacharos du com[)lot tramé contre lui par son ingrat 
neveu et fils adoptif .Nadab. C'est là une nouvelle preuve 
de la cohésion intinu^ de ce (jue relate le livre de Tobie 
concernant ces deux peisonnages avec le reste du livre. 

Puis, l'historicité du récit, aussi en ce (jui concerne 
ces derniers, se trouvant établie pai* là même, c'était, 
d'autre part, une chose manifestement en harmonie avec 
le caractère de tout le récit que Tobie mit cet événement 



462 LE MUSÉON. 

familial devant les yeux de sa postérité en guise d'un 
préservatif contre le vice d'ingratitude, à savoir en leur 
montrant l'ingrat Nadab périssant dans le piège tendu 
par lui à Achiacharos, son insigne bienfaiteur. 

Enfin le passage en question, tel que nous le lisons 
dans le Codex sinaïticus, est suffisamment clair, même 
pour nous, bien entendu au point de vue de son but 
paréneticjue, à savoir en tant qu'il nous montre l'ingrati- 
tude envers son bienfaiteur châtiée exemplairement dans 
la personne de l'ingrat Nadab. 

Après ce qui a été établi dans les pages qui précèdent 
concernant ce que le livre de Tobie relate au sujet du per- 
sonnage Achiacharos, nous nous croyons autorisé à dire 
que c'est sur ces données qu'a brodé l'auteur du roman 
d'Ahikar. 

Plus tard, d'autres auront puisé dans ce roman la 
matière d'autres contes similaires. 

Déjà en 1880, M. George Hoffmann exprimait au sujet 
de l'antériorité du livre de Tobie par rapport au roman 
d'Ahikar, dont il parait n'avoir connu qu'un fragment, et 
de la dépendance du second par rapport au j)remier le 
même sentiment que nous. 

En 1890, dix ans après l'écrit de M. Hoffmann, dit 
M. Cosquin, (i) un prêtre catholique, M. G. Bickell, 
aujourd'hui professeur à l'université de Vienne, a posé la 
'question sur son vrai terrain dans une lettre à I'Atiik- 
NAEUM de Londres. (2) 

Après avoir indiqué les différents passages du Liviie de 
Tobie, où il est fait mention d'Ahikar, il ajoute : « L'his- 



(1) Revue biblique, pages 57-58 année 1899. 

(2) Année 1890, II, page 170. 



TOBIE ET AKHiAKAIl. i63 

toire d'Achiqar doit iiëccssairement avoir été connue de 
l'auteur de Tobie. Quant à cette hypothèse qu'une main, 
qui n'aurait pas eu grand'chose à faire, aurait fahriqué 
celle histoire avec les quatre allusions à Achiacharos 
dans ToniE, on ne peut s'y arrêter un seul instant. Kn 
effet, pas une seuh; njeiitiou de Tohie, lequel, d'après le 
livre biblique, était l'oncle d'Âchiacharos, ne se rencontre 
dans tout le livre d'Achiqar. 

11 y a plus : Âchiqar est présenté (dans son histoire] 
comme un [)aïen qui, dans la suite, acquiert une con- 
naissance quehjue peu incertaine du vrai Dieu. Le diapa- 
son religieux, du livre est assez peu élevé, et peut-èti-e 
même ne date-t-il (jue d'une é[)oque postérieure à la 
rédaction jirimitive. » 

Dans ces réflexions finales ajoute M. Cosquin, M. Bic- 
kell avait comme pressenti, — ce qu'il ne pouvait con- 
naître à l'époque où il écrivait, — la vieille version 
arménienne avec son introduction nettement polijlh ciste, 
qui nous parait refléter la forme primitive. 

La conclusion de M. Bickell, c'est que « la provenance 
originelle du livre demeure un problème. » 

M. Cosquin partage entièrement le sentiment de 
M. Bickell, à savoir que « l'histoire d'Achiqar doit néces- 
sairement avoir été connue de l'auteur de Tobie, » et que, 
par consécpient, l'histoire du sage Ahikar est plus ancienne 
que le livre de Tobie. 

« Si cette autorité est une fois bien établie, dit M. Cos- 
quin, (i) il en résultera d'une fayon certaine que des 
allusions ont été faites par l'auteur de Tobie à un ouvrage 
que personne assurément ne peut considérer comme his- 

(1) Revue citée, page 79 et suivante. 



464 LE MUSÉON. 

torique ; il en résultera qu'il a introduit dans son récit 
des personnages d'un conte oriental, et l'on sera forcé- 
ment amené à se demander si le Livuk de Tobie est réel- 
lement un ouvrage historique, ou s'il ne serait pas une 
longue parabole, remplie sans doute d'excellents ensei- 
gnements, mais toute d'imagination. » 

Examinons donc les prétendues preuves alléguées à 
l'appui de ce sentiment nouveau et de quel poids elles 
pèsent mises en regard dos preuves que nous avons 
alléguées plus haut pour établir le caractère strictement 
historique du livre de Tobie. 



IV. 



Commençons par examiner la preuve déduite, en faveur 
de l'antériorité du roman d'Ahikar par i'ai)port au livre 
de Tobie, du « diapason religieux peu élevé » de cette 
œuvre, voire de la physionomie polythéiste ou païenne 
sous laquelle y apparait son héros, notamment dans la 
Version arménienne considérée comme la version primi- 
tive. Tout autre aurait été, prétend-t-on, l'accent de cette 
(Buvre au point de vue religieux, si son auteur en avait 
puisé les éléments fondamentaux dans le livre de Tobie, 
dont le ton uïonothéiste est fortement tranché d'un bout 
à l'autre du livre. 

Ce raisonnement, impressionnant à première vue, a le 
tort de reposer sur une équivoque créée par le fait qu'on 
néglige de tenir compte d'un passage digne de remarque, 
qui se lit au début même du livre de Tobie, à savoir du 
passage, I, i-(>, dont voici le teneur selon l'Itala : 

Lorsque je demeurais encore dans mon pays, dans le pays 
d'Israël, lorsque j'étais encore jeune, — c'est Tobie qui 



TOBIE ET AKHIAKAR. 465 

parle, — toute la Tribu de Nephtali, mon ancêtre, avait 

renoncé à la Maison sacrée de Jérusalem et toutes 

les tribus apostates offraient des sacrifices à Baal, au veau 
(d'or de Béthel et de Dan), ainsi que la maison de Nephtali, 
mon ancêtre ; moi seul, je me rendais à Jérusalem à 
l'occasion des fêtes, etc. 

A la suite de cette citation, M. Halévy (i) s'exprime 
comme il suit : « Tout s'explique maintenant. Akhiakar 
appartenait aux Israélites schismatiques qui, ayant aban- 
donné le culte de Jérusalem, étaient tombés dans l'ido- 
lâtrie depuis la scission de Jéroboam. Ayant été transportés 
en Assyrie, ils continuaient sans scrupule leur culte 
idolâtrique : Akhiakar ne faisait pas exception, » En etFet, 
où trouve-t-on dans les quatre passages relatifs à Achia- 
choras le moindre indice d'où on puisse inférer que ce 
personnage était animé, au point de vue religieux, d'autres 
sentiments que le reste de ses compatriotes apostats de la 
tribu de Nephtali ? N'est-il pas, au contraire, plutôt 
insinué au moyen de la mention faite dans le passage, 1, 24, 
des hautes dignités auxquelles fut élevé Achiacharos par 
le monarque assyrien Asarhaddon que, loin d'être un vrai 
monothéiste intransigeant, Achiacharos ne se faisait aucun 
scrupule de prendre part, en sa qualité de premier 
ministre, aux actes d'idolâtrie pratiqués par son royal 
maître dans des circonstances solennelles ? 

Loin donc d'infirmer notre thèse de l'antériorité du 
livre de Tolbie, par rapport au roman d'Ahikar, la phy- 
sionomie polythéiste, sous laquelle Ahikar y est représenté, 
la confirme en ce sens que c'est là encore une donnée 



(1) Voir l'article : Tobie et Akhiakar dans la Revue sémitique, année 
1900, livraison de Janvier, page 45, 

30 



i<)0 LE MISÉON. 

clairement sutigérée par le passage précité du livre de 
Tobie, auquel l'auteur de ce roman a emprunté également 
le [)ersonnage Sennachérib. 

Remarquons ici (jue, si la dette de reconnaissance, 
contractée par ïobie envers Achiacharos depuis le com- 
mencement de ses épreuves ; le retînt de stigmatiser nomi- 
nativement ce sien neveu du chef de son infidélité envers 
le Dieu de ses ancêtres, il rengl()l)a, cependant, avec le 
reste de ses compatriotes apostats dans le blâme qu'il leur 
décoche dès les premièies lignes de son Journal, puis, 
itérativemciil, dans le nassaue, i, 12. 

Pour établir (jue rautcur du roman d'Ahikar n'a jtas 
eniprunté les données j)rincipales de son récit au livre de 
Tobie, on allègue encore le fait de l'absence d'une mention 
que!con(jue du personnage Tobie dans cette «euvre, ce (jui 
esf, prétend-t-on, absolument inexplicable dans la suppo- 
sition de hi (h'pendance de cette (cuvre du livre de Tobie. 

(^et argument à sileiilio ne tient |)as debout : voici j)Our 
quel motif. .Nous avons montré tout à l'heui'e que l'auteui' 
du roman d'Ahikar a enq)runté son personnage princi[)ai 
au livre (\v T()l)ie et tel (pie ce }»ersonnage y est l'eprésenté, 
au moins implicitement, à savoii- comme un polythéiste. 

Or, suppose' (pic l'auteur eut introduit également le 
pei'sonnagc Tobie dans son récit, il l'eut sans doute mis 
en scène tel (pie le dépeint le livre de Tobie. H eut créé 
ainsi un parallèle entre Ahikar, son héros principal, d'une 
part, et Tobie, d'autre pail. 

Or, en suite de ce [larallèle, le premier se fut présenté 
au lecteur sous la physionomie d'un apostat, d'un renégat 
de la loi de ses ancêtres, c'est à dii'c sous la physionomie 
d'un pei'sonnage méprisable. C'est ce qu'a compris l'auteur 
{\u roman et c'est ce qu'il a eu soin d'éviter en passant 



TOBIE ET ÂKHIAKAR. 467 

entièrement sous silence le pieux Tobie, l'oncle de son 
héros apostat Ahikar. Loin donc d'être une preuve en 
faveur de l'indépendance de cet auteur vis à vis du livre de 
Tobie, son silence à l'endroit du personnage principal de 
ce livre est plutôt une preuve nouvelle qu'il a connu 
parfaitement bien le contenu du livre de Tobie et qu'il en 
a utilisé les données d'une façon intelligente. 

Au nombre des emprunts faits au livre de Tobie, par 
l'auteur du roman d'Ahikar il faut mettre également, 
outre ceux qu'il fit aux quatre passages connus, l'emprunt 
du personnage Sennachérib qui joue dans le livre de Tobie 
un grand rôle en qualité d'artisan principal des infortunes 
de Tobie. 

En intervertissant l'ordre chronologique, à savoir en 
faisant d'Ahikar le premier ministre de Sennachérib au 
lieu d'Asarhaddon, son fils et successeur, contrairement 
à ce que porte le livre de Tobie conformément à la vérité 
historique, l'auteur du roman signifie clairement son 
intention de passer sous silence les relations ([ui exis- 
tèrent, selon le livre de Tobie, entre Ahikar et Tobie, 
cei'tes pour un bon motif, ainsi que nous l'avons déjà dit. 

C'est donc intentionnellement et par calcul et pas par 
suite d'une grossière méprise chronologique que cet 
auteur a agi ainsi. Et qu'on ne nous objecte pas qu'il 
s'est trompé également en faisant de Sennachérib le fils 
d'Asarhaddon, cai* on peut, à bon droit, voir avec 
iM. Halévy (i) dans le nom Saciieiidon une substitution 
inintelligente.de la part d'un copiste de ce nom, connu 
de lui par le livre de Tobie, au nom de Sakgo> ignoré 
de lui, que portait son texte. 

(1) Voir art. cité, page 61. 



468 LE MUSÉON. 

Le dernier nom ne figure qu'une seule fois dans la 
Bible, à savoir dans le passage, Isaïe, XX, 1. 

Tout en soutenant que le roman d'Ahikar repose, quant 
à ses données fondamentales, sur un fond historique et 
que son auteur a emprunté celles-ci au livre de Tobie, 
mais en les remaniant suivant les exigences de son œuvre, 
nous concédons à M. Cosquin que les ultérieures ampli- 
fications ajoutées aux susdites données ne contiennent 
pas un brin de vérité historique. Cependant, on n'a pas 
pour cela le droit d'étendre ce jugement à tout le contenu 
du roman d'Ahikar. .Nous pensons avoir établi suffisam- 
ment le contraire. 

V. 

Pour M. Halévy comme pour M. Cosquin le livre de 
Tobie est une œuvre dépourvue de tout caractère histo- 
rique, une œuvre de pure imagination, une simple para- 
bole, (i) Suivant le même savant, (2) le livre de Tobie a 
emprunté au roman d'Ahikar les quatre passages dans 
lesquels il est fait mention d'Achiachoras. A son avis, 
le roman et le livre en question sont tous les deux les 
produits d'un seul et même auteur, d'un Juif syrien (jui 
vivait dans la seconde moitié du deuxième siècle avant 
notre ère et qui écrivit le livie de Tebie tout entier en 
hébreu et le roman d'Ahikar, partie en hébreu, partie en 
araméen, à l'instar du livre de Daniel. (5) L'original du 
roman fut donc un original hébréo-araméen et nullement 
un original grec. (4) 

(1) Article cité, page 55. 

(2) Ibidem, jinge 47. 

(3) Ibidem, pages 17, 49, 58, 61. 

(4) Ibidem, page 50. « L'auteui- de Tobie, a, dit-il page 49, tiré la sub- 



TOBIE ET AKHIAKÂK. 469 

L'auteur de ces deux œuvres était versé dans la con- 
naissance des divines écritures, (i) De la date mênne 
assignée à la composition de ces deux écrits M. Halévy 
infère que Néhémie est une sorte de prototype d'Achia- 
charos, et Esther, la fille adoptive de Mardochée, des 
deux neveux adoptés successivement par Achiacharos, à 
savoir de Nadan, selon son nom civil, ou Nahal, c'est- 
à-dire le pervers, selon son nom hébreu, et de Nadah, le 
dévoué, avec cette différence qu'Esther fut reconnaissante 
tandis que Nabal paya les bienfaits de son père adoptif 
de la plus noire ingratitude. 

Il paraîtra sans donte fort étrange à maint lecteur qu'un 
même auteur juif, sans doute monothéiste, ait composé 
deux ouvrages, dépendants l'un de l'autre, si foncièrement 
différents l'un de l'autre au point de vue religieux, à 
savoir l'un exclusivement et strictement monothéiste, 
l'autre fortement teinté de polythéisme ou tout au moins 
d'un indifferentisme religieux très prononcé. 

En présence de l'antériorité supposée du roman d'Ahi- 
kar par rapport au livre de Tobie, devient surtout incom- 
préhensible le fait de l'introduction dans ce dernier d'un 
personnage tel qu'Achiacharos, c'est-à-dire d'un renégat 
de la foi de ses pères. Il en est tout autrement du moment 
qu'on considère ce qui y est dit d'Achiachoras comme des 
faits historiques et Achiachoras lui-même comme un 
personnage historique. Dès lors, ces faits ne présentent 
plus rien de choquant au milieu des autres faits histo- 



staiice de son récit d'une série abondante d'étymologies hébraïques, et 
comme ces paronomasies ne peuvent produire leur effet que sur des 
lecteurs hébreux, il faut admettre qu'il a rédigé ce livre en hébreu et 
qu'il était un Juif instruit de la Palestine. » 
(I) Ibidem, page 01. 



470 LE MUSÉON. 

l'iques qui les encadrent eu égard à la manière dont ces 
faits y sont relatés. En effet, Achiacharos y apparait sous 
la physionomie d'un proche parent de Tohie orné de 
l'auréole du plus pur amour familial, comme un géné- 
reux hienfaiteur, ce qui est inanifestement en parfaite 
harmonie avec le ton j)arénétique du livre qui exalte 
constamment la hienfaisance et met en relief que Dieu 
finit toujours par la récompenser au moyen des plus 
insignes faveurs. Quant à la tare de polythéisme dont 
Achiacharos apparait infecté dans le roman, elle n'y est 
pas signalée et elle pouvait être passée sous silence eu 
égard au fait du retour d'Achiacharos à la foi de ses pères. 
D'ailleurs, dans une œuvre d'un ton monothéiste aussi 
tranché que le livre de Tohie, la mention de cette tare 
eut détonné en regard de l'éloge de la hienfaisance du 
personnage et de la mention dans le dernier discours de 
Tohie du péril auquel elle l'avait fait échap[)er. 

Mais, du moment qu'on rattache le livre de Tohie au 
roman d'Ahikar et qu'on l'en fait trihutaire, cette tare 
se révèle d'elle-même dans le personnage et rend peut- 
on dire inexplicahlc la mise en scène d'un tel personnage 
dans le livre de Tohie avec la caraotérisque élogieuse qui 
lui y est attrihuée. 

Suivant ce qui a été dit plus haut, M. Halévy admet 
qu'Achiacharos adopta successivement deux de ses neveux 
à savoir d'ahord Nadan-ISahal, puis, après la fin tragique 
de celui-ci, Nadab, nn autre de ses neveux. A notre avis, 
le livre de Tohie ne mentionne qu'un seul neveu adopté 
par Achiacharos, à savoir celui qui paya son bienfaiteur 
de la plus noire ingratitude, car il provoqua contre lui un 
arrêt de mort en le faisant passer aux yeux du monaïque 
assyrien pour un traître. Quelque temps après, Achiacha- 



TOBIE ET AKHIAKAK. 471 

l'os, H l'intention duquel Tobie avait pratiqué raumône 
afin que Dieu fit éclater son innocence, fut reconnu 
innocent et tiré du trou où il avait été t<'nu caché ; par 
conti'e, son ingrat neveu passa, en punition de sa dénon- 
ciation calomnieuse, dans les ténèbres éternelles, dans le 
Shéol (Job. X ; :22, dç y7,v crxÔTO'j; aûovloj;, LXX,) (î'est-à- 
dii'e qu'il paya de la vie son forfait, (i) 

Des deux passages, où, à côté d'Âchiacharos, est men- 
tionné un de ses neveux, il me semble résulter qu'il s'agit 
d'un seul et même personnage, dont les copistes ont 
altéré le nom dans les diverses Versions. Dans le passage, 
XI, 17, la Vulgate l'appelle uniformément Xabatii, l'itala 
Nadab et Nabal, le Codex Vaticanus Xasbas et le (^odex 
sinaïticus Nabad. 

Dans le passage, XIV, 10, omis dans la Vulgate, le 
Codex sinaïticus l'appelle Nadad, l'itala Nabad, et le 
Codex Vaticanus Adam ou Ama>. 

En présence, d'une pai't, du contenu du dernier pas- 
sage, qui nous montre le neveu ingrat d'Achiacharos 
périssant lui-même victime de son acte de noire ingniti- 
tude envers son insigne bienfaiteur, puis, en présence, 
d'autre part, des diverses dénominations, telles que 
Nadah et Nabad, (Sinaïticus,) Nabatii, (Vulgate) Nasbas 
(Vaticanus) et Nabal, (Itala,) le dernier nom me ])arait 
avoir pour lui le plus de chance d'être le véritable nom 
du personnage en question, nom omineux fatal, à l'instar 
de celui du mari d'Abigaïl, le brutal Nabal, I Samuel, 

xxv. 

Du fait que Tobie prononça le discours contenu dans 
le chapitre XIV peu de temps avant sa mort arrivée en 

(1) Voir le texte du passage, XIV, 10, du Codex, sinaïticus citô plus 
haut. 



472 LE MUSÉON. 

649 et que 1 événement mentionné, v. 10, est certaine- 
ment postérieur à l'avènement d'Asarhaddon en 680, 
date vers laquelle Acliiacharos avait adopté Xabal avec 
lequel il alla féliciter ïobie, (XI, 17,) amnistié par ce 
monarque, (1, 22,) puis, de cet autre fait, à savoir que 
Tobie semble alléguer l'événement en question comme 
relativement récent, nous inférons que cet événement 
ressortit au règne d'Ashoui'banipal, (669-625.) On com- 
prend ainsi aisément que la calomnie de Xabal ait trouvé 
d'abord de l'écho auprès de ce monarque qui ne con- 
naissait pas si intimement Acliiacharos que l'avait connu 
son père et prédécesseur. 

De tout ce qui précède il résulte que les quatre pas- 
sages afférents à Achiacharos s'harmonisent parfaitement 
avec les autres données du livre de Tobie et qu'ils n'im- 
pliquent rien de romanesque ou de non-historique. Ils 
nous donnent un aperçu sommaire complet de l'histoire 
d'Achiacharos, proche parent et insigne bienfaiteur du 
héros du livre de Tobie. On ne saurait pas en distraire 
ces passages sans y créer une véritable lacune, et, partant, 
cette partie du récit a les mêmes titres à l'historicité que 
le reste du livre. 

Nous ne saurions donc admettre avec M. Halévy que 
le livre de Tobie est une œuvre artificielle construite sur 
la base de l'étymologie des noms propres qui y figurent, 
une œuvre de pure fiction, en un mot un simple roman. 

Nous ne saurions admettre non plus que les quatre 
passages afférents à Achiacharos aient été empruntés par 
l'auteur du livre au roman d'Ahikar, ni que, par consé- 
quent, le second, dont, selon M. Halévy, la date ne 
remonte pas plus haut que jusqu'à la seconde moitié du 
deuxième siècle avant notre ère, soit plus ancien en date 
que le premier. 



TOBIE ET \KHIAKAR. 475 

Nous croyons avoii- établi que le livre de Tobie est 
d'un bout à l'autre un récit historicpie strictement dit. 
Quiconque lui dénie ce caractère ne sauiait à fortiori 
voir dans les œuvres historiques, (|ue nous a léguées 
l'antiquité, (|ue des récits romanesques du genre de la 
Cyropédie de Xénophon. 

Considéré comme un récit strictement historique, le 
livre de Tobie, écrit en guise d'un journal familial, date 
en partie de la fin du VHP siècle. Cependant, il ne fut 
achevé, tel qu'il nous est parvenu, qu'après la chute de 
Ninive en (308, eu égard aux additions y faites successi- 
vement par Tobie le jeune, et., api'ès la mort de celui-ci, 
par un de ses tils. 

De ces dates, confi'ontées avec la date alléguée par 
M. Halévy comme date probable de la composition du 
roman d'Abikar, il résulte (jue le livre de Tobie ne saurait 
pas avoir fait d'emprunts à celui-là, puis, ultérieurement, 
(jue les deux œuvres ne sauraient point être les produits 
d'un seul et même auteur. Dès lors, continue à demeurer 
debout notre sentiment, à savoir que c'est l'auteur du 
roman qui a puisé dans le livre de Tobie les éléments 
fondamentaux de son œuvre. 

VI. 

Maintenant il nous reste à examiner quel fut le lieu 
d'origine et le caractère [)rimitif du roman d'Akhikar. 

Dans une étude récente, (i) dont M. Halévy nous donne 
un résumé substantiel, (2) que nous reproduisons partiel- 

(1) Ce travail a pour titre : Un conte babylonien dans la littérature 
juive, le Roman (VAhhikhar, Paris, 1899. 

(2) Art. cité, pages 39 41. 



474 LE MISÉON. 

leinent, M. Théodore Reinach expj'iine son sentiririent 
comme il suit : « L'histoire d'Âkhiakar et de Nadah (ou 
Nadan) est un très vieux conte bal)ylonien, postulat d'un 

mythe solaire Le soleil, chasse par la lune, plonge 

dans la nuit et réapparaît bientôt pour y plonger la lune 
à son tour : tel Akhiakar, enseveli vivant par .Nadan, res- 
suscite vainqueur et lui inflige le supplice même au(juel 
il vient d'échapper. 

Quand le sens du divin et le goût des mythes physiques 
commencèrent à se perdre, la légende sacrée descendit 
sur la terre. Akhiakar ne fut plus qu'un lumineux minis- 
tre de Sennachérib, Nadan un intrigant ténébreux 

L'abime de la nuit, où plongent successivement les deux 
astres rivaux, devient un prosaïque sépulcre ou une 
« fosse » creusée sous le palais d'Akhiakar. Tout le reste, 

— maximes de sagesse, devinettes, épreuves pratiques, 

— est accessoire, broderie, remplissage. Le défi d'énig- 
mes, qui se ti'ouve aussi ailleurs, a été utilisé de bonne 
heure dans l'histoire d'Akhiakar, et, dans la première vei- 
sion purement humaine de ce conte, il ne comportait 
qu'une seule épreuve, celle du château aérien. Les devi- 
nettes sont venues ensuite s'y greffer par surcroît. » 

(c Ainsi donc, suivant M. Reinach, vers le milieu du 
V*" siècle avant J.-Ch. il y eut, dit iM. Halévy, à Rorsippa 
de Rabylonie deux écrits relatifs à Akhiakar : 1" un conte 
d'origine mythique qui incarnait la révolution quoti- 
dienne du soleil et de la lune dans la rivalité de deux 
personnages haut placés, le sage et illustre Akhiakar et 
le méchant et ténébreux Nadan ; ^'^ une stèle contenant 
des préceptes moraux attribués au même Akhiakar, repré- 
sentant l'astre lumineux. Démocrite se les appropria en 
mettant son nom en tête du recueil et ne fut démasqué 



TOBIE ET AKHIAKAR. 475 

que par les Babyloniens hellénisants après les conquêtes 
d'Alexandre. 

Ces deux opuscules furent ensuite réunis ensemble et 
augmentés de devinettes, d'épreuves pratiques, compila- 
tion qui contribua à faire considérer Akhiakar comme un 
devin hors ligne aux yeux des informateurs de Posidonius. 

Cet archétype babylonien fut traduit en araméen par 
un païen, traduction qui servit à son tour de modèle aux 
versions grecque et syriaque et peut-être aussi judéo- 
araméenne ou hébraïque. 

C'est que, selon M. Reinach, « à leur tour les Juifs 
firent connaissance avec ce livre populaire, (à preuve 
le livre de Tobie,) et peut-être le traduisirent-ils dans 
leur langue. 

La seule mention de l'AKinAKAR (dans le livre de Tobie) 
était primitivement contenue dans le passage, XIV, 10 : 
l'auteur y voyait un exemple célèbre destiné à illustrer la 
justice divine, qui fait tomber le crime dans les pièges et 
les abîmes qu'il a lui-même creusés. Plus tard, un 
remanieur du livre de Tobie, craignant que cette citation 
ex abrupto ne parût choquante, voulut, par un lien artifi- 
ciel, rattacher Akhiakar à la famille de Tobie. Il sema 
dans le cours du récit diverses allusions à cette parenté : 
Akhiakar, fils d'Anaol et neveu de Tobie, est un prototype 
de Néhémie ; il est l'échanson et l'intendant du roi 
Asarhaddon, (I, 2i-22 ;) après l'accident arrivé à Tobie, 
il pourvoit à l'entretien de son parent jusqu'à son propre 
départ pour l'Elymaïde (II, 10 ;) lors de la guérison du 
vieillard, il est invité avec son nev/îu iXadab au repas de 
noces de Tobie le fils, (II, 18.) Tous ces passages, par 
leur inutilité absolue, le dernier même par son ineptie, 
trahissent clairement leur caractère d'additions tardives. » 



i76 LK MUSÉON. 

M. Halévy fait suivre les déclarations de M. Roinach de 
cette remarque : « Quant au livre de Tobie, on ne nous 
dit pas de quelle catégorie de mythe il est tiré ; on se 
contente de lui assigner une origine également babylo- 
nienne. » (i) 

Après cela, le même savant se met à démolir la thèse 
de l'origine mythi(jue et babylonienne du roman d'Ahikar 
et du livre de Tobie. Nous renvoyons le lecteur à cette 
démonstration. (2) 

Quant à nous, nous tenons à relever la dernière alléga- 
tion de M. Keinach suivant laquelle les trois autres pas- 
sages concernant Achiacharos, contenus dans le livre de 
Tobie, en dehors du passage, XIV, 10, seraient à consi- 
dérer comme des additions tardives au livre. Cela résulte, 
d'après lui, de leur inutilité absolue, voire même de 
l'ineptie du passage. II, 18 (il.) l-.a dernière assertion, 
alléguée en guise de preuve de la précédente allégation, 
est absolument dénuée de fondement. En effet, nous 
avons monti'é plus haut que la cohésion des passages en 
(juestion avec le récit qui les encadre est tellement intime 
que le récit présenterait une lacune tangible si on les 
supprimait. La chose devient manifeste du moment 
qu'on assigne à ces passages, indûment transposés, leur 
place originaire. 

Sans doute, M. Reinach aurait-il jugé tout autrement 
au sujet du dernier passage s'il l'avait considéré ainsi 
(|u'il doit l'être, à savoir comme énonçant le fait de félici- 
tations apportées par Achiacharos à Tobie, son oncle, 
récemment amnistié et rentré en possession de sa femme, 
de son (ils et de ses biens, grâce à l'intercession du pie- 

(1) Ar(. cite, page 41. 

(2) Art. cité, pages 41 et suivantes. 



TOBIE ET AKKIAKAK. 477 

irjier en sa lîiveui' auprès d'Asarliaddon, son royal maître. 

Dans deux études eonsaerées au Roman d'Aliikar (i) 
iM. Cosquin attribue à cette œuvre une origine folkloriste. 
Inceilain est, selon lui, le lieu d'origine du eonte primi- 
tif dont le roman d'Âhrikar n'est qu'un dérivé : incer- 
taine est également la date de l'éclosion de ce rejeton. 
Cependant, il croit que le livre de Tobie, apparenté à ce 
dernier, lui est postérieur en date, attendu ([u'il lui 
a fait des emprunts. Le conte du Mort reconnaissant est, 
selon le même savant, parmi les nmltiples contes simi- 
laires rencontrés dans les contrées les plus diverses qui 
forment ensemble un seul et même bloc et dont fait par- 
tie le roman d'Abikar, le conte le plus pi'imitif. 

M. Halévy s'est attaché à démolir également la tbèse 
de M. Cosquin et à établir que ni le roman d'Abikar, ni 
le livi'e de Tobie n'entient dans l'eni^i'enaiic folkloriste tel 
(jue M. C()S((uin s'est effoi'cé de le constituer. Il considère 
ces deux écrits comme les produits d'un seul et même 
auteur, probablement d'un Juif syrien qui vécut dans la 
seconde moitié du deuxième siècle avant J.-C. Cependant, 
ce savant admet avec M. Cosquin que dans le livre de 
Tobie il est fait des allusions au roman d'Abikar, d'où 
suit l'antériorité en fait de date du premier, bKjuelle 
ne saurait être, cependant, qu'insignifiante, attendu que, 
selon lui, les deux écrits sont les produits d'un seul et 
même auteur. 

Nous avons déjà montré plus haut que c'est le roman 
d'Ahikar qui a fait des emprunts au Livre de Tobie et 
que, pour ce motif, il est à considérer comme postérieur 
en date par rapport à celui-là. 

Il nous reste encore à exprimer notre sentiment con- 

(1) Voir Revue biblique, vol. IX, pages 50-82, et pages 510-513. 



478 LE MUSÉON. 

cernant l'auteur du roman d'Ahikar ainsi que concernant 
la date à assigner à cette œuvre. iMais, avant d'aborder 
ces questions, il sera, croyons-nous, utile de mettre sous 
les yeux du lecteur un résumé succînt de cette œuvre. 

Voici ce résumé emprunté à l'article de M. Halévy, (i) 
qui l'a emprunté lui-môme à M. Reinach : « Akhiakar, 
vizir du roi d'Assyrie Sennachérib et réputé pour sa 
sagesse aussi bien que pour son immense fortune, n'a 
jamais pu avoir des fils (malgré ses soixante femmes.) 
Las d'importuner les dieux de ses prières, il finit par 
adopter son neveu Nadan. Il l'instruit dans sa science, 
le présente au roi comme son successeur et lui aban- 
donne même la gestion de ses biens. Nadan en abuse 
avec tant de scandale, montre tant de folie et de dissipa- 
tion que le vieillard est obligé de le chasser de chez lui. 
Là-dessus Nadan, pour se venger, recourt à un moyen 
qui n'a jamais cessé d'être à la mode. U contrefait une 
correspondance censément échangée entre Akhiakar et 
deux rois rivaux de Sennachérib et s'arrange de manière 
qu'elle tombe entre les mains du roi. Les lettres portent 
le sceau d'Akhiakar, elles révèlent les plus noires tra- 
hisons. {2) Sennachérib, sans vouloir rien entendre, 
ordonne qu'on coupe le cou au vizir félon. Heureusement 
Akhiakar avait jadis sauvé la vie à l'ofïicier chargé de 
cette pénible mission. Un bienfait n'est jamais perdu. 
A la place du vizir, Tollicier fait décapiter un esclave 
criminel (3) et cache le vieillard dans un trou creusé sous 

(1) \rt. cité, pages 30-32. 

(2) Les éléments fondamentaux de 00 qui est relaté jusqp.'ici concernant 
Akhiakar et Nadan, noms et faits, constituent des emprunts faits aux 
passages suivants, I, 24, II, 17 et XIV, 10, du livre de Tobie. 

(3) De même Tobie fait des aumônes afin que Dieu sauve son ancien 
bienfaiteur (XIV, 10, Cod. Sin.) 



TOBIE ET AKHIAKÂR. 479 

son propre palais ; de là il a la mortification d'entendre 
Nadan, entré on possession de son héritage et de ses hon- 
neurs, faire nuit et jour hombance au-dessus de sa tête. 

Cependant, le roi d'Egypte, ayant appris la mort du 
sage vizir de Sennachérib, adresse un cartel au roi 
d'Assur : si Sennachérib lui envoie uîi architecte capable 
de lui bàtii" un château entre la terre et le ciel et en 
même temps de répondre à toutes ses questions, (i) à lui 
les tributs d'Egypte pendant trois ans ; sinon, il devra 
pendant le même laps de temps payer au Pharaon les 
tributs de l'Assyrie. Naturellement, Sennachérib, sot 
comme un roi d'opérette, et Nadan, aussi obtus qu'ingrat, 
ne voient goutte au })roblème pi'oposé par le Pharaon. 

Sennachérib se lamente, il déplore le supplice, peut- 
être immérité, qui l'a privé d'un conseille)' aussi sage 
qu'Akhiakar. (2) 

A ce moment, l'otricier chargé des hautes œuvres rentre 
en scène ; il se jette aux pieds du roi et lui révèle l'exis- 
tence et la retraite de l'ex-vizir. Akhiakar sort de la tombe, 
où il a été enseveli vivant, « avec des cheveux traînant 
jusqu'à terre et des ongles crochus comme les griffes d'un 
aigle. » (5) Le roi, bientôt persuadé de son innocence, le 
rétablit dans ses dignités (4) et l'envoie, sous un faux 
nom, comme ambassadeur en Egypte pour accomplir les 
épreuves et deviner les énigmesdu Pharaon. Bien entendu, 
Akhiakar s'acquitte brillamment de sa mission et revient 
chargé des présents du Pharaon et des tributs de l'Egypte. 

(1) Echo (lu récit de Flavius ■]osèphe, premie?- siècle de notre ère, dans 
ses Antiquités juives, VIII, 5. 

(2) Écho du livre de Daniel, VI, 20. 

(3) Écho du livre de Daniel, IV, 30. 

(4) Écho du livre de Daniel, VI, 23, 28. 



480 LE MUSÉON. 

A son retour, il obtient de Sennachérib que son neveu 
Nadan soit livré à sa merci. 

Il le met aux fers, l'enferme à son tour dans un sombre 
cachot et lui adresse un très long sermon de morale 
assaisonné d'effroyables menaces, (i) Mais le ciel lui 
épargne le désagrément de se souiller du sang de son 
neveu : en entendant ses reproches, le corps de Nadan se 
met à gonfler, gonfler comme une outre... et finit par 
crever. 

A la différence de l'histoire de Tobie qui forme une 
masse compacte, malgré les prières et les sermons qui 
s'interposent dans un but parénétique, le récit d'Akhiakar 
présente un cadre plus élastique, surtout dans sa dernière 
partie, composée d'une foule d'épreuves pratiques, de 
proverbes et de devinettes qui peuvent subir des additions 
ou des suppressions, voire être partiellement détachés 
pour foi'mer une petite collection de maximes à part. La 
version éthiopienne, bien qu'elle émane d'un texte arabe 
qui contenait le récit tout entier, a })ris le dernier parti 
et s'est bornée à reproduire les maximes seules. L'histoire 
fondamentale, à l'abri de pareilles mutilations, voit néan- 
moins disparaître dans la version indienne l'épisode 
relatif à la punition du traître, et, au moyen du facile 
changement de noms propi'es, la scène est transportée 
dans l'Inde. 

Les vicissitudes de ce conte chez les Grecs sont des plus 
curieuses. La version grec(|ue, du moins la seule qui 
nous soit parvenue, met l'aventure sur le compte d'Ésope. 
Depuis longtemps nos lecteurs ont reconnu, en effet, 

(1) Ce sermon peut être considéré comme une imitation du dernier dis- 
cours de Tobie et notamment comme une amplilication du passage XIV, 
10 (Cod. Sin.). 



TOBIE ET AKHIAKAR. 48i 

dans l'histoire d'Akhiakar ot de Nadan un épisode célèbre 
et facile à détacher de l'amusant roman qui a figuré 
pendant plusieurs siècles en tête de toutes les éditions des 
Fnhles ésopiques et qu'a traduit le bonhomme La Fontaine. 
L'auteur alexandrin ou gréco-romain, quel qu'il soit, 
auquel nous devons le roman d'Ésope, s'accorde sur 
toutes les cii'conslances essentielles du récit avec les ver- 
sions arabe, syriaque, arménienne, slave du conte d'Akhia- 
kar ; même les pi'éceptes moraux placés dans la bouche 
du héros et les énigmes j)roposées par le pharaon sont 
de part et d'autre à ])eu près identiques. Seuls les noms 
diffèrent : Akhiakar s'appelle Esope, son fils adoptif 
Ennos, le l'oi de Babylone, (et non de ISinive,) Lykéros, 
le bourreau Hermippos, le roi d'Egypte Nectanébo. Telles 
sont, du moins, les formes données par le texte dit de 
Planude ; mais dans la version plus ancienne, publiée par 
Westermann, le roi de Babylone porte le nom purement 
grec de Lycurgue et le fils adoptif d'Ésoj)e le nom trans- 
parent d'AiNos, c'est-à-dire « fable » en grec, dont Eîvnos 
n'est qu'une corruj)tion. Le rédacteui* a même, par inad- 
vertance, laissé subsister un passage qui prouve que, 
dans une des formes du roman, Lycurgue était roi en 
Grèce et non à Babylone. » 

Dans le résumé, que nous venons de mettre sous les 
yeux du lecteur, nous avons signalé certains points de 
contact entre le récit concernant Akhiakar et son ingrat 
neveu Nadan ou Nabal et certains faits relatés soit dans 
le livre de Daniel, soit dans les Antiiiuités juives de 
Flavius Josèphe. D'autres ont relevé également des points 
de contact entre le contenu du roman et certains passages 
bibliques du Nouveau Testament, entre autres ceux rela- 
tifs au Mauvais serviteur et à l'Enfant prodigue, voire 
aussi ceux relatifs au traître Judas et à sa fin tragique. 

31 



482 LE MISÉON. 

M. Cos(|uin a essayé d'établir l'inexistence de ces points 
de contact : par contre, M. Halévy s'efforce de les démon- 
trer, à l'exception, cependant, du récit concernant le 
traître Judas. De ces points de contact M. Halévy déduit 
que le divin Maître a emprunté le fond des deux susdites 
paraboles au roman d'Akhiakar, dont la composition 
remonte, selon lui, à environ un siècle et demi avant 
l'ère chi'étienne. 

Mais M. Halévy a (compris que le caractère strictement 
bistorique de l'épisode ])ibli(pje relatif au traître Judas et 
à sa fin tra|ii{|ue est ti'0[) bien établi pour qu'on puisse 
songer à faire passer les ressemblances entre cet épisode 
et celui de la fin tragique du traître Nadan dans le roman 
d'Akbiakar pour des emprunts faits par les écrivains du 
N. ï. à ce roman, car c'est précisément le contraire qui 
résulte de ce fait. Dès lors aussi tombe d'elle-même la 
tlièse (le l'édosion de cette (Kuvre à une époque antérieure 
à l'ère chrétienne, sa composition ne saurait être que 
postérieure à notre ère, et on est autorisé à considérer 
celte œuvre comme faisant partie du bloc des multiples 
élucubrations romanesques construites sur la base de 
quelques données bibliques qui vinrent au jour au cours 
des premiers siècles de l'ère chrétienne. 

M. Cosquin essaie également d'écarter le point de con- 
tact, cependant manifeste, entre le fait de devinettes 
proposées à résoudre à Sennachérib par le pharaon et le 
fait similaire mentionné comme ayant eu lieu également 
entre Salomon d'Israël et Hiram, roi de Tyr, par l'histo- 
rien juif Flavius Josèphe sur la foi de Menandre, qui 
avait puisé son récit aux archives de Tyr. H s'agit donc 
ici d'une donnée historique mentionnant un fait histo- 
rique antérieur de plus de trois siècles au règne de Sen- 



TOBIE ET ÂKHIÂKAR. 



485 



nachérib. Il suit de là que l'emprunt est ici du côté de 
l'auteur du roman d'Ahikar. 

Ce qui corrobore notre assertion à cet égard, c'est (|uc 
nous avons déjà constaté antérieurement des emprunts 
faits par cet auteur au livre de Tobie et au livre de Daniel 
ce qui fournit une présomption fondée en faveur du f;. t 
(|u'il chercha également des éléments })Our la construc- 
tion de son roman dans une œuvre telle que les Antiquités 
juives, (ruvrc apparentée d'assez près aux écrits bibli(|U('S. 

Le fait de l'emprunt de l'idée de pareils défis entre roi^ 
de la part de l'auteur du roman d'Ahikar au dit ouvrage 
renverse la thèse de M. Cosquin concernant la haute anti- 
quité du roman. En effet, celui-ci ne peut avoir vu le 
jour au plus tôt qu'à la fin du premier siècle de l'ère 
chrétienne attendu que Flavius Josèphe vécut jus(ju'en 
l'an 95 de notre ère. 

Ce n'est pas seulement aux écrits de l'Ancien Testa- 
ment qu'a fait des emprunts l'auteur du roman, il en a 
fait également aux écrits du Nouveau Testament. Et 
d'abord, il a emprunté à la parabole évangélique du 
Mauvais serviteur les principaux traits de la caractéris- 
ti(|ue de son personnage Nadau à qui Akhiakar avait con- 
lié l'administration de sa fortune. A l'instar du Mauvais 
serviteur du récit évangélique, (Matth. XXIV, 48-51, 
Luc, XII, 45-46,) iNadan se met à battre serviteurs et 
servantes, à manger, à boiie et à s'enivrer, (Luc, V, 25,) 
avec des ivrognes, (Matth. V, 4Î).) Surpris en flagrant 
délit par son maître, le Mauvais serviteur l'c^oit, selon le 
récit évangélique, un double châtiment, l'un ici-bas, où 
il est déchiré de coups, l'autre dans l'au-delà, où il par- 
tage le sort des réprouvés dans le lieu où « il y aura 
pleurs et grincements de dents. » Il en va de même 



484 LE MUSÉON. 

avec Nadan, sauf quelques additions empruntées aux 
récits bibliques concernant le traître Judas au moyen 
desquelles le romancier a modifié quelque peu les données 
du précédent récit évangélique. Cependant, les traits 
principaux sont l'estés. 

Ainsi ISadan est également châtié doublement, à savoir 
d'abord en cette vie, puis, aussi dans l'au-delà. D'abord, 
la gestion des biens d'Akhiakar lui est enlevée ; rentré 
ensuite en possession de ces biens au moyen d'un acte de 
lâche trahison, il est livré par Sennachérib à Akhiakar, 
dont l'innocence a été établie. Akhiakar surprend le traître 
au milieu des orgies nouvelles aux(|uelles il s'est livré 
croyant mort son père adoptif ; il le fait déchirer de 
coups et il en aj)pelle tinalemeiit contre lui au jugement 
de Dieu. Au même moment, le cou})able gonfle comme 
une outre et crève, manifestation évidente de la divine 
vindicte, qui l'envoie, ainsi marqué du sceau des réprou- 
vés, dans l'au-delà pour y recevoir un châtiment éternel. 

De telles resseml)lances ne sauraient pas être taxées 
légitimement, ainsi que le fait M. Cosquin, de « ressem- 
blances accidentelles et toutes de surface. » 

Jl faut en juger de même des points de contact que 
présente le dernier méfait de INadan avec le fait de la tra- 
hison de Judas. 

Pour perdre leur maître, les dejx personnages ont 
recours à un acte de lâche trahison. L'un, INadan, imprime 
sur des pièces fausses, destinées à perdre son insigne 
bienfaiteur, le })ropre sceau de ce dernier ; l'autre, Judas, 
impiime sur la face de son divin bienfaiteur le sceau 
d'un pei'fide baiser au moyen duquel il le fait reconnaître 
par ses ennemis qui veulent le faire périr. 

Dans l'un et dans l'autre cas l'acte de trahison semble 



TOIMK I:T VKIIIAKAI'.. i85 

avoir atteint sou l)ut. Akhiakai- et .Icsiis soiil condamnes 
à mort : au premier al)ord, l'un et l'anlre scmijlent avoir 
disparu à tout jamais de la seène de ce monde. Mais l'un 
et laiitre \ réapparaissent ensuite vivants et dans des 
conditions meilleures qu'auparavant. Quant aux deux 
traîtres, ils subissent un sort final, au fond identique. 
Judas se pend, tombe du ijibet sur le sol, son corps crève 
et ses entrailles se répandent sur la terre, S. Matthieu, 
XXVn, :>, et Actes des Apôtres, I, 18. 

iNous avons vu plus haut (|ue .Nadan périt éiçaleinent 
en crevant comme une outre. 

On peut relever encore d'autres points de contact entre 
l'histoire des deux personnaiies en (juestion. Ainsi à 
Judas le divin Maitie avait commis l'administration des 
aumônes qui lui étaient faites tout comme Aldiiakar avait 
confié à Nadan l'administration de ses biens. 

L'un et l'autre abusèrent de la confiance de leur man- 
dant. Judas encourut même de ce chef l'épithète infa- 
mante de voleur. Évangile S. Jean, XII, 0. 

Lnfin, de même que iNadan pour se venger de son bien- 
faiteur qui l'avait, à bon droit, discpialifié en lui retirant 
la gestion de ses biens et en même temps pour rentrer 
dans la jouissance de ces biens, commit son acte de tra- 
hison, ainsi agit également Judas, déjà dis([ualifié, en 
vue d'un gain pécuniaire comme prix de sa trahison. 

Nous nous croyons autorisé par ce (pli précède à affirmer 
({ue l'auteur du roman d'Akhiakai' a amalgamé ensemble 
les données de la parabole évangélique du Mauvais sei'vi- 
leur et les données bibliques concernant le traître Judas 
et (pie, au moyen de ces données, il a forgé la caractéris- 
ti(pie de son personnage Nadan ainsi que de la fin tra- 
gique de ce dernier. 



486 LE MISÉOIS. 

Ces récits respectifs présentent des points de contact si 
multiples et si intimes qu'on n'a guèi'e le droit de les 
considérer, ainsi que le t'ait M. Cosquin, comme des 
« ressemblances accidentelles et toutes de surface. » 

De ce qui a été établi jusqu'ici nous pouvons, nous 
parait-il, tirer cette conclusion, à savoir (jue le loman 
d'Akliiakar n'a vu le jour que [)Ostérieurement au pre- 
mier siècle de notre ère et qu'il est l'ceuvre d'un Juif 
converti au christianisme. A l'instar des Apociy[)hes 
d'origine chrétiemie, éclos à une époque postérieure au 
premier siècle, ce ronum a des attaches bien marquées 
avec des écrits canonicpies de l'Ancien et du Nouveau 
Testament : son auteur y a puisé les données fondamen- 
tales de son (euvre, mais, comme de juste, il les a accom- 
modées au cai'actère pi'«)pre de cette (Fuvre et au but (ju'il 
avait en vue. 

Supposé, ce qui nous semble très probable, que cette 
œuvre ait été coînposée dans un but de prosélytisme, à 
savoir dans le but d'attirer les Gentils au christianisme, 
on comprend très bien que son auteur Judéo-chrétien ait 
mis en évidence ce (jue le livre de Tobie a discrètement 
voilé, à savoir le fait du polythéisme de son héros. On 
comprend également qu'il nous le dépeint d'aboid élevé 
au faite de la fortune et des honneurs, puis, tombé de 
là dans de suprêmes infortunes, implorant dans sa 
détresse, d'abord, mais en vain, le secours de ses dieux 
pour en sortir, et se mettant enfin à implorer le vrai 
Dieu, qui exauce sa prière et le tire du \nè<^e fatal dans 
lequel avait espéré le faire périr son ingrat neveu Nadan, 
qui périt lui-même victime de son acte de trahison. 

Du moment qu'on se place au point de vue de la sus- 
dite hypothèse en ce qui concerne la personne et la (jiia- 



TOBIE ET AKHIAKAK. 



487 



lité de l'auteur du roman d'Ahikar ainsi que de l'époque 
de la composition de cette (euvre, on comprend aisément 
les empi'unts faits pai' cet auteur aux écrits bibliques et 
aux Antiquités juives de Flavius Josèphe, ouvrage appa- 
renté de près à ces écrits. 

On comi)rend également (pie, (m sa qualité de Juif 
probablement converti l'écemment au christianisme, il 
n'était pas parvenu déjà à se dégager totalement des 
enseignements des Docteurs de son époque, notamment 
de celui-ci mentionné par le divin Maître dans l'Évangile 
selon S. Matthieu, V, 45, en ces termes : Vous avez entendu 
qu'il a été dit : « Tu aimeras ton p?'ochai)i et tu haïras ton 
ennemi. » C'est là, en effet, la maxime qu'il fait mettre 
en pratique par Âkiakar, le héros de son livre à l'égard 
du ti'aitre Nadan, son ingrat neveu, (ju'il fait jeter en 
prison, puis flageller, et sur la tête duquel il invo({ue la 
vindicte divine jus([u'au moment où le coupable succombe 
sous ses yeux, sans avoir égard ni à l'aveu l'epentant que 
celui-ci fait de ses ci'imes, ni à ses appels désespérés à sa 
bonté, à sa pitié et au souvenir de la miséricorde de 
Dieu à l'égard du pécheur repentant. 

Dès lors, le châtiment infligé à Nadan par Âkhiakar 
revêt manifestement le caractère d'une vengeance person- 
nelle en opposition avec l'enseignement formel du divin 
Maître, qui proteste, vv. 44-45, contre la fausse maxime 
énoncée dans le passage précité de S. Matthieu en ces 
termes : Mais moi je vous dis : « Aimez vos ennemis, faites 
du bien à ceux qui v(ms haïssent et priez pour ceux qui 
vous persécutent et vous calomnient, afin que vous soyez les 
enfants de votre Père qui est dans les deux, qui fait lever 
stm soleil sur les bons cl sur les méchants et pleuvoir sur les 
justes cl les injustes. » 



488 r,K Mi'SKo.>. 

\j'.\ conduile Ju héros du ioiikiii à l'c^uard de son liovou 
C()U[)al)le ost cxucloiiioit le ('oiili('[)i(Hl de ronscijiiuMuc'iit 
du divin Maître^ t(d que nous venons de l'entendre énoncer 
et tel aussi qu'il n'sulte de la parabole de l'Enlant pio- 
dii>ue. En effet, ce deinicM-, aussitôt (ju'il manifeste son 
repentir devant son père, est reçu en grâce par ee der- 
nier : par eonti'e, Akhiakar reste inexorable à l'égard de 
son neveu, son Hls adoptif. D'où il résulte (jue l'auteur 
du roman ne fait point état de l'enseignement donné par 
celte parabole et que, i)ai' consé(juent, celle-ci n'a rien à 
faire avec son (euvie, et que, bien moins encore, elle 
peut être considérée comme un empiunt fait à cette der- 
nière. 



Résumons maintenant en quehjues mots ce (pie nous 
croyons avoir établi dans les pages (jui précèdent. 

\a' livre de Tobie est un lécit historicpie slrictenjent 
dit, contemporain des événements y relatés et composé 
par des contemporains de ces événements. Ce journal de 
famille embrasse une période de temps d'enviion un 
siècle et demi, car les prenners faits (piil mentionne 
sont antérieuj's de plusieurs années à l'an 7:21, date de 
la chute de Samarie et de la lin du royaume des di\ 
tribus, et les derniers postérieurs à l'an (>08, date de la 
chute de iNinive et de la fin de l'empire d'Assyrie. 

Vuciine des objections soulevées contre !'hi^toiicité du 
livre ne tient deboiit. De là il résulte déjà (jue ce (juil 
relate au sujet d'Akhiakar et de son neveu est à considérer 
également comme strictement historique attendu que 
l'histoire du pren)ier est indissolublement liée à celle de 
Tobie, voire à ce jioint que sa suppression créerait une 



TOBIE ET ARHIAKÀR. 489 

lacune réelle dans l'histoire du dernier. Il suit ultérieure- 
ment de là que les passages en question ne sauraient être 
des emprunts faits à une œuvre d'imagination telle que 
le roman d'Akhiakar, d'ailleurs postérieure de plus de 
six siècles à l'achèvement du livre de Tobie. C'est, au 
contraire, le romancier qui a pris dans ce livre les deux 
personnages principaux de son récit ainsi que les éléments 
fondamentaux de leur caractéristique. 

Le même auteur a fait entrer dans la construction de 
son œuvre d'autres éléments encore empruntés les uns 
au livre de Daniel, d'autres aux écrits du N. T. voire 
même aux Antiquités juives de Flavius Josèphe. 

Du fait de ces derniers emprunts il suit que cet auteur 
vivait sous l'ère chrétienne, postérieurement au premier 
siècle, qu'il était probablement un Juif récemment con- 
verti au christianisme qui écrivit son œuvre dans un but de 
prosélytisme parmi les païens, mais qui n'était pas encore 
parvenu à ce moment à s'élever à la hauteur de l'idéal 
de la pratique chrétienne de la vertu de charité tel que 
le divin Maître l'avait inculquée par son exemple et par 
sa doctrine, à preuve la vengeance personnelle et inexo- 
rable qu'il laisse tirer par le héros du récit de son cou- 
pable neveu. 

Le roman d'Akhiakar peut donc être classé à bon droit 
parmi les multiples écrits d'origine judéo-chrétienne 
éclos depuis le premier siècle de notre ère au sein du 
Christianisme. 

Fl. De Moor. 



COMPTE-RENDU. 



Allunneinc Gcschichte dcr Philosophie, mit be.soiidercr Bcriichsichd- 
(lunçi der Religionen, von D'' Paul Deussen, Profossor an der IJni- 
versitaet Kiel. Erster Band. 1. Abtheilung. Allgenieine Einleitung und 
Philosophie des Veda bis auf die Ipanishad's. 2. Abtli. Die f'hilosopliio 
der Upaiiishad's. 1S99. 2 vol. in-sdo XVI-336 et XII-3(iS pp. Leipzig, 
Librairie de F. A. Bi-ockhaus. 

L'ouvrage que nous présentons ici à nos lecteurs est d'une réelle impor- 
tance pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la pensée hindoue. Si 
le D' Paul Deussen s'occupait uniquement de spéculations philosophiijues, 
nous laisserions à d'autres le soin d'étudier ses livres : il est un disciple 
fervent de Schopenhauer, et nous sommes loin de partager cet enthousiasme. 
Mais le savant professeur de l'Université de Kiel, en se proposant d'écrire 
une histoire générale de la philosophie, a fait dans son plan une très large 
place à la philosophie hindoue : c'est à cause de cela que son ouvrage éveille 
notre intérêt, et qu'une recension do cette œuvre entre parfaitement dans le 
cadre de cette revue. 

M. Paul Deussen estime que les anciens savaient mieux et pénétraient 
d'un regard plus perçant des idées mal élucidées, même de nos jours, et ce 
qu'il appelle « les abîmes de notre propre intérieur ». La raison en est, selon 
lui, qu'ils « habitaient plus près des dieux », comme dit Platon, et qu'ils 
n'étaient pas empêtrés dans le chaos des traditions. Nous ne sommes pas de 
lavis du savant professeur : si certains philosophes primitifs avaient une 
puissance de pensée qui justifie jusqu'à unceifain point le mot de Platon, 
leur science philosophicjue était très incomplète et beaucoup plus insuffisante 
que la nôtre. Et, en ce qui concerne la tradition, il faut ajouter qu'elle peut 
transmettre des vérités aussi bien que des erreurs : c'est grâce aux ensei- 
gnements de nos devanciers que nous possédons un ensemble si merveilleux 
de vérités philosophiques acquises pour toujours. Dans tous les cas, si nous 
avons peu de lumières qui nous viennent de la pensée hindoue, nous devons 
toutefois l'interroger, ne serait-ce que pour connaîlic tout ce que peut rêver 
l'esprit humain livré à ses propres forces. .Au surplus, ^L P. Deussen, mieux 
que personne, nous retrace les évolutions de cette pensée, et nous sert de 



COMPTE-UE^DU. 491 

guide dans le dédale des sysièmes philosophico-religieux des Hindous. 
Notons bien que, avec beaucoup de raison, il examine en même temps et 
éclaire l'une par l'autre la religion et la philosophie : comment agir autre- 
ment, quand il s'agit de l'Inde? Dans ce pays, où la notion de la divinité est 
presque toujours si confuse, la religion n'est-elle pas souvent un pur système 
philosophique l Voyez plutôt le bouddhisme ! 

Dans tous les cas, c'a été pour nous un vrai plaisir de lire les deux pre- 
mières parties de cette histoire de la philosophie indienne. Pour nous la 
raconter savamment, il fallait un esprit apte aux grandes généralisations. 
Et pour nous en montrer l'enchaînement, il était nécessaire qu'il sut analyser 
la pensée dans ce qu'elle a de plus ténu. M. Paul Deussen possède ces 
qualités, et c'est pourquoi il a mis dans son livre tout l'ordre et toute la clarté 
possibles. Prenons un manuel d'indianisme, celui de M. Leopold von Schrci- 
der, par exemple. Nous y verrons sans doute que la philosophie hindoue est 
pleine d'incohérences, mais nous n'en connaîtrons pas la raison. M. P. Dous- 
sen nous donne, au contraire, l'enchaîtiement logique des systèmes, et la 
lecture de son livre nous laisse l'esprit satisfait. Nous ne prétendons pas, 'il 
est vrai, qu'il est toujours tombé juste, et que les choses se sont passées 
comme il le dit : mais il est vraisemblable qu'elles se sont passées ainsi. 
Quand il s'agit de l'Inde, c'est un résultat déjà très satisfaisant. 

Au surplus, si" quelqu'un nous objectait que certaines explications données 
par le savant professeur ont été trouvées par d'autres, il reste toujours qu'il 
a su les élucider et les coordonner dans un exposé à la fois très complet et 
très méthodique. Nous renvoyons particulièrement aux chapitres où il raconte 
l'histoire de Brahman et celle des idées eschatologiques dans l'Inde. C'est 
en étudiant celles-ci, dans leur évolution, que l'on peut se rendre compte du 
nirvana bouddhique. 

Cette première partie, consacrée à la philosophie indienne, comporte elle- 
même trois divisions, correspondant â trois périodes bien déterminées : 

La période des hymnes, au moment où la pensée hindoue commençait à se 
produire sous une forme proprement religieuse, quand les Aryas habitaient 
encore le Penjab. 

La période des Brahmanas, quand cette pensée se développait dans un 
sens philosophique et aboutissait aux doctrines expliquées dans les Upa- 
nisbad's. Les Aryas étaient d'ores et déjà maîtres de la vallée du Gange. 

Enfin, la période où ils avaient conquis l'Inde toute entière et possédaient 
une civilisation puissante. Alors les doctrines des Upanishad's s'épanouissent 
en systèmes philosophiques, soit orthodoxes, soit hétérodoxes, parmi les- 
quels il faut placer le bouddhisme. 

Dans les deux volumes que nous avons sous la main, le D"" P. Deussen n'a 
étudié que les deux premières périodes. Nous attendons impatiemment la 
dernière partie de son œuvre, et nous lirons avec un intérêt tout particulier 
co qu'il nous dira du bouddhisme et de l'originalité de cette prétendue reli- 
gion. A. Lepitre. 



AI\XÉE 1901. 



A. Carnoy. Le Latin d'Espagne d'après les inscriptions 

R. DE LA Grasserie. Du vei'be prépositionnel. 

L. DE LA Vallée Poussin. Sarvadarçanasaiiigraha. 

Fl. De Moor. Tobie et Akhiakar 

V. Ermonl Diodore de Tarse et son rôle doctrinal. 
A. Hebhelynck. Les Mystères des Lettres grecques 

S. RiNK. Tu-pi-lak. 

Etienne Soubre. La tribu de.s Soleïb. ... 

P. VAX DEN Yen. s. .lérome et la Vie du moine Malchus le Captif 



74, 129 

327 

52, 171 

445 

422 

5,369 

415 

34 

208 



Mélanges. 

H. E. Medlycott. Le Premier Livre imprimé dans l'Inde. . . 117 
L. V. P. Bouddhisme. — Notes et Bibliographie. . . . 353 

Compte-rendu. 

D' Paul Deussen. Allgemeine Geschichte der Philosophie, mit besonderer 
Beriicksichtigung der Keligionen. — A. Lepitre. 



Chronique. 



1, 120. 



i 



I 



AI\.\ÉE 1901. 



A. Carnoy. Le Latin d'Espagne d'après les inscriptions 

R. DE LA Grasserie. Du vei'be prépositionneL 

L. DE LA Vallée Poussin. Sarvadarcanasailigraha. 

Fl. De Moor. Tobie et Akliiakar 

V. Ermoni. Diodore de Tarse et son rôle doctrinal. 
A. Hebbelynck. Les Mystères des Lettres grecques 

S. RiNK. Tu-pi-lak. 

Etienne Soubre. La tribu des Soleïb. 

P. VAN DEN Ven. s. .lérôme et la Vie du moine Malchus le Captif 



74, 129 
327 

52, 171 

445 

422 

5,369 

415 

:u 

208 



Mélanges. 



H. E. Medlycott. Le Premier Livre imprimé dans l'Inde. 
L. V. P. Bouddliisme. — Notes et Bibliographie. 



117 
353 



C0iVlPT^>RE^DlI. 

D' Paul Deussen. AUgemeine Geschichte der Philosophie, mit besonderer 
Berûcksichtigung der Keligionen. — A. Lepitre. 

Chronique. 



I, 120. 



LE MUSÉON 



REVUE D'ÉTUDES ORIENTALES 



FONDÉ EN 1881 PAR CH. DE HARLEZ 



SUBVENTIONNÉ PAR LE GOUVERNEMENT ET PAR LA FONDATION UNIVERSITAIRE 



XXI 



LOUVAIN 

1902 



LE MUSEON 



LE MUSÉON 



ETUDES 



PHILOLOtilQlËS, HISTORIQIËS ET RELIGIEUSES 



publie par PH. COLINET et L. DE LA VALLÉE POUSSIN 



Fondé en ISf^I pai* Clli. de liilLm.KZ. 



NOUVELLE SÉRIE. 



VOL. IlL 



LOUVAIN 

J.-B. ISTAS, IMPRIMEUR-ÉDITEUR 
90, rue de Bruxelles, 90 

1902 



LE LATIN DESPAGNE 



D APUKS LES INSCIUPTIONS. 



ÉTUDE PHONÉTIQUE ET MORPHOLOGIQUE. 

(Suite.) 



'^ 10. La diphtongue (tu. 
au > ô. 

dosa BAH. 34 p. 417 (fin du 2« s. — Estrémadoure). 

Orleses 5626 (= 2540) (Galice) = Aurienses ? 

Oreceti ? 2723. 

Olo 4070. 

Olus 1450. 

Clodius 50, 51 et passim. — On a aussi KXwBiw sur une inscrip- 
tion grecque de Malaga. 

Clodianus 1188. — Sur la ménae inscription, on lit Claudiati. 

Loreius 5022, 309. 

Lortcius 1164 (Leç. douteuse). En Italie, on a beaucoup plus sou- 
vent les formes en ô (Lorcia, Lorentia, Lorenia, Lorilana) 
que celles eu au (Laura, Laurentinus, Laurianus). Lau- 
reius et Laurius y sont introuvables. 

Polla 3447, 386 (PoUa Pollionis tilia). — FoUa est la forme 
ordinaire eu Italie. 

Poli 4970. 400. 

Torius 3270. — On a Taurius 34C8. 

Plotus 194 (Olisipo) 6257. 147 (Emporiae) 3925 (Saguntum). Très 
ancien eu Ombrie. 
Inversement, on a scauria, scaureis (= o-xwpîa) 5181. Métal. 
Vipasc. (fin du l" s.). 



(5 LE MUSÉON. 

au > W. 

clusa 4550 (Barcioo). 

clusuris 3386 (Guadix. — Fin du 2* s.). 

Fusto BAH. 34. p, 57 (Complutum). 

Murus 5891. La pierre portait peut-être une ligature unissant l'A 
etl'V. 

Flutus 4367 Comparez Plouti 6257. igs. 

Eucius 3654 (Lecture douteuse). — Rocius est fréquent en Italie 
dès une époque ancienne. Je ne sais s'il y a un rapport 
entre ces noms et raucus. On lit Roucius CIL XII 3861 
mais ce nom est peut-être tiré du gaulois Rouca. 

Cludio 4206 (Tarraco). 

Fullus 442, BAH. 36 p. 7. 

Pullinus 2132, EE. 8. 108. 

Pulia 2788. On trouve Fulia à Préueste (Conway. 307). Comparez 
Fouli. 4970. 401 (Tarraco) Fullus n'est apparemment 
pas le même nom que Paulus. 

Turius, Tureus 744, 745, 788. — Turius se rencontre parfois en 
Italie. — Le nom lusitanien Tureus est peut-être d'origine 
différente. Je le rattacherais volontiers à la même racine 
que Turaius, Turaucicus, noms barbares hispaniques. 
Il n'a pas de rapports avec taurus. 

au > ou. 

Foulli 4970. 407 (Tarraco). 
FJouti 6257. i98. 

au > û. 

exadi IHC. 380 (Asturies) (Anthol. du 8« s.). 

Agustas IHC. 2, 26, 29, 71, 91. 

Ag[ustus'\ 4510 (Barcino — P moitié du 2* s.). 

Austo (= Agusto) 5728 (= 2705) 3* siècle (Astur. transmont.). 

Tari 142. On lit Tauro sur la même inscription. Hiibner pense 

qu'on pourrait lire [Fuljtari. 
Cladio 4638 (a. 275). 432 (Leçon rejetée par Hûbner). 
Scarus 4970. 457. — Scaurus est un antique cognomen de la gens 

Aemilia — Scarus se lit dans CIL. 5. 1450. 
Glacus 5038 (Italica). 
Fasti 6257. 77 (Carthago nova). 



LE LATIN D ESPAGNE D APRES LES INSCRIPTIONS. / 

Prasius 1643 (2*' siècle) (Leçon douteuse). — On lit Prausia en 
Campanie (Conway II p. 580). Prosin est fréfjuent en 
Italie. 

au > (te. 

maesolium 214 (Olisipo). 
mesoleus 4174 (Tairaco). 
misolio 5144 (Faro). 

Il sufïit de jeter un coup d'œil sur le tableau précédent 
pour se rendre compte de la complication qui règne dans 
l'histoire de la diphtongue au. Ce problème n'a pas encore 
reçu de solution bien satisfaisante. J'ai tâché de me faire 
une opinion dans la question en me basant sur les longues 
listes d'exemples de M. Schuchardt (Vok. II 301, sqq.) et 
de M. Birt (Rhein. Mus. 52. Ergiinzungsheft, 1-218). 

I. — a pour au. 

En Espagne, on le constate presque exclusivement dans 
les noms propres. L'exemple le plus fréquent est Agushis 
qui est d'ailleurs getneinromaniscli . On le rencontre le 
plus anciennement à Barcelone sur une inscription du 
second siècle. A l'époque visigothique, même dans la 
langue écrite, on ne se sert pour ainsi dire plus que 
d'Agustus. Sur les monnaies du temps, on trouve toujours 
Cesaracosta, Cesaragosta. Il n'y a pas à douter que. dès une 
époque fort ancienne, la diphtongue avait complètement 
disparu dans ce mot. On ne peut en dire autant de Cladius, 
Glacus, Fastus, Scarus, etc. (jui se trouvent dans des 
colonies comme Italica, des poi'ts fréquentés comme 
Carthagène et Tarragone. Deux exemples ont été trouvés 
en Lusitanie dont l'un sur une inscription milliaire. Tous 
ces noms propres qui ont de nombreux équivalents dans 
les différentes provinces peuvent être souvent des formes 



8 LE MIISÉON. 

importées ; ils ne pi'ouvent pas que a par au ait été bien 
répandu dans le latin d'usage courant en Espagne. 

exadi qu'on rencontre dans une antholoifie du 8* siècle 
est plus embarrassant. C'est peut-être une simple distrac- 
tion du scribe, audire a conservé l'élément labial de la 
diphtongue dans toutes les langues romanes : esp. oir, 
portug. ouvir, it. iidire,vo\iïn.aûd,i>vo\.auzir,ïv. ouïr, etc. 
Il est donc difficile d'admetti'e que la graphie exadi rende 
réellement une prononciation populaire. C'est d'autant 
moins probable que exaudire n'ayant laissé aucun dérivé 
roman n'était sans doute pas en usage dans l'idiome vul- 
gaire, exadi peut se rattacher à la catégorie si nombreuse 
des méprises entre a et au des derniers temps de la période 
romaine. En effet, alors que, dans les premiers siècles 
pour au ne se rencontre guère que dans les noms 
propres et seulement dans des conditions déterminées, les 
copistes du bas empire écrivent souvent a [)our au et aussi 
au pour a dans toutes espèces de mots. (Schuchardt II 306, 
518.) C'est là une particularité de l'orthographe du moyen 
latin, qui peut être due à diverses causes, par exemple, 
aux variations graphiques entre Augustus et Agustus, 
agurium et augurium, ascultare et auscultare, etc. Celles-ci 
auraient eu pour résultat d'amener dans l'orthographe, 
peut-être jusqu'à un certain point dans la prononciation, 
une grande incertitude quant à la répartition d'à et d'au. 
Du reste, souvent a pour au est dû simplement à des 
confusions de mots {adiré et audire, agere et augere, 
actor et auctor, astris et austris) ou à la substitution d'un 
suffixe commun à une finale rare {liydralis pour hydraulis). 
Cela se rencontre tout spécialement pour audire dont exau- 
dire est précisément un composé. On trouve dans Schu- 
chardl Vok. II 518 audituros — addituros, audieranl =- 



LE LATIN d'eSPAGNE d'aPHÈS LES INSCJUPTIONS. 9 

adier(uit, audierunt = aderunt, auditu ^ aditu, aditi = 
niiditi, adit -= audit, (idilxnn = andieh(nn. 

Quant au processus général plus ancien auquel se l'at- 
tachent Agustus et les autres noms propres des inscrip- 
tions ainsi que divers mots portugais et espagnols tels 
que port, atiuw (Cornu, Grund. Uoin. Phil. 1 p. 7^8) (= au- 
tumnus), esp. port, (tgosto [=^- augustus), port, crasta 
(= claustra), port, uragon (--= auraticuni), il n'a pas 
encore été bien élucidé. M. Meyer-Lûbke I i^ :288 regai'de a 
pour au comme une dissimilation de Viiu atone devant 
u, 0. M. Stolz p. !21:2 se refuse à accepter cette explication 
parce qu'on constate des forines telles que liitiae, aspicio, où 
a sort iVau sans qu'il y ait du dans la syllabe suivante. 
Cependant elle mérite plus de considération, car elle 
rend compte de tous les cas romans sauf de bien rares 
exceptions. Il est évident toutefois qu'elle est insutïisante 
à expliquer les nombreuses graphies des inscriptions 
où a pour au se rencontre aussi bien à la tonique qu'à 
l'atone. 

Une révision des exemples recueillis par MM. Schuchardt 
et Birt m'a amené à la conclusion que tous les cas latins 
peuvent s'expliquer par la loi de M. Meyer-Lùbke, à con- 
dition de l'élargir en disant que non seulement au atone 
mais aussi, au moins en certains dialectes du latin, au 
tonique perdit l'élément labial devant une syllabe con- 
tenant un u ou un o. On admettrait, en outre, que 
plus tard, a pour au aurait pu s'ét